Les amendes étaient si considérables, el
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les étaient exigées avec tant de rigueur , et les sommes imposées pour FolTense de refus seule étaient si énormes , que tous les catholiques consciencieux étaient menacés d'une ruine complète. Ceux des prêtres qui n'étaient jamais sortis de l'Angleterre , et qui avaient été consacrés avant le règne de cette horrible femme, n'étaient plus , dans la vingtième année de ce règne , qu'en très-petit nombre j car les lois défendaient sous peine de mort d'en faire de nouveaux ,et en effet aucun ne pouvait être ordonné par l'autorité ecclésiastique, puisque les évèques catholiques qui vivaient encore en avaient reçu la défense sous peine de mort. Elle harassa donc tellement les vieux prêtres que vers la vingtième année de son règne ils étaient presque tous exterminés ; et , comme il y avait peine de mort pour tout prêtre qui venait du dehors , peine de mort pour celui qui lui donnait l'hospilalité, peine de mort lorsqu'il remplissait ses fonctions en Angleterre , peine de mort pour ceux qui se confessaient à lui ; il paraissait impossible de l'empêcher de détruire complètement en Angleterre cette religion à l'abri de laquelle la nation anglaise avait joui de tant de bonheur et de tant de gloire pendant un si grand nombre d'âges; cette religion d'hospitalité et de charité, cette religion sous le règne de laquelle on n'avait pas connu le nom de pauvre; celle religion qui avait élevé les églises et les cathédrales ; qui avait planté
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et fertilisé ces universités dont les professeurs avaient fait la grande charte et rédigé le droit coutumier 'y cette religion enfin à laquelle avaient appartenu tous ces actes glorieux dans la législation comme dans les armes qui avaient rendu l'Angleterre l'envie des nations voisines et l'admiration du monde; il paraissait impossible surtout si ce tyran virago vivait encore pendant vingt autres années ( ce qui arriva ) de l'empêcher d'opérer complètement cette destruction. Elle fut cependant arrêtée dans l'exécution de son projet par le zèle et les talens de William Allen, gentilhoniine anglais qui était alors prêtre , et avait auparavant appartenu à l'université d'Oxford. Voulant arrêter le projet de cette reine impie de détruire la religion catholique , il forma à Douay , en Flandres, un séminaire pour l'éducation des prêtres anglais. Il fut aidé per plusieurs autres hommes instruits, et c'est de ce dépôt que les prêtres venaient en Angleterre, quoiqu'en exposant manifestement leurs jours. Ce fut là ce qui mit un frein à la méchanceté de cet apostat inexorable. La mer se trouvait entre elle et Allen; mais s'il pouvait défier en sûreté ses tortures et ses tourmens elle ne pouvait de son côté défier ainsi ses moyens , car il lui était impossible d'élever une muraille autour de l'île pour empêcher aux prêtres d'y pénétrer ; et malgré ses cent espions et ses mille poursuivans ( c'est ainsi qu'on noaimait les mirmidons
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qui exécutaient ses ordres sanguinaires ) , le clergé anglais ne cessa point d'exister et avec lui la religion de ses pères. Brûlant du désir de détruire le séminaire à' ^ lien , qui fut fait ensuite cardinal , et dont on ne peut prononcer le nom sans éprouver un sentiment d'admiration , elle eut recours à toutes sortes de projets , et elle finit par fermer perfidement ses ports à la Hotte des insurgés hollandais et flamands auxquels elle avait promis sa protection pour obtenir du gouverneur espagnol la dissolution du collège à.' ^ lien. Mais il trouva un refuge en France auprès de la maison de Guise, qui, maigré les remontrances les plus vives de la part de la bonne Bess au roi de France, l'établit à Reims avec son séminaire.
342. Ainsi trompée dans tous ses projets pour détruire le tronc qui fournissait les missionnaires , elle tomba avec plus de furie que jamais sur les branches et sur le fruit. Dire la messe ou V entendre , faire une confession ou l'écouter , enseigner la religion catholique ou l'étudier , ne pas assister aux offices de son église y c'était autant de grands crimes que l'on punissait tous avec plus ou moins de sévérité ; de sorte que les potences , les gibets et les tortures n'avaient aucun relâche , et les piisons , ainsi que les donjons , regorgeaient de victimes. La peine de ceux qui ne fréquentaient pas son église était de 20 iiv. par mois lunaire ^
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ce qui , en monnaie d'aujourd'hui , équivaut à aSo iiv. Des milliers de catlioliques refusèrent successivement d'aller à son église, ce qui fit autant de biens qu'elle put piller à "volonté. Car observez qu'ils étaient tenus à payer par an une amende équivalente à Ssoo Iiv. en monnaie actuelle. C'est ici, juste et sensible lecteur, qu'il faut remarquer la barbarie de cette " Pvéforme " protestante. Voyez un homme bien né, âgé peutêtre de soixante ans ou même plus : il est né et a été élevé dans la religion catholique, et on le force à se faire mendiant avec ses enfans, à devenir mendiant, ou à commettre ce qu'il regarde comme un acte d'apostasie et de blasphème. Figurez-vous , si vous le pouvez , une barbarie égale à celle-là ; et encore on ne la voit dans son jour le plus horrible que quand on se rappelle que le tyran qui la commit avait , pendant plusieurs années, professé ouvertement la religion catholique et avait juré à son sacre qu'elle croyait fermement en cette religion.
343. Pour donner plus de force à ces horribles edits , on eut constamment recours à toutes les insultes que des esprits oisifs pouvaient inventer. Celui qui était catholique ou regardé comme tel n'avait pas un moment de sûreté ni de repos. A toutes les heures , mais surtout pendant la nuit les brigands entraient dans sa maison en en brisant les portes; ils s'élançaient, en se séparant par bandes, dans les apparlemens,
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forçaient les cabinets, les coffres et les tiroirs; ils examinaient les lits et les poches ; enfin il n'était pas de lieu où ils ne cherchassent des prêtres , des livres, dus ornemens, des croix ou d'autres objets qui appartinssent au culte catholique. On en força plusieurs à vendre leurs propriétés, morceau par morceau, afin de payer les amendes; lorsqu'ils étaient en arrière, le tyran était autorisé par la loi à se saisir de leur personne et à s'emparer des deux tiers de leurs propriétés tous les six mois. Quelquefois on leur permettait , et c'était une grande grâce , de payer tous les ans une somme dont on convenait pour pouvoir s'abstenir de ce qu'ils regardaient comme une apostasie et un blasphème. Mais toutes les fois qu'elle soupçonnait que sa vie était en danger , pour quelque cause que ce fût , et elle avait toujours assez de justes causes, les amendes ou les arrangemens ne lui donnaient aucune considération pour eux. Elle les enfermait , soit dans les prisons, soit dans les maisons des protestans, et les tenait éloignés de chez eux pendant des années. Le catholique ne jouissait d'aucune sécurité, même dans sa propre maison; il avait à redouter l'indiscrétion des enfans ou des amis , la malice des ennemis, la vengeance des fermiers ou des serviteurs , les conclusions hasardées du faux soupçon , l'infamie de ces hommes qui , pour de l'argent, sont toujours prêts à commettre un parjure, l'avidité et la corruption des constables,
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des shériiTs, des magistrats, et la prévention virulente du fanatisme. Le catholique anglais consciencieux et riche vivait continuellement exposé à toutes les passions ennemies de la justice , du bonheur et de la paix, à tous les maux contre lesquels les lois, d'après leuroLjet, doivent protéger l'homme. Et tout cela se passait sur cette terre qui avait acquis dans le monde entier une si grande renommée par les actions de valeur et les lois sages de nos ancêtres catholiques.
344- Quant aux pauvres catholiques qui refufiaient ^ c'est-à-dire qui ne fréquentaient point l'église du tyran, ceux qui n'avaient pas de quoi payer les amendes étaient jetés dans les prisons jusqu'à ce que celles-ci (ce qui arrivait souvent) n'en pussent plus contenir, et jusqu'à ce que les comtés demandassent à être soulagés du soin de les entretenir. Alors on les relâchait, mais après les apoir fouettés publiquement ou leur avoir percé les oreilles avec un fer chaud. Cette mesure même ne suffisant pas , on fit passer un acte qui forçait tous ceux qui refusaient et n'avaient pas un revenu de vingt marcs par an à quitter le pays trois mois après leur jugement, et ordonnait de les punir de mort dans le cas où ils reviendraient. La bonne vieille Bess se trompa elle-même dans cette circonstance , car on vit qu'il était impossible de faire exécuter cette loi , malgré les menaces dont on cherchait à effrayer les jnges et les sheriffs que l'on ne put porter
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à imiter sa sévérité ; et dès-lors pour pnnir les pauvres calholiques , ils levèrent sur eux des sommes à leur bon plaisir , comme composition pour le crime qu'ils commettaient en s'abstenant de l'apostasie et de la profanation.
345. Les catholiques eurent penJant quelque temps l'espoir que, par une déclaration de leur loyauté , ils obtiendraient de la reine quelque allégement au moins de leurs peines. Ils rédigèrent donc une pétition très-respectueuse dans laquelle ils exposèrent leurs principes, leurs souffrances et leurs prières. Mais à qui s'adressaientils ? A celle à laquelle la vérité , la justice et la pitié avaient toujours été également inconnues. Lorsque la pétition fut rédigée, tous tremblèrent à la pensée du danger de la lui présenter. Enfin Richard ScHELLE Y de Michael Grove, comté de Sussex , se chargea de cette commission périlleuse. Elle eut la bassesse incomparable (comme elle l'eut fait pour tout autre qui la lui aurait offerte) de ne lui faire répondre que par les sombres échos d'une prison empestée , où il expira victime de son courage et de la cruauté de cette femme implacable.
346. Venez nous parler des tyrans catholiques ! dites que c'est par des actes de force et de cruauté que les catholiques ont propagé leur foi. .le ne conçois pas comment un Anglais qui remit son pain delà dépouille des cathoiitjues, peut avoir assez peu de pudeur pour s'exprimer de cette
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manière. Nos historiens "protestans" ne craignent pas de nous dire que les vaisseaux de l'armée espagnole étaient chargés de tortures que l'on devait employer contre les Anglais qui n'en furent préservés que par la sagesse et la valeur de la bonne et glorieuse reine Bess. On peut répondre d'abord que ce ne fut pas l'illustre Bess, mais bien la tempête qui empêcha l'invasion de s'effectuer , et ensuite que les Espagnols pouvaient très-bien s'épargner la peine de transporter des tortures, puisque la bonne Betsy en avait toujours un grand nombre qu'elle tenait en bon ordre et dont elle faisait un usage très-fiéquent. Je sens que ces recherches doivent faire éprouver aux protestans des sentimens pénibles, mais la justice veut que je décrive ici un ou deux de ces instrumens : nous y verrons quelques-uns des plus puissans de ces moyens dont elle se servit pour établir son " église protestante. " Et ici je remercie le docteur Lin- GARD de m'avoir mis ù même , par la note V du 5^ volume de son histoire , de donner cette description. " Une espèce de torture que l'on nommait la fille de Scavenger était un large cerceau de fer formé de deux parties réunies par une charnière. Le prisonnier devait se mettre à genoux sur le pavé et se resserrer dans un aussi petit espace que possible; ensuite le bourreau appuyant ses genoux sur les épaules du patient et lui passant le cerceau sous les jam-
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bes sériait la victime jusqu'à ce qu'il pût lier les pieds et les mains sur le défaut des côtes. La durée de cette torture était à' une heure et demie, et pendant ce temps le sang ruisselait des narines, souvent même des pieds et des mains. " TJ aimable Betsy avait encore d'autres argumens de conversion dont elle se servait pour détruire les erreurs damnahles du papisme; mais son argument le plus irrésistible était la torture proprement dite. Cet instrument était une large machine de bois de cliène , haute de trois pieds; on étendait au-dessous le prisonnier couché sur le dos. A ses poignets et à ses chevilles on attachait des cordes qui venaient se rouler sur deux axes placés aux extrémités de la machine ; ceux-ci étaient mis en mouvement , à l'aide de leviers , dans des directions opposées, jusqu'à ce que le corps se trouvât de niveau avec la machine. Celait alors que l'on adressait des questions au patient, et si les réponses ne satisfaisaient pas, on serrait de plus en plus jusqu'à ce que les os fussent déboîtés.
347. Voyez " protestans " voyez , vous qui cherchez à rabaisser la religion catholique , voyez quelques-uns des moyens que la bonne Bess a mis en usage pour étendre son église " établie par la loi. " Comparez , oui , comparez , s'il vous reste encore quelque justice , ces moyens avec les moyens qu'employèrent ceux qui introduisirent et établirent l'église catholique !
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348. Les autres événemens du règne de celte femme féroce ne sont plus que d'un faible intérêt , et ils n'appartiennent point à mon sujet ; mais puisque le Yioète pensionné JA'yi^jY-Tnomso's nous a parlé dans cette chédve pièce qu'aucun homme de sens ne peut plus supporter lorsqu'il est arrivé à l'âge de vingt ans , de la " gloire du règne de la vierge , " il ne me sera pas inutile , avant de prendre congé de cette bonne reine, de faire observer que ses hauts faits furent d'avoir violé un grand nombre de traités et de pactes solennels \ d'avoir continuellement excité des sujets rebelles contre leur souverain; d'avoir eu une flotte de pirates , une armée de pillards , d'avoir troqué pour une légère somme d'argent la ville importante de Calais , et de n'avoir pas même ajouté une seule feuille de laurier aux nombreux rameaux qui , depuis des siècles, ornaient le front de l'Angleterre. Quant à ses vertus " virginales ^'' Witaker ( u'oul)lions pas qu'il était ministre protestant) dit que .sa vie fui souillée par une licence sans bornes ^ qu'elle eut plusieurs amans, tandis qu'elle .s'appelait la reine vierge. Sa vie, comme il le dit , ne fat qu'une suite de méchancetés et de malheurs; et à sa mort ( qui arriva l'an i6o3 dans sa soixante-dixième année et la quarantecinquième de son règne ) elle fit tout le mal qu'il lui fut encore possible de faire, en refusant oh.'^liiiément de nommer son successeur et
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en laissant à un peuple qu'elle avait pillé et tourmenté pendant quarante-cinq ans l'attente d'une guerre civile comme un legs de méchanceté après sa mort. Les historiens ne sont pas d'accord sur celui que l'on doit regarder comme l'homme le plus détestable que l'Angleterre ait produit , de son père eu de Cranmer , mais tout le monde doit s'accorder à dire qu'elle fut la plus épouvantable femme qui ait existé en Angleterre on dans le monde entier, sans en excepter même Jézabel.
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