‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 18 sur 32 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Massacre de la Saint- Barthéi.emi. Ses suites. Bess fait couper la main a un homme qui avait traversé ses amours. Ses favoris et ses ministres. Histoire et meurtre de Marie, reine d'Ecosse.

Mes Amis, Kensington , 3i août 1825.

288. Quoique le massacre de la Saint-Barthélemi ait eu lieu en France , il a fourni vine source trop abondante de calomnies contre la religion de nos aïeux , il a trop souvent servi aux historiens protestans pour justifier ou pallier toutes les atrocités commises par leurs différentes sectes, et la reine d'Angleterre, ainsi que les ministres , a trop contribué à le hâter, et ensuite a trop souvent puni les catholiques , sous le prétexte de le venger , pour que je ne me croie point obligé de le faire connaître ici.

289. Nous avons vu dans les paragraphes de zk'jZ à 281 les menées perfides de Coligni; nous l'avons vu dans le paragraphe 278 faisant assassiner lâchement le vaillant et patriotique duc de

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Guise; mais en assassinant ce seigneur, le misérable n'enleva pas en même temps toute sa fiimille. Il restait un fils qui devait venger son père, et le perfide Goligni n'avait point encore éprouvé la vengeance de ce fils. Nous avons vu que la paix s'était rétablie entre le roi de France et ses sujets révoltés; mais Goligni avait toujours laissé entrevoir que ses horribles desseins n'étaient qu'ensevelis. Quatre ans environ après la conclusion de la paix, lorsque le roi faisait un voyage dans son royaume, Goligni et ses partisans formèrent le projet de s'emparer de sa personne , ou de le tuer , et il ne leur échappa qu'en coulant pendant quatorze heures sans descendre de cheval, et sans prendre aucune nourriture jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Paris. Aussitôt commença une nouvelle guerre civile qui fut suivie d'une autre paix ; mais les cruautés commises de chaque côté étaient telles qu'il ne pouvait y avoir et qu'il n'y avait réellement pas un pardon complet. Les protestans avaient été aussi sanguinaires que les catholiques ; et , ce que leurs historiens euxmêmes ont remarqué , leur conduite était souvent, pour ne pas dire toujours, caractérisée par un vagabondage, une hypocrisie et une perfidie inconnus à leurs ennemis.

290. Ce fut pendant cette paix que Goligni? par la plus profonde dissimulation , chercha à se ménager la faveur du jeune roi. A l'occasion d'un mariage entre la sœur du roi et le jeune

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roi de Navarre ( depuis le fameux Henri IV ) , CoLiGNi qui, depuis la mort de Gondé était devenu le chef de la secte , se rendit à Paris sur l'invitation du roi avec une compagnie de ses partisans pour assister à la cérémonie. Il y avait deux ou trois jours qu'il était arrivé lorsque quelqu'un lui tira dans la rue un coup de mousqueton qui le blessa en deux ou trois endroits, mais non dangereusement. Ses partisans en accusèrent le jeune duc de Guise, mais on n'a jamais donné une preuve qui pût soutenir cette assertion. I!s se rassemblèrent autour de leur chef, et menacèrent de le venger, comme cela était très-naturel. La cour s'appuya sur cette raison pour sa justification, et elle résolut de prévenir le coup. En ell'et, le dimanclie, 24 Août 1572, le jour de la fête de Saint-Bartliélemi , ce dessein fut mis à exécution. On eut beaucoup de difficulté à obtenir le consentement du jeune prince , mais à la fui il fut gagné par les représentations et les prières de sa mère, du duc d'ANJOu fon frère, et du duc de Guise. Les ordres terribles sont envoyés, le signal e=t donné au moment convenu; le duc de Guise accourt vers la maison de Coli- GKi , suivi d'une troupe des siens; il enfonce les portes et fait jeter par la fenêtre le corps mort de son ennemi dans la rue. Le peuple de Paris qui haïssait à mort les protestans, qui ne pouvait pas avoir oublié que Coligm avait livré Dieppe et le Havre aux Anglais, que, tandis que

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ce peuple de tout temps ennemi de la France élail liunené par Coligni et ses prolestans, ce même traître avait, avec sa secte, assassiné lâchement le feu duc de Guise, ce vaillant seit^tieur qui avait chassé les Anglais de leurs dernières retraites et qui , au moment où il perdit la vie, pensait à les chasser aussi du Havre où ils avaient été introduits par Coligni et les siens; le peuple de Paris, dis-je , ne pouvait s'empêcher de se rappeler toutes ces choses , et de tels souvenirs lui inspiraient une haine im- ])!acahle contre Coligni et sa secte. D'ailleurs on eût trouvé avec peine un seul habitant de Palis dont les parens n'eussent péri ou n'eussent souilert d'une manière quelconque dans les pillages et dans les massacres de ces infâmes calvinistes dont un de leurs dogmes leur enseignait que les bonnes œuvres étaient inutiles et que leurs mauvaises actions, quelque infâmes et quelque sanglantes qu'elles fussent , ne leur empêcheraient point d'être sauvés. Ces protestans, car on les appelait ainsi , ne ressemblaient pas plus aux protestans de nos jours qu'une guêpe ne ressemble à une abeille. Ce nom était alors , et bien justement, synonyme de bandit y c'est-àdire voleur et meurtrier , et ceux qui le portaient étaient pour la France un fléau plus terrible que la guerre avec l'étranger, la peste et la famine réunies : parce qu'ils furent toujours prêts à devenir l'instrument actif du premier rebelle ambitieux.

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291. Si nous examinons ces choses avec attention , et si nous nous rappelons que le peuple, toujours disposé à passer dans ses soupçons les bornes de la raison , entendit répéter de tous côtés le cri de trahison , devons-nous être surpris de le voir tomber sur les partisans de Go- LiGNi et n'épargner aucun de ceux de cette secte qui s'ofiVirent à ses coups. Si nous considérons ce meurtre sous ce rapport, et surtout si nous remarquons que c'est le fils du duc de Guise assassiné par GoLiGNi qui entraîna les autres, n'estce pas mentir à la vérité, et d'une manière monstrueuse, que d'attribuer ce massacre aux principes de la religion catholique? Nous pourrions avec autant de justice attribuer l'acte de Belling- HAM ( qui envoya chercher son livre de prières quand il fut arrivé à Newgate ) aux principes de l'église d'Angleterre. C'est ce que personne n'a jamais eu la bassesse ni l'impudence de faire ; mais pourquoi donc y a-t-il des hommes qui portent la bassesse et l'impudence jusqu'à attribuer ce massacre aux principes de la religion catholique ?

292. Le massacre surpassa de beaucoup à Paris les désirs de la cour , et l'on dépêcha aussitôt des ordres dans les grandes villes de province pour prévenir des scènes semblables. Ce massacre cependant fut répété dans plusieurs endroits ; mais quoique quelques écrivains protestans aient fait monter le nombre des personnes

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tuées dans cette occasion à cent mille, un compte publié en i582 , et établi d'après les comptes recueillis par les ministres dans les diliérentes villes , ne fait monter ce nombre pour toute la France qu'à sept cent quatre-vingt-six personnes ! Le docteur Lingard (note T. vol. V) dit à ce sujet avec sa sincérité ordinaire : « Si nous » doublons ce nombre , nous ne nous éloignej) rons pas beaucoup de la vérité. » Les écrivains protestans firent d'abord monter ce nombre à cent mille : plus tard il tomba à soixante-dix mille ^ ensuite à trente mille; puis à vingt mille, à quinze mille et enfin à dix mille; mais toujours en nombres ronds. L'un d'eux dans un moment d'indiscrétion voulut avoir des ministres eux-mêmes les noms des personnes qui y avaient péri; et ce fut alors que leur nombre ne se trouva pas dépasser sept cent quatre-vingt-six !

293. On ne peut penser à ce nombre sans frémir; et cependant il n'égalait pas même la moitié des Anglais catholiques que la bonne reine Bess avait, à cette époque (la i4^ année de son reloue) ^ fait éventrer, torturer , jusqu'à ce que les os sortissent de leurs articulations ^ et fait expédier ou mourir d'une manière quelconque, en prison ou en exil, quoiqu'ils ne fussent coupables ni de révoltes, ni de trahisons, ni de pillages, ni d'assassinats comme Coligni et ses partisans, mais seulement et simplement parce qu'ils étaient attachés à la religion de leurs ancêtres

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et des siens, à la religion qu'elle avait pratiquée elle-même publiquement pendant plusieurs années, et à laquelle elle avait juré solennellement être sincèrement attachée! Les annales de l'hypocrisie jointe à l'impudence ne présentent rien qui puisse être comparé à la conduite qu'elle tint à l'occasion de la Saint-Barthélemi. Tous les jours elle faisait torturer, presque jusqu'à la mort, quelques-uns de ses sujets pour en tirer de prétendus secrets -, tous les jours elle faisait arracher les entrailles à des femmes aussi-bien qu'à des hommes , parce qu'ils avaient assisté à la messe, quoique les églises de l'Angleterre n'eussent été élevées que pour la célébration de cette cérémonie ; tous les jours elle mutilait , torturait et égorgeait ses sujets innocens et religieux, et elle ne craignit pas , lorsque l'ambassadeur français vint lui remettre , de la part du roi de France, l'explication de la cause du massacre , de le recevoir en grand deuil avec toutes les femmes de sa cour , et de lui donner toutes sortes de signes de mécontentement. Mais son bvpocrisie la porta un peu trop loin lorsqu'a- ])rès avoir fait quelques représentations à son bon frère le roi de France , elle ajouta qu'elle attendait de lui quelque i/idulgence pour ses propres sujets protestans , car la reine-mère, dans fca réponse à la bonne Bess, lui fit observer que quant à ce point , son fds ne pourrait suivre un guide plus sCa- que sa lionne sœur d'Angle-

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terre ; que si , comme elle , il ne voulait forcer la conscience de personne , comme elle aussi il était résolu à ne pas laisser pratiquer d'autie religion que celle qu'il pratiquait. La reinemère était pourtant encore bien loin derrière la bonne Betsy ; car non-seulement elle punissait la pratique de toute religion qui n'était pas la sienne, mais elle punissait encore ceux qui ne pratiquaient pas sa propre religion , quoiqu'elle eut apostasie publiquement, et même d'api es des motifs évideuiment intéressés.

294. Mais il y a un fait qui fait bien connaître la sincérité de la bonne Betsy dans cette occasion mémorable, ainsi que la même qualité qui la porta à professer qu'elle \oulait vivre et mourir reine-vierge. Le parlemeiit et ses ministres redoutant celle qui devait lui succéder, et désirant éloigner du trône la branche écossaise de la famille royale , ]a pressèrent plusieurs fois de se marier. Elle rejeta toujours leurs avis. Son amour pour la virgi?iitc lui fit toujours préférer avec les hommes ce genre do' commerce que je n'ai pas besoin d'indiquer d une manière plus spéciale. Ses amours avec Leicester, dont nous aurons souvent occasion de parler , furent connus de tout le monde , et même ils ont été rapportés avec beaucoup de détails par plusieurs historiens protestans dont quelquesuns ont appartenu au clergé de l'église d'Angleterre j il est encore bien connu que ses amours

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furent le sujet d'une pièce que l'on joua sous le règne de Charles IL A l'époque de la Saint- Barthélemi , elle était dans sa trente-neuvième année, et depuis long-temps elle entretenait avec Leicester le commerce dont je viens de parler. Dix ans plus tard , soit à cause de l'âge avancé i du comte de Leicester, soit pour toute autre raison , son amour pour la vii'ginité sembla abandonner tout à coup la bonne Betsy. Elle pencha pour le mariage , et comme elle était alors âgée de quarante-neuf ans , elle n'avait eertainement pas de temps à perdre pour avoir un héritier qui lui succédât sur le trône. Dans la treizième année de son règne , elle avait approuvé un acte qui assurait la couronne à ses eiifans naturels , d'après lequel tout bâtard qu'elle aurait eu , peu importe de qui , devait hériter du trône; et d'après le même acte , celui qui niait que cette lignée pût en hériter était coupable de hautetrahison. Cet acte, qui existe encore dans le livre des statuts, i3 Eliz. chap, i , S. 2, est une preuve de la débauche la plus déboutée que l'on ait jamais vue chez une femme, et il est bien étonnant qu'un acte aussi infâme et aussi honteux pour la nation soit resté jusqu'à ce jour écrit au milieu des autres actes. La bonne Betsy se résolut cependant à embrasser le mariage à quarante-neuf ans , et comme son brutal père était toujours occupé à chercher une jeune femme , ainsi la vierge Betsy se mit à chercher un jeune

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mari. Et pour convaincre le monde de la sincérité de l'horreur que lui avait fait éprouver le massacre de la Saint-Barthélemi , sur qui devait-elle jeter son choix pour partager ses destinées, si ce n'est sur le duc d^ANJOU, frère de Charles IX, qui avait pai^ticipé à ces actes sanglans pour lesquels elle avait pris le deuil avec ses clames de coiir^ toutes bien dignes d'elle ! Le duc n'était pas beau , mais il avait ce que les Français appellent la beauté du Diable : il était jeune, n'avait que vingt-huit ans, et son vieil amoureux Leicester en avait alors cinquante. Betsy, quoique déjà pourvue elle-même d'un bon nombre d'années, avait encore une dent de lait. Ses ministres et la nation , qui virent tous les dangers auxquels cette union exposait l'indépendance de leur pays, s'y opposèrent avec force et finirent par l'en détourner. Mais elle fit poursuivre un écrivain de Lincoln's-inn qui avait publié un pamphlet contre ce mariage. Il eut la main coupée pour avoir voulu , inspiré par le bien public , contribuer à sauver l'Angleterre de la ruine où elle allait être entraînée par les désirs insatiables d'une vieille femme sans mœurs et sans honte dans ses débauches. Ce qu'on avait dit de son monstre de père , qu'il n'épargnait aucun homme dans sa colère ni aucune femme dans sa passion, on eût pu le dire, en ne changeant que quelques expressions , de son infâme fille

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qui aclieva cette " Réforme ; " et c'est à peu près ce que l'on pourrait dire de presque tous ceux qui , dans des postes éminens , contribuèrent à hâter pour l'Angleterre cet événement qui l'a appauvrie et dégradée.

295. ISous devons , avant d'arriver aux trois grands actes du long règne de cette méchante femme, savoir, le meurtre de Marie Stuart, reine d'Ecosse , sa guerre contre l'Espagne , et sa punition de l'Irlande , malheureux pays qui conserve encore des marques de ses fureurs, nous devons, dis-je, faire connaissance avec les noms et les caractères de quelques-uns de ses principaux conseillers et coopérateurs : car sans cela, nous ne comprendrions qu'avec peine beaucoup de choses que nous devons cependant concevoir bien clairement.

296. Leicester servait de favori à la reine dans toutes les occasions : le docteur Hayliint ( histoire de la Réforme ) le fait connaître en ces mots : Aussitôt qu'ELisABETH fut montée sur le trône elle fit Sir Robert Dudley ( second fils du duc de Northumberland, le traître qui avait été exécuté pendant le dernier règne ) lord Denbeigh et duc de Leicester , chancelier de l'université d'Oxford et chevalier de la Jarretière , après l'avoir nommé son écuyer ; elle lui donna alors le beau manoir de Denbeigh d'où relevaient plus de seigneurs que d'aucun autre en Angleterre qui appartînt à un sujet ,

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et y ajoiila encore le joli chateau de Kenilworlli. Arrivé à ce haut point de faveur , il s'empara de la nomination à toutes les places , soit de la cour , soit de l'état , et de tous les avancemens dans l'église ; enfin son implacable méchanceté , ses passions insatiables , ses rapines sacrilèges , sa fausseté et sa perfidie furent telles , il disposa avec tant d'injustice de la vie et des propriétés des individus , que son petit doigt pesa plus sur les Anglais que tous les favoris ensemble des deux derniers rois. ( Et rappelez-vous que ces deux rois furent Henri ^Ul qui savait si bien piller et confisquer, et Edouard VI ! ) Et afin de faire tolérer ces vices monstrueux , ou d'empêcher toutes plaintes , il les couvrit d'un zèle apparent pour la vraie religion , et se mit à la tête de la faction des puritains qui ne s'épargnèrent aucune peine pour le combler de louanges ; il ne manquait pas lui-même de les flatter de la manière qui paraissait la plus agréable à ces saints hypocrites, n'employant dans ses discours et dans ses lettres que des phrases tirées de l'Écriture, et en cela il était aussi habile que s'il eût été inspiré comme les écrivains sacrés. Nous ne devons point oublier que ce caractère est tracé par uu docteur de l'église d'Angleterre (de l'église de Betsj), dans un ouvrage dédié au roi Charles II. Elle voulait certainement épouser Leicester, qui, comme tout le monde le croyait , avait fait mourir sa propre

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femme afin de faciliter son mariage. Elle en fut empêchée par les rapports que lui firent ses ambassadeurs de ce que l'on disait dans les cours étrangères sur cette affaire odieuse , et par les remontrances de ses autres ministres. Higgons, historien d'un grand talent et d'une véracité rare, rapporte expressément que Leicester fit mourir sa première femme afin d'épouser la reine. Il épousa plus tard en secret une seconde femme qu'il empoisonna parce qu'elle refusait de divorcer , lorsqu'il en voulait prendre une troisième : c'est au moins ce que l'on trouve dans un ouvrage appelé Leicester's republic , qui parut en i568. Malgré toufi ces crimes, cet homme, ou plutôt ce monstre , conserva tout son pouvoir, ses richesses, sa faveur auprès de la viergereine jusqu'au dernier jour de sa vie qui finit en i588, après trente années de pillage et de tyrannie exercés sur le peuple anglais. Il fut un réformateur de rehgion bien digne d'être enrôlé avec les Henri VIII, Cranmer, Thomas Cromwell et la bonne reine Bess.

297. Sir William Cecil occupait le premier rang après Leicester. Il était le secrétaire d'état de la reine ; mais ensuite elle le fit lord avec le titre de Burleigh , et le fit aussi lord- trésorier, il avait été protestant sous le règne d'E- DOUARD VI, lorsqu'il était secrétaire d'abord sous le protecteur Sommerset , qu'il abandonna pour s'attacher à Dudley lorsque celui-ci l'emporta

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sur Sommerset : ce fut lui qui dressa l'instrument de trahison par lequel Edouard, au lit de la mort , deshérita ses sœurs Marie et Elisabeth. Marie lui ayant pardonné sa trahison , il devint un catholique très-fervent , et s'engagea comme volontaire avec les autres , pour aller jusqu'à Bruxelles au-devant du cardinal Pole; mais le vent ayant changé , il redevint protestant de nouveau, et secrétaire d'état de la bonne Betsy, qui ne s'inquiétait jamais du caractère ni des principes de ceux qu'elle employait, pourvu qu'ils fussent propres à ce qu'elle se proposait d'eux. Ce Cecil qui avait de grands moyens , et encore plus de prudence et de fmesse , fut le principal appui de son trône pendant les quarante-trois ans qu'elle régna. Il mourut en iSgS, âgé de soixante- dix-sept ans. Si l'on ne considère que le succès , la facilité à trouver des expédiens -, s'il suffit d'arriver à son but sans examiner les moyens, si encore l'on doit fouler aux pieds la sincérité, la vérité, les lois, la justice et la piété ; si l'apostasie , le parjure , la fausseté , l'effusion du sang innocent ne méritent pas la moindre attention , ce Cecil fut certainement le plus '' grand homme d'état ^' qui ait jamais vécu. Il eut plus qu'aucun autre la confiance de la reine qui, lorsqu'il devint vieux et que ses membres pouvaient à peine le supporter , avait coutume de le faire asseoir devant elle en lui disant dans le style mâle et empha-

tique qui lui était ordinaire : Je vous fais venir ici non pour vos faibles jambes , mais pour votre forte tête.

098. Francis Walsingham devint secrétaire d'état après Cecil 5 mais la reine l'avait presque toujours employé depuis le commencement de son règne , elle l'avait chargé de plusieurs ambassades auprès de différentes cours; il avait négocié plusieurs traités; il était excessivement prudent et très-rusé , mais ne s'occupait nullement des moyens pourvu qu'il arrivât à son but. On dit de lui qu'il entretenait cinquante -trois agens et dix-huit espions dans les cours étrangères ; il persécuta avec acharnement les catholiques , mais avant de mourir, en iSgo, il éprouva luimême un peu de cette tyrannie , de cette ingratitude et de cette dureté qu'il avait pendant si long-temps contribué à faire peser sur tant d'innocens.

29g. Paulet Saint- Je an, marquis de Winchester. Celui-ci ne fut pas un homme d'état comme beaucoup d'autres , il n'était qu'en seconde ligne, il présida des tribunaux et fut employé à d'autres œuvres semblables. Je ne parle ici de Paulet que pour donner un échantillon des moeurs et de la conduite de ceux qui firent et soutinrent la fameuse " Piéforme. " Ce Paulet ( le premier noble de sa famille ) commença par être maître d'hôtel de l'évêque de Winchester, dans le temps de l'évêque Fox , sous le règne

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de Henri VII. Le brutal Henri VIII le fit trésorier de la maison du roi, et comme il entrait avec ardeur dans toutes les vues de ce "défenseur de la foi " , il devint lord Saint- Jean. Il fut l'un des fameux exécuteurs qui devaient faire accomplir la volonté de Henri VIII, quoique celui-ci eût enjoint à ces hommes de conserver avec soin sa religion à jnoitié catholique. Paulet devint sous le règne d'Edouard un protestant zélé , et il conserva ses places et ses revenus , outre ce qu'il se procurait de temps en temps sur les dépouilles des églises et des pauvres. Lorsqu'il vit que Dudley était sur le point de supplanter Sommerset, ce qui arriva en effet, Paulet se joignit à Dudley; il présida le jugement et prononça la sentence de mort contre Sommerset, dont le seul nom, deux années plus tôt, dit Milner, l'aurait fait trembler : Dudley le fit d'abord duc de Tf^iltschire et ensuite marquis de T^inchester, et lui donna le palais de l'évêque de Winchester, comme évêque de Waltham avec d'autres dépouilles de cet évêché. Lorsque Marie monta sur le trône , il devint encore une fois catholique , et continua de jouir de ses places et de ses revenus. Non-seulement il redevint catholique , mais un catholique furieux , et il fut le plus actif, le plus ardent de tous les persécuteurs de ces mêmes protestans, à la communion desquels il s'était fait une gloire d'appartenir, deux années seulement auparavant. On nous a

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souvent entretenus des cruautés du sanguinaire évêque Bonker; mais on ne nous a pas dit que ce marquis de Winchester, comme président du conseil , réprimandait souvent Bonner dans des termes très-durs, parce qu'il ne mettait pas assez de zèle et cV activité à envoyer les protestans à la potence ! Fox dit que parmi les membres du conseil le marquis de Pf^inchester fut celui qui mit le plus d'ardeur à ces persécutions. Mais quand Marie fut morte, Elisabeth ayant résolu d'exterminer les catholiques, Pau let redevint aussitôt protestant et le plus cruel persécuteur de ces derniers; il fut nommé président de plusieurs commissions pour les condamner à mort , et il jouissait d'une telle faveur auprès de la bonne Bess , qu'elle disait que s'il n'était pas aussi vieux elle le préférerait comme mari à tout autre de ses sujets. Il mourut dans la treizième année de son règne, âgé de quatrevingt-dix-sept ans, étant resté en place sous le règne de cinq souverains, et ayant changé quatre fois de religion pour se conformer aux cliangeraens faits par quatre d'entre eux. Un historien français rapporte que quelqu'un ayant demandé à Paulet comment il avait pu en traversant tant de tempêtes , non-seulement ne pas être renversé mais même aller toujours en s'élevant, il répondit : « en étant un saule, et non un chêne. » Notre premier ministre actuel, qui, en 1822, au moment où l'on faisait une collecte pour les

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Irlandais qui mouraient de faim , attribua la détresse de ce pays à une surabondance de nourriture , paraît aussi appartenir à cette espèce de saules; car, à quinze mois près, il a toujours été en place depuis qu'il est homme. Il commença d'abord sous Pitt; Pitt sortit , et il s'attacha à Addington; après Addington , il s'attacha de nouveau à Pitt. Il fut complètement chassé par les JP^higs , mais il revint encore avec le duc de Pop^tland, s'attacha à Perceval, et à la fin arriva lui-même au sommet où il se maintiendra le restant de ses jours, à moins que Forage qui gronde sur le papier monnaie n'arrache même les saules par la racine. Quant à ce qu'eût fait ce saint homme , s'il y avait eu un changement de religion à chaque changement de ministère, je ne prétends pas le dire.

3oo. Tels étaient les instrumens dont la bonne Bess devait se servir. Nous allons voir à présent comment ils se comportèrent envers Marie Stuart, cette fameuse et infortunée reine d'Ecosse. Il est impossible , si l'on ne remonte pas à son histoire , de faire comprendre clairement comment Betsy put établir la rehgion protestante en Angleterre malgré le peuple anglais : car ce fut malgré la masse presqu'entière du peuple de tout rang et de tout ordre. Elle égorgea , c'est-à-dire , elle éventra plusieurs centaines d'entre eux , elle en fit mettre un grand nombre à la torture ; elle en fit mourir plusieurs milliers

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de différentes manières et elle en réduisit à la mendicité un nombre égal à la population de l'un des petits comtés de l'Angleterre , pour ne rien dire en ce moment de la grande boucherie d'Irlande. Nous ne pouvons comprendre comment elle fut capable de faire tout cela ; comment elle vint à bout de faire faire au parlement tant de choses monstrueuses ; comment elle put le faire consentir à un acte d'après lequel , si elle avait un bâtard , le trône lui appartiendrait, et qui déclarait coupable de haute-trahison ceux qui niaient qu'un bâtard pût être le légitime héritier du trône , on ne peut s'expliquer comment elle put rester en Angleterre après cet acte d'une infamie ineffaçable , le meurtre de Marie Stuart j il nous est impossible de comprendre les causes de ces événemens si nous ne connaissons pas l'histoire de Marie , et si nous ne voyons pas ce qui a influencé les Anglais à cette époque intéressante dont les actes ont été si décisifs pour la destinée de la religion catholique en Angleterre.

3oi. Marie Stuart, née en i543 , ( neuf ans après la naissance d'Elisabeth ) , était fille de Jacques V, roi d'Ecosse, et de Marie de Lorraine, sœur de ce brave et patriotique seigneur le duc de Guise qui , comme nous l'avons vu, avait été si lâchement assassiné par le perfide Coligni. Marie Stuart n'était âgée que de huit jours lorsqu'elle perdit son père , de sorte

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iju'elle était encore au berceau lorsqu'elle devint reine d'Ecosse. Son père ( Jacques V ) était iils de Jacques IV, et de IMarguerite, sœur aînée du vieux sauvage Henri YIII. Le " défenseur de la foi " voulait faire épouser Marie Stuart à son fils Edouard, et réunir par ce moyen l'Ecosse à l'Angleterre. La famille des Guise ne pouvait se laisser surprendre par le vieux défenseur. On établit une régence en Ecosse , et Marie Stuart fut amenée en France où elle reçut son éducation , et où elle parut toujours avoir placé ses affections. Les Français voulant s'assurer l'Ecosse comme une alliée fidèle contre les Anglais, fiancèrent Marie Stuart à François, dauphin de Fiance, fils et successeur de Henri II, roi de France. Elle l'épousa en i558, âgée de dix-sept ans, quoiqu'il eût deux ans de moins qu'elle, l'année même où Elisabeth monta sur le trône d'Angleterre.

3o2. Ce que le vieux Henri avait tant redouté , ce qui avait causé tant d'elïVoi à ses conseillers et à son peuple venait précisément d'arriver. Edouard était mort, la reine Marie était morte , et comme Elisabeth était bâtarde de fait et de droit, Marie Stuart était l'héritière du trône d' Angleterre , et elle était actuellement la femme de l'héritier immédiat du roi de France. Rien ne pouvait arriver plus à propos pour Elisabeth. La nation n'avait qu'un choix à faire : il fallait la prendre et la sou-

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tenir, ou se déterminer à devenir une grande province de la France. Si Elisabeth était morte à cette époque , ou même avant sa sœur Marie, l'Angleterre aurait été obligée de se voir ainsi abaissée, ou de créer une nouvelle dynastie ou de se former en république. Telle fut la raison pour laquelle tous s'entendirent, catholiques et protestans , pour placer et soutenir Elisabeth sur le trône et pour s'opposer à Marie Stuart, quoi qu'elle fût sans aucun doute la légitime héritière de la couronne d'Angleterre.

3o3. Et comme pour ajouter un nouveau poids à ce motif qui était déjà assez important par luimême , Henri II, roi de France, vint à mourir huit mois après qu'ELisABETH fut montée sur le trône, de sorte que Marie Stuart était en iSSg reine épouse de France, reine d'Ecosse et se disait reine d'Angleterre; elle portait ainsi que son mari les armes d'Angleterre avec celles de France et d'Ecosse; et le Pape avait refusé de reconnaître le droit d'ELisAsETH au trône. Ainsi, comme l'avait prévu le vieux Henri , lorsque dans son testament il avait laissé de côté la branche écossaise de sa famille , l'Angleterre allait passer au pouvoir de la France si la nation ne s'opposait à la décision du Pape et ne soutenait Elisabeth.

804. Telle fut la vraie cause des succès d'Elisabeth dans la destruction de la religion ca-

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tholique en Angleterre. D'après la décision du Chef de l'Eglise catholique , Elisabeth était une usurpatrice j si elle était une usurpatrice , elle devait se retirer; si elle se retirait, Marie Stuart et le roi de France devenaient reine et roi d'Angleterre ; s'ils devenaient reine et roi d'Angleterre, l'Angletrre n'était plus qu'une simple province gouvernée par des Ecossais et des Français : idée qui seule suffisait pour faire faire au peuple anglais les plus grands sacrifices. Tous les hommes dès-lors de quelque rang qu'ils fussent, catholiques ou protestans , s'attachèrent à Elisabeth. La conservation de sa vie devint un objet cher à tout son peuple; et quoique ses cruautés dans un ou deux cas aient armé les catholiques contre le roi , ils agirent toujours envers elle aussi loyalement que ses sujets protestans ; et même lorsqu'elle enfonçait son instrument meurtrier dans leurs entrailles , ils déclaraient tous , sans exception , qu'elle était leur reine légitime. La décision du Pape, en elle-même très-juste, se trouvait , par une combinaison de malheureuses circonstances , si opposée dans ses conséquences évidentes et inévitables à la grandeur, aux lois, aux libertés , à l'honneur national des Anglais , qu'ils furent réduits à la nécessité absolue de se refuser à cette décision ou de voir rayer leurs noms d'entre celui des nations. Mais observez que cet embarras et tous les dangers et les malheurs qu'il produisit , furent entière-

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TESTANTE.

ment dus à la " réforme. " Si le vieux saauage Henri eût écouté sir Thomas More et l'évêque FiSHER , il n'y aurait eu aucun obstacle au mariage de son tils avec Marie Stuart, et en outre il n'aurait point eu d'enfans dont la légitimité eût pu être contestée , et même , d'après les calculs de la probabilité humaine, peutêtre eùt-il eu plusieurs enfans qui auraient été les légitimes héritiers du trône d'Angleterre.

oo5. C'est ici que nous trouvons la grande et en effet la seule cause des succès qu'eut Elisabeth lorsqu'elle voulut renverser la religion catholique. Tout son peuple était catholique , comme il l'avait montré clairement lorsque Marie était montée sur le trône. Elisabeth ne le céda en tyrannie ù aucun autre, elle fut la plus cruelle des femmes j ses dégoûtantes amours étaient publiques , et cependant elle fut le souverain le plus populaire qui eut jamais existé depuis le temps d'ALFRED ; et nous avons beaucoup de preuves du grand intérêt que prenaient tous ses sujets de quelque rang qu'ils fussent à tout ce qui concernait sa vie ou sa santé. Des eflets comme ceux-ci ne tiennent pas à des causes ordinaires. Les cruautés , presque sans exemple , qu'elle exerça envers un grand nombre de ses sujets, ses infâmes perfidies, sa hauteur, son insolence et sa vie débauchée devaient la faire détester et faire désirer à son peuple tout ce qui pourrait l'en débarrasser. Mais ils ne voyaient

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qu'elle entre eux et une domination étrangère, ce qui leur avait toujours inspiré la plus grande horreur. Telle fut aussi la cause pour laquelle le parlement qui n'avait pu obtenir d'elle qu'elle se mariât fit cet acte par lequel ses enfans naturels étaient déclarés héritiers légitimes de sa couronne. Witaker ( ministre de l'Eglise d'Angleterre ) appelle cet acte infâme. Considéré en luimême il méritait bien ce nom , mais cette honte dont , au premier abord , il semble couvrir la nation, disparaît lorsqu'on est pénétré de ce que j'ai dit plus haut. Le grand objet de l'inquiétude de la nation anglaise à cette époque était de se soustraire à Marie Stuart et à la dornination des Ecossais et des Français. Hume , qui toujours médite quelque hostilité contre la religion catholique , attribue la popularité dont jouit Elisabeth au dégoût qu'avait le peuple pour ce qu'il appelle la superstition romaine, Witaker attribue la destruction de la religion catholique au choix du peuple et non à la reine. Les écrivains catholiques l'attribuent à ses cruautés, et en cela ils ont bien raison ; mais ils n'expliquent pas, comme j'ai tâché de le faire, comment elle a pu commettre impunément des cruautés si honteuses et si inouies. Enfin pour la nation la question se réduisait à ces deux propositions : la rehgion Protestante , Elisabeth et l'indépendance ; ou la religion cathohque , Marée Stuart et l'asservissement aux étran'iurs. Ils se

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décidèrent pour la première, et de là toutes les calamités et la fin tragique de la reine d'Ecosse. 3o6. Marie Stuart était en i559( comme nous l'avons vu paragraphe 3o3 ) arrivée au plus haut point de gloire dont on puisse jouir sur la terre , elle était en même temps reine- épouse de France, reine régnante d'Ecosse, reine légitime d'Angleterre, et elle était en outre regardée comme l'une des plus belles femmes du monde. Jamais chute ne fut semblable à celle de cette reine. Son mari François II mourut dix-neuf mois après son avènement au trône et eut pour successeur Charles IX, âgé alors seulement de trois ans. La mère de son mari la convainquit bientôt que pour être quelque chose il lui fallait retourner en Ecosse. Elle partit pour l'Ecosse, accablée de tristesse, espérant bien peu de repos dans un pays qui était plongé dans toutes les horreurs de la " Réforme " et plus profondément encore que l'Angleterre elle-même. Pendant sa longue minorité et son absence de ses états, il s'était formé plusieurs factions de nobles qui triomphaient alternativement l'une de l'autre et qui entrenaient dans l'état une guerre civile presque continuelle accompagnée d'actes de perfidie et de férocité, et dont on trouverait difficilement un exemple dans l'histoire ancienne ou moderne j ajoutez-y l'œuvre des nouveaux saints qui avaient porté la " réforme " beaucoup plus loin qu'en Angleterre. Le fameux John Knox, moine apos-

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tat, que Johnson appelle le scélérat de la " Réforme y ^' était à la tête des saints hyprocrites de l'Ecosse ( c'est ainsi que le docteur Heylin les appelle ). Marie qui avait été élevée dans le culte catholique , et qui avait été adorée à la cour de France , pouvait-elle mener une vie heureuse chez un peuple comme celui-ci?

Scy. Cependant Elisabeth, ses ministres et le peuple Anglais ( car nous ne devons rien déguiser ) virent ces malheurs avec une grande et peu généreuse satisfaction. Pour le présent au moins ils n'avaient plus à redouter les dangers de l'union de l'Ecosse avec la France. Mais Marie Stuart pouvait contracter un nouveau mariage. Elle était toujours unie à la puissante famille des Guise, et elle était encore une personne redoutable, surtout pour Elisabeth. Si Marie eût été un homme, Betsy l'aurait épousée; mais c'était là une difficulté que Cecil luimême ne pouvait surmonter. La reine d'Angleterre commença bientôt à susciter contre sa cousine des factions et des révoltes ; par ses intriejues avec les factions religieuses et avec les nobles ambitieux , elle devint en peu de temps , et à l'aide de son argent ( moyen qui réussissait infailliblement avec les " réformateurs " écossais ) plus puissante en Ecosse que la pauvre Marie elle-même. Elle entretint à la cour pendant la plus grande partie de son règne une bande de l'une ou de l'autre de ces factions : son but était

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d'empêcher Marie de posséder la moindre autorité et de la faire périr , si cela était possible , d'une manière quelconque , pourvu que le crime restât caché.

3o8. En i565 , trois ans environ après son retour en Ecosse, Marie épousa Henri Stuart duc de Darnley, son cousin. En cela elle trompa la reine d'Angleterre qui , craignant de voir naître de ce mariage un héritier pour son propre trône ( ce qui arriva réellement ) prit des mesures désespérées pour l'empêcher ; mais ces mesures arrivèrent trop tard. Darnley, quoique jeune et beau, se comporta comme un mari indiscret , et devint désagréable. Au fond il était Protestant ; Marie le traita bientôt avec mépris , ne lui laissa aucune autorité réelle, et enfin le bannit de sa cour et le désavoua. Darnley voulut se venger. Il attribua les mauvais trailemens qu'il éprouvait aux avis et à l'influence des favoris catholiques, et surtout à Rizio, étranger, secrétaire privé de JNÏarie. Plusieurs nobles qui avaient lieu d'être mécontens se joignirent à Darnley, et convinrent à l'aider à assassiner Rizio, ayant soin de se faire donner de lui un billet qui devait les garantir contre toutes les conséquences fâcheuses de ce crime. Marie était à souper avec quelques dames de sa cour , Rizio et d'autres serviteurs attendant qu'on eut besoin d'eux, lorsque les conspirateurs arrivèrent. Darnley se plaça derrière la chaise de la reine : Ri-

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zio qui avait deviné leur dessein accourt pour se mettre sous la protection de la reine. Elle était alors enceinte de sept mois, et elle chercha à lui sauver la vie par ses prières et par ses cris ; mais les assassins le poignardèrent à ses pieds, et l'ayant entraîné ils couvrirent son corps de blessures.

Sog. Cet acte affreux et sanglant, pour lequel aucun des complices de Darnley ne fut jamais puni , fut sans doute la cause et la principale cause de la mort juste quoiqu'iilégale de Darnley lui-même. L'année qui suivit le meurtre de Rizio ( iSôy ) Marie ayant dans l'intervalle rais au monde un fds ( qui fut notre Jacques I, à moitié catholique et à moitié puritain ), Darnley fut malade à Glasgow. La reine vint le voir , le traita avec beaucoup de bonté , et lorsqu'il fut rétabli , elle le ramena à Edimbourg ; pour le faire jouir d'un air plus pur , elle le plaça dans une maison séparée, à quelque distance des autres maisons , et hors de la ville , où elle le visitait tous les jours , et où elle couchait chaque nuit dans une chambre qui était immédiatement au-dessous de la sienne. Mais le lo février au soir , elle lui dit qu'elle coucherait dans son palais parce qu'elle avait promis d'assister au mariage de deux personnes de la cour. Ce mariage eut lieu en effet et la reine y assista. Ce fut dans cette nuit même que la maison où était le roi sauta par une explosion de poudre ; son

corps fut lancé dans un champ voisin : si la poudre avait laissé à cet homme vil et sanguinaire le temps de réfléchir, peut-être eût-il pensé aux coups de poignard dont il avait accablé Rizio, malgré les cris d'une femme enceinte et défaillante.

3io. Ce fut alors que commencèrent les grandes et longues calamités de cette infortunée reine. Elle avait été plusieurs fois insultée et même emprisonnée par les différentes factions qui, animées et secourues par la reine d'Angleterre, l'accablaient alternativement elle et son peuple; mais à présent elle doit mener la vie et subir la mort d'un malfaiteur. On a prouvé sans réplique que le duc de Both WELL lié avec d'autres complices par un pacte sanguinaire avait fait périr Darnley. Ceci fut dit publiquement et affiché dans les rues : on dit aussi que Marie avait participé au complot. On ne put jamais en avancer une preuve bien évidente , mais la conduite que tint ensuite la reine était peu propre à chasser les soupçons. Je ne vais rapporter ici que les faits qui sont admis par tous les écrivains. Bothwell, avant la mort de Darnley, avait joui d'une grande faveur auprès de la reine, et il en avait reçu un pouvoir auquel ni ses talens , ni ses mœurs ne lui donnaient le droit de prétendre : après le meurtre , il en fut acquitté par un faux jugement qu'elle aurait pu prévenir. Le 2 3 avril (environ deux mois après le meurtre), lorsqu'elle

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revenait de voir son petit enfant , elle fut enlevée par Bothwell à la tête de trois mille cavaliers , et emmenée dans son cliâteau de Dunbar ; avant de quitter le château , le 3 de mai , elle consentit à l'épouser. Dans ce moment il avait sa femme , mais il s'en sépara par un divorce protestant et catholique^ dans l'espace de six jours, et qui fut accordé dans une cour pour cause d'adultère , et dans l'autre pour cause de parenté. Le 12 mai Bothwell conduisit la reine devant un tribunal , et là , en présence des juges , elle lui pardonna la violence qu'il avait commise sur sa personne ; le i5 mai elle l'épousa publiquement : l'ambassadeur de France ne voulut point assister à la cérémonie , et dans ce cas Marie refusa d'écouter les avis de la famille des Guises.

3 1 1 . Un grand nombre de volumes ont été écrits sur ce sujet , les uns pour prouver que Marie avait consenti au meurtre de son mari, les autres pour soutenir la proposition opposée. Ses ennemis citèrent des lettres et des sonnets qu'ils disaient avoir été adressés par Marie à Bothwell avant la mort de son mari. Ses amis nient l'authenticité de ces lettres , et je crois leurs raisons assez fondées. Witaker, Anglais, recteur de l'Église d'Angleterre , qui a beaucoup écrit contre la religion catholique, défend Maire de la charge d'avoir été complice ou d'avoir eu antérieurement connaissance du meurtre de son

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mari. Mais personne ne peut nier les faits que je viens de citer ; personne ne peut nier qu'elle fut enlevée par Bothv^ell ; qu'après avoir recouvré la liberté, elle lui pardonna, et qu'elle Vépousa aussitôt , quoique cette action remplît d'horreur la famille des Guises qu'elle avait toujours écoutée jusqu'alors avec la docilité d'une fille obéissante.

3 12. Cette conduite choquante, qui était bien aussi capable que le meurtre d'un coquin tel que Darnley d'exciter contre elle une haine universelle, fut suivie promptement d'une punition effrayante. Une partie de ses sujets s'armèrent contre elle , défirent Botliwell qui fut obligé de quitter le pays, et qui peu d'années après mourut en prison dans le Danemarck. Elle se trouva elle-même prisonnière de ses propres sujets , et elle ne sortit de la prison où ils l'avaient renfermée que pour venir perdre la vie dans celle d'ÉLisABETH, sa ruséc et mortelle ennemie.

3i3. Les rebelles étaient commandés par le duc de Murray, fils naturel du père de Marie, et qui fut pour elle un frère cruel et dénaturé. Il avait fait emprisonner et déposer la reine , avait fait couronner son fils, âgé de treize mois, et s'était fait nommer lui-même régent du royaume. Murray avait commencé par être non-seulement catholique , mais même ecclésiastique ; il était prieur de saint André ; mais croyant pouvoir gagner quelque chose par l'apostasie , il

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apostasia, comme Knox, et dès-lors viola son serment ; Witaker dit de lui " que bien qu'il " se fût rendu coupable des crimes les plus " monstrueux , les réformés de celte époque l'ap- " pelaient encore un bon homme. " Le but de tous ses désirs était de détruire la religion catholique, c'était ce qu'il regardait comme le meilleur moyen de conserver son pouvoir; et comme il était un hardi menteur et qu'il ne reculait devant aucune perfidie, devant aucun parjure, devant aucun acte sanglant quand il le menait à ses fins , c'était un homme selon le cœur de la bonne reine Bess.

3r4. Elle affecta cependant au commencement de désapprouver sa conduite, elle le menaça de faire marcher contre lui une armée pour le forcer à rétablir la reine , donna à celle-ci des assurances positives de ses secours, et elle l'engageait, en cas de besoin , à prendre abri et à recevoir protection en Angleterre. Dans un moment funeste, Marie se confiant en ses promesses et ces invitations , prit cette fatale résolution , malgré les prières de ses fidèles amis qui la conjurèrent à genoux de ne pas se jeter dans les serres de celle qui depuis si long-temps était altérée de son sang. Au bout de trois jours , elle trouva qu'elle s'était sauvée dans une prison. Sa prison fut, il est vrai, changée deux ou trois fois; mais elle resta prisonnière pendant dix-neuf années entières , et fut à la fin mise à mort de la ma-

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nière la plus barbare pour un crime qu'on lui reprochait et qu'elle n'avait pas même pu commettre-

3i5. Pendant ces dix-neuf ans Elisabeth fut toujours occupée à intriguer avec les sujets révoltés de Marie, déchirant sans cesse l'Ecosse au moyen de la corruption qu'elle répandait parmi les différentes bandes de traîtres , et faisant supporter à des gens qui ne l'avaient jamais ofiénsée les maux de toute espèce qu'une nation peut endurer.

3 16. Si nous voulions compter simplement tous les actes ou la moitié des actes de perfidie , d'hypocrisie, de bassesse et de barbarie que la bonne Bess employa contre cette infortunée reine qui avait à peine vingt-cinq ans lorsqu'elle se jeta entre les griffes de cette harpie, cette lettre tout entière ne serait pas suffisante. Tandis qu'elle affectait de désapprouver Murray, elle l'excitait en secret à accuser sa reine et sa sœur. Tandis qu'elle prétendait soutenir l'inviolabilité des souverains, elle chargeait une commission de juger Marie pour sa conduite en Ecosse. Tandis qu'elle appelait, par ses vœux, la vengeance surlestraitres écossais qui s'étaient révoltés contre sa cousine, elle recevait d'eux, en présent, une grande partie des bijoux que Marie avait reçus de son premier mari, le roi de France-, et lorsqu'enfin elle fut forcée de déclarer Marie innocente du meurtre de son marij elle refusa non-seulement

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de la rétablir d'après la promesse solennelle qu'elle lui avait répétée plusieurs fois, mais elle refusa aussi de lui rendre la liberté, et même elle rendit sa prison plus étroite , plus rigoureuse et plus douloureuse que jamais. Murray, son associé en perfidie, fut tué en 1670 par un homme dont il avait confisqué injustement les biens. Mais de nouveaux traitres lui succédèrent qui tous furent soudoyés par Elisabeth; et pendant ce temps, l'Ecosse était abreuvée de sang de tous côtés , parce que la cruelle politique de la reine lui avait appris que c'était nécessaire pour sa propre sûreté. Witaker cite une foule d'autorités pour prouver qu'elle voulait se faire remettre le fils de Marie , et que , n'ayant pu réussir , elle fit tous ses efforts pour le faire empoisonner.

317. Enfin , en 1587, la tigresse amena sur l'échafaud la victime qu'elle avait si long-temps tourmentée. On commençait à employer contre elle ces moyens de désunion et de destruction qu'elle avait employés pendant toute sa vie contre les autres , et elle voyait à chaque instant ses jours en danger. Elle crut , et peut-être avec raison , que ces complots qui se tramaient contre elle venaient du désir qu'avaient les catholiques ( et ce désir était naturel ) de débarrasser le monde de sa personne et de ses cruautés affreuses, et de faire arriver au trône Marie qui était catholique et sa légitime héritière , et elle crut n'avoir d'autre moyen pour mettre sa vie en su-

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reté que de faire mourir cette reine. Lorsqu'elle y fut résolue , pour faciliter l'exécution de ce projet, elle fit passer au parlement un acte qui punissait de mort toute personne qui étant dans le royaume conspirait avec d'autres pour s'en emparer , ou pour faire mourir la reine. On saisit les papiers de Marie. Ce que l'on n'y put pas trouver, comme le prouve Witaker, la perfidie sut bien y suppléer : " crime qui, dit-il, nous devons l'avouer avec honte, fut commis par les protestans. " Mais de quel droit Bess auraitelle pu se plaindre des intentions hostiles de Marie? elle était reine aussi-bien qu'elle. Elle avait été tenue de force en prison , non point après avoir été fait prisonnière dans la guerre, mais après avoir été trompée avec perfidie et retenue par la force. Elle avait éprouvé tous les mauvais traitemens possibles -, il ne restait plus qu'à répandre son sang, et dès-lors n'avait-elle pas évidemment le droit de combattre et de détruire son ennemi implacable par tous les moyens qui étaient en son pouvoir ? Et quant au jugement, quelle loi, quel usage autorisait une reine à en inviter une autre à venir dans son royaume, à l'emprisonner et ensuite à la faire juger pour de prétendues ofîénses contre elle ?

3i8. Lorsqu'on débattit dans le conseil de la bonne Bess la manière dont elle devait se débarrasser de Marie j Leicester opina pour le poison ; d'autres voulaient qu'on resserrât son

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emprisonnement et qu'on la fît mourir de cette manière; mais Walsingham dit qu'elle devait être condamnée par un tribunal, parce qu'une marche régulière était le seul moyen de faire taire les langues du monde. On nomma donc une commission et Marie fut jugée et condamnée ; elle le fut d'après des papiers dont une partie au moins étaient évidemment supposés , qui tous n'étaient que des copies , et dont on ne put fournir l'original même d'un seul ! La sentence de mort fut prononcée en octobre ; car , pendant quatre mois , l'implacable bonne reine Bess employa tous les moyens possibles pour faire assassiner sa victime , afin de s'épargner la honte d'avoir été elle-même son meurtrier. Witaker le prouve de manière à ce qu'il n'est pas possible d'élever le moindre doute à ce sujet. jMais quoiqu'elle eût confié la garde de Marie à deux hommes ennemis mortels des catholiques, ceux-ci refusèrent constamment de se prêter à ses vues, quel qu'instance qu'elle employât pour cela. Ayant ordonné à son secrétaire Davison de leur écrire à ce sujet, sir Amias-Paulet l'un des gardiens , répondit " qu'il était peiné " de la proposition qu'on lui avait faite ; qu'il " mettait à la disposition de Sa Majesté sa vie " et ses biens , mais qu'il refusait absolument " de prendre part à l'assassinat de Marie. " L'autre gardien, sir Drue-Druky, fit la même réponse. Lorsqu'elle l'eut lue , elle éclata en

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reproches contre eux , se plaignit de la délicatesse | de leurs consciences, parla avec mépris de l^ex" actitucle de serviteurs aussi scrupuleux j et jura qu'elle le ferait faire sans leur secours. Au bout de quatre mois cependant d'efforts inutiles pour trouver des hommes assez bas et assez criminels pour commettre ce meurtre , elle eut recours à sa dernière ressource, F assassinat légal y qui fut commis sur sa malheureuse victime le 8 de février iSSy, jour qui tache d'une infamie éternelle la mémoire de la reine d'Angleterre, " rei- " ne, dit Witaker, qui n'avait aucun sentiment " de tendresse ni de générosité ; qui ne pensa " pas à la vengeance terrible de l'histoire , et " que ne lit pas trembler la sentence infiniment " plus terrible d'un Dieu juste et vengeur. Je " rougis . comme Anglais , de penser que ces " crimes furent commis par une reine d'Angle- " terre, et A.on\.j'ai appris , dès mes premières " années , à regarder le nom comme l'honneur " de son sexe et la gloire de notre île. "

3ig. Oui! et c'est aussi ce que l'on m'avait appris , c'est ce que l'on nous avait appris à tous. Ah ! sans doute , il est bien de notre devoir aujourd'hui d'enseigner à nos enfans à connaître la vérité. Parlez-moi de réponses en effet! Qu'ils nient s'ils le peuvent que celle qui fut le chef de l'église j qui l'établit, fut un meurtrier, et qu'elle désira de sang froid commettre un assassinat.

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