‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 8 sur 51 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

siècle y comme une ruche bourdonoante^ dool les abeilles , en composant dans leurs cellulles leur cire et leur miel, travaillaient à la prospérité publique. Mais quand l'étranger menaçait les franchises de la cité, les privilèges des corporations, l'indépendance nationale , l'essaim tout entier sortait alors de la ruche , poursuivait avec furie l'ennemi commun jusqu'à ce qu'il l'eût mis en fuite. Alors le cliquetis des armes remplaçait le bruit des marteaux; aux chants joyeux de la taverne et de l'atelier succédaient les cris de guerre. Alors taverniers, charpentiers , maçons , chaudronniers , marchands, s'armaient de la hallebarde ou de l'arquebuse; les haines et les rivalités privées étaient oubliées; alors maîtres et ouvriers devenus soldats, enflammés du même amour pour la patrie , combattaient avec le même courage et versaient leur sang pour la liberté.

Au nombre des professions libérales , on ne comptait guère à Genève que les juristes et les médecins. « Quand on était malade à cette époque, dit M. Galiffe, on se faisait soigner par des barbiers qui étaient presque toujours des chirurgiens. » Les médecins étaient donc peu nombreux et n'avaient pas grande influence. Les juristes, au contraire, étaient des personnages importants ; car leur profession répondait à divers besoins sociaux. En efl'et , comment régler, sans les juristes, les intérêts multiples d'une population industrielle et marchande ? Comment rédiger sans eux les lois et les ordonnances ? Comment les interpréter ? Aussi les hommes de loi formaient-ils àGenève une sorte d'aristocratie. Ils y jouissaient de certains privilèges qui ajoutaient à leur considération. Ils étaient assis au conseil sur un siège d'honneur ; ils pouvaient être nommés syndics , sans même avoir acquis le droit de bourgeoisie. En 1457, le conseil députa à Chambéry deux docteurs et deux syndics ; les docteurs recevaient par jour un écu, etles magistrats seulement six sous ; et , tandis que les

Page 1