LETTRE VIII
Marie monte sur le trône. Lois douces et bienfaisantes qu'elle établit. Reconciliation de
LA NATION avec l'ÉglISE. GrANDE PIÉTÉ DE LA reine; GÉNÉROSITÉ DONT ELLE FAIT PREUVE. ElLE
EPOUSE Philippe. Martyrologe de Fox.
Mes Amis, Kensington , le 3o Juin 1825.
223. Je vais maintenant vous faire l'iiistorique tl'un règne pendant lequel une double réaction politique et religieuse eut pour inévitable conséquence des peines et des supplices qui jusqu'à ce jour ont fourni un vaste sujet de déclamation aux calomniateurs de l'Église catholique. On a tout fait d'abord pour les exagérer , et ensuite pour les attribuer à la religion catholique ; et l'on s'est surtout bien gardé dans ce but de dire un seul mot des cruautés et des atrocités bien plus grandes et mille fois plus nombreuses commises dans le royaume par des protestans. Mes amis, loin de moi l'idée de faire l'apologie d'aucune espèce de cruauté , ou de chercher à l'atténuer. Je désapprouve hautement toute peine corpo-
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relie ou pécuniaire, infligée pour cause de religion. Qu'on ne m'accuse donc point d'entreprendre ici la défense des peines et des supplices infligés pour ce motif pendant le règne de Marie, si j'ai cru de mon devoir de prouver : i» qu'ils ont été monstrueusement exagérés ; 2« qu'il est bien plus facile de les excuser en raison des circonstances dilïiciles dans lesquelles on se trouvait alors, qu'il ne le serait d'atténuer en faveur du même motif l'atrocité et la cruauté des supplices infligés par les protestans pour cause de religion; S^* que, comparés à la niasse épouvantable de supplices infligés par les partisans et les ministres de l'Eglise " établie par la loi, '' ils sont à peine dans la proportion d'un à mille ; enfin , que les attribuer aux principes de la religion catholique , est un abus révoltant du raisonnement , et que la reine était d'ailleurs l'une des personnes les plus vertueuses de son temps; que ce ne sont point ses propres erreurs en politique qui l'ont rendue malheureuse , mais bien les désastres et les désordres sans nombre que lui avaient légués ses deux prédécesseurs en sapant les institutions fondamentales du pays et en remplissant par là le royaume de confusion ; eii un mot, qu'ils n'avaient laissé à leur successeui d'autje parti à prendre que d'user d'une grande sévérité , ou bien d'encourager l'hérésie , le pillage et le sacrilège , et même d'y prendre part. Les hommes qui font métier de nous tromper
nous ont appris à ne désigner son règne que comme celui de la sanguinaire Marie, et celui de sa sœur que par ces mots emphatiques : i.'age d'or de la bonne reine Elisabeth; mais ils ont eu grand soin de nous taire que pour chaque goutte de sang répandue par Marie , la bonne Elisabeth en répandit des flots j que Marte ahandoniia généreusement tous les biens provenant du pillage que lui transmirent ses prédécesseurs, tandis qu'ÉLisABETH s'en réempara et arracha aux pauvres le peu qu'on leur avait laissé par inadvertance ; que la première resta toujours inébranlablement attachée à sa religion, tandis que la seconde, de catholique qu'elle était d'abord , devint ensuite protestante , pour revenir encore à la religion catholique et rabjurer de nouveau j que l'une punit ceux qui avaient abandonné la religion dans laquelle eux et leurs ancêtres avaient été élevés, et à laquelle elle-même était toujours restée fidèle , tandis que l'autre envoyait au supplice ceux ([ui refusaient d'abandonner la religion de leurs pères , une religion qu'elle-même avait professée et dont elle faisait encore profession à l'époque de son sacre. Et cependant on nous a appris à n'appeler l'une que la sanguinaire Marie et l'autre que la bonne Elisabeth! Combien n'avons-nous pas été trompés ! Le temps n'est-il pas arrivé où cette déception , si préjudiciable à nos compatriotes catholiques et si injurieuse pour nous-mêmes, doit
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cesser? Peut-êlre présumé-je trop de mes forces, en espérant parvenir à la détruire entièrement; mais j'aurai du moins fait quelque chose pour parvenir à un si noble but, en publiant un récit simple et véridique des principaux évéïiemens du rècne de Marie.
22^. La reine qui, comme nous l'avons déjà vu au paragraphe 219, était à Hamlingham , dans le comté de Suffolk, se mit immédiatement en route pour Londres où elle arriva le 3i juillet i553, après avoir reçu sur tout son passage les démonstrations les plus vives de la joie que causait son avènement au trône. A mesure qu'elle approchait de Londres , la foule des personnes , qui allaient au-devant d'elle , devenait plus considérable. Elisabeth qui, tant que les événemens étaient restés incertains , avait observé un profond silence , vint elle-même à sa rencontre , et les deux sœurs firent à cheval leur entrée dans la cité dont les maisons étaient décorées et les rues parsemées de fleurs. Marie fut ensuite sacrée de la manière la plus solennelle et selon le rituel catholique, par Gardiner qui, comme nous l'avons vu, s'était opposé à l'établissement de la nouvelle Eglise de Cranmer, et que la reine avait trouvé languissant dans les cachots de la tour de Londres , après avoir été dépouillé de son évêché de fP'inçhester , mais que nous verrons bientôt devenir un des principaux acteurs de la réaction qui rétablit la religion c^-
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tholique. La joie du peuple était sans bornes ; jamais on n'avait encore vu un couronnement aussi magnifique ni une joie plus universelle et plus sincère. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point , et ce fait dément complètement les assertions de Hume, qui cherche à nous faire croire que le peuple n'aimait point les principes de la reine. Ce fait est d'ailleurs corroboré par la raison et par le témoignage de l'histoire. N'était-il pas naturel en effet qu'un peuple qui , trois ans auparavant , s'était soulevé sur plusieurs points du royaume contre la nouvelle Eglise et ses partisans , fût au comble de la joie à l'avénement au trône d'une reine qu'il savait bien avoir l'intention de renverser cette même Eglise et de comprimer l'insolence de ceux qui avaient étouffé ses murmures et ses plaintes à l'aide de troupes allemandes ?
225. Marie commença son règne par des actes qui prouvèrent à la fois et sa justice et sa bienfaisance. Un généreux oubli d'elle-même, et même de ce qui lui était nécessaire pour vivre avec splendeur, l'engagea à retirer de la circulation les monnaies falsifiées par son père et plus encore par son frère. Elle acquitta ensuite les dettes de la couronne et fit en même temps subir aux impôts une forte réduction. Mais ce qu'elle avait le plus à cœur , c'était de rétablir cette religion sous l'influence de laquelle l'Angleterre avait été si heureuse et si grande pendant tant de siècles, et dont la des-
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truction n'avait eu pour résultat que la discorde , l'infamie et une misère générale. Elle avait de puissans obstacles à renverser; car bien que les pernicieux principes des réformateurs allemands, suisses et hollandais n'eussent point encore fait de grands progrès parmi le peuple, excepté à Londres qui était le centre d'opérations de ces aventuriers fanatiques et affamés, elle avait affaire dM\ pillards^ et ces pillards étaient puissans. Il est aisé de concevoir que le peuple anglais qui , dans toutes les parties du royaume, s'était soulevé contre la nouvelle Eglise de Cran mer, qui avait demandé hautement le rétablissement de la messe et d'une partie au moins des monastères, et auquel on n'avait pu imposer silence qu'à l'aide des soldats allemands, des potences et de la loi martiale; il est aisé , dis- je , de concevoir que trois ans plus tard ce même peuple accueillerait avec un empressement qu'on ne saurait décrire , l'espérance de voir renverser la nouvelle Eglise et rétablir l'ancienne par une reine dont la constance , la piété et l'intégrité lui offraient les garanties les plus fermes. Malheureusement le pillage avait été immense, les pillards étaient si nombreux et si puissans , il y avait si peu de membres des familles distinguées qui n'eussent point participé à la spoliation des églises catholiques , que l'entreprise de la reine était hérissée de difficultés. Quant à l'Église de Cran mer, ou autrement dite, " établie par la loi , '' il n'était rien moins que dif-
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ficile de s'en débarrasser. L'or, l'argent, la vaisselle et les autres objets de valeur dont les pillards d'autels avaient spolié les églises pendant le règne du jeune Saint Edouard , ne pouvaient être restitués ; mais on pouvait du moins rendre les autels et ils le furent effectivement. Les tables qu'on leur avait substituées et les prêtres mariés n'offusquèrent pas long-temps les yeux du public. Il est assez curieux de remarquer combien Hume se sent attendri au souvenir de ce qui eut lieu alors. " Si là où domine la superstition , *' Ton pouvait, dit-il, écouter ce que demandent " la loi , la justice et la raison , on n'aurait ja- *' mais expulsé de leurs places des prêtres dont " le crime était d'avoir contracté mariage , en *' vertu de la loi rendue alors. " Je m'étonne en vérité comment il ne lui est jamais revenu à l'esprit de faire remarquer que les mowcs et les religieuses n'eussent également jamais dû être expulsés de leurs propriétés , puisque leurs institutions jouissaient également de la garantie des lois du royaume , qui pendant neuf cents ans les avaient sanctionnées. Hume applaudit à la destruction de ces respectables institutions; mais s'agit-il de cette noupelle Eglise dont l'existence ne datait encore que de trois ans , qui avait été établie sous le règne d'un enfant-roi, soumis aux volontés de deux régens qui, dans la suite, eurent la tête tranchée à bien juste titre, et à l'influence d'un conseil composé d'hommes qui tous
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avaient conspiré contre leur légitime souverain ; s'agit-il de ces prêtres mariés, dont la plupart, à l'exemple des Luther, des Cranmer, des Knox et des Hooper, et autres grands réformateurs de la même force , avaient manqué à leur vœu de chasteté , et s'étaient par conséquent rendus coupables de parjure , l'iiistorieu philosophe pense qu'il ne fallait abroger aucune loi , telle contraire qu'elle fût au bien public , si cette abrogation pouvait léser les intérêts d'iioiumes pareils à ceux que nous venons de citer. La reine était trop juste pour penser ainsi , et ces apostats furent honteusement expulsés , à la grande satisfaction du peuple qui se rappelait avoir été impitoyablement sabré par des tioupes allemandes, pour avoir demandé entr'autres choses que le mariage fût interdit aux prêtres. Les évêques catholiques, qui avaient été dépossédés par Cranmer , furent rétablis dans leurs sièges; Cranmer lui-même fut peu de temps après chassé du siège auquel il était parvenu par des moyens si honteux ; on ne tarda même pas à le jeter en prison, comme coupable de trahison. 11 méritait bien son sort. On célébra de nouveau la messe sur tous les points du royaume; on cessa de marquer avec des fers rouges des gens prévenus d'avoir demandé l'aumône, et on ne les condamna plus à r esclavage ; en un mot, chacun espéra voir l'Angleterre redevenir ce qu'elle avait été , la terre par excellence de l'hospitalité et de la charité.
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226. Restait maintenant à s'arranger avec les pillards. Nous allons être témoins d'une scène qui , si elle n'était pas avérée , passerait pour la fiction la plus romanesque et la plus étrange. Ce même parlement qui avait reconnu légal le divorce de Catherine prononcé par Cranmer, qui avait déclaré Marie illégitime, la reconnut comme la légitime héritière du trône ! Ce parlement qui avait aboli le culte catholique pour étabhr le culte protestant , sous prétexte que le premier était damnable et idolâtre , et le dernier conforme à la volonté de Dieu, abolit maintenant le protestantisme pour remettre en honneur la religion catholique I Quoi! me direz-vous, le j>arrcment put agir ainsi et sans y être forcé par aucun motif pressant ? Ne vous y trompez pas , mes amis , il avait alors tout à craindre du peuple, dont la grande majorité se prononçait sur cette importante matière d'iuie manière décidée et conforme aux intentions de la reine. Au reste , rien de plus admirable que la promptitude et la célérité que l'on déploya dans cette affaire. Le feu roi était mort dans le courant de juillet, et avant la fin de novembre suivant, tout ce qu'avait fait Cranmer pour le divorce du roi Henri et le culte imposé à la nation était complètement détruit , et remarquez-le bien , en vertu d'actes rendus par ce même parlement (jui avait confirmé l'un et établi l'autre. Le premier de ces actes déclarait que le mariage de Henri et
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de Catherine avait été légitime, et déversait tout le blâme de l'affaire du divorce sur Cranmer que l'acte désignait personnellement. Le second déclarait VEglise ^' établie par la loi " une nouveauté produite par quelques opinions bizarres et individuelles , bien que quelques années auparavant le parlement eût assuré qu'elle provenait directement du Saint-Esprit. Le parlement cette fois avait raison , mais il aurait dû ajouter que cette innovation avait en outre été établie à l'aide de troupes allemandes. Le grand et sublime inventeur de cette Eglise , V illustre Cranmer, qui allait enfin recevoir la juste récompense de ses nombreux forfaits , ne vit pourtant pas par lui-même renverser son ouvrage ; car tout aussi coupable que Dudley, il n'avait encore jusqu'à présent été condamné qu'à une simple réclusion dans son palais de Lambeth. Lorsqu'il apprit que la messe avait été célébiée dans son église catbédrale , il fit paraître une déclaration incendiaire et pleine d'injures ( sachez au reste qu'il la rétracta dans la suite ). Cette déclaration et ses nombreuses trahisons antécédentes furent cause qu'on l'envoya à la tour, où il se trouvait encore au moment où les lois dont nous venons de parler furent adoptées. Quant à la nouvelle Eglise , il n'était pas besoin d'acte législatif pour la détruire ; l'opinion générale l'abolit par un consentement tacite ; tanrlis qu'il fallut des torrens de sang pour la rétablii- sous
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Elisabeth, Hume, guidé par Fox, auteur du jnartjrologe protestant , se plaint amèrement du inépris que la cour montra pour les lois , en faisant célébrer à l'ouverture du parlement la messe en latin et selon l'ancien rit , quoiqu'il eût été aboli par un acte du parlement. Il avait été aboli en effet-, mais Cromvs^ell et sa clique fanatique avaient aussi aboli le gouvernement rojal en vertu d'un acte du parlement et surtout par la force des baïonnettes ^ et cependant Charles n'attendit pas pour reprendre le titre de roi que cet acte eût été rapporté ; et ceux qui nous ont amené le //^e'Va^cz/r Guillaume n'ont pas attendu pour l'introduire en Angleterre qu'un acte du parlement les y eût autorisés. Uinnouation connue sous la dénomination d'Eglise " établie par la loi, " tomba d'elle-même : on l'avait imposée à la nation , la nation la repoussa.
2 2'y. Les pillards virent leur proie prête à leur écbapper , lorsque vint la question de savoir si l'on rétablirait la suprématie du Pape y en effet , comme s'emparer des biens de l'Eglise était commettre un sacrilège j si le Pape ressaisissait son ancien pouvoir dans le royaume , il était possible qu'il en exigeât la restitution. Il y avait alors dix-huit ans que la plus grande parlie de ces biens avait été enlevée à leurs légitimes propriétaires ; depuis , ou ils avaient été divisés et subdivisés à l'infini , ou bien les premiers acquéreurs étaient morts; ensuite la classe
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commune Ju peuple était devenue en beaucoup <retidroits dépendante des nouveaux propriétaires. D'ailleurs elle ne concevait pas aussi aisément la liaison qui existait entre sa foi et la suprématie du Pape, que celle qui l'unissait à la messe et aux sacremens. Ainsi la reine , quelque vif que fût son désir d'éviter toute occasion de donner directement ou indirectement sa sanction aux brigandages de la " réforme, " se trouvait réduite à la nécessité , ou de risquer une guerre civile pour soutenir la suprématie du Pape , ou de ne point réconcilier son royaume avec le Saint- Siège , et de garder le titre de chef de l'Église qui lui était si odieux, ou bien d'entrer en arrangement avec les pillards. Elle préféra cette dernière alternative , quoiqu'il ne soit nullement certain que la guerre civile n'eût pas été plus avantageuse pour le royaume, quand bien même elle se serait terminée à l'avantage des pillards , ce qui n'était pas probable. Mais que mes lecteurs fassent attention à la triste situation dans laquelle se trouvait la reine à l'égard de cette affaire. Il y avait à peine dans le royaume un noble ou un propriétaire de quelque distinction qui n'eût pas pris part au pillage des biens de l'Eglise. A l'exception de Fis her, tous les évêques catholiques avaient donné leur assentiment a l'abolition de la suprématie du Pape en Angleterre. Gardiner, grand chancelier de la reine, avait été de ce nombre , bien que dans la suite
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il eut été - dépouillé de son évêché et enfermé dans la tour pour s'être opposé aux autres projets de Cranmer. Il était naturel que les évêques catholiques, et surtout Gardiner, fussent disposés à se tirer de cette affaire avec le moins de bruit possible : comment, en effet, auraientils pu conseiller à la reine de s'exposer à une guerre civile pour rétablir ce qu'eux-mêmes avaient aboli; d'un autre côté la reine pouvaitelle agir sans prendre l'avis de conseillers quelconques ?
228. Néanmoins la reine, dont le zèle égalait la sincérité, était résolue de rétablir la religion, et en conséquence V arrangement proposé avec les pillards fut adopté. Le monde entier put alors se convaincre, et la nation pillée et réduite à la dernière misère par ce qu'on avait eu l'impudence d'appeler la " réforme , " vit aussi clair que le jour , que tous ceux qui avaient été les fauteurs de cette prétendue " réforme, " n'avaient eu d'autre mobile que la soif du pillage, que toutes leurs criailleries contre le Pape, toutes leurs accusations contre les moines et les religieuses et les prétendus abus de l'ÉgHse catholique, toutes leurs confiscations et tous leurs massacres , que tous leurs crimes en un mot n'avaient eu d'autre motif que le pillage. On vit alors en effet ce même parlement qui, trois ou quatre ans auparavant, avait établi l'Eglise de Cranmer et avait déclaré qu'elle était l'œuvre du Saint-Es-
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prit; on vit, dis-je, ces pieux " réformateurs, " après avoir fait un inarché en vertu duquel ils conservaient ce qu'ils avaient volé, avouer ( pour jious servir des expressions de Hume lui-même ) " qu'ils s'étaient rendus coupables envers la véri- " table Eglise d'une horrible défection, professer " un sincère repentir de leurs fautes passées , et ^' se déclarer résolus à rapporter toutes les lois " rendues par eux au préjudice du Pape ! " Le peuple anglais connaît- il ces détails? Non, il est à peine un individu sur cinquante mille qui en soit instruit. Rappelez-vous cependant , mes amis, que ce sont là les hommes qui établirent la religion " protestante " en Angleterre !
229. Cet événement est d'une trop grande importance pour que nous n'entrions pas ici dans quelques détails à ce sujet. Il n'y avait pas alors auprès de la reine un seul personnage eminent qui , pendant l'un ou l'autre des deux règnes précédens, n'eût plus ou moins dévié du droit chemin. Il n'en était cependant pas ainsi du cardinal Pole dont nous avons déjà parlé ( paragraphe ii5 ), lorsque nous avons raconté l'assassinat de sa mère dont le grand âge n'avait en aucune façon affaibli le caractère. Il se trouvait encore sur le continent ; mais il pouvait désormais revenir en toute sûreté dans la patrie qu'honoraient tellement ses vertus et ses talens. Le Pape le nomma son légat ou représentant en Angleterre. Le 25 juillet i554 , la reine avait
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épousé Philippe, roi d'Espagne ^ fils et héritier de l'empereur Charles-Quint. J'aurai dans la suite occasion de parler plus au long de ce mariage.
23o. Convoqué pour le mois de novembre de la même année , le parlement s'ouvrit par une procession solennelle des deux chambres , que le roi suivit à cheval et la reine en litière, tous deux vêtus de pourpre. La session législative commença par l'abrogation de la loi de proscription portée contre le cardinal Pole sous le cruel Henri VIII. Pendant que cela se passait ainsi, un grand nombre de nobles s'étaient rendus à Bruxelles au-devant du cardinal pour le ramener en Angleterre ; et il est à remarquer que parmi ces gentilshommes, se trouvait sir William Cecil, qui, dans la suite, sous le règne d'ELisABETH, se moutra l'ennemi le plus acharné des catholiques et de leur religion. Pole fut reçu à Douvres avec toutes sortes de démonstrations de joie ; et avant qu'il ne fut arrivé à Gravesend , oil il s'embarqua pour se rendre à Westminster , les gentilshommes des contrées voisines étaient venus au nombre de plus de deux mille cavaliers grossir son cortège. Ce fait, entre mille autres , est une preuve sulïisante de l'opulence (\iù régnait alors en Angleterre et de sa nombreuse population.
23 1. Le 29 novembre, les deux chambres du parlement présentèrent au roi et à la reine une
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adresse dans laquelle elles exprimaient la sincérité et la vivacité des regrets qu'elles éprouvaient des torts qu'elles avaient eus envers l'Eglise catholique, et suppliaient leurs majestés, qui n'avaient point participé à ce péché , d'intercéder pour elles auprès du Saint-Père le Pape, afin d'obtenir leur pardon et leur rentrée dans le bercail de Jésus-Christ. Le jour suivant , l'évéque Gardiner, grand chancelier, lut cette adresse devant la reine qui était assise sur son trône , ayant le roi à sa gauche et le cardinal Pole à sa droite. Le roi et la reine s'adressèrent alors au cardinal légat, qui, après avoir prononcé un long discours, donna pour le Pape, aux deux chambres et à toute la nation, l'absolution au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. A ces mots , les membres du parlement , respectueusement agenouillés , firent retentir la salle de cette réponse : Amen.
282. C'est ainsi que l'Angleterre redevint un pays catholique f et qu'elle fut rétablie dans le bercail du Christ. Mais on avait pillé les moyens d'hospitalité et de charité que possédait ce bercail , et les pillards avaient eu soin de faire en sorte que les objets volés ne fussent jamais rendus. Le Pape avait hésité à y consentir ; le cardinal Pole, homme plein de droiture et de justice, avait encore hésité bien davantage; mais, comme nous l'avons vu précédemment, Gardiner, qui était alors premier ministre de la reine,
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et tout le conseil , étaient disposés à transiger. Aussi ces gens à amen, en même temps qu'ils avouaient avoir péché par cette défection , en vertu de laquelle ils se trouvaient en possession des propriétés de l'Église et des pauvres; en même temps qu'ils adressaient de vives prières au ciel pour obtenir V absolution de ce péché , qu'ils se joignaient à la reine pour chanter des Te DEini solennels en actions de grâces , décrétaient que tous ceux qui se trouvaient en possession des biens de l'Eglise, les garderaient, et que quiconque chercherait à les molester ou à les troubler dans cette possession , serait puni conformément aux lois.
233. Il ne vint sans doute jamais à l'esprit de la reine de donner son assentiment à cet acte, qui fut le plus horrible de tout son règne, sans excepter les feux de Smithfield si monstrueusement exagérés. Nous avons vu quelle était sa position visà-vis de ses conseillers, et en paticulier vis-à-vis de Gardiner qui était un ministre rempli de zèle et d'activité, et de plus un homme de beaucoup de talent. J'ai fait voir dans mes précédentes lettres qu'il y avait à peine quelque homme de distinction qui n'eût pas pris une part plus ou moins active au pillage , soit au commencement , soit à la fin ; mais quelque grandes que fussent les difficultés qu'elle avait à surmonter, certes elle eiit mieux agi en suivant les conseils de son propre coeur, qui lui dictait de faire d'abord ce qui était
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juste y et ensuite d'en abandonner à Dieu les conséquences possibles, comme elle l'avait si noblement fait, lorsque Cranmer et les autres méprisables membres du conseil d'ÉDOUARD VI lui avaient défendu d'entendre la messe davantage et lui avaient si cruellement enlevé ses cliapelains. 234- Quoi qu'il en soit , elle était résolue à ne rien garder du jjillage pour elle-même. Le vieil Henri, en sa qualité de cbef de l'Église, s'en était réservé les dixièmes et les premiers fruits, c'est-à-dire la dixième partie du revenu annuel de tous les bénéfices ecclésiastiques , et le total du revenu de la première année. Le roi Edouard en avait naturellement fait autant. Il y avait encore alors quelques biens ecclésiastiques, quelques autres ayant appartenu aux hospices, ainsi que d'autres propriétés montant à de trèsgrandes sommes, qui faisaient partie du domaine de la couronne , et dont par conséquent la reine était propriétaire. Au mois de novembre i555 , elle rendit à l'Eglise ces dixièmes et ces pj^emiers fruits , qui avec les dîmes que ses prédécesseurs avaient également saisis et gardés, s'élevaient annuellement à environ 63, 000 livres sterling , monnaie d'alors , et représenteraient aujourd'hui un million de notre monnaie. A-t-on jamais entendu parler d'un souverain qui eût fait quelque chose jle semblable ? Nous verrons bientôt la glorieuse reine Elisabeth les reprendre pour elle, la reine Anne les rendie de nou-
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veau à l'Église ; mais nous ne perdrons pas de vue en même temps que du temps de la reine Marie, la couronne et ses officiers, tels qu'ambassadeurs , juges , pensionnaires et autres employés, étaient entretenus par le revenu des biens de la couronne elle-même ,\Àens dont nous voyons aujourd'hui les pitoyables restes dans ce que l'on appelle le domaine de la couronne. Jamais dans ce temps-là on ne prélevait de taxes pour la guerre et pour d'autres objets nationaux , et Marie régna deux ans et demi avant de prélever sur son peuple un seul liard en taxes quelconques ! De sorte que cette reddition à l'Église des dixièmes et des premiers fruits de ses biens, fut uniquement l'effet de la générosité et de la piété de cette princesse ; car cet acte de justice fut fait contre les remontrances du conseil , et ce ne fut pas sans une vive opposition que le bill qui le sanctionnait passa dans le parlement. On craignait naturellement qu'il ne réveillât la haine et l'indignation du peuple contre les brigands de la " réforme. " Mais la reine usa de persévérance, et déclara qu'elle voulait être en réalité le défenseur de la foi , et que ce ne fût pas simplement un vain titre. Voilà pourtant , mes amis , quelle était la femme qu'on nous a appris à appeler la sanguinaire Marie.
235. La reine ne s'arrêta pas là ; elle rendit bientôt après aux églises et aux abbayes toutes celles de leurs terres qui se trouvaient en sa pos-
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session , fermement résolue , quelles qu'en pussent être les conséquences , à ne rien garder de ce qui provenait du pillage. Après avoir réuni quelques-uns des membres de son conseil , elle leur fit connaître sa résolution , et leur ordonna de préparer les comptes de ces biens et de ces possessions , alin de connaître les mesures qu'il convenait de prendre pour exécuter ses volontés. Son intention était de rendre autant que possible ces revenus à leur ancienne destination. Elle commença par rabbaje de PP^estminster , qui dès Fan 6io avait été le siège d'une église, nnmédialement après l'introduction du christianisme en Angleterre par saint Augustin. Cette église avait été dans la suite détruite par les Danois, mais elle avait été reconstruite plus tard , en Fan 908, par le roi Edouard et par saint Duns- TAN , qui y établit douze moines bénédictins. Sous Edouard-le-Gonfesseur , en 1049, ^^^^ ^^^ vint une noble et riche abbaye , dont les revenus , lorsqu'elle fut supprimée et spoliée par Henri VIlï , montaient à 3,977 livres sterling en monnaie d'alors, représentant par conséquent environ quatre-vingt mille Hures sterling de notre monnaie d'aujourd'hui. Néanmoins il est fort probable qu'il n'en restait que fort peu de chose à la reine , parce que la plus grande partie des biens avaient été morcelés et partagés entre les pillards des deux règnes précédens. Mais elle n'en rendit pas moins tout ce qui lui res-
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tait y et Vahhaye de Tf^estminster reçut encore une fois dans ses murs une communauté de moines bénédictins. Elle rétablit ensuite le couvent de Greenwich auquel avaient appartenu les moines Peyto et Elstow que nous avons vus ( paragraphes 8 1 et 82 ) plaider si noblement à la face du tyran , la cause de sa mère outragée , et auxquels cette action courageuse valut toute la colère et toute l'indignation de ce sanguinaire tyran. Elle rétablit ensuite les moines noirs de Londres, le couvent de femmes de Sion près de Brentford , à l'endroit même où se trouve aujourd'hui Mansion-House. Elle rétablit encore et dota richement l'hôpital de Saint-Jean de Smithfieldf celui de Savoj destiné au soulagement des pauvres , et lui alloua sur sa propre cassette un revenu annuel fort considérable. Comme l'exemple de la reine aurait naturellement produit un grand effet , il serait difiicile de dire ( ainsi que l'observe le docteur Heylyis , écrivain protestant et ennemi déclaré de la mémoire de cette princesse ) " jusqu'à quel point la noblesse l'aurait imitée , si Marie avait vécu quelques années de plus. "
236. Ces actes étaient si dignes de louanges , W est tellement manifeste qu'ils étaient de la part de la reine le résultat de la justice , de la générosité et de la charité, que se présentant à nous avec un zèle actif pour la religion catholique , nous sommes naturellement curieux de connaître
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les remarques qu'elles font faire au méchant et froid historien Hume. De son propre mouvement, et même contre les désirs d'hommes très-puissans, nous la voyons se dépouiller d'un revenu qui montait à un million et demi de livres sterhng de notre monnaie d'aujourd'hui. Et pourquoi? Parce qu'elle le tenait injustement; parce qu'il avait été volé ; parce qu'il avait été pris et donné à la couronne en violation de la Grande Charte , de toutes les lois et de tous les usages du royaume ; parce qu'elle espérait pouvoir commencer par-là à rétablir cette antique hospitalité et cette charité que ses prédécesseurs avaient réussi à bannir d'Angleterre ; enfin parce que sa conscience , ainsi qu'elle le déclara elle-même , lui ordonnait de restituer des propriétés injustement acquises, et qu'elle mettait, comme elle le dit dans son conseil , plus de prix à sa conscience qu'à dix royaumes. Y eut-il jamais un acte plus louable et plus méritoire ? Eh bien ! Hume qui témoigne une joie si vive en rapportant l'acte par le lequel les pillards s'assurèrent la libre jouissance de leur butin , traite d' impudent ce noble acte de la reine Marie et l'attiibue entièrement à l'influence du nouveau Pape, qui , à ce qu'il rapporte , déclara à l'ambassadeur anglais à Rome , que les portes du paradis ne seraient jamais ouvertes aux Anglais tant que les biens de l'Église ne seraient pas rendus à leurs légitimes propriétaires. Combien tout cela ne pa-
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raît-il pas d'une évidente fausseté , en dépit des autorités invoquées par Hume ; et surtout quand on se rappelle cette circonstance qu'il lui est impossible de nier , c'est-à-dire , qu'elle rendit les dixièmes et les premiers fruits aux évêques et aux prêtres de l'Église d'Angleterre , et non au Pape à qui on les avait payés auparavant ! On "voit qu'il est difficile de présenter les faits sous un jour plus faux. Il ajoute plus loin que les représentations du Pape ne produisirent qu'une faible impression sur la nation. Il a sans doute voulu dire par-là les brigands de la ^' réforme , " car nous l'avons vu, quelques pages plus haut, obligé d'avouer que pendant le règne d'Eoou ard, le peuple sur tous les jjoijits du royaume demandait le rétablissement d'une partie des monastères. N'est-il pas évident alors qu'il doit être vivement satisfait de voir la souveraine commencer cette restauration , objet de ses vœux ? Mais Hume n'avait d'autre but que de noircir autant qu'il dépendait de lui le mérite et les actes de générosité et de piété d'une reine si bassement calomniée.
237. Les événemens prouvèrent bientôt à cette reine juste et bonne, mais singulièrement infortunée , qu'elle aurait mieux fait de risquer une i^uerre civile contre les pillards , que de donner son assentiment à l'acte du parlement qui leur assurait la libre et paisible assurance de leurs vols. Son généreux exemple ne produisit sur eux
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aucun effet ; au contraire , il ne servit qu'à lui attirer leur haine , parce qu'en présentant un contraste qui leur était désavantageux, il les faisait détester par le peuple. C'est à cette cause , plutôt qu'à toute autre , qu'il faut attribuer les troubles qui la tourmentèrent pendant le reste de son règne.
238. Il y avait à peine quelques mois qu'elle était sur le trône , qu'une révolte s'éleva contre son autorité , à l'instigation de ceux des réformateurs qui avaient d'abord salué reine lady Jane Gray, et qui ensuite avaient découvert, entre autres choses nouvelles , que le gouvernement d'une femme était contraire à la parole de Dieu. Les rebelles furent défaits dans une bataille; leurs chefs furent exécutés, ainsi que lady Jane ellemême , qui avait été convaincue du crime de haute trahision , et détenue jusqu'alors en prison, et dont la vie aurait certainement été épargnée ainsi ({u'elle l'avait été jusque là, s'il n'avait pas été évident qu'elle servait à animer sans cesse les espérances des traîtres et des rebelles. Puisque l'on n'a pas craint de donner à cette princesse le surnom historique de sanguinaire ^ je demanderai à toutes les personnes de bonne foi s'il est possible de citer un exemple d'une aussi longue magnanimité envers une personne qui avait poussé la trahison envers son souverain jusqu'à usurper ses titres et à se faire proclamer à sa place ? Il y eut ensuite une seconde rébellion étouffée de
2S/[ Réforme Protestante.
la même manière , et qui fut suivie du supplice des principaux traîtres. Ils avaient été appuyés dans leur téméraire entreprise par la faction protestante de France , peut-être même par le gouvernement de ce pays, que le mariage de la reine avec Philippe, prince d'Espagne, avait indisposé contre elle. Ce mariage devint par la suite un vaste sujet d'invectives et d'accusations calomnieuses pour les protestans et pour les mécontens de toute espèce.
289. Le parlement, presque aussitôt après l'accession de Marie au trône, l'engagea à se marier, et surtout à ne pas épouser un étranger. Comme le goût de notre nation s'est étrangement changé! Les Anglais ont toujours eu de grands préjugés contre les étrangers, jusqu'à ce que, par pur zèle pour la religion protestante , ils en aient cherché et trouvé un qui jetât les premiers fondemens de l'édifice imposant connu sous le nom de dette nationale. Néanmoins la reine , après de longues et mûres délibérations, épousa Philippe, fils aîné et héritier de l'empereur Charles-Quint, qui, bien que veuf déjà, et ayant même des enfans de sa première femme , était encore beaucoup plus jeune que la reine. Marie était alors ( juillet i554 ) âgée de trente-neuf ans, tandis que Philippe n'en avait encore que vingt-sept. 11 arriva à Southampton au mois de juillet 1554, après avoir été escorté par les flottes combinées d'Espagne, d'Angleterre et de
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Hollande. Le aj du même mois , le mariage fut célébré dans la cathédrale de Winchester, par (tardiner, évêque titulaire de ce siège; nii grand nombre de nobles de toutes les parties de la chrétienté y assistèrent. Pour montrer combien peu on doit ajouter foi à ce que rapporte Hume, je ferai remarquer ici qu'il dit que le mariage fut célébré à Westminster, et qu'il ajoute plusieurs circonstances également fausses. Le récit qu'il fait de toute celte transaction est un roman écrit d'après des écrivains protestans, dont il tronque honteusement le témoignage, dans l'intention de porter préjudice aux vues et au caractère de la reine.
2/[o. Dans l'état où les choses se trouvaient alors, ce fut évidemment un grand bien pour l'Angleterre que ce mariage. Après Elisabeth, le plus prochain héritier de la couronne était Marie , reine d'Ecosse, mariée au dauphin de France; en sorte que l'Angleterre aurait pu tomber en partage au roi de France. Quant à Elisabeth , en supposant même qu'elle survécût à la reine, elle avait été bâtardisée par deux actes du parlement. En effet , l'acte législatif qui venait de déclarer Catherine femme légitime de son père , rendait sa naissance adultérine devant la loi , comme elle l'était en fait. D'ailleurs il semblait plus que probable que la France et l'Ecosse devinssent le patrimoine d'un seul et même prince ; il était donc nécessaire que l'An-
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gleterre prît des mesures efficaces pour augmenter sa puissance dans la même proportion. Telle fut la politique qui dicta ce mariage si fameux, que des historiens, calomniateurs de Marie, ont attribué aux motifs les plus vils et les plus odieux. Il est juste de dire cependant qu'en cela ils n'ont fait autre chose que se rendre les échos des misérables traîtres de l'époque dont nous parlons. Nous regrettons toutefois qu'ils n'aient pas vécu pour partager leur sort.
2^1. Il n'y eut et ne put jamais y avoir rien de plus honorable pour l'xiDgleterre que cette transaction. Elle servit néanmoins de prétexte aux traîtres de cette époque , qui , par les raisons manifestes que nous venons de relater plus haut, étaient constamment excités et salariés par la France , en même temps qu'ils étaient poussés par les disciples de Granmer et par sa légion de prêcheurs allemands et hollandais. Lorsqu'avant le mariage de Marie, les rebelles s'étaient avancés jusqu'auprès de Londres, elle se rendit à Gurdhall, où elle déclara aux citoyens assemblés que si elle savait que son mariage fût outrageant pour le peuple anglais ou pour l'honneur de la couronne , elle ne le contracterait point -, et qu'elle ne se marierait même pas du tout , si le parlement le jugeait convenable au bien de l'état. " C'est pourquoi , leur dit-elle, " restez fermes contre ces rebelles, qui sont aussi " bien vos ennemis que les miens. Ne les re-
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" doutez point, car je suis absolument sans crain- " te. " Elle se retira à ces mois , et la salle retentit du bruit des applaudissemens.
242. Lorsqu'on porta les articles du mariage à la connaissance du public, on vit que la reine avait religieusement tenu sa parole dans cette occasion comme dans toutes les autres. Hume luimême est obligé d'avouer que ces articles étaient aussi favorables que possible aux intérêts , à la sûreté^ et même à la grandeur de l'Angleterre. Que fallait-il donc de plus? Si, comme le rapporte Hume, ces articles ne satisfirent pourtant pas la nation , tout ce que nous pouvons dire , c'est que la nation faisait preuve de fort peu de bon sens et de beaucoup d'ingratitude. Mais c'est encore là un mensonge évident; car ce que Hume rapporte à la nation entière, il aurait dû le borner aux pillards et aux fanatiques , qu'au reste dans son roman il nomme toujours la nation. Ces articles, que Hume lui-même a extraits de Ry- MER, portaient que, bien que Philippe dût avoir le titre de roi, l'administration du royaume serait entièrement entre les mains de la reine ; qu'aucun étranger ne serait admissible aux charges et emplois du royaume ; qu'on n'opérerait aucun changement dans les lois , les coutumes et les privilèges du peuple anglais; qu'un préciput de soixante mille livres sterling ( un million sterling de notre monnaie d'aujourd'hui ) serait constitué par l'Espagne, en cas qu'elle sur-
2SS Réforme PROTESTA^TE.
Tecût à son mari; que l'enfant mâle issu de ce mariage hériterait avec l'Angleterre du duché de Bourgogne et des Pays-Bas, et que si don Carlos, fils de Philippe et né d'un précédent mariage, mourait sans postérité, celle de la reine, de quelque sexe qu'elle fût, hériterait de l'Espagne, de la Sicile, du Milanais, et de toutes les autres possessions de Philippe. Quelque temps avant la célébration du mariage, un envoyé de l'empereur, père de Philippe, remit au chancelier d'Angleterre un acte par lequel il cédait à son fils le royaume de Naples et le Milanais. L'empereur pensait qu'il était au-dessous de la dignité d'une reine d'Angleterre d'épouser un autre qu'un roi.
243. Quelle transaction fut jamais plus honorable pour une nation , que celle-ci pour l'Angleterre? Quelle reine, quel souverain , prirent jamais plus de soin de la gloire de leurs peuples? Il paraît néanmoins certain qu'il y eut quelque jalousie de la part de la masse de la nation , par rapport à cette alliance étrangère ; loin de moi l'idée de la blâmer. Mais ma conscience peutelle me commander de m'abstenir de blâmer cette jalousie dans nos ancêtres catholiques , sans que j'éprouve comme />roif(?5/a7î/ une honte profonde en songeant à ce qui s'est passé à une époque où notre nation professait le protestantisme , et même de notre temps. Quand une autre Marie, | une Marie protestante parvint au trône, le par-
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lenient eut-il soin de lui réserver exclusivement l'administration du royaume et de ne conférer à son époux que le simple titre de roi? Eut-il soin alors de stipuler que les étrangers ne seraient point admissibles aux emplois publics ? Non, certes; cet époux étranger, cet Hollandais prit en mains la direction des affaires , il nous amena avec lui des bandes d'étrangers auxquels il conféra les charges les plus importantes , les plus hautes dignités, et auxquels il distribua les biens de la couronne, dont la plus grande partie provenait d'ALFRED-LE- grand. Voilà pourtant ce que les mêmes hommes, qui nous parlent du règne de Marie comme d'un règne ignominieux y appellent une glorieuse transaction ! Le bon sens et la vérité ne régneront donc jamais en Angleterre ? sommes-nous donc condamnés à rester toujours dupes ?
244* En descendant maintenant à notre époque si glorieusement protestante, nous trouverons que le prince deSAXE-GoBOURG fat l'héritier de vastes dominations. Apporta-t-il dans notre pays , comme Philippe, trente-neuf caisses d'argent en lingots que conduisirent à la tour quatrevingt-dix-neuf chevaux attelés à vingt -deux charrettes? Constitua-t-il pour sa femme en préciput de grands états et de grands royaumes 7 Son père le fit-il roi , avant son mariage , parce qu'une personne d'un titre inférieur eût été audessous d'une reine d' ^dngletcrre ? Apporta-t-il
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à sa fiancée un cadeau de noces d'un demi-million sterling ? Constitua-t-il pour la princesse Charlotte un douaire d'un millioji sterling par an, en cas qu'elle lui survécût? Non, certes ; ( et Tenez maintenant vous en vanter , méprisables calomniateurs de la reine Marie ) au contraire nous voyons le parlement lui donner cinquante mille livres sterling de rentes provenant de taxes levées sur nous , dans le cas qu'il lui survivrait : somme que nous lui payons aujourd'hui avec une exactitude exemplaire, et que nous continuerons suivant toute probabilité à lui payer encore pendant une quarantaine d'années. Combien ne devons-nous pas nous trouver déchus de notre ancienne dignité , en comparant notre conduite à celle de nos ancêtres catholiques?
245. Je n'ai pas suivi exactement dans ma relation l'ordre chronologique , parce qu'il aurait trop rompu mon sujet ; mais je ferai observer ici à mes lecteurs , que ce mariage fut antérieur à la réconciliation de la reine avec le Pape, et à son généreux abandon des biens de l'Eglise et des pauvres qu'elle tenait d'une source injuste. Il fut également antérieur aux horribles châtimens qu'elle infligea aux hérétiques , et dont je vais maintenant parler. Quoiqu'ils aient été monstrueusement exagérés par le menteur Fox et ses pareils , ils ne sont à comparer en rien aux cbâtimens infligés ensuite aux catholiques par Elisabeth; et on a même de la peine à les
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appeler cruels , lorsqu'on les rapproche des flots de sang catholi{[ae qui ont inondé l'Irlande. Néanmoins chacun de nous doit les déplorer d'au-^ tant j^lus vivement qu'ils ont servi de prétexte d'accusation contre les catholiques et contre leur religion , quoiqu'elle fût étrangère aux principes qui les ordonnèrent.
246. Nous avons vu ( paragraphes 200 et 20t ) le nombre effrayant de religions et d'opinions différentes qu'introduisirent en Angleterre Cranmer et consorts , l'immoralité et les vices de toute espèce, les haines et les discordes toujours croissantes , qui en furent la conséquence nécessaire. Il était d'ailleurs si naturel que la reine devait mettre fin à toutes ces dissentions religieuses , et que ce résultat dût être l'objet de toute sa sollicitude , que nous ne sommes nulle^ ment surpris de voir qu'ayant éprouvé l'inutilité de tous les autres moyens , elle ait eu recours à toute la sévérité que les lois du pays lui permettaient d'employer pour parvenir à ce but. Les traîtres et les meneurs des rebelles étaient ou du moins affectaient de faire partie des sectes nouvelles. Quoique leur nombre fût très-circonscrit, ils suppléaient à ce désavantage par leur infatigable malice et par leurs continuels efforts pour troubler l'état, et même pour faire périr la reine. Mais loin de moi toute idée de faire l'apologie de sa conduite à l'aide des provocations qu'elle pouvait avoir reçues, des dispositions et de Vinjluence
Réforme Protestante.
de ses conseillers -, car si elle s'était opposée à et qu'on brûlât les hérétiques , ils ne l'eussent à coup siir jamais été. C'est la reine seule que nous devons rendre responsable de ces rigueurs; mais puisque Hume lui-même est obligé de convenir qu'elle était sincère j n'est-il pas juste d'en conclure que son motif était de mettre un terme à la propagation, parmi ses sujets, d'erreurs qui lui semblaient devoir perdre leurs âmes, et qu'elle eût cru perdre la sienne propre en ne s'opposanl point a cette propagation ? Et s'il s'agissait de défendre ici ses motifs, on pourrait alléguer une raison qui me paraît de grand poids , c'est <|ue toutes ces prétendues nouvelles lumières , quelque dissidentes qu'elles fussent , se réunissaient toutes pour enseigner l'abominable doctrine , que pour le salut il suffit de la foi , sans avoir égard aux œuvres.
ily]. Au mois de décembre i554 ( nn an et demi après l'avènement au trône de Marie) le parlement rendit un acte qui remit en vigueur les anciens statuts relatifs à l'hérésie , qui servit comme de -préliminaire aux châtimens infligés aux hérétiques. Ces statuts avaient été établis contre les Lollards, du tenips de Richard II et de Henri IV ; ils portaient que les hérétiques , qui montreraient de l'obstination , seraient condamnés au feu. Ils avaient été altérés pendant le règne de Henri VIII, de manière à le mettre à même d'entrer en possession des biens des
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licrctiques ; et ils avaient été révoqués sous le jègoe cVEdouard, non par un sentiment d'imnianité , mais bien parce que suivant ces statuts riiérésie consistait à exprimer et à répandre des opinions contraires à la foi catholique. D'où il suivait naturellement qu'ils étaient incompatibles avec le nouvel état de choses et avec la nouvelle Église ^' établie par la loi. '^ On déclara donc alors que l'hérésie était punissable suivant la loi commune , et qu'en cas d'obstination, les hérétiques pourraient être condamnés au feu. On en punit donc un grand nombie pendant ce règne; il y en eut même quelquesuns de brûlés vifs après des procès instruits suivant la loi commune \ et ces hérétiques étaient àes protestans dissidens de l'Eglise de Cran mer qui les condamna lui-même aux flammes. Or la religion catholique étant dans ce temps-là redevenue la religion du pays, on crut nécessaire d'avoir recours aux anciens statuts et on les rétablit en conséquence. Ce qui avait été la loi , pendant sept règnes consécutifs, embrassant une période de près de deux siècles, et dont quelques-uns avaient été les plus glorieux et les plus heureux de l'histoire d'Angleterre, puisqu'un des rois de cette époque gagna le titre de roi de prance; et qu'un autre fut même couronné à Paris, ce qui, dis-je , avait été la loi pendant une aussi longue période , fut alors remis en vigueur ; de sorte qu'il n'y avait d'innovations
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d'aucune espèce. Remarquez Lien d'ailleurs, mes amis, que quoique ces statuts aient été ensuite révoqués, lorsque la politique cI'Élisabeth l'engagea à se faire " protestante, " elle en fit d'autres à leur place, et qu'elle et son successeur Jacques I^i" firent périr des hérétiques par \e feuj quoiqu'ils eussent, comme nous le verrons, une manière beaucoup plus expéditive et bien moins bruyante de délivrer la terre de ceux qui avaient encore assez de constance pour croire à la même religion que leurs pères.
248. Une fois que ces lois eurent été promulguées, elles reçurent leur application, et furent surtout mises à exécution en conséquence de condamnations rendues à la cour spirituelle par Bou- NER , évoque de Londres. Le supplice qu'elles ordonnaient était infligé en la manière accoutumée. On traînait le condamné au lieu de l'exécution , où on le brûlait vif après l'avoir attaché à un poteau entouré de fagots. Des écrivains protestans ont rejeté l'odieux de cette mesure sur l'évèque Gardiner , grand chancelier du royaume. Cette accusation ne me semble appuyée par aucun motif plausible; tandis que tous s'accordent à rapporter que Pole, qui venait d'être élevé au siège archiépiscopal de Gantorbéry , en remplacement de Cranmer, la désapprouva hautement. C'est encore un fait irrécusable , qu'un moine espcignol , confesseur de Philippe, prêchant un jour devant la reine , blâma énergi-
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quement sa conduite. Or , comme il est vraisemblable que la reine était plutôt influencée par Pole et surtout par Philippe, que par Gardiner, si tant est qu'elle fût capable de l'être du tout , il est à présumer que ces mesures lui appartiennent entièrement. Quant à Bouner, sur lequel on a déversé tant de blâme à ce sujet, il n'est pas inutile de se rappeler qu'il avait été traité avec la plus grande cruauté par Cranmer et ses satellites. D'ailleurs le conseil accusait continuellement les évêques ( et lui en particulier ) du peu de diligence qu'ils apportaient dans l'exécution de cette partie de leurs devoirs ; et sous ce rapport il n'était que l'éclio de l'opinion générale du public ; car , bien que le gouvernement français ne cessât point de fomenter des révoltes contre la reine , on n'entendit jamais alors les rebelles mettre les cliâtiniens qu'elle infligeait aux hérétiques au nombre des motifs de leur mécontentement. Toutes leurs plaintes n'avaient d'autre objet que ses relations trop intimes avec l'Espagne, et les JI amine s de Smithfield n'y entrèrent jamais pour rien ; quoique dans ces derniers temps on ait réussi à nous faire croire que les insurrections de cette époque n'eurent point d'autre cause. Il est de fait au contraire que la plupart des personnes condamnées à mort étaient des gens du caractère le plus infâme , que plusieurs d'entre eux étaient des étrangers , que presque tous résidaient à Londres et que le peu-
296 Réforme Protestante.
pie les appelait par dérision : les évangélistes de Londres. On ne saurait nier que sur deux cent soixante-dix-sept individus , ( c'est le nombre que rapporte Hume d'après l'autorité de Fox ) il ne se soit trouvé quelques véritables martyrs de leurs opinions, hommes sincères et vertueux; mais sur ce nombre , la plupart furent convaincus de félonie et de trahison, comme Cranmer et Brid- LEY. Commençons d'abord par défalquer ces hommes sincèrement vertueux sur ce nombre de deux cent soixante-dix-sept , et ensuite tous ceux qui vivaient encore à l'époque où Fox écrivait son livre , et qui protestèrent expressément contre l'honneur qu'il voulait bien leur faire de les enrôler dans son ]\lartyrologe. Pour donner à mes lecteurs une preuve du manque absolu de véracité qui distingue Fox, je rapporterai le trait qu'on va lire et que j'emprunte à Antoine Wood , écrivain protestant. Pendant le règne suivant , il y eut un ministre protestant qui , sur l'autorité de Fox, rapporta dans un de ses sermons^ qu'un catholique nommé Grim wood, ennemi acharné des évangélistes, avait été puni par un jugement de Dieu, ses entrailles étant spontanément sorties de son corps. Or , nonseulement ce Grimwood vivait encore alors, mais il arriva par hasard qu'il se trouvait luimême dans l'église lorsque le sermon y fut prononcé. Aussi ne balança-t-il point à attaquer le prédicateur en calomnie. La mort de l'évêque
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Gardiner fournit encore à Fox l'occasion de signaler son peu de bonne foi. Fox et Burinet, ainsi que d'autres plats calomniateurs des actes de Marie et de ses ministres , rapportent que le jour de l'exécution de Latimer et de Ridley, Gardiner retarda son dîner jusqu'à l'arrivée de la nouvelle de leur supplice , et que le duc de 'Norfolk, qu'il avait invité à dîner, lui exprima le grand chagrin qu'il éprouvait de ce délai ; mais qu'aussitôt que la nouvelle officielle leur fut parvenue , transportés de joie , ils se mirent à table, où Gardiner fut soudainement atteint de dysurie et qu'il mourut quinze jours après au milieu des souffrances les plus horribles. Or remarquez que Latimer et Ridley furent mis à mort le 16 octobre. Collier, dans son histoire ecclésiastique, rapporte que Gardiner ouvrit le parlement le 2 1 octobre , qu'il se rendit encore deux fois au parlement , qu'il mourut le 12 novembre d'une attaque de goutte et non de dysurie. Quant au duc de Norfolk, il y avait déjà , à l'époque où l'on prétend que ceci se passait , une année qu'il était mort. Quelle ne doit pas être après cela l'hypocrisie de celui qui affecterait d'ajouter foi aux récits de Foxl Et cependant, grâces au soin des pillards et des dévastateurs de l'époque et à ceux de leurs descendans, son infâme livre a circulé parmi toutes les classes du peuple anglais , à qui l'on a ainsi appris à regarder les voleurs , les félons et les traîtres ,
2g8 Réforme Protestante.
dont les noms ornent la légende de Fox, comme des martyrs d'un mérite égal à celui des Saint Etienne, des Saint Pierre et des Saint Paul. 249. Quant à ces prétendus martyrs , la vérité est que ce n'était pour le plus grand nombre que d'atroces scélérats , dont tous les efforts tendaient à faire périr la reine et à détruire son gouvernement , et qui sous le spécieux prétexte de conscience et de piété supérieure , ne cherchaient qu'à piller de nouveau la nation. Les moyens de la douceur étaient insuflisans pour les ramener à l'ordre ; on les avait vainement essayés ; il ne restait donc plus d'autre parti à la reine que d'avoir recours à la sévérité , ou bien de se résigner à ce que son peuple continuât à être déchiré par les factions religieuses qu'avaient fait naître ses deux prédécesseurs immédiats sur le trône , aidés en cela par la plupart des scélérats qu'elle punissait maintenant et qui auraient mérité chacun dix mille morts. C'étaient tous , sans exception, ou des apostats , ou des parjures , ou des voleurs y la plupart s'étaient rendus coupables de haute trahison envers Marie elle-même , qui jusque-là avait épargné leurs vies , mais dont la longanimité n'avait abouti qu'à les exciter encore davantage à employer tous les moyens en leur pouvoir pour détruire son autorité et son gouvernement. Faire une mention particulière de tous les scélérats qui périrent dans cette occasion, serait une tâche
Lettre VIII. r>f)C)
aussi fastidieuse qu'inutile ; mais il n'est pas sans intérêt de savoir qu'il y avait parmi eux deux éi^éques de la façon de Cranmér, et Cranmer LUI-MÊME? L'iieure de la justice était donc arrivée pour cet odieux scélérat , et il allait enfin être attaché au même poteau auquel il avait fait lier tant de personnes condamnées par lui injustement. Les trois autres personnages marquans étaient Hooper, Latimer et Ridley, qui le cédaient tous, il est vrai, en scélératesse à Cranmer mais qui le cèdent à bien peu d'autres.
aSo. Ce Hooper était un moine qui avait rompu son vœu de célibat et avait épousé une Flamande. Instrument aveugle et fanatique du protecteur Somerset , son dévoùment à l'aider dans le pillage des églises lui valut deux évêchés , quoiqu'il eût écrit lui-même contre la cumulation des bénéfices. Il prit une part active à toutes les cruautés dont le peuple fut victime sous le règne d'EnouARD , et se distingua particulièrement par son ardeur à recommander l'emploi de troupes allemandes pour faire courber les têtes anglaises sous le joug du protestantisme. Latimer avait commencé sa carrière, non-seulement comme prêtre catholique , mais encore comme l'un des plus rudes adversaires de la prétendue religion " réformée. " Son zèle à défendre la foi apostolique et romaine lui valut de Henri VJJI l'évêclié de Worcester. 11 ne tarda pas ensuite à changer d'opinion , se gardant bien toutefois
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de résigner son évêché. Au contraire il le conserva pendant vingt années consécutives, en même temps qu'il réprouvait intérieurement les principes de l'Eglise , et en vertu d'un serment (^u'il avait prêté de s'opposer de tout son pouvoir aux dissidens de l'Eglise catholique. Pendant les règnes de Henri et d'EoouARD, il lit brûler vifs des catholiques et des protestans dont le crime était d'avoir des opinions qu'il avait partagées, et qu'il partageait secrètement alors même qu'il les envoyait au bûcher. Enfin il fut l'instrument principal dont se servit le protecteur Somerset pour consommer ce crime odieux d'envoyer son propre père, lord Thomas Somerset, à l'échafaud. Quant à Ridley , il avait été évêque catholique pendant le règne de Henri VHl,à l'époque où ce monarque envoyait indistinctement à l'échataud les catholiques qui refusaient de croire à la transsubstantiation. Sous Edouard, il s'était fait évêque protestant et avait renié lui-même le dogme de la transsubstantiation , envoyant au bûcher les protestans qui différaient de croyance avec Cranmer. Il obtint sous ce règne l'évêché de Londres, en souscrivant à l'abominable condition qu'on lui imposa , d'abandonner la majeure partie des biens de cet évêché aux ministres et aux courtisans rapaces de cette époque. Enfin il se rendit coupable de haute trahison envers la reine, en exhortant publiquement et du haut de la chaire, ainsi que nous l'avons
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vu plus haut ( paragraphe 220 ), le peuple à se ranger du côté Je l'usurpatrice lady Jane : cherchant par-là à exciter la guerre civile et à causer la mort de sa légitime souveraine, afin de pouvoir par-là rester en possession d'un évéché qu'il n'avait obtenu que par la simonie et le parjure. 25 1. Voilà en vérité un joli trio de Saints Protest ANS , tout-à-fait dignes de Saint-Martin Luther , qui rapporte lui-même dans un de ses écrits , que ce fut à l'instigation du démon ( qui , à ce qu'il ajoute , mangeait , buvait et dormait souvent avec lui ) qu'il se fit protestant; trois dignes sectateurs de ce Luther, que son disciple Melanchton appelle un homme brutal , tout-à-fait dénué de piété et d'humanité, plutôt juif que chrétien, de ce fameux fondateur du " protestantisme, " cette religion pci^fcctionnée qui a divisé l'univers en mille sectes différentes , toutes acharnées les unes contre les autres ! Et néanmoins , quelque scélérats qu'ils aient été, Granmer les éclipsa aussitôt qu'on les mit en comparaison avec lui. Où ma plume et ma laneue trouveront-elles les couleurs et les expressions nécessaires pour le peindre î Sur les soixante-cinq années de son existence, vingt-neuf furent employées à commettre une série de crimes auxquels on ne saurait rien trouver de comparable dans les annales de l'infamie humaine Lorsqu'il n'était encore qu'agrégé d'un collège de Cambridge , et ayant par suite fait en celle qua-
3o2 PvÉFORME PROTESTANTE.
lite serment de ne point se marier ( comme le font encore de nos jours les agrégés ), il se maria secrètement et continua à jouir de son agrégat. Il reçut bientôt après l'ordre de la prêtrise, quoique déjà jnarié y et fit vœu de célibat perpétuel. Il alla ensuite en Allemagne, où il épousa une seconde ïemme^XdL fdle d'un saint protestant; de sorte qu'il eut deux femmes à la fois, bien que ses vœux lui interdissent d'en avoir du tout. Devenu archevêque de Cantorbéry, il tint la main à l'exécution rigoureuse de la loi concernant le célibat des prêtres , pendant que lui-même gardait secrètement sa femme allemande dans son palais archiépiscopal, où nous l'avons vu ( paragraphe io4 ) l'introduire dans une caisse. En qualité de juge ecclésiastique , il prononça ensuite successivement le divorce de Henri VIII avec trois femmes, appuyant dans deux de ces affaires sa décision sur des motifs directement contraires à ceux qu'il avait lui-même mis en avant pour légitimer ces mariages ^ dans l'affaire d'AwNE DE BoYLEN, il déclara en cette qualité de juge ecclésiastique, qu'ÂNNE n'avait jamais été la femme du roi , et vota sa mort à la chambre des pairs , comme ayant été adultère et s'étant par-là rendue coupable de trahison envers son mari. Elevé à la dignité d'archevêque par Henri ( dignité qu'il reçut en prêtant de dessein prématuré un faux serment ), il envoya au bûcher des hommes et des femmes dont le crime était
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de ne pas être calJioliqiies , et des cailioliques qui refusaient de reconnaître la suprématie du roi et d'imiter son parjure et son apostasie. Devenu ouvertement protestant sous le règne d'E- DOUARD , il se mit à professer ouvertement les mêmes principes pour lesquels il avait fait brûler tant de ses semblables, et se mit ensuite à brûler ceux de ses coreligionnaires protesians , dont les motifs de protester différaient des siens. Institué par son vieux maître Henri exécuteur du testament par lequel il léguait sa couronne à ses lilies Marie et Elisabeth ( en cas que son fils Edouard mourût sans postérité ) , il se réunit à d'autres scélérats pour conspirer contre les droits légitimes de ces princesses , et donner la couronne à lady Jane, cette reine de neuf jours, qu'il lit proclamer à l'aide de ses complices. Relégué pour toute punition, malgré l'énormité de ses crimes, dans le palais de Lambeth, il paya la magnanimité de la reine en conspirant avec les traîtres soudoyés par la France pour renverser son gouvernement. Jugé enfin et condamné comme hérétique , il déclara vouloir se rétracter. On lui donna six semaines de répit, pendant lesquelles il signa six rétractations dijfér entes, toutes plus absolues les unes que les autres. Ainsi il déclara que la religion protestante était fausse , que la religion catholique était la seule vraie, qu'il croyait maintenant tous les dogmes qu'elle enseignait, qu'il avait horriblement blasphémé contre les sa-
3o4 Réforme Protestante.
cremens , qu'il était indigne de pardon , qu'il priait le peuple , la reine et le Pape d'avoir pitié de lui et de prier pour sa malheureuse âme ; ajoutant qu'il avait fait et signé cette déclaration sans crainte et sans aucun espoir de pardon , uniquement pour soulager sa conscience et donner un bon exemple à son prochain On mit en question au conseil , si on lui ferait grâce comme on l'avait déjà fait à d'autres individus qui s'étaient rétractés; mais on décida qu'il serait injuste de le soustraire au châtiment que méritaient ses crimes monstrueux. Condamné à faire la lecture publique de sa rétractation pendant qu'on le conduisait au supplice , et voyant que le bûcher était préparé et qu'il ne lui restait plus qu'à mourir, il retrouva encore assez de force dans sa scélératesse pour rétracter sa rétractation, pour étendre lui-même au milieu des flammes la main qui l'avait signée , et pour expirer de la sorte en protestant de nouveau contre cette religion à laquelle quelques heures auparavant il s'était encore déclaré fermement attaché, prenant Dieu à témoin de la si?icérité de ses sermens. 252. Qui osera maintenant appeler sanguinaire la reine qui fit mettre à mort de pareils monstres d'iniquité ? Il est temps de rendre justice à la mémoire de cette princesse tant calomniée ; et pour ne le point faire à demi , je me propose d'employer une partie de ma prochaine lettre à continuer le récit de son histoire.
DE LA
Dans laquelle on démontre que cet e'vénemcnt a appauvri et dégradé la masse du peuple dans ces deux paysj
DANS UNE SÉkIE DE LETTRES,
Adressées à tous les Anglais .sensés et équitables.
PAR WILLIAM COBBETT
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6^ OUVRAGE POUR l8l6.
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IIL« et IV.« Série. — Prix : Fj i - 80,