‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 36 sur 51 · RESPONSE DE JEAN CALVIN · texte numérisé non relu

RESPONSE DE JEAN CALVIN

Jean Calvin \ Jacques Sadout, Cabduial, Salut.

Comme aiDsi soit que par toD excellente doctrine et grâce merveilleuse en parler, tu ayes ( et à bon droit ) mérité, qu'entre les gens savans de noslre temps ta •ois tenu comme en grande admiration et estime, cit principalement des vrais sectateurs des bonnes lettres, il me desplait merteilleusement, quMl faille que par ccste mienne expostulalion et complainte qu'à présent pourras ouir, soye contraint publiquement toucher et aucunement blesser icclle tienne bonne renommée et opinion . Laquelle chose je n'eusse véritablement jamais entreprins, si n'eusse esté contraint et attiré par grande nécessité à ce combat. Car je ne suis ignorant, combien grande malignité ce seroit do provoquer celui injustement par une convoitise ou simple envie, celui je dis, qui en son temps a si bien fait son devoir envers les bonnes lettres et disciplines • F.t combien d'avantage cela seroit odieux entre gens savans, s'ils entendoyent, que pour une seule faschérie ou importunité, sans autre juste raison, j'eusse dressé ma plume contre celui, qui d'eux (et non à tort) pour ses grâces et vertus, est estimé digne d'amour, louange et estimation. Toutesfois, après que j'auray dit et exposé la cause et raison de ceste mienne entreprinse, j'espère que non seulement seray absout et exempt de tout crime, mais aussi il n'y aura celuy, comme je pense, qui ne juge la cause que je pren en main, ne pouvoir eslre délaissée de moy, sans une lascheté trop grande et mespris de mon ministère. Depuis peu de temps en ça, tu as rescrit lettres au Conseil et peuple do Genève, par les. quelles tendois d'esprouver leurs cœurs, savoir s'ils voudroyent eux réduire

tODS la puissance et tyrannie da Pape, de laquelle ils ont esté une fois délivres et aiTranchis. Et parce qu^il n'estoit expédient user d^asperité envers ceux, de la faveur desquels tu avois besoin pour obtenir ta cause : en icelles tu as usé de Poflfice d^un bon orateur. Car du commencement as tasché par douces paroUes à les flatter et circonvenir, cuidant les attirer à ton opinion : rejettant toute la malveillance et aigreur sur ceux, par le moyen desquels ils se sont substraits dMcelle tyrannie. Là où tu viens impétueusement, et comme à bride avallée, desgorger contre ceux, qui ( selon ton dire ) sous ombre et prétexte de TEvangile, par cavillations et tromperies, ont mis ceste porre ville en telle turbation de l'Eglise ( de laquelle tu te plains ) et en tel trouble de la religion. Au regard de moy, Sadolet, je veux bien que tu saches que suis Tun de ceux, contre lesquels tu parles en si grande colère et fureur. Et combien que la vraye religion fust jà dressée et establie, et la forme de leur Eglise corrigée, avant quMllec fusse appelé : neantmoins, pour ce que j'ay non seulement approuvé par ma voix et opinion, mais aussi me suis parforcé tant quMI m'a esté possible, de conserver et confirmer les choses paravant instituées par Farel et Yiret, je ne puis estre bonnement forclos ni séparé d'iceux en ceste cause. Que si en particulier tu m'eusses taxé, sans nulle doute je t'eusse facilement remis le tout, à cause de ton savoir, et pour l'honneur des lettres. Mais quand je voy mon ministère ( lequel je say estre fondé et confermé par la vocation du Seigneur ) blessé et navré par la playe quo tu me fais, ce me sera desloyauté, et non patience, si me taisant, je dissimule en cest endroit. Premièrement et en première charge j'ay en icelle Eglise fuit l'office de lecteur : et puis après de Ministre et Pasteur, quant en ce que j'entreprins la seconde charge, je maintien pour mon droict, que légitimement et à droite vocation je l'ay fait. Or en quelle sedulité et religion je l'ay administrée, il n'est besoin de le monstrer par longues parolles. Je ne m'attribueray aucune subtile intelligence , érudition, prudence, ou dextérité : ni mesme diligence. Mais toute fois say certainement, devant Christ, mon juge, et tous ses Anges, que j'ay cheminé en icelle Eglise en telle pureté et syncerité, qu'il appartenoit en l'œuvre du Seigneur : en quoy aussi tous fidèles m'en rendent bon et ample tesmoignage. Apres donc que l'on connoistra mon ministère estre de Dieu ( comme certes, entendue la déduction de ceste matière, apparoistra clairement) qui sera celuy, si en me taisant, je souffre estre proscindé et diffiuné, qui ne juge mon silence estre feint et dissimulé : et ne m'accuse de prévarication ? n n'y a donc celuy qui ne connaisse que par grande nécessité suis non seulement contraint, mais anssi ne puis eschapper ( si je ne veux traitreusement quitter l'action que le Seigneur m'a mise entre les mains ) que ne m'oppose et contredie à tes reproches et accusations. Et combien que pour le pres«>nt soye deschargé de l'administration de FEglise de Genève : Ce neantmoins cela ne me peut, ne doit retirer de lui porter une paternelle amour et charité. A celle-là, di-je, sur laquelle Dieu m'ordonnant une fuis, il m'a obligé à tousjours de hii

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tanir foy et loyauté. Maintenant donc, voyant les embusches te dretaer eootrt celle, de laquelle le Seigneur veut que prenne le soin et toUicitude : oonnaiaaant aussi les grans et éminens périls et dangers, esquels si par bons moyens et diU> gence on n*y pounroit promptement, elle pouTOÎt tomber : qui seroit celui, qui me Toudroit conseiller en seureté et patience attendre la fin et issue de tels dangers ? Quelle bestise seroit-ce, je tous prie, demeurant comme stopide et eatonnd, ne tenir conte de la ruine de celuy, pour la protection duquel il faut Teiller et jour et nuict ? Or je voy bien que ce seroit chose superflue à moi, user en tel endroit d'une plus longue oraison : quand toi-mesme me déliTres de telle difficulté. Car si ce voisinage, que tu dis ( qui toutes fois n*est pas trop prochain ) a esté de telle vigueur envers toy, que voulant monstrer Pamitié que tu portes à ceux de Genève, n'as point craint d'assaillir par si grande atrocité et fVireor, et moy et ma bonne renommée : ceci me sera permis par le droit d'humanité, que moy voulant pourvoir et entendre au bien publique de la cité, laquelle j'ay en reoommandation, bien pour plus grand tilLre que de voisinage, d'empescher tes entrcprinses et efibrts, lesquels sans doute, tendent à sa totale ruine et deatmction. Et outre plus encore que je n'eusse aucun esgard à l'Eglise de Genève ( de laquelle certes je ne puis distraire mon esprit, ne moins aimer, et tenir chère que ma propre ame ) mais encore, posé que je ne lui portasse aucune affection : là où je voy mon ministère estre faussement prosdndé et diffamé ( lequel, comme j'ay connu estre de Christ, aussi le me faut-il, si besoin est, défendre par mon propre sang ) comment est-il possible, que dissimulant puisse endurer telles choses ? Par quoi non seulement les lecteurs débonnaires peuvent facflement juger : mais aussi toy, Sadolet, tu peux considérer et penser en toy-mesme, qu'en plusieurs et justes raisons suis contraint entrer en ce combat ( si toutesfois l'on doit appeler combat, la simple et modérée défense de mon inntHïence ) combien que je no puis maintenir mon droit, sans y comprendre et adjoindre mes compagnons ministres, avec lesquels la raison de mon administration a esté si conjointe, que volontiers reccvray sur moy tout ce que l'on voudra dire à Veacontre d'eux. Toutesrois je m'cstudieray totalement de monstrer la mesme affection en démenant et traitant ceste cause à l'encontre de toy, que j'ay eu l'entreprenant. Car je feray qu'un chacun entendra , que non seulement je te surmonte de beaucoup en bonne et juste cause, en droite conscience, en pureté de cœur, rondeur de parolles, et en bonne foy : mais aussi que suis un peu plus constant à garder une certaine modestie, douceur et lenité. Bien y pourra-il avoir, par aventure; choses qui te peindront, et possible aussi te navreront le cœur, toutesfois je mcttray peine qu'il ne sortira de moy aucune aigre ni mauvaise parollc, si non que l'iniquité de ton accusation ( par laquelle je suis premièrement assailli ) ou la nécessité de la cause à ce me contraigne D'avantage je tascheray que telle aigreur et aspérité ne viendra point jusqu'à une intempérance insupportable : à fin que les esprits de bonne nature, voyans telles impor-

unités en injures, ne aoyent offensez aucunement. Or est-il certain, ^'en pre* mier lieu, si tu avois affaire à quelconque autre personnage que moy, il op commenceroil ailleurs sa défense, qu^a Pargument lequel du tout j*ai proposé obmettr» et délaisser. Car sans grande dilBculté il csplucheroit tellement ton intention d^es* crire , que Pon connoistroit evidenunent que toy escri?ant, as plustost cerché quelque autre fin, que celle à quoy tu conclus et pretens. Et pour certain, si premièrement tu ne fais foy de ton intégrité, tu te rends mcrreilleusement suspect : veu que toy, qui es un estranger, qui n^as en par cidevant aucune cognois. Mmce ne familiarité avec le peuple de Genève : et maintenant tout à coup tu te dis avoir envers eux une singulière amour, et benevolence : de laquelle neantmoins jamais n^en sortit fruict ne apparence aucune • Et toy, tel honune, qui as fait ton apprentissage quasi des ton enfance, es institutions romaines : lesquelles s'apprennent maintenant en la cour de Rome, en celle boutique de toutes finesses et astuces : et mesme toy qui as esté nouri i comme entre les bras du Pape Clément : et de renfort fait Cardinal ? Certes tu as beaucoup de taches qui te rendent suspect, et quasi à tous, en cest endroit Quant à ces subtils moyens et insinuations, par lesquelles tu pensois prévenir et surprendre les esprits des plus simples, facilement elles pourroyent estre réfutées par un homme non point du tout hebeté. Toutesfois la chose, qui par aventure entre plusieurs seroy crédible : pour ce qu^elle n'appartient et n'eschoit volontiers à homme orné de bonnes let> très et sciences libérales : je ne te la veux imputer. Je procederay donc avec loy, comme si d*un bon zèle, ainsi quUl appartient à un homme rempli d'une telle doctrine, prudence et gravité, tu eusses rescrit à ceux de Genève, leur donnant à entendre à la bonne foy, les choses qui te sembloyent propres à leur salut et prospérité. Mais toutesfois, d'autant que je ne te veux point lascher en cest endroit, quelle qu'ait esté ton intention : ce neantmoins, entant que tu de*chires et t'efforces à souiller et difiamer jusqu'à l'extrême, par outrages et injures, les choses qui leur ont esté enseignées du Seigneur par nos mains : je suis contraint, veuille-je ou non, de t'y contredire ouvertement. Car certes l'office des pasteurs en l'Eglise est, non seulement de mener les âmes dociles des fidèles droitemcnt à Christ : mais aussi d'estre armez pour repousser les machinations de ceux qui se parforcent empescher l'œuvre du Seigneur. Or combien que ton epistre soit remplie de propos ambigus et circonlocutions de parollcs : toutesfois le nœu et poinct principal, tend que tu les remettes en la puissance du Pape : ce que tu appelles, retourner en la foy et obéissance de l'Eglise. Mais pour ce qu'en cause peu favorable, il est requis d'adoucir les courages des auditeurs, par une longue préface et oraison tu allègues le bien incomparable de la vie éternelle ; puis de plus près t'appi ochant de la cause, demonstres qu'il n'y a peste plus dangereuse à l'ame, que fausse religion. Et d'abondant, que la vraie reigle de servir à Pieu, est celle qui est instituée d'icelle vostre Eglue : par ce conclus, estre tgff^ d'eux, et que totalement sont perdus tous ceux qui ont rompu l'unité d'icelit

Eglise, s'ils ne Tiennent à résipiscence et amendement. En après tu pretens que c'est un manifeste abandonnement de l'Eglise à eux , de s'estre ostei et séparez de votre compagnie. D'avantage de ce qu'ils ont receu l'Evangile de nous, que ce n'est qu^un monceau et meslinge de meschantes institutions et fausses doctrines, de quoy finalement tu recueils quel jugement de Dieu les attend, s'ils n'obtempèrent à cestes tiennes admonitions. Or pourtant que cela senrdt grandement à ta cause, que toute crédulité fut ostee de nos paroUes : ta Traye intention a esté de rendre suspecte la diligence, laquelle ils ont oogneu en nous, pour leur salut. Et ainsi tu viens nous imposer à tort ( encore que tu saches bien le contraire ) que nous n'avons prétendu à autre fin, si non de satisfaire à nostre ambition et avarice. Veu donc, que par telles causes et malicieuses finesses nous as voulu maculer de ceste maie tache préoccupant l'esprit des lecteurs, pour leur engendrer haine à l'encontre de nous, à fin qu'il n'adjoustassent foy à nostrt dire : premier que je vienne aux autres poincts, briefvement je respondray à ceste objection Yray est que je ne parle pas volontiers de moy : ce neantmoios veu que totalement je ne m^en puis taire, le plus modestement qu'il me sera possible j'en parleray. Donc quant à moy, si j'eusse eu esgard à faire mon profit, je ne me fusse jamais séparé de votre faction . Et si ne me glorifieray point que j'avoye en icelle les moyens pour y obtenir les honneurs, que je n'ay jamais désirez, ni mon cœur ne s'y est jamais peu addonner ( combien que j'aye veu plusieurs de mes semblables estre parvenus en quelque dignité : lesquels je pouvoye en partie atteindre, et en partie outre passer ) il me suffira de dire seulement, qu'il m'estoit loisible d'y obtenir ce que j'eusse désiré sur toutes choses : savoir est, de vaquer à l'estude, avec quelque honneste et libre condition. Par quoy, je ne craindray jamais, que nul homme me puisse reprocher, si non qu'il fust du tout eshonté, que j'aye prétendu ni demandé chose hors le règne du Pape, qui ne me fust tout appareillée en iceluy. Mais, qui est celuy qui o&croit objecter à Farel telles choses ? S^il eust esté contraint vivre de son industrie et savoir : le profit qu^il a voit jà fait aux lettres, ne l'eust jamais laissé en nécessité. Nonobstant qu'il soit sorti de si noble maison, qu'il n'avoit besoin d'aide d^autruy. De nous deux, pour ce que tu nous notois comme avec le doigt, je t*en ay bien voulu nommément rcspondre. Mais pour ce que (comme il semble ) tu diffames, et sans faire semblant, tu mords tous ceux qui aujourd'huy soustiennent une mesme cause avec nous : je veux bien que tu entendes, que tu n'en saurois nommer un, pour lequel je ne responde mieux, que pour Farel ou pour moymesme. II y en a aucuns d'entre nous, lesquels tu cognols par ouy dire : d'iceux j'en appelle ta conscience. Penses-tu que la faim les ay contraints de partir d'avec vous : et que par desespoir de biens, ils se soyent séparez et reduicts à ce changement et nouvelle conversion : comme faisant banques-routtes, ou comme en générale abolition de vieilles dettes? Mais à fin d'éviter poli xi té, sans en reciter un long catalogue : je t'ose bien asseurer, que de tous ceux qui ont esté motifs

et chefs de ceste affaire, il D'y a celuy qui ne fust si bien et honorablement reoeu entre les Yostres, quMl ne luy estoit besoin d'avoir pour cela le soin d'aucune nouvelle façon de vivre. Or ça maintenant juge et repute entre toy et moy, quels honneurs, et quelles puissances nous avons obtenus ? Certainement tous ceux qui nous ont ouy, seront tesmoins, que nous n'avons désiré ne tasché d'avoir aucunes autres richesses, ne dignitez, que celles qui nous sont eschues. Teu donc qu'en tous nos dits et faits, ils n'ont eu seulement suspition aucune de ceste ambition, de laquelle tu nous charges : mais aussi ils ont veu par indices manifestes, comme nous l'avions en horreur et detestation : penses-tu que par ta simple parolle tu enchantes leurs entendemens, de telle sorte, que plustost ils adjoustent foy à une tienne vaine crimination , qu'à tant et si certains enseignemens qu'ils ont receus de nous? Et à fin que nous besongnions de faict, plustost que de parolles : la puissance du glaive, et autres appartenances civiles, lesquelles un tas de Prestres et Evesques masquez, sous le prétexte d'immunité et franchise, avoyent frauduleusement ostez aux magistrats : n'avons nous point fait qu'elles soyent retournées en leurs mains ? N'avons nous pas détesté, et ne nous sr.mmes-nous pas parforcez d'abolir tous les moyens de condamnation et d'ambition qu'ils s'estoyent usurpez ? Si nous eussions eu espérance d'en amender, que ne dissimulions-nous cela finement, à fin que telles choses nous fussent retournées, avec l'administration et gouvernement de r£|;1ise ? Mais pourquoy avons-nous entreprins par tels efforts renverser ce royaume et puissance, ou pour mieux dire ceste eseorcherie qu'ils ex< rçoyent sur les âmes contre la parolle de Dieu ? Comment ne pensions-nous estre autant de perdu pour nous ? Quant à ce qui touche aux richesses ecclésiastiques : la pluspart est encore dévorée par ces gouflres. Si donc nous espérions qu'icelles leur seroienl une fois ostees (comme certes il sera finalement nécessaire ) pourquoy ne cherchions-nous moyens, à fin qu'elles parvinssent à nous ? Mais veu que publiquement nous avons prononcé et déclaré à pleine voix, le surveillant ou Evesque estre larron, qui convertit à son usage des biens de TEglise, plus qu'il n'est nécessaire à vivre sobrement et par raison : Veu aussi que nous avons tesmoigné l'Eglise avoir esté lors empoisonnée d'un venin pernicieux, quand les Pasteurs furent chargez de richesses, par lesquelles enfin ils ont esté aveuglez. Attendu aussi que nous avons enseigné, n'estre point expédient qu'ils en eussent en abondance : et que finalement nous avons conseillé de donner aux ministres ce qui estoit raisonnable, selon leurs estât, non pas pour abonder en superfluité ; et que la reste fut dispersée aux povres , comme il se faisoit en l'Eglise primitive : Quand aussi nous avons monstre qu'il falloit élire gens graves et d'authorité, qui en eussent la charge et administration : sous condition, que tous les ans ils rendissent conte à l'Eglise et au nugistrat : cela estoit-ce pourchasser et poursuyvre d'attirer les biens, ou plustost les rcjetter de nous volontairement ? Certainement toutes ces choses demonstrent assez, non pas ce que nous sommes, mais ce qu'avons désiré d'estre* Si donc tout ce que

j'ay dit par d deTant est tant appert et manifeste à un cbaciin, que mêtme on n^en sauroit nier le moindre poinct : de quelle audace maintenant nous poarroit» tu reprocher d'avoir convoité richesses et puissances non accoustun ees, roesmement vers ceux qui ne sont ignorans de toutes ces choses ? Qoant aux grans et énormes mensonges que gens de ta sorte sèment journellement en leur pays, nuus ne nous émerveillons aucunemc^nt : Car il n'y a personne ou qui 8>n apperçnyve ou bien qui leur ose contraire. Mais, de vouloir persuader le contraire à ceux qui ont veu et entendu les choses que j'ay récitées par ci devant : ce n'est point le faict d'un homme sage, et est chose fort mal-seante à Sadniot, homme de telle estime en doctrine, prudence et gravité. Et s'il te semble nostre affection devoir estre mesurée à l'eflect de la chose : il sera trouvé que nous n'avons eu aucun autre esgard, si non par nostre |>etitesse et humilité, de multiplier et accroistre le royaume de Dieu : tant s'en faut, que par une convoitise de dominer, ayons voulu abuser de son sainct et sacré nom. Je passe et me tais de beaucoup d'autres injures et opprobres que tu desgorges contre nous, comme l'on dit, à gorge desployee. Tu nous appelles hommes cauteleux, ennemis de l'union et paix chrestienne, innovateurs des choses bien et anciennement instituées, séditieux, pestiférés aux consciences, et mesme tant en public qu'en particulier, ennemis à la commune société des hommes. Si tu voulois éviter reprehension, ou tu ne nous de vois pas attribuer langue hautaine et profonde, pour à tous nous rendre odieux : ou bien, il te falloit déporter aucunemmt de ceste magniloquence Tciutesrois je ne me veux pas arrest^r à tous tes propos : mais Je voudroye bien, que tu pensasses en toy-mesme , combien la chockC est mal* séante, je ne dis pas vilaine, de pourchasser par plusieurs et longues injures ( lesquelles nonobstant en un seul mot se peuvent réfuter ) ceux qui en rien ne l'ont mérité ni desservi envers toy. Combien que c'est peu de chose, d^injurier ainsi les hommes, au prix de Tindignité d^un si grand outrage, fait par toy à Jesus-Christ et à sa parolle, quand tu viens entrer plus avant en matière. Au regard de ce, que ceux de Genève, enseignez par nostre prédication se sont relirez de la fange d'erreur, en laquelle ils avoyent esté submergez et presque noyez, et se sont réduits à la pure doctrine de l'Evangile : tu appelles cela abandonner la vérité de Dieu : pour ce aussi qu'ils se sout retirez de la subjeclion et tyrannie Papale, à fin qu'ils ordonnassent entr'eux une meilleure forme d'Eglise : tu dis que c'est une vraye séparation da l'Eglise. Or ça donc, espluchons toutes ces deux choses par bon ordre. Quant à celle tienne préface, qui contient presque la tierce partie de ton epistre, à prèscher l'excellence de la béatitude do la vie éternelle, il n'est jà besoin que ma response y soit longuement fichée. Car encores que la recommandation de la vie future et étemelle soit chose digne d'estre jour et nuict en nos oreilles, et qu*â penser en icelle nous nous devions exercer sans cesse : je ne say toutesfois ponrquoy tu en as tenu ici si long propos : si ce n'est, pour te rendre en plus grande ealkne et recommandation, sous le prétexte et signe de religion : oti bten, pensant

ET DES RÉFOmiATEimS m OERÉYE. 607

foatlBnMiandM sntpidoa de foy, ta a Toralu ftire flppfltoitfre, que fonte ta pemée eftoit de la ?id bienheurease qui est enTen Dieu : <m tn n estimé qae les esprits de ceux à qui tu escrirois, par cette longue commendation en seroyent plustost attires et esmeus ( combien que je ne veuille deviner quelle cstoit toa intention ) toutesfois cela sent peu son vray théologien, de tent Touloir astreindre l'homme à soi-mesme. Que cependant ne luy ordonne et enseigne, que le com* mencement de bien former sa vie, est, désirer, accroistre et illustrer la gloire da Seigneur : veu que nous sommes principalement nais à Dieu, et non pas à nous. Car tout ainsi que toutes choses sont de luy et consistent en luy : aussi ( oomme dit PApostre ) se doirent-elles rapporter du tout à luy. Et dit aussi, que le Seigneur mesme, pour Taire plus rccommandable aux hommes la gloire de son nom, leur a tellement tempéré et modéré le deslr d^exalter et amplifier iceluy, qu'il est perpétuellement conjoinct avec nostre salut. Mais veu qu'il a enseigné, que telle affection doit surmonter tout soin et convoitise du bien et profit qu'il nous en pourroit advenir et que mesme le naturel doit nous inciter de l'estimer avant toutes choses ( si au moins nous luy voulons rendre l'honneur qui luy appartient ) certainement l'office d'un homme Chrestien est, de monter plus haut, qu'à cercher et acquérir le salut de son ame. Parquoy il n*y a celuy bien instruict et expérimente en la vraye religion chresUenne, duquel ceste tant longue et curienSe exhortation à l'estude de la vie céleste y laquelle détient entièrement l'homme à cela, sans l'eslever d'un seul mot à la sanctification du nom de Dieu ) ne soit estimée sans goust ni aucune saveur Apres laquelle sanctification, volontairement l'aocorderay, qu'en toute nostre vie ne devons tendre à autre fin, ni avoir autre délibération , fors que de parvenir à icelle suprême vocation : car c'est le but principal qui nous est proposé de Dieu, en tous nos faicts, dicts, et pensées. Et n'y a, pour vray, chcise qui rende l'homme excédant la beste en aucun cas, si non la communication spirituelle avec Dieu, en espérance de ceste béatitude étemelle. Mesme en toutes nos prédications, nous ne tendons quasi à autre chose, qu'à eslever et eSmouvoir les cœurs d'un chacun à la meditotion et estude dMcelle. Encore te ooncede-je volontiers, tout le danger qui peut advenir à nostre salut, ne procéder d'autre part, que du service de Dieu pei-verti et indenêmeiit fait. Et pour certain ce sont ci les premières instructions et enseignemens, esqueb nous avons de coutume in.struire à la vraye pieté et religion, ceux que nous voulons acquérir disciples à Jésus-Christ : Savoir est, qu'ils se gardent bien de controuver follement et à leur plaisir, quelque nouvelle façon d'honorer Dieu : mais sachent ce seul service estre légitime, qui des le commencement luy a pieu. Et si aiTermons d'avantage, ce qui est approuvé par le sainct oracle de Dieu : qu'obéissance vaut mieux que sacrifice. Finalement nous les induisons et accoustumons de tout nostre pouvoir, à délaisser tous services et manières de superstitions fausses et controuvees : estant contens d'une seule reigle et commaa*demnit de Dien, à eux declarat par sa siincte paroUe. Farquoy, Sadolet, toaf

le fondement dMcelle mienne défense par toy-metme est posé et quasi assis : quand volontairement tu as confessé et approuvé ces choses. Car si tu concèdes^ ce estre une horrible perdition de Tame, quand par meschantes opinions la vérité de Dieu est convertie en mensonges : il reste de savoir, laquelle des deux parties observe et garde cest honneur et rcverence à Dieu, seule, vraye et légitime. Pour ta part, tu dis que c«11e est la pins certaine reigle, qui est prescrite et commandée de PËglise : combien que tu mettes ceste sentence en délibération, comme si nous la voulions impugner, ainsi que Ton fait en choses douteuses. MJs certainement, Sadolet, voyant qu^en vain tu te travailles, il m'est prins vouloir de te relever et soulager de si grande fascherie Car faussement et à grand t irt tu te persuades, nous autres, vouloir retirer le peuple fidèle de la vraye adoration, observée de tout temps par PËglise catholique : ou tn erres en ce mot Ëglise : ou bien d'un certain mouvement, et de guet à pens, tu nous veux décevoir : auquel dernier t'attrapiieray au passage. U se peut faire aussi que tu faus bien ailleurs. Car premièrement en la dirdnition d'Eglise , tu laisses ce qui te pouvoit beaucoup servir en la droite intelligence du mot : quand tu la dis esire celle, qui de tout temps passé ccimme aujourd'huy , par toute la terre, a toujours esté une en Christ, consentant en un esprit de Christ , duquel en tout et partout elle est régie et gouvernée. Où est ici la parolle de Dieo, icelle tant claire marque, laquelle tant de fois est recommandée par le Seigneur mesme , en la désignation de la vraye Eglise ? Car luy prévoyant combien il seroit dangereux soy vanter de l'Esprit sans la parolle : il a bien aflemté, que l'Eglise estoit gourvcrnee et administrée par le Sainct Esprit. Mais à 6a que telle adminislration fust certaine, stalile, el immobile, il l'a conjointe et alliée a celle sienne parolle C'est ce que crie le Seigneur, que ceux la sont de Dieu qui oyent la parolle de Diou : que cellt-s-la sont ses brebis qui recognoisscnl sa voix, comme de leur Pasteur : rejettant, toute autre voix comme d'un homme estrangcr A cesle cause dit l'Esprit par la bouche de sainct Paul, l'Eglise estre fondée sur le fondement des Aposlres et Prophètes. Item qu'elle a esté sanctiliec au lavement d'eau, par la parolle de vie Et ceci mesme encore plus clairement est déclaré par la bouche de sainct Pierre, quand il nous enseigne le peuple estre régénéré à Dieu par icelle semence incorruptible . Et à bref parler, pourquoy est tant de fois la prédication de l'Evangile appelée le royaume de Dieu : si non parce que c'est le sceptre, avec lequel le roy céleste régit et gouverne son peuple ? Ce que non seulement tu trouveras aux escripts des Apostres : mais toutes et quantcs fois les Prophètes ont prédit de la restitution et instauration, ou bien, de la propagation de l'Eglise par le monde universel : ils ont assigné et donné toujours le premier lieu à la Parolle. Car, disent-ils, eaux vives sortiront de Jérusalem, lesquelles divisées en quatres fleuves, arrouseront toute la terre. Et quelles sont icelles eaux, eux-mesmes l'exposent et déclarent, disons, que la loy sortira de Sion^ et la parolle du Seigneur

de Jérusalem, Chrysostome donc a bien coDscillé de rejetter, tout ceux qui tous couleur de PEspril, nous veulent retirer de la simple doctrine Evangelique : ▼«! que PEsprit est promis, non pas pour susciter quelque doctrine nouvelle : ains pour escrirc aux cœurs des hommes la vérité de PEvangile. Et certes aujour* d*buy nous cognoifsons par expérience combien ceste admonition est nécessaire. Nous sommes oppu^pscz de deux sectes^ qui semblent estre moult difierentes. Car en quoy conviennent le Pape et les Anabaptistes ? Et toutesfois ( à fin que tu cognoisse Satan n^estre jamais si couvert, que de quelque costé il n^approisse ) tous deux ont un mesme moyen, duquel ils taschent à nous opprimer. Car quand ils se vantent ainsi arrogamment de l'Esprit : ils ne tendent certes à autre chose ( la parole de Dieu opprimée et ensevelie ) si non à donnez lieu à leurs mensonges. Et toy, Sadolet, choppant du premier pas au seuil de Thuis, as esté puni de l'injure que tu as faite au S* Esprit : le séparant et divisant de la Parolle. Car comme si ceux qui cherchent la voye de Dieu, estoyent constitues en un chemin fourcheu, ou destituez de certain but : tu es contraint les introduire douteux : à savoir lequel est le plus convenable, suyvre l'autorité de l'Eglise, ou escouter ceux, que tu appelles inventeurs de nouvelles doctrines. Si tu eusses seu, ou bien que tu ne l'eusses point voulu dissimuler, que l'Esprit esclaire à l'Eglise^ pour ouvrir l'intelligence de la Parolle, et que la ParoUe est comme ta touche où l'on espreuve l'or, pour par icelle discerner de toutes les doctrines : le fusse-tu retiré à ceste tant perplexe et espineuse difficulté ? Apprens donc par ta faute, qu'il n'est point moins insupportable, se vanter de l'esprit sans la Parolle, qu'il est maussade de mettre en avant la Parolle sans l'Esprit : Maintenant donc si tu veux endurer et recevoir une plus véritable diffinition de l'Eglise, que la tienne : di d'oresenavant, que c'est l'assemblée de tous les Saints : laquelle étendue par tout le monde, est dispersée en tout temps, liée toutesfois ensemble par une seule doctrine de Christ : et par son seul Esprit garde et observe l'union de la foy, ensemble une concorde et charité fraternelle. Or que nons ayons quelque différent avec icelle, nous le nions : mais plustost, tout ainsi que nous la reverrons comme mère : ainsi desirons-nous tousjours demeurer entre ses bras. Mais en cest endroit tu me reprens, disant, et t'efforçant monstrer, que tout ce qui a esté receu et approuvé du consentement des fidèles, depuis quinze cens ans et plus, est par nostre desordre arraché et abrogé. Ici ne requerray-je point que tu chemines avec nous de bonne foy et véritable ( ce que toutesfois, non pas en chreslien seulement, mais en philosophe feroit de son bon gré ) mais te prieray, que tu ne viennes point jusqu'à cotte vilaine licence de calonmier, laquelle ofienseroit grandement ( encores que nous nous toussions ) ta réputation et estime entre les bons et graves personnages. Tu sais bien, Sadolet, et si tu le nies, je donneray à cognoistre à un chacun que cauteleusement et malicieusement te l'as dissimulé : que non seulement nous accordons mieux avec l'antiquité, que TOUS autres : mais aussi que nous ne demandons autre chose, si non qut celle

ancienne face de rEçHse, puisse cstro quelquefois instaurée, et remise en ion entier, laquelle déformée et pollue par gens indoctes, après laschemciit a esté deschirec, et quasi destruitc par le Pape et sa faction. Or ne te Tcux-je pas tant contraindre, ne de si près presser, que je la vueille révoquer, reformer, et remettre en Pestât de PEglisc premièrement constituée par les Apostres ( qui est toutesfois un exemple singulier de la vraye Eglise, lequel il nous faut ensuyvre, si nous ne voulons grandement errer et faillir ) mais pour t'espargner encore quelque peu, je te prie, considère et mets devant tes yeux Pestât ancien de PEglise qo: estoit entre les Grecs, du temps de Chrysostome et Basile : et entre les Latins , du temps de Cyprien, Ambroyse, et Augustin, comme amplement il est contenu en leurs escrits : en après contemple les ruines qui vous en sont demeurées : certainement tu y trouveras antant de diflerence, comme les Prophètes nous en escrivent entre celle tant excellente Eglise qui ilorissoit sous David et Salomon : et celle laquelle tombée en toutes manières de superstilions,sous Sedicias et Joachim, avoit totalement corrompu la pureté du service de Dieu. Maintenant donc diras-tu, que cestuy-la est ennemi de Pantiquité, qui par un zèle de la sanctiraonie et pieté ancienne, non content de la présente corruption, en toutes choses voudra essayer d^omender en mieux et restituer en leur pristine resplandissancc, les choses qui sont dépravées et dissipées en PEglise ? comme ainsi soit donc que la santé et fermeté de PEglise consiste principalement et soit ornée de trois choses, savoir est, de doctrine, de dissipline, et de sacremens : viennent les cérémonies au quart lieu, à fin d^exercer le peuple au devoir de pieté, pour bien sauver vostre Eglise, et luy garder son honneur, par lequel des quatre veux-tu que nous la jugeons ? Premièrement la doctiine des Prophètes et la vérité Evangelique, en laquelle il fuut que PEglise soit fondée, non seulcjnent est pour la pluspart esteinte entre vous : mais par grande outrance on la chasse et poursuit à feu et à sang. El toy, ni'allcgucrois-tu bien, c*l oserois-lu bien nie maintenir icelle estro Eglise, en laquelle toutes les institutions de nosti e Iby, ordonnées par la parolle de Dieu : consignées es livres des Saints Pères, et mesines approuvées des conciles anciens, sont furieusement ropoussccs et persécutées ? Di-moy, où sont seulement les traces et autres soignes de l'ordre tant sainct et véritable, que les Ministres et Evesques anciens ont observées en TEglise ? Ne vous etes-vous pas mocquez de toutes leurs constitutions ? N'avez-vous pas foulé aux pieds tous leurs canons et ordonnances ? Quand aux Sacremens, je ne puis penser sans en avoir très-grand horreur, comment vous les avez prophanez meschamment. Au regard des cérémonies, vous en avez cerles plus qu^assez . Mais veu que le plus souvent leur signification est inepte, sotte, et niesme corrompue par mille superstitions : que peuvent-elles profiler à la conservation de PEglise ? De tout ce que je di, il n'y a rien, comme tu vois, qui soit aueunemenl rengregé ou augmenté en manière d'accusation par moy : toutes ces choses sonl si notoires et manifestes que mesme on les peut monslrer au doigt, s'il y avoit yeux pour y prendre garde.

Or t^il te plaict, eoquiers-toy maintenaDt de nous en toute diligence lelon ceste reigle, et sans point de faute, il s*en faudra beaucoup, que tu nous conyainquet dos crimes dont tu nous as accusez. Quant est des Sacjrements nous n*y arons rien touché : sinon à fin que (remis en leur naifvc pureté dons ils eslovent dcscbeus)ils receussent leur premier honneur et dignité. Des cérémonies, nous les avons pour la plus part abolies : mais nous avons este coniraint de ce faire, en partie, pour ce quu qar leur grande multitude, elles sembloyent forligncr en judaïsme : et en partie, pour ce qu'elles avoyent tant occupé Pentendement du menu peuple, etemjtli de superstitions, qu'elles ne pouvoyeot consister aucunement, sans nuyre h la pieté, laquelle elles devoyent avancer. Nous en avons toulesfois retenu celles qui nous sembloyent sufiire au temps et au lieu. Nous confessons bien, n'estre point encore parvenus à la discipline qui estoil observée par TEglise ancienne. Mais quel droit et raison y a-t-il, que soyons accusez de Pavoir subvcrtie, par ceux mesmcs qui seuls Pont tollue et abolie, et qui desirans la remettre en son premier estât jusqu'à présent nous en ont empeschez ? Touchant la doctrine, je ne crains point d'en appeler, et du tout m'en rapporter à P£glise ancienne . Et pourtant que, comme par manière d'exemple tu as touché certains poiucts, par lesquels il te semble avoir veu quelque occasion de nous diffamer : je monstrcray à bricfs mots comment tu nous accuses à tort et faussement, d'avoir controuvé ces choscs-la, contre Pauthorité de l'Eglise- Devant toutesfois que je vienne à particulariser, je te veux bien admonester que tu penses et considères à deux fois, pour quelle raison tu blasmes les nostres d'avoir mis leur estude à l'explication de PEscriture. Car tu sais bien, que par leun veilles et lucrubation, ils ont donné si grande clarté à la paroUe de Dieu, qu'envie mesme auroit honte de les priver en cela de toute louange. Autant y a «il de bouté et preudhonmiie en toy, de dire que le peuple a esté séduit par nous en questions difficiles cl subtiles : et quasi circonvenu par celle philosophie, de laquelle sainct Paul commande aux Chresliens se donner garde. Comment ne te souvient-il point quel estoit le temps, auquel nos gens commencèrent à se monstrer ? quelle doctrine apprenoyent es escolos, ceux qui tendoyent avoir administration en l'Eglise ? Tu sais bien toy-mesmcs, que ce n'estoit que pure sophisterie : voire et tant entortillée, tant mcsiee, tant pleine de destours, et tant enfreliee : que la théologie scholastique se pouvoit dire à bon droit, une certaine espèce de magie secrctte : en laquelle, tant plus que chacun Pobscurcissoit de plus esf esses ténèbres, et cmpcschoit soy et les autres en diflieultez et sentences obscures : tant plus estoit-il estimé ingénieux et subtil en sa doctrine. Et aussi quand ceux qui cstoyent formez en telle boutique, vouloyent monstrer au peuple le fruict de leur doctrine : de quelle dextérité, je vous prid, edifoyent-ils l'Eglise ? Mais à lin que je ne déchiffre point tout pur le menu : quels sermons y avoit-il lors en toute l'Europe qui représentassent la simplicité, en laquelle sainct Paul veut que le peuple chrestien demeure toute sa vie ? Mesme, où

estoit le sermon, duquel les sottes vieilles n^apprinssent plut de jef?eiies, qu>1 les n^eussent peu raconter un mois durant auprès de leur fouyer ? Car leurs prédications estoyent tellement ordonnées, que Tune des parties estoit en ces obscures et difficiles questions de Pescole, pour tirer en admiration le povre et simple peuple : Pautre se passoit en fables joyeuses, et spéculations récréatives, pour exciter et esmouvoir le cœur dMceluy à joyeuseté. On enlremesloit quelques rool^ de la parollc de Dieu, à fm que par la majesté d^iceux, ils donnassent couleur h leurs songes et resveries. Mais incontinent que les nostre ont levé leur enseigne : en un moment toutes ces ténèbres ont esté esclarcies entre nous Or vos prèscheu s en partie upprins et enseignez par les livres d^iceux, et en partie sontraints pac honte et murmuration du peuple,se conformer à Texemple des dessusdits : encore no se peut faire quMls ne sentent à pleine gorge ceste vieille bestise et asnerie. De sorte que, si Pon fait comparaison de nostre façon de prescbe à la leur, roesme avec celle qui est la plus estimée d^cntr'eux : on cognoistra facilement que tu nous as fait une grande injure. Et si tu eusses voulu poursuivre un peu plus avant les parolles de sainct Paul : il n^est si petit enfant, qui n^eust cognu le crime dont tu nous charges, estre à imputer à vous, plustost qu^à nous-autres. Car PApostre dit, celle philosophie estre vaine qui ravit les consciences fidèles par les constitutions des hommes, et éléments de ce monde : desquels vous avez corrompu et ruiné PEglise. Or nous descharges-tu incontinent après par ton tesmoignage mesme, quand entre tant de nos enseignemens, que tu entreprens d^esplucber, n^en allègues un seul, duquel la cognoissancc ne soit grandement nécessaire à Fédification de PEglise. En premier lieu tu touches la justification de la foi : de laquelle entre vous et nous le principal et plus aigre combat. Est-ce là une espineuse et inutile question ? Mais oste la cognoissancc d^icelle, la gloire de Jesus-Ghrist est csteinte, la religion abolie, PEglisc destruite, etPcsperance de salut totalement abbnttue. Puurquoy nous disons que cest article (lequel nous tenons estre le souverain en nostre religion ) a e^té meschamnient effacé par vous de la memoire des hommes. Ce qui est amplement et manifestement prouvé et declaîrê en tous nos livres : Kt d\ivantagc, la grande ignorance qui encore maintenant règne en toutes vos Eglise, tcsmoigiio que ne nous en plaignons point à tort. Mais aussi lu fais tres-uialigncmcnt ici, de dire, qu^attribuans tout à la foy, ne donnions point lieu, et ne tenions point conte des bonnes œuvres . Je ne fonderay ici une dispulalion absolue, lacpielle certes rcquerroit un livre entier : mais toutesfois, si lu regardois le calhcchisme et instruction que j*ay escril a ceux de Genève , estant pour lors Ministre en leur ville : au premier mot comme convaincu tu te tairois. Ce neantmoins je traileray ici brièvement en quelle sorte nous parlons de cesle matière. Premieremcnl nous commandons qu'un chacun conmience par la cognoissancc de soy-mesmc : et non pas légèrement, ni comme par manière d'acquit, mais comme pour prcseiilei* sa conscience devant le tribunal de Dieu :

et que lorsqu^il te sera trouvé assez condamné par son iniquité, il considère quant et quant la sévérité de son jugement, qui est dénoncée contre tous pescheurs. Et ainsi confus et abbiitu en sa propre misère, quMl se prosterne et humilie devant Dieu, oatec toute confiance de soy : gémissant tendrement comme condambé à mort éternelle. Puis après nous dcmonstrons le seul port do salut estre en la miséricorde de Dieu, qui nous est exhibée en Jcsus-Christ : Car en lui seul, tout ce qui appartient à nostre salut, est accompli. Attendu donc, que tous les humains sont condamnez pécheurs devant Dieu : nous d'sons Christ estre la seule justice : lequel par son obéissance, a elTacé nos transgressions : par son sacriÛce, Pire de Dieu a esté appaissce par son sang, il nous a nettoyez de toute macule : par sa croix il nous a soustenu nostre malédiction, par sa mort il a satisfait pour nous. En ceste manière nous disons Thomme estre reconcilié à Dieu le Père, par Christ : non par le mérite ou dignité de ses œuvres, ains par la bonté et clémence gratuite du Seigneur. Quand donc par foy nous embrassons Christ, et venons comme en sa communion et participation : nous appelons cela, selon TEscriture, justice de foy. Qu'as-tu ici, 6 Sadolet, que tu puisses mordre ou reprendre ? Est-ce pourtant que nous n'attribuons rien aux oeuvres ? Certes, pour la justitication de Phomme, nous nions qu'elles valent non pas un poil de teste. Car PEsctiture dit si clairement en tant de passages, que nous sommes tous perdus : et h'y a celuy qui ne soit en ce pressé de sa conscience . Celle mesme Escriture ne nous met en autre espérance, si non en la seule bonté de Dieu, par laquelle nos péchez nous sont pardonnez, et justice nous est imputée. Et si dit, que Pun et Pautre est don gratuit : à fin qu'elle declaire finalement, l'homme estre bienheureux, sans les œuvres. Mais dit-tu, quelle autre chose entendons-nous par ce mot de Justice , si l'on n'a point d'esgard aux bonnes œuvres ? Vrayement si tu pensois bien que c'est que PEscriture entend par ce mot justifier, tu ne serois point en ceste doute. Car elle ne le réfère pas k la propre justice de l'homme, mais à la clémence et bonté de Dieu : lequel aloué au pécheur la justice, encore qui ne l'ait desservi envers luy, sans luy imputer aucune injustice. Celle la, di-je, est notre justice, qui est descripte par Sainct Paul : savoir est, que Dieu nous reconcilie à soy, en Christ. Le moyen est mis après : c'est en ne nous imputant point nos péchez. Finalement elle monstre que nous sommes participans de ce bien, par la foy : quand elle dit, le ministère de cette reconciliation estre contenu en l'Evangile Ouy, mais dis-tu, ce mot foy est un mot qui comprend beaucoup, duquel la signification sVstend grandement. Mais au contraire, toutes fois et quantes que Sainct Paul attribue à la foy, la faculté de justifier : il la limite et restreint aux promesses gratuites de la benevolence de Dieu : la destournant totalement de la fiance et esgard des œuvres. Pourtant il conclud tant souvent : Si c'est par foy, ce n'est pas donc par les œuvres. Et de rechef, Si c'est par les œuvres ce n'est donc pas par foy. Voire-mais l'on fait injure à Christ, si sous le prétexte de sa grâce, l'on rejette les bonnes œuvres : veu qu'il est venu pour faire un peuple

614 HISTOIKE DE LA KÉFORMR

agréable à Diea,Bectateurde bonnes œuvres. Sur quoy il y a beaucoup de Msiblableft tesmoignages : par lesquels est monstre, que Christ est venu, à œ qu'en bien faisant, nous fussions par luy acceptables à Dieu. Nos adversaires n'ont quasi autr^ calomnie en leur lK)uchc : sinon qu^ils nous disent avoir retiré les hommes de Pestude de bien faire, par la prediculion de la justice gratuitement imputée : la* quelle calomnie est plus frivole, ({ue par elle en rien nous puissions estre grève/, ni pressez • Pour la justi0cation de Thomme, nous nions les bonnes œuvres avoir aucun peu : mais leur assignons leur rogne en la vie des justes. Car si celui qui est juslifîé, possède Jésus Christ, et «pie Chi ist ne soit jamais sans son Esprit : il s'en suit nécessairement que cette justice gratuite est toujours conjointe avec la régénération. Par quuy, si tu veux bien entendre, comment la foy et k*8 œu» vres sont choses inséparables : Regarde en Christ, qui, comme dit PApostro, nous a esté donne eu justice et sanctification. Donc quelque part que la justice de foy, que nous disons gratuite, est, Christ aussi y est. El là où est Christ, PEsprit do sanctification est présent: ponr régénérer Tame en nouveauté de vie. Au contraire, où il n'y a nulle estudo de saincteté et innocence : ni Christ, ni son Esprit n") peuvent cstrc. Et là ou Christ n'est point, là aussi n'est point justice, ni mesro.' la foi, laquelle ne peut aprehender Christ en justice, sans l'esprit de santitication. Veu donc qu'ainsi que nous disons, Jesus-Christ régénère à la vie bienheureuse ceux qu'il justifie, après qu'il les a retirez du royaume de péché pour les mener au royaume de justice, les transfigurant en l'image de Dieu, et les reformant par son esprit à l'obéissance de so volonté : il n'y a point d'apparence de te vouloir plaindre, que par iiostrc doctrine nous autres laschons la bride aui désirs de la chair. Et si ne veulent dire autre chose toutes les allégations que tu mets en avant desquelles si tu veux abuser pour obolir la gratuite justincatioii. regarde comment lu argues i(]noi'amment. Sainct Paul dit en un autre passage, que nous sommes devant la création du monde esleus en Christ, pour estre saincts et irrépréhensible en hi présence de l)i«'U par Charité. Qui est-ce qui osera conclure par cehi que Pelection nVst point gratuite, ou que charité ne soit la cause d'ieelle ? Vins plustost, tout ainssi que Pelection gratuite tend à ceste tu», que nous vivons devant Dieu purement et sans macule : telle aussi est la fin do la gratuite justification. Cependant toutesfois nous deineuroiis fermes et stables en ce, que non seulement rhoiiime est pour une fois Justitié sans aucun mérite de ses oeuvres : mais aussi (pu; le sahit perpétuel d'iccluy gist seulement eu reste justice gratuite. Et que nullement ses œu\res ne peuvent estre agréables a Dieu, si elles ne son acceptées et approuvées par icelle justice. Pourquoy je int* suis esmerveillé grandement en lisant le?» ('>cril*i, <le ce que lu «lis charité estre la première et principale cause de no^lre salut. O Sadolet, qui est celuy qui eusl jamais pense ouyr une telle parole di* loy :' Les aveugles luesmes au milieu d«' leurs ténèbres, sout plus certains de la miséricorde de Dieu : que d'oser allrihuer le principal de leur salul h charité. Mais ceux qui ont une sei.îe estiucel'e

ET DKS RKFOKMATEURS DR GENKVE. Ci J

«Je la lumière de Dieu, sentent bien que leur salut n'est arres)é par aucune autre chose, sinon qu'ils sont adoptez de Dieu . Car le salut éternel est Phei itago du .Père Céleste, qui est seulement préparé à ses enfants. D'avantage voudroit-on assigner autre cauàc à nostre adoption : que celle qui est communément mise en PEsci iture ? Savoir est que le premier amour n'est pas procédé de nous : mais que Dieu de son propre mouvement et bonne volonté nous a rcceus en grâce et benevolence. De cestuy tien aveuglement, provient l'autre erreur que tu maintiens les péchez estre purgez et efiacez par pénitences et satisfaction. Où sera donc ccste seule hostie satifactoirc, de laquelle si on s'en retire, selon l'Escriture il ne reste plus autre sacrifice pour les péchez ? Cercho bien en toute la Saincte Escriture : que si le sang de Clirist nous est proposé pour le prix de nostre satisfaction et abluition : par quelle témérité oses-tu transférer cest honneur h tes œuvres ? Et si ne faut pas que tu imputes ce sacrilège à l'Eglise de Dieu. Je confesse bien que l'Eglise ancienne avoit ses satisfactions : toutes fois elles n'estoyent pas telles que par icelles les pécheurs pensassent impetrcr grâce, et se racheter de leurs péchez : mais c'estoit pour approuver la resipicence qu'ils monstroyent par dehors n'estro point feinte : et pour eiïacer la mémoire du scandale qui estoit venu à cause de leurs meffaits. Et si n'estoyent pas enjointes à un chacun, mais k ceux-là tant seulement, qui estoyent tombez en quelfjue grief et énorme péché : et ce avec une solennelle observance. Quant au Sacrement de la Cène, tu nous reprens de ce que nous voulons comprendre et enclore le Seigneur du ciel et de la terre ensemble sa divine et spirituelle puissance (qui est libre et infinie ) es anglets d'un corps naturel, qui a ses certaines mesures et proportions. Cesiera-on jamais de colomnicr ? Nous avons tousjours ouvertement tesmoigné, que non seulement la divine puissance de Christ, mais aussi son essence est espanchee partout, et qu'elle n'a point de certains limites : et toy, tu n'as point de honte de nous reprocher, que nous l'avons enclose es proportions d^ln corps naturel. Pourquoy cela ? pour ce que nous n'avons point voulu, ainsi que vous, assubjettir son corps à choses visibles et terrienne. Mais si synceremcnt, et à la vérité tu vou lois juger , certainement tu n'ignores )>oint combien ces deux choses sont contraires : oster du pain la présence lo<'alo du corps de Chris!, ou de restreindre et enserrer sa puissance spirituelle es fins d'un corps naturel. Et toutcsfois, tu ne devois point calomnier en ce, nostre doctrine de nouvcllolé : veu que cest article a toujours esté certain en l'Eglise. Mais pour ce que ccste disputation nostre, par sa grandeur, sufOroit h un livre entier : il vaut mieux pour nous relever de peine, que tu lises l'opistre d'Agustiii à Dardanus : en lafpielle tu trouveras, qu^un seul et mesme Christ, par lu grandeur et magnitude de sa divinité, excède le ciel et la terre : et toutesfois n\*st point selon l'humanité espandu partout La vraye communication de sa chair et de son snng, qui e.Nt evhibee aux fidèles en la Cène, nous lapreschous, entant qu'il est en nous: monslrant ouvertement, icelle chair estre la vraye viande de vie, et ce sang estre le vray bruvage : et ce, non seulement

)>ar une conception imaginaire, de laquelle l'ame ne se contente point : aint véritablement jouit de sa vertu. Nous ne rejettons point de la Ceoe, la présence de Christ par laquelle nous sommes conjoints et entez en luy : et si ne Paneantissons pas, pourveu que ceste locale circonscription n'y soit point : et que le glorieux corps de Christ ne soit retire en ces bas clcmens : et que Ton ne feigne point le pain estre transubstanlié au corps de Chrisi, à un quUl soit finalement adoré comme Christ. La dignité et Tusage de ce haut mystère, selon nostre pouvoii nous la magnifions : declarans quelle utilité nous en peut venir Toutes lesquelles choses sont mesprisees et presque ensevelies par devers vous. Car mesprisant la beneficence de Dieu, qui nous est ici oflerte, et ne tenans conte de l'usée légitime d'un tel bénéfice ( en quoy principalement il se falloit arrester) il tous suRit que le peuple, sans aucune intelligence de ce mystère spirituel, ait en admiration le signe visible et charnel .

De ce que nous avons reprouvé ceste vostre tant grasse et matérielle TRÂ?i- SL'BSTA^TIATION, que vous establissez : de ce aussi que nous avons enseigne ceste tant hébétée adoration, ( par laquelle les esprits humains, détenus es elemens de ce monde, estoyent empeschez de venir à Christ ) estre perverse et inique : nous ne l'avons point fait sans le consentement mesme de TEglise primitive : de laquelle volontiers ( mais c'est en vain ) tu voudrois couvrir les abominables superstitions qui régnent encore entre vous. Touchant la confessions auriculaire, nous avons reprouvé celle constitution du pape Innocent : qui recommande à un chacun de dire tous les ans à son prestre particulier, tous ses péchez. Comment et par quelles raisons nous l'avons aboli, il serait long à raconter , ce neantmoins que ce soit une chose meschanle, il appert par ce, que les consciences des fidèles, délivrées dHm tel tornient, ont seulement commencé h se reposer et confier en la bonté et miséricorde de Dieu, qui auparavant estoyent en continuelle anxié et perturbation. Je ne diray mot des grandes playes que l'Eglise a souffertes par ceste confession : par lesquelles à bon droit nous la devons tenir pour exécrable. De ce qui s'y fait maintenant par vous autres, il te suffise qu'il n'y en a rien escrit, ni es coniraandemens de Christ, ni es institutions de l'Eglise primitive. Tous les passages de la Sainte Escriture, que les sophistes taschent des tordre pour prouver icclle confession : nous leur avons puissaimiient arrachez. £t les histoires ecclésiastiques que nous avons aujourd'hui entre les mains, qu'il n'en estoit point de nouvelles de ce temps-là, auquel tout estoit observé purement : à quo) aussi s'accordent les lesmoignages des Pères. C'est donc abus et tromperie, de ce que lu dis, l'humilité est en cela commandée et establie par Christ et par l'Eglise. Car combien qu'il y ait apparence d'humilité : toutesfois il s'en faut beaucoup, que toute* défection sous ombre d'humilité, soit plaisante et agréable à Dieu. Pourtant saini t Paul nous enseigne, icelle estre vrayc humilité qui est conforme et reiglee selon la proie de Dieu. Pour atlcrnier Pintercession des Saincts, si ton propos seulement est, que par continuels désirs ils demandent Paccomplissement du

royaume de Christ, auquel est contenu le salut de tous fidèles : il n^y a ccluy d*enire nous qui doute en rien de cela. Par quoy tu n'as rien gaigné de t'arrester tunt sur ce poinct- Mais certes, tu ne voulois pas perdre ce gentil propos , duquel tu nous lanlonnes : comme si nosrre opinion cfttoit , que les esprits mourussent •avec le corps. De nous, nous laissons ces le philosophie à vos souverains l^\es(]iies, et au coileje des Cardinaux : desquels clin a est; fi Jeh^mont revert^e, par maintes annéfs, et est encore pour le présent. El outie plus, cela que lu a<lj(»ut(*s après (savoir est, vivre voluptueusement en délices, sans aucun es{jard de la vie future f et se moirquer de nous autres piiiivres homoncioncules qui tant soin gneusement travaillons pour avancer le Royau:ne de Dieu) leur est naturellement propre Davantage , quant à Tinterccssion des Saincts , nous nous arrestons en tel endroit , qu'il n'est pas de merveilles si tu n'en fais aucun semblant. Car il en a falln essarter inumerables superstitions, qui estoyent parvenues jusques là , que l'intercession de Christ esloil totalement abolie de la mémoire des hommes : les Saincts estoyent invoqués comme dieux : les propres appartenances de Dieu leur estoyent attribuées , et n'y avoit pas grande difTerence entre la vénération d'iceux , et celle idolâtrie, que tous à bon droit ont en horreur et exécration. En tant que touche au purgatoire, nous savons qu'aucunes églises anciennes faisoyent quelque mémoire des morts en leurs prières : mais elles estoyent rares, sobres, et comprinses en peu de paroles : qui finalement n'avoient apparence de vouloir autre chose, sinon de tcstifier brièvement leur charité envers les trépassez. Mais cncores n'estoyent pas nais les raaistres manouvriers qui ont forge voslre purgatoire : lesquels puis après l'ont dilaté si amplement, et l'ont mis en telle eminencc et hauteur, que la meilleure portion de vostre royaume en est estayée et soutenue. Tu sais toy-mesme, quel monstre d'erreur en est procédé. Tu n'ignoies combien d'ensorceleries, superstitions , a volontairement engendré , pour se tromper soy-mesme : ta cognois combien d'impostures et tromperies avarice a ici forgées, pour succer et tirer le bien du simple peuple : tu vois bien quelle peste la vraye religion a soufferte. Car à fin que je ne die rien du service de Dieu, qui a esté par luy abbatu, le pis certes est , que quand les hommes , à l'envie l'un de l'autre , sans aucun commandement de Dieu , ont voulu aider aux trépassez : ils ont totalement méprisé les vrays oflices de charité qui toutefois sont tant requis et recommandez. Je ne souffriray point, ô Sadolet. qu'en attribuant tels sacrilèges au nom de l'Eglise , tu la viennes contre tout droit et raison, à diffamer, et par ceux nous rendre odieux Ters gens idiots : comme si nostre propos estoit de mener guerre contre ic«Ue. Car combien que je confesse aucuns fondemens de superstitibns avoir esté anciennement jettez, qui auamement degeneroycnt de la pureté Evangolique : si sais-tu bien, que ces monstres d'impiété (contre lesquels principalement nous bataillons) ne sont point de si longue main, ou, pour le moins, n'estoyent point parcreus jusqu'à telle grandeur. Et certes, pour cxpugner, briser, ruiner et abolir vostre royaume, nous ne sommes pas seulement armez de la vertu de la parolle de Dieu ,

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mais ftussl noufe sommes garnis de l*autborité des saincts Pères. Et à fin que quelquefois entièrement je pnisse arracher de tes mains Paathorité de PE^^ise, que tu nous mets toujours au devant, comme un bouclier d'Ajax : je te monstreray par certains exemples, de combien longue distance tous différez de cette paternelle et ancienne sanctimonie. Nous vous accusons d^avoir subverti le ministère : duquel simplement vous retenez le .nom vuide , et sans PefTect de la chose. Car quant à la solicitude de repaistrc spirituellement le pauvre peuple : les enfans mesmcs voyent bien que vos Evesques et Prcstres n*y font non plus qu*images mortes , et expérimentent les hommes de tons étals, quMIs ne sont vaillans, sinon k piller et dévorer. Nous ne pouvons porter , qu^au lieu de la saincte C6ne , Ton introduise un sacrifice, lequel anéantisse la vertu de la mort de Jésus-Christ. Nous crions contre l^exécrahle marchandise et foire des messes : et nous complaiçnons de ce que le peuple Chrestien est quasi privé de la Cène du Seigneur. Nous invectivons contie la mcschante et inique adoration des images. Nous pron- ▼ons les Sacrcmens avoir esté poilus et souillez par plusieurs prophanes et impures opinions . Nous enseignons les pardons et indulgences avoir este introduites , sans qu^on s^en appercenst, au très-grand et horrible opprobre de la croix de Christ. Et nous complaignons la liberté Chrestiennc avoir esté submergée et oppressée par traditions humaines. Et pour ce avons-nous domié ordre, qoe let Eglises que Dieu nous a commises fussent purgées et nettoyées de telles et sem* blables pestes. Complain-toy maintenant, si tu peux, que nous ayons fait injure i PEglise, d'avoir ainsi osé violer ses vénérables constitutions. Certainement cela est desja tant commun , que tu ne gaignerois rien à le nier , quVn toutes ces choses rancienne Eglise 8\'iccorde avec nous : et quVIle ne vous est point moins contraire que nous-mosmes Or nie souvionl-il ici que lu dis en je ne sais quel passage, coniino voulant faire la chose plus petite, qu'il ne s'ensuit pas pourtant, si vos conditions sont dcsorilonnees, que nous nous séparions de la saiiicte Eglise. Certes à grand'peine se peut-il faire, veu tant de cruautez et avarices , rapines , intemporences , insolences, et tant d'exemples de toute licence et meschancetë, qui continuellement se commettent par gens de ta sorte , que le courage dn peuple no soit grandement destourné de vous et de vostre parti. Mais nulle de ces choses ne nous a induits à essayer , ce que par trop plus grande nécessité nous avons entrepris. Laquelle certes a esté, pour ce qutr la clarté de la vérité divine estoit esteinte, la parolle de Dieu ensevelie, la vertu et efficace de Christ abolie de pro. fonde oubliance, et l'oflice iki pasteur entièrement snbverti. Cependant l'impiété se mcttoit tellement en avant, qu'à peine estoit-il aucune doctrine Chrestienne, qui fust pure et sans mixtion, aucune cérémonie vide d'erreur , et nulle portion du service divin exempté de superstitions. Ceux donc qui répugnent à telles iniqnitcz, font-ils la guerre contre l'Eglise, ou plustost , ne taschent-ils point à luy aider, la voyant ainsi aflligeo et oppr» ce de tous coslez ? Et encore tu nous viens alléguer vostre obéissance et humilité t savoir est , que la révérence de l'Eglise

TOUS empesche de mettre la main à dechasier toutes telles iniquitez. Qu'a de commun un homme Chrestien, avec c«ste contrefaite obéissance, laquelle, au mespris de la parolle de Dieu, vient servir et obéir aux hommes? Que lui est-il avec ceate contumace et rebelle humilité , laquelle mesprisant la migesté de Dieu , a seulement les hommes en honneur et révérence? Fi, Il de tels faux tiltres de ver. tas , qui ne sont mis en avant , sinon pour couvrir et cacher les vices. Venons au poinct sans tromperie. Soit humilité entre nous, laquelle, h oonunencer au moindre , honore chacun selon son degré : de sorte qu'elle attribue à l'Eglise la souveraine dignité et révérence, qui toutesfois soit finalement referec à Christ, chef d'ioelle. Soit l'obéissance , qui nous rcnge à tellement ouyr nos supérieurs , et ceux qui ont charge do nous, qu'elle attribue toutesfois toutes nos actions à la seule reigle de la parolle de Dieu. Soit finalement l'Eglise , laquelle ne tasche k autre chose, sinon à regarder la parolle de Dieu en toute religieuse humilité , et soy contenir sous son obéissance. Mais, diras- tu, quelle arrogance est-ce à vous autres, de vous vanter que l'Eglise est avec vous seuls , et cependant en vouloir priver le reste du monde universel ? Certes, Sadolet, nous ne nions point que les Eglises où vous présidez , ne soyent Eglises de Christ : mais nous disons que le Pape ensemble toute la trouppe de ses faux Evesques, qui vers vous ont occupé le lieu de pasteurs, sont loups très cruels et dangereux, lesquels jusqu'ici n'ont eu autre désir, sinon que de consumer et destruire le royaume de Christ , jusqu'à ce que par ruines et désolations il fust du tout déformé et anéanti. Et si ne sommes pas les premiers qui en avons fait complainte , de quelle véhémence foudroyoit ■ainct Bernard contre pape Eugène et tous les Evesques de son temps ? Mais combien estoit plus tolerable Testât de ce siècle que du présent? Car pour le jourd'huy, on est parvenu à l'extrême et plus haut degré de toute meschanceté : tellement que ces contrefaites ombres d'Evesques (esquels tu penses consister toute la fermeté ou ruine de l'Eglise) ne peuvent jà plus souffrir, ni leurs vices propres, ni ils remèdes contre iceux : par lesquels nous disons icelle avoir esté cruelment abbatue et mutilée : et que peu s'en a fallu, qu'eUe n'ait esté rasec et mise k sac. Ce que sans point de faute fust devenu], si la singulière bonté de Dieu n'y eust mis empescberaent. De sorte, qu'en tous lieux occupez par la tyrannie du Pape, k grand'peine y apparoissent certaines traces et vestiges rompus et espars : par lesquels tu puisses juger les Eglises là gésir demi ensevelies. Et ne faut point que cela te semble eslrange : comme ainsi soit que tu entendes par la bouche de sainct Paul , le siège d'Antéchrist ne devoir estre ailleurs qu'au milieu du sanctuaire de Dieu. Ccsto seule et unique admonition ne nous doit-elle point esveiller, à fin de nous donner garde, que tromperies et déceptions ne soyent introduites en l'Eglise sous le nom et ombre d'icelle ? Or, quels qu'ils soyent , dis-tn , ce neantmoins il est escrit : Ce qu'ils vous diront , faites - le ; Ooy bien s'ils sont assis en la chaire de Moyse» Mais attendu que de la chaire de vanité ils abusent le peuple par leurs resveries : il estescrit, Popn^Z*TOUs

garde de leur lerain» Ce n'est point à nous , ô Sadolet , d*ostcr à FEglise ton droict, qui luy a esté non seulement concédé par la bénignité de Dieu , mais anssi a esté sévèrement vengé et maintenu par plusieurs menaces et contradictions. Car tout ainsi que les pasteurs ne sont point envoyez de luy pour gouverner TEglise avec une puissance licencieuse et irreguliere, mais sont restreints à une certaine forme de devoirs, laquelle il ne faut point eiceder ; ainsi est^il commande à PEglise, d'adviser et se donner garde , combien fidèlement s'acquittent ceux qui sous telle condition en ont prins la charge . Parquoy, ou Ton ne s'arrestcra pas grandement au tesmoignage de Christ ; ou il ne sera pas licite d^abroger et dimi* nner tant soit peu Taulhorité de ceux qu'il a ornez de telle prééminence et dignitez. Mcsme certes tu es bien trompé, si tu penses qne le Seigneur ait mis sur son peuple des tyrans qui gouvernassent tout selon leur fantaisie : parce qu'il a donné si grande puissance à ceux qu'il envoyé pour annoncer son Evangile. Tu t'abuses bien en ce que tu ne regardes pas, que leur pouvoir est limité avant que leur estre baillé. Nous confessons donc, qu'il faut escouter les pasteurs de l'Eglise comme Christ mesme : voire ceux qui deuëraent exercent l'office à eux mjoint. Qui est tel, non pas à fin qu'arrogamment ils viennent à ingérer et mettre en avant leurs décrets furycz u la volée ; mais que religieusement . et de bonne foy, ils annoncent les parollcs qu'ils ont receuês par la bouche du Seigneur. Car par telles restrictions Christ a limité la révérence , qu'il vouloit estre donnée aux Aposlres. Et ne s^attribue saint Pierre aucune autre chose, ni ne le permet aux autres, sinon quand ils parlent entre les fidèles, que ce soit comme de la bouche du Seigneur. L'Apostre Paul magnifie grandement celle puissance spirituelle qu'A avoit ; mais avec telle modération , qu'elle ne puisse rien , sinon à édification : qu'elle n'ait aucune apparence de domination : finaloment , qu'elle ne soit point donnée pour esteindrc et subjuguer la foy. Que maintenant voslre Pape se glorifie tant qu'il voudra, de la succession de saint Pierre. Car quand bien il l'aurait obtenue , si ne gagnera-il point par là , que le peuple Chrestien lui doive aucune obéissance : sinon autant qu'il garde luy-mesme la foy à Jesus-Christ, sans soy destoumer de la pureté de l'Evangile. Certainement l'Eglise des fidèles ne vous appelle point à un autre ordre, qu'à celuy auquel 1(î Seigneur a voulu que vous demourissiez : quand elle vous renge à la iormc et reigle, en laquelle toute vostre puissance est limitée. Et cesluy est l'ordre establi par la voix du SiMj:i:i;r entre les fidèles : que le prophète tenant le lieu pour enseigner, soit jugé par rassemblée des auditeurs. Duquel quiconque s'en veut exempter, il faut que premièrement il s'efljiice du nombre des prophètes. Or à ceste heure se présente à moy matière très grande pour reprendre ton ignorance. Car entre les dififerences et controverses de la religion, lu ne laisses autre moyen à l'assemblée des fidèles : fors que destournans leurs yeux de la vérité de la chose, ils se viennent à soumettre et arrestcr au jugement des hommes plus savans et expérimentez. Mais veu qu'il est certain, ^uc l'ame dépendante d'ailleurs que de Dieu seul, est subjecte

k Satan : combien seront mal-heiirenx et misérables ceux [qui auront tels commencemens et principes à leur foy ? Par ceci apperçoy-je bien , Sadolet , que tu as une théologie par trop stupide et ocieuse : semblable quasi à celle de ceux qui jamais n'ont expérimenté à bon escient les assaux en leurs conciences. Autrement certes , tu ne conslituerois pas Phomme Chrestien en lieu tant glissant et dangereux, auquel il ne pourroit demourer seulement un moment d'heure, si tant peu que ce soit il estoit heurté. Prcsente-moy , je ne dis pas un homme du moyen peuple , mais le plus sot et rude porchicr : s'il est du troupeau de Dieu , il tant qu'il soit préparé au combat qui est ordonné à tous Gdelcs. Voyci l'ennemi tout prest, il approche , il combat', voire ennemi bien en poinct, et auquel nulle puissance mondaine est inexpugnable. Ce povre [misérable , do quoy se garcntira-il? Quelles armes pourra-il avoir pour se garder qu'à un coup il ne soit accablé ? Il n'y a, dit l'Apostre , qu'un glaive, duquel il nous faut combattre : c'est la paroUe de Dieu. L'ame donc dénuée de la parolle de Dieu, est livrée au diable toute désarmée , afin qu'il la tue. Or di maintenant, ne sera ce pas la première entreprinse de l'ennemi , d'oster au corabatant le glaive de Christ ? Mais le moyen pour luy arracher, n'est-ce point de 1 e mettre en doute, à savoir, si ce à quoy il s'arreste , est parolle de Dieu, ou des hommes? Que feras-tu ici à ce povre misérable? Lui diras-tu qu'il cerche çii et là les gens savans , sur lesquels estant appuyé , il prenne soulagement et repos ? Voire mais l'ennemi ne le laissera pas seulement respirer en ce subterfuge. Car s'il l'a une fois contraint jusque là, de mettre du tout sa -confiance es hommes : il le forcera et renversera de plus en plus , jusqu'à ce que du tout il l'ait confondu. Donc ou iacilement il sera opprimé ; ou en délaissant les hommes , il regardera droit au Seigneur. La cho^e certes est ainsi , que la foy Chrestienne ne doit point estrc fondée sur le tesmoignage des hommest ni appuyée par opinions douteuses , ni mcsme soutenue par humaine authorité : mais engravee en nos cœurs par le doigt de Dieu vivant : de sorte que nulle séduction d'erreur la puisse effacer et anéantir. Celuy donc n'a rien de Christ , qui n'a en soy ces principes et commencemens. C'est k savoir, qu'il est un Dieu , flluminant nos pensées pour cognoistrc sa vérité : laquelle il signe et scelle en nos cœurs par son Esprit , confermant et asseurant nos consciences par le certain tesmoignage d'iceluy. Ceste-ci est la ferme et pleine certitude (à parler 4)roprement) à nous tant recommandée par sainct Paul. Laquelle, tout ainsi qu'elle nous rend asseurez sans avoir doute ou deffiancc aucune : aussi pareillement elle n'est en suspens ou vacillante entre les altercations des hommes , savoir à quelle partie elle adhérera plustust. Mais cncores que tout le monde luy contrariast : ce neantmoins elle demeure ferme et stable en son opinion. De là vient et procède la puissance de juger que nous attribuons à l'Eglise : laquelle nous voulons luy eslre inviolableroent gardée. Car combien que le monde s'esmeuve et se trouble par diversitez d'opinions : ce nonobstant l'ame fidèle n'est jamais tellement délaissée , qu'elle ne suive toujours le droit chemin à salut. Toutesfois je ne veux point ici

imaginer une foy tant parfaite, laquelle ne puisse jamais errer ni faillir en l*eleo-> tion du bien et du mal : ou feindre et songer une répugnance et cootamace , laquelle , comme ayant prééminence et supériorité , mesprise et rejette tous hommes, sans s^arrestcr au jugement do personne, et sans faire différence entre le sa- Tant et Pignorant : mais plustost je confesse que ceux mesmes qui ont la conscience plus pure et dcYOto, ne parTiennent pas à rintelligence de tons les mystères de Dieu : ains le plus souvent es choses plus évidentes, ils no TOyent goutte. Et ce par la proTidenco du Seigneur , à fin qu'ils s'accoustument h toute modestie et submission d'esprit . D'avantage je confesse iceux avoir en telle réputation et estime toutes gens de bien, et par plus fort l'Eglise , qu'ils ne se sépareront que bien cnvis d'un homme qu'ils cognoistront avoir la vraye intelligence de Christ et de sa parollc. De sorte qu'ils aiment mieux demeurer quelquefois suspens en leur jugement : que légèrement entrer en dissention. Je maintien seulement ceci, que cependant qu'ils s'arresteront à la paroUe de Dieu , ils ne seront jamais si surprins, qu'ils soyent tirez jusqu'à perdition : et que la rerité de la parolle leur est si certaine et manifeste, que ni les Anges, ni les hommes ne les pouiroient divertir d'icellc. Par quoy laissons aller cesto frivole simplicité, que tu dis estre bienséante aux rudes et ignorans, de regarder tant à ces savans personnages , et s'arrester à leur délibération. Car outre ce que nulle persuasion de religion , tant obstinée qu'on voudra, qui se repose ailleurs qu'en Dieu , ne mérite pas le nom de foy : qui sera celny qui appellera foy une je ne say quelle douteuse opinion , laquelle non seulement n'est pas aisément extorquée par art diabolique, mais aussi flotte et vacille de soy-mcsmc , selon le changement du temps, de laquelle à peine l'on ne peut espérer autre fin , sinon que fmalement elle se perde et évanouisse De ce que tu nous accuses faussement contre ce tu sais , qu'en rejetant ce joug tyranniqne, nous n'avons eu autre coiiKideralion, fors de nous laschcr la bride , e mellre en une licence desreiglee, voire délaissée par nous (Dieu le sait) toute cogitation de la vie future; soit assis jugement sur la comparaison de vostre vie à la nostre. Certainement nous sommes pécheurs, et vices al)ondent en nous, et beaucoup, nous tombons plus que trop souvent , et défaillons grandement : toutesfoif honte et vergongne me retiennent de m'oser glorifier (autant que la vérité le permet) de combien sommes meilleurs que vous, et en tous endroits. Si d'aventure tu n'en voulois excepter Rome, ce très beau sanctuaire de toute saincteté, laquelle mise hors des gons, et les barrières de droite discipline rompues, toute honnesteté foulée aux pieds, s'est tant débordée en toutes sortes de meschancetcz, qu'à grand, peine tel exemple d'abomination n'a jamais esté. Je croy qu'il faudroit submettre nostre vie à tant de périls et dangers : à fin qu'à l'exemple d'icelle , ne fussions contraints à une plus severe et estroite conlinence.

De nous, nous ne refusons point que la discipline establie par les anciens canon s, ne soit aujourd'hui receue, et que diligemment et de bonne foy elle soit mainte» nue et gardée. Ains au contraire avons toujours attesté, que la misérable ruine de

l*Eg1ite oe provenoit d'ailleurs, si non que par les superfeluitez trop licencieuses, avoît perdu toutes ses forces et Ti(rueur, et cstoit demouree comme toute énervée. Car il est nécessaire, que le corps de PEglise, pour le rendre bien uni, soit lié ensemble de discipline : tout ainsi comme un corps est renforcé de nerfs. Mais je vous prie, comment cst-ollc révérée, ou dcsîrce entre vous autres ? Où sont ces anciens canons, par lesquels les Evesques et Prestres estoyent retenus, comme avec un mors, en leur devoir et ofTice? Comment sont esleus iceux E\e8ques entre TOUS ? Par quelle probation ? par quel examen ? par qudlle diligence ? ^nr quelle prévoyance ? Comment sont-ils instituez au devoir de leur estât ? pai quel nio)en ? par quelle relif^ion ? On les fait jurer seulement par manières d^acquit, qu'ils exerceront Tofiice de Pasteur. Mais non point { ainsi qu'il appert ) à autre (in, si non pour les rendre outre les autres meschancetez, perjures. Pour ce dune qu'en prenant, ainsi comme par force, les charges de rL(jIise : il leur semble bien a« oir une puissance, qui n'est astreinte à loy aucune : et pensent que par tel pouvoir toutes choses leur soyent permises. Tellement qu'il est facile à croire, qu'entre les pyrates et escumeurs de mer, bri(;ans et larrons y ait meilleure police, et que les loix y sont mieux observées, que non pas entre tous ceux de vostre estât. Et pour re que en la tin tu nous ns citez comme criminels devant le sie^^e judicial de Dieu, induisant quelque personne pour défendre noslre cause : de moy je ne crains de t'y rappeler. Fn ce que touche la doctrine, nostre crnscience en est tant asseuree, qu'elle ne craint celuy Ju(jc Céleste ; duquel clic sait certainement icelle eslre descendue. Et si ne s';trrcstc point à res prlii.s rnillcries, où tu l'es ▼oulu esbatre, toutesPois assez mal à propos. Car est-il rien plus importun, qu'après estre venu devant la face de Dieu, inventer je ne say quelles sottises, et nous for(rer là une défense peu idoine, laquelle deschoit incontinent ? Toutes fois et qnantes que ce jour-là entre dans la mémoire des conurs Chrestiens : ils tombent en une plus grande révérence, qu'il leur soii loi^il)le de se railler ains oyseusement. Omises donc telles délices, considérons un peu ce jour-la, à l'attente duquel les courages des hommes doivent toujours estre arre&tez : et nous •ouTienne, qu'il n'est point tant désirable aux fidèles, qu'il ne doive à bon droit estre craint et formidable aux prophanes et meschans comptcnteurs do Dieu. DretsoDs les aureilles à ce son de trompette, que les cendres mesmes des morts orrtMit de leurs sepulchres. Addressons nos cœurs et nos pensées à ce Juge, qui par la seule resplendissance de sa face, descouvrira tout ce qui est caché en ténèbres, et manifestera tous les secrets du cœur humain, et par le seul Esprit de M bouche il confondra tous les iniques. Or maintenant, advises comme tu HMpondras k bon escient pour toy et pour les tiens : car de nostre cause, d'au* tMit qu'elle est fondée sur la vérité de Dieu, elle ne sera point despourvue de bonne et juste défense. De nos personnes, je m'en tais, desquelles le salut ne fera point constitué en advocassage et plaiderie : mais bien en humble confession •t floppliante prière. Mais quant à la cause du ministère, il n'y aura cehiy d'entre

nous, qui ne puisse parler pour soy comme il s*cn suit : De ma part. Seigneur, j'ai expérimenté combien il est difficile et grief de souU'uir envers les hommes l'accusation euTieuse dont j'csloye oppresse sur terre : mais tic la mesme confiance dont j^ay tousjours provoque et appelé devant ton tribunal . de celle-la mesM e je comparois maintenant devant toy : sachant régner tn ton ju{i;en cnt la vérité : sous la confiance de laquelle, me parforçant, j':iy pnmierc ment ose entreprendre et peu parfaire (estant oarni de son instiuctim } tout ce qui a esté par n.oy fait en ton Ej'.Iise Ils n»'ont accuse de âeux crin es tus Qriifs : savoir est, d''beresîe, et de schisme. Mais ils rcputcnl hercsie, que j*a)e csc contredire aux cooslitutiorift receu»*s enlr'cux. Qu'iussc-je luit ? J'o\0)C de ta Louche, quMÎ nVst point d*autre lumière de vcrilc , p* ur conduire n( s âmes en la vcve de ^ic, que et lie qui esloit allumée de ta pnrolle J^oyoye tiut ce esire vanité, que ThuDiain esprit nvenloit de soy-mesmc , quant à ta majesté, vénération de ton nom, et mystère de la religion. Je cognossoye que si les doctrines inventées en la cervelle des hommes, estoyent semées en PËglise au lieu de ta pareil e , ce estre une trop sacrilège outrecuidance. Et certainement cpiand je tournoyé mon regard vert les hommes : toutes choses m^y apparoissoyent contraires. Ceux <{ui estoyentreceus pour supei intcndans de la foy, n'entendoyent point ta parolle, et ne s'en soucioyent pas beaucoup. Ils circonvenoyent et abusoyent le menu peuple d'ettrangeies constitutions seulement, et se mocquoyent de luy par je ne say cpielles baveries. Auquel peuple h\ f)lus grande vénération de ta parolle estoit, la révérer de loin, comme une chusc, à laquelle on n^a point dWcez : et cependant s'abstenir do toute rinquisition d'icellc. Et es toii ad^onu tant par ceste paresseuse beslisc (lits Pustcurs, comme par la stupidité du peuple : que tout esloit plein de pernicieusi'S erreurs, mensonges et superstitions. Eieri le nommoyent-ils un Dieu : mais transférons ailleurs la gloire que tu t'es appropriée, ils se forgeoyent et avoyent autant de dieux, comme ils en vouloyent adorer pour Saincts et Patrons. Ton Christ aussi estoit bien adoré pour Dieu, et retenoit le nom de Sauveur : mais de la part quUI devoil estre principalement honoré, il estoit quasi sans gloire. Car dcs[)ouille de sa vertu et puissance, esloit caché en la trouppc des Saincts, comme un autre du commun. 11 n'y avoit celuy qui veriUiblement estiniast ce sacrifice estre seul, lequel il l'offrit en la croix, et par lequel il nous reconcilia à toy. Nul ne pensoit, voire à peine songeoit-il, à sa sacrificature elemelle, ni à Pintercession et médiation dépendante d'icellc. Nul n'estoit qui se reposast en sa seule justice. Au regard de la confidence de salut qui commandée et fondée en ta parolle : elle estoit prescpic csvanouye. Mais au conti'airc ceci estoit receu comme pour chose certaine, que si quelqu'un garni do ta bénignité et de la justice de ton Fils, concevoit en soy une certaine et asseurec espérance de salut ; cela luy estoit attribué à une folle arrogance, et (comme ils disoyent) téméraire présomption. Il y uvoit plusieurs mauvaises opinions qui subvertissoyent de fons en comble, les premières constitutions de la doctrine que lu nous as baillée par

ta parolle. La saine intelligence du Baptesme, et de ta saincte Cène, estoit corrompue de plusieurs mensonges. £t d^avanlage, comme tous missent leur âaoce es bonnes œuvres ( non sans ofTenscr griefviroent ta miséricorde ) et qu41t se parforçaiisent mériter ta grâce par icelles, acquérir ta justice, purger leurs péchez, et te satisfaire ( toutes lesquelles choses elTacent et anéantissent la vertu de la croii de Christ ) neantmoins ne cognoissoyeiit point quelles estoyent les bonnes œuvres. Car comme s^ils n^eussent point esté instituez par ta loy à la justice : ils s'estoyent foi gé plusieurs inutiles sottises, pour t^avoir propriie et favorable : esquellcs ils se ccmplaisoyent tant, qu^ils m mesprisoyent quasi la reigle de la vraye justice, que tu nous a commandée par ta loy. El avoyent les traditions humaines tant obtenu de puissance, que si du tout elles u'avoyent osté la fiance qu'on a en tes commandcmens : pour le moins elles avoyent diminué grandement leur authorité. Mais, 6 Seigneur, tu m'as illuminé par la clarté de ton Esprit, pour y penser : tu as mis devant moy ta parolle, comme une torche, pour me donner à cognoislre combien ces choses sont nieschanles et pernicieuses : finalement tu as touché mon cœ»r, à tin que justement et à bon droict je les eusse en abomination. Quant est de te rendre la raison de la doctrine, tu Tois ce qu'en porte ma conscience : c'est à dire, que je n'aye jamais délibéré de sortir hors des limit* s, que je cognoissoye avoir esté constituez à tes servitturs. Cela donc que je n'aye point douté avoir apprtns de ta bouche, je l'ay bien voulu distribuer fidèlement à l'Eglise. Et si est certain vrayement, que j'aye principalement tendu à ce, et y ay fort travaillé ; savoir est, que la gloire de ta bonté et justice apparu st très claire, les nuées qui auparavant la couvroyent, dechassées et deff ai tes : et que les vertus et bénéfices de ton Christ, reluysissent pleinement, tous desijuisemens ostez Car je pensoye bien qu'il n'esloit trop raisonnable, que celles choses demeurassent en ténèbres : pour auxquelles penser et repenser noua estions nais. Et si ne pensoye pas qu'il fallust monstrer escharsement ni à la légère îcelles choses : à la grandeur desquelles toute oraison est par trop inférieure : et si ne craignoye point de retenir longuement les hommes en icelles : où du tout gisoit leur salut. Car il est impossible que ceste parolle de Dieu nous seust tromper laquelle nous dit, Ceste estre la vie éternelle, te cognoistre Tray Dieu, et celuy que tu as envoyé, Jésus Christ.

Au regard de ce qu'ils m'ont objecté , que je me suis séparé do l'Eglise, en cela ne m'en sens rien coulpable. Si d'avanture celuy ne doit estre réputé pour traître, lequel voyant les souldars espars et escartez , vagans çà et là , et delaissans leurs rangs, esleve l'enseigne do capitaine, et les rappelle et remet en leur ordre* Car tous les tiens. Seigneur, estoyent tellement esgarez, que non seulement ils ne pouvnyent entendre ce qu'on leur commandait ; mais aussi il sembloit qu'ils eusse it mis en oubli, et leur capitaine, et la bjt.iille , et le s*^rment qu'ils y avoyent fait. Et moy, pour les retirer d*un tel erreur, u'ay point mis au vent une estrangere enseigne : mais celuy tien noble estendai't, qu'il nous est nécessaire de suy-

vre , si nous voulons estrc enroulez au nombre de ton peuple . En cest endroit , ceux qui devoyent retenir lesdits souldars en leur ordre , et qui les avoyent tires en erreur, ont rais les mains sur moy : et iK>ur ce que constamment je persistoye, ils m^ont résisté avec grande violence. Et là ont commencé gricfvement à se mutiner : tant que le combat s^est enflammé, jusques à rompre Punion. Mais de quel costé soit la faute et coulpc : cVst maintenant à toy, Seigneur, de le dire et prononcer. De ma part, j'ay toujours monstié en parolleset en faicts, quel désir j^avoye à union et concorde : toutcsfois jVntendoye celle union de FEglise , qui prend son commencement de toy, et finit en toy-mesme. Car toutesfois et quantes que tu nous as commande icclle paix et union, tu t*es declairé quant et quant estre le seul lien pour la conserver et maintenir Quant à moy, si j^eusse voula avoir paix avec ceux , qui se vantoyent estre les premiers en TEglise , et piliers de la foy, il la ni'eust fallu acheter par Pubnegalion de ta vérité. Mais il m'a bien semblé me devoir phistost soumettre à tous les dangers du monde , que condescendre à ime si exécrable paction Car ton Christ mesme nous a annoncé , que si le ciel se devoit entremesler avec la terre, il falloit toutesfois que ta parollé demourast éternellement Or ne pensoy-je pas que pour avoir la guerre à tels seigneurs, j'en fusse pourtant en discord avec ton Eglise. Car tu nous avois bien avertis , tant par ton Fils comme par ses Apostrcs : qu'aucuns s'esleveroyent avec lesquels nullement il ne faudroit con:i»entir. Ce n'estoit point des hommes estrangers , dont il avoit prédit qu'ils seroycnt loups ravissans et faux prophètes : mais de ceux-là mesmes qui se porteroyent pour Pasteurs , me commandant de me donner garde d'iceux. Quand donc il commandoit que je m'en donnasse garde , eusse-je preste la main ? Et tes Apostres nous deiionçoyent, qu'il n'estoil point de plus mortels ennemis o.ii ton Eglise, que ceux qui t;sl<)yenl du milieu du corps, couverts du lillre de PasliMirs. El pounjuoy eusse-je craiiil de me separ»;r de ceux que les Apostres nie disovent devoir estre repulcz pour les ennemis? Journellement je regardoyc les exemples de tes Prophelcs, lesquels je voyoye avoir eu Uini de contentions avec les sacriliculeurs et faux prophètes de leur temps, qui certes (ainsi qu'il appert) esloyent les premiers de PEjlisc au peuple d'Israël. Mais toutesfois , on ne tient pas les Prophètes pour scismali({ues : combien que pour redresser le service de Dieu <piasi ruine, ils n'ayeiit point cède aux autres, qui leur repugnoyent à grand'lorce. Ils demeuroyent donc en la vraye union de l'EjUse, jaçoit ce qu'ils fussent maudils de grandes nialediclioiis par les iniques sacrificateurs : et qu*ils fussent reputez iniiii^nes d'estre conipriiis au nombre , non pas des Saiiicts , mais aussi des honnnes. Moy donc, confirmé à leur exemple, je persistoy tellement à ce propos , que ni huirs menaces, ni leurs dénonciations, par les({uelles ils me denoneojenl scisniatirjue, ne m'eslonnerenl au(*unement : que touj<»urs consianmtent et ernienieul i.'aye résiste à ceux (jui sous ombre de Pasteurs, oppressoyent plus que tyrannicpieincrit la povre E^'lise Car je senloye bien en moy quel désir j'a- Yoye a Punion d-icelle : pourveu que ta vérité fusl le lien de telle concorde. Des

etmotions qui en sont ensuyries, comme elles n^ont 'point esté excitées par moy, ainsi ne mêles doit-on point imputer. Tu sais bien, Seigneur, et la chose mesme le tesmoigne entre les hommes, comme je n^ay cerchc autre chose, sinon que par ta parolle toute controvcrsie fust appaisee : à fin que par une conjonction d^esprit^ toutes les deux parties tendissent à Pamplification et establissement de ton Royaume. Tu sais aussi que je n^ay point refusé, voire au danger de ma teste (s^il se trouToit que je me fusse esmeu en vain}, que la paix fust remise en l*Egh*se. Mais que faisoyent nos adversaires ? Ne couroyent-ils pas tout soudain et furieusement au feu, au gibet et aux espees ? >**estimoyent-ils pas que leur seul recours es toit aux armes et à la cruauté? N^incitoyent-ils pas gens de tous estats à ceste mesme rage? Ne rejetoyent-ils pas toutes conditions de paix ? Dont il est advenu que la chose, qui sans cela se pouvoit amiablemcnt appaiser, s'est allumée, et est parvenue jusqu'à une telle guerre . Et combien qu'une si grande perturbation de choses il y ait eu plusieurs opinions : je suys toutesfois maintenant délivré de toute crainte, puisque nous sommes devant ton siège judicial , là où équité conjointe à vérité , ne peut juger que selon innocence.

Voylà, Sudolet, la défense de nostre cause, non pas celle que pour nous charger, tu as voulu invunter , mais celle que toutes gens de bien pour le présent cognoissent estre véritable : et laquelle en ce jour-là apparoistra clairement à toutes créatures. Et quant est de ceux lesquels enseignez par nostre prédication viendront avec nous pour ce mesme alTaire, ils auront bien que dire pour soy : car chacun d'eux aura toute preste la défense qui s'ensuit. Quant est à moy, Seigneur, j'ay tousjours confessé publiquement la foy Chrestiennc , comme je l'avoye apprinse dès ma jeunesse : de laquelle je n'ay point eu du commencement autre cognoissance que celle qui pour lors estoit communément observée. Ta parolle , qui devoit reluire comme une lampe à ton peuple universel, nous estoit ostee , ou pour le moins cachée. Et atin que personne n'en dcsirast cognoissance plus claire, ceste persuasion estoit entrée en l'entendement d'un chacun : qu'il estoit trop meilleur que l'inquisition de celle divine et secrète philosophie , fust commise à peu de gens , auxquels l'on en demandast les responses et oracles : et que le peuple n'en devoit point avoir plus haute intelligence , mais seulement se s: uniettre à l'obéissance de l'Eglise. Et si esloyent tels les enseiguemcns que l'on m'avoit donnez au commencement, qu'ils ne m'instituoyent point assez au droit service de ta Deité , et ne me donnoycnt point assez sudisante entrée à une certaine espérance de salut : et ne m'adressoient point bien au devoir d'une vie Chrestienne. Bien avoy«je apprins d'adorer toy seul pour mon Dieu : mais d'autant que j'ignoroye la vraye raison de ton adoration, je trcbuchoye tout soudain en y entrant Rien croyoy-je , comme l'on m'avoit enseigné , que par la mort de ton FiU j'esioye racheté de l'obligation de mort éternelle : mais j'imaginoye ceste rédemption estre telle , que sa vertu ne parvinst aucunement jusques à moy. Bien attendoye-je le jour à ▼enir de la résurrection ; mais j'avoye sa souvenance en abomination , comme

d^une chose malheureuse. Et n'estoit point ceste intelligence controuToe en mon cerveau particulièrement : ains Pavoye apprinse de la doctrine , qui pour lors communément estoit preschee par les maistres et docteurs du peuple Chreslien. Lesquels preschoycnt bien ta clémence envers les hommes , mais seulement envers ceux qui se rendoyent dignes d^icelle. Finalement ils mettoycnt si grande dignité en la justice des œuvres : que celuy seulement estoit reçu en grâce « qu' par ses œuvres se seroit reconcilié à toy. Cependant ne se taisoyent point entre deux de dire, que nous estions tous misérables pécheurs, qui tombions souventesfois par infirmité de la chair En après ils disoyent que ta miséricorde estoit à tous le commun port de salut ; mais pour icelle obtenir , ils ne donnoyent autre moyen, sinon de satisfaire pour nos péchez. Et lors telle satisfaction nous estoit enjointe : premièrement qu^après avoir confessé tous nos péchez à un prestre, humblement nous en demandissions pardon et absolution. Item , que par bonnes œuvres nous efTacissions vers toy la mémoire dMceux , finalement, pour suppléer ce qui nous defaillott , que nous y adjoustissions sacrifices et solennelles purgations. Et pourtant que tu estois un juge rigoureux, vengeant sévèrement Tiniquité : ils monstroyent cnmbion espouvantable dcvoit estre ton regard. Pour ce commandoyent-ils , que l^on s^adrcssast premièrement aux Saircts : à ce que par leur intercession , tu nous fusses rendu et fait propice et exorable. Et comme j'eusse accompli toutes ces choses tellement qucllement , que je m'y confiasse quelque peu : si estoy-je toutcsfois bien csloigné d'une certaine tranquillité de conscience. Car toutcsfois et quantes que je descendoye en moy, ou que j'eslevoye le cœur à toy, une si extrême horreur me surprenoit , qu'il n'estoit fi purifications , ni satisfactions qui m'en peusscnt aucunement guérir. Et tant plus je me considcroye de près de tant plus aigres aiguillons estoit ma conscience pressée : tellement qu'il ne me dcmouroit autre soûlas ni confort , sinon de me tromper moy-mesme en m'oubliant. Mais pour-ce que rien ne s'olTroil de meilleur, je poursuivoie tousjours le train que j'avoyo commencé : quand cependant il s'est eslevé une bien autre forme de doctrine * non pas pour nous destourner de la profession chrestieime , mais pour la réduire elle-mesme en sa pr<.)pre source, et pour la restituer, comme emondee de toute ordure , en sa pureté. Mais moy offensé de cette nouveauté, à grand'peine ao-je voulu prester l'aureille : et si confesse qu'au commencement j'y ay vaillamment et courageusement résisté. Car (comme les hommes sont naturellament obstinez et opiniastres à maintenir l'institution qu'ils ont une fois reçeuë) il me faschoit bien de confesser que toute ma vie j'eusse esté nouiTi en erreur et ignorance. Et mesmement une chose y avoit , qui me gartiolt de croire ces gens-là : c'esloit la révérence de TEglise» Mais après que j'en ouvert quelquefois les aureilles, et souffert d'estre enseigné : je cognu bien que tclk crainte, que la majesté de l'Eglise ne fust diminuée , estoit vaine et superflue . Car ils monstroyent qu'il y avoit bien grande diflerence , entre se départir et abandonner l'Eglise, et se travailler à corriger les vices, dont

l*E{rKse mesme est souillée et contaminée. De ITglise , ils en parloyent honora* blement : et monstroyent bien que leur principale intention estoil Tunion dMcelle. Et à fin qu*ils ne semblassent vouloir controuver aucune chose fausse sous le nom de TEglise, ils monstroyent la chose n^cstro point estrange, que les antechrists ob* tinssent en icelle lo lieu des Pasteurs, sur quoy ils nous donnoyent plusieurs eiem. pies , par lesquels il apparoissoit clairement , iccux ne tendre à autre fin ,* sinon à Tedification de TEglise : et qu^en cela ils avoyent semblable cause avec plu* sieurs serviteurs de Jésus Christ, que nous autres tenons au nombre des Saincts • De ce que si librement et ouvertement ils parloyent contre le Pape de Roroe, tena et respecté pour vicaire de Christ , successeur de sainct Pierre , et pour chef de PEglise , ils en rendoyent ceste raison : c^est à savoir, que tels tiltres n^estoyent que vains epouvantemens : par lesquels il n^esttût point expédient d^ainsi esblouir les yeux des fidèles, quMIs n\)sassenl regarder et discerner la chose au vray. Et qu*iceluy s^estoil eslevé à une telle hauteur et magnificence , lorsque le monde estoit oppressé comme d'un profond dormir dMgnorance et esbiouissement : que certes ni par la bouche de Dieu, ni par une légitime vocation de TEglise, n*avoit point esté constitué prince et chef dMcelle : mais de sa propre authorité et seul Touloir, soy-mesme sVstoit esleo . D'avantage , que la tyrannie par laquelle il oppressoit le peuple , n'estoit aucunement à soufirir : si nous voulions que le Royaume de Christ demcurast sauf et entier entre nous. Si ne leur defailloyent point pourtant très fortes raisons : par lesquelles ils confirmoyent toutes ces choses En premier lieu ils i efutoyent clairement tout ce que Ton souloit lors alléguer pour establir la pnncipauté du Pape. Et après luy avoir en ce point osté tous ses fondemens, ils demolissoyent aussi par la parolle de Dieu sa tant grande hautesse. Tellement que Pafiuire estoit venue jusques là , qu'il csloit commun et tout clair, tant aux savans qu'aux ignorans : que le vray ordre de l'Fglise fust lors tout perdu, les clefs (sous lesquelles est contenu l'ordre ecclésiastique, roau- Taisement adultérées , la liberté Chrestienne renversée , et le royaume de Christ totalement prosterné , lorsque ceste principauté fust eslevee. Si avoyent d'avantage ces nouveaux prédicateurs de quoy esguillonncr ma conscience : à ce que comme assuré , je ne fisse point l'endormi à leurs institutions, comme si elles ne m'appartinssent en rien : disans qu'il s'en faut beaucoup, que l'on puisse trouver Ters toy excuse à une faute volontaire : veu que celuy mesmement, qui par ignorance est séduit du droit chemin, ne d3meure point impuni de sa faute. Ce qu'ils prou-* Toyent par le tesmoignage de ton Fils , qui dit : Si un aveugle meine un autre aveugle, tous deux tombent dedans la fosse. Et lorsque mon esprit s'est appareillé à estre vrayemcnt attentif, j'ay commencé à cognoistre , comme qui m'eust apporté la lumière, en quel bourbier d'erreurs je m'estoye voautré et souillé , et de combien de boucs et macules je m'estoye honny . M oy donc (selon mon devoir) estant Tehementement consterné et esperdu pour la misère , en laquelle j'estoye tombé : et plus encore pour la oognoissance de la mort étemelle , qui ro'estoit

prochaine : je n*ay rien estimé m^estre plus nécessaire, après aToir condamné en pleurs et gémissement ma façon de vivre passée , que de me rendre et retirer en la tienne. Maintenant donc, Seigneur, que reste-il à moy povre misérable : sinon t'oflrir pour toutes défenses mon humble supplication , que tu ne veuilles me mettre en conte celuy tant horrible abandonnemcnt et esloignement de ta parolle, duquel par ta bénignité merveilleuse, tu m^as une fois retiré ?

Or fuy maintenant comparaison ( si bon te semble ), Sadolet, de ceste action, à celle que tu as assignée à ton simple homme. Ce sera bien de merveilles si tu doutes, laquelle des deux tu préféreras à Pautre Car sans point de faute, le salut de ce uy est en grand danger : duquel la défense nVst tournée ni soustenue sur autre goût, sinon de dire, quMl aura constamment {jardu la religion qui lui auroit esté baillée par ses aycux et prédécesseurs Les Juifs, Turcs et Sarrazins par ceste raison eschapperoyent le jugement de Dieu. Soit donc rejettee ceste vaine tergiversation de devant le tribunal, qui sera dressé, non pour approuver Pauthorite des hommes : mais pour maintenir la vérité d^un seul Dieu : Tuniversclle chair de fausseté et de mensonge condamnée. Que si je vouloye user de baveries comme loy, quelle image pourroy>je peindre, je ne di point d'un Pape, ou d'un Cardinal, ou bien de quelconque autre vénérable Prélat de vostre faction, ( tous lesquels quasi tu sais très bien de quelle couleur ils peuvent cstre dépeints, encores par un homme qui ne scroil pas irop ingénieux ) mais bien de quelque docteur, voire le plus exquis de tous les vostrcs ? Certes il ne me seroit ja besoin, pour la condumnation d'iceUiy, d'aucunes conjectures douteuses, ou de luy intenter faux crimes : car il sVn troiiveroil d'assez certains et suffisamment prouvez, desquels il seroit par trop chargé. Mais à lin que je ne semble point ensuyvre ce que je reprens en loy : je me doporleray de telle façon de faire. Je les priera) tant seulement, de retourner quelquefois à soy : et de penser et repenser en euxmesmes combien fidèlement ils repaissent le peuple Chrestien, auquel on ne peut bailler autre pain, que la parolle de son Dieu. El qu'ils ne se complaisent point trop en ce qu'au \ rand advcu et consentement du peuple, ils jouent maintenant leurs personnages : car encores ils ne sont point parvenus à la conclusion.: en laquelle certes ils n'auiont pas l'eschaflaut à commandement, pour y vendre sans danger leurs happeîourdes, et abuser les consciences fidèles par leurs tromperies et inventions : mais demeureront en estre, ou certes ils tomberont, par la seule vclontê de Dieu : le jugement duquel dépendra, non point de la voix et faveur du peuph', mais de sa seule équité immuable. Et ne s'enquerra pas seulement des faits extérieurs, ains aussi jugera de la syncerité ou malice intérieure du cœur- Je ne veux pas juger de tous universellement. Toutesfois, qui est celuy d'entr'eux, quand il est question de batailler contre nous, qui n'ait ce remords de conscience, qu'en ce faisant, il travaille plus pour les hommes que pour Dieu ? Or comme ainsi soit, que par toute ton episti e tu nous traittes trop inhumainement : toutesfois en la dernière clause à pleine bouche tu espanches tout

le Tenin de ta roa1i£^it« contre nous. Et combien que telles injures ne nous touchent en rien, et que nous y avons par ci-devant en partie respondu, di moy, je te prie, de quoy t^est-il souvenu, de nous reprocher encore l^avarice ? Estimes-tu que les nostres ayenl esté si hebctez, que du premier commencement ils ne cogneussent bien le chemin quMls cntruçrenoyent, répugner totalement à gain et à profit charnel ? Ou bien en reprenant et blasmanl vostre avarice, ne voyoyentils point que par cela Hs estoyent necessai. ement contraints de vivre continemmenl et raisonnablement , sMls ne vouloyent mesme se faire mocquer aux petits enfans ? Quand ils monstroyent, que par meilleur moyen on ne la sauroil corriger, qu^eo dcspouillant les Pasteurs de cestu abondance et superfluite de richesses : à fin qu'estant deschargez dMcelle, ils eussent plus grand soin de FEglise : ne se fermoyent-ils pas cux-mcsmes le chemin, pour par^-enir à richesses et abondance de biens ? Car quelles richesses y avoit-il lors, auxquelles ils peussent aspirer ? Quoy ? N'estoit-ce pas le plus facile et plus court chemin pour parvenir aux richesses et honneurs, d^uccepter incontinent du commencement les pactions et conditions offertes par vous ? Vostre Pape, de quelle somme eust-il lors rachctté le silence de plusieurs : et de combien le rachelleroit-il encores aujourd'hui ? Puurquoy, s'ils avoyent la moindre envie du monde de s'enrichir, aimeroyent-iU mieux demeurer povres perpétuellement ( leur estant ostee toute espérance d'accroibtrc leur bien ) que soy faire riches en un moment, sans grande difficulté ? Mais, par aventure, ambition les retient. Encores ne voy-je point pour quelle occasion tu nous as donné ceste atteinte :veu que ceux qui premièrement ont attenté cest affaire, n'ont peu espérer autre chose, sinon que d'cstre honteusement respuez et rejetiez de tout le monde : et ceux qui sont Tenus après, sachans et voulans, se sont exposez aux contumelie» et opprobres innumerables d'un chacun Mais, où sont ces tromperies et malices intestines ? Il ne s'en trouve certes en nous aucun souspeçon. Parles en donc plustost en vostre sainct collège : la où elles sont tous les jours démenées. De telles calomnies, ])our ce que je tcns à faire fm : je suis contraint me déporter. Au regard de ce que voulans tout entreprendre et faire à uostre leste, nous n'avons trouvé un seul personnage en toute l'Eglise que nous estimissions digne de foy : nous avons jk assez monstre, que ce ne sont que calomnies Car encores que nous establissions la paroUe de Dieu par dessus tout jugement humain : et que nous ayons fmalemcnt hccordé'uno certaine authorité estre laissée au»-Conciles, et Saincls Pères, pourvcu qu'ils soycnt conformes à la reigle d'icelle : si n'estimonsnous pourtant iceux Conciles et Pères dignes que de l'honneur et lieu, qu'ils doy- Tent raisonnablement tenir sous Christ. Mais le plus énorme de tous les crimes que tu nous imputes : c'est, que nous nous sommes efforcez de dissiper et mettre en pi.*ces r<spousc de Jésus Christ Si cela estoil vray, nous serions à bon droit estimez par toy et par le monde universel, comme gens perdus Toutesfois je ne recevray point le crime esire en nous, si d'advanture tu ue maintient 1'

63â HISTOIRE DE LA REFORME

pouse de Christ estre descbirce par ceux-là qui désirent la rendre chaste vierge à Christ : qui sont sollicitez d^une saincte jalousie, de la luy conserver entière : qui corrompue par plusieurs maquerelages, la révoquent à la foy maritale : et qui finalement ne Craignent point de prendre débat à tous les adultères, f(u*iU auront cogneus tascher à corrompre sa pudicité. Et qu^avons-nous fait autre chose ? La pudicité de TEjlise n^estoil-elle pas corrompue, et qui plus est, violée de doct: ines estrangeres et peregrinos constitutions par gens de vostre (action ? N^avoit-elle pas esté violemment prostituée de vous, par innumerablcs superstitions ? JNVstoit-cUe pas coinquinee de cesto trcs-orde manière d^adultere : savoir est, de l'adoration des images ? Ouy da : pour ce que nous n^avons point souffert que le très sainct et sacré reposoir et chambre nuptiale de Christ fust ainsi mocquee par vous : ou nous accuse d'avoir desmembré son espouse. Mais moy je di, que cestc lacération, dont tu nous accuses faussement, est plus que manifeste entre vous, et non point en l'Eglise seulement, mais en Jésus Christ mesme : lequel on voit par vous estre misérablement decouppé. Comme donc s'adjoindra l'Eglise à son Espoux : lequel elle ne peut avoir sain et entier ? Mais où est la santé de Christ, quand la gloire de sa justice, sainctetc et sapieoce est ailleurs transférée ? Voire, mais devant que la guerre fust allumée par nous, toutes choses cstoycnt bien pacifiques et Irauquilles. Certainement la paresse des Pasteurs, et l'estonneraent et sottise du peuple avoyent fait, qu'entr'eux il n'y avoit presque nuls différons touchant la religion . Mais es escoles, en quelles obstinations disputoyent les sophistes ? Parquoy tu n'as pas grande occasion de dire que vostre règne fust si paisible : vcu que le repos n'y a point esté, sinon pour ce que Christ estuit teu, et presque rais en oubli. Bien confesse-je qu'après que l'Evaiigilo s'est nouvellement apparu, plusieurs grandes contentions se sont cschaulfees, dont il n'cstoit nouvelles auparavant. Toutesfois ce seroit à tort, si on impuloit ces choses aux nostres : lesquels par tout le decours de leur action, n'ont cerché autre chose, sinon qu'en restablissant la vraye religion, les Eglises qui esloyent dispersées et divisées par discordes et dissentions, fussent rassemblées en une bonne et entière union. El à lin que je ne raconte les choses vieilles : est-il chose qu'cucores n'agueres ils ayent refusé , pouiveu que la paix fust remise en l'Eglise .* Mais ils essayent toutes choses en vain : quand vous autres vous parforcez à l'encontre. Car d'autant qu'ils demandent une paix, avec laquelle le Royaume de Christ llorisse : et que vous autres estimez, tout ce qui est guigné à Christ estre perdu pour vous : il ne se faut point esmervciller si vous y résistez de tout vostre pouvoir. Et si avez des inventions, par lesquelles vous destruysez en un jour, tout ce qu'ils auront construict en plusieurs mois pour la gloire de Christ Je ne t'opprimeray point de tant de parolles : car en un mot je p«ux despecher l'ail. iie. Les nt sires se sont oflerls à rendre raison de leur doctiini ; cl ne refuseront de céder, s'ils sont vaincus par raisons. A qui tient-il maintenant, que l'Eglise Le jouysst d'une bonne paix, et de la lumière de

laTorité ? Va maintenant, et nous appelle séditieui, qui na laissons point PEglise en repos. Or à fin que lu n^oubliasses rien qui peust servir pour rengreger nostre cause : pour ce que ces années passées se sont levées plusieurs sectes, de ta grâce, tu en rejettes sur nous toute la nialvueillance : mais regarde bien en quelle équité, ou sous quelle couleur. Car si pour cela nous sommes dignes de haine : le nom Chrestien eust anciennement esté bay à bon di-oit par les infidèles et mescreans . Ou cesse donc de nous tormenter et pourchasser en cest endroit : ou confesse ouvertement, qu'il faut ester la religion Chrestienne de la mémoire des hommes, laquelle est cause de engendrer tant de tumultes et séditions au monde Parquoy ceci ne doit point nuire à nostre cause ; que par tous moyens Satan se soit eflorcé d'empescher Pouvrage de Christ. II estoit beaucoup plus convenable et necessaii e à la chose, de regarder qui s^est employé à oppugner toutes ces sectes qui se sont eslevees. Or est-il certain, que cependant que tous autres dormiez en oisiveté : nous seuls avons soustenu tout ce gros fardeau. Face le Seigneur, Sadolet, que toy et les autres tiens entendiez quelque fois, qu'il n'est point d'autre bien de l'union ecclésiastique : sinon que Christ nostre Seigneur ( qui nous a reconciliez à Dieu son père ) nous retire de ceste dissipation, en la société de son corps : à fin qu^en telle sorte par sa seiffe ParoHe ei par son Esprit» nous soyons un^s en un cœur et en une pensée. î>e Strasbourg, le premier jottr de septembre, 1539.

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