‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 7 sur 32 · De tous les devoirs d'un historien , le plu · texte numérisé non relu

De tous les devoirs d'un historien , le plu

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sacré sans doute est celui de faire connaître la conduite de ceux qui ont eu le courage de défendre l'innocence contre les attaques des méchans revêtus du pouvoir. C'est donc. un devoir pour moi de faire une mention particulière de la conduite des deux religieux , Peyto etELS- Tow. Le premier , prêchant devant le roi , à Greenwich , quelque temps avant son mariage avec Anne , et prenant pour texte le passage du premier livre des Rois, dans lequel Michée prophétise contre Achab, qui était entouré de flatteurs et de prophètes imposteurs, dit : " Je suis " Michée que vous délesterez , parce que je " suis forcé de déclarer que ce mariage est il- " légal; je sais que je mangerai le pain de l'afïlic- " lion et que je hoirai l'eau de la douleur; néan- " moins, puisque le Seigneur m'a rais cette vérité " dans la bouche, il faut que je la dise. Vos flat- " leurs sont les quatre cents prophètes qui, dans " leur esprit mensonger, cherchent à vous trom- " per. Mais , en vous laissant séduire , prenez " garde de ne pas subir le châtiment d'AcHAB " dont les chiens léchèrent le sang. C'est un des " plus grands malheurs des Princes que d'être " continuellement trompés par les flatteurs qui " les entourent. „ Le roi parut ne faire aucune attention à ce reproche; mais, le dimanche suivant , le Dr. CuRWiN prêcha dans le même endroit devant le roi, et traita Peylo de chien , de calomniateur j de vil moine mendiant, de re-

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belle et de traître , ajoutant qu'il s'était enfui de peur et de honte. Alors Elstow , qui était présent et appartenait à la même congrégation que Peyto , apostropha hautement Curwin et lui dit : " Mon bon Monsieur, vous savez bien " que le Père Peyto est allé assister à un con- " cile provincial à Canto rbery, et qu'il ne s'est " pas enfui de peur , soit de vous , soit de tout " autre, car il sera de retour demain. En atten- " dant me voici, comme un autre Michée, prêt " à sacrifier ma vie pour confirmer la vérité de " tout ce qu'il a avancé à l'appui des saintes " Écritures; et vous êtes le premier que je dé- " fie , pour soutenir ce combat devant Dieu et " devant tous les juges impartiaux. Oui c'est sur- ^' tout à toi, Curwin, que je m'adresse; à toi, qui " es un des quatre cents faux prophètes dont l'es- " prit mensonger s'est emparé, et qui, au moyen " d'un adultère , cherches à établir une succession *' qui conduise le roi à la perdition éternelle. „ 82, Stow^e, qui rapporte ce fait dans sa Chronique , dit que Elstow s'échauffa à tel point qu'on ne parvint à lui imposer silence , qu'après que le roi lui-même lui eût ordonné de se taire. Le jour suivant , les deux Religieux furent sommés devant le conseil du roi , qui les réprimanda , et leur dit qu'ils méritaient d'être mis dans un sac et jetés dans la Tamise. " Réser- " vez ces menaces, s'écria Elstow, en souriant, " pour les riches et les friands qui sont revê-

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'* tus de pourpre , font bonne chère et mettent " leur espoir dans ce bas monde. Pour nous , " loin d'en faire cas, nous nous réjouissons d'ê- " tre chassés d'ici pour avoir fait notre devoir; " et grâces à Dieu, nous savons que le ciel nous " est ouvert , soit que nous y allions par terre " ou par eau. „

83. On ne saurait trop admirer la conduite de ces deux hommes. Dix mille victoires , gagnées sur terre ou sur mer, ne couvriraient pas le vainqueur d'une plus grande gloire que la vertu héroïque de ces deux religieux. Si les évêques , ou le quart d'entre eux seulement, avaient montré autant de courage, le tyran se serait trouvé arrêté au milieu d'une carrière qui allait l'entraîner dans les actions les plus horribles. La résistance ferme et ouverte de ces deux pauvres religieux fut la seule que le tyran éprouva, jusqu'à ce qu'il se fût plongé dans le meurtre et le pillage ; et si l'on considère qu'il n'y a jamais eu d'écrivain , même Protestant , excepté l'infâme BuRNET, qui se soit présenté pour faire l'apologie des actions de ce tyran , on croira aisément que la vertu héroïque de Peyto et d'ELSTOw doitsulîire pour nous faire hésiter, avant que de parler " de l'ignorance et de la superstition des moines. " Rappelez-vous bien qu'il n'y avait pas de fanatisme dans la conduite de ces hommes; qu'ils n'étaient que les défenseurs de la morale, et d'un individu qu'ils n'avaient jamais connu personnelle-

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inent; qu'ils étaient certains d'encourir les châtimens les plus sévères, peut-être même la mort. Combien l'héroïsme des Hampdens et des Russells s'éclipse devant une conduite aussi noble et aussi généreuse !

S/^. Nous arrivons maintenant à la suppression de la Suprématie du Pape, qui devint une source intarissable de sang. On déclara haute trahison le refus de reconnaître la suprématie du roi, et c'était refuser de la recoimaître que de ne pas prêter serment à cet effet. Sir Thomas More , qui était Lord Chancelier , et Jean Fisher , évêque de Rochester , furent mis à mort pour avoir refusé de prêter ce serment. C'était les deux hommes d'Angleterre les plus célèbres par leur savoir, leur intégrité et leur piété, ainsi que par les longs et importans services qu'ils avaient rendus à Henri VIII et à son père. Ce n'est pas une faible présomption en laveur de la suprématie du Pape que de voir ces deux hommes, qui avaient fait tous leurs eflbrts et employé tous leurs talens pour s'opposer à sa suppression, porter leur tête sur l'échafaud, plutôt que de la sanctionner. Mais sachant que c'est le refus des Catholiques de prêter ce même serment, et que More et Fisher préférèrent mourir que de le prononcer; sachant que c'est la source de tous les mauvais traitemens (|ue la Nation Irlandaise endure depuis si long-temps, et contre lesquels elle se débat maintenant avec

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tant de courage et de persévérance; sachant que c'est sur ce point même que repose le sort de l'Angleterre, si une nouvelle guerre vient à éclater \ connaissant enfin toutes ces circonstances , il est de notre devoir d'approfondir avec soin la nature et les effets de cette suprématie du Pape , afin de bien nous assurer , si elle est favorable ou contraire à la vraie religion et à la liberté civile.

85. Les saintes Écritures nous disent que l'Église de Jésus-Christ doit être UNE. En répétant le Credo des Apôtres , nous disons : " Je crois en la sainte Eglise Catholique." Catholique y comme nous l'avons vu dans le paragraphe 3, signifie unii^ersel. Et comment pouvonsnous croire en une église universelle , sans croire que cette Église est une, et sous la direction d'w/z seul chef. Dans l'Evangile de St. Jean, chap. 10. 3^. 16. Jésus-Christ dit : " Je suis le bon pasteur et il y aura un seul troupeau et un seul berger. " Ensuite il députe Pierre pour être berger à sa place. Dans le même Évangile, chap. 17. 3^. 10 et 11. Jésus- Christ dit : " Et tout ce qui est mien est tien , " et ce qui est tien est mien , et je suis glo- " rifié en eux. Et maintenant je ne suis plus " au monde ; mais ceux-ci sont au monde et "je viens à toi , Père Saint ; garde-les en ton " nom ceux que tu m'as donnés , afin qu'ils " soient UN , comme nous le sommes. " Saint

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Paul , dans la seconde Épître aux Corinthiens, dit : " Au reste , mes Frères , réjouissez-vous ; " tendez à vous rendre parfaits ; soyez consolés, " soyez tous d'z/^z consentement. " Le même Apôtre , dans son épître aux Ephésiens , chap. 4. '^. 3. dit : " Étant soigneux de garder V unité de " l'Esprit par le lien de la paix. Il y a un seul " corps et un seul esprit , comme aussi vous " êtes appelés à une seule espérance de votre " vocation , un seul Seigneur, UNE FOI , UN "BAPTEME, un seul Dieu et père de tous." Puis, dans sa première épître aux Corinthiens, chap. I. ^. 10 : "Or je vous prie, mes Frères, " par le nom de Jésus-Christ , que vous parliez " tous un même langage , et qu'il n'y dài point " de particularités parmi vous j mais que vous " soyez bien unis en un même sens, et en un " même avis. "

86. Outre cette autorité palpable des Écritures , outre notre propre credo , que nous disons tenir des apôtres , nous pouvons nous étayer de Véquité de la chose. Il est vraiment monstrueux de supposer qu'il puisse y avoir Deux véritables Fois. Cela ne saurait être; il faut nécessairement que l'une des deux soit fausse. Et quel homme oserait dire que nous devons approuver une mesure, qui doit de toute nécessité produire un nombre indéfini de Fois ? Si notre salut éternel est fondé sur notre croya/ice de la vérité i est-il raisoiuiable de forcer les

gens à avoir plusieurs croyances? Et n'est-ce pas les y forcer que de leur enlever le chef de rÉirlise ? Comment la foi de toutes les nations peut-elle continuer à être UNE, s'il y a dans cliaque nation un chef de l'Église , auquel on devra recourir, en dernier ressort , pour la décision de toutes les questions et de tous les sujets de contestation qui pourront s'élever? Comment , dans ce cas-là , peut-il n'y avoir qu' " un seul troupeau et un seul berger " ? Comment peut-il n'y avoir qu' " une seule foi, et un seul baptême"? Comment préserver Vunité de l'esprit par le lien de paix ? Nous verrous bientôt quelle unité et quelle paix régnèrent en Angleterre , du moment où le roi devint le chef de l'Eglise.

87. Donner , chez nous , la suprématie au roi , c'est la donner par fois à une femme y et plus souvent encore à un enfant, et même à un poupard. Nous la verrons bientôt passer sur un garçon âgé de neuf ans seulement, et nous verrons de plus les efïets monstrueux qui en résultèrent. Mais supposant , pour un instant , que le roi régnant et deux de ses augustes frères vinssent à mourir demain (et ils sont tous mortels) nous la verrions passer, cette suprématie, sur une petite fille âgée d'environ cinq ans. Elle serait par conséquent " le berger unique^'' et, d'après notre propre credo ^ que nous répétons chaque dimanche , elle deviendrait le chef

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de la " Sainte Église Catholique''' ! Elle aurait un conseil de régence; mais alors il y aurait toute une troupe de bergers , et par conséquent une belle " Unité d'esprit " et un beau " lien de paix."

88. Quant à \ intervention du Pape dans l'autorité du Koi ou de l'État , le prétexte , aussi faux que grossier, était, et est encore aujourd'hui, qu'il partageait le Gouvernement avec le roi, auquel appartient la Suprématie entière sur tout ce qui concerne l'intérieur de son royaume. Cette doctrine, poussée un peu loin, exclurait Jésus-Christ lui-même et ferait du roi un objet d'adoration. L'autorité spirituelle est très-distincte de l'autorité temporelle, et elles doivent rester telles dans leur exercice, non pas seulement pour le bien de la religion , mais même pour le bien de la liberté civile. Il est assez curieux de voir que les Sectaires Protestans , tout en se réunissant de cœur au Clergé Anglican, pour déclamer contre le Pape de ce qu'il " usurpe " l'autorité du Roi , et contre les Catholiques de ce qu'ils encouragent cette " usurpation , " ont un soin particulier de nier que ce même Roi ait une suprématie spirituelle sur eux-mêmes. Les Presbytériens ont leur synode , les Méthodistes leur conférence , et tous les autres métis bigarrés, un chef ou autre de leur choix. Il n'est pas jusqu'aux " doucereux " et cupides sectateurs de George Fox , qui n'aient leurs pendens et des

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assemblées annuelles. Tous ces chefs exercent un pouvoir absolu sur leurs membres. Ils donnent ou refusent leur sanction à la nomination des clabaudeurs , ils les déplacent , ou les cassent à volonté. Nous avons tout récemment vu le Synode d'Ecosse ordonner à un prédicateur , nommé Fletcher, de cesser de prêcher à Londres. Il paraît qu'il n'a pas obéi ; mais il paraît aussi que toute la congrégation a été mise en confusion par suite de cette désobéissance. Il est assez étrange , ou plutôt assez impudent , que ces Sectes refusent de reconnaître toute suprématie spirituelle dans la personne du Roi, tandis qu'elles déclament contre les Catholiques de ce qu'ils ne veulent pas prêter un serment par lequel ils en reconnaîtraient une. N'est-ce donc pas une chose monstrueuse de voir que les membres de ces diverses sectes soient aptes à siéger au Parlement et dans le conseil du Roi , à devenir généraux , amiraux ou juges , tandis que les Catholiques sont exclus de ces emplois et de beaucoup d'autres ; et cela , par la seule raison que leurs consciences , leur honorable adhésion à la religion de leurs pères , ne leur permet pas de reconnaître cette suprématie, ou plutôt qu'elle leur ordonne de se réunir dans " un seul troupeau et un seul pasteur y " et de ne reconnaître qu' " un Seigneur , une foi et un baptême " ? 89. Mais le Pape était un Étranger qui exerçait le pouvoir spirituel en Angleterre 5 ce qui ,

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(lisent les hypocrites , était une vraie dégradation pour le Roi et le pays. C'était là , en quelque sorte, prendre John Bull (i) par son faible, car il a, et, selon toute apparence, a toujours eu une aversion instinctive contre les étrangers. Mais , d'abord , le Pape pourrait bien être anglais y puisque nous en avons déjà vu un dans le paragraphe ^2. Comment donc une chose qui subsistait à l'égard de toutes les autres nations, pouvait-elle être dégradante pour la nôtre. Le roi Alfred et toute la longue série de rois , qui existèrent pendant 900 ans, furent-ils des êtres dégradés ? Ceux qui conquirent réellement la France , non pas par le moyen des subsides et de la coiTuption , mais par la force des armes , n'eurent-ils pas assez de bon sens pour distinguer ce qui était dégradant d'avec ce qui ne l'était pas ? Le roi actuel de France et la nation Française elle-même ne sont-ils pas à même d'en juger? La souveraineté de ce monarque et la liberté de son peuple sont-elles moins parfaites , parce qu'elles reconnaissent la suprématie du Pape et qu'elle est en pleine vigueur chez eux? Et si le Synode d'Ecosse peut exercer sa suprématie en Angleterre , en Irlande et dans les Colonies, sans dégrader le roi ou le peuple, comment présumer que l'exercice de la supré-

(i) John Bull, c'est ainsi qu'on désigne le peuple Anglais.

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matie du Pape puisse produire un tel effet sur l'un ou sur l'autre ?

go. Oui , mais il s'agissait àH argent ; l'argent d'Angleterre passait chez le Pape. Les Papes , pas plus que les autres hommes ne peuvent vivre, maintenir une cour, des ambassadeurs et un grand État sans argent. Une partie de l'argent d'Angleterre passait chez le Pape il est vrai , mais une partie de l'argent des autres nations chrétiennes prenait la même direction. Cet argent, d'ailleurs, n'était pas sans emploi. Il servait à préserver l'unité de la foi , à maintenir la paix , à répandre la charité , à cultiver les mœurs. Nous verrons bientôt par les troubles qui s'ensuivirent , par les subsides et les moyens de corruption qu'il fallut employer auprès des étrangers , que l'argent qui passait au Pape était parfaitement bien employé. Mais nous autres , Protestans , nous craignons d'avaler un moucheron ; tandis que nous engloutissons des caravanes entières de chameaux. M^ Perceval a plus donné d'argent à des étrangers y dans l'espace d'un an , que les Papes n'en ont jamais reçu de nos ancêtres durant quatre siècles. Nous nous sommes prosternés , pendant maintes années, devant un Hollandais, qui n'avait pas plus de droits légitimes à la couronne qu'un vagabond de nos hôpitaux , et qui n'avait pas une goutte de sang anglais dans ses veines -. et , de nos jours même , nous envoyons annuellement à des Hanovriens ou autres étrangers ,

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sous le titre de demi-solde , plus d'argent qu'on n'en a jamais envoyé au Pape , dans l'espace de vingt ans. Depuis l'époque de notre " Glorieuse Révolution " nous n'avons cessé de payer deux mille livres sterling par an aux héritiers du " Maréchal Schomberg, " qui, pour me servir de la phrase élégante , pleine de justesse et trèsphilosophique du grand Poète " de la Réforme " existera, je n'hésite pas de le dire, " à jamais, plus un jour. " Avons- nous oublié aussi les Bentinck et toute la séquelle Hollandaise , sur la tête desquels on accumula des domaines de la Couronne ? et nous oserions parler encore de la dégradation et de la perte d'argent occasionnées par la suprématie du Pape ! C'est un fait notoire que ce royaume n'aurait pas eu le moindre besoin d'un soldat allemand, durant la dernière guerre, sans les troubles qui plongèrent l'Irlande dans un danger si imminent , et où ces mêmes troupes allemandes eurent beaucoup à faire. Nous avons payé pendant long-temps , et nous payons maintenant, et nous aurons probablement à payer pendant long-temps encore plus de cent mille livres sterling , par an , aux officiers de ces troupes qui sont à la demi-solde, et dont nous n'aurions pas un sou à payer aujourd'hui , si nous n'avions exigé le serment de suprématie de la part des Catholiques. Chacun a son goût ; pour moi , si j'avais à payer des étrangers, pour maintenir l'ordre dans mon mé-

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nage, j'aimerais mieux payer des " deniers [pence) à Pierre , " que des livres aux Grenadiers do Hesse. Des prieurés étrangers qui furent établis dans le but d'engager des savans à venir résider en Angleterre ont été, pendant long-temps, une -source abondante de plaintes et de déclamations. Mais , sans parler de leur utilité , pour ce qui me concerne , je préfère des Prieurés étrangers à des armées étrangères , dont notre pays n'a été parfaitement libre , que par intervalles , depuis le jour oil les premiers furent supprimés. Je ne veux pas m'ériger en dictateur pour ce qui concerne le goût , mais qu'il me soit permis de déclarer que je préfère les cloîtres aux casernes , le chant des matines au réveil du tambour , le capuchon au casque à poil , orné de cuivre , la tonsure à la moustache, le rosaire avec la croix pendante , au ceinturon avec sa boëte de balles; et, par dessus tout, je préfère la pénitence à la pointe de la baïonnette. Il paraît que nous sommes condamnés à avoir l'une de ces deux choses ; car , avant la " Réforme " l'Angleterre ne connaissait , ou plutôt n'avait jamais songé à ce qu'on appelle un soldat régulier ; tandis que, depuis cette époque, elle n'a jamais su , au fait , ce que c'était que de ne pas avoir de pareils soldats , jusqu'à ce qu'enfin une armée foudroyante régulière , même en temps de paix , est publiquement reconnue comme nécessaire au " maintien de notre henreuse consti- " tution DANS I'Église et dans I'État. "

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9 1. Pour ce qui regarde le Pape, il n'est plus «|Licstion maijitenant d'argent dans cette affaire. Personne n'a l'intention de lui en donner pour ([uelque motif que ce puisse être. Les Catholiques croient que l'unité de leur église serait détruite, disons mieux, ils croient qu'ils cesseraient cFétre Catholiques ^ s'ils abjuraient la suprématie du Pontife •, voilà pourquoi ils se refusent à l'abjurer et prétendent que leurs instituteurs recevront leur autorité de lui; or, en quoi leurs prétentions , à l'égard du Pape , diffèrent-elles des prétentions des Presbitériens à l'égard de leur Synode ?

92. Enfin , quel fut l'effet de la suprématie du Pape sur la liberté civile ; c'est-à-dire , sur la sécurité et la jouissance légitime de la vie et de la fortune ? Nous verrons bientôt cette liberté civile étouffée par les mêmes mains tyranniques qui supprimèrent la suprématie du Pape. Mais d'où nous est venue la liberté civile? D'où nous sont venues ces lois d'Angleterre , que Lord Coke appelle le " droit de naissance " des Anglais , et que chacun des Etats-Unis d'Amérique déclare, dans sa constitution, être le droit de naissance du peuple qui l'habite? D'où nous sont venues ces lois? Sont-elles d'origine Frotestanlc ? Cette seule question devrait faire rougir de honte les détracteurs des Catholiques. Sont-ee les Protestans qui instituèrent les trois cours et les douze Juges , auxquels FAugie-

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terre doit une grande portion de sa renommée et de sa grandeur, bien que, comme toutes les autres institutions humaines , celles-ci aient fait par fois bien du mal. Oh , non ! Cette institution fut créée , lorsque la suprématie du Pape était en pleine vigueur. Ce ne fut pas un don des Ecossais , des Hollandais ou des Hessois , pas même des Luthériens, des Calvinistes et des Huguenots ; ce fut l'ouvrage de nos braves , de nos sages ancêtres Catholiques Anglais j et le Chef DE Justice Abbott est l'héritier, dans une ligne non interrompue de succession, de ce Bench (cour), qui fut érigé par Alfred, lequel fut en même temps un zélé fondateur d'églises et de monastères.

93. Si, cependant, nous persistons à croire que la suprématie du Pape et les circonstances qui l'accompagnaient , aient produit l'ignorance , la superstition et l'esclavage, agissons du moins en hommes sincères, conséquens et honnêtes. Abattons ou fesons sauter en l'air les cathédrales, les collèges et les vieilles églises; fesons disparaître les trois cours , les douze juges , les tournées et les jurys ; bouleversons tout cela , dis-je , et il nous restera alois , ce qui nous appartient en propre y c'est-à-dire, dévastes prisons et des pénitenceries , des manufactures de coton propres à gonfler le genou et la cheville du pied , et à détruire les poumons ; il nous restera l'armée régulière à grandes moustaches et de magnifiques

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casernes , des capitaines-ministres ( parson-captains ) , des lieutenans-ministres , des enseignesministres, et des justiciers-ministres 5 il nous restera des pauvres et les maisons des vagabonds , sans oublier ce bienfait , qui est singulièrement et glorieusement Protestant, la Dette nationale. Hélas ! pauvre peuple Anglais , comme tu as été déçu !

94. Mais, comptant pour rien l'expérience de nos ancêtres , demandons-nous , ne fut-ce que pour argumenter , quelle chance nous aurons de jouir de la liberté civile , si tout le pouvoir spirituel et temporel est concentré dans les mains d'un même individu. Il faut ou qu'il soit despote^ ou que son pouvoir soit détruit par T Oligarchie ou par une autre cause quelconque. Si le Président ou le Congrès des Etats-Unis avaient une suprématie spirituelle , s'ils nommaient des Evêques et des ministres, leur gouvernement ne tarderait pas à devenir tyrannique , quoiqu'il n'ait pas de bénéfices à donner ou de dîmes et prémices à recevoir. Montesquieu remarque que les peuples d'Espagne et de Portugal deviendraient bientôt de véritables esclaves sans le pouvoir de l'Eglise qui esl , dans ce cas , le seul " Jreiii opposé au pouvoir arbitraire, " Cependant, depuis combien de temps ne nous étourdit-on pas les oreilles avec ces mots " usurpation et tyrannie du Pape " ? Cette accusation contre le successeur de St. Pierre est difficile à comprendre. Com-

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ment le Souverain Pontife pouvait-il usurper les droits du roi ou devenir le tyran de l'Angleterre? Il n'avait ni flottes, ni armée, ni juge, ni scherif, ni juge de paix, pas même un constable ou un bedau à ses ordres. On nous a tant parlé des foudres du Vatican qu'on a presque fini par croire que le siège du Pape était dans les airs j si nous l'avions cru tout-à-fait , nous ne nous serions pas montrés plus insensés et plus fous qu'en ajoutant foi à un si grand nombre d'autres contes que les Messieurs de la " Réforme " nous ont débités. Le fait est que le Pape n'avait d'autre pouvoir que celui qu'il tenait de la volonté libre du peuple. Le peuple se rangeait souvent de son côté , dans ses contestations avec les rois ; et , par ce moyen, ils préservèrent, en maintes circonstances, ses droits contre les empiétemens des tyrans. Si le Pape n'avait pas eu de pouvoir , il se serait élevé une Oligarchie , ou quelque autre puissance qui aurait mis un frein au pouvoir royal ; sans cela, cbaque roi eût pu devenir un Néron, s'il l'eût voulu. Nous en verrons un pire que Néron dans la personne de Henri VIII; car nous le verrons bientôt fouler les lois aux pieds, piller son peuple, dépouiller jusqu'aux pauvres de leur patrimoine. Mais la raison nous dit que cela doit être ainsi ; et , bien que ce pouvoir spirituel soit placé , de nos jours , nominalement dans les mains du roi , à combien de ruses et de supercheries n'avons-nous pas dû recourir , parmi les-

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quelles même il y en avait qui étaient aussi funestes que déshonorantes 5 pour empêcher le roi de s'emparer en effet de ce pouvoir? Nous sommes forcés d'effectuer par \ influence et la faction , c'est-à-dire , par des moyens indirects , trompeurs et trop souvent immoraux , pour ne pas dire séditieux , ce qui auparavant s'effectuait par des moyens directs , francs , ouverts , honnêtes et loyaux. Il est assez étrange de voir tous les ministres Protestans ne cesser de parler de \ usurpation et de la tyrannie du Pape , tandis que chacun d'eux , en particulier , à l'exception de ceux qui retirent quelque profit du nouvel ordre de choses , parle tout aussi ouvertement de ce qu'il ne se fait aucun scrupule d'appeler le monstre à deux têtes , c'est-à-dire VÉglise et rÉitat. Combien donc ce monstre n'eût-il pas été encore plus hideux , si les Catholiques se fussent soumis au " Veto " ; c'est-à-dire , s'ils eussent donné au roi \di faculté de rejeter la nomination des Évèques Catholiques, et de rendre par là celui qui est déjà " le Défenseur de la Poi , " contre laquelle il proteste , le confédéré du Souverain Pontife dans le maniement des affaires de cette église , à laquelle la loi lui défend expressément d'appartenir.

. 95. Ainsi donc, cette suprématie du Pape, si décriée, était une chose très-salutaire. Elle était, à cette époque, le seul frein qu'on pût opposer au pouvoir despotique, et de plus tout-à-fait indispen-

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sable au maintien de cette unité àe foi, sans laquelle il ne pouvait exister rien de digne du nom d'Église Catholique, abjurer cette suprématie était , au fait , un vrai acte d'apostasie , un vil acte d'abandon des droits du peuple. L'exiger d'un individu quelconque, c'était violer ouvertement la Grande- Charte ainsi que les lois du pays ; et mettre à mort ceux qui refusaient d'y adhérer , c'était sans contredit commettre un meurtre que rien ne pouvait justifier. Cependant il était impossible d'atteindre le but qu'on se proposait sans commettre des meurtres , sans répandre le sang de l'innocent. 11 fallait nécessairement du sang. Parmi les victimes de cette tyrannie atroce , on distingue Sir Thomas More, et I'Évêque Fisher. Le premier avait été Lord Grand Chancelier d'Angleterre pendant plusieurs années. Ses contemporains , et tous les écrivains jusqu'à ce jour, l'ont dépeint comme un homme aussi parfait qu'il fut possible à un mortel de l'être , tant sous le rapport de la science , que de la rectitude et de la piété. Il fut le plus grand juriste de son siècle , un serviteur fidèle et éprouvé du roi et de son père; et de plus, si éminemment distingué par l'aménité de son caractère, par ses talens et sa modestie , que sa mort fut un vrai coup de foudre pour l'Europe entière. Fisher était tout aussi eminent par son savoir, sa piété et son intégrité. Il était le seul conseiller-privé survivant du feu roi. La mère de

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ce monarque ( grand'-mère de Henri VHï ) , qui survécut à son lils et à sa fille, le conjura , à sou lit de mort, de prêter une attention particulière aux avis de ce vénérable prélat, aussi savant que pieux ; et , jusqu'au moment où , par ses avis , il eut contrecarré ses passions déréglées , il avait coutume de dire qu'aucun prince ne pouvait se vanter d'avoir un sujet comparable à Fisher. Souvent dans le Conseil on voyait le roi le prendre par la main et l'appeler son père. Le bon prélat reconnaissait cette faveur et cette affection insignes par un zèle et un dévouement qui ne connaissaient d'autres bornes que celle de son devoir envers Dieu, envers son roi, envers sa patrie. Mais ce devoir sacré lui commanda de s'opposer au divorce et à la suprématie du roi , et dès-lors le tyran, oubliant tout-à-coup ses services , son dévouement et son attachement sans exemple , l'envoya à l'écliafaud , après un emprisonnement de quinze mois , durant lesquels il fut traité pis qu'un vil scélérat , croupissant dans l'ordure et manquant, pour ainsi dire, de nourriture. Oui, le tyran fit périr par le fer celui dont il était naguères si orgueilleux , et auquel il avait donné le titre de père. Pouvant à peine se soutenir sur ses jambes, sa vénérable iigure et ses cheveux blancs noircis par la fange , sa nudité à peine couverte par les haillons qui lui restaient sur le corps , il le fit traîner à l'échafaud, et après lui avoir arraché la vie, il y resta

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exposé comme un cliien mort. Monstre exécrable ! L'indignation refoule le torrent de nos larmes ; elle nous éloigne de cette scène d'horreur.

g6. Et cependant le cupide , le cruel , l'effronté BuRNET a l'audace de nous dire qu'un " homme , tel que Henri VIII , était nécessaire pour opérer la Réforme. " Il veut dire sans doute que les mesures que ce roi prit pour y parvenir furent nécessaires ; et si elles furent nécessaires , quelle doit être la nature et la tendance de cette " Réforme " ?

97. C'est à cette époque que l'œuvre de sang commença, et elle continua d'un pas ferme. Tous ceux qui refusèrent de prêter le serment de la suprématie; ou, en d'autres mots, tous ceux qui refusèrent de devenir apostats , furent considérés comme coupables de trahison et traités comme tels ; on les mit à mort avec une cruauté inouie. Pour ne citer qu'un exemple des œuvres du réformateur nécessaire , suivant Burnet , contentons-nous de parler du traitement qu'éprouva Jean Houghton, prieur de la Chartreuse ( Charter-huuse ) de Londres , c'est-à-dire d'un couvent de Chartreux. Ce malheureux Prieur, ayant refusé de prêter le serment , ce qu'il ne pouvait faire sans se parjurer, fut traîné à Tyburn (i). A peine fut-il pendu, qu'on coupa la corde, et il tomba par terre tout vivant. On le dépouilla ,

(i) Lieu où l'on exécutait les criminels à celte époque.

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on lui arracha du corps les intestins, le cœur et les entrailles, et on les jeta au feu. On sépara la tête du corps , on divisa le tronc par quartiers, et on les bouillit à demi; ensuite on le coupa par morceaux et on suspendit les membres dans différentes parties de la ville. Un de ses bras fut cloué au mur , au-dessus de l'entrée principale de son monastère.

98. Tels furent les moyens qui, suivant Burnet, étaient nécessaires pour introduire la religion Protestante en Angleterre. Hélas ! Combien ils différaient , ces moyens , de ceux que le Pape Grégoire et St, ^jigustin employèrent pour y introduire la religion Catholique l Ces horribles massacres eurent lieu à l'époque, remarquez bien , où le Grand Martyr de Fox , Cranmer , était primat , et sous l'active surveillance d'un autre assassin, nommé Thomas Cromwell, qui était son agent, et que nous verrons bientôt partager le butin avec son digne chef, et, plus tard, sa fin ignominieuse.

99. Avant d'entamer le grand cliapitre du pillage ^ qui fut la cheville- ouvrière de la " Réforme ", nous aurons à suivre le Roi et son primat à travers les meurtres des Protestans aussi bien que des Catholiques. Mais, d'abord, il faut voir à^ où. provint la religion Protestante, et dans quel état elle se trouvait à l'époque dont il s'agit. Nous avons déjà vu ( parag. 3. ) l'étymologie du mot Protestant. Ce fut le nom qu'on

g4 Réforme Protestante.

donna à ceux qui se déclarèrent , ou qui protestèrent contre l'église Catholique ou universelle. Cette manie de protester prit naissance en Allemagne, en l'an iSiy. Elle fut mise en vogue par un moine , nommé Martin Luther , qui appartenait à un couvent d'Augustins, situé dans rÉlectorat de Saxe. A cette même époque, le Pape avait ordonné qu'on annonçât en chaire certaines indulgences , et S. S. ayant confié ce soin à l'ordre des JJoniinicains , et non à celui dont Luther fesait partie, ainsi qu'il l'avait toujoui's fait auparavant; l'hérétique, piqué de cette préférence , résolut de s'en venger par son opposition au Pape. Il communiqua son projet à son Souverain , l'Electeur de Saxe , qui le protégea , parce qu'il avait , à ce qu'il paraît , le même penchant au pillage que celui qui, quelques années après, s'empara de notre tyran Anglais , de ses courtisans et de son parlement.

loo. Tous les auteurs s'accordent à représenter Luther comme un homme perdu de débauche. Sa conscience aurait pu lui suggérer l'idée de changer de religion ; mais sa conscience , àcoup-sûr, ne put jamais lui suggérer les actions abominables dont il est reconnu coupable , d'après ses propres confessions , desquelles je parlerai plus amplement, lorsque je viendrai à donner des détails sur les sectes sans nombre qui se formèrent parmi les Protestans, ainsi que sur le changement funeste que cette innovation dans

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la religion produisit sur les moeurs du peuple et sur la société en général, d'après l'aveu des chefs de ces mêmes sectes. Contentons-nous de remarquer, pour le moment, qu'à l'époque dont nous parlons, les sectes Protestantes s'étaient répandues en Allemagne, avaient pénétré en Suisse et dans quelques États du Continent; et, avant d'entrer dans de plus grands détails touchant Luther et les sectes auxquelles il donna naissance , voyons de quelle manière le Roi d'Angleterre traita ceux de ses sujets qui avaient souscrit à cette hérésie.

loi. Dès le principe, les Protestans ne furent pas d'accord entre eux ; cependant ils maintenaient tous que la foi seule suftisait pour assurer le salut j tandis que les Catholiques croyaient qu'il fallait aussi de bonnes œuvres. Le plus atroce des hommes, le plus brutal, le plus sanguinaire des tyrans peut être un zélé croyant ; car les diables eux-mêmes croient j c'est pourquoi, nous trouvons étrange , au premier abord , qu'Henri VIII ne soit pas devenu de suite un zélé Protestant, c'est-à-dire un des disciples les plus dévoués de Luther. Nui doute qu'il ne le fût devenu; mais Luther commença sa " Réforme " quelques années trop tôt pour le roi. Lorsqu'en i5i7 Luther se mit à l'ouvrage, le roi n'était marié que depuis huit ans avec sa première femme, et il n'avait conçu jusqu'alors aucun projet de divorce. Si Luther eût commencé

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douze ans plus tard , le roi serait devenu Protestant tout de suite , surtout en voyant que celte nouvelle religion permettait à Luther et à sept autres de ses frères, fauteurs de la " Réforme, " d'accorder, de leur propre autorité, une licence au Langrave de Hesse pour avoir deux femmes à la fois ! Une religion si douce , si tolérante , aurait été et fut probablement très-fort du goût du roi à l'époque du divorce ; c'était précisément ce qu'il lui fallait ; mais, ainsi que je l'ai déjà remarqué, elle vint douze ans trop tôt pour lui; car, non-seulement il n'adopta pas cette religion, mais même il la combattit comme souverain; et, ce qui devenait plus sérieux encore, il la combattit comme AUTEUR. En i52i , il avait publié un OUVRAGE contre elle. Son amour-propre, son orgueil étaient engagés dans la querelle; à quoi on peut ajouter que Luther , en répondant à son livre, l'avait traité de " co- " chon , d'âne et de fumier ; il l'avait appelé " semence de couleuvre, basilic, imposteur, bouf- " fon habillé en roi, fou enragé, avec une bouche " pleine d'écume et une figure de prostituée. " A une autre époque, il lui avait dit : " tu mens , roi stupide et sacrilège. "

I02. C'est pourquoi , bien que le tyran fût porté à détruire l'Église Catholique, il n'en avait pas moins résolu d'extirper tous les partisans de Luther et toute la clique des nouvelles sectes. Agissant constamment par quelque vil motif ou

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autre , il fut poussé par la vengeance à sévir contre les Protestans, comme il l'avait été contre Jes Calholiqiies , par l'incontinence , peut-être même par une incontinence incestueuse. Le suivre , pas à pas , et en détail , dans ses carnages et dans ses massacres , serait familiariser notre esprit avec une boucherie d'hommes et une cuisine de cannibales. Je me contenterai donc de signaler ses œuvres principales , dans ce genre. io3. Son livre contre Luther lui avait acquis le titre de Défenseur de la Foi. Nous en parlerons plus au long. Il ne pouvait donc devenir Protestant , sans se dédire ; que dis-je ? Son orgueil ne lui aurait pas permis de se montrer le prosélyte d'un homme qui avait eu l'audace de le traiter publiquement de cochon , d'ane , de fou et de menteur. Cependant il ne pouvait prétendre au Catholicisme. Il fut donc contraint de se faire une religion à 6a manière ,• mais il ne pouvait y parvenir , sans forcer son peuple de l'adopter au moyen de ce qu'il appelait M loi. Il fit donc , avec le secours de son servile parlement , des lois qui déclaraient hérétiques et condamnaient aux flammes , ceux qui ne se conformeraient pas strictement , par des actes aussi bien que par des professions, à la foi et au culte qu'il avait inventés et mis en vigueur en sa qualité de chef de l'Église. Parmi ses dogmes il y en avait que ni les Catholiques, ni les Protestans ne pou-^ valent adopter sans enfreindre les principes de

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leurs croyances. Il les envoya donc les uns et les autres à la mort , et , quelquefois , pour leur torturer l'esprit aussi bien que le corps , il les fesait traîner au bûcher sur la même claie , liés par couples , dos à dos , c'est-^à-dire un Catholique avec un Protestant. Ce n'est pas de cette manière que Saint Augustin et Saint Patrice propagèrent leur religion. Cependant telle est la mahgnité de Burnet et de plusieurs autres, appelés Théologiens Protestans , qu'ils défendent , si même ils n'approuvent entièrement, les actions de cet exécrable tyran , en même temps qu'ils sont forcés d'avouer qu'il abreuva la terre de sang Protestant , et qu'il remplit l'atmosphère de la fumée de leurs corps réduits en cendres.

io4- Durant toute cette œuvre de sang, Cranmer, qui était primat de la religion du roi, favorisait, sanctionnait, assistait et encourageait les massacres des Protestans et des Catholiques, tandis que ( je vous prie de bien remarquer ceci ) Hume, Tillotson, Burnet et toute la longue liste de ses apologistes disaient qu'il était, ou plutôt lui fesoient un mérite d'être lui-même un Protestant sincère dans son cœur. Il y a plus , nous allons voir bientôt le primat reconnaître publiquement ces mêmes dogmes , pour le mainlien desquels il avait puissamment contribué à faire périr les autres dans les flammes, sans égard ni à l'âge , ni au sexe. Les progrès de cet homme dans la carrière de l'infamie furent tels, qu'il

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faut vraiment des preuves incontestables pour se résoudre à y ajouter foi. Avant de recevoir la prêtrise , il s'était marié ; après avoir reçu la prêtrise et avoir fait serment de vivre dans le célibat 3 se trouvant alors en Allemagne, et étant devenu Protestant , il épousa une seconde femme , tandis que sa première était encore en vie. Étant primat de l'Eglise de Henri , qui interdisait le mariage au clergé , et qui les obligeait sl faire serment de vivre dans le célibat, il fit transporter sa femme allemande en Angleterre dans une caisse , percée de trous , afin qu'elle piît respirer l'air. La caisse étant destinée pour Cantorbéry , on la débarqua à Gravesend , et les matelots ignorant ce qu'elle contenait, la posèrent à terre sens dessus dessous , et la malheureuse faillit avoir le cou rompu. Quelle scène ! Une Allemande avec une suite de marmots , moitié Anglais et moitié allemands vivant clandestinement dans le même endroit qui avait été le berceau de la Chrétienté Anglaise ; dans ce même endroit où Saint-Augustin avait résidé , et où Thomas a Becket avait scellé de son sang son opposition à un tyran qui visait à la destruction de l'Église et à la spoliation du peuple. En voilà déjà assez pour exciter le dégoût ; mais si nous considérons que ce même primat, tout en vivant sous le même toit avec sa femme allemande et ses marmots , favorisait le massacre des Protestans, parce qu'ils s'opposaient à un dogme qui'

lOo RéEORME Protestante.

défendait au Clergé d'avoir deux femmes , nous serons pleins d'indignation, non pas contre Cranmer, dont la mesure des forfaits est déjà comble; bien que nous ne soyons pas encore au bout , ni contre Hume , car il ne tenait compte d'aucune religion ; mais contre tous ceux qui prennent le titre de Théologiens et sont les apologistes de Granmer-, contre Burnet, qui dit que Cranmer " fit tout en bonne conscience " et contre le Dr. Sturges, ou plutôt le Doyen et le chapitre de Winchester , qui mirent en commun leurs " talens " pour composer " des Réflexions sur le Papisme , " qui parlent du " respectable Crakmer, " et qui, sous le rapport de l'intégrité , ont l'audace de le mettre en parallèle avec Sir Thomas More. Ainsi que le Dr. Milner le remarque , dans sa réponse à Sturges , ils se ressemblaient , il est vrai , en ce qu'ils s'appelaient l'un et l'autre Thomas; mais, sous tous les autres rapports , la disparate est aussi grande que l'imagination la plus vive peut l'imaginer entre le ciel et l'enfer.

io5. L'infamie de Cran mer en aidant à envoyer des hommes aux flammes , pour avoir les mêmes principes qu'il avoua plus tard avoir professés lui-même, au moment où il les y envoyait, ne saurait être surpassée par aucune espèce de dépravation dont l'espèce humaine soit susceptible; elle ne peut même être égalée que par celle du roi , qui tandis qu'il espérait et croyait met-

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tre la hache à la racine de la croyance Catholique, continuait à prendre le titro de son Défenseur, ïl n'était pas , rappelez-vous bien ceci , le défenseur de ce qu'il aurait pu appeler la Foi Chrétienne , comme d'autres le firent de son temps et l'ont fait depuis. Il reçut ce titre du Pape y en récompense de ce qu'il avait écrit pour la défense de la foi Catholique contre Luther. Le Pape lui conféra ce titre , qui devait descendre à sa postérité. Ce fut le Pape Léon X qui le lui donna dans une bulle ou édit qui commence par ces mots. " Léon , serviteur des ser- " viteurs du Seigneur, à son très-cher Fils, Henri, " Roi d'Angleterre , Défenseur de la Foi , salut " et bonheur. " La bulle s'étend ensuite sur la défense de la foi de l'Église Catholique , que le Roi a prise dans un livre écrit contre Martin Luther , et en considération de laquelle S. S. et son conseil ont résolu de lui conférer, ainsi qu'à ses successeurs , le titre de Défenseur de la Foi. " Nous , " dit la Bulle , " Séant sur le saint '^ siège, avons, après une mûre délibération avec " nos frères, résolu, d'un accord unanime, d'ac- " corder à votre Majesté , vos héritiers et suc- " cesseurs , le titre de Défenseur de la Foi , " ce que nous confirmons par ces présentes, avec " ordre à tous les Fidèles de donner ce titre à " votre Majesté. "

1 06. Que devons-nous donc penser d'un homme qui continuait à porter ce titre , tandis qu'il fai-

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sait jouer eu sa présence une farce dans laquelle le Pape et son Conseil étaient tournés en ridicule , et qui fesait brûler ou éventrer , par vingtaines, des hommes, par cela seul qu'ils restaient fidèles à cette foi dont il avait encore l'odieuse effronterie de se dire le Défenseur ? La Justice , les lois , tout sentiment moral durent s'évanouir avant de souffrir une pareille monstruosité- Oui , on les avait bannis du siège du pouvoir. Nous verrons dans le numéro prochain qu'un despotisme de fer avait pris la place de la suprématie du Pape. La liberté civile avait entièrement disparu ; aucun homme ne pouvait se vanter d'avoir quelque chose en propre , aucun homme ne pouvait se croire sûr de sa vie pendant vingt-quatre heures.

107. Il nous reste encore quelque chose à dire sur ce titre de Défenseur de la Foi auquel , pour un motif ou autre qu'on a de la peine à deviner, on a paru attacher un grand prix, depuis cette époque jusqu'à ce jour. Edouard VI continua à porter ce titre jusqu'à la fin de son règne , quoique ses deux " régens , " ( qui se succédèrent en cette qualité et que nous verrons bientôt porter , l'un après l'autre , leur tête sur l'échafaud ), abolirent la foi Catholique en vertu de la loi y quoique la foi Protestante fût établie à sa place avec le secours des troupes étrangères, et quoique les cupides pillards de son temps dépouillassent les autels mêmes , afin d'extirper

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cette même foi dont il était appelé le défenseur dans ses titres. Elisabeth continua à porter ce titre durant son long règne " de crimes et de misère , " ainsi que Witaker l'appelle avec raison, quoique, pendant tout le cours de ce règne, elle mît beaucoup d'activité à persécuter, à ruiner , à éventrer ceux qui professaient cette foi , dont elle prenait le titre de Défenseur , dans laquelle elle était née elle-même , dans laquelle elle avait vécu pendant plusieurs années , et à laquelle elle resta attachée , ouvertement et en particulier, jusqu'à ce que son propre intérêt eût exigé qu'elle l'abandonnât. Elle continua à porter ce titre, tandis qu'elle fesait éventrer ceux de ses sujets qui entendaient la messe; tandis qu'elle refusait les dernières consolations de la religion Catholique à sa cousine, Marie, Reine d'Ecosse, qu'elle fit mettre à mort , sous le masque de la loi et de la justice , après avoir vainement fait chercher parmi ses sujets , un homme assez vil et assez sanguinaire pour se débarrasser de sa victime par un assassinat , ainsi que Witaker l'a évidemment prouvé. Ce titre fut porté par cette chétive créature , Jacques ï , qui eut pour conseiller en chef le très-digne fds de ce père , qui avait été l'ordonnateur principal de l'assassinat de son innocente mère , et dont le règne ne fut qu'une série constante de vils complots et de cruelles persécutions contre tous ceux qui professaient la foi Catholique. Mais , sans pénétrer

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plus avant dans un sujet qui trouvera plus tard une place plus convenable , remarquons que , parmi tous nos souverains , les seuls vrais Défenseurs de la Foi , depuis le règne de Marie , ont été le feu Roi et son fils , notre souverain actuel. Le premier , en consentant à abolir une partie du code pénal, et en nommant une commission spéciale pour juger , condamner et exécuter les chefs de cette féroce populace qui, en i-jSo , mit le feu à la ville de Londres, et chercha à la saccager , au cri de " A BAS LE PA- PISivIE , " et sous un zèle apparent pour la religion Protestante ; le second , en envoyant , en 1 8 1 4 ? un corps de troupes Anglaises , pour servir de garde d'honneur à la réinstallation du Pape. Espérons que sa défense de la foi ne s'arrêtera pas là ; espérons qu'à lui est réservée la véritable gloire d'être le Défenseur de la Foi de tous ses sujets, et de cicatriser à jamais ces plaies profondes et sans cesse saignantes qui , depuis plus de deux cents ans , affligent une si grande et si lovai e partie de son peuple.

io8. Personne ne peut prévoir ce qu'on doit attendre de la clique des sectaires; mais en supposant même les écrivains de l'Eglise établie sourds à la voix de la justice , on croirait qu'en réfléchissant à l'origine de ce titre de leur souverain , la décence, du moins, les engagerait à supprimer leurs invectives. Il est hors de doute que le roi tient ce titre du Pape , et de nul autre indi-

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vidu. On lui dispute toUwS les jours son droit divin à la couronne y et il l'a lui-même désavoué; mais ({uant au titre de Défenseur de la Foi , il le doit entièrement au Pape. Nos Théologiens Protestans nous affirmeront-ils donc encore que leur souverain et le nôtre porte un titre qui , remarquez-le bien, est introduit, non-seulement dans chaque traité, mais même dans chaque acte, dans chaque contrat , dans chaque rescrit municipal ? Nous diront-ils encore qu'il tient ce titre de " l'Homme du Péché, de l'Antéchrist, de !a Prostituée vêtue d'écarlate " ? Dégraderont-ils à ce point ce souverain* qu'ils nous invitent en mêmetemps à respecter, auquel ils nous disent d'obéir? Oui , ils le doivent , ou bien ils doivent avouer que leur vile calomnie et leurs invectives contre l'Église Catholique ont été aussi fausses que détestables.

109. Les prédécesseurs du roi portaient un outre titre. On les appelait roi de France , qui était un titre de bien plus ancienne date que celui de Défenseur de la Foi. Ce titre três-glorieux dont nous nous enorgueillissons beaucoup ne fut acquis ni par les Luthériens, ni par les Presbitériens, ni par les Nouveaux Eclairés, avec Saint Noël ou St. Butterworth à leur tête. Ce furent nos braves ancêtres Catholiques, au panache à Trois Plumes , que le roi porta pendant si long-temps. Ils le conquirent durant la suprématie du Pape , tandis que la confession , l'ab-

io6 Réforme Protestante.

solution, les indulgences, les messes et les monastères existaient en Angleterre. Il fut acquis j)ar des Cathoiicfues dans les siècles " obscurs de Vignorance et de la superstition des moines*," et ce fut un Protestant '^ né dans le ciel •'"' et un Ministre infidèle aux traités, qui le perdirent. Il fut acquis par la valeur , et on l'abandonna par crainte; disons même par la crainte de ceux que, pendant maintes années, on nous avait appris à considérer comme les plus vils , ( et bien sûrement ils avaient été les plus sanguinaires ) de tous les hommes.

I lo. Après avoir donné une'faible esquisse des progrès du tyran dans la destruction de la liberté de son peuple , et de la manière dont il se défit de ses femmes, il serait temps d'entrer dans la grande scène de pillage , et de rendre compte des malheurs qui s'ensuivirent immédiatement. Ce sera le sujet de la lettre suivante.

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No. IV.

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