CHAPITRE I.IX
Les opiuuiDs et les sectes religieuse»
me
Cyni^^mo dans les mœurs ol indifférence Toligieusc. — La Calolle; ses bre- \,l<. — Le haut clergé. — Le bas clergé. — Los laïques. — Situation du pntlcstanliisme. — Attitude de Georges 1®"". — Réforme d'Antoine Court — lilgiKurs des Parlements. — Les coiuiormants. — Les free nuisons. — Le p.iiti et la secte janiséniste. — Confrérie de régiment. — Juifs. — Supenslilioiis.
Jusqu'à nos jours les aspects économiques et sociaux n'avaient cynjs guère attiré l'attention, celle-ci se tournait de préférence vers ^'^^^ '®* les manifestations artistiques et littéraires, les portraits et les indifférenrc aneodotes, plus riches de variété et d'imprévu. Ainsi s'est-on religieuse familiarisé «en France avec l'idée d'une Régence assez peu difféixnte des saturnales antiques, idée qui ne se trouve, à l'étude, ni cnlièrement fausse ni tout à fait juste. Ce ne sont pas les rnrrurs seulement qui s'altérèrent, ce furent la monarchie, l'administration, l'esprit, le goût, les sciences, les lettres et les arts qui nruivnt des nuances et s'accommodèrent d'une direction dont I iiiMuence se fit sentir sur la destinée du royaume tout entier.
I*s mœurs se corrompirent, mais moins qu'on ne l'a pensé; cv qm a fait croire le contraire c'est que le cynisme remplaça l'hypocrisie. La Cour et la capitale sous le feu Roi et sous le Refont furent fort immorales, il n'y eut qu'une question de degré dans l'impudence. Les désordres du duc d'Onléans sont aussi |nl>!ics, l'ineptie du duc de Bourbon, la férocité du comte d • C.haîi^lais, la dégradation du prince de Conti n'ont fait que s'affîr- HKi, parce que tous les germes levaient déjà dans les âmes avilies (le ces princes qui n'étaient encore, sous le dernier règne, que lies enfants pervers. Quant au duc de Chartres, son père lui accorde libéralement toutes les tares : Aussi peu d'esprit que M, le Duc, aussi brutal que Gharolais, aussi fou que Conti I Et le
«il
-*îl
La Calolte-, ses brevets
^^g mSTOlUE DE LA RÉGENCE
, 4 T. • 1.» lîP^nrp ost grande dans les sociétés public approuve'. A Pans a ^^^^^^^^ ^ ^^^, ,,s maison.
et dans les ^-^^^^^':Jr^^J se multiplient mai. la sécurité laisse a dtsirci , vois c d -excès que es asso-
la bande de Cartouche a-t-elle ^«"''riP^^^.itTpn.ti.pK-n. U. eiés de la Voisin? La bourgoo.Me . t 1^ a^li^a. J J^^.^^. __
mœurs d'autrefois, ^^^\Sr^,'^^\[Z-" y.^Zrie la Gazette ,1e Buvat, Marais, Barbier, les t^aumart.n. 1 au ur d ^^^ ^^
t„ Régeace sont to-% "^^^^nenfde me ceïtilier en b ,,, nique au Pape et aux Jesu. es. < On v e d, - -..eopaux anjrlais
Heu, écnt 'e ."a.oti. ,^^^^^^^^^ ^^^J^ ^^ ^^J^ , ,.
qu, confèrent et ProP^jem ^^ ^^^^^ ^,^,,„„,,.
avec l'ÉgUse do Fj'^^^^j^fjtii.^raitable; il se peut qu'on y la Cour de Rome ^^ /« 'f^^^^P^^.oit rare et bien reçu de pinaille sincèrement. J^ «-"^-^.^f ^faudroit bien qu'ils fas.nl
sieurs et a 1^8"'^,,^^;;."; [^^On croirait en lisant ces nu-U comme du temps d Henri V m • V; g; ,,. boutade, qui se que la foi catholique est "-'•^'tjnér d'hostilité à l'égard trouve conti-edite par le sen ment geneiai ^h^étienno,
des protestants. Ce qm ^^^^^ ;^^^ ^ ^. der.é ca.ho-
c'est l'«"-l-".-; ; , i S .."i p,.euve%'un grand zèle conho
liquos. Les cures de \ •"'*.'•*'''' ' , ,5^,. ,^5 disputes inteslin.'s
les théâtres, sans parvem a ' ' ;^:;f '^^^^ ^„ ,,|.,., ,„„,. iné-
qui divisaient tous les prelrc. l ^^^^^^ ,,^„, „„,, ,.„.<
conciliables. Quant aux prolaU ''?;;';;'''• ^^^^ent méprisés; !el
des personnages vénères a ^-'\^'^f''JJ^;^-, 1, comédie': Ul
chanoine s'habille en f-''"'« '^atc un officier, acc-r-o
évoque, ayant eu .< de S'-;;-. l\'^;';^,; •;,,„., enfin reçoivent col-
un duel et tue son advcrsaiic , les c.ii»
lectivement un . ^^''^^p-'f,": '^^f^nl ,ode d'association burlesque Le Réçilmcnt '^'^ !\^^^l^^^otle de plomb, sous forn.e qui distribue aux têtes legtic» une c ^ enrôla tous
Lé.. L'association, qm ---'"■^,;' ^"."eie 'devint une so,.e les toques et n'épargna l^'^^^^'^^J , ^^l ' par laquelle personne de Fronde à laque ^ *^:^,\.,t",reu pour^ rédacteurs Grécou,.. n'était épargne. Tels brevets o. i^
, , . I „ .63- D'\rgenson, Jo. nal H Me».o.re., -l"-
S Buvat, JournaU t. 11, P- ^^4 , j chanoine de Notrc-Dainc. ^^^ ConHan., évoque du u>
^ Buval, Journal }. H , P^ 0^ -^ ^ .^ ^,„,,,y, ,, n.ars 17-- '»en Velay; Cauniartin de boissy a
op. cit., t. Il, P- ^^2. 25/Î-255; mars 1722.
« M. Marais, Jourml et Mémoires, t. H, P- 2Da
LES OPINIONS ET LES SECTES RELIGIEUSES
\oltaire, Maurepas et ils conservent une valeur historique et littéraire réelle. Celui qui fut déeernc à H'abbé de Tencin mérite d'être rappelé* :
vu Vcxpérience,
Sninirs mœurs, doctrine, science, Kl Zi'ie que Vabbé de Tencin l fait pdroîlre ^ur tout autre l'intr le snlul de son procJuiin, \i,!is lui donnona lettres d\ipùtre l'.l tle rtmverUsseur en chef, ji'iitilnnl qu'en liomme apostolique Il n rendu Lnw catholique
l-ji iiulrc
nous le nommons
l*ritnat de la Louisiane
De plus, quoique Vabbé susdit Plein de révangélique esprit Méprise les biens de ce monde,....
De notre libéralité...
Lui déléguons dîme et dixièmes- Sur les brouillards dudit pays Qui font la gloire du Système, Et que Von dit être infinis.
Espérons que la Cour de Bome, Mère des nouveaux convertis, En faveur rf'an aussi grand homme Donnera les bulles gratis...
Dubois sera pHus malm-oné, mais que ne dit-on pas sur son roinpte". A l'exemple du Régent, on lui prodigue les épithètes 1( s j)lus avilissantes'; Polignac est si endetté qu'il ne peut se iis(iuer dans Rome où l'appelle le conclave'. Parmi les évêques, il ne s'en trouve que trop qui considèrent la résidence comme une sorte d'exil. Lefebvre de Cauniartin nouvellement nommé au siège de Rlois écrit ce badinage : « .le me sens dévoré de I envie de visiter mon diocèse'", pour bien des raisons pour ce ii'onde-ci et pour Tautre; celles de l'autre ne sont pas douteuses, «M'iles qui regardent celte vie ntortello, c'est que quand une fois jiiurai visité mon t(MTain, je me sentirai bien libre dans ma h ille, n'ayant ni graiule vill(% ni grandes affaires, un terrain peu t'I.iidu et fort uni en quelque sens que vous le preniez. Je pourliii im[)unément aller demeurer où bon me semblera''. » Comment en irait-il autrement de la façon dont les bénéfices sont
• noif^jonrdain, Mélanges historiques, 1807, l. Il, p. io5 sniv. ; Barbier, J"-irnnl, t. I, p. 207; 447*, 463; t. Il, p. 28; M. Maniis, Journal et Mémoires, l. II, p. i34, note 2; Diigast de Bois Saint-Jusl, Paris, Versailles et les pro- ^'inces au XMW siècle, in-S, Paris, 1809; La i''^ <'dition des Mémoires de la Cr.lotte est de Baie, 1725, i vol. in-12 ; la dernière, en 3 vol. in-12, est de 17')^. L'institution de la Calotte dura jusqu'en 1760.
' Le chev. de la. Cour à Mme de BaUeroy, 3 juin 1720, dans op. cit., t. II
' I^irhier, Journal, t. T, p. lo'i, i/|i, i43, 187; M. Marrais, op. cit., t. II, p. 3o8, /|00, /|'|5.
' M. Marais, op. cit., t. II, p. 112; 28 avril 1721 ; M. Caumartin de Boissy <i Mme de BaUeroy, 2 et 7 avril 1721, dans op. cit., t. II, p. 3o6, 309.
^" Il occupait ce siège depuis quatorze mois, 27 août 17 19.
'' Vévêque de Blois à Mme de BaUeroy, 10 novembre 1720, dans op. cit., •• II, p. 210.
Le haut clergé
Le bas
clergé
Us laïques
35g HISTOIRE DE LA. REGENCE
attribués : « Tout à la grâce et rien au mérite ^^' <:^^^;J'^'>1^'-
en plaisantant le Régent llui-mème; et voici les t res quon m-
vôque : L'abbé de. Broglie, agent du Clergé, solhc.te 1 abbayo
du Mont-Saint-Michel et dit au Régent : «Ne m oubhe/. pas s,„
votre liste, je suis un bon diable. » - «Je su,s tourmente par
des diable; plus méchants que vous » répond le prince, et .h
se mettent à parler de vins et de bouteilles. Broghe vante un
crû 0 léans veut en goûter, Broglie lui fait tenir trois cents
bouteUlcs Orléans accepte mais veut payer, alors Broche red.gc
s:ntlr^'oire par articfes : le vin, les bouteiUes. les bouchons
la ficelle, Ha cire d'Espagne, les paniers, le port, et. a la lin. U
' Total : L'abbaye du Mont-Saint-Michel.
Et il est nommé! Son premier soin, aussitôt sa nomination faite est d'envoyer à l'abbaye Saint-Germain demander le ch.ftie rxact du revenu qui vient de lui échoir . ....
U clerU paroissial est très différent des dignitaires; il conserve malgré Iles disputes théologiques, une chanté, une man- Sude une bienfaisLce dont le.« lidMes sont les temoms ed.n,;. rreconnaissants. Us ordres religieux font encore que ques généreux ef for pour observer leurs règles et lutter contre la endan.o au retâch ment; les scandales sont rares parmi eux, et «es chro- 'n^nùems'se trouvent réduits à plaisanter sur le pro-reur gon. , al des Chartreux qui « a fait un trou a la lune >, et a pa st n An<^leter,e en valante société. Ce n'est là, pour Barbier qu « un bon tour ! r Jour Marais, .. ce n'est pas une grande perte qu un tuvai moine-' ,.. Chez les ..csui.cs, auxquels on ne pardonn.^ rait rien, on ne blâme que l'ambition et la politique; les mœu.s
"pari;^"cSr"société frivole et pervertie qui s'agite et fait gra.^ bruit, des princes, des grands seigneurs d-nen une idee^f e de leur temps, d'autres princes - et ce sont les ba s - d a 1 grands sei-neurs observent une morale irréprochable. A la ïTusqu^u Palais-Royal on rencontre des âmes pures et cou. agcuses attachées à Ha pratique des vertus chrétiennes. L a»,^
» M. Canmarlin de Boksy à Mme de Balleroy, ,3 janvier .7=., dans op. cit. t II, p. 238; M. MaraJô, op. cil., l. 11. P- 5i. »•• ., , , ^ „„. „nu.„,ù M M^ra,;, op. cit., 1. H. P- 35,; ftarbkr, of. cf., t. I. P- =39. '«P'*
*"^ '""■ -, . II „ ^'^<^ ne trouve qu'une histoire d'un ico\Wt
" Buvat, op. cil., t. Il, p. 43». n« wouve qu
menacé du fouet qui tue ou ble.se plun,-»™ de «.-. ma.lre, et d. ses c .
rades.
LES OPINIONS ET LES SECTES RELIGIEUSES
tanoe à la messe, l'observation du cai-eme, l'horreur du sacri- Wvge ne sont pas seulement des pratiques officielles ou des souvenirs de 1 éducation entretenus par la contagion de l'exemple. Dans les rangs de la bourgeoisie, parmi les artisans et le peuple la foi se transmet, à travers la conception janséniste, qui lui laissera longtemps son empreinte. Mais il faut se souvenir que c'est pendant la Régence, dans la classe des artisans, que nous itncontrons ce Pierre Duhalde qui, âgé de vingt-huit ans, ruiné, ne disposant plus que d'une somme de iB.ooo livres, décide, le •.>'i septembre 1719, de « consacrer son commerce en y associant Hieu pour cinq ans dans la vente des pierreries à dater du i"' octobre. A la liquidation de la Société, il prélèvera sa mise et « l'ex- (l'-dent sera, écrit-il, partagé entre Dieu et moi ». Son commerce |.rospère, Scotti lui obtient la moitié des fournitures de la Cour d'Fspagne, et Duhalde meurt riche, laissant à un fils au berceau l'obligation de remettre aux mains des pauvres la part qui revient
a Dieu'\
Cette pensée d'une association commerciale avec Dieu n'est (jne l'expression vive d'une foi demeurée entière dans la Providence. D'autres incidents, des profanations exercées dans les . ^''lises, soulèvent l'indignation de ceux qui nous les apprennent «1 qui, eux aussi, demeurent croyants^\ L'ardeur des luttes reli- ;;iouses entre Jansénistes et Ultramontains ne laisse pas douter i\v l'intérêt qu'ils continuent à attacher à ces questions, pendant qiio leur hostilité à l'égard du protestantisme ne se relâche en quoi que ce soit.
La situation des protestants restait précaire et le Conseil de conscience n'avait rien fait pour l'améliorer, au contraire''. De leur côté, les protestants s'accrochaient à tout ce qui paraissait It ur être favorable. La vieille Madame était demeurée luthélii^nne de cœur, mais son intervention auprès du Régent ne tendait qu'à obtenir quelques grâces individuelles. Lord Stair s'était
** [P. Gayot de Pitaval]. Causes célèbres et intéressantes avec les jugen../i/.s qui les ont décidées, 111-12, Amsterdam, 176.'!- 1776.
'* M. Marais, Journal et Mémoires, t. II, p. 3i5; Buval, Journat, t. H, P- /i07.
'' Voir N. W., Liste des protestants qui restent encore sur les galères de France, le i" février 1714, dans Bulletin de la Société de Vhistoire du proi< Inntisme français, 1889, t. XXXVIH, p. lU; V. L. Bourilly, Les proiest<^'tts à Marseille au XV7//« siècle. Notes et documents, dans même revue, HioG, t. LV, p. A9.5-43I, 5i3-533; Cypr. Poroî^si^^r, Un enterrement proiestf^nt à Châteaudouhle en 1717, dans Bulletin d'histoire ecclési^istique et d'archéologie religieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et VivierSy 1899, t. XIX, p. 107.
Situation du protestantisme
toujours montré plus ontropronant; Ihôtel de ramba^sadeur ot sa chapelle so trouvaient érigés en une sorte de W-n d as.le o„ tous les hu<ïu..nols de la ca,.itale et des envnons étaient assu.v^ de recevoir ile sacrement de mariage moyennant v.ngt-c.m, livres" le prêche du ministre fournissait l'occasion de queler ;, trois reprises, ce cp.i ne laissait pas que de paraître nnportun . 'auditoire, composé parfois de plus de c.nq ccnls personnes. !.,• cardinal de Noaiiles, averti qu'il s'y rencontrait des nouveaux convertis parmi les hilhériens cl les calvimstes, se., pia.gm .,, Sent comme d'un abus facile à réprimer : „ Cela e a.t b.n fous l'autre règne, lui fut-il répondu: mais daj.s celu.-e, .1 semhl,. qu on doive plutôt penser à les convertir par la ra.son. Souvone/.vous aussi, Monsieur le Cardinal que c'est encore par la ra.so.. quV n veu tâche,- de vous convainc.e et ce,.^ de vot.e pari, si, ce qui concerne la Cu^slitulion". » Cepend.nl le concours des audUeurs devint si considérable que le Rég^^nt en pa.la a lor.l Stair qui répondit qu'il appartenait à S.A.IU d en.pecher !••> sijëts du Roi de s'y rend,.-, quant à lui ce n était pas su,.
affaire". On n'insista pas.
Le nombre des conmi..uio„s allait croissant. T.e diman.-l,e P ,anv"ri7i8, pendant le service, nn valet de ch<unb,e de l.,„l Vair Jfnt d re àvoix hante q,.'on l'assurait q,.e M. d A.gens.m tZ o dre de faire ar,-.Mer tous les Français à la so,l.e d<. an,ba Le Stair dit qu'il n'y pouvait s'opposer, -.s conse. a ■..
même te.nps aux auditeurs de se fane, «,«'-' fuUe-' ce n li duire chez eux par les soldats suisses présents au culte, ce q-i s'exïeuta sans a icunc arrestation-. Stair explo ta.t ces reun.o.< cont^ e gouvernement auprès duquel il était accrédite ,
;: cevlit'-pour l'avenir un nid ^^ f '«-"-/f '^n mi i - glterre. Outre le chapelain de l'«-bassade. . att.re un mm,^ ' français qui prêche deux fois par mo.s et obt,ent n v.f s Dour l'entendre on déserte le chapelain anglais . A qu i.|H. tmps de là. le ministre de Hollande à Paris marche sur les tra. -
jmnç.. iS64, t XIII, p. 8 ^^.^ ^^^ HahUnln^ ».•
ci:.. ri,;ri,L,'; .%-";»,-r £;,-;■' :::.'S ;n.
(M. dllémel, colonel suisse au cardinal L.- A de NonilU.), Soc. hist. du protest, jranç., iS56, t. IV, p. biô.
•0 Gazette de la Régence, p. iSg; 26 janvier 1717.
»i Gazette de la Béyence, p. 217; 7 .i«n^»^'r 1718.
»^ Gazette de [« Régence, p. 293; 5 déccmbiX3 1718.
LES OPINIONS ET LES SECTES RELIGIEUSES
do son collègue et fait tenir chez lui un prêche français chaque quinze jours; une pointe de scandale se mêle à la vogue dont il jouit, car il est piquant d'entendre cet homme replet et rubicond >|
prêcher le jeûne et exalter l'abstinence dont, pour sa part, il s'abstient soignL^usemr.nt.
L'auditoire déborde jusque dans la rue, les curés de Paris portent plainte, le curé de Versailles fait de même", le cardinal revient à la charge et le Régent avertit la police de procéder à quelques arrestations qui ne seront pas maintenues. Cette mésaventure ne les corrige pas. (( Vous ne sauriez croire, écriton, combien la plupart de ces zélés sont opiniâtres à se former dans l'esprit que Dieu a résolu de rétablir en ce temps-ci leur religion en France et ils s'imaginent que le Régent se bouchera les yeux, mais ils se trompent, car, dans les derniers conseils, il n'y a pas une voix qui n'ait opiné qu'il falloit tenir plus que jiMiiais kl main à l'édit sur le fait de la Religion, si l'on vouloit prévenir une guerre civile, et comme le Régent craint, avec raison, toute sorte de troubles il est de l'avis de son ConseiP'. )> Stair avertit ses coreligionnaires qu'il les recevra toujours dans son hôtel, mais ne tentera rien' en leur faveur si on les arrête; cet avertissement est entendu et, le dimanche suivant, sa chapelle est presque solitaire. Pendant la semaine, quelques fervents s'y glissent, écoutent un prêche, communient et s'esquivenf .
Les velléités de revenir sur la révocation de l'édit de Nantes Aiiiiuic de ne pouvaient aboutir sans provoquer un soulèvement général de Georges l«' l'opinion publique qui n'ignorait pas tout des connivences criminelles du parti protestant avec les ennemis de la nation. Déçus dnns ileur espoir de tolérance et peut-être de bienveillance ouverte de la part du Régent dont le scepticisme était connu de tous. Its protestants du Midi de la France avait compté tirer profit i\o l'alliance anglaise qui stipulerait en leur faveur. Ne voyant rien venir, ils s'étaient remués au point de devenir gênants et menaçants à l'heure où nos troupes faisaient campagne sur lia frontière d'Espagne. Pressenti, harcelé, le roi d'Angleterre répondit de façon à détruire toute illusion. Par son ordre, Craggs écrivil h lord Stair que « estimant que son influence sur une populîdion protestante pourrait être de quelque poids, le roi a jugé qu'il servirait le Régent en leur envoyant quelqu'un pour leur
" Gazftte de ta Régence, p. 298, 3ii ; 20 janvier 1719; J- l^^^at, Journal, t. I, p. 359, 368; i4 mars 1718; P. Narbonne, Joarnnl, p. 54. " Gazette àc la Régence, p. 3x5, 3i8; 3 et i3 février 1719.
Cnzftte de la Régenre, p. 329-33o ; 16 avril 1719.
Gaie.tte de la Régence, p. 33o ; 17 avril 1719.
Vf»
LES OPINIONS ET LES SECTES RELIGIEUSES
Réforme
d'Antoine
Court
faire savoir en son nom combien il croit de leur intérêt aussi bien que de leur devoir de se comporter honnêtement et paisiblement'^ ».
Une sorte d'effervescence soulevait les communautés; aux environs de Montauban et d'Anduze, des huguenots furent surpris chantant des psaumes et mis en prison; à Clairac, les femmes et les enfants se laissèrent lier ou enchaîner en grand nombr. ; à Valence, on se réunit souvent" et ces assemblées entretenaient la ferveur confessionnelle et l'hostilité politique, dans tout le « Désert » se faisait sentir l'innuence d'un prédicant doué d'une âme de missionnaire et d'un tempérament d'organisateur. Antoine Court, né en Yivarais, orphelin de père, avait suivi sa mère, malgré elle, aux prédications du « Désert », sa jeunesse et son innocence l'y avaient fait désigner pour la lecture à haute voit des saintes Écritures, mais sa précoce maturité lui avait révélî le péril que courait le protestantisme en France, menacé de succomber entre l'indifférence des timides et le fanatisme des exaltés. La faiblesse des premiers et le dérèglement des autres renfermaient des germes de destruction plus efficaces que les lois persécutrices. Antoine Court conçut le plan d'une restauration du troupeau qui glissait, par la voie du prophétisme, vers r.marchio. Dans ce but il préconisait le retour aux assemblées fréqu^rtps, le rétablissement de la discipline et la formation Ihéologique de. pasteurs chargés de remplacer les prophètes et les prédicants. Le 21 août 1715, Court présida le premier synode des délègues des églises des Cévennes et du bas-Languedoc qui porta enhv autres décisions, l'interdiction pour les femmes de prêcher et l'adoption de la Bible comme règle de foi. Dès lors les synodes du Désert devinrent fréquents et furent pris en considération. Court fut consacré ministre par Pierre Courteis et alla étudier auatre ans à Cenève (1718-17^^^, d'où il revint en Unguec ne à la fin de 1722. Son mérite et son originalité consistèrent a n'user de l'innuence qu'il exerçait sur ses coreligionnaires (lur pour les persuader de renoncer aux voies belliqueuses et aux violences. En 1719, les excitations adressées par Alberoni aux protestants du Midi se heurtèrent à un refus dont 1 attitude de Georcres P^ et les harangues d'Antoine Court expliquent la fermeté^ Le Régent n'ignora pas le rôle du pasteur vivarois et lui
" Oxen^foord Cartie, Stair Paix^rs, vol. XIX A •: J. Craggs à lord Stair,
Whik'hall, II ( = 22 avril 1719- ^,^ . ^^^ ...
" Ein Sau^sine Les assemblées du Désert Vne assemblée aux environs ae
Uzè, [à \a\'ncej en juin 1717, <t«ns Bulletin de la Société de Vlnstoire du protestaîitisme jrançais, 18G0, t. IX, p. i37.
Rigueurs (les
fit proposer une pension élevée ou bien la permission de vendre ses biens et d'aller s'établir à l'étranger. Court refusa tout, ne voulant que le succès de l'œuvre entreprise et la restauration de sa foi reiligieuse".
Au moment où il repoussait ces propositions, il continuait la lutte contre l'esprit sectaire dont les Parlements se faisaient les PariêmeaU interprèles; vers 1719, il publiait une Relation historique des cmaiités envers quelques protestants en France pour avoir assisté à une assemblée tenue au Désert'\ Mais l'heure n'avait pas sonné de la tolérance officielle; le Parlement de Bordeaux condamnait à l'amende honorable et aux galères perpétuelles deux pauvres diables réputés pasteurs et tout au plus glossolales, l'un, Jean Millet, cabaretier, était parvenu à épeler Hes caractères de l'alphabet, l'autre, Jean Martin, laboureur, était complètement illettré. Une femme Faure, veuve et mère de sept enfants, reconnue couï)able d'avoir abrité sous son toit une trentaine de personnes pour le chant des psaumes, fut condamnée à la réclusion perpétuelleun ouvrier en soie, Jean Bergue, fut exposé au pilori, fouetté, lianni du royaume pour avoir gardé chez lui un apprenti lisant In Bible^'. Les malheureux surpris à Anduze furent condamnés, les hommes, aux galères: les femmes, à la détention perpétuelle : Madame obtint du Régent la grâce d'une soixantaine de coupables mais sous la condition qu'ils sortiraient du royaume. On exilait les aduiltes, on violentait les enfants, les jeunes filles nirachées à leurs parents, étaient enfermées dans des couvents où on leur imposait une éducation et des croyances réprouvées par eeux qui leur avaient donné la vie"; quant aux relaps on se montrait sans pitié envers eux".
*• E. Hugiios, Fragment d'une biographie d'Antoine Court. La vie d'un prédicant (1715.1729), dans Bull de la Soc. d'hist. du protest, franc., 1870- 1871, t. XIX-XX, p. 2^1; lettre d'Antoine Court à Pierre Durand, août 171G à 23 cet. 1721, dans même revue, i884, t. XXXIII, p. 3to : Ch. Coqueivl, Histoire des Églises du Désert, in-8, Paris, 1 84 1 ; H. BordLer, A. Court, lans Ui France protestante, 7« tVlil., t. IV; K. Hujruo.s Antoine Court, Histoire de la restauration du protestantisme en France au XVIII'' siècle, in-8, Paris, 1S72: Mémoire d'A. Court, in-12, Toulouse, i885.
^" In-i2, s. 1. n. d.
'• Archiv. nat., T t. 819 : emprisonnement de Dore et Siuville ayant prê- !»• V'urs jrninpfi^s pour le prèehe, septembw 17 19 •
" Archiv. nat., T t. 261 : jeunes fillos enfermées dans dos couvents de Normandie, 1716 à 1720; T t. 270 : enfants .>nf<?i'més dans les couvents de Normandie de 1716 à 1720; A. Jobez, De Venlèvement des enfants protestant^, fiprth la Bévocatinn de Védif de Nantes, dans Bj/f^. de îa Soc. d'hlst. du proiest. franc., i858, t. VI, p. 274-278.
V. Poix. Poursuites contre les protcstan'Js relaps, [Dax 1718], dans
al J
' V ïi
Les
eordoT' mon»
Pendant nue le ministre Court épargnait à sa confession la suprême disgrâce, on voyait naître en France une secte rattachée par quelques liens au protestantisme. « En Angleterre, qui est un maudit pavs, écrit Mathieu Marais, il s'est fait une assen.blée qu'ils appellent la Socim- du jeu d'Enjer, où certams hommes abjurent toute religion, professent l'athéisme, et prononcent toutes sortes de blasphèmes. Ils se donnent le nom de Lucifer, d. Memmon, etc. Ils y ont attiré des femmes et des filles de condition qui prennent le nom des déesses païennes. On eteu.l les lumières à la fin de leurs assemblées, et ils se mettent tou< ensemble à la manière des anciens gnostiques et des anabaplislrs modernes. 11 n'y a rien d'abominable qui ne passe par la tête d. ce' An-lois". » Moins de d.nix années plus tard, on rencontre cette seete implantée en France. « On a découvert, écrit Barbier, en 17.3, une plaisante secte à Montpellier, appelée les Condor^ manL ou les MunipUanls" » ol Caumartin les appelle des Tren^ l.'eurs^'. Deux ccnis personnes s'assemblaient chez la dcnioiselle Verchand où quelques prédicants leur débitaient des discours. L'Intendant fut informé de ces réunions et envoya pour les arr.;ter On trouva quatre endoctrineurs habillés comme on deeni les 'lévites de l'Ancien Testament avec des étoles de soie marq.KM.s de caractères hébreux el d'autres qu'on ne cnnail point, sur . tête un bonnet à peu près de la forme d'un turban garni de pi mes. Ces gens s'assemblaient le soir et récitaient une espèce d'office, devant eux une table garnie de nappes blanches port. ,t des pains, du vin, de l'eau-de-vie r-rotégés par une douzaine d; tu ints tenant des étendards. Dans la salle, il se trouvait tr,,. ou quatre lits de re,K>s. Pendant l'office, on souffi^ut les lumieivs par intervalles et le rite secret s'accomplissait. On arrêta une Luzaine de coupables, ils furent conduits en prison avec leurs aiustements Un témoin a heureusement suivi le cortège et lai».. desTr p on de cette mascarade et du lieu des réunions sur :.quel on lisait : llotel de la Fille de Sion. C'est un ramassis meubles disparates et d'inscriptions en lettres, rouges ou soi I Tê éos .' '« tendresse et la religion ». A côté de la porte d entr. Znl matelas sur le plancher, des bancs d'église, une chaire ,.
Be.ue de Gascogne, .9.0, t. LI, p. 3.. En ma:. : 7^9- Bu^l. ^X""]'; ji,„'; n 36q si-nnlo Tenvoi de trois régimonU dam c bas Poitou pour m 1 L htu'nots qui faisaient des assembV^ en plusieurs endroits. '^ùm^isJourml et Mémoires, t. 11, p. US; mai ,7-- " Barbier, Journal, t. I, p. ^M; avril i7^3- „
» M. de Caurnartin à Mme de BalUroy, 20 mars 17^3. dans op. et.,
LES Ol'lMONS ET LES SECTES RELIGIEUSES
prêcher avec son degré, un grand laurier dans un vase, des bouteilles deau-de-vie, des dragées, des amandes pralinées, des luilons parés de rubans et de lauriers, les tables de loi mosaïque, doux tambourins avec leurs baguettes, des trompettes d'enfant, une fontaine pour baptiser, une lampe à l'huile. Sur une table il est dit que le temps est venu où tous les hommes vont être étraux; les pauvres vont être riches comme les riches, et les riches pauvres comme les pauvres; Dieu veut que les hommes apprennent les femmes à prier. Ils leur apprenaient bien autre chose. La (iemoiselle Verchand se trouva grosse, sa fille âgée de douze ans devait être mariée la nuit même de l'arrestation, quant à SI servante, « jolie comme un cœur », elle allait sous peu rivaliser avec la Samaritaine. On saisit le registre des mariages, cedui (les initiés, eelui des baptêmes. M. de Bernage commença le piocès, il y avait quatre cents personnes compromises et une centaine environ se hâta de prendre la fuite".
Une autre importation anglaise fut la franc-maçonnerie, à une date encore incertaine et qui sera longtemps difficile à préciser. La politique vacillante du Régent avait tour à tour, attiré et éloigné la nuée d'intrigants qui composaient le parti jacobite. Dans leurs rangs se trouvaient déjà les hommes qui, en 1720, organisèrent la première loge écossaise en France dont le bul avoué, et peut-être véritable, tendait à roiuhiire les hommes vers l'état de fx^rfection fondé sur l'égalité absolue existant entre eux.* L'idée, parce qu'elle était philosophique, ne demandait, pour prospérer, que d'être transplantée hors d'Angleterre : mais elle (levait conserver en France bien des traits originels. Les signes et les emblèmes servant à rallier les associés s'inspirèrent du langage biblique, dénaturé en jargon; familiers à l'entourage de Cromwell, ils offraient aux contemporains du Régent un je ne sais quoi de bizarre que le temps a rendu grotesque. Quant à l'idée égalitaire, elle trouvait dans le tempérament français un terrain de culture favorable. L'intelligence agile, l'ironie péné trante, la logique rigoureuse qui forment les dons essentiels de ce tempérament ne pouvaient s'arranger longtemps des eri^urs, des petitesses et des tares d'une classe privilégiée; la noblesse et le clergé, si favorables à la franc-maçonnerie, devaient être sacrifiés à l'égalité qu'elle prêchait et qui ne s'arrêtait pas devant la
" Relation d'ane nouvelle religion que des farmtiques vouloieni insinuer à Montpellier, lettre datée de Montpellier, le 7 mars 1728, dans Bois Jourdain, Mânoires historiques, satiiiqùes et uneaiotiques, in-S, Paris, 1807, t. U
Les free masons
LES OPINlOxNS ET LES SECTES RELIGIEUSES
Le parti et
la secte jansénistes
Divinité elle-même. Tout <xc\ nétait pas de nature à déplaire au Régent, mais on n'a aucune preuve de son affiliation a la nebuleu^ doctrine que les initiés Jacobites colportaient mystérieusement en France. Eux-niômes devaient avoir peu de goût pou, le prince athée et vcrsatik dont leur maître, le Prétendant, avait eu rilus à se plaindre q.iïi se louer. Lors de la P"Be d armes en 7cL, en 17. r>. le parti que dirigeait Charfes Uadclyffe. lord l)crwentwatel^ avait succombé à Preston Condamne a mo.t, fuc^itif lord Der>ventwater put gagner la France, devint secreïre de Charles-Edouard, se lia intimement avec Andrew-Mich II Ramsay, fils spirituel et biographe de Féndon Dans ce. entretiens fui élaboré le plan de cette association destinée a une expansion considérable et à une influence qui contribua a a avènement de l'esprit républicain. *
^ môme esprit républicain se fait pressentir dans le part. ianSn^te et met en garde le Régent contre une alliance trop iroite avec-ce parti. Uans un jour d'effusion, le prince avoue a Wd Stair « qu'il n'y i»ouvoit point avoir daul.e party que de ^'lue contre la cln'slilution; qu'à se déolarer pour ce pa. ^ U aupoit tous les parlements du royaume pour luy; mais qu il y avoU deux inconvénients de se déclarer pour les jansénistes : premier que le party étoit le plus foiblc; et le second que ce SaVoine senUment républicain. >. A cela. Sta.r réplique que le feul hôix du prince fora en un moment du part, le p us oibie, e oTus fort et qu'à tout prendie mieux vaut le plus fa.ble que In du tout Quant aux se'ntiments républicains, ils se bornaient à une préférence et n'allaient pas j.isqu'à souhaiter une subversion encore moins à y travaille.-. C'est cependant dans les Parki^ents abris discrets du jansénisme pendant le règne q. ■ va ïrvr r que s'entretiendra la petite flamme dest,nee, a la fin du sièc,,;^ à déchaîner le vaste incendie de la porsécut.on
"Stohe des tendances- politiques du parti J--»;!»* l'^^^f^^' la Ré-ence ne semble pas relever d'aucun plan arrête pas p us eue dCune ambition concertée. Impuissant à deven,r un ver,- U,ble parti, le jansénisme se vouait à n'être qu'une -^t^. - -;»; qu'à éterniser des querelles ou à envenimer des confl ts. Les mourants et les morts deviennent la proie .que se d'^P" ?"! J^^ constitutionnaires et les appelants. Un jour Révoque dOrieans se transporte chez un de ses chanoines malade a 1 extrémité et 1 m-
» Public Record 0//ice. France, vol. 353 : lord SJair à J. Craggs, Pari», a avril 1719*
lcri)olle de déclarer s'il! ne veut pas rentrer dans le sein de I Église?" Un autre jour l'archidiacre Perochel refuse de faire 1 (iilerrenient du curé de Saint-PauP", ou bien le curé de Saint- Maclou à Pontoise fait enlever le corps du curé Gossart afin de k soustraire aux chanoines de Saint-Meulon, (( scandale effroyable que Dieu jugera un jour » écrit un témoin'^S et pendant ce lonips l'archevêque de Rouen vient à mourir, les moines de Saint- Oiicn demandent qu'on porte le corps chez eux selon la coutume, le Chapitre s'y refuse, le Parlement de Normandie le lui ordonne; jtlors lie Chapitre « ayant appris cet arrest se réunit et avant qu'il iui fut signifié, on ferma les portes, on leva le corps qui étoit dans une chambre de parade et l'ayant fait traîner jusques prot lie le tombeau de M. d'Amboise, on fit un trou proche de ladite tombe, on le poussa dans la cave et on le reboucha''^ » Le souverain-pontife n'échappe pas à ces gentillesses macabres. Mathieu Marais s'empresse d'écrire dans son Jounmt : le Pape est mort sans confession^''; et un ami de la marquise de Balleroy : « Il est mort avec un transport au cerveau. Si pendant ce temps-là on lui avoit donné un point de croyance à décider, auroit-il été infaillible.^^* » Coite mort imaginaire provoque une plaisanterie. « Il arriva avanthier à ma porte, écrit un parisien, un billet bien imprimé pour inviter à une cérémonie à Notre-Dame d'un service pour la mort du Saint-Père qui se devoit faire hier. Comme je n'ai jamais ouï parler de prières mortuaires pour celui qui a le passe-partout du païadis, je crus et crus juste que c'étoit un godan du i'^'^ avril. J'ai deviné la boutique d'où cela venoit. Cela fait pourtant plus de chemin qu'on ne pensoit. Il n'y avoit eu environ que cinquante billets de distribués parmi les amis et connaissances de la maison d'où ils partoient. Il en est arrivé un par hasard en Sorbonne; hier, au prima mensiSy on déclara si l'on suivroit l'exemple de Notre- Dame ou si l'on n'en feroit pas un dans la Faculté; docteurs de
BuVal, Jourrudy t. II, p. 2o3, février 1721; X à Mme de Balleroy y i®"" fé- ^rior 1721, dans op. cit., t. II, p. 263.
'*" M. Marais, Journal et Mémoires, t. II, p. G3, février 1721.
"** L. de Backer, Journal de Jean de Saint-Denis, prêtre de Pontoise, (1717- • 734), dans Mémoires de la Société historique et archéologique de Varrondissement de Pontoise et du Vexin, i883, t. IV, p. 55 ; 3 août 1718.
" S. de Merval, Extraits du Journal d'un bourgeois de Rouen, dans Bullet'^n de la Société de l'histoire de iSormandie, i88o-i883, t. III, p. 3o5 ; 22 • 'lil 1719.
** M. Marais, op. cit., t. II, p. 112; 28 mars 1721.
M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 3o mars 1721, dans op. cit., 1- II, p. 3o3; du mèrne voir op. cit., t. II, p. 261; on y jugera du ton de i^^^rtains magistrats gallicans.
jll.
3gg HISTOIRE 1)K L\ RÉGENCE
raisonner, chacun suivaul .a mode; les constitutionnaires outrés :utenaient un si saint Père au-dossus des P"f-- Da-. ^^ contraire, quelques-uns croyaient qu .1 ne taloit pas pnei poui un hlràique, d'autres qu'il avoit grand besom qu on pr.at Du-u î^urTui S que les prières étoient toujoru-s bonnes; pas un de ces grands personnages n'a inraginé que ce tût un poisson d ayr. . ^ tes rUes de l'Iglise, ses sacren.ents. dev.ennent le pre exle d.> coups les pfus inattendus et les plus perfides. U P. de L.n.eres confesseur du Roi et jésuite se trouvant à l'archeveche, le cardinal
''^"f Eh'ïi';! Père do lanières, vous voilà donc chargé d'un
^'!::Vi;trvrai, Monseigneur, n^ais je tâcherai de m'en acquitter le mieux qu'il nie sera possible avec l'aide de Dieu
™?n faut respérer! cependant... je vous en décharge! » Kl
' uÎSi'det;-!roisse Sainte-Marguerite, au faubourg Sain.- A . n^l" nortait le viatique à un malade lorsqu'une servanic
tus étaient hérétiques^ . , . ^^,„.
Co„.^. On ne ---^--^'Séfrr e?unTteni,r.vc vite réprinuV. tionner parmi les ^"'=!«f ,^^\''7,, maréchal de Bervvick non. Une lettre du secrétaire d État au rn^i^cn ,,,„,
Tz^'^:.^^. PO-. ^:;jzs^z ^:
1, Régiment de So>ssonna.s« y a -^ ^ ^^^ ,„
z^ iXo:r::X'^r.. ........ . tous .s ...
ments pour en empocher la continuât .on . -.
« M. C«am«r..-„ .. BO...V à M.e .e «;|'-o.v, avril n..,aans op.^U-.
, avril n^=, dans op^ et '^^;J^,^^J^' T' },M,.(.o.,nj S,«,.<-.ln((>oin.,
Paris, iQiA. ^« p •! ,-22.
" J. Ruvat, Journal, t. H, p. o3.. f»"" ''„"', ^ b,„„, „„ .M„r<<cl.'.l '''
.™rs,r r'^-'.f .;•.,■ -S: *"»i™ - -.. - '■
PcM-is, i88i, t. I, p. 'à(>.
LES OPINIONS ET LES SECTES RELIGIEUSES
de régiment
Quand aux Juifs on connaît peu de chose sur leur compte. Un un et du Conseil du 21 février 1722 ordonna le recensement des Israélites dans les généralités d'Auch et de Bordeaux et le séquestre de leurs propriétés territoriales. On ne sait pas avec précision à quel calcul répondait cette avanie; mais déjà des protecl< urs appartenant à ce peuple mal famé obligeaient à faire comp- Wr avec eux. Samuel Bernard était, avec quelques coréligionnai- Ms, en mesure d'avancer dix millions i)ar mois au Koi sur le bail (les fermes''", et il est iwrmis de croire que l'influence de ces gros mani(»urs d'argent ne fut pas étrangère à la révocation de l'arrêt; lo Kégent lit plus encore, il consentit à lever l'espèce* d'équivoque (jui entourait encore l'existence des Israélites et les gratifia, pour l.i première fois, du nom de Juifs dans les lettres patentes qu'il leur accorda. Les Juifs de Metz servaient de proie au roué Brancas'' et de quelque étiquette qu'on les affublât, Juifs portugais (Ml allemands, payaient chèrement l'hospitalité. Leur abjection hioialc allait de pair avec leur saleté physique et l'avilissement (!<' la race paraissait garantir à la fois sa dégradation et sa sécurité. On les parquait comme des troupeaux, on les exploitait tomme des bestiaux, on les taxait comme des négociants, mais la persécution les épargnait. Le clergé montrait cette race mau- \]\\v comme un monument de la vérité des prophéties, et menait jriaiid bruit autour de quelques eonversions arrachées à l'avarice an moins autant' (\uh la persuasion; le Régent lui-même consenlil à prendre part une fois à la cérémonie d'une abjuration". Ciîlle tolérance, d'où n'était pas étranger le calcul, s'exerçait dans W temps où les protestants étaient proscrits, les jansénistes exiles et où le gouvernement veillait à ce que les Français ne pussoiil manger gias les jours maigres".
Celte protection officielle n'exclut pas l'indulgence pour les plus ridicules aberrations de l'esprit. Le duc d'Orléans avait pris plaisir à des évocations et des diableries dans les carrières de Vanves r! (!(» Vansfirard; le duc de Richelieu s'adonnait à Vienne, à des divertisscments de même genre, le duc de Noailles et le marquis de Mi repoix attjichaient à ces folies une importance qu'ils se fussent
Rnval, Journal, t. II, p. 333, janvier 1722. '■* les Correspondants de Mme de Balleroy, t. II, p. 36o ; Dangoan, Journal, ' XVI, p. o.a2, 298; Saint-Simon, Mémoires (iç)o5), t. VIII, p. 288.
' P.-E. I/mont<^y, Histoire de la Bégence, i832, t. II, p. 297; voir au6«â dnn% les Correspondants de la marquise de Balleroy, t. II, p. 2i4-2i5.
"'" M. Sers, Les suites d'un repas champêtre en tnaigre et gras un jour maif/*' (à Viam^). Lettre de grâce du. minidre d^Etat, dans Bull, de la Soc.^de ^'Inst. du protest, franc., i858, t. VII, p. 38.
roMB ni 24
Juifs
frf"
Superstitions
reproché d'accorder aux enseign<-nients de la religion révclé.. I ,• comte de Boulainvillicrs se livrait ù Tastrologic, lirait horoscju., écrivait VAponée du Soleil et ne perdail pas assez coniplètenu-enl I;. tête dans les scienees occultas et la philosophie hermétique pou, r'être plus capable d'écrire quelques ouvrages raisonnables c,,„ <: lui aisurent une u.eilleure réputation ». et pour ne pas oub i, , . sentant la mort prochaine, d'envoyé, Noadles son ami. lu. e „ , cher "e P de la Borde pour entendre sa confession". Quant ,,„ petit peuple ses prétentions sur l'avenir étaient plus mo. .si, - V^Iire nous apprend qu'on ne consulta jamais plus qu alor. !.• marc de café.
, 1 ♦ TT 7» 1-71 ianvior 1722; M. Marais, op. cit., t. 11.
.. Buva^ ^~^. ^;.^ ^t;^n;i>ri7-. Snint-Shnon, Mémoires, .s.S.
: T^/u^,Z^. connoissan.. d. l'avonir p.^ l'art des pel.U points. .