LETTRE V
AUTORITIÉS RELATIVES AUX EfFETS DES INSTITUTIO^"S
Monastiques. Leur grapïde Utilité. Sagesse Politique QUI PRÉSIDA A LEUR FONDATION. NOMINA- TION DU SCÉLÉRAT ThOMAS CrOMWELL. SeS OEu-
VRES DE Pillage et de Dévastation. Premier Acte du Parlement qui autorisa le Pillage.
]Mes Amis, Kensington , le 3i 31ars , 1825.
i36. Lorsqu'à la fin de la lettre précédente, j'ai paru me contenter de l'autorité de l'Évêque Protestant, Tanner, comme défenseur des institutions monastiques contre les attaques et les mensonges atroces de Hume, j'avais en réserve beaucoup d'autres autorités que j'aurais pu citer alors , si j'eusse eu de la place. Sans doute l'Évêque Tanner le confond sur tous les points ; mais le sujet est d'une telle importance, au moment où nous allons passer en revue la destruction de ces institutions que , sur cinquante autorités que je pourrais citer, j'en choisirai encore quatre ou cinq. Je prendrai un écrivain étranger et quatre Anglais; mais ne perdez pas de vue que toutes sont des autorités Protestantes.
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iSy. Mallet. Histoire de la Suisse , yd. \. jpag. ic5. " Les moines , /)<2r leurs instruc- " lions , adoucissaient les mœurs féroces du peu- *^ pie et opposaient leur crédit à la tyrannie " des nobles, qui ne connaissaient d'autre occu- " pation que la guerre , et opprimaient leurs " voisins de la manière la plus cruelle. C'est pour " cette raison que le gouvernement des moines " était préféré à celui de la noblesse. Le peuple " les prenait pour arbitres , et il était passé " en proverbe , cbez lui , qu'iV valait mieux " être gouverné par la crosse d'un évêque que " par le sceptre d'un roi. "
i38. Drake. Heures Littéraires , J^ol. II. pag. 435. " Les moines de Gassins , dit Whar- " TON, se faisaient remarquer f autant par leur " érudition profonde et leur application aux " belles-lettres que par leur connaissance fami- " Hère des auteurs classiques. Leur savant Abbé '^ Désidérius a fait la collection la plus com- " plète des écrivains Grecs et Latins , et leur " congrégation a non-seulement composé de sa- " vans traités de Musique , de Logique , à'^s- " tronomie et à' ^architecture yitruvienne / " mais encore elle a employé une partie de ses " loisirs à copier Tacite et plusieurs autres au- " teurs anciens. Cet exemple, si digne de louange " dans les ii.« et i2.e siècles, fut suivi, avec au- " tant d'ardeur que (^émulation , dans plusieurs " monastères de l'Angleterre. "
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1 39. Turner. Histoire cV ^4nglelerre y J^oL. II. pag. 332 et 36 1. " Jamais tyrannie ne fut " créée avec un empressement plus marque ni " maintenue avec plus de persévérance de la part " du peuple : dans aucune circonstance, on ne " vit Vintérét individuel et le bien public se " confondre avec autant d,e cordialité , que dans " l'encouragement donné aux monastères. "
\l\o. Bates. Philosophie Rurale ^ jja g. 322. " 11 est à regretter que, tandis que les Papis- " tes mettent tous leurs soins à établir des cou- " vens de femmes et autres sociétés religieuses '• dans toute l'étendue du royaume , quelques " zélés Protestans ne cherclient pas à suivre " leur exemple en formant des établissemens " pour l'éducation et l'entretien des jeunes per- " sonnes disposées à la retraite , ou qui man- " quent d'ailleurs de moyens d'existence ; elles " pourraient du moins y jouir d'une retraite tem- " poraire, y être instruites dans les principes de *' la religion et dans tous les arts d'une utilité " domestique ; de manière à mettre celles qui " seraient disposées à rentrer dans le monde à " portée de remplir , d'une manière convena- " ble , tous les devoirs de la société. On assu- " rerait par ce moyen la subsistance et le bien- " être de beaucoup d'individus , tout en faisant " le bien de la société en général, et, en per- " feclionnant ce qui nous vient du Catbolicisme, " nous parviendrions plus facilement à contre- " carrer ses intérêts. '^ 10*
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i4t. Quarterly Review, Décembre i8it.
*' Le monde n'a jamais eu autant d'obligation " à une société quelconque qu'à l'illustre corps " des Bénédictins ^ malheureusement, en rap- " portant le mal qu'ils ont causé, les historiens " ouhlient trop souvent le bien qu'ils ont fait. " Il n'est pas de lecteur , même le plus com- *' mun , qui ne connaisse St. Dunstan y l'ar- *' chi-faiseur de miracles ; tandis que nos com- " patriotes les plus instruits se rappellent à peine " les noms de ces hommes admirables qui aban- " donnèrent l'Angleterre, pour aller devenir les " apôtres du Nord. Tinian et Juan Fernandez (i) " ne font pas plus belle figure sur l'océan Pacifi- ^' que, que Malmesbury, Lindisfarne et Jarrow " dans les siècles de notre heptarchie. Une com- *' raunauté d'hommes pieux, également adonnés ^' à la littérature , aux beaux-arts et à la re- *' ligion , se montre, dans ce temps-là, comme '■'' un Oasis en fleurs au milieu du désert. Sem- " blables aux étoiles , dans une nuit privée de '^ la clarté de la lune , ils répandent sur nous " une lumière douce et agréable. Si jamais il " y eût homme vraiment digne du titre de vé- " nérable , c'est sans contredit Bede au nom " duquel ce titre est constamment lié, pour avoir " passé sa vie à instruire ses contemporains et " à préparer des annales pour la postérité. A cette
(i) Deux. îles de l'Occan Pacifique.
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** époque , l'Église était le seul refuge contre " les fléaux auxquels toutes les nations étaient " exposées. Au milieu des guerres continuelles, " l'Église jouissait de la paix ; elle était consi- " dérée comme un empire sacré par des hom- " mes qui , tout en se haïssant mutuellement , " croyaient en un même Dieu et le craignaient. " Toute vilipendée qu'elle était par les honi- " mes du monde et les ambitieux , toute des- " honorée par les artifices des mal-intentionnés " et les folies des fanatiques, elle n'en offrait pas " moins un asile à ceux qui valaient mieux que " le monde dans leur jeunesse, ou qui en étaient " las dans leur vieillesse. Les hommes sages, ti- " mides et pacifiques se réfugiaient dans ce ber- " cail de Dieu, où ils jouissaient d'une lumière " pure et d'un calme profond, au milieu des tem- " pètes et des ténèbres. "
142. Ce passage est très-élégant, mais de même que l'esprit de Protestantisme qui animait Turner l'avait poussé à employer le mot " tyrannie^^ pour exprimer une chose qu'un sentiment de pudeur le forçait à dire qu'elle était " l'ouvrage " du peuple , et qu'elle avait été produite et " maintenue par une réuniori cordiale ^intérêt " personnel et de bien public '' j de même l'esprit de Protestantisme y qui a animé les auteurs de la Revue, les a conduits à parler des ^' maux '' occasionnés par un ordre auquel le monde a plus d'obligation qu'à toute autre société y et à ré-
i5o Réi-or:\ie Protestante.
péter l'accusation triviale portée contre St. Dun- STAN, oubliant, probablement, que ce même saint figure sur le Calendrier de notre Église Protestante. Mais en voilà plus qu'il n'en faut, pour servir de réplique à cette horde d'écrivains, qui ont cliercbé à vomir leur fiel contre les ordres monastiques.
143. Pouvons-nous citer ces autorités, pouvons-nous voir toutes ces preuves incontestables de cette charité et de cette bienfaisance vraiment chrétiennes qui étaient essentiellement liées à la religion de nos pères, sans éprouver de l'indignation contre ceux qui , depuis l'enfance jusqu'à notre virilité , n'ont cessé de chercher à nous persuader que l'Église Catholique ne produisit que l'égoïsme , la dureté de cœur , l'avarice dans le clergé , et , par dessus tout , une grande insensibilité envers les pauvres ? Quelque incontestable qu'il soit que la " Réforme " a dépouillé les pauvres de leur patrimoine ; quelque claires, comme nous allons le voir bientôt , que soient les preuves de son influence sur la production des mendians , et sur la dureté des grands envers la basse classe du peuple , que de soins , que de peines , que de ruses n'a-t-on pas employés, pour nous faire croire précisément tout le contraire ! Si le salut de leur âme eût dépendu de l'objet qu'ils avaient en vue, les fourbes ne se seraient certainement pas donné plus de peine et de soins pour l'atteindre. Ils se sont
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particulièrement attachés à inculquer leurs mensonges dans l'esprit des enfans. La presse a vomi, pendant plus de deux siècles , des livres , à bas prix , afin de parvenir plus facilement à leur but. Je ne puis m'empêcher d'en citer un , parmi tant d'autres y je veux parler d'une fable insérée, par \m certain Fenning , dans un alphabet dont on se sert en Angleterre, depuis plus de cinquante ans. Cette fable a pour titre : " le " prêtre et le bouffon , " et est ainsi conçue : " Un homme se présenta un jour devant un Prê- " tre Cathohque et lui demanda la charité. Il " commença par lui demander une guinée; puis, " il diminua la somme jusqu'à ce qu il en vint « enfin à un Hard , et néanmoins le prêtre per- « sista dans son refus. Alors le mendiant lui de- <' manda sa bénédiction que le prêtre s'empressa " de lui offrir. " — " Non , je n'en veux pas, « dit le mendiant , car si elle valait un Hard " seulement vous ne me la donneriez certai- «- nement pas. " On peut juger, par cet échantillon , combien ces imposteurs se donnaient de peine pour tromper le peuple. Quel mensonge , aussi vil que pervers, ce seul livre n'a-t-il pas gravé dans l'esprit d'un nombre infini d'enfans et de plusieurs millions d'Iiommes !
144. Procédant maintenant à l'examen des effets produits par les institutions monastiques , il est bon d'observer qu'il fallait s'appuyer d'autorités avant de le commencer. Les mensonges
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datent de loin. L'égoïsine et l'hypocrisie , soutenus par la -violence, la tyrannie et la cruauté sont en mouvement , depuis des siècles , pour tromper le peuple Anglais. Ceux qui s'étaient engraissés des dépouilles de l'Église et des pauvres , et qui désiraient continuer d'en jouir tranquillement , s'efforçaient naturellement de persuader au peuple que ceux qui avaient été dépouillés étaient des gens sans mérite ; que les institutions , dont ils s'étaient approprié les belles propriétés , étaient , tout au moins , inutiles ; que ceux qui les possédaient auparavant étaient des êtres sans énergie , ignorans et vils , propres à abrutir le peuple , au lieu de l'éclairer , dévorant tout ce qui était destiné à la subsistance et à l'entretien des honnêtes gens. Lorsque toutes les presses et toutes les chaires d'un empire se coalisent pour atteindre le même but , et que l'Etat lui-même seconde leurs efforts , afin de mieux y parvenir \ lorsque le parti vilipendé est réduit au silence par des moyens de terreur difficiles à dépeindre, nul doute alors que les assaillans ne l'emportent facilement. La masse du peuple doit nécessairement ajouter foi à ce qu'on lui dit. Dans cet état de choses, il ne s'agit plus de la raison. Mais la vérité survit toujours ; et bien que momentanément réduite au silence, il survient toujours, à la fm, un moyen quelconque de la faire rentrer dans ses droits et de triompher du menson£je.
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145. Le moment est arrivé où nous allons faire beau jeu à la raison. Nous voyons enfin notre pays couvert de pauvres, en proie au fanatisme et aux crimes de tous les genres. On considère comme une calamité V accroissement de la population , et l'on parle de divers projets pour l'arrêter. On parle de philosophes Écossais qui parcourent le pays , donnant des cours aux manufacturiers et aux artisans sur les moyens de prévenir l'accroissement des familles. Enfin nous en sommes venus au point d'être forcés à approfondir la cause d'un état de choses si monstrueux. Pour nous , nous en trouvons la cause immédiate dans la pauvreté et dans la dégradation de la masse du peuple ; et ces deux maux nous les traçons, par gradation, jusqu'à la " Réforme , " dont l'un des principaux effets fut de détruire les institutions monastiques, qui, comme nous allons le voir, retenaient le produit du travail dans des mains convenables, et le distribuaient de manière à répandre l'aisance et le bonheur parmi le peuple.
146. Les autorités que je viens de citer doivent être d'un grand poids dans la question dont il s'agit ; mais supposant même que nous manquassions d'autorités à l'appui de ces institutions , que leur faut-il de plus pour en démontrer l'avantage , que l'exercice libre de notre raison ? La Raison , en pareil cas , vaut mieux que les autorités ; mais qui pourrait résister à la réunion de l'une avec les autres ? Je le demande donc :
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la raison ne repousse-t-elle pas , avec dédain , les calomnies qu'on a vomies contre les institutions monastiques? Elles fleurirent en Angleterre pendant neuf siècles -, le peuple les chérissait j et elles furent détruites par la violence , par la rapacité des pillards , et par le poignard des assassins. Y eut-il jamais rien de vicieux en soi ou de pernicieux dans ses effets , qui fut estimé et vénéré par tout un peuple pendant un si long espace de temps? De nos jours mêmes , nous voyons la nation Espagnole prendre à cœur la défense des moines; et nous voyons \qs philosophes Ecossais les accabler d'injures, parce qu'ils ne veulent pas consentir à laisser passer les propriétés de leurs monastères dans les mains des juifs Aiië^ais.
147. Si les monastères avaient produit du mal, auraient-ils été si soigneusement protégés par tant de rois sages et vertueux , par les législateurs et par les magistrats? Alfred fut peut-être le plus grand homme qui ait jamais existé. Quel écrivain célèbre, soit poëte, publiciste, ou historien n'en a pas fait le sujet de ses plus grands éloges? Comme roi, comme soldat, comme patriote ou législateur , tous , sans exception , nous le représentent comme le plus grand , le plus sage et le plus vertueux des hommes. Et peut-on raisonnablement supposer qu'un homme , dont l'esprit était constamment occupé des moyens de rendre son peuple hbre , honnête , vertueux et
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heureux , aurait été , comme il le fut , en effet , Tun des plus zélés fondateurs de monastères , s'il eût considéré ces établissemens comme vicieux en eux-mêmes , ou tendant à produire le mal ? Nous n'avons plus ces institutions sous les yeux ; nous ne pouvons plus juger de leurs effets im-' médiats-, mais nous savons d'abord, à n'en pouvoir pas douter , que le roi Alfred et son conseiller intime , St. Sv^illiin , en faisaient le plus grand cas et leur portaient la plus grande affection; nous savons de plus qu'elles furent détruites par le tyran sanguinaire, Henri VIII et le scélérat, non moins sanguinaire, Thomas Cromw^ell. Ces deux faits avérés suivraient pour constater le mérite de ces institutions.