LETTRE XVI
Ancienne population de l'Angleterre et de l'Irlande; ANCIENNE richesse; ANCIENNE PUISSANCE j ANCIENNE LIBERTÉ J ANCIENNE ABONDANCE ET AN- CIENNE FÉLICITÉ.
Mes Amis, K.ensingtojiy le Zo avril iSaS.
449- Je vais dans cette lettre terminer la tâche que je m'étais imposée, et qui consistait à prouver cette assertion , que l'événement , appelé la réforme , avait appauvri et dégradé la masse du peuple d'Angleterre et d'Irlande. Dans le paragraphe 4^ 3^ vous ai dit qu'un examen fianc et sincère nous prouverait que dans ce cas le mot " réforme " a été mal appliqué ; qu'il y a eu un changement , mais un changement en pis ; que " ce que l'on appelait la " réforme " *' avait été enfanté par une incontinence bru- " taie , amené par l'hypocrisie et la perfidie , " consolidé et nourri par le pillage, par la dé- " vastation et par des torrens de sang anglais et " irlandais; et quant aux suites plus éloignées , " nous en voyons une partie aujourd'hui dans cette *' misère, cette mendicité, ce dénùment, cette
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*' famine, ces querelles et cette haine éternelle " qui maintenant frappent nos yeux et assour- " dissent nos oreilles à chaque pas , et que la " réforme nous a donnés au lieu de l'abondance, " du bonheur , de l'harmonie et de la charité " chrétienne dont jouirent si pleinement et pen- " dant tant de siècles nos pères catholiques. "
450. Tout ceci a été sulFisamment prouvé dans les quinze lettres précédentes : il me reste encore à donner des détails sur la manière dont vivaient nos ancêtres catholiques , sur l'espèce et la quantité de nourriture et de vêtement qu'ils avaient , comparées avec ce que nous avons aujourd'hui : c'est ce que je vais faire. Je crois m'être assez étendu sur l'incontinence brutale , l'hypocrisie , la perfidie , le pillage , la dévastalion et l'effusion du sang ; il me reste à exposer de même la misère , la mendicité , le dénûment et la faim qui en ont été la suite.
45 1. Mais comme je veux fournir plus que je n'avais promis d'abord , quoique je ne me fusse pas engagé à parler de la population y de la richesse y de la force et de la liberté de la nation y je prouverai néanmoins que non -seulement le peuple était mieux nourri et habillé avant la " réforme " qu'il ne l'a jamais été depuis , mais que la nation était plus nombreuse , plus riche, plus puissante et plus libre avant qu'elle ne l'ait été depuis cet événement. Lisez les romanciers modernes, qu'on appelle des historiens.
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dont chacun a écrit pour une place ou pour une pension ; lisez ce qu'ils disent de la supériorité du temps présent sur les temps anciens, sur l'augmentation prodigieuse de notre population , de notre richesse, de notre puissance, et surtout de notre liberté suipéneure; lisez les mensonges monstrueux de Hume qui (vol. V, pag. 5o2) assure sans rougir qu'un bon comté d'Angleterre " est *' capable d'en faire plus aujourd'hui que le royau- " me tout entier sous le règne de Henri V, époque " à laquelle l'entretien de la garnison de la petite " ville de Calais exigeait plus d'un tiers de re- " venus ordinaires " c'est ainsi que raisonnent les Écossais : ils jugent toujours de la richesse d'une nation d'après les impôts que le gouvernement en retire; ils oublient que sous un gouvernement pauvre le peuple est riche. D'après cet argument de Hume, l'Amérique devrait être aujourd'hui un gouvernement horriblement pauvre. Le même Henri V put conquérir réellement la France, et cela sans ruiner l'Angleterre en prenant à sa solde un million de Prussiens, d'Autrichiens, de Cosaques et autres sortes de mercenaires ; mais les écrivains sont depuis si long-temps sous la dépendance du gouvernement et de l'aristocratie, et le peuple a lu et cru avec tant de bonne foi tout ce qu'ils ont écrit, surtout en faveur de la réforme et de ses effets, qu'on ne doit pas être étonné qu'ils aient cru que , dans les temps catholiques , l'Angleterre n'était qu'un pauvre
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et misérable pays , ne renfermant qu'un petit nombre d'habitans, et que la réforme, la maison de Brunswick et les wliigs nous ont donné tout ce que nous possédons de richesses, de puissance , de liberté et nous ont presque créés , ou au moins , s'ils ne nous ont pas engendrés . réellement , sont cause que les neuf dixièmes de nous sont nés. Ce sont là autant de mensonges monstrueux qui cependant ont été admis pendant des siècles. Peu d'hommes osaient tenter de les réfuter , et si quelqu'un le tentait , il ne trouvait qu'un petit nombre d'auditeurs j et la ruine , sous une forme ou sous l'autre , devait être la seule récompense de ses vertueux efforts. Mais aujoiircThui que nous avons de grandes calamités à supporter , que chacun dit que jamais les affaires ne furent dans un si mauvais état , aujourd'hui les hommes sont disposés à entendre la vérité; je vais donc la leur exposer.
/p2. La grande population est une chose qu'il n'est pas facile de prouver par des faits positifs , vu qu'il ne nous reste aucun acte sur le nombre des liabitans dans les anciens temps , et que ceux mêmes que nous avons de nos jours sur ce sujet sont évidemment faux ; car s'ils ne le sont pas , la population de la nation anglaise a été augmentée (ïun tiers depuis vingt ans j enfin j'ai prouvé plusieurs fois, surtout dans mon register , numéro 2 , vol. 4^ ? *î^® ^^^ dénom-
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bremens de nos temps modernes sont fEjux. Nous sommes obligés de croire que l'Angleterre était plus peuplée à l'époque où elle était calboIi(|ue qu'elle ne l'est actuellement , puisque nous savons que sous les trois premiers règnes protestans on renversa des milliers d'églises paroissiales; puisque l'on réunit plusieurs paroisses entre elles dans plus de deux mille cas, et puisque les états qui sont aujourd'hui devant le parlement noua apprennent que sur 11,761 paroisses en Angleterre et dans le pays de Galles, il y en a mille qui ne contiennent pas chacune cent personnes , en y comprenant hommes , femmes et enfans. La grandeur des églises nous fournit une autre preuve. On voit évidemment qu'en général elles furent construites pour contenir trois , quatre , cinq ou dix fois le nombre des paroissiens actuels , en y comprenant ceux de toutes les sectes. Pourquoi donc les hommes auraient-ils construit des églises aussi vastes? on nous parle de leur piété et de leur zèle ; c'est bien , mais faut-il au moins des hommes pour élever des bâtimens : le Seigneur pouvait favoriser l'ouvrage , mais toujours fallait-il des mains aussi bien que des prières. Quel motif eût pu les porter à réunir d'aussi grandes masses de pierres et de mortier , et à élever des murailles de quatre pieds d'épaisseur , des tours et des clochers , s'il n'y avait pas assez de peuple pour remplir ces bâtimens? Et comment aurait- on l\iit
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ces travaux ? il a bien fallu des hommes pour les exécuter ; et qui pourrait croire que l'on aurait exécuté ce travail sans aucune nécessité? Nous voyons aujourd'hui de vastes et dispendieuses églises qui appartiennent aux temps anciens et ne sont entourées que de quelques huttes de terre qu'habitent une trentaine ou une centaine de paroissiens. Nos ancêtres bâtissaient jtjowr toujours , ne pensant pas à la dévastation que nous devions voir ! Viennent ensuite les terres qu'ils cultivaient , que nous avons abandonnées et qui montent à des millions d'acres. C'est ce que chacun peut vérifier en parcourant le Sussex , le Hampshire , le Dorsetshire , le Devonshire et le pays de Cornouailles. Ils récoltaient du blé sur des coteaux que nous n'essayons plus de remuer-, ils donnaient à la montagne la forme d'un escalier , afin de pouvoir labourer et ensemencer les parties plates. Ces espèces de gradins subsistent encore et sont encore cultivés dans quelques endroits ; mais le plus souvent ils ne le sont pas. Pourquoi auraient-ils fait ces travaux prodigieux s'il n'y avait pas eu une population capable de consommer leurs produits ? Comment seraientils venus à bout de les exécuter sans des masses d'ouvriers? On voit encore dans les montagnes du Hampshire et du Dorsetshire des espaces de mille acres qui portent la trace ineffaçable du passage de la charrue, et qui aujourd'hui sont toutà-fait incultes. Les ouvrages que l'on a écrits sur
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l'ancienne population ne sont que des romans ; les auteurs de presque tous n'avaient d'autre but que de faire la cour au gouvernement du jour. Georges C /la^l m e?-, qui a une place, une pension et qui est Ecossais , est un de ceux qui s'est le plus fait remarquer dans celte espèce de déception. Il avance , dans ce qu'il appelle une estimation, que la population de l'Angleterre et du pays de Galles en 1877 n'était que 2,092,978. Mais examinons cette assertion : il en faut ôler la moitié pour les femmes; il reste donc i,o4G,486 hommes. Il faut bien encore en ôter la moitié pour les enfans , les vieillards , les infirmes , les malades ; de sorte qu'il n'y avait dans tout le royaume que 523,343 hommes ! Mais les églises et les maisons religieuses étaient à cette époque au nombre de 16,000; il y avait un prêtre dans chaque église , et ces prêtres réunis aux moines et aux religieux devaient former au moins 40,000 hommes, ce qui ne nous laisse plus que 484)243 hommes en état de porter les armes. Ainsi, comme il y avait plus de 14,000 paroisses, il n'y avait pas douze hommes par chaque paroisse ! Hume rapporte, vol. III, pag. 9, que Wat-Tyler avait en 1 38 1 (quatre ans après l'époque dont parle Chalmer) rassemblé cent mille hommes à Blackeath; de sorte que, sans parler des corps nombreux de révoltés qui étaient rassemblés en même temps dans les comtés de Hertford , Essex , Suffolk , Norfolk et Lincoln ; sans parler de l'armée du
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roi qui était de 40)000 hommes ( Hume , vol. m, pag, 8 ), et sans parler de la haute Dohlesse, de la petite noblesse et des gens riches, Wat- Tyler avait rassemblé à Blackeath plus d'un cinquième de tous les hommes de l'Angleterre et du pays de Galles capables de porter les armes , et il les avait réunis dans l'espace d'environ six jours ! Avons-nous besoin d'une autre réponse pour réfuter ces écrivains ? Remarquons encore qu'à cette époque il y avait , comme Hume le rapporte souvent ainsi que ses autorités, 100,000 pèlerins réunis à la fois à Cantorbéry pour faire pénitence ou faire leurs offrandes à la châsse de Thomas Becket. Il devait donc y avoir 5ojOOO hommes ; de sorte que , si nous en croyons cet Ecossais salarié , on voyait fréquemment se réunir dans une ville, située à une des extrémités de l'île, le dixième de tous les hommes de l'Argleterre et du pays de Galles pour s'humilier devant la tombe d'un seul Saint. Mensonge monstrueux ! qui a cependant été adopté par les protestans éclairés avec autant d'avidité que si c'était une partie de l'Évangile. M^is si Cantorbéry pouvait recevoir à la fois 100,000 étrangers , que devait donc être cette ville elle- même? Elle était alors une grande , noble et célèbre cité, vénérée et même visitée par presque tous les rois , princes et nobles de l'Europe, et aujourd'hui elle est une chétive et obscure ville, renfermant environ 12,000 habitans, parmi lesquels il y a (disent
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les rapports publiés ) 3, 000 pauvres. Une partie de l'emplacement qu'occupaient autrefois les anciennes et splendides églises, les couvens et les rues, est couverte aujourd'hui de mauvaises maisons ; et il ne reste que la cathédrale qui semble destinée à rappeler sans cesse aux habitans la hauteur d'où, ils sont déchus. Mais c'est le nombre et la grandeur des églises ainsi que des maisons religieuses qui nous fournit la meilleure preuve de cette grande population. Dans tout le royaume on comptait une église paroissiale par chaque quatre milles carrés , et une maison religieuse ( d'une espèce quelconque ) par chaque trente milles carrés , c'est-à-dire que chaque étendue de terre de deux milles dans les deux se?2s possédait une église paroissiale , et qu'il y avait une maison religieuse dans chaque terrain de ci?iq milles de longueur et six milles de largeur. Ce sont là des faits que personne ne peut nier : la géographie nous fait connaître le nombre de milles carrés que contient le royaume , et le nombre des paroisses et des maisons religieuses est trop bien connu pour qu'on puisse faire aucune réclamation, puisque ce nombre se trouve dans tous les ouvrages. Ainsi le père du mensonge viendrait lui-même pour nous persuader que l'Angleterre n'était pas plus peuplée avant la réforme qu'elle ne l'est aujourd'hui , qu'il ne pourrait plus être cru que de ceux qui sont absolument privés de raison. On
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peut en dire autant de l'Irlande , où il y avait selon ^rchdall y sept cent quarante-deux maisons religieuses sous le règne de Henri VIII, et dès-lors , une pour chaque étendue de terrain de six milles dans chaque sens et où il y avait une église paroissiale par chaque étendue de terrain d'un peu plus de deux milles et demi dans chaque sens ? Pourquoi donc toutes ces constructions? par qui avaient-elles été élevées ? comment se soutenaient donc toutes ces maisons religieuses ? Hélas î l'Irlande , à cette époque , était un pays riche et peuplé ! ses habitans n'étaient pas nus et mourant de faim comme aujourd'hui. On n'avait pas besoin de faire des projets pour secourir les Irlandais en leur envoyant des secours du deliors.
453. ancienne richesse. C'est là une question qui sera facilement décidée. Sous le règne de Henri VIII, immédiatement avant la " réforme, " toutes les terres de l'Angleterre et du pays de Galles avaient été estimées, selon Hume, et on avait trouvé que le revenu annuel était de 3 millions : Hume cite sur ce point des autorités que l'on ne peut contester. Pour connaître quelle serait la valeur actuelle de ces trois millions , il nous faut lire un acte du parlement de la 24* année du règne d'HENRi VIII qui dit : *' Personne ne payera le mouton ou le porc plus d'un demi penny ( un sol ) et le mouton ou le veau plus de 3 farthings ( trois liards ) la
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livre , et moins dans les endroits où ces objets se vendent aujourd'hui moins cher. " Mais, faitesy attention , ceci est pour le détail , c'est le prix de la viande prise dans l'étal du boucher ; de sorte que pour le comparer au montant actuel du revenu du royaume , nous devons voir d'abord quel est à présent le revenu annuel de l'Angleterre et du pays de Galles , et ensuite quel est aujourcVhui le prix de la viande : je ne veux citer ici que les renseignemens qui seront appuyés sur une autorité incontestable , et c'est ce que je n'ai pas pour le montant du revenu en ce moment ; mais je suis sûr de ce qu'était le revenu en 1804. On trouve dans un rapport imprimé par l'ordre de la chambre des communes, et daté du 10 juillet i8o4 que " d'après les rapports du bureau des taxes ( impôts fonciers ) le revenu de l'Angleterre se trouvait être de trente-huit millions par an. " Nous sommes donc bien certains d'avoir ici le montant exact du revenu : car qu'est-ce qui pouvait échapper à l'œil perçant de Pitt et de ses agens? L'inexpérience du vieil Henri comparée à l'habileté de Pitt pour découvrir tout ce que pouvaient produire les terres a du nuire encore au relevé de son époque. Le rapport de Pitt renfermait le revenu des mines , des canaux et de toute espèce de propriété foncière ; et le revenu tout entier montait à trente-huit millions. Remarquez que ceci était à l'époque de la modifi-
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cation de la banque, à une époque où tous les prix étaient très- hauts , où les rentes surtout étaient très -élevées et où la viande était trèschère. Dans la même année je payais vingt livres de porc gras 1 8 schellings , mais en y comprenant la tête, les pieds et tous les débris; et pendant plusieurs années avant et après 1804, le porc, le bœuf, le mouton et le veau se vendaient plus de dix pences en détail. Or , comme l'acte du vieil Henri défend de payer la viande dans quelques endroits moins d'un demi-penny et trois farthings, nous pouvons, je crois, présumer que le prix général était d'un demi-penny. Ainsi un demi-penny, valeur de l'époque du vieil Henri, équivalait à dix pences , valeur de l'époque de Pitt , et dès lors les trois millions de revenu du temps de Henri devaient représenter soixante millions en i8o4- Et cependant ce revenu ne s'éleva qu'à trente-huit millions. En 1822 M. Curwen dit que le revenu était tombé à vingt millions ; mais alors le prix de la viande avait aussi baissé. Il vaut mieux prendre i8o4, puisque nous pouvons nous appuyer sur une autorité incontestable : cette preuve est de nature à défier toute chicane , personne ne peut disputer les faits , et cependant ils conduisent nécessairement à cette conséquence , que la nation était plus riche avant la " réforme" qu'elle ne l'est aujourd'hui. Je vais encore citer deux actes du parlement qui prouvent d'une manière frappante
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la supériorité de l'opulence générale des temps catholiques. Le premier acte qui est de la iS'^ année de Henri VI, cli. XI, après avoir exposé les causes qui nécessitent celte loi , dit qu'aucun homme ne pourra, sans encourir une grande peine , être reçu juge de paix , s'il ne possède en propriétés un revenu clair de vingl liçres. Cet acte est de 14^9 , environ cent ans avant celui du vieil Henri VIII sur le prix de la viande. L'argent était d'une valeur encore plus élevée sous le règne de Henri VI , mais en le prenant au même prix que cent ans plus tard, et en le ramenant à sa valeur actuelle en la multipliant par vingt ) un juge de paix devait avoir quatre cents livres de notre monnaie de revenu, et nous savons tous que nous avons des jnges de paix qui n'en ont que cent. Cet acte de lleini VI nous montre que le pays était rempli de riches propriétaires. Et en eil'et l'acte lui-même dit que le peuple n'aimait pas voir élever au-dessus de lui des hommes d'un rang peu distingué. Un millier de ces individus qui se dorment le titre d'historiens ne pourrait pas détruire cette preuve de la supérioi ité , de l'opulence générale et du bonheur du royaume. Le second de ces deux actes dont j'ai parlé est de la première année de Richard 111 ( chap. IV ) : il lixe à vitigt schellings le revenu que doit posséder un juré ; mais ce revenu doit être libre de toute charge, c'est-àdire qu'à cette époque il fallait avoir un revenu
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en propriétés foncières d'au moins vingt livres, valeur actuelle , pour être juré ; et cependant les historiens écossais voudraient nous faire croire que nos ancêtres n'étaient que de pauvres mendians ! tous ces faits ne nous prouvent -ils pas au contraire que l'Angleterre , dans les siècles catholiques, était un pays réellement riche; que la richesse était généralement répandue; que chaque partie du pays offrait un grand nombre de riches propriétaires, et que dès-lors on avait toujours de grandes ressources toutes prêtes quand on en avait besoin ? Si nous nous avisions de nous lasser d'être conduits par des hommes d'une faible capacité^ s'il nous prenait l'envie de demander qu'on ne pût être juge de paix à moins d'avoir quatre cents livres, et juré, vingt livres de revenu; si nous disions, comme du temps du bon Henri, que nous ne voulons pas être gouvernés par des hommes d'une faible capacité^ nous ne tarderions pas à voir Botany Bay. Quand le cardinal Pole débarqua à Douvres, sous le règne de la bonne Marie , il fut accompagné et escorté sur sa route par deux mille gentlemen de la province tous à cheval. Quoi ! deux mille gentlemen dans un pays que Chalraer représente comme si pauvre ! Mais bien plus , ils appartenaient tous aux comtés de Kent et de Surrey. Pourrions-nous aujourd'hui trouver un pareil nombre de gentlemen dans ce pays? Enfin tout nous démontre qu'à cette époque l'An-
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gleterre possédait un grand nombre d'hommes riches en propriétés, et si nous en cherchons la cause , nous la trouverons dans la faiblesse des retenus du roi. C'est cependant ce que Hume et les autres historiens écossais citent comme une preuve de la pauvreté de la nation ! ils croient qu'un peuple ne vaut que ce qu'on arrache de lui , et rien de plus j et c'est sur cette doctrine que l'on s'est toujours fondé depuis la " réforme, " ce qui à la fin nous a amené au triste état où nous en sommes.
454. ^4nciénne puissance. Pour comparer exactement ce que nous sommes avec ce que nous avons été sous ce rapport , ne suHit-il pas de ce fait, que, pendant plusieurs siècles avant la réforme, l'Angleterre posséda une partie considérable de la France j que la " réforme " lui enleva les deux villes de Calais et de Boulogne , en ne lui laissant que les deux ilôts de Gersey et Guernsey, que faut-il de plus? Jamais, jusqu'à la réforme , la France ne se crut en état de faire tête à l'Angleterre ; depuis la réforme , non-seulement elle a cru pouvoir le faire , mais elle a montré au monde entier que ses prétentions étaient bien fondées. N'est-elle pas dans ce moment et malgré nous maîtresse de l'Espagne, tandis que la " réforme " nous a enlevé par ses conséquences une grande partie de nos possessions, et en a fait un état plus formidable qu'aucun de ceux que nous avons encore vus? Nous avons
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il est vrai , de grandes armées sur pied , des arsenaux et des casernes qui étaient inconnus à nos pères j et cependant ils étaient toujours prêts à faire la guerre \ ils avaient des ressources pour l'instant du besoin ; ils avaient des armes et des hommes, et ces hommes savaient, avant de prendre les armes, pourquoi ils auraient à combattre. Il est impossible de nous reporter aux temps passés , de voir la puissance dont jouit l'Angleterre pendant tant de siècles, et la déférence avec laquelle elle était traitée par toutes les autres nations, sans rougir de notre état actuel. Les plus grands potentats étaient les seuls qui pensassent à contracter des mariages avec l'Angleterre ; les rois et les reines ne comptaient que des rois et des princes dans leurs familles. Il n'y eut jamais rien de petit qui songeât à s'en approcher. Elle était si honorée , son pouvoir était si universellement reconnu , qu'elle eut rarement l'occasion de le soutenir par la guerre. Et qu'at-elle été depuis cent cinquante ans ? plus de la moitié du temps en guerre , et avec une dette, fruit de cette guerre, qu'elle ne pourra jamais payer, il ne lui reste plus d'autre espoir de salut que de persuader à ses ennemis bien connus qu'il n'est pas de leur intérêt de l'attaquer. Ses exploits militaires ont été l'eflet, non de ses ressources , mais de l'anticipation sur ces mêmes ressources. Elle a engagé , elle a dépensé d'avance les ressources dont elle aura besoin à l'a-
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venir pour sa défense. Aujourd'hui elle est exposée par sa faiblesse bien connue à être insultée et injuriée , et dans le cas où elle serait attaquée , elle n'a plus à choisir qu'entre succomber sous les coups de ses ennemis ou être déchirée par les convulsions internes. La puissance n'est que relative : vous pouvez avoir plus de force que vous n'en aviez -, mais si la force de vos voisins s'est augmentée dans une plus grande proportion , n'êtes- vous pas réellement plus faible que vous ne l'étiez? Pouvons-nous jeter les yeux sur la France et l'Amérique, pouvons-nous contempler les conséquences inévitables de la guerre sans voir où nous marchons et sans reconnaître que bientôt nous ne serons plus qu'une petite et faible nation ? Pouvons-nous au contraire nous reporter vers les jours de nos ancêtres catholiques , et penser à leur haute puissance et à la soumission qu'obtenaient aussitôt leurs menaces , sans dire en gémissant : " Ces jours ne reviendront plus ! "
455. ancienne liberté. Pourrait-on me citer un seul avantage que nous ait procuré la " réforme , " autre que la liberté d'avoir quarante croyances religieuses au lieu d'une ? La liberté n'est pas un vain nom , ce n'est pas une idée abstraite , ce n'est pas une chose que persoime ne puisse sentir. Elle signifie et ne signifie rien de plus que la jouissajice entière et tranquille de votre propre propriété. Si vous ne possédez
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pas cette dernière, si elle ne vous est pas bien assurée , vous pourrez vous donner le nom qui vous fera plaisir, mais vous n'êtes qu'un esclave. Or c'était sur ce point important que se tournait toute l'attention de nos pères catholiques : ils ne permettaient ni aux rois, ni aux parlemens de toucher à leurs propriétés, s'ils ne leur en avaient montré clairement la nécessité. Ils ne lisaient pas de journaux , ils ne parlaient pas de débats , ils n'avaient aucun goût pour les jouissances intellectuelles ; mais ils regardaient la faim et la soif comme de grands maux , et ils ne souffraient pas que personne les réduisît à ne vivre que de pommes de terre et d'eau. Selon eux la maigreur et les haillons étaient des signes indubitables de l'esclavage, et ils ne manquaient jamais de résister à ceux qui voulaient les réduire à cet état. Vous pouvez répéter le mot liberté autant de fois qu'il vous plaira , mais s'il ne finit pas par vous procurer la jouissance tranquille de votre propriété , il ne sert à rien. Pourquoi les hommes ont- ils besoin de ce que Pou a appelé des droits politiques et des privilèges ? Pourquoi ont-ils besoin par exemple de voter aux élections des membres du parlement? Sans doute parce qu'ils espèrent avoir de l'influence sur la conduite de ses membres. Et quel usage en feront-ils ? — Ils empêcheront les membres de faire du mal. — Quel mal ? — Mais imposer des taxes que l'on ne devrait pas payer.
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C'est là l'usage et le seul usage des droits que les hommes en général puissent avoir. Or où en sommes-nous aujourd'hui si nous nous comparons sous ce rapport à nos ancêtres catholiques? — Peut-être ne volaient-ils pas tous aux élections ? — Mais y votons-nous tous? Y a-t-il même un cinquième d'entre nous qui y votent? La grande masse du peuple de nos jours a-t-elle même la plus petite influence sur l'adoption des lois et sur l'imposition des taxes ? Dans les siècles catholiques il avait l'église qui le protégeait : l'église était naturellement la protectrice du bas peuple ; il n'y avait ni rois ni parlemens qui pussent défier sa puissance. Toute notre histoire nous prouve que l'église fut toujours pour le peuple , et que tous ces triomphes si vantés et avec tant de raison que nos pères obtinrent sur leurs rois et les nobles furent dus à l'église. Elle le fit parce qu'elle ne dépendait ni des rois ni des grands ; parce que , et c'est la seule cause , elle reconnaissait un autre pouvoir ; mais nous avons perdu la protection de l'église sans avoir rien qui en puisse tenir la place. Ce qu'elle a conservé de son pouvoir s'est joint aux autres ou plutôt a été accaparé par les autres pouvoirs de l'état , et a laissé la masse du peuple à la merci de ces autres pouvoirs. Les libertés de l'Angleterre : c'est là une phrase que tout le monde répète ; mais que sont ces libertés ? Les lois qui assurent les titres et la pos-
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session de la propriété , qui défendent toute arrestation , si ce n'est d'après le mode prescrit , et toute punition qui n'est pas précédée d'un jugement devant des juges et des magistrats bien connus et délégués par la loi. Elles nous assurent le jugement par jury , les précautions prises pour les ordres et les assignations, la publicité des jugemens, l'impartialité dans les procédures : telles sont les libertés de l'Angleterre. Nos ancêtres catholiques en possédaient-ils donc moins que nous ? N'est-ce pas à eux que nous les devons toutes ? avons-nous une seule loi qui assure la propriété ou la vie des individus et que nous n'ayons pas reçue d'eux ? La marche du moulin , la loi qui défend aux hommes de sortir de chez eux entre le coucher du soleil et son lever ; la loi qui bannit à perpétuité celui qui prononcerait le moindre mot ayant tendance à déverser du mépris sur nos représentans , ces lois ne nous viennent pas d'eux ; nous pouvons nous en vanter comme de notre propre ouvrage, ainsi que de beaucoup d'autres qui portent à peu près le même caractère et qui sont indubitablement d'origine purement " protestante. "
456. ancienne pauvreté. La pauvreté est après tout le vrai signe , le signe incontestable de l'esclavage. Les figures décharnées et les haillons sont la marque de l'esclavage. Quel est l'objet d'un gouvernement? de faire vivre les hommes heureux -, mais peuvent-ils être heureux s'ils ne
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sont ni assez nourris ni assez vêtus? Un bon gouvernement cherche un état de choses dans lequel la masse du peuple soit bien nourrie el bien velue. Le principal objet d'un gouvernement est d'avoir soin qu'une partie du peuple ne force pas l'autre à mener une vie misérable. On ne peut espérer de trouver ni morahté, ni vertus, ni sincérité, ni honnêteté chez un peuple qui est toujours tourmenté par de cruels besoins; et il est de la dernière barbarie de punir les hommes pour presque tous les crimes , qui après tout ne partent pas de leur cœur et qu'ils n'ont commis qu'entraînés par des besoins tout'puissans.
457. Nous ne savons que trop combien la masse du peuple est aujourd'hui pauvre et misérable; combien les hommes de cette classe sont avilis. Voyons donc ce qu'ils étaient avant cette " réforme " si vantée. Je vais citer ici mes autoiités avec le plus grand soin. Je ne donnerai ni conséquences , ni approximations ; mais je citerai des autorités que personne ne pourra récuser, des autorités que l'on sera obligé de regarder comme des preuves plus certaines que si elles étaient fondées sur les sermens de témoins dignes de foi reçus devant un tribunal. Je vais rapporter d'abord ce que dit Fortescue de l'état et de la manière de vivre des Anglais sous le règne de Henri VI, c'est-à-dire dans le i5« siècle, lorsque l'Église catholique était dans toute
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sa gloire. Fortescue fut lord -chef d'iVngleterre pendant environ vingt ans; Henri VI le fit lordgrand-chancelier. Ayant été exilé en France à cause des guerres qui existaient entre les maisons d'York et de Lancastre , et le fils du roi , le prince Edouard , étant en exil avec lui , il écrivit une suite de lettres adressées à ce prince, dans lesquelles il cherchait à lui expliquer la nature et les effets des lois d'Angleterre, et l'engageait à les étudier et à les maintenir. Cet ouvrage qui a été écrit en latin , a pour titre : De laudibus legum ^ngliœ , ou Eloge des lois d'Angleterre. Cet ouvrage fut traduit il y a bien long-temps en anglais , il jouit d'une grande autorité, et on le cite souvent dans nos cours. Personne ne peut douter de la véracité des faits rapportés dans un tel ouvrage : il fut écrit par un législateur célèbre et destiné à un prince; l'auteur savait qu'il serait lu par les autres légistes ses contemporains et par tous les légistes futurs. Le passage que je vais citer et qui a rapport à l'état des Anglais ne s'y trouve qu'accidentellement : il n'avait aucun but spécial et doit dès-lors être vrai.
458. Le chancelier , après avoir parlé d'une manière générale de la nature des lois de l'Angleterre et de la différence qui existe entre ces lois et celles de la France , prouve cette différence par leurs résultats et décrit dès-lors l'état du peuple français et l'état du peuple anglais. Voici ses expressions que je ne puis trans-
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crire sans éprouver le plus vif sentiment de honte. " Les liabitans de la France donnent chaque année à leur roi la quatrième partie de tous leurs vins; chaque vigneron donne le quart du prix qu'il retire de son vin. Les villes et les bourgs paient au roi tous les ans de grandes sommes d'argent que l'on lève pour les dépenses de ses hommes d'armes , de sorte que les troupes du roi qui sont toujours très -nombreuses , sont entretenues et payées annuellement par la classe moyenne qui habite les villages , les bourgs et les villes. Une autre charge , c'est que chaque village est obligé de fournir et d'entretenir deux arbalétriers au moins, quelques-uns même plus, équipés de toutes pièces, pour servir le roi dans ses guerres aussi souvent qu'il lui plaît de les appeler , ce qui lui arrive souvent ; mais en outre chaque village a encore de très-gros impôts à payer tous les ans pour le service du roi, et jamais les impôts n'j éprouvent la moindre diminution : aussi le paysan, exposé à ces calamités et à beaucoup d'autres encore, y vit dans la misère. Sa boisson constante est l'eau , sans qu'il boive jamais aucune autre liqueur pendant toute l'année , excepté dans quelques occasions extraordinaires et les jours de fête. L'habillement de ces hommes est un froc fait de canevas, et qui ressemble beaucoup à un sac ; s'ils portent de la laine ce n'est que de la plus grossière , et encore sous leur froc. Leurs culottes
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ne leur descendent que jusqu'aux genoux , le reste de leur jambe restant à découvert. Les femmes marchent pieds nus , excepté le dimanche. Ils ne mangent pas d'autre viande que le lard j et encore ils n'en emploient qu'une trèspetite quantité avec laquelle ils font la soupe. Quant aux autres espèces de viandes, soit rôties, soit bouillies, ils ne les goûtent jamais, à moins que ce ne soit la cure des moutons , des veaux et autres animaux que l'on tue pour les gens d'une condition plus relevée, et pour les marchands , auxquels ils sont obligés de conserver les cailles y les perdrix et les lièvres , sous peine d'être envoyés aux galères. Quant à la volaille, les soldats s'en emparent ^ et à peine leur laissé-t-on les œufs comme une espèce de friandise. Si on voit un homme réussir dans ses travaux et s'enrichir , il est aussitôt soumis à la taxe du roi qui est d'autant plus forte que ses voisins sont plus pauvres , et qui le réduit bientôt au même état que les autres. " Il donne ensuite l'état des Anglais à cette époque , ces Anglais bigots que Chalmer, Hume et les autres historiens de la même secte voudraient nous représenter comme une bande de misérables meudians. " Le roi d'Angleterre ne peut changer les lois ni en faire de nouvelles sans le consentement exprès de tout le royaume représenté par le parlement. Chaque habitant a la liberté de se servir et de jouir du produit de ses biens , des
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fruits de la terre , de l'accroissement de son troupeau et de tout ce qu'il possède ; toutes les améliorations qu'il peut faire , soit par sa propre industrie , soit par celle des gens qu'il tient à son service, lui appartiennent; il en jouit sans aucun obstacle , empêchement ou refus de personne-, s'il est injurié ou opprimé d'une manière quelconque , il pourra toujours obtenir satisfaction de celui qui l'aura offensé. Aussi les habitans de l'Angleterre sont-ils riches en or et en argent et ils possèdent toutes les nécessités et tous les agrémens de la vie. Ils ne boivent point d'eau , excepté à de certaines époques, pour un motif religieux et par esprit de pénitence. Ils se nourrissent abondamment de toutes sortes de viandes et de poissojis , dont ils trouvent une grande quantité partout ^ ils sont vêtus de bons habits de laine. Leurs lits , leurs couvertures et autres objets sont en laine et ils en sont bien fournis. Us possèdent aussi tout ce qui est nécessaire dans un ménage ; chacun a , selon son rang , tout ce qui peut rendre la vie heureuse et agréable. "
459. Allez maintenant lire ceci à ces pauvres diables qui dans ce moment ne se nourrissent que de plantes marines en Irlande , qui dans l'Yorkshire disputent aux pourceaux la nourriture dégoûtante que contiennent leurs auges , qui dévorent dans le Lancashire et le Cheshire la chair des chevaux morts, qu'on voit dans le
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Hampshire et le Sussex attelés comme des chevaux et traînant du gravier , auxquels les magistrals allouent 3 den. par jour dans le Norfolk , qui enfin par toute l'Angleterre sont plus mal nourris que les criminels dans les prisons. Allez, et dites-leur, au moment où ils retirent leurs mains de l'auge des pourceaux, la langue encore salie des immondices qui leur servent de nourriture , dites-leur de crier : Point de papisme ; allez lire aux misérables que vous avez trompés et avilis ce récit de l'état de leurs ancêtres catholiques qui vivaient sous ce que l'on a appelé impudemment la " superstition et la tyrannie du Pape, " et dans ces temps que nous avons l'audace d'appeler " des siècles d'ignorance. " 460. Regardez ensuite la peinture de la misère des Français, et vous, protestans anglais, si vous êtes encore capables de rougir , rougissez en pensant combien cette peinture convient aux Anglais de nos jours. Considérez-en bien toutes les parties , la nourriture , Vhabillement et le gibier ! Grand Dieu ! si quelqu'un eut dit au vieux chancelier qu'un jour viendrait où cette peinture et même un état encore plus avilissant pour la nature humaine serait le partage de ce pays dont il se vantait tant , quel sentiment aurait-il éprouvé ? Qu'eût-il répondu si on lui avait dit qu'il viendrait une époque où le soldat en Angleterre recevrait deux fois et même trois fois plus que le journalier; que les pommes
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de terre seraient la seule nourriture du laboureur ; que l'on ferait des distributions de soupe pour nourrir les Anglais ; que des juges , assis sur le banc , qu'il avait occupé lui - même pendant vingt ans , déclareraient ( comme on l'a fait l'année dernière dans la plainte contre les magistrats de Norlithellerton ) que le pain et l'eau sont généralement la nourriture des ouvriers anglais ? Qu'aurait-il répondu si on lui avait dit qu'il devait y avoir une " réforme '^ suivie de la dévastation complète des biens de l'église et des pauvres , soutenue par des guerres, créant une dette immense et des taxes énormes , et nécessitant l'entretien constant d'une nombreuse armée. Si on lui eût annoncé tout cela , à la vue des maux que nous éprouvons aujourd'hui il aurait pleuré sur sa malheureuse patrie. Mais si on lui avait ajouté qu'au, milieu même de toutes ces souffrances nous aurions encore l'ingratitude et la bassesse de crier , ^' Point de papisme y '*'' l'injustice et la cruauté de persécuter ceux des Anglais et des Irlandais qui resteraient fidèles à la foi de leurs pieux , de leurs braves et de leurs libres ancêtres , alors il aurait dit : Que la volonté de Dieu soit faite; qu'ils souffrent.
461. Peut-être dira-t-on qu'alors le bonheur de l'Angleterre ne dépendait pas de V église catholique, mais des lois , car les Français avaient cette église aussi-bien que les Anglais. Oui, sans
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doute ; mais en Angleterre l'église était la vi'aie base des lois. La première clause de la grande charte établissait la stabilité de sa propriété et de ses droits. Les lois qui concernaient l'église et ses propriétés avaient fait une réserpe pour l'indigent , mais une réserve efficace : il n'en était pas de même en France , et au reste cela n'existait nulle part ailleurs ; en sorte que le peuple anglais a beaucoup plus perdu par la *' réforme " que ne pourrait avoir fait tout autre peuple.
462. L'autorité de Fortescue serait suffisante d'elle-même , mais je ne veux pas m'en tenir là. White, recteur de Selbourne dans le Hampshire , rapporte dans son histoire de ce village , autrefois fameux , un extrait d'un registre dans lequel il est dit qu'on punissait les hommes dont la conduite était reprehensible en les forçant à passer quinze jours au pain et à la bière! Cela se passait vers l'an i38o, sous le règne de Richard II. Misérables temps! siècle d'obscurité ! Ce fait doit être vrai, White n'avait aucune raison particulière pour l'inventer : ce n'est que par hasard qu'il a cité ce fait , ou plutôt qu'il l'a transcrit de dessus le registre ; et quelque peu important que soit le fait en lui-même , il nous fait au moins connaître la manière dont on vivait généralemeat dans ces temps heureux. Allez vers ces hommes que Tavarice a attelés dans le Hampshire pour leur faire tirer du gravier j dites-leur
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qu'ils ne manquent pas de crier : \A bas le papisme , car si le Pape n'est pas renversé , il pourra un jour les forcer à jeûner au pain et à la bière , au lieu de soulIVir qu'ils continuent à se régaler de bonnes pommes de terre et d'eau pure.
463. Mais venons-en aux actes du parlement , et d'abord à l'acte indiqué ci-dessus, paragraphe 453 , qui fixe le prix de la viande. Après avoir nommé quatre espèces de viandes , le bœuf, le porc , le mouton et le veauj le préambule ajoute ces mots : ces viandes étant la nourriture des classes les plus pauvres. Ceci est concluant : c'est une mention accidentelle d'un fuit , c'est un acte du pailement , il doit être vrai ; et il est un autre fait dont nous ne sommes pas moins certains, c'est que les juges ont prononcé qu'aujourd'hui le pain est la nourriture des classes les plus pauvres. Qu'avons-nous besoin d'autres preuves pour être convaincus que la " réforme " a appauvri la masse du peuple ?
464. Je veux cependant prouver par d'autres actes du parlement que le fait attesté dans cet acte est vrai. Les actes dont je parle fixent les gages que l'on doit donner aux ouvriers; il existe plusieurs de ces actes , mais un ou deux suiiiront : l'un, de la vingt-troisième année du règne d'EDOUARD III, détermine les prix suivans sans la nourriture ; on y trouve de bien plus giands détails , mais ce qui suit sullit pour l'objet que nous nous proposons.
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Une femme, pour faner, ou sarcler
le blé, par jour. o i
Un homme conduisant un tombereau o 3 '/2
Un moissonneur. o 4
Pour faucher un acre de pré. o G
Pour battre un quartier de froment, o 4
Voici le prix des souliers , des habits et des provisions pendant tout le temps que cette loi resta en vigueur ;
Une paire de souliers.
Large drap brun , la verge.
Bœuf nourri à l'étable.
Bœuf nourri à l'herbe.
Mouton gras , non tondu.
Mouton gras , tondu.
Porc gras de deux ans.
Une oie grasse.
Aile , le gallon ( par édit. ) Blé , le quarter.
Vin blanc , le gallon.
Vin rouge , le gallon.
Ces derniers prix sont tirés du pretiosum de l'évéque Fleetwood qui les a trouvés dans des registres tenus par des économes de couvens. Tout le monde sait que l'ouvrage de Fleetwood est d'une autorité incontestable.