‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 35 sur 51 · TRADUCTION PAR CALVIN DE LA LETTRE DE SADOLET · texte numérisé non relu

TRADUCTION PAR CALVIN DE LA LETTRE DE SADOLET

Epistre de Jacques Sadolet, Cardinal, envoyée au

Conseil et Peuple de Genève, par laquelle il tasche de les

ramener à l'obéissance du Pape de Rome,

Jacques Sadolet , Étesque de Carpentras , Prestre-Cardinal de la Saiucii Église Romaine du tiltre de Sainct-Cai ixte : \ ses bien-aiméz frères , us Syndiques , Conseil et Citoyens de Genève .

Très-chers frères en Jésus-Christ , paix vous soit, et arec nous, c'est-à-dire ,

avec rÉfrlise catholique , notre mère et In voslre, amour et concorde de par Dieu le Père Tout-Puissant et son Fils unique Jcsus-Christ nostre Seigneur , ensemble le Saint-Esprit , qui est une unité parfaicle en trois : à laquelle appartient loaaiige et seigneurie es siècles des siècles. Âmcn.

Je pense bien , très-chers frères, qu^aucuns d*cntre vous n'ignorent pas, comme |wur le présent je fay ma demeure à Carpentras : Où mo suis retiré de Nice, après avoir accompagné le Pape , qui cstoit là venu de Rome, pour pacifier les Princes. Car j^aime cesle hfjlise et Cité, laquelle Dieu a voulu m'estre pays M espouse spirituelle , et i^orto à cesluy mien peuple une amour et charité vrayement paternelle, me séparant bien envis d'avec eux. Que si cestc dignité de Cardinal qui m'a été conférée el donnée en mon absence et sans mon seu , me contraint de retourner à Romme (comme certes il est nécessaire, a fin qu'en la vocatiiii en laquelle je suis appelle , je serve illec à Dieu) toutesfoîs si ne divertira-elle point mon aiïection et amour des peuples, que je doy avoir toujours imprimez es plus profondes entrailles de mon cœur.

Moy donc estant à Carpeiitras, ayant Waucoup de rapports de vous , qui en partie me causoyent tristesse, et en partie me mettoyent en espérance de ne me defQer , que nous et vous, (pii autrefois avons esté tous d*un courage en la vraye et droite religion de Dieu , le mosme Seigneur nous regardant bénignement , ne revinssions une fois en un mesme consentement et nnion d*esprit : il a semblé bon au Saint-Esprit et à moy ( car TEcriture parle ainsi : Et aussi toutes choses faites d*an bon zèle et entier courage envers Dieu, procédant du Saint-Esprit ). U m*a semblé bon, di-je, de vous escrire quelque chose : Et vous dccluirer par lettres la peine et sollicitude en laquelle je suis de vous. Car pour vray, très chers, ce n'est pas de maintenant, que j*ay telle volonlc et bonne affection envers vous. Mais comme ainsi soit, que dès le temps que par la volonté de Dieu, je fus esleu Evesque de Carpentras ( il y a environ vingt et trois ans ) pour Taccointance familière que vous aviez avec mon peuple, moy absent eusse entendu plusieurs choses de vous, et vos manières de faire : dos lors je comniençay à puiser et aimer la noblesse de vostre ville, Tordre et forme de vostre Republique, rcxcellence des citoyens et surtout ceste humanité tant louée et recommandée de tous, dont vous osez envers les estrangers et gens venant d'ailleurs. Et tout ainsi que voisinage et proximité de maisons en une ville, causent souventes fois amour entre les hommes : Ainsi les pays circonvoiains font, que les peuples s'entraidcnt et favorisent Parci devant il ne nous est point advenu de sentir, ou les fruicts de ceste mienne aflcctiou envers vous ( laquelle certes est totalement vostre } ou de voir quelque signe ou apparence d'icellc, car Toccasion ne s'est point encore donnée. Mais maintenant elle ne s'est point ofTerte à moy : ains nécessité me contraint k TOUS déclairer de quelle aflection et courage je suis envers vous, si au moins je Teux tenir la foy envers Dieu : et user de charité chresticnne envers mon prochain* Car ayant entendu qu'aucuns hommes cauteleux , ennemis de l'union et paix chrestienne, avoyent mis et semé en vostre ville semence et commencement de discorde et dissention ( comme ja ils avoyent faits en certains bourgs et TÎlages subjects à la vertueuse et puissante nation des Suisses *) , détournant le peuple fidèle de Christ du chemin de ses anciens pères , les retirans de l'opinion ferme de l'Eglise Catholique, et remplissans tout de discordes et divisions (ce que pour certain ont toujours accoustumé faire ceux, qui en oppugnant l'autorité de l'Eglise, cerchent pour soy honneurs non accoustumez et puissances nouvelles )je prens en tesmoins Dieu Tout-Puissant, lequel voit présentement et cognoit mes pensées intérieures, que j'en fus grandement marri ; et sentis mon affection touchée de double miséricorde et compassion. Car d'une part j'en tendoye les pleurs, soupirs, et gemissemens de nostre mero Saincte Eglise, se lamentant, de ce que pour un coup elle estoit privée d'un si grand nombre de ses enfans bien-aimez. D'antre part, 6 très chers, j'estoye esnieu à cquse des périls et inconunodilez qui de ce vous pouvoyent advenir. Car je cognoissoye assez, telles gens innovateurs des chotet bien et anciennement instituées, tels troubles et disseniioni, ettre non

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■eulemeot pestiférés aux âmes ( qui est toutes fois le mil plot coniagieiix ) nsb aussi grandement pernidoux aux affaires, et publiques, et prÎTées. Ce que pir Pexperience des choses avez peu oognoistre évidemment. Quoy dooc ? certes Psffection que j'ay envers vous, et la crainte de Dieu me contraigneot de tous escrfrs oomme (rere à frères, et amis à amis : et tous exposer franchemeot tout le cootcoa de rooo cœur : tous priant affectueusement ne me rouloir denier icelle Tostre bdlitê et humanité accoustnmée, de laquelle maintenant vous prie user eoTers noy, en recevant cordialement mes lettres, et les lisant. Car j'espère, que ai attentiTtment et en patience vous lisez ce que je tous escri, encore que ne prises et appiw- ▼ec mon conseil, à tout le moins vous cognoistrez mon cœur estre droit et entisr, désirant sur tout Tostre salut et bien : et Terrez que je ne cherche point ee qoisrt juien, mais voslre profit bien et utilité. Toutefois je ne oommenceray point psr subtiles, ardues, et espineuses disputations ( lesquelles S. Paul appelle Taine philosophie : exhortant les fldeles ne donner facilement lieu à icelles ) par lesqueDei ces gens tous ont séduits : amenans entre gens ignorans, je ne say quelle obsean interprétation de TEscriture, couTrans leur malice et tromperie d'une fausse XÈsmpatioo du nom de doctrine et sapienoe. Je proposeray seulement ce qui est dairsc eTident, sans aucune cachette d'erreur, palliation de IVaude ou déception : oobum la Terité a toujours de coustume. Car elle luit roesme au milieu des teodwci, estant Teuê de tous et cognuô tant des ignorans, que des gens saTans. Et singulièrement en la doctrine Chrestienne, elle n'est point appuyée ni fondée en syllogismes ou paroles deceptives : mais en humilité, piété, et obéissance du Seigneur. Car la parole de Dieu est vive et efficace, et plus pénétrante que tous glaives à deux trenchans : et atteint jusqu'à la division de l'ame et de l'iiqmt, aussi des jointures et des moelles : et si n'entrelace point les esprits par dillicilei argumentations : mais survenant une certaine céleste affection de cœur, se rqiresente à nos esprits clairement et manifcstemeut : de sorte, que pour l'enlendre, Dieu par sa vocation besongne en nous plus abondamment que nostre rsiioo humaine. Lequel Dieu, père de toute droite intelligence, je prie humblement ne vouloir aider à dire, et vous disposer tellement à ouyr, qu'une fois nous puiasioai consentir au Seigneur tous d'un cœur et d'une pensée. Or à fin que mon commencement soit prins d'un lieu plus convenable, je pense bien, très chers frères, que moy, vous et tous autres qui ont mis leur foy et espérance en Christ, n^aTQOi point fait telles choses, et ne les faisons point pour ceste vie mortelle et trsmiloire : ains pour trouver salut à nos âmes et chercher une vie étemelle et permnente : laquelle on obtient au ciel seulement, et non en ceste terre et demeure. Auquel lieu nostre oflGce est tellement mi parti et ordonné qu'après avoir assis le fondement de loy, nous travaillions ça bas, pour avoir là haut repos : que nom semions en la terre, à fin de moissonner au ciel : finalement que des osovies esquelles nous nous sommes ici exercitez, nous en recevions en l'autre vie, fmictt dignes et rémunérations semblables. Et combien que la voye de Christ, et U

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niMm ds y\m telon set ttatots el ordommioei , ooas lemble fort difficile : pour ce qu'elle noui commaode de retirer oostre coeur des fanges voluptueuses de ce monde, et le ficher en Dieu seul : mespriser les biens presens que nous STons entre mains, pour espérer le bien à nous invisible : Ce néant moins le salut de nous et de nostre ame nous est en telle recommandation, que rien ne nous est aspre ou laborieux, à fin qu^une fois en Pesperance de vie à nous proposée, précédant tousjours «n nos affidres la bonté et miséricorde de Dieu, nous puissions par beaucoup de tribulations et sollicitudes, enfin obtenir ce salut étemel et perpétuelle félicite. En ceste espérance Cbrist, annonciateur du vray bien, a esté jadis receu en grande affection et consentement du monde universel . Pour cela aussi est-il servi et adnré de nous, et recognu Dieu, et Fils du vray Dieu , pour ce que luy seul de tout tempe a vivifié à Dieu Tout-Puissant ( auquel seul est la vie ) les cœurs de tous bonmies, endormis, et quasi ensevelis es vaniiez de ce monde caduques et decevables, qui universellement estoyent adjuges à mort éternelle ; les ressuscitant dea moits, c'est à dire de celle qui est la plus damnable espèce de mort. Et luy pour le premier, voulant estre nutre salut, délivrance et instruction, en sonifrant U mort de la chair, puis après reprenant une vie immortelle : par son eiemple nous a instruit et enseigné de suyvre un autre chemin que nous n'avions fait : et de mourir à ceste chair et au monde, c'est à dire, à péché, à fin que vetquissions à Dieu : mettans toute nostre espérance en Iny* de bien et heureusement vivre à perpétuité. Qui est la propre résurrection de nous tous, et bien convenable k la gloire et majesté de Dieu Toot-Puissant : par laquelle, ni un ni deux, mais tout le genre humain a esté rappelé d'une mort spirituelle, horrible et misérable, pour vivre une vie céleste et pardurable. Pi|ul Apostre , considérant en soy, et pensant à ceste résurrection, trouvant en icelle un grand argument et approbation de la Divinité de Christ, dit : Je suis séparé pour annoncer l'Evangile de Dieu, lequel il avoit devant promis par ses Prophètes, es Sainctes Escritures, touchant son Fils : qtti a esté fait de la semence de David, selon la chair, et a esié déclaré Fila de Dieu en puissance spii ituelle, qui est la propre vertu de Dieu : d'autant qu'y ne fait pas ses merveilles corporellement, mais spirituellement. Car commander aux vents, illuminer par parolles les aveugles, et ressusciter les morts t n'estoit point fait en puissance corporelle, mais en vertu spii ituelle et Divine. Christ donc est déclaré fils de Dieu par ceste puissance spûrituelle, appartenant tenlemeut à Dieu. Et ce que l'Apostre met après, de la resurection des morts : ne s'entend point de ceste suscitatlon par laquelle le corps du Lazare, le fils de la ▼efve, ou la fille du Prince de la Syttagogue ont esté vivifiez ( combien qu'aussi oe soyent oeuvres de Dieu ) ûiais plostost il parle de celle viviflcation, par laquelle il a délivré Marie Magdaleinede sept diables, et appelé Matthieu du lieu d<>s receptes, et évoqué plusieurs autres de ceste vie terrienne et caduque, et généralement tout le genre humain de péché, de la mort du péché et de la puissance- do ces ténèbres iMUidalfUfky à une espirâncd d'affinité et eottipagiiid céleste : do ]{.qttdle aussi il

redressa et estera au ciel les esprits des hommes^ ploDjB^i en ceste fangt et corruption terrienne, qui est le plus grand beneGce de Jesus-Christ envers nous, et principal aigumen* de sa Divinité. Et pour cest eflect ii fut en luy aiitsi ordonné de Dieu en la mission de sou Fils, qui a prins sur soy ceste charge, laquelle en son temps il a accomplie, et la nous a distribuée : ii cette 6n que nous, aidez cl secourus en un seul Christ, de tout conseil, renfort, et vertu divine et humaine, puissions présenter nos âmes sauves devant Dieu La noblesse de Pâme est si emineute, son prix est tant excellent, et son estimation a esté telle, que pour la sauver et gaigner à Dieu et à nous, toutes loix naturelles ont esté renversées, et Tordre des choses totalement changé : Dieu est descendu en terre pour estre fait homme, et Thomme est monté au ciel pour eslre fait égal à Dieu. Noos croyons donc tous en Christ, à tin que ( comme j^ay dit ) nous trouvions salut ra nos âmes, c*est-à-dire, la vie en nous-mesmes : qui est la chose la plus à d^irer, outre laquelle nul bien ne peut advenir à l'homme plus précieux, familier, ou qui luy soit plus propre. Car de tant plus qu'un chacun s'aime soy-mesme, de tant plus son salut luy doit estre cher : lequel s'il est par luy mesprisc et rejette, quel autre loyer pourra-il acqucrrir semblable a cesluy ? Quelle chose donnera l'homme eu recompense pour son ame, dit le Seigneur ? Ou que prolitera-il à l'homme de gaigner mesme tout le monde, s'il fait dommage à son ame ? Donc ceste reigle, tant ample, tant chère el précieuse, eii laquelle le salut de nos araes est contenu, nous doit eslre en tel prix et estimation, que nous l'observious de toute nostie force, puissance, et entendement. Tous autres biens que nous desirons et convoyions en ce monde, sont externes et estraugers : mais ce seul bien de garder nos âmes, n'est point seulement nostre, uins nous-mesmes sommées ce mesme bien. Duquel, quiconque par ne[;li[jcnce se sera relire iceluy ne peut recouvrer la fruilion d'un aulre bien : ullendu qu'il sV'sl aliéné du bien duquel il devoit avoir la jouissance. Outre plus, ce bien de salul éternel nous advient pur la seule foy en Dieu el eu Je:»us-Chrisl. Quand Je di, pur la seule iby, je n'entens pas ainsi que font CCS conlrouveuib de choses nouvelles ; qu'en délaissant la charile et le devoir d'un Chreslien, j'uye seulement une persuasion ou iiance en Dieu, par laquelle je croye tous mes i)echez ni'estre pardonnez en la mortel au san|] de Jesus-Christ. Cela certes nous est bien nécessaire, et nous baille la première entrée vers le Seifjneur : mais il ne suliit pas. Car aussi il faut aj)porlcr à Dieu nc.slre j>cns«î pleine et garnie de la crainte d'iceluy , ayant désir d^accomplir sa volonté : en quoy principalement gi&t et consiste la vertu et puissance du Sainct-Elsprit. Laquelle pensée encore qu'aucune fois ne vienne h ouvrer extérieurement : si estelle toutes fois au dedans preste de soy-mesme à bien faire, ayant un désir prompt el volontaire d'obéir à Dieu en toutes choses : qui est la vraye propriété de justice Divine habitant en nous. Car autrement, quelle signil cation nous pourroit donner, ou quelle intelligence et cognoissance nous pourroit apporter ce nom de juslicCi si eu elle l'on n'avoit quelque esgard aux bonnes œuvres ? Car l'Escriture

dit, que Dieu a envoyé son Fils, à fin qu'il fist un peuple agréable pour luy, sectateur des bonnes œuvres. £t en un autre passage : A fin, dit-elle, que nous soyons édifiez en Christ à bonnes œuvres. Si donc Christ a esté envoyé, a ce que faisans bonnes œuvres, par luy|nous fussions agréables à Dieu, et si nous sommes édifiez en luy à bonnes œuvres : Certes la foy ( que nous avons en nostre Dieu par Jesus-Christ ) ne nous prescrit point seulement une confiance en Iny : ains elle veut qu'en bienfaisant , avec propos de toujours bien faire, nous ayons ceste foy en Christ. Car ce mot ftiy est largement et amplement prins et usurpé, lequel ne comprend point seulement en soy une crédulité ou persuasion : mais aussi il enclost espérance, obéissance, et révérence de Dieu : et principalement, celle qui nous a esté tant air.plement declairee en Jesus-Christ, princesse et supérieure de toutes vertus Chrestiennes, c'est à savoir, Charité. En laquelle le Sainct Esprit se manifeste naifvcment : et à parler proprement, lui-mesme est Charité.

Car comme dit PEscrilure, Dieu est Charité. ••• • •••..••..• (1}

Quand donc nous disons la seule foy en Dieu et en Jésus Christ nous pouvoir sauver, nous comprenons en celle mesme foy, principalement la charité : qui est la première et principale cause de nostre salut. Mais à fin que nous laissions ceste disputation, pour retourner à nostre premier propos , nous vous avons dcclairé, très chers frères, ou pour mieux dire, nous nous sommes eflbrcez de vous monstrer ( car nostre oraison n'est pas esgale à la grandeur de la chose) de quelle importance, cl combien nécessaire nous est le soin de nostre ame, et de son salut : vcu que par telle sollicitude, nous nous arrcstons totalement à nostre esprit, qui est nostre vray, propre et unique bien : et tuus autres biens sont disjoints et séparez de nous : desquels mesmcs nous ne pourrons avoir la fruition, si nous sommes frustrez de ce seul et souverain bien. Pour lequel bien de l'ame défendre et con- •erver à soy, tant de glorieux martyrs ie Dieu ont jadis volontairement abandonné leur vie : tant de saincts docteurs ont travaillé jour et nuict en veilles et sueurs, à fin de nous constituer, ordonner et prescrire le droit chemin pour venir à salut : tant de persécutions, injures, calamitez, et gricves oppressions ont esté anciennement fuite» par les tyrans et prévôts des Payens à PEglise universelle : qui pour ceste cause les portoit patiemment. Toutes lesquelles choses ont este permises de Dieu le Tout-Puissant, et aussi receuës, souflertes, et combutlucs par ces vertueux personnages, vrais adorateurs de Christ : à fin que l'Eglise forgée comme de plusieurs marteaux, par toutes sortes d'expériences et essais, mondifiee à grand feu, et aussi fondue, soudée et mise en forme, par tant de peines et tormens des

(l) Csivin a omis dans sa tradaction une phrase fort importante. Voir le texte de la lettre de Sadolet et notie tradaction p. 357.

Sainets, obtint emren Dieu grâce tres-gnmde de m fidélité, et enren lei ■utborité souTeraine. Ceste Eglise nous a régénéré k Dieu eo Christ, ieelle nourri, conferroé, et instruit, nous enseignant, comme nous devons sentir et croire, en qui doit estre nostre espérance, et quel est le tray chemin pour parreolr k la vie éternelle. Nous cheminons en ceste commune foy de PEglise, et eu Pobser^ vation de ses loii et commandemens. Que si par fragilité ou incootinmce noot tombons aucune fois en péché ( à la mienne Tolonté que cela ne nous advint point tant souvent ; par ceste mesmc foy de rhglise nous sommes redresses : et idon qu'elle nous enseigne, nous usons des expiations, pénitences, et satisfactions : par lesquelles ( preposans toujours la miséricorde de Dieu ) nous sommes restllnes en nostre première innocence, et nostre péché nous est eflacé. Ce que faisans, nom espérons trouver grâce et miséricorde envers Dieu. Car nous ne faisons rien outre la sentence et authorité de l'Eglise : ains estimons e^tre prudence, de oognoitire et entendre à sobriété. Nous n'apportons point un orgueil, pour contemner las décrets de l'Eglise, estans enflez en nos esprits : nous ne faisons point monslrei de nostre entendement parmi le peuple, et s! ne nous Tantons point d'une non* Telle sapience, et science inusitée : mais nous ( je parle des bons et vrais Chrettiens ) cheminons en humilité et obéissance. Et toutes choses qui noua ont esté prescrites et laissées par l'authorité des Saincts Pères et gens savans : nous les recevons avec foy, comme choses dictées et yrayement ordonnées par le Sainet Esprit. Car nous savons et cognoissons assez, combien humilité est de grand prix et estimation envers Dieu. Qui est une vertu entre tous Chrestienne : et laquelle Jesus-Chnst nostre Seigneur a toujours demonstré en tous ses faits, dits, admonitions et commandemens, disant, le royaume des deux estre seulement proposé aux petits, c'est à dire, aux humbles. Car la grandeur ou petitesse de nostre corps n'y sert pas beaucoup : mais le principal est, de savoir si nostre esprit est humble et abbaissé, ou hautain et esicvé par orgueil. La mesmc fierté qui dejetta les Anges du ciel, empeschc aux hommes le chemin à iceluy ; et de là où l'Ange, animal céleste, a esté chassé par sa fierté, là est esicvc l'homme animal terrestre par son humilité. A fin que par ce nous cognoissions nostre tout consister en humilité : qui est une aide perpétuelle à nostre salut, et une asseurance et fondement de celle tant heureuse espérance, par laquelle nous tendons au ciel. Lesquelles choses estans ainsi, mes très chers frères, veu aussi qu'en premier lien et sur toutes choses, nostre salut, la vraye vie et éternelle félicité, nous doit estre chère : et que finalement envers nous-mesmes ( toutes autres choses postposees ) devons avoir singulier esgard et nous tenir précieux et en parfaite recommandation. Attendu pareillement, que si nous nous perdons nous-mesmes, il n'y aura chose nostre ou appartenant à nous, que nous puissions trouver à nostre aide : Teu aussi qu'il n'y a peii*' plus griefve, ni mal plus dangereux, ou plus pernicieuse calamité, que la ruine et j|^>erdition de son ame : en quelle diligence, je vous prie, en quelle cure et sollicitude devons-nona pourvoir, à ce que nostre salut et vie ne

en un tel péril et danger ? Cei tes toi» ne me nierez pat, lins me conoederei, la perdition de Pâme eslre la chose plus misérable et pernicieuse qui puisse adrenir à IMiomme Vous m^accorderez aussi, comme je pense, que nostre plus grande diligence doit eslre à nous donner garde que cela ne nous advienne. Car nous devons craindre merveilleusement les dangers d^in mal, duquel, sMl nous advient, la fin et le son outrepassent tous antres maux. Et d'autant que le ma) est grand et pesant, d^autant faut-il que In crainte soit plus grande. Tout ainsi que ceux qui s^espou vantent et craignent de tcmber en la mer, nWent pas seulement approcher de quelque haut et malaisé rocher penchant sur icelle : pareillement ceai qui ont en horreur le terrible jugement, et sentence oondamnatoire du Seigneur, se retirent premièrement et s^esloignent des choses qu^ils cognoissent estre prochaines, et quasi conjointes à ceste misère sempiternelle. Ceci ne di-je point en ce lieu, pour asseurer que nous soyons sans péché ou que pendant ceste vie, nous soyons exempts et quittes de tous dangers : Car certes nous y sommes, et si iaillons, péchons, offensons, et tombons aucunes fois tous, plus souvent les uns que les autres, selon la vertu que Dieu a donnée à un chacun de se contregarder. Toutes fois, tous péchez qu'on a commis non pas de propos délibéré , ains par firagilité, ont leur recours facile à la miséricorde de Dieu. Mais ce tant horrible et espouvantable péché, de ne servir Dieu, ainsi quMI demande , droitement et ■incerement, ou de«entir fanssement et erroneement de luy, qui seul est lavraye vérité : ce mesme péché di-je, ne nous met point seulement en danger de mort étemelle : mais il nous oste toute espérance et quasi tout effort d'éviter et fuir ce grand péril, misère et calamité. Car es autres péchez, comme au milieu des vagues et flots de nostre vie, celle anchre de la nef est bonne et seure, qui nous garde de heurter aux rocs, et perdre la navire : en ce qu'aucunesfois jettaos nostre pensée en Dieu, estant aiguillonnez de la compunction de nos péchez en souspirs et gemissemens, en confession d'iceux, nous invoquons, demandons, et requérons sa miséricorde. Lequel, comme il est plein de toute bonté et clémence, et incontinent esmeu et incité à pardon, et comme père débonnaire, il reçoit paisiblement les prières de ses enfans. Mais ce misérable et détestable péché, de fausse et perverse religion, nous prive, et de Dieu, et de toute resperance d'iceluy» Parquoy, très chers frères, si nous voulons estre sauvet, il nous faut en toute diligence soigneusement éviter et fuir ce danger, et nous décliner de ce péril. On poorroit ici dire, H y a si grande diversité d'opinions aujourd'huy touchant la ▼raye ou fausse religion, les sentences sont tant variables, Vun expose en ceste manière, l'autre en autre ; il nous semble donc estre assez, si en bonne affection nous croyons en ce qu'on nous dira, nous submettans tousjours au jugement des gens plus savans et expérimentez en ces choses. Je say assez, très chers frères, que telles paroUes se dlsen t communément à simples gens, qui naturellement ont l'esprit lourd et hebeté ( toutes fois le péché est plus grand sur ceux qui les reti* rent du droit chemin ) : car telles paroUes ne tombent poÎLt en un homme rosé

594 HISTOIRE DE LÀ RéPORMB

et qui a expérience des dioses. Combien qu'à caase du tempe je eonfeMircn choses estre incertaines tant anx sarans qu^aux ignorans ( ce qui n*est pas ainsi : car TEglise catholique a retgles certaines pour diicemer la rente du mensonge. ) Mais encore, posons le cas quMl soit en doute, toutesfois pour ce que nostre salut despend en eeste cause, et que nous avons nos âmes, e^est k savoir, nous-meames, en grande estimation : et que maintenant il n'est point question des biens, ou de la santé du corps, ni mesmes de ceste vie mortelle (ce que les constans et magnanimes serviteurs de Dieu n'ont point craint de perdre pour leurs âmes ) mais que ceste consultation et délibération est faite sur nous-mesmes, pour rhm eo éternelle béatitude, ou en misère perpétuelle : il nous faut considérer, regarder, et adviser diligemment ( je parle comme si la chose estoit incertaine, q i toutes fois, ne Pest pas ) de nous mettre en tel lieu, et nous retirer où il y aura moms de crainte et de danger, et U où plus grande espérance et asseurance nous sera proposée II n'jf a celuy ( comme je pense ) qui en chose douteuse, principalement où il est question de nostre vie et salut, ne suyve plustost un conseil fondé sur bonne raison, qu'une folle et avantureuse témérité. Regardons donc lequel costé, et en quelle secte il y a plus de danger, ou d'estre retiré de Dieu, on d'approcher plus d^eternelle perdition : laquelle chose je proposeray et poursuivray, comme si vous estiez encore à délibérer, et non resouts, desquels tous deves plustost ou suyvre les volontez, ou ctoire le conseil. La quAtion est, à saToîr, lequel est plus nécessaire à vostre salut, ou que voiis pensez estre plus agréable à Dieu , si vous croyez et ensuyvez ce que l'Eglise Cstholique par l'universel monde a d«*ja par plus de mille cinq cens ans ( ou si nous cherchons la plua certaine et fresche mémoire d»*» choses ) plus de treize cens ans a approuvé d'ouïr consentement, accord et volonté : ou ce qu^uucunâ hommes cauteleux, et comme il leur semble, subtils, ont innové seulement depuis vingt cinq ans en ça, contre toute ancienneté et perpétuelle authorité de TEglise catholique : eux qui certainement ne sont pas TEglise catholique. Car PEglise catholique ( pour la définir briefveroent ) est celle qui de tout temps, en toute contrée de la terre, est toujours une, et consentant en Christ, estant régie et gouvernée en tout et partout du seul Esprit de Christ: en laquelle ne peut avoir aucun discord, d'autant qu'elle est liée et conjointe en un esprit Que si quelque discorde ou division y survient, le corps certes d'icelle demeure entier : bien se fait-il quelque apostume, par aquelle la chair corrompue est divisée et séparée de l'esprit, vivifiant tout le corps : et n'est plus de la substance du corps de l'Eglise. Je ne viendray point id k esplucher une chacune disputation des choses : et si ne fascheray point vos aureilles en superfluité de parolles ou d'argumentations. Je ne diray rien de l'Eucharistie : en laquelle nous adorons le vray corps de Christ. Ceux-ci certes, n'entendans point comme il faut appliquer les argumens, et user de raisons en une chacune science penbcnt par certaines raisons aliènes et mal convenables, prinses de dialectique et vaine philosophie endorrt le Seigneur du del et de la terre, et

eiMerrer sa puissance spirituelle ( qui est libre et infinie ) es angleti d^un corps humain, qui est environné de ses fins, et a certaines proportions. Je me tairay de la confession des péchez faicte a un prestre : en laquelle le principal fondement de nostre salut, c^est à savoir, humilité, est demonslree par PËscriturc, ordonnée et commandée par TEf^lise. De laquelle humilité ces gens par calomnies se sont Toulu mocquer, et par leur arrogance ont tanche de la rejetler et anéantir Je ne dirny rien des prières, tant des Saincis envers Dieu pou* nous, que des nostres pour les trespassez. Mais que veulenl-ils dire, parce qu^ils s^en mocquent et les mesprisent, les disans estre inutiles et de nulle estimation ? Pensent-ils que nos amea meurent avec le corps ? Certes il le semble : mi'smHment en ce qu^ils ostent toutes loii ecclésiastiques, et la subjection dMcelles : s^atribuans une liberté et licence de toutes cupiditez. Car si Tame est mortelle , beuvons, mangeons, d'^ PApostre, car nous mourrons demain. Que si elle est immortelle (comme certes elle est ) d^où vient ceste subite dissention et division du corps par la mort, que les âmes des vivans et des morts n^ayent rien de commun par ensemble, ne communiquent point avec nous, et qu'elles ayent oublié toute affinité et société commune avec nous ? Yeu que charité ( qui est le principal don du St-Esprit entre les Chrestiens ) tousjours bénigne , fructueuse , n'estant jamais odeuse, demeure tousjours en vigueur entière et efficace en Pune et Pautrc vie. Mais à fin que je laisse telles difiicuhez, les reservant à un autre temps, considérons et retournons k oostre premier propos, pour savoir et entendre, lequel nous est plus nécessaire et utile de faire, et plus convenable pour obtenir la grâce de Dieu souverain, ou de sentir avec l'Eglise universelle, et obéir en foy, et obtempérer à ses loix, de« crets, et sacremens : ou de consentir avec gens contentieux, cerchans tousjours divisions et choses nouvelles. Le poînct est ici, très chers frères, et voyci la Toye forchue qui meine en deux chemins contraires : desquels Pun tire à vie, et Pautre à murt éternelle. En ceste difierencc toutesfois et élection, il y va à un chacun dur salut de son ame, et des arres de la vie future : à savoir, si nous sercms destinez à éternelle félicité, ou à misère infinie ? Que dirons-nous donc ? Prenons le cas que de chacune part, c'est à dire, de chacun chemin, il en soit un oonatitué et assigné devant le siège judicial du juge souverain, pour illec cognoistre et esplucher leur cause : à fin de les absoudre, ou dilfinitivenient condamner. On les interrogera s'ils ont esté Chrestiens Chacun d'eux dira, qu'ouy. Item , s'ils ont creu fidèlement en Christ. Respondront : Ouy. Maintenant on les examinera sur ce qu'ils ont creu : car la cognoissance de la foy se fera premier que celle des œuvres et mœurs de l'homme. Quand donc on leur demandera précisément la raison de leur foy, ccluy qui a esté nourri et enseigné au giron, et selon la discipline de l'Eglise catholique, formera sa response en ceste manière. Comme amsi soit que j'aye esté institué de mes parens, lesquels aussi avoyent receu de pères et ayeuls cefte mesme doctrine, d'obéir en toutes choses à nostre mère firineie EgHie, 6t atec révérence observer ses loix, statuts et ordomiances, et

décrets, comme procédez de toy, ô Seigneur Dieu : et comme j'q>perceaise|irai-> que tous ceux qui estoyent reputez Chrestiens, et qui en nostre temps, et devant nous ayoyent marché sous ton enseigne, estre et aToir jadis esté de cette mtene opinion, de reoognoistre et honorer PEglise, conmie mère de leur foy, et estimer pour sacrilège soy départir et retirer de ses commandemens et institutions : en eeste mesme foy, que PËglise catholique garde et enseigne, j^ay tasché de te complaire, à Seigneur Dieu. Et combien qu^aucuns hommes inoogneus se aoyent levez, ayant souvent les Sainctes Escrilures tant es mains qu'en la bouche, suscitans choses nouvelles au mespris des anciennes, redarguans TEglise, et nous Toulans retirer totalement de l'obéissance, - laquelle luy rendions : ce neantmoins j'ay*mi«ux aimé persister constamment en ce que ja de long temps a esté observé et quasi de main en main ordonné par le consentement de l'Eglise ancienne, et des saincts personnages Et combien que les mœurs et conditions de plusieurs prélats et gens ecclésiastiques fussent telles, qu'elles me pouvoyent causer un courroux et despit en mon cœur : toutesfois je n'ay point este diverti de mon opinion : car je me suis résout (ainsi que toy, mon Dieu, l'as commandé en l'Evangile ) d'obéir à leurs saincts commandemens : te laissant juge de toute leur vie et action. Attendu mesmement que moy , infect et entaché de si grans et énormes péchez ( lesquels te sont manifestes et apparens comme en mon front ) ne pouvoye dignement et raisonnablement juger autruy. Pour lesquels miens furfaicts j'assiste à présent au parquet devant ton siège judicial, demandant et implorant, non point ta sévérité, 6 Dieu débonnaire, mais plustost ta clémence et miséricorde. Ayant cesluy-ci deduict sa cause en telle manière, l'antre sera appelé, il comparoistra. Lequel après avoir eu licence de parler, . commencera ainsi ( El posons le cas que ce soit l'un des promotteurs de ces divisions : car il saura mieux défendre sa cause, luy qui publiquement a exhorte le peuple de laisser la communion de TEglise. ) 11 dira donc ainsi : Quand je consideroye, ô Souverain Dieu, les mœurs et façons de faire des gens ecclésiastiques, estre quasi par tout corrompues, et que non obstant ce, les prestres en faveur de la religion estoyent en grande estimation entre le peuple, ayant à regrets leurs richesse, j'ay esté justement ( comme je pense ) esmeu à courroux à l'encontre d'eux, me constituant comme adversaire et ennemi d'iceux . — Quand aussi je reputoye en moy-mesme, que j'avoye consommé si long temps en l'estude tant de théologie, qu'en sciences humaines : n'ayant point toutesfois tel degré en l'Eglise que mes labeurs pouvoyent avoir mérité : voyant aussi beaucoup d'autres moindres que moy estre eslevez en honneurs, et en bénéfices : je me suis mis, je le confesse, à poursuyvre ceux que j'ay estimé desplaire mesmement à toy. Et pourtant que je ne pouvoye abolir leur puissance, que je n'anéantisse premièrement les loix ordonnées par l'Eglise : j'ay induit la plus grande partie du peuple, à mespriser les décrets, ja long temps inviolablcment observez. Lesquels s'ils estoyent establis en conciles généraux : je disoye cela n'eslre en l'authorité des conciles. S'ils

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eftoyent institaez det andens Peres et docteurs, je let ay reprins comme ignonms, et sam aucune cognoissance de la bonne intelligence. Si d'aventure l'ettoyent des Evesques de Rome : j*ay constamment affermé iceux avoir mescbamment occupé cesie tyrannie, et faussement s'estre usurpé le Ultre de vicaire de Christ. Finalement j'ay tascbé en toute sorte que ce joug importable de l'Eglise, défendant les viandes, observant les jours, nous faisant confesser nos péchez aux prestres, et accomplir les voeux, oppressant et chargeant de servitude les hommes, qui sont en toy libres et francs, ô Jésus Christ, fust rejette de nous qui ta servons : ayans confiance que la seule foy nous justifiast, et non pas les OBuvrei tant recommandées et prechees en l'Eglise. Attendu mesmement que tu avois porté la peine pour nous, et par ton sang précieux avois effacé les péchez et iniquités de tous : à ceste fin que jettans nostre foy et asseurance en toy seul, plus franchement nous puissions faire ce que bon nous sembleroit. J'ay aussi examiné les Escritures plus subtilement que ces anciens-la : sur tout quand je cerchoye quelque passage lequel pouvoit faire contr'eux. Par laquelle opinion et bruit de doctrine et d'esprit, ayant obtenu renommée et grande estimation entre let peuples : certes je n'ay pas peu totalement subvertir et annichiler l'autorité de l'Eglise : mais si ay-je bien esté autheur et cause de plusieurs séditions, et divisions en icelle. Apres qu'il aura parlé, et aura dit vérité ( car il n'est point question de mentir devant ce Juge Céleste ) encore qu'il taise beaucoup de choses de son ambition, de son avarice, du désir de la gloire populaire, de ces tromperies et malices intestines, qu'il se cognoit bien luy-mesme avoir la dedans, et qui luy apparoistront comme escrites en son front. Que sera-ce en la fin, 6 mes frères de Genève, lesquels je désire estre unis avec moy en Christ et en son Eglise, et quel jugement estimez-vous estre fait non seulement de ceux-ci, mais aussi de tous leurs adherans ? Celuy certes qui a ensuyvi l'Eglise catholique, en ceci n'apportera rien de son meffait. Premièrement, pour ce que l'Eglise ayant le Sainct Esprit pour conducteur et gouverneur de tous ses décrets et conseils, n'erre jamais, et si ne peut errer. Et outre, s'il se fust fourvoyé, on que l'Eglise fust en erreur ( ce que ne faut ne croyre ne penser ) encore la faute ne seroit point imputée à celuy, qui de cœur entier et humble, auroit suyvi pour l'honneur de Dieu, la foy de ses prédécesseurs et l'authorité des Peres. Au contraire, l'autre se fondant sur son cerveau : mesprisant et les saincts Peres et les assemblées générales des Evesques, ne leur donnant point de foy : aina s'attribuent tout à soy-mesme, estant plus prest beaucoup à calomnier et dire mal, que d'apprendre ou enseigner : quand donc il laisse la communion de l'E- . glise, que peut-il espérer de sa fin ? De quelle défense pourra-il user ? Quels advocats pourra-il avoir envers Dieu ? Sinon qu'il doit grandement craindre d'estre jette hors es ténèbres extérieures, là où seront pleurs et grincement de dents : c'est à dire, là où perpétuellement il doyve pleurer sa misère, rechignant des dents, voire contre soy-mesme : de ce qu'il pouvoit, s'il eust voulu, éviter ceste

griefre et misérable calamité : ce neantmoins il n*en a tenu conte. Or un diaeon peut bien penser en soy-mesme, comme toute leur vie sera accompagnée de malheureux désespoir, et rage misérable : singulièrement reu que leur mal, miiere, et calamité ne prend point de Hn, il n*y a point de bout, fureurs, pleurs, et gemissemens y sont perpétuels. Mais encore, si toutes les autres meachancetex de ceux-là pouvoyent en quelque manière estre souffertes et comportées : toutesfois comme les pourroit-on en ceci excuser, veu que, comme il me semble, en ce point ils n^ont aucun refuge à la bonté et miséricorde de Dieu, d^autant quMIs ont tasché à desraembrer ceste seule et unique espouse de Christ : et ont osé non point diviser, mois deschirer cette robbe du Seigneur, que les gensdarmes mesmes infidèles n^oserent mettre en pièces ? Car depuis leur commencement, combien y a-il eu de sectes en rEi;liso, qui ne convenoyent ni avec ceux-ci, ni entre ellfs-mesmes ? Qui est un argument manifeste, selon toute doctrine, pour convaincre quelque chose estre mensonge. Car vérité est tousjours une, et mensonge est variable et divisée : la chose droite est simple, mais la tortue se fend en plusieurs parties. Mais est-il homme cognoissant Christ et le confessant, à la pensée et courage duquel le S. Esprit ait quelque fois cscluiré , qui ne cognoisse très-bien ceste division et dilaniation de la Saincte* Eglise, estre la propre opération, non pas de Dieu, mais de Satan ? Que nous dit le Seigneur ? Que nous demande Christ ? Certes que nous tous soyons un en luy. A quelle fin ce tant excellent et singul er don de charité nous seroil-il donné du ciel, qui est divinement infus et envoyé aux Chrestiens seulement, et non point aux autres hommes ? N^est-ce point à fin que nous tous d^un cœur et d^une bouche confessions le Seigneur ? Ces gens estiment-ils la religion Chreslienne, estre autre chose qu^une paix avec Dieu, et charité envers son prochain ? Regardons ce mesmo que le Seigneur dit priant pour ses disciples : Pcre Sainct, garde ceux par ton nom, lesquels tu m^as donnez : à fin quMls soient un, ainsi que nous. Or je ne prie pas seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croyront en moy par leur parole : à fin que tous soyent un, ainsi que loy, Père, es en moy et moy en toy : qu^aussi en nous ils soyent un, à fin que le monde croje que tu m^as envoyé. Je leur ay donné la gloire laquelle tu m^as donné, à fin qu^ils soyent un, comme nous sommes un. Vous voyez , très chers frères, et parla lumière Evangelique pouvez discerner, que c'est qu'estre vrayement Chrcslicn : attendu que nostre foy en Dieu, et la gloire de Dieu Tout-Puissant ( qui est de luy envers nous, et de nous envers luy ) consiste en ceste seule union : veu que Christ ne requiert et demande autre chose de nous à son Père, et qu'il pense qu'à ce moyen ses labeurs, ses povretez, misères et travaux, la fragilité du corps humain qu'il a prinse pour nous, sa croix et sa mort luy rapporteront fruict en ceci, tant à la gloire du Père ( laquelle il desiroit souverainement ) comme pour nostre salut, pour lequel il devoit souffrir mort : si certes entre nous-mesmes e en luy sommes im. Et aussi l'Eglise catholique se travaille et parforce tous-

jours, à ce qu'il y ait entre nous concorde et union d'esprit. Et que les mesmes hommes qui sont séparez par distances de régions, ou interralles de temps, encore qu'ils ne se puissent tous assembler en un mesme corps , un mesme esprit toutesfois, qui est toujours par tout semblable, les entretient et gouverne. A. laquelle Eglise catholique et au S Esprit ceux-là se monstrent bien de droit fil contraires, qui taschent rompre l'union, induire diversité d'esprits, deflaire l'accord, et ester toute concorde de la religion chrestienne : et ce d'une .telle cupidité, d'une telle ardeur, par tant de machinations et inventions, qu'il n'est aucune oraison, qui peut assez bien exprimer la soUdtiide et anxiété d'iceux. Contre lesquels certes je ne prie point, que le Seigneur destruise toutes leurs fraudulentes, et toute langue parlant hautement, ni aussi qu'il adjouste iniquité sur leur iniquité : mais humblement je supplieray à mou Seigneur mon Dieu ( comme tousjours ay de coustume ) qu'il les veuille convertir, et réduire on bon esprit. Et vous aussi, mes frères de Genève, je vous prie et enhorte, qu'après avoir esté tous les brouillars d'erreur de vostre entendement, et avoir cognu la lumière : levans vos yeux au ciel, que Dieu nous a proposé pour terre et héritage perpétuel, si vous demeurez en l'union de TEglise, je vous enhorte, dis-je, de retourner en concorde avec nous, et rendre le loyal service à nostre mère saincte Eglise : et que vous veuilliez adorer Dieu avec nous en un esprit. Et ne soit point changé vostre courage pourtant, ni tiré en diverse et contraire opinion : si d'adventure nos mœurs vous desplaisent, ou si par la coulpe de qaelques uns, la splendeur de l'Eglise ( qui devoit estre perpétuelle et incontaminee ) a esté quelque fois rabbatue et obscurcie. Vous pouvez bien, peut-estre, bair noe personnes, si cela est permis en TEvangile, mais vous ne devez hair la doctrine tt la foy. Car il est escrit : Toutes choses qu'ils vous diront, faites-les. Et nous ne disons autre chose, sinon que nous vous monstrons le grand désir que nous STons de vostre salut. Que si, 6 très chers frères de Genève, vous le prenez en la bonne part, et si vous estes attentifs aux parolles de moy, qui désire vostre bien, profit et utilité : certes vous ne vous repentirez point d'avoir recouvré le faveur et grâce, qu'autre fois vous aviez envers Dieu, et la louange envers les hommes De ma part, tant pour mon devoir, eomme pour la grande amitié que je vous porte, je prieray continuellement Dieu pour vous : moy certes indigne à cause de mes péchez, mais par aventure la charité me rendra digne et idoine. D'avantage, tout mon pouvoir, aide, tSiveur, et ce petit qui est en moy d'entendement, conseil, authorité et diligence, est tellement vostre et à Yostre commandement, que j'estimeray ce m*estre un grand bien, si vous poaviez recevoir quelque fruict et commodité de ma peine et labeur, tant es choses de Dieu, qu'en celles de ce monde. La fin sera de vous prier de traitter et rece- Toir ce messager, lequel vous ay envoyé avec ces lettres, en telle courtoisie et bénignité, que vostre humanité et le commun droit, singulièrement la modestie Chrestienne, requiert : chose qui vous sera honorable, et k moy grtndement aggreable. Très chers frères. Dieu vous veuille addresser, et garder par si\ bonté. De Carpentras, ce 18 do inari HDXXXIX.

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