CHAPITRE LI Dubois, cardinal
(26 février — 26 juillet 1721)
If!,
Le cardinal de Rohan. — Le conclavistc Tencin. - Oiivcrlurc du conclave. - Le cardinal Conti. - L^abbé de Tencin. - Tiraillements. - Conti signe l'engagement. - U est élu pape. - Éloges de Dubois. - Ultimatum du n,'..r.nr <( Œuvre du Saint-Esprit ». — Règlements de comptes. — Dubois continue à acheter les consciences. -^/Promotion mimmente. — Dubois est écarté. - Audience de Rohan. - Lettres de Tencin. - Réponse ,U; Dubois. — Dubois est nommé. — Publié en consistoire et a Pans. — î^niisc de la barrette.
Clément XI vonait d'expirer quand Lafitau traça à Dubois leur ^^^-^^^^^ future ligne de conduite : « L'essentiel est de faire une bonne capitulation avec le pape qu'on va faire, et de lui demander ce chapeau pour première condition\ » La fin du pontife ne prenait pas au dépourvu les gouvernements qui étaient depuis longtemps fixés sur les mérites respectifs et les chances des cardinaux les plus signalés en vue de la tiare. Dubois, prévoyant un conclave, voulait y faire prévaloir son influence et décider les cardinaux sujets de l'Espagne, de Venise et de Gènes, du Grand- Duc de Toscane et du duc de Parme à agir de concert avec le représentant de la France. Celui-ci ne pouvait être Lafitau, dont les mœurs décriées n'offraient sans doute rien de plus reprehensibh' que celles du cardinal Bentivoglio, mais à qui son titre <piscopal n'ouvrait pas les portes du conclave\ Dubois ne fut pas nnbarrassé et son choix se porta sur Armand-Gaston de Rohan, cardinal, évéque de Strasbourg et grand aumônier de Franoe^ Sa mère, la princesse de Soubise avait été aimée de Louis XIV avec assez de décence et d'ardeur pour que le cardinal laissât croire volontiers que du sang royal coulait dans ses veines; a
' ÎMfitau à Dubois, 19 mars 1721, dans G. de Sévelinges, op. cit., t. II,
r 3- = Il s> crlissait la nuit à Taide d'une fausse clé. Lafitau à Dubois, 5 mad,
<i:»n^ I/montey, op. cit., t. II p. As-
i.^JtiÂg^-: 9V^;c-i}«i:^^ii«2è^-
DUBOIS, CARDINAL
Le
conclaviste Tcucin
lH!i:
celle vanité ne contrecrisaiont pas ces dons extérieurs qui lui avaient valu le sobriquet de <( la belle Éminenœ ». Fastueux, accueiUlant, polî séduisant, mais toujours avec mesure et nuance, sans fadeur comme sans esprit, mais capable et désireux de faire valoir une science superficielle au moyen d'une élocution facile. L(^ devoirs relic'ieux le préoccupaient moins que les soucis mondams, on vannait sa science qui était courte, sa beauté qui était parfaite, ses soupers qui étaii^nt exquis, mais nul ne songeait a parler de sa piété. C'était un courtisan qui, n'ayant pas su proportionner son ambition à ses talents, s'était voué aux complaisances. Il avait refusé d'avertir le feu Roi de la gravité de son mal, mais il avait sacré Dubois au Vall-de-Grâce, et Dubois, l'ayant eu pour complice, pensa lui faire bonneur en le faisant son courtier.
Roban quitta Paris le 9.6 février, porteur de la lettre du Régent à Clément XF et prit la route d'Allemagne, afin d'éviter la Provence et les trop longues quarantaines. Il cbi^minait depuis un mois quand on apprit en France la mort du Pape (o.8 mars); ausitôt Dubois fit savoir de la part du Régent aux cardinaux de Rissy de Polignac, de Gesvres et de Mailly qu'ils se disposassent au voyage de Rome\ Deux jours après on sut que Polignac, accablé de dettes criardes à Rome, n'osait s'y montrer, que Gesvres impotent, Mailly convalescent, Noailles presque excommunie ne s'y rendraient point tandis que Rissy prenait le cbemin de Strasbourg avec peu de suite et beaucoup d'argcmt'. Il emmenait un condlaviste cbargé de faire aboutir la négociation dans laquelle Lafitau n'avait récolté que des écbecs, ce conclaviste se nommait Pierre Guérin de Tencin, daupbinois, Agé de quarante ans à peine. En cette même qualité, il n'avait fait qu'entrevoir Rome au conclave de Clément XI et, depuis, avait su collectionner lo bénéfice de Vézelay, le doctorat en Sorbonne, le grand-vicariat de Sens et les actions de la banque de Law dont il fut le catecbiste . Dès lors, sa réputation fut établie et Dubois jeta les yeux sur un personnage presque aussi taré que lui-même, pour l appliquer à son grand dessein. Rissy eut, dit-on, <( un peu de peine a dige-
» Arch. des Aff. Êtrang.. Rome, t. 6.5, fol. i54 : Dubois à Lafiiaa. \
""^A 'Buvat Jourml de la Régence, t. Il, p. 23o; 28 mars 1721.
^ ][ Buvaî; Jourru^L t. II, P ^3i-.3., .3.',, .35.; Mathieu Maram, Journal
^''t^'^^^t'du Foc^rdont parte Saint-Simon, Mémoires, édU. Ch^n.) t XVn V 2Q8-300, où Toncin e.t acrus<'. d'avoir nié un marche sienne ,)■; ui on'en ;ut do^t^r puisqu. M. Mirais, son advc^aire, ^ccvnte ce proc. et ke dit rien de ce coup d'éclat. M. Marai*, op. cit., t. II, p. 108, 112, m
rcr qu'on lui associât l'aumônier de Jean Law et un homme qui sortait de la rue Quincampoix' », quoiqu'il en soit ils entrèrent •j Rome le 27 avril.
Uohan s'y trouvait depuis le 3i mars et s'était mis à la tête de h, faction française dès ce jour-même où s'ouvrait le conclave. Pnrini les papabile, Tanara et Gozzadini avaient « l'exclusive » comme trop livrés à l'Empereur, Corsini comme trop ignorant et de mœurs relâchées; Albani, camerlingue et neveu du pape défunt était trop jeune, mais assez prudent pour ne vouloir qu'un vieillard et il faillit réussir i)ar surprise à faire élire le cardinal Paulucci dont la décrépitude promettait une vacance pas trop éloignée. Mais le cardinal d'Altheim donna <( l'exclusive » à Paulucci' et on commença à prononcer le nom du cardinal Conti.
Celui-ci paraissait offrir des garanties sérieuses; « sa naissance avait un peu suppléé à ses talents' », mais on ne pouvait lui reprocher rien que de vague, nul attachement à l'Empereur, nulle opiniâtreté, et on pouvait attendre de sa condescendance un acquiescement sans réserve aux vœux de Dubois qui commençait à redouter le ridiculle. « La demande plusieurs fois réitérée par Mgr le Régent d'une grâce en ma faveur, mandait-il à Gualterio, est devenue si publique dans l'Europe que la gloire et la dignité de S.A.R. recevraient quelque atteinte si elle n'avoit aucun lieu. Ce seroit une grande raison de souhaiter qu'il se pût prendre quelque mesure pour engager le successeur du Pape à acquitter cette promesse'". » Et le surlendemain, il priait Roban (( d'examiner ce qui peut se faire pour S.A.R. à ce sujet avant ou dans l'élection du Pape'' ». Roban travaillait et rendait compte des progrès accomplis, se louait d'Albani qui se décidait enfin à aller « bon jeu, bon argent ». La métaphore est jolie! Roban faisait plus encore, il rédigeait un véritable programme destiné à être soumis à Conti. Après différentes clauses relatives à la Constitution, l'essentid contenait les avantages du Régent, le
' M. Marais, op. cit., t. II, p. ii4; Bihl de VArsenal, H iSig?. Mémoire pour servir à Vhistoire de M. le cardinal de Tencin jusqu'à Vannée 17^3, plaquctlo s. 1. n. d.
' Archiv. des Aff. Êtrang., Rome, t. 627, fol. 63 et 178 : Lafitau à Dubois, 7 avril; Rohan à Dubois, 22 avril; C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 5a,
' Saint-Simon, Mémoires, édil. Chéruel, i858, t. XVIII, p. i45.
'' Archiv. des Aff. Étrang., l^omc, l. 6-23, fol. 3ii : Dubois à Lafitau,
?9 mirs 1721.
'' Archiv. des Aff. fArang., Rome, t. 626, fol. iio : Dubois à Rohan,
0 avril 1721. •
Ouverture du concl«Te
Le cardinal Coati
ii; .
cardinalat pour Dubois par l'entremise du Prétendant dûment
pensionné'". , • ■
Cependant le conclave se prolongeait; on attendait los retardataires. Bissy ne se hâtait pas denlrer en cellule; arrive le 27 avril, il attendit le 4 mai pour frapper à la jwrtc du conclave, mais labbé de Tcncin ne perdait pas une minute. Malgré une .•.pparcnte déférence, il traitait d'égal à égal av.-c les cardinaux, affectait avec Uohan un air de su|>ériorité, dédaignait les longues dépèchc-s pour de laconiques biU.ls rédigés dans un style familier. A peine avait-il eu k pied à Rome <iuil avait saisi l'affaire et la conduisait avec cette passion qu'on aj.porl^; a un intérêt de fainillo. Tencin avait, en effet, une scrMir belle et aimable jadis religieuse et (pii avait secoué les chaînes plus que ié<'ères d'une observance et d'une clôture très accommodantes. Après avoir séduit son confesseur et avoir oblenu de vivre hors de son couvent, la Tencin voulut essayer de l'existence la plus libre Son frère lui était appareillé par Iles vices et par 1 ambition; souillée et compromise comme elle l'était, elle reporta sur lui sa part d'ambition qu'elle ne pouvait songer à satisfaire pour elle-même. Maîtresse de l'abbé Dubois, d'abord cachée, bientôt avouée publiquement, elle domina chez lui, lui lit connaître et lui imposa ce frère dont elle faisait si grand cas. C'était donc bien un intérêt de famille que T.-ncin allait servir et ceux qui le connaissaient savaient de quoi il était capable. « On edi chargé de quelque négociation secrète, écrit Marais . s il faut
tronrper, il est sûr du succès". » ^ . . . .,
Le jour même de son entrée dans le conclave, Tencin écrivit à Dubois • « Nous voilà dans le conclave, Monseigneur, n'ayant plus d'autre peine que la crainte d'y rester trop longtemps Le peu que j'ai vu me suffit pour juger que M. le cardinal de Rohaii fait merveille, qu'il travaille avec toute l'application possible
"■ Archiv. ,lcs Ml. Élrang., Ro.no, t. 6.,, fol .4o : La/i(«u à Dubois .G avril; Hohan à Duboi., 22 avril .72., Uans G. de ScvcUnges, o;>. «(., l. U,
13 M Marais, Journal et Mémoires, t. 11, p- ii4.
w Louy. mue /u..ori,ue »a. le carMnal -ie Tencu^ "^''"'"'^.r^ ^0 bran orès de Lyon, dans Annales du monde relujieux 1880. t. IV p 4Sj, boo, IT ,3A 826 et tirage à part ; \. Prudl.onm.0, mes pour sermr a llusloin S Mme 'de rencn e1 Jsa ionrille, dans Bullelin deracadé,nie d^pHu^ Zob i' «éxk t XVIII, p. .96 à 3.4; Ch. de Coynart, Les Guenn de lencm T \s în's Paris .0.0; P-M. Ma*so.,. Une vie de femme «u xv.u» siècle. M2:rr7^'ir(.68... 49), in-8, ParU .909; M. Bo..try. Vn. cr^lu^e i^Zdin^ Dubois. Mrigues el missions diplomaU^ue. du cardinal de Xeern,1n-8, Pam .902; Revue d'histoire diplomatique, ,90., t. XV, p. i9-5o-
DUBOIS, CARDINAL
ie jour et la nuit, qu'il y a lieu d'espérer que son zèle suppléera ,ux voix des cardinaux français <iui nous manquent; que les "iffaiies, quant au fond, sont en fort bon train, et qu il ny a lien à désirer du côté de la bonne volonté. Je vous respecte, Monseigneur, et je vous aime de tout mon coeur ^ » A peine ,„l,„duit, Tencin se lia avec le conclav.ste du cardinal Conti, labbé Scaglione, aussi peu scrupuleux que lu.-meme, et allécha iiar les chiffres imposants des sommes dont il disposait. Un .!e ces hasards où l'habileté n'est pas étrangère, voulut que la ,,|lule contiguë à celle de Conti se trouvât vacante. Tencin s y
'Ifavait fort à faire. Le 3 mai, veille du jour de l'arrivée de Tencin le cardinal Conli n'avait pas encore consenti a signer k programme é^laboré par Rohan, bien qu'il n'y trouvât, d.saiti' rien de repréhensibU"'". Mais si le cardinal pensait << après avoir considéré l'état des deux affaires susdites et l'espérance du bien «lue l'on i)eut croire prudemment qui en résultera a 1 Eglise et au Saint-Siège », devoir être « d'opinion que quiconque sera éU. pa,K3 doit V condescendre" .- il n'adoptait pas moins la slraté"ie de Clément XI, et exigeait, par écrit aussi, un engage- „,e„t "envers le Prétendant pour toutes les pensions que sa mère avait reçues de Louis XIV". Ceci parut trop exorb.taiit a Pans <., Dubois riposta : « Depuis la mort du Pape, je n avois pas cru qu'il pût être question de me rejeter dans les mêmes embarras Ou'un prince généreux et rempli d'amitié pour S A.R. s mlérésse aux égards que le Saint-Siège doit avoir pour les recommandations du Régent de France et qu'il porte ses soins et offices aussi loin que sa générosité i«ut le lui inspirer, cest agir en grand prince, on ami, très noblement et peut-être très pru- .len.ment. Ouo le Pap.' en profite pour maniuer de la considération à un^éros de la catholicité, et pour ménager ses propres convenances, cela s'entend aussi : mais des écritures, des conventions et toutes autres traces sur cette matière ne peuvent
avoir bonne grâce". » . « •
Ces écrituies «lue le madré Dubois ne pouvait pas souffrir,
.' Archiv. des Afl. Élrang., Rome, t. C.8 : Te,vcin à Dubois, ^.^ «;;» J'I'; " Archiv. des Aij. ttrang., Rome, t. 627, fol- 176. Rob^n a Dabois, 22
""'"' Àrchiv. des Ajj. Ëirang., Rome, l. 628, non folioté, .3 mai .721. '• La/itou à Pecquet, 5 mai .72., dans C. de Scvchngcs, op. at., t. U.
^' "^Archiv. des .4//. Êlmng., Rome, t. 6,8 : Duboi. à Bofmn, 26 mai ,721; C. de Sévclingcï, op. cH., l- H, p. 96.
Tiraillements
Conli signe l'engagement
• • il
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. Ju'*.* /.
le naïf Conti s'y résignait en désespoir de cause. I^ refus qu'il opposait - ou pour mieux dire, le retard qu'il apportait a apuoïev sa signature au programme de Rohan - prdlongea.t le conclave indéliniment. Mais depuis que Tcncin y avait i>enetre et élu domicile auprès de Conti dont il n'était sépare que par une tanisserie l'affaire reprit alllure. Dans la nuit du 6 au 7 mai, ÏÏan ic'rivait au Régent qu' « il n'avoit plus rien à désirer du cardinal Conti, il en avoit Uni ». Le lendemain, 'Rohan mandait au Roi : « Je crois pouvoir annoncer à Vot.H3 Majesté l'exécution de 6e3 ordres; M. le cardinal Conti sera élu pape J'''"«»î • •' On devine ce qui s'était passé, mais un cardinal a pris *oin de nous l'apprendîe" : » On sonda les cardinaux ^^Y;^^'!^^^^;^ nui ne Urent aucune difficulté pourvu qu il voulut s engage a Ex choses : l'une à faire M. Dubois -.-dinal. -.■•e^^ne dire sur la Constitution pendant la minorité du Roi. Ces soit.» de Dacles sont de leur nature abominable., liés expressément dlf^ndurpar les bulles dont on j^ne i:observation e^ peu 1. tin^ués de toutes les autres espèces de s.mon.çs. 11 etoit fâcheux i celui qui avoit le «cc^t qu'on leùl charge de pareilles Ees mais enfin, Conti prit ces engagements. Il y mit la nu- lleure t^^rnure qu'il put et fit stipuler ,.ar Scaglione, s<m concla- Ze que le se'rel ieroit toujours inviolablomenl garde 1 n y altu pas moins que de la .perte de son h<,nneur, qu. do.t-et e che à tous les hommes et principalement à un pape : il y alloit même dTla déposition, si l'affaire étoit relevée avec de bonnes "es Par ce moyen. Innocent XUI fut exalté sans que d abord la chose fut connue". »
"?'';;cM;.'-<iefS^,™„.-.. Rome, t. 653, fC ,66.3oo : «./«.-oa «u conotot: de .7.3, pir le cardinal .Molchior de Pol-gnac.
» Voici l'épilogu., d'après la même .ource JU Pap J Uni p ^^^^
et lit redemander «. ,1''"<^1^, «"«--3^^°" "- le tlTL vie. On assure apparx^mmenl pour le temr P'" /"/"'g,*^ jP^"',-en étoit plaint et avoit, dit : même que Riviera, secrétaire du S»"^ ,f!^;^c,"e ». mais qu'on lui avoit
Qui a reçu \^'^^:^^ ^ ^Z^'l^r:^^^ aln trop «rand répandu que « tout ce qui^ei^o ^^ ^,^^ .^ ^^.^^^ .^ ^,^ p,,
prix pour vouloir « en défais. »^u q ^^^ ^^ ,^ ^
quel maltieur, que ces billets f"'*""" P f„^ ,,„ d^^espoir et, «oit
pape on trouva la copie un malm " ^''^; " „'^ i\„ q,,-» ,.,11 seul«iK.nt
que le chagrin qu'il en conçut f .^"*-^^" J^"' V"e parloit d'auli. cho.se
DUBOIS, CARDINAL 193
l/c'nga'^romenl était rédigé en italien et en français, Tcncin (Il fut dépositaire, c-e (lui prouve assez la part qu'il avait pn«e il la signature, mais Rohan recueillait l'éloge public de cette (leclion qu'il avait conduite, suivant le mot brutal de Lafitau,
les mains garnies" ». Avant de sortir de la salle où, le 8 mai, > accomplit le vote linal, Conti i-eçut l'obédience de ses cardiiiiiii.v et, voyant s'approcher Rohan, il dit : Ecce opus manuam liuinim. Dubois ne fut pas moins complimenteur : <( Si on pou- \()il ignorer, écrivit-il, q\w vous avez fait un Pape, je croirois (jiie vous n'avez été occupé dans le conclave que de mes affaires l'iiilicuiièix^s^\ » Cela dit, et de la même plume, il écrivit aussitôt à IVnein : « Vous avez toujours souhaité, monsieur, d'être à (MHlée de rendre service à un imbécile; vous y voilà, et vous vous y mettez à ce que je vois jusqu'aux oreilles. Dans la grippe (jui vous a pris contre moi, je crois que vous avez satisfaction vu travaillant selon votre cœur avec les personnes qui se portent
mon avancement avec tant de générosité; mais, à la façon dont (•ll«'s y vont, si vous étiez ca[)able de jalousie, j'avoue que vous iiiuiez à souffrir, mais j'espère que vous continuc^rez à faire de voire nueux et a les laisser se trémousser si généi^eusement et si inutilement pour moi. Au fond, je suis dans la situation la plus heureuse où je puisse être ,car on fera mon affaii^ sans <jii< je m'en mêle, ou il est impossible qu'elle soit faite; et, quand .!<• x'iais un coquin, je dois être aussi content et aussi reconnaissaiil (pie s'ils m'avoient mis la calotte sur la télé"... » Après Tcncin, ce fut au tour de l'abbé de Ravannes, conclaviste de Rohan : " Onoi(pie vous ne m'écriviez pas, je nv laisse pas d'être instruit <lc vus équipées, vous faites rage pour l'archevêque de Cambrai. \ous êtes donc insatiable.^ Et non content d'avoir fait un pape vous voulez encore faire un cardinal. A la manière dont vous vniH y pl^enez, vous pourriez bien réussir, car vous avez un
"" "t^ «!<• l>ivni, un repentir proportionné à sa faute et une indignation contre <''U\ .|iii pouvoienl l'avoir trahi. Quand il fut mort, on ne parla dans Rome 'l'i^ <l<' celte affaire. Les zelanti protestèi-ent de mourir plutôt que de souf- "ir une s^»conde foi« de semblables pratiques, et les moins zélés se deman- •loi<iU comment on pourroit se fier à quelqu'un, après ce qui venoit d'arnvcr )>. I^. texte de l'engagement signé de Conti est aux Ârchiv. des Aff. '^''•""f/ . Rom^î, t. 62S; Sévelinges, op. cit., t. II, p. 82.
hijitau à Dubois, 16 avril 1721, dans P.-E. Lémontey, op. cit., t. V. P ^0. note I. .
' \rrhiv. des Aff. PJratiq., Rome, t. r>?>8 : Dubois à Rohan, 26 mai 1721 ;
<!<' Sévelinges, op. cit., t. II, p. 96 suiv.
^)iihois à Tencin, 26 mai 1721, dans C. de Sévelinges, op. cit., i. Il, P- m.
[| est élu Pape.
tlo}{es
de Dubuiij
TdMB m
DUBOIS, CARDINAL
llUimatum (lu Hégenl
M Œuvre du Sain 1-2 tsprit»
lllSTOlUi: DE LA RÉGENCE
1VI4
:,uand je- vous assurera, qu • F "J f^^J ^ .,11e méritera... La l'ohc et que jen ^^''^''' T%}^ !^ J y, dois être élevé à seule chose que J ''",''^"' •" nonÏr ce ^-ra le plus tôt qu'il >.• celte dignité, ou si j y ^"'^,,^7,^"^/ ;,,,,,,. nuits : - Quand je .,ou,,a-. .. Enlin. l.aht.u ;»-.. ^jf ^ '\\,U„nes, l'abbé de Tenais avec quelle v.vae.te M. ^^f'^n élévationl. j'avoue qu. cin et vous-même concour.:* U mon . ^^ j^,.,,^.,„
j. suis plus >^'-;--;';;^^;rPa .eTui- »""Vo".p^ --t-^' •
auquel je ne crois pa* que le Fa 1 ^^^^^j l'hommatio
Le courrier charge de ce ^'^^^ ^^„^,^ Xlll. « Voir* de Dubois et l'uitimatmn du ^^^g^" ' '"^^ i„ .^,, que le f^n Sainteté, lui disa.t l;" P''"-',;;;„ "'.^ "a rctvôque de Cambrai, Pape m'avait --'■ rV^n ."h l'exé ution. J'espère que Vo.na dont sa mort seule a mpi "^ ' ^ ,, trône de Saint
Sainteté fera connaître a ^on.v^^^^ - .^^^^ ,,^,„ p„, „ Pi..ne que les services rendu, a 1 E s^ 1 .^^ j^jj.,,,.,
„,o., des Souverains P"" ; ;;^;^,„t' "eUe u.uque publique ,10 de ses premiers soins de nu '1^;""'.^ j j profession pour
.attention du Saint-.Siège au zèle don J^ ^^-^ ,^ ,„„,
ses intérêts. Ge bienfait de Vo le SamMe c .
• „ue j'ai faits de son ;^»'*"''""'. ^^ "„, our la paix de l'Égii^-'
causée, T^^-'l^ Z'^Z^^^^^^ '^^ ^^'^ '^^'•'T"^' e, pour <«"''''^'^^y.f'' 'i ^èuti.m de nos ordres pour la gl-v vèque de Cambra. -^^ f^^^^'^^,!^ S3i„teté et il ne se présenUia
:l'cr ttit ';"^^^^^^ ^^ remarquer ma sincère .
-=r:^:iis:itleco.endon^^
caT.itulation avec le fut n P;'!*^ ^^ , ,^,„,ni conduite et I olu .hapeau. L'aftahe avait ete -'P-;^";^';';;,^ trente-huit jcmr. r'avail aucun ménagement a ga de • P .^.^, ^^^ ^„„ .. de tractations simomaques. '' "bUna.l ^^^^,j^^,„
cinquante-quatre --^-^n :Ten;cés de grandes longuei-s écrivait sans rire . Nm.s étions ,,, „„,j
e, de difr.cultés sans nombir, < vo.x de D P ^^^ ^^^. ^^,,,
orageuse. U n'y a pas eu manque cie „ci i
- naboh à navanne,, 26 mai i7"; ih'''-- '' "'
■"■v'i: :ir r„ Tm." v.u',...;v:f ;t, •"' - ""-
lanu; voir .\ouvelle.s eccMsifl.liques, ma. .7^-. P- "7-
ciiiployé tout le crédit et tout rartlficc imaginables pour empe- (•li(»r l'élection Sans vouloir ombrer la matière, j'assure que l;i volonté du Ciel y a paru^". » A cette onction, Dubois ajouta lin trait comique. Écrivant à Maulévrier, il disait : m Quand Dieu veut rendre inutiles les efforts des hommes pour s'approj.iier les ouvrages de la Providence, il sait bien leur en faire (onnaître la vanité. Cette preuve-ci doit faire souvenir tous les lidèles que c'est l'œuvre du Saint-Esprit"*'. » Ces lignes étaient écrites le i5 mai et ce ne fut que le lendemain à huit heures du soir qu'on apprit à Paris l'élection du Pape". Mais dès le i5, Dubois avait reçu le billet de Rohan : « Le cardinal Conti sera rlii pape demain. » — Œuvre du Saint-Esprit!
Alors les électeurs passèrent h la caisse; le cardinal Albani Règlement K çut de Rohan (( les trente mille écus qui lui avoient été pro-- ^^ comptes mis" »; leurs collègues Ottoboni et Corradini avaient fait remonlei' leur garde-robe trop mal en point^"; le Prétendant tendait les mains avec [persévérance, mais cet encombrant personnage riait si onéreux aux finances pontificales qu'il fallait que la France prit son entretien à son compte et lui assurât une pension, l'ar une ruse plaisante, on insinua au maréchal de Villeroy d'en liiire lui-même la demande. Flatté de se voir recherché par celui ipion nommait' couramment « le roi d'Angleterre », Villeroy lit la démarche auprès du Régent. Dubois, qui avait arrangé la M'ène, affecta la surprise, l'attendrissement et emporta le consentement de son maître. La pension fut portée de quatre-vingt-six mille h cent cinquante mille livres, qui, par la perte du change, • nùlaient au trésor royal trois cent soixante-quinze mille livres, VII sorte que Villeroy eut la satisfaction d'écrire à la famélique M;ij(^sté : (( On a reçu la lettre avec toutes les marques de tenilivsse que les liaisons du sang et l'amitié peuvent inspirer et on m'a assuré de la meilleui^ grâce du monde qu'on ménagera loiit ce qui se pourra, dans l'état où se trouvent les finances du n>\aunie pour donner un secours à la personne qui a écrit, et (jii on enverra régulièrement, au lieu où elle .est, six mille écus l'inains tous les trois mois, francs de change et de la différence
liihlioth. liât.. Correspond, de Noaillcs, nis. ii322i, fol. 33 : Gualterio à ^< miles.
" \n'hiv. des Ajj. Êirang., Espagne, t. 3oi, fol. 267 : Daboir à Maulévrier, ' ' lâiui 1721.
M. Marais, Journal et Mémoires, t. II, p. i38. ■^^ liohan à Dubois, i5 mai 1721, dans Lémontey, op. cit., t. II, p. !\o, note 1.
iMfitau à Dubois, 23 juin, ibid., t. II, p. 4i'
HISTOIRE DE LA RÉGENCE ^^ . »« rtintrp mille livres à lu
es espèces, ce qui co.Me;. -;-tSèUctitude, et lo.- •rance, et cela sera exécute aj^c m ^^ ^^^^^^^^ ^ ^^^^^^.^
DUBOIS, CARDINAL
France, et cela sera exécute aj^*= ' j^ ^„ ,endra ce secours
que les finances ^l^ron* "", Pf" ' ^^ ^tyle diplomatique, on Jlus considérable-. .. ^ e^ ce que ç ^^ ^^ ^^ j,„,
k^ttraoXret E J:.:^l ^e ..ne ..ce de. s.ret.
exigées pour la subs.stanc ^J^^^^^ ,^^ adversaires de Dubois On touchait donc «u bu. Cependant^ ^^^^ ^,^^ .^^^^ ^j.,.^.,.j
ne renonçaient pas a lui >nn , ^^^jj,^ lui-mènu
l-orcy, d'Huxelles, ^'>»'^7;^ J. ^^, ^ Rohan à qui le Rége»! cherchaient à in.l^ncç. le ca^d.na. d. ^^^ ^^^ ^^^^^.^ ^^^^.^
,>,.,nait la pe.ne «IÇCin^ • .^^^ ^^^^^.^^-^ ^,„u, vous
que des honnucs .1 d<s "^" jj, ^j vivement pour 1 ar-
lerire que vcn.s - cv.ez P s U^^^^ ^^^^^^ ^^^^ ^
chevèque de Can.brai . » Ma s ^ • ^ venues à bout
s'assoupir; sa pétulance . >a Un e te ^^ ^^. ^^ ^^^^^^^ ,
d'arracher à lEn.pereur, «" •;' ^^^^^^'''^^^^ -.K-vation. l'assurance qu'ils^ yenajen .^^^^^ ^^^ ^^ ten.porisation.
Dubois L'impatience de f^> b'^'* J , ^'Altheim, à Rome, et le con.l.
continue à nouvelles. Tandis que le c»' «'"«'" . j^ ,., intentions de
acheter les ^. ^^p - Vipnno nrotcstaieni ut ïs uk^^i •^ ^, • ♦ i.,
c'onseicnces de Smzondorf, .. ^",""''. ,. „,„te« autrichiens combattaient la l'Empereur", les autres ^n'io-nate a. ^^ p^^^^.,
candidature". Au milieu de ces 'ntri ues q ^^^^.^^^^
On ne le savait pas l''^;'^'^'^"^^" ;, ^^/J^; , Uque ininterrompue: doux et timide, atteint d^- sonn^ ne p , ^^^ ^^ , ^,.,
il aimait fort sa maison, dont .1 «^^.'^ ' ,„„ins autant
mstiation de laquelle il ^^^^^ ,^^^,^.r, d'où il no qu'au gouvernement de lEgUse^ 1 ^^^^.^ , ^^,„.
sortait que pour de courts instants li ^^^^^ ^^^.^.^ ,,,„
..rendre l'c-l'«--"^^"\,,';,S Scaglione, qui le dispensai, traitée par -"--fj^t.dn 'écrivait à Dubois : » J'ai vu
%Z:. X^uelom. -sei-ei. ^^^^^^^^^ ^ r'
btmt^ii^rÏ^^^^^^^^ ^'^^^^^ -^ ^
î«in i-o, dans M. Boutry, //Kniiu.s, « VUieroy à Jacques Stuart, i. juin 1,2,,
juillet 1721-
{iieublcr, mais qu'il falloit prendre» patience, qu'il le feroit petit il petit, je lui dis : « Mons<3igneur, je suis sûr que la mêm-e Providence qui fera éclore la promotion de M. l'archevêque de Cambrai avec celle du frère du Pape, pourvoira en même temps ;\ l'ameublement de votre appartement... » — A quoi Dubois K'pond : (( Votre lettre, mon cher abbé, est un chef-d'œuvre; vos observations sont justes, vos résolutions nobles et sûres et vos insinuations à l'abbé Scaglione très adroites... Si l'abbé Scaglione est effectif, n'hésitez pas à lui faire donner mille pisloles" ». Avant d'expédier ce courrier, il insère encore ce billet : .' Continuez à tourner Scaglione comme il faut. S'il faut prendre nnc prompte résolution, priez Rohan de vous mettre en état (W lui faire une gratification honorable. »
Vers la fin du mois de juin, l'affaire semble immanquable et imminente. Le 25, Dubois écrit à Rohan : (( Son Altesse Royale m'a ordonné, à quelque heure qu'un courrier arrive, de l'éveiller et de ne pas différer d'un moment à lui donner une si agréable nouvelle. Quoique mon impatience n'égale peut-être pas (elle de mon maître, j'avouerai cependant à Votre Éminence ([u'elle est grande sans même que l'ambition y ait presque aucune part, mais particulièrement parce que je désire avec ardeur .prelle achève de confondre l'envie qu'on a de ses succès et de doconcerter les cabales qui voient avec frayeur le bien qu'elle peut faire à l'Église et à l'État*". » Mais cette précipitation sug- ^iMv aux Italiens de nouvelles lenteurs et de nouvelles demandes. Lifitau, que ses mœurs conduisent partout, propose à Rohan « de gagner ()our mille écus une certaine Marinacia, qu'on dit mariée secrètement au duc de Poli, et qui a sur lui et sur le Pape tout l'ascendant que peu donner l'esprit d'une courtisane ache- \ée'' ». A ce coup, Rohan est obligé de souscrire des billets et d'ongager jusqu'à ses breloques. ïencin réclame dix mille pisloles^'sans tarder, car, dit-il, « on ne fait rien ici sans argent^^ ». Dubois en trouvera, en enverra, rien ne lui coûte depuis qu il se croit assuré du triomphe, car u ce n'est plus, dit-il, le tems (le me promener, de m'amuser et de me berner, comme on houva plaisant de le faire sous Clément XI ». Ses ennemis n'ont
•' Archiv. des Aff. Êlrang., Rome, t. 6:^9. fol. 176 : Dubois à Tencin, 20
juin 1721; C. de Sévelinnfi^s, op. cit., t. II, P- i'^9- r^ u - ^ n^r.n o-»
'"' Archiv. des Aff. Éfrang., Rome, l. 63o, fol. ^S : Dubois « Bohan, ..)
■'"'^"^ ll^Li à Dubois, .3 juin 17M, dans P.-E. I^^montcy, op. cit., i. II,
p. V'j, note I. TT M rr;
'= Tencin à Dubois, 10 juillet 17^1, ibid., t. U, p. i^-^i).
Promolion iaiiiiinente
Dubois esl écarté
Audience de Kubau
oas désarmé mais ils ne peuvent rien contre sa promotion car nnot^t Xlil doit do„n.r' .. pourpre à son P-P^^^J^ij;^,^,: bois passera à la faveur de celte nonunat.on de 1 eveque de lerra
"cependant, le .6 juin, le frère du Pape fut P--" -f "^';; .....sonne n'étant associé à sa promotion. Le coup eta.l s. rud, ' T^prévu que Tenein écrivit à Dubois : « Vous apprendre , Mons igneur, avec une surprise égale à la nôtre, la promotion de M le ca"dinal Conti dans le consistoir d'hier Ap.ès toutes le .uirls qu'on avoit données à M. le cardinal de Rohan. ,1 y avo.t ou d'espérer que cette promotion ne se fero.t ^as sans e re a - •ompagné.. de l vôtre ou, du moins, sans une parole pos.t.ve de bfa re un jour marqué dans un délai très court Cependant M. : ardinal de Rohan'est sorti aujourd'hui de l'aud.ence du Pape .près lui avoir dit tout ce que vous pouvez imagmer de plus fo.t a de plus pressant pendant plus d'une heure, sans avoir pu Ure, du Pape que ces paroles : Lo faro puâ essere avanii due mesi Rohan se jugeant trompé déclara au Pape que s., dans un delà, es court Dubois n'était fait cardinal il demandera.! un congé. HvaU pressenti la ligne de conduite qui lui ^era.t tracée pu.snue dès la réception de la nouvelle de cette promot.or.un.que. le Ré-cnt écrivit à Rohan de réclamer une audience, d y exprimer Ton vif mécontentement et d'exiger une réponse .. prec.se, positive ... Si elle n'était pas telle qu'on l'attendait, « je souhaite, d'au le prince, que vous déclariez à Sa Sainteté qu'elle ne sera plus importunée de cette grâce et que vous prenez congé deIK
dans cette audience". » .
Rohan obtint son audience et dit a,. Pape quo deja .1 ne paraissait plus devant lui en ministre du Roi et qu il attendait le> ordres de la Cour, ordres qui ne pouvaient manquer detre ngonix^ux. Innocent XIU, visiblement inquiet, l'interrompit pour lui dire que Dubois serait cardinal avant deux mois. - « bt rnoi, lépliqua Rohan, je vous répète qu'il ne sera pas cardinal! Votr.' Sainteté y perdra plus que lui et j'aurai la douleur de voir que pour un délai dont j'ignore la cause, je me verra, hors detat d. vous être utile. » Tenein, plus irrité encore, et approuve pai lafitau, parlait de rendre public l'engagement écrit et s.gne par 1, Pape. « Il faut défaire les Romains, disaient-ils, de 1 habitude
" « Je ferai le nécessaire avant doux mois ». Archiv. des Aff. Ëtran(,..
Rom... t. G3o, fol. ..o. i^^- 'S»- >i«- ï"*""" ^ ^"'"''^ • '^^"''" " ^"^"^ ' Rohnn au Bégeni, 17 «» '« juin 1721. , „. , . n„h„„
" Archiv. des Aff. FArang.. Rome, I. -fi.o, M- '07 : >■'■ bégeni a Bohan ?9 juin 1721; C. d« Sévclingos, op. ci»., I. II. p. i.'i9-
DUBOIS. CARDINAL
„î, ils sont de donner des espérances pour des réalités qu'ils reçoivent" .> Dubois passait par des alternatives de confiance et de découragement. Il écrivait à Rohan : .. 11 ne reste plus à Votre Pminence qu'à ressusciter les morts et je ne puis m empêcher .IVspérer qu'elle fera ce miracle" ..; à Tenein : « M. de Sisteron ma fait votre portrait par un seul, mot : .. M. l'abbé de Tenein n'entend point raille.ie sur ce qui vous regarde. » Vous jugez l,i..n que je ne suis pas moins vif". » Et comme il se trouve que. ,|,.puis son avènement. Innocent XIII est devenu bibliophile, loff.cieux Scaglione insinue que le Saint-Père a prodigieusement , nvie d'une bibliothèque qui est à Rome, et qu'on ne pourrait lui être plus agréable qu'en lui facilitant les moyens de trouver ,l„uze ou treize mille écus nécessaires pour l'acheter. Ainsi le ,i,antage recommence et l'exploitation éhontée comme sous le
ponlificat précédent. ... ,
Dès les pixî.niers jours du mois de juillet, le Pape se dit souffrant d'une atteinte de gravelle et refuse de recevoir Rohan. (;,.|to résolution semble donner espoir à la cabale contraire. Les ...dinaux Ac<p.avivà et dAltheim, la prélature, les jansénistes sont prêts à donner le suprême assaut. En France, même ardeur, <aint-Simon s'agite, Torcy revient à la charge auprès du Régent ,,,,1 lui redit une fois de plus : « Cardinal! ce petit faquin! vous vous moquez de moi, il noseroit y avoir jamais songé »; et le lendemain, au Palais Royal, le prince l'appelle, le tire dans un coin et lui dit : « A propos, monsieur, il faut écrire de ma part , Rome pour le chapeau de M. de Cambrai; voyez à cela, il n y a pas de temps à i>erdre. .. Torcy demeura sans parole comme une .tatue et le Régent le quitta du plus grand sang-froid. Tel était Ir terrain d'alors". C'<^t-à-dire que plus personne ne savait ce qu'allait devenir ce surprenant imbroglio. U 8 juillet, Tenein écrit ce billet énigmalique à Dubois : « Je vous prie de vous res- -ouvenir que vous ne m'avez chargé de rien, que mes lettres ne sont pas des dépêches et que ce n'est point à- un ministre que j'écris, mais à une personne que j'aime et respecte de tout mon cœur et, s'il m'est permis de le dire, à un ami sur qu. je compte
'■ Arch. des AI,. L.rang., Rome. t. 63o, fol. ,5o : UjUau et Tenein à Du- ' •'■Du£"«'«oV.«n, M juiUol .7^.. d-^nsC. d. Scvelin^es, op. ci«.. l. H. '•"'"Duboi, « Tenein, ,. juillet .7-, 1»- M- «outry, Inirigues et Mmions, '' "^Suint-Simon, Mémoires, édit. Chéruol, .858, t. XVIII, p. 1.0-27.
Lettres de Tenciû
Réponse de Dubois
1 ' A,, n/ittipher indissolublement à entièrement, kqu,! a achevé de «^^^f^ de sa confiance de lui par c€ témoignage unique cl /"'^'.''y*''"' ., . . o„„he sur sos -•avoir fait venir .^ome ^^^::::Z^^:^t:.^ en
propres f^;\^ ^^ ^ chiffré : » Tout se prépa«> po.u clair e , V " ^""^ ''l , ,, ..^ ^^e ce soit, emporter la l'assaut gênerai. H aul, «' q"*^' J"^' ^^^^^ j^ i^^ fâcheuse,
^blS d^prend;;. VoJs poivez cons.aler que nos onn- • M. Hn our reste et qu'ils mettent en œuvre ton* Us ressoii ir nntéiria Hitiqul et la u.échanceté la ph.s no.re peuven.
imaginer...** »• ^^
r^^ri MaW tioï3* Dubois éclata : ,
^Tostm^s.' Monsieur, du 8 et du ^o, ^^.^^^ ^^^^
telle détresse que Je ne puis i^us --^f ^"^ si- sonme semble que tout., les ve tus et les v.ces de ^^^
entendus pour ^ --^:'~ J/^^^^l/^^rq^L chapeau de can.iparaissc M.jourd hui p us extrava^ai q m'honorent
nal la "énérosité et la persévérance de ceux qm mi nfleur amitié me remplissent d.- contusion. La rage, la no infidéUté et les mauvaises intentions de ceux qu. ne u> ccur, 1 intidelitt e il .u'auroil touch.'
^eï- «'Ma '::'<,o';,;;.,..:.a™e. ... u„ a,„.o,. ^ .n,.,,.
? J, ^'adresser à S.A.R. Cependant des qu il s a,ii
tueux a s^dres^r a ^^^^^^^ ^^ ^^^^^^,,,,„,
d'engagements pris pa, M. e c. ^^^ ,^,^
pouvoir me vendre moi^^eu.^ ^^ 3 -h , ^^^^^^^.^ ^^^^^
Mais, pour <="-J- ^.^^'^^f p^'^^ ans le^ temps que le plus accré-
cinquante. Je ne veux tromper i^ersonne.
. ^ r. , • ^ .1 To iniUcl I72I, dans M. Routry, op. cit., p. 53-54- <« Tencin à Dubois, 8 et lo jniiiei 17- »
••"» P.-E. Lémontoy, op. cit., t. II, P- ao-40.
DUROIS, CARDINAL
(( Voilà le sujet de mes méditations de])uis la réception de vos i( tires. Enfin je ne suis pas mort et c'est beaucoup. J'envoie •1 M. le cardinal de Uohan une lettre de change de dix mille pistoles et de cent quatre-vingt mille livres pour le change et la différence des espèces. Je vous avoue que je ne puis pas faire (le bon sang tant que j'aurai ce prodigieux poids sur le corps avec tous les dangers et toutes les avaries qui peuvent l'accompagner.
« J'ai fait pitié à M. ï^ Blanc et à M. de Bellisle qui m'ont vu dans la peine de cette recherche sans pouvoir me soulager. Si nos affaires n'étoient pas dans l'affreuse situation où elles sont et où elles demeureront jusqu'au mois d'octobre, je suis assuré (pie S.A.R. ne ménageroit rien pour la satisfaction de M. le cardinal de Rohan, et qu'on n'auroit pas besoin de lui citer l'exemple des dépenses qui peuvent avoir été faites à Rome en d'autres Icms, quoiqu'il soit vrai qu'on n'a jamais fourni pour Rome en pareille occasion la moitié de ce (pii a été donné depuis le mois
de janvier*\ »
En même temps, Dubois écrivait à Rohan de ne payer que les services rendus et non promis. (< Je suis, lui disait-il, au désespoir qu'on ail jamais pensé à moi et que la prétention d'une distinction dont je pouvois bien me passer devienne la source ou ie signal de grands maux. Mais le sort en est jeté..." »
Tandis que le misérable se désespérait et livrait à la postérité les replis de son âme pourrie, le malheureux Pape restait la proie (le Rohan, Tencin, Lafitau et Scaglione. Harcelé, épuisé, épouvanté k vieillard se soumit à ce qu'on exigeait de lui. Le i5 juilli't, il donna audience à Rohan et essaya de sourire. Le Régent était, dit-il, inflexible et Dubois intraitable; puis il garda le sil<'nce un moment et, relevant la tête : « Seigneur, dit-il à Rohan a\ec une lenteur pénible. Seigneur, souvenez-vous de la promesse que je vous ai donnée et que je vous ai chargé de donner (!<» ma part à M. le Régent. Je vous ai promis que M. Tarche- \éque de Cambrai serait cardinal et qu'il le serait plus tôt que vous ne le croyiez : il le sera demain. Vous plaindrez-vous que je ne sois pas homme do parole? » Il voulut continuer mais ses yeux et sa gorge étaient pleins de larmes, il parla de la France i'I saisissant les mains de Rohan : a Au moins qu'elle ne m'abandonne pas! »
'' Arch. des Aff. Êtrang., Romo, i. 63i, fol. /Î3 : Dubois à Tencin, 28 juiil-
iH, dans C. dx- Sévdinges, op. cit., t. II, p. 181 • ^ ^
*'" Arch. dci- Afj. Êtrang., Home, t. 63i, fol. 45 : Dahois à Uohnn, o.> juu- 1<M. dans C. de Scvilin«,'cs, op. cit., i. II, p. 176, 1 77-
Dubois est nommé
Publié en
consistoire
el à Paris
•. KM. ^Vn linir sa beauté sereine n aimait point Rohan avait hâte d en tin i . sa d ^^^^ ^^^
les larmes; rentré chez "^ '\- ^^^ ,^„f ^ obstacles à redouter dinal, il n'y a plus de délai a ^'^ma e n ^^
et vous êtes plus en mesure q-" J ^ ^^' f^ ^^Ji^.,,, ,,? savait VÉtat". .; Ce que ««'.an venait ^ ajjne. .die^ 1^^.^ ,^.
•'^ la regarde -"- --^ f.ln romain". » Le i;!eu
:Xt' -nta- -'- p-T ;nrdiv:L^Tats-'d^: 'S;
^^vît T^mont€V €11 compulsant los aivers ttdia u ro^^ar que pSau de Dubois coûta environ hmt millions
rt la France". mnrrier partit de Rome, il
Avant la fin du consis o.re "",?""'' Vfj,,^,niail avec le .rriva à Paris le .5 juillet au "^«^ " ' ' "^^'^^ 'j^l^'n „e l'ouvrit Régent et la dépêche ne lui fut -'Mnis qu^a m id . ^^^^^^^
point, assista à une messe, pn. ^««î '^^ '^^f^ .^ndirent enle Régent et les deux compères, e^r^fin -^^ «'^^ ^^.; , ,,^,„.
^mble auprès ^J^^:^;:^'',fc^^ au'ile de qui neur de vous présenter ai chevt qui ^^ j^ paix d.'
Votre Majesté doit la ^^^^Y^Lt^ledéZé! par un cruel l'Église de France, qui sans lui «"«" 't''^ t'andf J,,ices, vient schisme. Le Pape, en reconnaissance de «' JJ" J f^^^ ^ , ^^a-
*«T.^,. f^o Hohitor à tout le monde que et- qui ;;4Turia pourpttmaine, étoit le v<.u unanime et .'empresse-
o • Rï. ^r^ lot • Uohaii à Dubois, i6 jui;l-
" Arch. ds Aij. Êtrang.. Romo, l. 63i, fol. loi . no,
let I72«- , r> K -, ., iuilU.l 1-91 aans l^montoy, op. cit., t. II, p. 47-
» LémonK'y, op. cit., l. U, P- 47. o->'u'li, ,1c moitié, il dit : « quatre millions ... ^^^^^^^ ^^ „,,
geni et à Dubois, 16 juillet .7". «vint b fin du Consistoire.
" Mercure, n" d'août 1721. P- "6. s<-iM>ac, L'abbé Duboi<
" Leieref rfe Jose,,b Duboi.s du 5O juiHct, d..,n« V. J. >»iin«c,
t. II, p. i47- ,., . , Q.o. Mardis, op. cil., t. ". P- ■^'
. " Bihliolh. Mflzar., ms. îSo/i, fol. ii» , M'»"». /
Mémoires rfe lo Régence, t. II, p. 192-
DUBOIS, CARDINAL
n.ent de toutes les puissances à la lui procurer, à en presser le l'apc etc. Il s'éventïit là dessus et ne pouvoit finir sur ce chapitre au'il recommençoit à tout moment" ».
La nouvelle se répandait dans Paris. La vieille Madame bou •
,„'! : .. Alberoni'a un copain'-. » Mathieu Marais ricana^
: On crovoit ce chapeau perdu, le voilà retrouve . » Lavocat
Barbier observa que , cela fait bien du tort à la religion de voir
latr un homme connu pour être sans foi et sans religion dans
'ne des premières places de l'Église" », les chansonniers se
rent en liesse et tous : Marais, Barbier, Buvat et les autres
K-.pélèrent comme une vengeance des couplets cinglants dont
la verdeur ne se laisse pas toujours transcrire :
Or, écoutez, petits et grands,
Un admirable événement.
Car l'autre jour notre Saint-Père
Après une courte prière
A, par un miracle nouveau,
Fait un rouget d'un maq.....
I e courrier pontifical arriva le 26, porteur d'une lettre pour le îiégent"; le lendemain, Louis XV imposa la calotte rouge a Dubois" En se relevant, Dubois détacha sa croix épiscopale, h. présenta à l'évêque de Fréjus, lui dit qu'elle portait bonheur ..| mie c'était pour cela qu'il le priait de la porter pour 1 amour ,lr lui. Fleury rougit, la reçut avec un extrême embarras, mais sous la condition d'en donner la valeur aux pauvres .
Deux mois plus tard, l'abbé Passarini. camer.er d honneur R^en-ise^de .l'innocent XIII, apporta la barrette. La cérémome était parsemée l'écueils Dubois y louvoya avec un art auquel Saint-Simon luiinème rendit hommage. L'ambassadeur Schaub, présent à la icinisc de la barrette, en laissa ce récit" :
•■" Saint-Simon, Mémoires, t. XVIII, p. ll^. ^^Anr.^^
«' Madame à la raugrave Louise, 26 juilkl 1721^ dans Correspondance,
lil. G. Brunet, t. II, p. 335.
" M. Marais, Journal et Mémoires, l. II, p. 335. " Barbier, Journal, t. I, p. i4i.
" M. Marais Journal et Mémoires, t. II, p. 180. " Arch. des Aff. Êtrang., Rome, t. 63i, fol. 220 : Innocent XIII au RégenU
^1 juillet 1721.
'* Bnvat, Journal, t. II, p. 278.
- Soint-Simon, Mémoires, t. XVIII, p. 176 ; De Malht a Mme de Balleroy,
^^ août 1721, dans op. cit., t. II, p- 344. , ^ . i » ;
- Public Record Office, France, vol. 363 : Schaub a lord Carteret, Paris, - septembre 1721 ; la phrase entre crochet, est de Saint-Simon, loc. cit.,
„ Notre cardinal... a reçu sa bar.rfie du Roy et fait ses visites de cérémonie à Mada....' el a.. Hégc-nl et à Mme la duchesse d Orléans Tous les Jjeaux esprits de la vieille Cour, encore plus animés contre lui par le mariage avec l'infante que par la guerre «uil a faite à l'Espagne (s')étoient mis aux écoutas pour ridiculiser ses harangues. Surtout celle qu'il devoit faire au Roy. etoil difficile et ils s'altendoient ou qu'il loueroit et remercieroit fadement's.MT.C. ou qu'il loueroit le Régent en homme paye ,.t qui luv doit plus qu'au Roy, ou qu'il se loueroit soi-même des actions que la nation lui reproche, ou qu'il feroit une espèce d'amende honorable en promettant de mieux faire
■ „ Mais il a trouvé moyen d'éviter tous ces ccueils. 11 a parle avec humilité et avec dignité, mais si bien et si judicieusement que ses plus malins auditeurs ont été réduits à 1 applaudir.
.. Madame a aussy été surprise par le discours qu il luy a tenu Elle ne l'aime point et n'auroit pas peut-être ete fachee de le luy faire sentir à cette occasion. Car me trouvant avec elle avant qu'il entrât, .-Ile me témoigna de la curiosité de 1 entendre en me disant : ., I! connoit Saint-Cloud et il y est connu ... [Il se composa, parut devant Madame pénétré de respec et dembarras. H se prosterna comme elle s'avança pour le saluer, s assU au milieu du cercle, se couvrit un instant de son bonne rou^e qu'il ôta aussitôt et fit son compliment]. Dez quil eut débuté ainsy : « Si la pourpre romaine dont je sms revêtu pouvoit faire oublier à Madame les premiers temps ou de a daigne letter icy les yeux sur moy, je serois le premier a lu. en raptclei le souvenir pour... .. Madame me fit un signe d approba- Cn et la harangue étant finie, elle avoua n'avoir jamais rien
rnt<?ndu de«plus beau. i i .
.. Mais celle qu'il a faite au Régent étoit de beaucoup la plu.
touchante... S'étant assis et couvert devant ^^ ^'^^f'^l ^'' . . Je rougirois de confusion de paroître ainsy devant VA R. s. ce que je suis n'étoit votre ouvrage. .. Dans la suite, il u. dit ■ Tvous 'avez donné en moy la preuve la plus éclatante de étend' de votre pouvoir et d.- votre bonté en m élevant du plus b ordre de vos sujets au plus haut degré où un sujet eccks.astiq.u' puilse monter. .. Et voicy comme il commença son n-mei-c ■ment « Je vous parlerois de ma reconnovssance s. l« soin, qui m'ont attaché à votre personne dez votre plus t*ndre enfanc
M«rf«n,. à la raugrave Voni-^e, '.5 ^-p.ml.ro .7.., .lans „,,. cil., t. II, p. 33o- 34o.
DUBOIS, CARDINAL
„, n.aniii.oient pour vous de sentiments infiniment plus vifs ,„„. tous les bit'nfaits ne sauroient faire naître... ' "Régent après avoir marqué au cardinal la joye qu il res- .,. t de so; élévation, ajouta : « J'aurois manque au Roy et a ;, -m*me si j'avois omis de récompenser dignement les impoise." ices nie vous avez rendus à l'État depuis que le soin ;;;:„ est confié; et quant à l'amitié, nous savons tous les deux
■■ rf iri^nl'So "cette longue intrigue furent diverseinent vn,n.^ensés Rohan s'attardait à Rome dans l'espoir du titre ;'r nZsadeur îl fut rappelé i. Paris; le Prétendant vit rompre :r Son avec lui; 1 afitau fut invite à regagner S.s ero.i; "ein fut plac/"ous la surveillance de GuaUerio et la prélature al enne u\ traitée de .nème façon. ,< H faut abol.r le pe.-n - Z Lsc de ieter des p.omesses d'argent, écrivit Dubois. iTubé li es a^^es sont imitiles avec les Italiens. Ils font pour lii; les mômes efforts que pour beaucoup. Il faut ramener la Cour d.» Uomo à ce qui est nécessaiiv''. »
«« Dubois à Tancin, dans U-monloy, op. cit., t. II, p. dS-Ziç).