‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 17 sur 32 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Guerre de Marie avec la France. Prise de Calais PAR LES Français. Mort de la reine Marie. Elisabeth monte sur le trône. Elle fait des LOIS cruelles et sanguinaires sur la religion. Sa perfidie envers la France. Honte qu'elle attire, par cette perfidie, sur son gouvernement et sur l'Angleterre. Elle abandonne lâchement, et pour toujours, Calais a la France,

Mes Amis, Kensington , le 3i juillet iSsS.

253. Avant de commencer à rapporter les œuvres de la réforme sous le règne d'ELisABETH, je dois terminer le récit de ce qui se passa sous celui de Marie. Les jours de son pouvoir furent courts et remplis d'afïliction. Elle eut à combattre des difficultés sans nombre. Les complots que formait sans cesse contre elle une faction impie et invétérée , ainsi que l'état fâcheux de sa santé , qui était dû et à la faiblesse de sa constitution et aux inquiétudes qui l'avaient toujours tourmentée , faisaient craindre si souvent pour ses jours que les pillards sans principes ,

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qui cependant étaient redevenus callioliques, ne cessaient de porter leurs regards vers celle qui devait lui succéder : en effet, quoique Elisabeth fût pour le moment catholique, elle était bien assurée de devenir protestante en montant . sur le trône , parce qu'il était impossible que le Pape voulût jamais reconnaître sa légitimité. 254- En i557 , la reine fut en guerre avec la France qui cherchait toujours à exciter les sujets de Marie à la révolte. Son mari Philippe , dont le père ( l'Empereur ) venait de se retirer dans un couvent en laissant à son (ils ses vastes possessions, était aussi en guerre avec la France. Le théâtre de la guerre était dans le nord de ce royaume et dans les Pays-Bas. Une armée anglaise se joignit à Philippe qui pénétra en France et y remporta une victoire importante. Mais une armée française commandée par le duc de Guise profita du moment où Calais était sans défense pour s'emparer de cette ville qui était restée au pouvoir des Anglais pendant plus de deux cents ans. Ce n'était pas seulement la ville de Calais que possédaient les Anglais , mais encore tout le pays ci rcon voisin à plusieurs milles à la ronde, et qui renfermait Guisnes, Fanim, Ardres et d'autres places avec jj tout le territoire que l'on nommait le comté d'Oye. *• Edouard III ne s'était rendu maître de Calais qu'après un siège d'un an. On avait toujours regardé cette ville comme d'une grande impor-

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tance pour le commerce , et comme un monument glorieux pour la nation anglaise, en même temps qu'elle rappelait sans cesse aux Français un souvenir cruel et déchirant. Le docteur Ha y- LiN rapporte que monsieur De Cordes, personnage noble qui vivait sous le règne de Louis XI, avait coutume de dire , qu'il consentirait volontiers à rester sept ans en enfer pour que cette ville ne fût plus au pouvoir des Anglais.

255. La reine fut vivement frappée à cette nouvelle qui abrégea encore ses jours : elle mourut quelques mois après j et comme sa lin approchait , elle dit à ceux qui l'entouraient que s'ils ouvraient son corps ils trouveraient Calais au fond de son coeur. On doit attribuer ce grand malheur à la négligence, sinon à la perfidie de ses conseillers , et à la crainte qu'avait Philippe de voir Calais et ses dépendances appartenir au successeur de Marie. Le docteur Haylin ( rappelons-nous que c'est un protestant ) dit que Philippe voyant à quels dangers Calais était exposée en avertit la reine et lui offrit même son assistance pour la défendre, mais que le conseil anglais redoutant Philippe négligea et son avis et son offre. On ne laissa dans la place que cinq cents hommes et l'on peut à peine s'empêcher de croire que cela ne fût pas fait sans intention. Si cependant la reine eût vécu plus long-temps, Calais eût été reprise. La guerre continuait encore. Des négociations furent en-

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tamées pour la paix entre le roi de France et Philippe; et l'une des conditions de ce dernier ( qui était le plus puissant et avait battu les Français ) fut que Calais serait rendue à l'Angleterre ; et Philippe aurait tenu certainement à cette condition si Marie ne fût morte pendant les négociations.

256. Ainsi nous devons à la " Réforme " , qui avait été, sous le règne de sa dévastation et de poltronnerie d' Edouard VI, la cause de la perte de Boulogne , les regrets que nous fait encore éprouver de nos jours la perte de Calais , qui fut enfin perdue irréparablement par la vanité et la perfidie d'ELisABETH. Tandis que tous les historiens s'accordent à dire que la perte de Calais frappa vivement la reine et hâta sa mort ^ tandis que tous font ce grand honneur à sa mémoire , il n'est aucun d'eux qui ait tenté de dire que la perte de Boulogne eût eu le moindre effet sur son frère ^' le réformateur ! '' Il était trop occupé lorsqu'il renversait les autels et confisquait les propriétés des communautés et des confréries pour pouvoir penser même à l'honneur national. Ou peut-être , quoiqu'il se donnât encore le titre de ^^ défenseur de la foi '' lorsqu'il détruisait les autels , croyait-il que la gloire et le territoire gagnés par les catholiques ne devaient pas être conservés par des protestans. Quoi qu'il en soit , nous avons vu une perte bien plus considérable pour l'Angleterre que

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celle de Calais : nous avons vu la moitié d'un continent retranchée de la couronne d'Angleterre devenir bientôt une nation rivale très-formidable sur la mer , et nous n'avons jamais entendu dire que cette perte affligeât beaucoup le souverain sous le règne duquel elle arriva.

257. Marie ne pouvant surmonter le chagrin que lui causait la perte de Calais , et craignant avec raison que son successeur ne détruisît tout ce qu'elle avait fait pour la religion , expira le 19 de novembre i558, âgée de quarante-deux ans , dont elle en avait régné six , et laissant à sa sœur , qui lui succédait , l'exemple de la fidélité , de la sincérité , de la patience , de la résignation , de la générosité , de la reconnaissance et de la pureté dans les pensées, les paroles et les actions : exemple cependant que sa sœur eut soin d'éviter de suivre en tout point. Quant à ces cbâtimens dont on s'est toujours servi pour flétrir la mémoire de cette reine , que sont-ils autre chose que les punitions de ceux qui offensaient la religion du pays ? On crie beaucoup contre les feux de Smiififield ^ mais pour ne pas parler de ceux qu'allumèrent Edouard VI, Elisabeth, Jacques I^% est-il plus agréable de se voir arracher les entrailles du ventre tandis que l'on est encore en vie ( ce qui était le supplice favori d'ELisADETH ) que de subir le supplice du feu ? Les protestans ont été plus loin que les catholiques dans les punitions des offenses

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de ce genre ^ quoiqu'ils eussent bien moins de raison de leur côté pour le faire. Les catholiques n'ont qu'une seule croyance , les protestans en ont cinquante ; et chaque fois que l'une de ces nombreuses sectes l'emporte sur les autres , elle les punit d'une manière ou de l'autre comme délinquans : et même dans ce moment , d'après un rapport présenté depuis peu à la chambre des communes , il n'y a pas moins de cinquante-sept personnes qui , depuis quelques années , ont été condamnées à l'emprisonnement et à d'autres châtimens pour s'être rendues coupables d'offenses envers la religion. Et quand estce que cela a eu lieu ? quand chacun peut nier ouvertement la divinité de J.-G. , et lorsque d'autres peuvent prêcher dans leurs synagogues qu'i/ n'y a jamais eu de Christ. Un homme voit les lois tolérer vingt sortes de chrétiens, ( puisqu'ils se donnent tous ce nom ) dont chaque secte condamne toutes les autres aux flammes éternelles. Si d'après cela il croit pouvoir exprimer sa croyance et dire que tous ont tort et que ce qui fait le sujet de leurs discussions n'existe pas réellement , il sera peut-être condamné à six ans de prison ou même à passer toute sa vie dans un cachot dégoûtant! N'oublions pas toutes ces choses quand nous parlons de la sanguinaire Marie. Les châtimens que l'on impose aujourd'hui sont fondés sur la maxime que le christianisme est une partie de la loi du royaume : mais quand

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a-l-il commencé, est-ce depuis ou avant la " rél'urme " ? et de laquelle d'entre toutes les sectes qui sont tolérées par la loi apprendrons-nous ce qu'est le christianisme ?

258. Quant au nombre de ceux qui furent punis , supposons que les deux cent soixante-dixsept personnes qui furent punies sous le règne de Marie ne le fussent que pour cause de religion, et non comme Cranmer et Ridley pour leur trahison et leur félonie , aussi-bien que pour leurs offenses envers la religion ; eh bien ! en faisant cette supposition , trouverons-nous que la masse des punitions imposées pendant le règne de Marie surpasse celle du règne d'EoouARD VI? et à moins que Smithfield et ses bûchers ne fissent éprouver une agonie particulière pire que la mort , vit-on jamais à Smithfield une aussi grande masse de soulTrances qu'à Old-Bailey , pour cause d'offense contre les bank-notes , invention purement protestante. Et peut-être cette invention, qui n'eut d'autre but que d'empêcher le retour du ^' papisme , ^^ a coûté dix fois pour ne pas dire cent fois plus de sang qu'il n'en fut répandu sous le règne de celle que nous avons encore aujourd'hui l'injustice ou la folie d'appeler la sanguinaire Marie, cette reine dont nous devons oublier toutes les excellentes qualités , les éclatantes vertus , la piété , la charité , la générosité , l'attachement à sa parole , la reconnaissance et même ces sentimens d'in-

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quiétude pour la grandeur et l'honneur de l'Angleterre qui la précipitèrent dans le tombeau j toutes ces vertus , qui ne trouvèrent point d'égales chez aucun des rois ses prédécesseurs , si ce n'est chez le grand Alfred dont elle voulut rétablir la religion ; elles doivent toutes , dls-je , être comptées pour rien , et nous devons l'appeler la sanguinaire Marie, parce que cela entre dans les vues de ceux qui s'engraissent des dépouilles de cette église qui ne souffrit jamais qu'un Anglais pût recevoir le nom odieux et avilissant de pauvre.

aSg. Nous arrivons au règne de pauvreté et de désordre. C'est le règne de la bonne reine Bess. Nous verrons bientôt comment elle était bonne. L'acte du parlement qui subsiste encore, relatif aux pauvres et à la taxe des pauvres , fut adopté dans la 43^ année de son règne ; ce ne fut cependant pas le seul acte de cette espèce. Onze autres furent adoptés avant celui-ci pour remédier à la pauvreté et à la misère dans laquelle la réforme avait plongé le peuple. Mais comme c'est dans la dernière lettre de mon ouvrage que je dois donner l'histoire de la naissance et de la marche de la pauvreté en Angleterre , depuis le commencement de la réforme jusqu'à notre époque , je ne dois donc m'occuper à présent que de ce qui regarde les affaires de la religion.

260. Elisabeth fut protestante pendant le règne de son frère , et catholique pendant celui

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de Marie. Dans le temps où mourut sa sœur, non-seulement elle allait publiquement à la messe, mais elle avait aussi dans son intérieur une chapelle et un confesseur. Ces apparences n'avaient cependant pas trompé sa sœur qui, jusqu'au dernier moment , douta de sa sincérité. Sur son lit de mort, la bonne et sincère Marie lui ayant demandé un aveu franc de ses opinions sur la religion, Elisabeth pour réponse pria Dieu que la terre s'ouvrît et l'ensevelit aussitôt si elle n'était pas une vraie catholique romaine. Elle fit la même déclaration au duc de Feria, député espagnol , qu'elle trompa si complètement qu'il écrivit à Philippe qu'ELisABETH, en montant sur le trône , n'apporterait aucun changement dans les affaires de la religion en Angleterre. Mais, malgré toutes ces promesses, elle ne tarda pas à arracher les entrailles de ses infortunés sujets parce qu'ils étaient catholiques romains.

261. Elisabeth, d'après la loi, était bâtarde. Le mariage de sa mère avait été déclaré nul et invalide depuis le commencement par une loi qui n'avait pas encore été abrogée. Son avènement ayant été signifié aux puissances étrangères d'après la formule ordinaire qui était , « qu'elle » avait succédé à sa sœur par le droit liérédi- » taire et le consentement de la nation » , le Pape répondit qu'il ne comprenait pas quel était le droit héréditaire d'une personne qui n'était

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pas née d'un mariage légilime , et que dès-lors il ne pouvait reconnaître son droit héréditaire. Cette réponse était déjà elle-même une raison assez forte pour une dame qui avait une conscience aussi facile que l'était la sienne pour la déterminer à se faire ^^ protestante. '^ Mais il y avait encore un autre motif plus puissant. Marie, reine d'Ecosse, qui avait épousé le dauphin de France, réclamait la couronne d'Angleterre comme étant le descendant légitime le plus proche de Henri VIL Ainsi Elisabeth était exposée à perdre la couronne si elle ne se faisait pas protestante , et si elle ne forçait pas les peuples à adopter la croyance de Cranmer. Si elle restait catholique , elle devait se soumettre aux décrets de Piome , et le Pape eût pu lui donner beaucoup d'embarras. Enfin elle vit clairement que si son peuple restait catholique , elle ne pourait jamais régner en sûreté. Elle savait qu'elle n'avait pas de droit héréditaire ) que la loi attribuait sa naissance à un adultère. Elle ne croyait pas qu'elle pût jamais régner tranquillement sur ce peuple, quand le Chef de l'Église refusait de reconnaître son droit à la couronne; mais, comme elle voulait porter cette couronne , elle prit la résolution , quoiqu'il en pût coûter , de forcer son peuple à abandonner cette même religion , sa propre croyance à elle-même , comme elle l'avait déclaré quelques mois avant , en priant Dieu que la terre s'ouvrît et l'ensevelît vivante

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si elle n'était pas une vraie catlwlique romaine. 2G2. La réponse du Pape était juste, mais impolitique ; elle fut surtout bien funeste pour les peuples anglais et irlandais, qui durent alors se préparer à des souffrances qu'ils n'avaient point encore connues. L'état des affaires était extrêmement favorable aux protestans. Marie, reine d'Ecosse , l'héritière légitime du trône , avait , comme nous l'avons vu , épousé le dauphin de France. D'après cette union I'Angleterre devenait une dépendance de la France si Elisabetfi était exclue du trône, ou si elle mourait sans enfans avant Marie. Déjà la perte de Calais et de Boulogne avait assez mortifié la nation ; mais que l'Angleterre elle-même tombât au pouvoir de la France, c'était une idée qu'aucun Anglais ne pouvait supporter. Ainsi elle fut surtout affermie sur le trône par la crainte qu'avait le peuple de ce qui pouvait arriver si elle en était expulsée. Ce furent les fiançailles de Marie, reine d'Ecosse, avec le dauphin, qui engagèrent Marie, reine d'Angleterre, à épouser Philippe, afin d'assurer par ce moyen un allié à l'Angleterre, dans le cas où l'Ecosse viendrait à être réunie à la Fiance. Mais combien le danger était plus pressant alors que la reine d'Ecosse était mariée au dauphin ( l'héritier présomptif de la couronne de Fiance ), et que l'Atigleterre , si elle venait à la posséder et qu'elle eût un fils, devait devenir une province de France!

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263. Cet état des affaires était dès-lors trèsfàcheux pour les catholiques : un très-grand nombre d'entre eux ne s'opposèrent que froidement au changement de religion de la nouvelle reine. Car quelque fidèles qu'ils fussent à leur religion, ils n'en étaient pas moins Anglais, et l'idée de se voir soumis aux Français les révoltait. L'apostasie et la tyrannie de la reine pouvaient lui attirer leur haine , mais ils ne pouvaient s'emj)êcher de désirer que l'Angleterre restât un état indépendant , et pour cela il leur semblait absolument nécessaire de laisser Elisabeth sur le trône. Ceux qui louent Henri IV, roi de France, de s'être fait catholique afin d'obtenir et de conserver le trône , ne peuvent pas blâmer Elisabeth de s'être fait protestante pour la même raison. Je ne veux les justifier ni l'un ni l'autre, mais j'avoue que s'il y avait quelque raison qui pût porter à soutenir Elisabeth, c'est que, d'après les faibles lumières de l'intelligence humaine, on devait la regarder comme un instrument nécessaire pour empêcher que l'Angleterre ne fût soumise à la France. Et l'on doit croire que ce fut cette raison qui engagea dans son parti un si grand nombre d'hommes distingués et puissans de cette époque.

264. Mais si nous admettons qu'elle ait pu être justifiée par la nécessité de se conserver la royauté et de maintenir l'indépendance de la nation aux dépens de la religion j si nous admettons qu'elle

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eut le droit de donner la préférence aux protestans et d'employer tous les moyens loyaux de faire changer complètement de religion à son peuple; si nous faisons ces concessions, ce qui est beaucoup plus que la justice ne peut exiger de nous , qui pourra ne pas être frappé d'horreur à la vue des cruautés affreuses qu'elle exerça avec tant de profusion pour arriver au but qu'elle se proposait ?

265. L'intention qu'elle avait de changer la religion du pays devint si manifeste en peu de temps que tous les évêques se refusèrent à la couronner ; à la fin elle en trouva un qui voulut bien s'en charger, mais il n'y consentit qu'à la condition qu'elle se conformerait au rit catholique. Bientôt cependant parurent successivement plusieurs actes qui rabaissèrent par degrés le culte catholique et relevèrent les protestans. Elle trouva les pillards et les possesseurs des choses pillées aussi disposés à se conformer à son autorité ecclésiastique qu'ils avaient montré d'ardeur à recevoir l'absolution du cardinal Pole, sous le dernier règne. Le livre de prières de Cran mer, que le parlement avait dit avoir été inspiré par le Saint- Esprit , avait été changé et corrigé dès le règne d'EDOUARD. On le fit alors reparaître, il fut changé et corrigé de nouveau , sans cesser cependant d'être attribué à l'inspiration de l'Esprit-Saint.

2^^. Si ces actes du parlement n'avaient pas

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él«3 plus loin, déjà ils auraient été regardés comme assez mauvais et assez honteux ; mais un tel changement ne pouvait se faire sans effusion de sang, La reine avait résolu de régner, elle croyait le sang de son peuple nécessaire à sa propre sûreté ; et jamais elle ne craignit de le faire couler. Elle regardait la religion catholique comme son ennemie mortelle , et voulait à tout prix la détruire si elle le pouvait , employant tous les moyens qui lui semblaient les plus favorables à son dessein.

267. Les lois les plus sanguinaires furent donc faites pour cet objet. Chacun fut obligé sous peine de mort, de faire le serment de la suprématie ^ par le serment de la suprématie l'on reconnaissait la suprématie de la reine en matières spirituelles, on renonçait au Pape et à la religion catholique, ou en d'autres mots on apostasiait. C'est ainsi qu'une grande partie de son peuple fut condamnée à la fois à mort pour son attachement à la religion de ses ancêtres , et bien plus pour son attachement à cette même religion qu'elle avait suivie jusqu'à l'époque où elle monta sur le trône , et à laquelle elle n'avait pas craint de donner ses sermens lors de son couronnement.

268. Ce ne fut pas le seul acte d'une barbarie monstrueuse. On déclara coupable de hautetrahison tout prêtre qui disait la messe y tout prêtre qui venant de l'extérieur entrait dans le

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royaume; c'était un crime de haute -trahison , que de recueillir ou de soulager un prêtre. Ce fut d'après ce principe et d'autres de la même nature que l'on égorgea un nombre inlini de personnes. D'abord on les pendait \ plus tard on leur fendait le ventre , on leur arrachait les entrailles et on les coupait par quartiers. Et tous ces supplices , je vous prie de nouveau de le remarquer , justes et sensibles Anglais , parce que ces infortunés étaient trop vertueux et trop sincères pour renoncer à cette foi que la reine elle-même à son couronnement , dans son serment du couronnement, jura solennellement de conserver et de défendre.

269. Après avoir renversé les autels et élevé des tables dans les églises j après avoir chassé les prêtres catholiques et les avoir remplacés par des gens afl'amés , des mendians , le rebut de toute la terre , avec le livre de prières de Cranmer corrigé dans leurs mains; après avoir fait tous ces exploits , elle força ses sujets catholiques à fréquenter les églises , sous peine d'énormes châlimens qui s'élevèrent jusqu'à la peine de mort dans le cas où ils persévéreraient à refuser î C'est ainsi que tout ce qu'il y avait d'hommes bons, sincères, conscientieux dans le royaume, étaient continuellement tourmentés , ruinés par de très-fortes amendes , envoyés à la potence ou forcés de fuir loin de leur pays natal. C'est ainsi que la religion " protestante " fut arrosée

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des larmes et du sang du peuple anglais. Osez parler de la persécution et des cruautés des catholiques ; où trouverez-vous de telles cruautés et une persécution semblable à celle-ci exercées par des princes catholiques? Elisabeth mit à mort d'une manière ou de l'autre en une année plus de catholiques , parce qu'ils ne voulaient pas apostasier la religion qu'elle avait juré être la sienne et la seule vraie , que Marie n'en avait fait mourir pendant tout son règne pour avoir renoncé à sa religion qui avait été celle de leurs pères et qu'elle avait toujours observée. Et cependant c'est la première que l'on nomme ou que l'on a nommée '' la bonne reine '^ Bess , et la dernière a été appelée la '^ sanguinaire '' Marie. L'horrible massacre de la Saint-Barthélemi lui-même ne fut rien si on le compare aux massacres et aux autres cruautés de cette reine proteslante. Oui, il ne fut rien, et cependant elle prit le deuil à l'occasion de cet événement , et elle porta l'hypocrisie jusqu'à feindre d'être remplie d'horreur au récit des cruautés qu'avait commises le roi de France. 270. Ce massacre arriva à Paris en l'an 1572 dans la i4"^e année du règne d'ÉLisABETH; mais comme il appartient à l'histoire de l'époque dont nous nous occupons , qu'il fut en partie le fruit des intrigues pernicieuses d'ÉLisABETH, et que l'on n'a cessé de s'en servir , même jusqu'à ce jour , pour calomnier les catholiques , je crois

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devoir en faire un récit exact , et remonter aux guerres civiles qu'elle fit naître en France , auxquelles elle prit tant de part , et qui finirent par faire perdre à l'Angleterre Calais et tout son territoire. La " réforme " , que Luther dit avoir apprise du diable , s'était introduite en France dès l'an i53o ou à peu près. Les réformateurs y reçurent le nom de huguenots. Pendant longtemps ils ne furent d'aucune importance ; mais à la fin ils devinrent formidables sous le règne de Charles XI, lorsqu'ils eurent à leur tête deux rebelles ambitieux , Condé et Coligni. La faction dont ces deux hommes devinrent les chefs fut sur le point d'obtenir le gouvernement de la France pendant la minorité de Charles qui monta sur le trône en i56i à l'âge de lO ans. Sa mère , la reine douairière , préféra le duc de Guise et son parti. Il ne fallut pas d'autre motif à GoNDÉ et à Coligni, qui venaient d'être trompés dans leur attente, pour devenir des protestans très-zélés , les Guises ayant embrassé avec chaleur le parti des catholiques. Aussitôt de la part des premiers rebellion ouverte fomentée par la reine cT Angleterre qui croyait ne pouvoir être en sûreté tant qu'il existerait sur la terre quelque prince, quelque prêtre ou un peuple catholique, et qui ne recula jamais devant aucun moyen , quand il lui parut propre à aider l'accomplissement de son dessein. Comme elle avait apostasie elle-même , elle voulut faire dis-

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paraître la religion qu'elle avait abandonnée , et dans ses efforts pour arriver à ce but elle fit couler sans relâche le sang de ses sujets , et ne se fit jamais aucun scrupule dans aucune occasion de sacrifier l'honneur national.

271. Lorsqu'elle monta sur le trône, elle trouva le royaume en guerre avec la France , et Calais au pouvoir de celte dernière, cette forteresse et son territoire ayant été pris, comme nous l'avons vu ( parag. 254), par une armée française que commandait le duc de Guise. Elle fit presque aussitôt la paix avec la France , et même sans exiger la remise de Calais , comme elle aurait pu le faire si elle n'eut préféré son intérêt particulier à l'intérêt et à l'honneur de l'Angleterre. Les négociations pour la paix entre l'Angleterre, l'Espagne et la France furent entamées à Caleau- Cambresis en France. Ce qui regardait la France et l'Espagne fut bientôt décidé; mais Philippe ( époux de Marie ) fidèle à ses engagemens refusa de signer le traité jusqu'à ce que la nouvelle reine eût été satisfaite pour Calais j et même il s'offrit de continuer la guerre pendant six ans si l'on ne rendait pas Calais , pourvu qu'ÉLiSA- BETH s'engageât à ne point faire de paix séparée pendant ce temps. Elle refusa cette offre généreuse -, elle avait commencé à tourmenter ses sujets et elle redoutait la guerre. Elle entra donc secrètement en négociation avec la France et l'on arrêta que cette dernière garderait Calais, pen-

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dant huit ans, ou paierait à l'Angleterre 5oo,ooo couronnes ! On ne vit jamais d'acte plus vil que ce traité , du côté de l'Angleterre. Mais ce ne fut pas tout : il avait encore été stipulé dans le traité que, si la France commettait quelqu'acte d'agression contre l'Angleterre pendant ces huit ans , ou si l'Angleterre commettait quelqu'acte d'agression contre la France pendant ce temps , le traité serait nul, et que la première perdrait le droit de retenir , et la seconde celui de réclamer cette place importante avec son territoire.

272. Ce traité fut conclu en iSSg, et ce fut un traité non-seulement d'amitié mais encore d'alliance entre les deux partis. Mais trois ans ne s'étaient pas encore écoulés sur les huit que la bonne reine Bess en haine et par la crainte des catholiques , par le désir d'affermir son autorité tyrannique, et voulant encore punir librement, emprisonner et égorger ses malheureux sujets , renonça à tous ses droits sur Calais , en manquant au traité par la violation la plus vile et la plus honteuse que l'on eût encore vue.

273. CoNDÉ et CoLiGNi, avec leurs huguenots, avaient excité en France une guerre civile formidable. L'ambassadeur de la bonne reine Bess dans ce royaume stimulait et assistait les rebelles de tout son pouvoir. A la fin, Vidame, agent de Condé et de Coligni, vint secrètement en Angleterre pour demander des secours en hommes, en argent et en vaisseaux. Ils réus-

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sirent complètement avec la bonne BesS , c(tii, sans aucun égard pour les traités solennels qu'elle avait conclus avec le roi de France , en fit uri avec les rebelles français , dans lequel elle convint de leur envoyer une armée et de l'argent pour les aider à faire la guerre à leur souverain dont elle était V alliée , et avec lequel elle s'était liée comme telle par un serment solennel juré sur les évangiles. Elle s'engagea donc à leur fournir des troupes , des vaisseaux et de l'argent \ et les rebelles , de leur côté , s'engagèrent à lui remettre le Hâvre-de-Grace , qu'elle retiendrait comme un gage de la remise , nonseulement de l'argent qu'elle devait avancer , mais encore de la ville de Calais elle-même. Cet infâme traité méritait bien les résultats qui le suivirent.

274- L'ambassadeur français à Londres voyant une négociation entre la reine et les agens deô rebelles, vint chez Cecil, le secrétaire-d'état, tenant en main le traité de Cateau-Cambresis , et demanda que d'après les clauses du traité on lui remît les rebelles comme étant traîtres envers leur souverain ; et il avertit le gouvernement anglais que tout acte d'agression de sa part lui ferait perdre tous ses droits pour la remise de Calais après les huit années convenues. Mais la bonne Be s s avait fomenté les guerres civiles en France ; elles les avait excitées en secret par des présens et d'autres moyens cachés, et elle

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croyait que du succès des rebelles français dépendait sa sûreté sur un trône d'un droit douteux ; et comme elle espérait recouvrer Calais par ce moyen perfide , elle ne voyait que du gain dans sa perfidie. /

275. Les rebelles étaient en possession de Rouen , de Dieppe , du Havre - de - Grace , et avaient étendu leur pouvoir sur une grande partie de la Normandie. Ils remirent en même temps Je Havre et Dieppe entre les mains des Anglais. Une manière d'agir aussi infâme et aussi perfide souleva les catholiques de France qui furent honteux alors de leur inactivité pendant laquelle une secte , qui faisait à peine la centième partie de la population, avait vendu leur pays sous le prétexte impie de ''^ Famour de Véuangile. '* La bonne Bess , avec son hypocrisie et son effronterie ordinaires , fit répandre en Normandie ses proclamations , dans lesquelles elle déclarait qu'elle n'avait aucune intention hostile contre îson bon frère le roi de France , qu'elle voulait simplement protéger ses sujets protestans contre la tyrannie de la maison de Guise , et que son bon frère devait lui être reconnaissant des secours qu'elle lui envoyait. Cette froide et hypocrite insolence ne fit qu'augmenter la fureur des partis. Toute la France se rappelait facilement que c'était l'habile, le vaillant, le patriote duc de Guise qui , cinq années seulement auparavant, avait chassé les Anglais de Calais, leur

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dernière retraite en France \ et on voyait les fils de r évangile , comme ils avaient l'audace de se nommer eux-mêmes , ramener ces mêmes Anglais sur le sol de la France, et leur remettre à la fois entre les mains deux ports de mer français. Devons-nous nous étonner de la haine implacable du peuple français contre cette secte perfide ? Devons-nous être surpris que ce même peuple ait eu le désir de faire disparaître entièrement une race aussi infâme qui avait déjà vendu de la France tout ce qui était en son pouvoir ?

276. La noblesse française accourut de toutes les provinces et de toutes les parties de la France au secours de son souverain dont l'armée était commandée par le connétable de Montmorenci, qui avait le duc de Guise sous ses ordres. Con dé était à la tête de l'armée ennemie avec Coligni qui semblait partager avec lui le soin des affaires, et il fut joint par les troupes anglaises que commandait le duc de Warwick, neveu de l'amant de la bonne Bess, et Dudley que le clergé protestant, Heylin et Whitaker nous feront assez connaître. Le premier mouvement que firent les Français contre cette masse qu'avaient réunie l'hypocrisie , l'audace , la perfidie et la trahison fut le siège de Rouen , où sir Edouard Poinings, qui avait précédé le duc de Warwick , avait jeté un renfort d'Anglais pour soutenir les fidèles enfans de l'évangile. Afin d'encourager les Français, la reine -mère

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( Catherine de Médicis ), son fils, le jeune roi Charles ( âgé alors de douze ans ), et le roi de Navarre étaient présens à ce siège. Le dernier y reçut une blessure mortelle ; mais les catholiques finirent par prendre la ville d'assaut et passèrent au fil de 1 epée toute la garnison avec les renforts anglais envoyés par la bonne reine Bess.

277. Pendant ce temps, le frère de Coligni avait réuni, avec l'argent de la bonne Bess, un corps d'évangélistes allemands mercenaires , et les avait amenés à Orléans , qui était alors le point d'appui des huguenots 5 et en même temps la bonne Bess , afin d'agir en tout avec bonne foi , ordonna des prières publiques pendant trois jours, pour implorer la bénédiction de Dieu sur sa cause et sur celle de V évangile. x\insi renforcés par un nouveau corps d'étrangers amené dans leur patrie, les infâmes traîtres Condé et Coligni feignirent de se diriger sur Paris ; puis se trouvant trop faibles sur ce point , ils passèrent en Normandie où. ils espéraient trouver le secours des forces anglaises. Mais les catholiques commandés par Montmorenci et le duc de Guise suivirent les traîtres, les mirent en déroute près de Dreux et firent Condé lui-même prisonnier. Bien que Montmorenci fût tombé entre les mains des rebelles , le duc de Guise prit le commandement en chef et chassa devant lui le rebelle Colegni et son armée ; et tout cela

malgré les trois jours de prières de la bonne Bess.

278. CoLiGNi tint néanmoins la campagne et pilla cruellement la Normandie. La bonne Bess lui envoya un peu d'argent, et elle offrit de lui en faire remettre davantage s'il pouvait trouver quelques marchands ( c'est-à-dire, quelques juifs ) qui voulussent lui en prêter. Riais elle ne lui envoya point de troupes, celles du duc de Warwick étant en sûreté dans les forts du Hàvrede-Grâce que la juste et bonne Bess avait bien l'intention de garder pour elle, de quelque manière que se terminassent les affaires. Mais à la fin , cette honnête intention ne put être remplie, comme nous le verrons plus tard. Coli- GNi , avec tous les scélérats qui l'accompagnaient et les évangélistes allemands, pillèrent sans pitié les Normands partout où ils purent porter leurs armes. Les catholiques, sous la conduite du duc de Guise j assiégeaient alors Orléans. Ce fut pendant ce siège qu'un nommé Poltrot, huguenot, à la solde de Coligni, quitta comme déserteur ce chef rebelle et prit du service dans l'armée du duc de Guise. Au bout de peu de temps, il trouva le moyen d'assassiner ce vaillant chevalier, cet excellent patriote, encouragé et réellement employé pour cela par Coligni, mais surtout excité par Beza le fameux prédicateur , car Hume l'appelle ainsi , mais réellement l'un des plus infâmes de tous les pré-

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dicateurs de la " réforme , " et qui , sous ce rapport , ne le cédait peut-être qu'à Luther lui-même. Cette action atroce fut bientôt vengée par le massacre de la Saint -Barthélémy. PoLTROT avait été payé par Coligki, qui, luimême , avait reçu l'argent de la bonne reine Bess, que nous verrons bientôt accusée par Whi- TAKER ( ministre de l'église d'xingleterre ) d'avoir tramé l'assassinat de son propre cousin, mais qui ne put pas trouver dans son royaume un bomme assez vil pour se charger de ce crime.

279. Cette action atroce semble avoir fait rougir CoNDÉ de l'infamie de ses partisans. L'ambition en avait fait un rebelle , mais il lui restait assez d'honneur pour frissonner à l'idée qu'il n'était qu'un chef d'assassins , et il ne pouvait penser sans horreur qu'un bomme , comme le duc de Guise, qui avait rendu des services d'un si grand prix à la France, eût été privé de l'existence par un être aussi vil que celui qui avait eXé payé pour cela par son collègue Cqligni. Si le fils du duc de Guise eiit pu détruire Coi.iGNi 3vec toute sa bande, il n'aurait pu être blâmé pour cette action; et cependant le monde a retenti des cris d'horreur des protestans à la mort de ce même Cqligni et d'un petit nombre de ses partisans !

280. CoNDÉ chercha alors à se débarrasser de ces horribles compagnons , en proposant dans le mois de février de i5ô3 une paix générale, et

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en ofîiant de se soumettre à son légitime souverain , à condition qu'il accorderait l'oubli de tout ce qui était arrivé. Coligni fut compris dans l'amnistie. Le roi accorda aux huguenots le droit de pratiquer leur culte dans une ville de chaque bailliage , et c'est ainsi que furent terminés tous les différends qui existaient entre le roi et ses sujets rebelles. Mais ces nouvelles étaient loin de plaire à la bonne reine Bess qui, comme le fait observer Wiiitaker , ne trouvait sa sûreté que dans les divisions et la misère des autres. GoNDÉ, dans son traité avec elle, était convenu de ne pas conclure de paix sans son consentement; mais avait-elle le droit de se plaindre de cette infraction d'un traité, elle qui avait violé son traité et sou serment avec Charles IX et qui en même temps s'était ligué par un traité avec les rebelles armés contre leur roi ?

281. Le roi de France désirait lui faire retirer ses troupes du Hàvre-de-Grace sans effusion de sang , et voyant qu'elle voulait retenir cette place comme un gage de la reddition de Calais après les huit années écoulées; il lui offrit de renouveler le traité de Cateau-Cambrésis , d'après lequel Calais devait être rendue à l'Angleterre en 1567 ; mais elle rejeta bien loin cette proposition avantageuse : elle avait le Havre en sa possession, peu importait comment, et elle dit qu'un oiseau dans la main vaut mieux que deux dans le buisson, faisant claquer en

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même temps ses doigts , et comme elle avait coutume de le faire dans de semblables occasions, prouvant la fermeté de sa résolution par un serment terrible qui convenait bien à une " reine vierge. " Mais lorsqu'elle sut que tous les partis qui divisaient la France se réunissaient pour l'expulsion des Anglais , elle se relâcha malgré elle. Elle autorisa ses ambassadeurs à présenter un nouveau projet de traité. Mais déjà l'armée française , conduite par Montmorenci et Condé, qui était naguère l'ami et l'allié de la bonne Bess, et aujourd'hui se trouvait à la tête de ses ennemis, s'était mise en marche pour reprendre le Havre par la force des armes , le roi étant bien convaincu qu'avec la bonne Betsy les traités étaient tout-à-fait inutiles.

282. Ce n'était cependant pas une petite entreprise que de vouloir reprendre le Havre sur les Anglais. On leva de grands impôts sur la nation ( sans parler des prières ) pour défendre cette place. Le duc de Warwick qui, au lieu d'envoyer ses troupes au secours des alliés de Bess, les avait tenues renfermées au Havre, à l'aide de six mille soldats et de six cents prisonniers , en avait fait une place imprenable. Il avait chassé de la ville tous les Français, à leur grand détriment, et contre les traités faits avec Condé et GoLiGNi, aussitôt qu'il eut appris les revers des rebelles. Mais tout cela n'empêcha pas que Montmorenci, au bout de très-peu de temps,

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eut tellement avancé ses travaux qu'il pouvait facilement se rendre maître de la place. La reincy mère et le roi étaient dans les camps , et ils eurent le plaisir indicible de voir le général de la bonne reine Bess proposer Ijumbleraent de repiettre la place à son légitime souverain, sans aucune mention de Calais et de son territoire, et sans autre condition que la liberté de retourner en Angleterre avec les restes raisérçibles de son armée ; et l'Angleterre, après tant d'or et tant de sang répandus pour satisfaire la mécbanceté de la bonue Bess , et après s'être entendu reprocher tant de fois et avec de justes raisons , la perGdie de cette reine, vit arriver ces tristes restes, cette preuve irrécusable d'un malheur plus grand qu'aucun de ceux qu'elle eût éprouvés (îenuis le jour glorieux où Alfred chassa enti?rement les Danois -, et cependant c'est cette i'emme que l'on appelle , ou que l'on a appelée la bonne reine Bess, c'est celle dont le règne, plein de perfidies et de massacres , a été appelé ^' glorieux ! ''

283. Quelles que fussent les mortifications que venait d'éprouver la bonne Bess, quels que fusfiçnt les malheurs qu'avaient attirés sur le royauîne son hypocrisie et une mauvaise foi sans exemple jusqu'alors, ils n'étaient cependant pas arrivés encore à leur terme. La " glorieuse " et bonne Bess fut obligée alors de supplier, pour avoir la paix , ce roi dont ellç avait si récemment soutenu

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les sujets révoltés. Ses ambassadeurs , quoique munis de bons passeports, furent arrêtés et mis en prison. Elle s'emporta , et même d'une manière peu digne d'une reine , mais elle fut obligée de supporter patiemment cet affront, et elle suivit la marche ordinaire pour les faire recevoir à la cour de France , où. d'ailleurs on traitait ses pressantes sollicitations avec un dédain offensant, et où on laissa plusieurs mois s'écouler avant qu'on Voulût recevoir aucune proposition de paix. L'un de ses envoyés était Smith et l'autre était ce même Throckmorton que déjà elle avait envoyé en ambassade à Paris et qu'elle avait employé pour soutenir le prince de G onde et Côr.iGNi dans leur révolte. Le premier fut renfermé à Melun , le second à Saint- Germain. Smith fut renvoyé sur la demande de la reine ; on retint Throckmorton, et l'on s'en servit pour un objet aussi plaisant qu'il était humiliant pour la bonne Bess. Le traité de Câteau-Gambrésis , d'après lequel les Français devaient rendre Galais au bout de huit ans , ou payer 5oo,ooo couronnes , ordonnait que quatre Français nobles seraient remis à la bonne Bess et serviraient d'otages jusqu'à l'entier accomplissement du traité par la France. La bonne Bess qui, en donnant des secours aux rebelles, avait rompu ce traité et avait perdu tout droit de réclamer Galais , aurait dû conséquemment renvoyer les otages ; mais la bonne Bess qui avait coutume de ne pas faire ce qu'elle

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devait faire , qui aurait pu cliaque jour de sa vie criminelle répéter, sans crainte de se tromper, ce passage du livre de prières ainsi corrigé " Nous avons fait tout ce que nous devions éviter, et nous avons négligé tout ce que nous devions faire '^ avait gardé les otages, quoiqu'elle n'eût plus aucun droit pour réclamer l'accomplissement du traité d'après lequel ils avaient été remis entre ses mains. Mais les Français avaient aussi alors un oiseau dans la main; ils avaient Throckmorton , leur ancien ennemi, le dépositaire des horribles secrets de la bonne Bess. Après de longues discussions, pendant lesquelles Throckmorton donna des signes peu douteux de la résolution qu'il avait prise de ne pas terminer ses jours en prison , sans se venger d'une manière quelconque de celle qui l'y maintenait si longtemps et sans pitié, la bonne reine consentit à échanger les quatre nobles français pour lui , et reçut 1 25,ooo couronnes pour la cession définitive de Calais à la France.

284. Ce fut donc la bonne reine Bess, cette reine si "illustre et si attachée à sa nouvelle religion ", qui arracha ce joyau de la couronne d'Angleterre î mais les suites funestes de la profanalion des traités et des intrigues entretenues avec les rebelles ne se bornèrent pas à cette perte : la peste qui avait gagné la garnison du Havre et qui 'l'avait réduite de sept mille bommes à deux raille , avait été transportée par les misé-

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rabies restes de ces êtres infectés en Angleterre , où, au rapport de Hume lui-même, elle enleva de grandes multitudes, surtout à Londres qui vit périr, en une seule année, vingt mille personnes de cette affreuse maladie ! Ainsi la nation était donc en même temps accablée d'impôts , ruinée par la guerre, affaiblie par la pesteainsi nous voyons un nombre infini d'anglais IVappés de la mort , ruinés ou devenus misérables pour satisfaire seulement cette orgueilleuse et méchante femme, qui croyait ne jamais être en sûreté tant qu'elle n'aurait pas entraîné le monde entier dans sa honteuse apostasie. Ainsi la même raison suffit pour faire abandonner Calais pour toujours; Calais, la possession la plus glorieuse qu'eût l'Angleterre ; Calais, l'une des deux clefs des mers du nord; Calais conquise deux cents ans auparavant par nos ancêtres catholiques; Calais, qu'ils n'auraient pas plus songé à rendre à la France qu'ils n'auraient consenti à céder Douvres, et dont la bonne, la vertueuse et la patriotique Marie, si souvent calomniée, sentait tellement l'importance que la seule idée de pouvoir perdre cette place la conduisit au tombeau !

284. On ne peut concevoir quelle bassesse devoile Hume lorsqu'il rapporte cette série importante de transactions; comment il interprète toutes les violations de foi de la part de la bonne reine Bess; comment il passe, sans la censurer, sur

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l'infâme trahison des rebelles, et cherche même à l'excuser ; avec quel art il évite de parler de la rare fidélité de Philippe à ses engagemens; combien il loue l'infâme Coligni, tandis qu'il blâme presque Condé d'avoir demandé la paix après l'assassinat du duc de Guise 5 de quelle manière il tait complètement les grandes humiliations qu'eut à supporter l'Angleterre dans l'affaire de Smith et de Trockmorton ; comment il fait monter le prix du rachat à 200,000 couronnes au lieu du quart de 5 00,000 et parle ^ à peine de la perte de Calais pour toujours sous ' le règne de la bonne Bess, tandis qu'il appuie si fortement sur la perte temporaire de cette même ville sous celui de Marie ; mais surtout avec quel soin il dirige tous ses traits contre l'habile, le brave, le fidèle et le patriotique seigneur, le duc de Guise , tandis qu'il ne cesse de louer Condé tant qu'il fut un rebelle, un traître qui avait vendu sa patrie , et qu'il comble d'éloges le perfide Coligni jusqu'à la dernière heure de sa vie pleine de trahisons.

285. Est-il un seul homme qui ne comprenne de quelle importance est Calais avec son territoire? est-il un seul homme qui ne voie com- ■% bien il serait à désirer que nous en fussions en possession aujourd'hui ? Quel est l'Anglais qui ne regrette pas cette perte , et peut-on se refuser à reconnaître que ce qui nous le fit perdre ce fut la perfidie que commit la bonne Bess lors-.

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qu'elle se réunit aux rebelles de la France ? Si au moment où ces rebelles pouvaient être redoutables pour leur souverain , elle eût pressé ce dernier de lui remettre définitivement Calais y et qu'elle lui eût donné un équivalent pour cette remise anticipée , n'est-il pas évident qu'il y aurait consenti plutôt que de lui déplaire dans un tel moment ? Mais de quelle manière Hume excuse-t-il la reine, de s'être réunie aux rebelles? Elisabeth, dit-il, outre l'intérêt général qu'elle portait à la cause des prolestans , et la nécessité de s'opposer aux rapides progrès de son ennemi le duc de Guise , ( comment élait-il devenu son ennemi ? ) avait encore d'autres motifs pour accepter cette proposition. Lorsqu'elle signa le traité de Cateau-Cambrésis elle devait croire que la France n' exécuter ait jamais volontairement l'article qui concernait la restitution de Calais , et ce soupçon fut confirmé par ce qui arriva dans la suite : on dépensa des sommes considérables pour rétablir les fortifications : les terres furent données à de longs baux , et l'on encouragea les babitans à bâtir et à s'établir dans cette ville en leur assurant que l'on ne remettrait jamais Calais aux anglais. Dèslors la reine en conclut que si elle pouvait s'emparer du Havre , place qui commandait l'emboucbure de la Seine et était d'une bien plus grande importance que Calais , elle forcerait facilement les Français à exécuter le traité, et

338 Réforme Protestainte.

aurait la gloire de rendre à la couronne celte ancienne possession à laquelle la nation était si attachée.

286. Ainsi disparaissent donc toutes ces belles protestations de ne vouloir défendre que la cause de l'évangile : elle n'est qu'une hypocrite , et des plus consommées. Elle viole la foi qu'elle avait donnée au roi de France et plus tard celle qu'elle avait donnée aux rebelles ; mais si elle a réellement prévu que les Français n'exécuteraient pas volontairement le traité de Cateau- Carabrésis , pourquoi l'a-t-elle conclu lorsque Philippe lui offrait ses secours pour forcer la France à lui rendre Calais? Et quant à ce qui arriva par la suite et qui confirma ses soupçons, pourquoi le gouvernement français n'aurait-il pas réparé les fortifications de Calais , et pourquoi n'aurait-il pas assuré que le territoire ne serait jamais rendu aux Anglais, puisqu'elle avait fait la cession de la possession à perpétuité pour 5oo,ooo couronnes ? Les Français avaient sans doute l'intention de payer cette somme au bout des huit années , et ils ne pensèrent jamais k abandonner Calais après qu'elle eut rejeté l'offre de Philippe : tout le monde le savait, et personne mieux que la bonne Bess , elle n'avait reçu des otages que pour le paiement de la somme , et elle conserva ces otages après que les rebelles lui eurent remis le Havre comme une garantie du paiement de la somme ! Elle

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croyait avoir deux oiseaux dans la mairie mais quoiqu'elle ait terminé sagement , les deux oiseaux s'échappèrent ; elle se trompa elle-même , et la nation a encore aujourd'hui à regretter les conséquences de son intérêt personnel, de sa mauvaise foi et de son atroce perfidie.

287. Je devrais à présent continuer l'histoire de la bonne Bess et de son digne ami Coligni, jusqu'à l'époque du massacre de la Saint-Barthélemi qui ne fut que l'exécution en gros de ce qu'avait fait la bonne Bess, de son côté en détail ; mais cette lettre touche à sa tin , et je vois qu'il me sera impossible de traiter mon sujet comme il le mérite sans étendre mon petit ouvrage au-delà de ce que je m'étais proposé.

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