‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 86 sur 144 · ÉTATS D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

ÉTATS D'ORLÉANS

tête des hommes modérés, avait opposé les Bourbon aux Guise, et voulait neutraliser une maison par l'autre sous son autorité de régente '. Les réformateurs entouraient le nouveau prince de toute espèce de flatteries pour se le rendre favorable; leurs dizains, leurs prières s'élevaient en faveur du jeune roi, de sa mère et d'Antoine de Navarre : « Seigneur Dieu, père céleste, disaient-ils, écoute les vœux, de tes serviteurs qui te supplient de nous vouloir faire la grâce qu'étant bien gouvernés par nos supérieurs et magistrats, nous mettions peine de t'aimer et te servir ; préserve-nous de tous tyrans, faux prophètes, hérétiques, athéistes, épicuriens, et de tous assauts de nos ennemis ; te plaisant aussi, père céleste, d'assister toujours au roi, notre sire, pour qu'il croisse non-seulement en âge, mais en sagesse et vertu *. »

Dans leurs sonnets et huitains ils comparaient l'enfant roi à Josias ; ils lui souhaitaient « de rechercher la cognoissance de la loi '' et félicitoient le peuple françois de ce que le bon Dieu lui avoit suscité un gentil prince qui chasseroit l'idole [h papauté, sans doute *) ; ils adressoient des épîtres exhortatives à la royne, au petit roy afin de les attirer à la vérité contre les erreurs papistiques. »

Le tiers parti a\ait convoqué les États pour concilier le double mouvement catholique et calviniste. A son avènement, le conseil de Charles IX, craignant que les prétentions des réformateurs n'appor-

' Le conseil se composa alors du roi de Navarre, des cardinaux do Bourbon, de Lorraine, de Tournon, Guise et Cliàtillon ; du prince de la Roche-sur-Yon, des duo« de Guise, d'Aumale, d'Êtampes, du chancelier de L'Hospital, etc.

* « Prière à Dieu pour la paix et bon gouvernement du pays de France. » Paris, I06O. (IbGl avant Pâques.)

3 Fais voir. Seigneur, par ta haute puissance

En cet enfant que pour roi choisis as Dessus ton peuple un second Josias, Qui de ta loi cherche ta cognoissance.

(Trois sonnets au roi très-chrétien Cliarles IX, Io60.)

• Peuple françois, resjouir de faut ore. Car le bon Dieu un roi t'a suscité Afin qu'en France on prêche vérité,

£t que partout ton saint nom l'on adore. Donc prions Dieu qu'il veuille eu sou école Le maintenir : que la postérité Puisse toujours dire en cette cité :

O gentil roi qui chassa leur idole.

{Ouictain au -peuple d« Paris, 1S60.)

tassent du désordre au royaume, se hâtait d'écrire à Genève : « Chers et spéciaux amis, selon la bonne volonté de feu mon frère, j'ai assemblé états généraux afln d'aviser la sûreté et conservation de notre État. Une des choses les plus importantes étoit l'obéissance des sujets, et pour ce faire, il falloit enlever toutes causes de troubles. J'ai donc fait soigneusement et curieusement rechercher la source et origine des divisions, et il s'est vériGé que sa principale naissance vient de la malice d'aucuns prédicans et dogmati>ans , la plupart envoyés de vous ou des principaux ministres de votre ville, lesquels, abusant du nom, titre et pureté de la religion dont ils se disent bien professés, sèment es esprits de nos sujets une damnable désobéissance, tant par les libelles et diffamations que par les prêches qu'ils ont établis. Nous avons résolu, de l'avis de la royne notre mère, du roy de Navarre et des autres princes de notre sang, de vous escrire, afln de vous prier de rappeler ces prédicans, envoyés par vous ou vos ministres en la réforme, et pour que vous donniez si bon ordre pour empêcher qu'il n'en vienne plus '. »

Par ces précautions , tout à la fois dirigées contre les huguenots et les catholiques, le tiers parti croyait se rendre maître des états. Le chancelier de L'Hospital publia une épître sur les affaires de son temps, où il appelait la grande conciliation des doctrines. Ces vers, d'une latinité ampoulée, eurent alors une vaste popularité parlementaire, et l'on en trouve encore une traduction en vieux français ^.

Le 13 décembre 1560, les trois états se réunirent à Orléans: ils étaient fort nombreux, composés de gens de loi et bourgeoisie de chaque province ^. Tous les adversaires s'y trouvaient en présence ; le roi de Navarre et le duc de Guise, Coligny et le cardinal de Lorraine. Les élections s'étaient opérées sous l'influence du tiers parti, qui arri-

' Bibl. du Koi, MSS Colbert, pièc. orig., in- fol, tomel, fol. 79, MSS deBéthune, \ol. cot. 8476, page 29.

2 Bibl. du Roi, MSS Colbert, vol. I, in-fol., M. Q., page 95.

■ Voici comment une gravure contemporaine reproduit l'assemblée des états tenus à Orléans en décembre 1560 :

« Le roy, la royne mère, M. de Guise au-dessous, comme grand chambellau; aux côtés. Monsieur, frère du roy. Madame, sœur du roy; les princes, les cardinaux, M™^ la duchesse de Ferrare, M. le connétable, tenant une espée nue en sa main ; M. le chancelier, représentant les faces de la justice ; MM. les maréchaux et amiral de France ; M. de Cipière, M. de Crussol, chevalier de l'ordre au premier banc des nobles; gens d'Église du tiers état ; les députés de la noblesse et du tiers état- M. Quinlin, député pour le clergé, premier parlant.

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vait avec la résolution de provoquer une réformation simple, en confiant la régence à Catherine de Médicis. Michel de L'Hospital fit sa harangue dans cet esprit ; il releva d'abord la haute nécessité des états : le roi avait jugé nécessaire de convoquer ses sujets jusqu'à ce qu'il pût pourvoir par ses propres mains à l'administration du bien public. Il voulait donc les consulter sur les affaires.

« Quelques-uns disent, s'écria le chancelier, qu'il est au-dessous de la dignité royale de faire cette convocation ; au contraire, il est digne d'un roi de France de rendre justice à un chacun, et de donner à tous la faculté de faire entendre leurs plaintes sans fraude ni artifices. Par là les rois ne chargeoient pas les peuples contre eux ; les évèchés et bénéfices étoient donnés aux plus dignes, témoin les derniers états sous le bon roi Charles VIII. Or on étoit aujourd'hui principalement réuni pour le fait des troubles arrivés en matière de religion. D'où venoient les disputes , les assemblées illicites, les séditions et menées? des mauvaises mœurs des clercs ; il ne falloit pas seulement réprimer le crime ; il falloit encore le prévenir ; que chacun rentre dans sa condition ; que les princes ne soient plus intraitables ; le clergé trop riche et insensible aux pauvres ; il faut qu'il emploie ces grands biens qu'il a reçus des rois au soulagement des affligés , non aux luxe et dissolutions; et les nobles ! qu'ils jouissent paisiblement de ce qu'ils ont reçu, mais qu'ils cessent de porter les armes pour ser- >ir leurs caprices et leur ambition. Un grand sujet d'affliction, c'étoient les points religieux, comme si la religion pouvoit exciter des guerres civiles ! Dieu veut la paix. La chrétienne comme la véritable et l'unique a triomphé par patience, justice, larmes et prières. Chose triste ! dans le même toit, frère contre frère, père contre fils. Quel remède à tout cela ? le concile. On me dira que le pape ne le veut , mais le roi peut donner pouvoir ; le concile aura donc lieu. Que sert l'épée contre les âmes, sinon pour les perdre avec le corps ! Que les prélats prient, mais qu'on cesse de s'entretenir de ces mots injurieux d'huguenots, papistes, luthériens. Si après cela il s'élève encore quelques pernicieux esprits, alors on les frappera parles armes, parce qu'ils sont turbulens et boute-feu du corps social. Parlez tous librement, par chaque ordre ; le roi veut pleinement savoir tous vos griefs et vos plaintes * . »

' « Harangue du chancelier de L'Hospital aux états de 1560. » (Brochure.)

Les états élevèrent quelques diffîcullés sur la nature de leur pouvoir et leur continuité. Le roi étant mort, l'élection antérieure n'était-elle pas annulée? Le chancelier de L'Hospital leur remontra que le mort saisissait le vif, et qu'en France le roi ne mourait pas. Alors les états s'étant constitués, Jean Lange, avocat au parlement de Bordeaux, porta la parole pour le tiers ordre.

« Trois mauvais vices existoient parmi le clergé : ignorance, avarice et luxure. Ignorance naît du manque d'études ; et combien de bénéfices sont donnés à gens qui ne savent rien de l'escole ! et c'était honteux de voir comment les clercs exerçoient leur devoir , les évêques chargeant de leur fait des vicaires indignes ; l'infâme passion du gain dominoit les prédicateurs , tandis que les prélats s'abîmoient dans les magnificences. » L'avocat demandait donc qu'on réparât toutes ces indignités par un concile '.

« D'abord, grands éloges sont au roi, s'écria Jacques de Silly, baron de Rochefort, député de la noblesse, pour avoir donné à sa fnère l'administration des affaires , comme Alexandre Sévère les avoit données autrefois à Slammea; justement avez fait encore en appelant au conseil le roi de Navarre et les princes du sang. Ce qu'il faut réformer , c'est la juridiction des clercs ; non-seulement les nobles leur ont donné tous leurs biens, mais ils ont eu la faiblesse de leur céder leurs tribunaux même d'appel ; l'état ecclésiastique n'est point de se mêler des édits, mais de prier , prêcher, répandre les sacremens ; c'étoit au roi à bien pourvoir pour les bénéfices , abolissemens, confiscations multiples , dons de cour et autres gros abus qui portent partout le trouble ^. »

« Il ne peut ici s'agir, répondit Jean Quintin , orateur du clergé, de corriger l'Eglise qui ne peut faillir , et à qui même vieillesse ne pourroit causer rides, mais corriger la discipline. N'écoutez pas ceux qui réveillent des anciennes hérésies et demandent églises à côté des saintes chapelles ; refusez les requêtes impies, comme saint Athanase sous l'empereur Constance. Cette noiivelle foi, continua-t-il, s'efforce par voies publiques et cachées d'introduire un Évangile, dont le sommaire est de ne souffrir qu'il y ait aucun lieu dédié, saint et sacré

' « Harangue de Jean Lange, orateur du tiers état, es estais d'Orléans. Paris, lb60. » (Brochure.)

* « Harangue du baron de Rocbefort, député de la noblesse, èsdits estats. Paris, 1S60. » (Drochure.)

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spécialement à Dieu ; mais de profaner les églises, abattre les autels et briser les images , d'innover les saints sacremens, de chasser les prêtres, évêqueset religieux ;de tenir ni vœux, ni promesses à Dieu, de vivre sans abstinence, continence, jeûnes et afflictions de corps , en toute liberté et licence de la chair *. Nous vous supplions , sire , que si quelque fossoyeur de vieille hérésie , par impiété singeroit et vouloit introduire et renouveler aucune secte jà condamnée , et icelle fît présenter requestes, demandât temple et permission d'habiter en ce royaume , comme se sont impudemment ingéré naguères aux états particuliers des provinces ; que tels porteurs de requestes soient punis et déclarés fauteurs d'hérésie, et qu'il soit procédé contre eux selon la rigueur des constitutions canoniques et civiles. Le clergé demande comme chose nécessaire à l'intégrité de votre royaume que désormais tout commerce de quelconque marchandise , livres ou autres , soit interdit et nié à tous hérétiques, sectateurs, novateurs et défendeurs de doctrine jà condamnée. »

Les deux premiers orateurs et le chancelier de L'Hospital avaient exprimé les opinions du tiers parti ; on les avait écoutés sans murmure dans les rangs des calvinistes ; mais Jean Quintin disait haut les sentiments cotholiques , et les chefs de l'église réformée, l'amiral Coligny particulièrement, réclamèrent avec vivacité. Les esprits étaient tellement prononcés dans l'assemblée contre les clercs, que l'orattur fut obligé d'expliquer ses poroles ; la reine l'y invita , au grand nmrmure des catholiques zélés qui assistaient aux états, et particulièreinent de la maison de Guise, qui plus que jamais s'en faisait l'expression.

A la suite des états d'Orléans , une ordonnance proclama amnistie entière pour tous les faits commis en matière de religion ; on devait mettre hors tous les calvinistes arrêtés, sauf ceux-là qui auraient été déclarés chefs de la conspiration d'Âmboise ^. Les états se laissèrent entraîner à de plus hardies concessions. Une autre ordonnance régla la discipline de l'église nationale, en satisfaisant à toutes les demandes du parti politique. On rendit à une certaine forme électorale la nomination des archevêques : quand il s'agirait délire un métropolitain ,

• Voyez aussi : « Humbles requêtes et remontrances faites au roi par le clergé de France. Paris, chez Pierre Gruau, papetier, devant le Palais, à la Fleur de lis. » (Brochure.)

* Enregist. au parlera. 1*^' mars 1S80.

tous les évoques suffragants devaient se réunir en collèges avec les chanoines de la métropole, toute la noblesse du diocèse et douze bons bourgeois; cette assemblée devait présenter trois candidats âgés au moins de trente ans, et c'était parmi eux que devait être choisi le métropolitain nomioé par le roi : on défendait tout transport d'or et d'argent à Rome pour annates ou autres droits ; les élections monastiques seraient triennales; désormais les candidats aux bénéfices ecclésiastiques devaient subir une enquête , et les archevêques et évêques étaient soumis à la résidence. On les obligeait d'entretenir les fondations et les bénéfices ecclésiastiques dont ils jouissaient en vertu de leur titre K

Après ces concessions au tiers parti, on revenait à l'esprit de la loi catholique; les cabaretiers, aubergistes, marchands ne pouvaient désormais ouvrir leurs étaux pendant les offices; défense aux astrologues de prédire l'avenir, faire conjuration par les astres ou par les signes; à tout imprimeur de les reproduire en public par des almanachs ou des petits livres cabalistiques '^. Enfin, dans une série de dispositions relatives à l'ordre général, au commerce, à la justice, aux procédures, on disait qu'il serait permis de faire exécutions mobiliaires pour dettes contre les clercs, les curés et moines, leurs hardes et eft'ets ; il n'y aurait d'excepté que les ornements de l'autel et les vases saints. Les états s'efforçaient ainsi de bien séparer la discipline d'avec la foi; en faisant des concessionssur un point, ils cherchaient à fortifier l'autre '.

L'ordonnance d'Orléans était un triomphe du parti parlementaire : elle ne se jetait pas dans le calvinisme, mais elle tendait à une réforme du clergé, à rendre moins intimes ses rapports avec Rome, à lui donner un caractère plus national, à modifier ses mœurs. Les choses étaient à ce point que toutes mesures conciliatrices devaient échouer devant deux opinions extrêmes qui frémissaient déjà sous la main de leurs chefs. L'esprit de concorde avait disparu; quelques hauts gentilshommes de cour désiraient le calme, pour transformer

' FoNTANON , 1 , 47. — NÉRON, I, 368, Enregist. au parlem. 3 septembre ioCil , vol. I, fol, 133.

* Ceue disposiiion était bien difficile à exécuter. Je trouve dans les MSS de Béihune, vol. 8676, fol. 16, une lettre d'un astrologue italien consulté par la reine sur le jour qu'il fallait choisir pour le sacre de Charles IX. On peut lire aussi le trailé fait par Charles IX avec un alchimiste pour lui faire trouver de l'or. (Revue rntro' xpeclive, 3*^ cahier.)

' Ordonnance d'Orléans, recueil de Néron, tome I, page 368.

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