‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 8 sur 32 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

TïflANNlE HORRIBLE. MASSACRE DE LA CoMTESSE DE

Salisbury. Célibat du Clergé. Evêque de Winchester. Accusations de Hume , et réponse de l' Evêque Tanner.

Mes Amis, Kensington y le 2S féuriei' 1825.

III. Nous avons déjà vu que la " Réforme " tut engendrée par une incontinence brutale , et élevée dans l'hypocrisie et la perfidie. 11 nous reste aussi quelques modèles des actes, en vertu desquels elle fit couler le sang innocent. Dans cette lettre et dans la prochaine , nous verrons comment elle ravagea et saccagea le pays, quelle indigence et quelle misère elle y produisit , et de quelle manière elle devint la source de cet état de pauvreté , de ce dérèglement honteux de mœurs, de cette affluence effrayaute de crimes de tous les genres , qui pèse de nos jours avec tant de force sur le caractère de cette nation , jadis si vertueuse et si opulente. . Il 2, Lorsque, au paragraphe 97 , nous avons laissé le Roi et Cran mer occupés de leurs san-

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glantes œuvres, nous en étions à l'an i536, et le 27^ du règne de Henri VIlï. En i528, il fut rendu une loi , en vertu de laquelle le Roi était dispensé de payer les dettes qu'il avait contractées ; plus tard , il en fut rendu une seconde au même effet , et par ce moyen , des milliers de ses sujets furent complètement ruinés. En 153^ , la nouvelle reine, Jeanne de Seymour, donna à Henri un fils , qui , par la suite régna sous le nom d'EoouARo VI. La mère perdit la vie en lui donnant le jour; et, s'il faut en croire • Sir Richard Baker, on eut recours à l'opéra- \ lion Césarienne pour sauver l'enfant. Dans cette 1 grande " Réforme, " l'homme ne se démentit jamais; ses actions furent toujours en harmonie 1 avec ses sentimens; jamais on ne le vit compatir 1 aux souffrances d'autrui , et c'est un trait ca- \ ractéristique que Whitaker donne à sa fille ! Elisabeth.

1 13. Se voyant un fils pour successeur, Henri fit , à l'aide de son parlement , passer une loi qui déclarait d'abord ses deux filles Marie et Elisabeth illégitimes, et ensuite que, dans le cas où il n'aurait pas de postérité légitime , le roi posséderait, en vertu de lettres patentes, ou d'un simple testament , la faculté de disposer de la couronne en faveur de cjui bon lui semblerait. Pour couronner l'œuvre, et pour former une série complète d'actes de tyrannie inouis jusqu'alors , en l'an iSSy, et le 28^ de son règne, il fit rendre

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une loi qui déclarait que , dans tous les cas , sauf ceux de droit privé , les Ordonnances du Roi auraient la même force que les ^ctes du Parlement. Ainsi donc , les lois et la justice étaient à la merci d'un seul homme , et d'un homme qui se jouait des lois , d'un homme pour qui la justice n'était qu'un vain nom, et dont le cœur ne fut jamais accessible à la compassion.

114. Il est aisé de concevoir que la fortune et la vie des particuliers ne pouvaient être en sûreté , tandis qu'un pouvoir semblable était concentré dans les mains d'un tel homme. La Grande Charte avait été foulée aux pieds, du moment où l'on eût attaqué la suprématie du Pape. Le fameux acte d'ÉDOUARD Trois tendant à protéger le peuple contre toute accusation non-fondée de haute-trahison, fut entièrement mis de côté. Beaucoup de cas qu'on n'avait pas jusqu'alors considérés comme criminels, furent traités comme de haute trahison. Pendant long-temps les jugemens furent dérisoires; ils furent enfin mis tout-à-fait de côté, et les prévenus condamnés à mort , non-seulement sans être appelés et entendus dans leurs moyens de défense ; mais même, dans beaucoup de circonstances, sans être informés des crimes , ou du moins prétendus tels, pour lesquels on les conduisait au supplice. Ce que nous avons lu des Deys d'Alger et des Beys de Tunis, même dans les rapports les plus exagérés relatifs à leurs actions, ne peut, sous le rapport de la barbarie et de l'iniquité , se com-

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parer à celles de cet homme , que Burnett appelle " le fils Je la Réforme " Anglaise. Les victimes de sa cruauté sanguinaire étaient ordinairement choisies parmi les plus vertueux de ses sujets -, et cela par une conséquence naturelle , car un homme de son caractère avait plus à craindre d'eux que de tout autre. Des familles entières et des cercles d'amis tombaient sous le poids de sa hache ; il n'épargnait ni âge ni sexe , si ceux qu'on lui désignait possédaient, ou étaient soupçonnés de posséder assez d'intégrité pour ne pas approuver ses actions. Un regard douteux éveillait ses soupçons , et il n'en fallait pas davantage pour être envoyé à l'échafaud. L'Angleterre, avant son règne sanglant, si heureuse, si libre, si peu habituée au crime que la liste des assises présentait à peine trois criminels à juger, par an, dans un comté, vit alors plus de soixante mille personnes enfermées dans ses cachots à la fois et à la même époque. La cour de " ce fils aîné de la Kéforme'''' était une boucherie de chair humaine. Ses peuples , abandonnés par ses protecteurs naturels qui étaient corrompus d'avance par le pillage, ou par l'espoir de piller, formaient le troupeau tremblant et terrifié, tandis que S. M., semblable à un maître-boucher, gras et joyeux, assis dans son palais , donnait les ordres pour le massacre: et que son Grand-Prêtre Granmer se montrait toujours prêt à sanctionner et à sanctifier ses actes.

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1 15. Les détails de ces massacres ne pourraient que dégoûter et fatiguer le lecteur. Un exemple, néanmoins, ne saurait être passé sous silence; c'est le meurtre des parens, et entre autres, de la mère du Cardinal Pole. Le Cardinal qui, dans sa jeunesse, et avant qu'il fût question du divorce du Roi, avait été en grande faveur auprès du monarque , et avait fait ses études et voyagé sur le continent aux frais du trésor royal , désapprouva le divorce et tous les actes qui s'en^ suivirent; et, quoique rappelé par le roi , il refusa d'obéir. C'était un homme eminent par son érudition , par ses talens et ses vertus , et ses opinions avaient un grand poids en Angleterre. Sa mère, la Comtesse de Salisbury, était descendante des Plantagenets , et la dernière de cette longue dynastie des rois d'Angleterre ; en sorte que le Cardinal, que le Pape avait élevé à cette dignité, à cause de son grand savoir et de ses vertus éminentes , était proche parent du Roi du côté de sa mère , mais il s'opposa fortement aux mesures de Henri , et il n'en fallut pas davantage pour exciter sa vengeance contre ce prélat. Après avoir mis en œuvre toute espèce de ruses et d'artifices , après avoir employé des sommes considérables pour s'emparer de sa personne , n'ayant pu y parvenir, il résolut d'exercer son horrible vengeance sur les siens et sur sa vénérable mère. Elle fut accusée par l'infâme Thomas Cromwell, dont nous parlerons bien-

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tôt plus amplement , d'avoir engagé ses tenanciers à ne pas lire la nouvelle traduction de la Bible , et d'avoir reçu des bulles de Rome, que le dénonciateur prétendit avoir trouvées à sa maison de campagne, dans le comté de Sussex. Cromwell produisit aussi une bannière , qui avait , disait-il , servi à des bandes de rebelles dans le Nord , et qu'il aflirma avoir trouvée dans sa maison. Toutes ses accusations étaient si absurdes et si peu fondées, qu'il fut même impossible de faire le procès à la Comtesse. On demanda alors aux juges , si le parlement ne pourrait pas la convaincre , c'est-à-dire la condamner sans l'entendre ? et ils déclarèrent que cette mesure ne serait pas sans danger ; que , quant à eux , ils ne pouvaient en agir ainsi dans leurs cours, et qu'ils étaient d'avis que le parlement lui-même n'y consentirait jamais. On leur demanda alors si , dans le cas où le parlement ^ Y prêterait j cette action serait valide aux jeux de la loi ? et ils répondirent affirmativement. Il n'en fallut pas davantage. On proposa un bill, en vertu duquel la Comtesse de Salisbury , la Marquise d'Exeter et deux autres Seigneurs, parens du Cardinal , furent condamnés à mort. Ces deux derniers furent exécutés ; la Marquise obtint sa grâce , et la Comtesse fut renfermée dans une prison, comme une espèce d'otage pour la conduite de son fils. Quelques mois après néanmoins , les actes tyranniques du roi causèrent

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une insurrection ; le Cardinal Pole fut soupçonné de l'avoir suscitée , et sa pauvre mère fut traînée à l'échafaud. Bien qu'âgée de plus de soixante-dix ans, et affaissée sous le poids des souffrances encore plus que sous celui des années, elle maintint jusqu'au dernier instant la noblesse de sa naissance et de son caractère. Lorsque l'exécuteur lui ordonna de pencher la tête sur le billot : "Non, dit-elle, ma tête ne se courbera " jamais devant la tyrannie ; je ne fus jamais " coupable de trahison , et si tu veux ma tête , " tâche de l'abattre de telle manière que tu pour- " ras. " Alors le bourreau lui lâcha un coup de hache sur le cou, et comme elle se mit à courir autour de l'échafaud, avec ses cheveux blancs qui flottaient sur son sein et sur ses épaules, il la poursuivit et lui fit sauter la tête, après lui avoir donné plusieurs coups de hache.

II 6. Est-ce en Turquie ou à Tripoli qu'une pareille scène se passa ? Non , c'était en ^dngleterre; en Angleterre où la Grande Chjirte venait d'être mise tout récemment en vigueur ; où l'on n'aurait du par conséquent faire aucun acte contraire à la loi ; mais où le pouvoir ecclésiastique et civil se trouvant concentrés dans les mains d'un seul homme , des massacres de cette nature qui auraient révolté une populace turque, pouvaient y être commis sans le moindre danger pour l'auteur. Hume, dans ses observations sur la situation morale du peuple ,

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durant le règne de Henri , prétend que ce roi ne î\xt jamais haï du peuple, " qu'il paraît, au " contraire , avoir joui , en quelque sorte , de " son estime et de son affection, jusqu'aux der- " niers instans de sa vie. " Il ajoute, qu'on peut dire , avec vérité, " que les anglais de ce temps- " là étaient tellement soumis que, semblables " aux esclaves de l'Orient , ils étaient disposés " à admirer jusqu'aux actes de tyrannie et d'op- " pression qu'on exerçait envers eux et à leurs " dépens. " Cet historien mensonger ne laisse jamais échapper une occasion de colorer les actions de ceux qui détruisirent l'Église Catholique en Angleterre et en Ecosse. Trop adroit, néanmoins, pour approuver la conduite sanguinaire de Henri , il voudrait nous faire croire que , après tout , il y avait quelque chose d'aimable dans son caractère*, et il cherche à le prouver en nous persuadant qu'il fut chéri de son peuple jusqu'aux derniers instans de sa vie.

ii-j. Rien n'est plus faux que cette assertion, à moins qu'on ne prenne pour l'amour populaire des insurrections sans cesse renaissantes , accompagnées de plaintes et des reproches les plus amers. Quant à cette observation que les Anglais de ce temps-là étaient entièrement soumis, outre qu'elle semble réfuter l'assertion de Vamour du peuple pour le tyran, c'est une pure calomnie que les écrivains Ecossais, pleins d'envie, se plaisent à répéter d'un commun accord.

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L'objet constant et principal de Hume est, par dessus tout, de jeter de la défaveur sur la Religion Catholique ; voilà la raison pour laquelle il ne s'est pas aperçu que si l'on ne fit aucune résistance à ce tyran sanguinaire, comme on l'avait faite auparavant au Roi Jean et à plusieurs autres mauvais Rois , c'était parce que ce tyran avait les moyens de corrompre les protecteurs naturels du peuple , de les engager à agir contre le peuple ; ou , tout au moins , de paralyser leurs efforts. Cet historien a oublié de nous dire que Henri VIII trouva le peuple Anglais aussi brave et aussi juste que ses ancêtres l'avaient trouvé ; mais qu'étant parvenu à le diviser , et à assurer aux grands une masse énorme de pillage pour les récompenser d'avoir abandonné les droits du peuple ; ce peuple devint ce que tout peuple sans protecteurs et sans chefs doit nécessairement devenir, un pur troupeau de brebis qu'on peut traiter suivant son bon plaisir. La malignité et l'envie de l'écrivain Ecossais , l'aveuglèrent sur ce point , et l'engagèrent à attribuer à \ admiration du peuple Anglais pour la tyrannie cette soumission à laquelle il fut réduit, après maintes tentatives pour échapper au joug , parcequ'il se vit privé , pour la première fois, des protecteurs qu'il avait toujours trouvés jusqu'alors. Eh quoi ! n'avons-nous jamais vu de nation , composée de plusieurs millions d'individus , opprimée et avilie , pendant

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des siècles entiers , par une poignée ^liommes ? Et faut-il en conclure que c'était par admiration des tyrans qui l'opprimaient que cette nation s'était soumise ? Etait-ce par admiration de la tyrannie que les Anglais se soumirent à Cromwell, et les Français à Robespierre? Ce dernier reçut le cliatiment dû à ses crimes, mais Cromwell y échappa : comme Henri , il mourut dans son lit ; mais quel homme , s'il n'est aussi méchant que pervers , pourra présumer que l'impunité de Cromwell provint de la soumission du peuple et de son admiration du tyran ?

11 8. Nous allons maintenant porter notre attention sur les moyens qu'on employa pour séduire les protecteurs naturels du peuple , ainsi que sur l'espèce et le montant du pillage. J'ai dit dans le paragraphe 4 5 qne la " Réforme " fut fomentée et alimentée par la dévastation et le pillage , et dans le paragraphe 87 , que ce ne fut pas une Réforme ; mais bien une dévastation complète de l'Angleterre ; et que cette dévastation appauvrit et dégrada la masse du peuple. Je vais maintenant prouver la vérité de ces faits.

119. Nous avons vu dans les paragraphes 55 jusqu'à 60 inclusivement, de quelle manière les monastères furent érigés , et quelle espèce d'institution c'était. A l'époque dont nous parlons , il y en avait 645 en Angleterre , outre 90 collèges, II 0 hôpitaux, et 2874 chapelles libres.

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Ils furent tous coniisqués, depuis le premier jusqu'au dernier , et on les adjugea au roi , qui les distribua parmi tous les individus qui l'avaient aidé et assisté dans cette œuvre de pillage.

120. Veuillez bien remarquer, mes Amis, vous tous Anglais sensés et équitables , que toutes ces institutions se composaient d'une grande masse de propriétés territoriales y que ces propriétés n'étaient nullement destinées au seul maintien des moines , des corporations religieuses et des nonnes ; mais que la plus grande partie des revenus refluait directement sur la niasse du peuple ; et que si ces propriétés ne fussent jamais devenues un objet de pillage, l'Angleterre n'aurait jamais entendu , ou pour mieux dire n'aurait jamais pu entendre les mots bideux Aq pauvre et de taxe des pauvres. Vous avez vu dans le paragraphe 62 , d'où provenaient les dixmes , et de quelle manière on en disposait , et vous allez bientôt voir de quelle manière on distribua les revenus des monastères.

121. Vous avez , sans doute , encore présens à l'esprit la censure , les sarcasmes et le ridicule que nous n'avons cessé d'entendre contre la vie monastique , dès notre plus tendre jeunesse. On nous a dit , sans cesse , que les moines , les religieux et les nonnes n'étaient que des fainéans , qu'ils menaient une vie inutile, et qu'ils étaient à^une forte dépense , sans produire aucun bien; vous avez surtout entendu dire combien il était

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ridicule et même cruel de forcer des hommes et des femmes à vivre dans le célibat ^ et de les exposer à rompre leur vœu de chasteté , et à devenir parjures en même temps.

122. Cet objet est très-important. C'est une grande question morale ; nous devons par conséquent faire tous nos efforts pour la résoudre, afin de bien fixer notre opinion sur ce sujet , avant d'aller plus avant. Sans doute, l'état monastique était accompagné de vœux de célibat ; il faut donc avant de donner les détails de l'abolition des monastères en Angleterre , dire quelque chose de leur tendance , et par suite des suites naturelles et inévitables de ces vœux.

123. On a représenté comme une chose " conire nature " de forcer des hommes et des femmes à vivre dans le célibat , et comme tendant à produire des penchans qu'il ne serait même pas décent de désigner. Je le demande maintenant ; n'avons-nous pas tout récemment entendu parler de penchans de ce genre ? N'ont-ils pas fait leur odieuse apparition parmi des ecclésiastiques et des évêques ? Si cela est , je demanderai ensuite si ces ecclésiastiques et ces évêques étaient Catholiques ou Protestans ? La réponse que tout Anglais ou Irlandais peut donner , sans hésiter, à ces diverses questions, suffit pour faire disparaître toute objection aux vœux de célibat. De plus , l'Eglise Catholique Jie force personne à faire de semblables vœux. Elle dit seulement

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qu'elle n'admettra aucun individu au sacerdoce ou dans les monastères qui refuserait de faire ce vœu. Saint Paul recommande fortement le célibat à tous les instituteurs chrétiens. L'Eglise établit une règle sur cette recommandation, et cela par le même motif qui l'a produite *, c'està-dire, que ceux qui ont des troupeaux, à soigner, ou pour me servir des expressions de l'Eglise Protestante , que ceux à qui on a confié le soin des aines , devraient , autant que possible , être libres de tous soins quelconques , et plus particulièrement de ceux que la surveillance constante d'un ménage exige , et qui trop souvent causent autant de désagrémens que de tourmens. Quel prêtre, qui a une femme et des enfans , ne tournera pas plutôt son attention sur eux que sur son troupeau ? Sera-t-il aussi empressé à faire des aumônes , ou à donner aux pauvres des secours de tous les genres avec la même cordialité qu'il le ferait , s'il n'avait pas de famille à soutenir ? Ne sera-t-il jamais tenté de s'écarter de son devoir , pour procurer des protecteurs à ses fils et à ses gendres? Repoussera-t-il avec la même hardiesse et le même courage l'oppression ou les vices du seigneur , de l'écuyer de son village , qu'il le ferait, s'il n'espérait de sa protection un bénéfice , un grade dans l'armée ou une sinécure pour quelqu'un de ses enfans ? Les penchans , le babil , ou même les querelles de sa femme avec quelqu'un de ses paroissiens, ne l'engage-

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ront-ils jamais à agir avec partialité envers eux, ou d'uue manière contraire à son devoir ? Et , sans parler de cent, de raille autres motifs, également puissans, que je pourrais mettre en avant, le prêtre, qui est marié, sera-t-il aussi empressé de se rendre auprès d'un malade atteint d'une maladie contagieuse que celui qui ne l'est pas? C'est , dans cette circonstance surtout , que le devoir du prêtre devient plus impératif, et c'est précisément dans cette circonstance, que le prêtre marié , cédant à la voix de la nature , sera sourd à celle de son devoir. Je n'en citerai qu'un exemple sur mille. Pendant la guerre de 1776, le château royal de Winchester servit de prison aux Français que le sort des armes avait mis en notre pouvoir. Une fièvre épidémique terrible se manifesta parmi eux. Un grand nombre en mourut. Us étaient presque tous Catholiques, et deux ou trois prêtres de leur croyance , qui résidaient dans la ville , les assistèrent dans leurs derniers momens. Mais il y avait des Protestans sur le nombre , qui réclamèrent l'assistance de leurs ministres. C'était les curés et les vicaires des paroisses de Winchester. Il y avait aussi le Diacre et tous les Prébendiers du chapitre ; mais pas un d'eux n'alla consoler les Protestans agonisans , et par suite de cette coupable indiflérence, plusieurs de ces malheureux s'adressèrent aux prêtres et moururent Catholiques. Le Docteur M ilner, dans ses lettres au Docteur Sturges, page 56, fait

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mention de cette circonstance , et dit : " Voici ce qu'ils ( les ministres Prolestans) répondirent : " " Comme individus , nous ne craignons pas plus la mort que les prêtres Catholiques : mais nous ne pouvons pas porter le poison de la contagion dans le sein de nos familles. " Non, sans doute; mais alors , pour ne pas appeler cette conduite la soutane qui se cache sous le jupon, dans quel dilemme le Diacre et le Chapitre ne se trouvèrent-ils pas placés ? Ou ils négligèrent leurs devoirs les plus sacrés , et laissèrent les Protestans se jeter, à leurs derniers momens, dans les bras des prêtres Catholiques j ou bien le célibat auquel ceux-ci se soumettent, et contre lequel leurs adversaires ont déclamé toute leur vie , et ne cessent de déclamer encore aujourd'hui , est , après tout , une chose nécessaire au soin des âmes dont ils se disent chargés , et pour lequel ils reçoivent des honoraires considérables.

124. Quelque sufTisaales que soient ces raisons, quelque concluans que soient ces argumens, nous remplirions mal la tache que nous nous sommes imposée , si nous nous arrêtions à ce que nous avons déjà dit; car, pour ce qui concerne le clergé séculier ne voyons-nous pas, ou pour mieux dire, ne sentons-nous pas que s'il a une famille, ou s'il s'attend à en avoir une, il lui reste alors peu de chose à offrir aux pauvres de son troupeau ? En un mot, ne savonsnous pas que les prêtres maries , la pauçreté et

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la taxe des pauvres furent introduits dans ce pays au seul et même instant ? Quel efl'et le célibat du clergé produisit-il sur les premiers ordres de ce corps? Un évêque, par exemple, qui n'avait ni femme, ni enfant, dépensait naturellement ses revenus parmi les individus de son diocèse. Il en employait une partie dans sa Cathédrale, et d'une manière ou d'autre, ses revenus refluaient toujours sur le peuple. Si G u il- LAUME de Wykh A M eût été marié, les minisires Protestans n'auraient pas eu de collège à Winchester. Il en eût été de même d'Eton , de Westminster, d'Oxford et de Cambridge, si les évêques de ce temps-là eussent été mariés. D'ailleurs, est-il dans l'ordre de la nature humaine qu'un évêque, qui a femme et enfans, ne consulte que l'intérêt de la religion dans la distribution des bénéfices de l'Église ? Nous ne devons pas attendre d'un homme plus que ce dont nous savons par expérience qu'un homme quelconque est capable. Il est du devoir du législateur d'intervenir , et de veiller à ce que la communauté ne souffre pas de la nature faible des individus , dont les vertus privées elles-mêmes peuvent dans quelques circonstances , et même assez fréquemment, ne pas tendre au bien public. Je ne dis pas que la conduite des évêques mariés soit toujours reprehensible , parce que je ne les connais pas assez pour avouer ce fait ; mais, en parlant du diocèse où je suis né et dont j'ai une

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connaissance plus parfaite , je n'hésite pas d'aflirmer , que si le dernier épéque de Winchester eût vécu du temps des Catholiques , il n'aurait d'abord pas eu àe femme lui-même; ensuite une belle-sœur y qui épousa M"", Edmond Poulter; et , dans ce cas , il m'est permis de croire que M'". Poulter n'aurait pas quitté le barreau pour 2a chaire , et par suite qu'il n'aurait pas eu deux cures de Meon-stoke et Soberton , outre une Prébende y que son fils Brownlow Poulter n'aurait pas eu les deux cures de Buriton et Petersfield ; que son fils Charles Poulter n'aurait pas eu les trois cures d'Alton, de Binstead et Kingsley; que son gendre Ogle n'aurait pas eu la cure de Bishop's Waltham ; et que son gendre Hajgarth n'aurait pas eu les deux cures d'Upham et Durley. Si cet évéque eût vécu dans le temps des Catholiques , il n'aurait pas eu un fils , Charles Auguste North, qui jouirait des deux cures d'Alverstoke et Havant , outre une Prébende ', il n'aurait pas eu un second fils, François North, qui jouirait des quatre cures de Old Alresford, Medstead , New Alresford et Southampton de S^^. Marie , outre une Prébende et la Maîtrise de Sainte-Croix ; il n'aurait pas eu une fille à donner en mariage à M*". Guillaume Garnier, qui posséderait les deux cures de Droxford et Brightwell Baldwin , et serait en outre Prébendier et Chancelier ; il n'aurait pas été allié avec M. Thomas Garnier, frère de

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son gendre : le premier n'aurait pas joui alors des deux cures d'Aldingbourn et de Bishop's -stoke j il n'aurait pas eu une seconde fille à donner en mariage à M"". Thomas de Grey, qui posséderait les quatre cures de Calbourne , Fawley , IMerton et Rounton , et de plus une Préhende et un ^rchidiaconat. Enfin, si le dernier évêque eût vécu dans le temps des Catholiques, il est difficile de croire que ces vingt-quatre cures, cinq Prébendes y une Chancelerie , un ^rchidiaconat et une Maîtrise , produisant ensemble un revenu annuel de plus de vingt mille livres sterling ( 5oo mille francs ), eussent été concentrés dans les dix individus susmentionnés. Et n'est-il pas raisonnable de supposer que cet évêque , au lieu de laisser une succession , comme les journaux l'ont assuré , d'environ trois cent mille livres sterling ( sept millions et demi de francs ) en argent , s'il n'avait eu ni fils ni petit-fils, aurait employé une partie de cet argent à réparer l'ancienne et magnifique Cathédrale de sa métropole, dont la voûte a été, ces jours derniers, sur le point de s'écrouler, ou bien qu'il aurait érigé quelque monument pour le bien public ou pour l'honneur de la nation , ou enfin qu'il aurait été un protecteur puissant et libéral des pauvres, et que, dans aucun cas, il n'aurait pas du moins souffert qu'on vendît de petite bière dans son palais episcopal de Faunham, et cela même avec une licence de

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l'excise? A Dieu ne plaise que je dise, ou que je veuille donner à entendre qu'il se faisait un trafic illégal dans le Palais ; ou même que je prétende censurer ce qui s'y passait ; non , un homme , qui a une grande famille à soutenir et à pourvoir , doit connaître mieux que tout autre les moyens qu'il doit employer pour atteindre ce but ; ainsi , si le prélat avait en effet une plus grande provision de petite bière qu'il ne lui en fallait , il était naturel qu'il la vendît, pour acheter de la viande, du pain et autres provisions nécessaires pour l'entretien de sa famille. Ce que je dis seulement, c'est que je ne crois pas que Guillaume de W y k ham ait jamais vendu de petite bière, en gros ou en détail; et j'affirme , dans les termes les plus précis , que tout ce que je viens d'annoncer s'est passé dans le Palais Episcopal de Farnliam, durant tout le temps que le dernier évêque a occupé le siège de Winchester. Guillaume de Wykham , qui prit ce surnom d'un petit village de Hampshire, ne fut pas évêque de Winchester la moitié autant de temps que le dernier , et cependant il trouva moyen de prendre sur ces revenus de quoi construire et doter un des Collèges d'Oxford, ainsi que celui de Winchester , et de faire en outre un grand nombre d'autres actes de la plus grande munificence , qui n'étaient pas néanmoins sans exemple parmi ses prédécesseurs, et qui ne furent pas sans imitateurs parmi ses successeurs ,

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tant que la religion Catholique subsista ; mais aussitôt que le clergé marié eût paru, toute munificence cessa de la part des évêques de cette métropole , jadis si célèbre.

125. Il est impossible de parler de petite bière et du Maître de Sainte Croix sans penser au changement déplorable que la " Réforme " a produit dans cet ancien établissement. Sainte Croix, situé dans un pré , à environ demi-mille de Winchester, est un hospice, ou maison de refuge y fondé et doté par un Evêque de cette ville , il y a environ sept cents ans. Depuis lors, des Évêques du même diocèse ajoutèrent successivement à ses dotations jusqu'à ce qu'enfin il eût les moyens de loger et d'entretenir d'une manière conveliable quarante-huit vieillards , avec des prêtres, des garde-malades et un nombre suflisant de domestiques; outre un dîner préparé, chaque jour, pour cent des plus pauvres habitans de la ville. Ils se rassemblaient , tous les jours , dans une salle, appelée la salle des cent hommes , où on leur donnait un pain , trois pots de petite bière et " deux plats " pour diner , avec la permission d'emporter chez eux ce qu'ils ne pouvaient manger à table. Que voit-on maintenant à l'hospice de Sainte Croix? Hélas! dix pauvres créatures se traîner de long et en large dans l'intérieur de ce noble édifice \ et trois pensionnaires externes ; et c'est un procureur de Winchester qui leur apporte ou leur envoie , chaque semaine ,

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quelques deniers ( pence ) qu'on leur alloue ; mais cela n'empêche pas que la place de Maître de Sainte-Croix ne rapporte un très-bon revenu. Je n'en connais précisément pas le montant; mais puisque cette charge a été donnée à un des Jils de l'Evêque , le lecteur supposera naturellement que ce n'est pas une bagatelle. Il y existe encore néanmoins un usage qui, suivant la remarque du Dr, MiLNER, est probablement le dernier vestige de la " vieille hospitalité anglaise ; " car tout voyageur qui y va et frappe à la porte , pour y demander du secours , reçoit gratis une pinte de bonne bière et un gros morceau de bon pain. Le feu Lord Henri Stuart m'assura qu'il s'y était présenté un jour , et qu'il avait reçu l'une et l'autre.

126. Mais j'allais presque oublier de dire qu'il y a encore aujourd'hui un évêque à Winchester. Et que fait-il ? Je n'ai pas entendu dire qu'il ait fondé , ou qu'il ait envie de fonder des collèges ou des hospices. Tout ce que j'ai appris de lui, pour ce qui a rapport à I'Education, est que 5 dans son premier mandement au clergé de son diocèse, il les a engagés fortement à faire circuler parmi leurs paroissiens les pamphlets d'une Société établie à Londres , à la tête de laquelle se trouve Mr. Joshua Watson, marchand de vin et d'eau-de-vie , dans Mincing-lane ; et toutes les œuvres de Charité que j'ai entendu dire qu'il ait faites, c'est qu'il est le Vice-Président d'une

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Société qui s'est formée de sa propre autorité , et sous le nom de Société Philantropique de Hampshire , ayant pour but d'établir des souscriptions parmi les pauvres pour leur soulagement et leur entretien réciproques ; ou, en d'autres mots , pour engager les pauvres ouvriers à économiser sur le produit de leur travail de quoi se soulager , lorsqu'ils deviennent malades ou vieux , sans avoir recours à la taxe des pauvres. Grand Dieu! Mais Guillaume de Wykham, TEveque Fox , l'Évèque Wynefleet , le Cardinal Beaufort , Henri de Blois , et en comptant tous les évêques de Winchester jusqu'à Saint SwiTHiN lui-même, n'eurent jamais recours à un pareil moyen pour soulager les pauvres ; celui qu'ils employaient pour répandre l'enseignement, était de fonder et de doter des collèges et des écoles; celui qu'ils employaient pour faire fleurir la religion était de bâtir et de doter des églises et des chapelles; enfin celui qu'ils mettaient en usage pour soulager la misère et les souffrances des indigens était de fonder et de doter des hospices ; et cela , à leurs propres frais et du produit de leurs propres revenus. Pour expliquer la " vérité Évangélique " à leurs ouailles , jamais aucun d'eux ne songea à référer son Clergé à une Société ayant à sa tête un marchand de vin et d'eau-de-vie. Jamais aucun d'eux ne conçut la sublime pensée d'avoir recours aux pauvres pour leur soulagement mutuel. Ah ! oui ; mais

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il est vrai que ces prélats vivaient dans " les siècles obscurs de V ignorance et de la supersliiion des moines. " Il n'est pas étonnant, dès lors , qu'ils ne pussent pas comprendre que les pauvres sont les êtres les plus propres à soulager les pauvres. Ils n'avaient d'ailleurs ni femmes ni enfans qui pussent leur sourire et attendrir leur cœur. S'ils en eussent eu, leurs sentimens conjugaux et paternels leur auraient appris que charité bien ovàounée commence par soi-même , })ar conséquent qu'il vaut mieux vendre la petite bière que de la donner.

127. En voilà assez touchant le célibat du clergé ; mais il est impossible d'abandonner ce sujet , sans adresser un mot au Ministre Maltiius. Cet homme est non-seulement Protestant ; mais encore ministre de notre Église ; et croirait-on qu'il désirerait voir forcer une grande partie de la classe ouvrière à s'abstenir du mariage. Il y a pjus. M^. Scarlett lui-même proposa un bill au parlement, tendant visiblement vers ce but, et cela, afin, disent-ils, de parvenir à une diminution de la taxe des pauvres. Le Ministre Malthus n'appelle pas ceci recommander le célibat; mais seulement une " restreinte morale. " Et, qu'est-ce que le célibat , sinon une restreinte morale ? Ensorte que voilà des hommes qui vilipendent l'EgUse Catholique , parcequ'elle exige de ceux qui veulent devenir prêtres ou nonnes des vœux de célibat , et qui , d'un autre côté , proposent de

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forcer les classes ouvrières à vivre dans le célibat , ou de courir le risque manifeste de périr de faim , eux et leurs enfans. Doit-on traiter cette contradiction d'impudence ou de folie? C'est l'une et l'autre , et au degré le plus haut qui soit jamais sorti de la bouche d'un mortel. Ils affectent de croire que le vœu du célibat exigé du clergé est ridicule , parcequ'il est contraire à la nature. C'est, du moins ce que le D»". Sturges lui-même affirme-, mais, s'il en est ainsi à l'égard d'une classe d'hommes qui ont reçu de l'éducation, auxquels la religion ordonne l'abstinence, le jeûne et des prières pour ainsi dire continuelles et un nombre infini d'austérités; s'il en est ainsi à l'égard de ces hommes , liés par un vœu soleimel, dont la violation les expose à l'infamie; s'il en est ainsi, dis-je , avec de tels hommes, et qu'il y ait par conséquent de la cruauté , lion pas à les forcer , remarquez bien, à faire de semblables vœux, mais seulement à souffrir qu'ils les fassent volontairement ,• que sera-ce si l'on force de jeunes hommes et de jeunes femmes de la classe ouvrière à vivre dans le célibat, ou de s'exposer à mourir absolument de faim ? La réponse est claire ; c'est une contra-' diction des plus manifestes , ou une méchanceté préméditée et qui, de même que les autres projets relatifs aux pauvres , non moins cruels que mal conçus, doivent être entièrement imputés à la " Réforme " ; cette grande , cette vraie source

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de la pauvreté, de la misère et de la dégradation qui , depuis lors, ont pesé sur la grande niasse du peuple du royaume. La " Réforme " a dépouillé la classe ouvrière de son patrimoine ; elle lui a enlevé ce que la nature et la raison lui avaient assigné ; elle l'a privée d'un secours qui lui appartenait par un droit imprescriptible que les lois divines et humaines lui avaient confirmé. Elle a établi à la place de ce droit un système correctif intolérable et contre nature ; un système qui tend à créer une haine continuelle entre les pauvres et les riches, au lieu de les unir, ainsi que le faisait le système Catliolique par les liens de la charité chrétienne. Mais de toutes les suites les plus pernicieuses de la " Réforme ", celle du mariage du clergé est sans contredit la plus funeste. Elle a établi parmi nous un ordre qui procrée journellement plusieurs milliers de pauvres créatures à la charge de l'Etat ; car n'ayant par elles-mêmes aucune espèce de moyen de subsister, il faut que, d'une manière ou d'autre, elles soient entretenues aux dépens du peuple. Il faut absolument leur procurer des places , civiles ou militaires , des sinécures ou des pensions , quelque moyen enfin de vivre sur les revenus des riches, ou du fruit du travail des pauvres. Si l'on ne peut trouver de prétexte , si l'on n'a aucun service public à faire valoir , ou si enfin la liste des pensions se trouve épuisée, alors elles deviennent une charge

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directe pour le peuple j et c'est de cette manière que , depuis environ vingt ans , nous avons vu le parlement voler seize-cent mille livres sterling ( 4o5000)000 francs ) sur les taxes , pour venir au secours du pauvre clergé de l'Église Anglicane. Et , en même temps qu'on accordait cette prime annuelle pour la procréation de quel- ([ues milliers de fainéans , le parlement était assommé de projets tendant à forcer la classe ouvrière de la communauté à se vouer au célibat. Exisle-t-il quelque chose de mauvais ou de monstrueux que cette " Réforme " protestante n'ait produit ?

128. Ainsi, donc, mes Amis, nous avons, je crois , résolu cette grande question ; et , après tout ce que nous n'avons cessé d'entendre , durant le cours de notre vie , contre cette règle de l'Église Catholique , qui imposait le vœu du célibat à tous ceux qui se vouaient , de plein gré 3 à la vie ecclésiastique ou monaslique , nous trouvons , soit que nous considérions cette règle sous un point de vvie religieux , moral , civil ou politique , qu'elle était fondée sur la prudence et la sagesse , qu'elle produisait le plus grand bien sur la masse du peuple , et qu'on ne saurait assez regretter qu'elle ait été abolie.

129. En voilà donc assez sur ce sujet de raillerie continuelle contre l'Eglise Catholique. Avant de rendre compte des actions de ce scélérat, de Thomas Cromwell qui dirigea le pillage, il

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faut que nous disions quelque chose en réponse à Vaccusation générale que les écrivains Protestans, et surtout les malveillans historiens Écossais ont portée contre les monastères ; car , si ce qu'ils ont dit était vrai , nous serions disposés à croire , comme on a toujours cherché à nous le peisuader , qu'il n'y avait pas grand mal à commettre les vols dont il va être rendu compte. Nous allons citer à ce sujet Hume qui , ( vol. 4, page i6o, ) en parlant des rapports faits par Thomas Cromwell et ses myrmidons, dit : " Il " vaut mieux croire que les vices étaient na- " turellement inhérens à Vinstitution de la vie " monastique; par conséquent ajouter foi aux " rapports faits par les commissaires sur l'exis- " tence àQs factions et des querelles y aussi cruel- " les qu'invétérées , entre des hommes qui , se " trouvant claquemurés ensemble , ne peuvent " jamais oublier leurs animosités mutuelles , et " qui , étrangers aux liens les plus doux de la " nature , ont en général, le cœur plus dur^ le " caractère plus hargneux , plus inflexible que la " plupart des autres hommes. Les œuvres frau- " duleuses de piété, auxquelles ils ont recours " pour exciter la dévotion et les libéralités du " peuple peuvent être considérées comme avé- " RÉES , dans un ordre fondé sur \ illusion , sur " le mensonge et sur la superstition. D'un autre " côté, la LACHETE et la PARESSE, accompagnées •' de FiGNORANCE PROFONDE qu'on reprochait

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*' aux moines nVdmettent aucune espèce de " doute. Quelle science utile ou. agréable ^o\x- " vait-on, eu effet, attendre d'une classe d'honi- " mes, qui, condamnés à une vie ennuyeuse et *' monotone, et privés de toute émulation , étaient " entièrement insensibles à tout ce qui peut éle- " ver l'esprit ou cultiver le génie. "

i3o. Je doute fort si jamais moine a écrit des phrases plus incorrectes que celles-ci \ mais , quant aux faits, ces très-croyables y ces certains , ces indubitables faits sont évidemment, pour la plupart, un tissu de mensonges perfides. Sur quoi en effet , des hommes qui menaient une vie si oisive , qui n'avaient aucune espèce d'amhitioi. , pouvaient-ils fonder " leurs factions ou leurs querelles " ? Dans le contraste que nous avons étabU entre la charité des évèques Catholiques et Protestans, on a pu voir combien le cœur des ecclésiastiques non-mariés est bien plus dur que celui des ecclésiastiques mariés. Il est " très-croyable '' que des hommes perdus dans une " 0/6-/veté passive , '' commissent des fraudes pour se procurer un argent que leur position même les empêchait de garder ou de léguer , et qui étaient absolument dépourvus ai émulation. La méchanceté de ce menteur a surpassé son artifice, et ne lui a pas permis de s'apercevoir que, dans une phrase, il fournissait de fortes présomptions contre la vérité de la phrase suivante. Cependant comme son livre a été et est encore beau-

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coup lu i et comme son contenu m'a induit en erreur, ainsi que des milliers d'autres, je vais en appeler à diverses autorités^ toutes Protestantes^ remarquez bien, en contradiction à ses assertions , aussi fausses que viles , observant , en passant, qu'il n'eut jamais lui-même m femme ni enfans ; que, de son vivant, il était grand, gros, gras et nourri, en grande partie, aux frais du public y sans l'avoir mérité par aucun service réel.

i3i. Dans son Histoire d'Angleterre il ne cite pas moins de deux cents fois Tanner , qui était Evêque de St. Asaph sous le règne de George IL Voyons donc ce que I'Evêque Tanner, voyons ce que cet Evêque Protestant dit du caractère et des effets des monastères que les sauvages détruisirent sous le règne de Henri VIII. Voyons comment cette grande autorité de Hume s'accorde avec lui sur un des points les plus intéressans et les plus importaus de notre iùàtoire. Nous allons voir l'acte de pillage le plus consommé , le mépris des lois , de la justice et de l'humanité le plus audacieux que jamais homme ait vu, en toute autre circonstance, sur toute la surface du globe. Nous allons voir des milliers d'individus dépouillés , dans un instant , de tous leurs biens, arrachés de leurs foyers, réduits à la mendicité ou condamnés à mourir de faim ; et tout cela en violation , non-seulement de la justice naturelle ; mais même de toutes les lois

écrites ou non-écrites. Examinons donc le caractère des hommes qu'on traitait de la sorte , et les institutions auxquelles ils appartenaient. Examinons-les , non pas d'après le tableau que nous en a fait un ennemi déclaré de la religion Catholique et de toute religion chrétienne ; mais bien d'après celui que nous en a laissé un Euéque Protestant^ et dans un livre écrit expressément pour rendre compte des abbajes , des prieurés et des couve ns ciui existaient jadis en Angleterre et dans la principauté de Galles j ne perdant pas de vue , à mesure que nous avancerons dans la lecture, que, dans son Histoire d'Angleterre, Hume a cité plus de deux cents fois cet ouvrage , se donnant , toutefois , bien de garde de dire un seul mot qui ait rapport à la question importante dont il s'agit.

i32. Avant de rendre compte de ses pénibles recherches sur la nature et le nombre de ces diverses institutions, I'Évêqite Tanner donne, pages 19, 20 et 21 de sa préface, les détails snivans sur le caractère, en général, et les occupations des monastères, ainsi que sur les effets produits par leur établissement. En lisant les détails donnés par I'Evêque Tanner , veuillez bien, je vous en conjure, mes Amis, ne pas perdre un instant de vue ceux de Hume sur le même sujet. Rappelez-vous , ou plutôt relisez par fois le reproche qu'il leur fait " d'iwdolence passive; " " ^ignorance profonde, " de

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manque total " à^ émulation et de science utile ou agréable'^ Rappelez-vous, par dessus tout, le reproche " d'égoïsme " et celui de " fraudes pieuses " pour obtenir de l'argent du peuple. Voici maintenant ce que l'Évêque dit sur le même sujet.

i33. îl y avait dans chaque grande Abbaye une grande salle, désignée par le nom de Scripioriuniy dans laquelle plusieurs écrivains étaient exclusivement occupés à transcrire des Hures à l'usage de la. bibliothèque. Quelquefois , il est vrai , ils tenaient les livres relatifs aux dépenses de la maison et copiaient des missels et autres livres qui servaient à V office divin ,• mais, en général, c'était d'autres ouvrages, tels que les Pères de F Eglise , les Classiques , les Historiens , etc. etc. Jean Whethamsted , abbé de Saint-Alban , fit transcrire plus de quatrevingts livres de cette manière ( on ne connaissait pas encore Vart de V imprimerie ), pendant qu'il fut abbé. Un Abbé de Glastonbury en fit transcrire cinquante-huit autres , et tel était le zèle des moines poiir ce genre d'occupation, que souvent on leur assigna des terres et des églises qu'on appropriait pour la confection de ce travail. Dans les abbayes les plus considérables il y avait également des personnes chargées de noter les événemens les plus remarquables qui survenaient dans le royaume , et , à la fin de chaque année , de les rédiger en annales.

1 38 Réforme Protestante.

Ils conservaient soigneusement dans leurs registres tout ce qui avait rapport à leurs fondateurs , ainsi qu'à leurs bienfaiteurs , Fan et le jour de leur naissance , de leur mort , de leur mariage , de leurs enfans et de leurs successeurs \ de manière que souvent on y avait recours pour constater l'âge des individus et les généalogies des familles. Il y a néanmoins sujet d'appréhender que quelques-unes de ses généalogies n'aient été tracées que par pure tradition ; et que , dans plusieurs circonstances , les moines ne se soient montrés aussi favorables à leurs amis , que sévères envers leurs ennemis. On faisait enregistrer dans les abbayes les constitutions du clergé dans leurs synodes nationaux et provinciaux j et , après la conquête , les actes mêmes du parlement , ce qui me conduit à rappeler l'utilité et les avantages de ces maisons religieuses ; car, d'abord, on y conservait les annales et les documens les plus précieux du royaume. On envoya dans une abbaye de chaque comté une copie de la charte des libertés accordées par Henri I, ( Magna Chart A ). On déposa dans le Prieuré de Bodmin des chartes et des enquêtes relatives au comté de Cornwall ; et l'on conserva dans l'abbaye de Leicester et dans le prieuré de Kenilwortli un grand nombre de documens jusqu'à l'époque où. Henri HI les en fit retirer. Le roi Edouard I fit faire des recherches dans toutes les maisons religieuses , et feuilleter tous leurs registres ^

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et toutes leurs chroniques , à l'effet de découvrir ses titres à la couronne d'Ecosse , et les moyens de les constater de la manière la plus authentique. Lorsqu'il fut reconnu roi d'Ecosse , il envoya des lettres pour être insérées dans les chroniques de V abbaye de Jf^inchconih , dans le Prieuré de Noni^ich , et vraisemblablement dans plusieurs autres endroits semblables. Et lorsqu'il eut fait décider la dispute relative à la couronne d'Ecosse qui existait entre Robert .Brus et Jean Baliol, il écrivit au doyen du chapitre de St. Paul , à Londres , pour lui enjoindre d'enregistrer dans leurs chroniques la copie qu'il leur envoyait de cette décision. C'est des registres monastiques que le savant M^". Selden a tiré les preuves les plus authentiques des droits de souveraineté de la Grande-Bretagne sur les petites mei^s. Souvent on envoyait dans ces maisons les titres et Vargent des familles pour y être mis en sûreté. A la mort des nobles , on y déposait leurs sceaux , et la cassette même du roi fut plus d'une fois confiée à leurs soins. En Second lieu , il y avait chez eux des écoles d'enseignement et d'éducation ; car chaque cou vent avait une ou plusieurs personnes désignées pour cet objet ; et tous les habitans des alentours qui le désiraient , pouvaient y envoyer leurs enfans ^ pour apprendre la grammaire et le plain-chant , sans la moindre rétribution. Bans les couvens des nonnes, les jeunes personnes

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apprenaient également à travailler à V aiguille , à lire l'anglais , et quelquefois lé Latin. De telle sorte que, non-seulement les filles de la basse classe dont les parens étaient trop pauvres pour fournir aux frais de leur éducation, mais même celles des nobles et des gentilshommes étaient élevées dans ces maisons. Troisièmement, tous les monastères étaient , dans le fait , de grands hospices , dont la plupart étaient obligés d'entretenir tous les jours un certain nombre de pauvres. Il y avait également des maisons qui donnaient Vhospitalité à presque tous les voyageurs. La noblesse elle-même , lorsqu'elle était en voyage allait dîner dans un couvent , loger dans un autre, et ne s'arrêtait jamais, ou bien rarement , dans les auberges. En un mot , leur hospitalité était telle que dans le Prieuré de Norwich , on consumait , tous les ans , plus de quinze cents quarts ( quaters ) de drèche , plus de huit cents quarts de blé, et tout le reste dans la même proportion. QuATRiÈMEMENt, au moyen des bourses , les nobles et les bourgeois trouvaient un asile dans ces maisons, non-seulement pour leurs vieux serviteurs , mais même pour leurs jeunes enfans, ou pour des amis tombés dans l'indigence , en les fesant moines ou nonnes d'abord, et en devenant par la suite prieurs ou prieures, abbés ou abbesses. — Cinquièmement, ces maisons étaient d'un avantage réel pour la Couronne elle-même, i*'. En ce qu'à la mort

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d'un Abbé ou d'un Prieur, elle retirait un grand profit de l'élection , ou plutôt de la confirmation de son successeur. 2°. Par les fortes sommes qu'elles payaient pour la confirmation de leurs libertés. 3<>. Par le grand nombre de bourses qu'elles accordaient aux vieux serviteurs de la couronne , ainsi que des pensions aux clercs cl aux aumôniers du roi, jusqu'à ce qu'ils eussent de l'avancement. — Sixièmement, ces maisons étaient d'un grand avantage pour les villes et les villages dans le voisinage desquels elles éîaicnt situées, i**. Parcequ'elles y attiraient beaucoup de monde , et parce qu'elles leur accordaient le privilège de tenir des foires et des marchés. 2". En les affranchissant des lois forestières. 3". En affermant leurs terres à has prix. Enfin, elles étaient autant d'ornemens pour le pays 5 car la majeure partie étaient des édifices magnifiques; et bien qu'ils ne fussent ni si grands ni si élégans que les hôpitaux de Chelsea et de Greenwich , ils n'en étaient ni moins admirables ni moins admirés de leur temps. Plusieuis églises des abbayes étaient égales , si jion supérieures à nos cathédrales actuelles j et leur aspect, ainsi que les frais de construction et de réparations qu'elles exigeaient , étaient tout au moins aussi favorables au pays que peuvent l'être aujourd'hui les châteaux et les maisons de campagne des grands seigneurs et des gentilshommes.

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