‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 126 sur 193 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Les arts, les sciences, les lettres

Train de nvi-iison. — La mod<\ — Watlcau. — Décoration et ameiibkmcnt. Paris. — Jeu. — Laquais. — Th('alre de société. — Banque et négoce. — <ri,nces naturelles. — L'inoculation. — Les sciences et les lettres. — Fonle- II. !!<•. — Voltaire. — Œdipe. — La Henri/ide. — Montesquieu. — Les lettres j,rnnnes. — L'abbé <le Saint- Pierre. — L;i pro>iL' française. — Majwn Lescaut. — \<ad('mies. — Iviudition. — LitU'M-îiture étrangère. — Entraves à la presse. (Iritique. — Théâtre. — Chanson. — Musique. — Théâtre de la foire. —

•mique religieuse. — Le poème De la Grâce. — I>e Philotamir.

L'étude de la société française pendant la Régence sera toujours incomplète. La Cour et Paris tiennent une place presque exclusivo de tout ce qui coriccrne la Province et le Peuple dans la pluj.iiil des éerits qui nous on été conservés. Une source d'informalions nous fait presque entièrement défaut : les <( livres de raison ». Quelques-uns, en très petit nombre, consignent des événements connus d'autre part et n'ajoutent aucun trait à ce que ilous en savions'. I^s correspondances privées^ nous surprennent sou- Nent par la verdcnir de langage et la licence des historiettes qu'on Ose narrer à une femme qui mériterait plus de res|>ect'*. Les chron'Kjues particulières de Buvat, de Barbier, de Marais sont rédigées inn un souci louable d'impersonnalité, souci qui nous prive de r.onihreux détails utiles à connaître. I^ registre de dépenses d'un pirsident à mortier au Parlement de Normandie pendant les

' M. de Flamare, Le livre de raison de Françms Née de Darville, 1710-1723 'i;iin Hulletin de la Société nivernaise des lettres sciences et arts, 1898, t. XV, I'. 'r.3.373: L. de Backer, Journal de Jean de Saint-Denis, prêtre de Pontoice, 1717-173/1, dans Mémoires de to Société historique et archéologique de Varr. 'ii' Prmtoire et du Vexln, i883, t. IV, p. 5i-62.

h' n'ai pu me procurer L. Spach, Lettres écrites à la Cour par M. d'An- 'rr/illers, intendant d'Alsace de 1716 à 172/1, dans Bulletin de la Société !>'>'u' lu conservation des monuments d'Alsace, 1879, t. XIV, pftirt 2, p. 1-162.

'* Principal nient quelques corresponaants de la marquise de Balloroy.

Train de maison

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La mode

i r^^^;nc laponiauc. il 'à\de à voir vi\ie anné-.s ,7^0 et su.vanfos ost n^;'"^/^f3'^,; t^ain de maison .1 un ménage de magistrats P^lf^^^^^^'^^J^, honoré'. Ou,,.les habitudes comi-alibles avec un étal soc a

son hôtel situé à Uouon ^^- ^:/^;;^,^'^l ^Zn^:' fLo'ntlluf Tu^^riu cKrremn.. . Boscthé.,.,.e.

•si-gerit au nomh. de d^^ ^let^rch^mh^E ^^ cochers, doux laquais, un Fjm.t va'e^ ^^^^^^^^ ^^ ^^

de pied ou d«I>P«''^"":'''V"L?'l" remise six voitures : chais. bre. L'écurie compte huit ^hev-^^^'J^^ .f ^, t carrosse, berline, de poste, carrosse de <=«fl"^"*' .f^,"" i;„JJ de velours cramoisi, canisse pour Madame dore et peint e^ "^"^^^^.^^.^^ „• - ,...,„„

" '^ TnTet;?éS:rit;n: f:^:X^l^-^ ^-

^^"rr^rsoiSm: ti vane entre B.^oo et 8.600 livres touri.o.. ta garde-robe ^^:f::^r^:tL''^^, ^.^ ^-■

234 hv. 9 sols. A 'a uiei.R , n'oserois vous inaii-

Paris à ^\-^^^:^X de v"ous a a mir en vous laisant clans J^rtrideHr est^b^^^^^^^^^^ .n argent et va environ . neuf cents

"r mide se transforme avec tant de r^^f^^ZZ^l^^' 1. maréchal de Villeroy, avec - P-^^^^^^Jn^JC totsile. Ton. ments à la coupe du dernier 'J^l'^^'^J^^''^^^, ,, „ eoiffiu. > change; on ---once par a e^^^ e - -0^^^^ ^^ ^^^^ ^,^,..

la culbute » confiée non plus aux «"Jg^ , ,„ „„r-

mais à l'art des coifjeun. Bligny, ,* ^*^*=^\'" ^o' et après lui, quise de Prie, ouvre la dynastie qu '""^';*;;,,^";","; •pTrle.iKnt

Lnard. Les coiffeurs des dan^^^'nrrrnce en e è métier ik e. le prient de faire « une grande différence ent^.e le .

ba bie'r-perruquier (qui) appartient -'',.- ^^"nX'.oL"'de coiffeur des dames qui relève des arts libéraux. Noub nt

, G. A. Prévost. ,. .<e pH.ée ,V,.n r.a,U.mi^ rTxxTT A-t'i^'"'

^ Le chev. de BaKcroy à ,s« mer., .i 'l"'' '^^'^Vt" ,,qu,., cl,iff.« i""" de la marquise de Balleroy, t. H, P- f . ^^"^77 Rosa/ba Carrie™ P- '"""

ressanls pour ,Ia vio courante "1»"* !'',./<^"";";„2r in-.., Paris, .865. son séjour à Paris en ir^o et .72>, «dit. \. feLns.cr, in

LES AllTS, LES SCIENCES, LES LETTHES

iii poètes ni peintres, ni slatuaires; mais, par ks talents qui nous sont propres, nous donnons des grâces à la beauté <iue chante le poète; c'est souvent d'après nous que le peintre et le statuaire la M pr('4enlant, et si la chevelure de Bérénice a été mise au rang ,lrs astres, qui nous dira si, pour parvenir à ce haut degré de i-loire, elle n'a pas eu besoin de notre secours? Les détails que noire art embrasse se multiplient à l'infini, ...l'art des coiffeurs. (I.s dames est donc un art qui tient au génie. » Ce mémoire est (i;,lé de l'année 1718, l'année où, avec la coiffure basse, importée ,! Angleterre, se répand la mode des cerceaux et paniers venus du niéme pays. On voit, couj) sur coup, paniers à guéridons, à (oupole, à entonnoir arrondis au sommet, paniers à bourrelets évasés à la base, paniers à gondoles et à coudes, paniers à la JansL'iiius et à la Molina. Arl(»quin se divertit sur les tréteaux de la foire, se fait marchand de paniers et crie à tue-tête : a J'ai des l.iinnes, des cerceaux, des volants, des matelas piqués; j'en ai de solides pour les prudes, de pliants pour les galantes, et de mixtes pour les personnes du tiers-état. » L'abandon du (( grand habit ,)aré », sous le poids du(piel on fléchissait, fut pour plusieurs un scandale qui rappelle ceUii des vieux Romains quand ils virent la loge accablante remplacée par le manteau-pèlerine. Le décoll, lé perdit toute mesure et les manches amples et relevées décou- Mirent tout le bras. La mère du Régent n'avait pas caché sa surprise en vovant ses petites-filles sans corps de baleine; dans les (Innières années de sa vie elle crie son dégoût pour ces u négli- -.'s >, qu(^ les honnêtes femmes n'ont pas le courage de condamiKM et dont Lindécence ne les effraie plus. Quelques prédicateurs fîénoncent celte mode sous laquelle on dissimule les suites d'une f.il.'esse coupable; on les laisse gronder. Le a négligé » fut une (spèce de désordre savant, embelli par l'art, une révélation disnhW i.iguisée par la nonchalance, une recherche piquante faite (ITIégance et de simplicité. Vêtue de satin et enveloppée de moussilines, la Française de 1718, chaussée de mules, luttait de bonne ^nace, pïm])ante et capiteuse, avec les jeunes gens qui I entou-

inient. ^ ^

« Ils ont le dos rond, nous dit un contemporain, la tête enfoncée entre les épaules, les bras fortement croisés sur la poitrine, et il^ jettent autour d'eux des regards moqueurs. » Nœuds et aiguil- Ml'es, franges et dentelles perdent leur ancienne faveur comme i:. perruque perd ses dimensions prodigieuses; la broderie et les j.i.Mreries envahissent tout, ainsi que la poudre et ks odeurs^ La htnirgeoisie adopte un vêtement moins ample qu'autrefois, la Cour <' jette dans des profusions inouïes; on voit le petit Roi, âge de

Walteau

onze ans, donner audience à l*ambassadeur turc sous un habit ihvelours feu brodé de pierixîries pour une valeur de vingt-cinq millions et pesant tout près de quarante livi-es.

Cette société revit tout entière dans les tableaux et croquis du peintre des fêtes galantes. « Watteau, nous dit un conl<unporai;i. est attaché aux habiUements vrais, en sorte que ses tabh'aux peuvent être considérés comme l'histoire de^ modes de son temps', ainsi l'auteur de Y Embarquement pour Cythère aura fait œinir de peintre d'histoire*. Ces groupes légers dont le pied efileiiic h sol à peine, ils partent, ils s'éloignent et se perdent dans Ks lointains noyés d'une subtile lumière; amants d'occasion qu'un désir rapproche, qu'une fantaisie séparera," ils cheminent, insoucieux et entrelacés, vers la galère de rêve, dont la proue d'or aux guirlandes de fleurs les emportera à l'aventure, n'impoil.' où mais très loin, parmi la joie sans fin, sans fatigue et saus remords. C'est le voyage vers lequel s'élance la société de la Régence, fuyant ce qu'elle possède, avide de ce qu'elle ignore, ivre de jeunesse, de plaisir, d'insouciance et d'amour, de mouN.> ment et de bruit, ravie de ce voyage parce qu'il ressemble à une

escapade. , * j j •

Ni les modes ni les peintres, ni le (( grand goût » du dernier rècrne ne pouvaient survivre, pas plus cpie l'étiquette de Louis \IV eî'les mythologies de Charles Le Brun\ A l'existence théâtrale et à la peinture académique, succède, sans transition, un capnce que les hommes ont essayé de vivre et que Walteau a tente de peindre. Ce réaliste a donné au caprice sa formule, il en a senti le frisson, l'a transcrit, vibrant et rapide, comme l'instant fugitif de la transition. Dans l'histoire de France YEmharciuemcni pour Cythère marque une date — 28 août 1717 — plus mslructive et 'plus solennelle que beaucoup d'autres dates qui se lisent au bas d'un diplôme, d'un édit ou d'un traité de paix.

Ces ombres vêtues de satin et enveloppées de mousseline, Wntteau les a contemplées, il en a empli sa vision. Elles sont la UHIjs qu'il les observait dans ses flâneries quotidiennes au jardin 'lu Luzembourg, vives et gracieuses, trottinantes et légères, ruM.-s ou fAchées. Cette grâce épanouie, ce chatoiement de soierie> . de couleurs, cette opulence d'ombrages et de verdures, Walle^.'»

' Dubois d€ Saint-Golais, Deccriptlon des tableaux du Palais-Iloyal nvr' la

vie des peintres^ in-12, Paris, 1727, p. 75- 11/,,//, -i

• Sur rinspiration po^sibk de c .sujet, voir R. do la Sizcranne, VVai/.- '•

dams Revue des deux-mondes, i5 août 1921. , , „ , ,^ ,nort ''<?

' P. Marcel, La peinture française de la mort de Le Brun a la mon Watteau, 1G90-1721 ; in-8, Paris, 1905, p. 288.

LES ARTS, LES SCIENCES, LES LETTRES

les emportait dans son atelier de sorte que lui a si sombre, si timide, si caustique partout ailleurs n'était plus devant son che- \jilct (jue le Watteau de ses tableaux, agréable, tendre et peut-

,.tre un peu berger". »

Dans d'autres œuvres, moins impondérables, moins aériennes nue la toile fameuse, il montrera des Assemblées dans, un parc, mélange de idéalité et de chimère où se promènent, s'égayent et . Mssoient les contemporains. Sans cesser d'être l'historien de v-e niii l'environne, il reste le poète de ce qu'il crée : féerie mervei'l- 1, use faite de grâce et de lumière. Cette lumière baigne de séducli.)n toutes les langueurs (jnelle caresse, tous les abandons, toutes |<.s coquetteries dont elle Hivre les secrets manèges à l'expérience tl,i (, berger ». Mais le «< bi^rger » s'est trouvé être un révolutionnnire à s'il façon. Aux « mythologies » de Le Brun répondaient 1rs (( batailles » de Vander Meulen, or Watteau s'avisa un jour de (N'ssiner des fantassins; ce n'étaient que de petits soldats, mais tiiillés sur le modèle de ceux que dessineront un jour Charlet et I). Neuville. Adolescent, il croquait dans les rues de Valencien- . nés « les différentes scènes comiques que donnent ordinairement au public les marchands d'orviétan », c'est ainsi que le Rémouleur et le Savoyard l'ont mené au Gilles et ^ VEnselgne de Gersninl; c'est toujours la vie et la société qu<^ Watteau observe et .juil représente jusqu'au jour où ce fils d'ouvrier, ce catholique >oumis et pratiquant, scrupuleux même, ce peintre de la Régence, meurt à trente-six ans', laissant à la postérité l'image d'un monde ([u'après lui il faut renoncer à peindre.

Watteau est élève de Gillot et l'art de Claude Gillot contient le oécoraiiou ^'<'rme de l'art joyeusement fantaisiste de Watteau. Ornemaniste, biement peintre, dessinateur, graveur, Gillot transforme la décoration en l'allégeant. Sous Louis XIV, le moindre trophée prend des allures de panoplie où les casques, les grenades, Iles cuirasses, i s écus et les palmes solidement assemblés par des chaînes s'enl. sscnt en formidable appareil et font escoiie au soleil. Sous la l'H'gence, parmi les feuillages, les guirlandes et les herbes folles -iiuibadent des amours, tandis que des bergers jouent du chalumeau dans le grand air des champs où frissonnent des ormeaux ; 1 claquent des banderolles. Le Brun avait inculqué la symétrie

* Expressions du conito de C^ayliis.

• 19 juillet 1721; Gersaint et Caylus parlent de « la pureté de se<ï mn-urs .>, i nt avant «a mort rechercher et <lélruire ses ouvrages qu'il ne trouvait pas

^•••z décents. Voir encore Dubois <le Saint-Oelais, Histoire journalière de /Vns, 1716-1719, in-8, Paxis, i855.

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Paris

37g IIISTOIHF nr. LA RÉGENCE

comme on impose un dogrn*'". Dans l'ameublement et la décoration tout est redoublé. Boberl de Cotte et Oppenordt nosei>i «affranchir de cette règle, mais dans quelques dcssms de tabl. exécutés pour le Palais-Royal, et par conséquent pour le Régent", on observe déjà plus de gracilité, plus de complication que so.k Louis XIV- lorncmont s'amemiisc, les visages tendent à penli leur impersonnaiilé symbolique. A la symétrie succède 1 equ.lil.i . qui permet la variété; le vestiaire de Le Brun avec ses cmrassrs, SCS brassards et ses jambières est remplacé par le magasm d m ccssoires de Just Maissonnier qui arrondit, qui frise, qui enveloppe, qui chantourne, et partout substitue le trait sinueux ,, la li-ne droite, qui fait bomber, craciuer, éclater tout ce qm n e~l pas assez arrondi, assoupli, adouci. Ce ne seront désormais (,>... coquilles et arabesques, nuages et parasols, treillis et espal.e,^, Boulle avait gouverné en despote Tart de lameublement, s..s héritiers devront compter avec Cessent», se soumettre au goul nouveau et suivre la mode puisqu'ils ne la font plus : a 1 ebemsuccède le bois coloré, les marqueteries de bovs de rose et do bois d'amarante font place aux incrustations de métal e d eca.ll,et principalement aux panneaux en ancien vernis de la Chine. Poixelaines et laques d.' Chin.- envahissent commodes, consoi.et étagères, leur étrangeté s'excuse par leur exotisme «t achemine . lentement vers la rocaille, le biscornu et le rococo. Les ^ cuivres ciselés ne sont pas remplacés, mais assouplis et comnu

L'anglomanie avait exercé sur la politique et sur la mode une influence indéniable; une autre mode anglaise s introduisit n France, celle des paris. Buvat, Barbier, Marais - -anqu-t i > de s'intéresser à cette nouveauté lorsque le 6 août '7^^- 1^ ma „uis de Saillans paria contre le marquis d Entragues qu il ii.nt Zx fois de Pari's à Chantilly et de Chantilly à P-s entre s . heures et midi. Le pari était de vingt mille hvres les aut,.^ p r montaient à qu'aire-vingt mille Livres, ee qui, dans le ,.pie, devient « un million ». Sous la porte Saint-Denis était d.es».

.. P. Manu, Le. meuhMs an XXJW ,,i..(e jtan. Be.ne '^^l^^^;;f:;;,

'r^t' Cha^^lipo",."- Por,./..m. ,U. arH "^«-.f '. P' ^^^'/'^.S,,, ...

>^ R. Guorlin, François Crm^nl. sc«/p(eur n»u^MO..,. dans nu,nu.. Sociétés des heauT-arls ,les ,lépartements. .89.. t ^rhul Hoirie' in-fol. s. .1. .3 Molinkr, Histoire générale des art. a„pl,<jués %';'" ";;7),;,';h,,-,,,,,,,,,. (.808), .. m. p. .0. ; lettres patentes de fou, "^'^ J-'^J ^'«^ ,,,

d-unl fabrique de porcelaine de Chine auprès de Pans, <l..n, fart français, i858-t86o. t. VI, p. 3Co.

LES AIITS, LES SCUEINOES, LES LETTUES

une tribune où étaient toutes les dames de la Cour avec les Condé, cl une horloge apportée de l'Observatoire; quatre mille badauds s'entassaient dans le faubourg Saint-iDenis et sur la route de (ijiantilly distant de neuf lieues. Tout ce monde disait que Saillans se romprait le cou, il but un verre de vin à la santé des dames jeta le verre en l'air et partit ventre-à-terre, même cérémonie à Chantilly, cela élail du marché, retour, nouveau départ, toujours sous une forte pluie et retour pour la deuxième fois à la porte Saint-Denis, gagnant le pari de vingt-cinq minutes, dispos et prêt à se rendre au dîner du Roi. 11 avait lassé vingt-sept cheyaux'''. ("iC n'était qu'une forme de l'intérêt porté à l'élevage, dont la Régence ne se désintéressera pas. Un règlement porté en' 171 7 confiait la direction des haras à la seule noblesse''.

Le jou avait été uno plaio à la Cour pendant les années éclal;mk*s (lu dernier règ'ne, il s'aggrava et parvint h de tels excès ((ue le Hégent se trouva obliger d'interdire à sa fille la duchesse à(; Berry les enjeux insensés dont l'exemple n'était que trop imite. La bourgeoisie, affolée par les gains et les pertes du Système, joua sans frein et le gouvernement n'ayant pu contenir cette passion s'occupa de la réglementer, afin de mieux l'entretenir d'une manière profitable. Le if) avril 1722, huit académies de jeux furent autorisées dans Paris, moyennant un tribut de deux cent mille livres pour les pauvres honteux. Ce fut un gentilhomme r.ommé Mornay de Montchevreuil qui en suggéra l'idée et en (obtint le privilège. Son placet, très laconique, invoque pour seul motif de son entreprise l'exemple des anciens qui avaient des jeux de hasard dirigés par un préposé public. Par un raffinement singulier, l'honneur présida désormais à l'exerciee d'une passion déshonorante, et la tricherie fut réprouvée comme aurait pu l'être, dans un trafic honnête, rimprobité^\

Nous avons parlé déjà des bals masquéà, de l'invention d'un autre gentilhomme, le chevalier de Bouillon. Ce plaisir favorisa de grands excès; on multiplia les équipages et les laquais qu'on employa à des services bizarres et parfois inavouables. (( Autrefois, dit la Bibliothèque des gens de Cour dont les volumes parurent successivement pendant la Régence, une dame auroit rougi de faire porter sa robe à un grand laquais; présentement la mode autorise cet usage, et les petits laquais ne sont bons qu'à porter

** M. 'Marais, op. cit., t. II, p. 32^; Buvat, op. cit., t. II, p. 4ii; Barbkr, ftp. cit., t. I, p. 229.

*' Registre du Conseil du Dedans, 7 octobre 1715.

'' M." Marais, op. cit., t. II, p. 3i7, ^19, 821; juillet 1722; sur la fureur <lu yn à Versiiilles.

Jeu

Laquais

LSI

ThéAtre de société

BnDque el négoce

à l'église le livre de Icui- maîtresse. Outre les grands laquais porte-queue, les dames ont des valits de chambre pour les habiller et les déshabiller. Les femmes de chambre n'ont soin que de la coiffure, de la pommade et de la boîte à mouches; car de donner la chemise est un attribut qui appartient au valet de

chambre. » .

Lémontcy n'a pas omis de signaler d'autres essais d mnovations, notamment dans le domaine de la pédagogie où le xvn' siècle' avait fort amolli l'ancienne rigueur scolastiquc. L'éduca tion dans les cdllèges des Jésuites comportait un théâtre que les Jansénistes dénonçaient avec horreur et qui n'a pas été sans mlluence sur le goût des théâtres de société, qui développa jusqu'à l'hypertrophie la jeune vanité française. Tandis qu'à l'abbaye de Chelles on déclamait les tirades les plus passionnées du théâtre de Racine, le répertoire des Jésuites était très différent. A Caen ils s'avisaient de représenter les docteurs de l'Université sous diverses formes, jusqu'à leur mettre des mitres de travers '; à Paris, ils ajoutaient à la tragédie l'usage des ballets ou le. danseurs de l'Opéra furent mêlés aux élèves de la Compagnie . Parmi ces derniers se trouvaient un bâtard du Uégent .;l, dans l'auditoire, son aïeule, qui He préférait à ses petits-enfante légitimes. Mais l'Opéra lui-même nétait-il pas réhabilité depuis que, parmi sa troupe, se trouvait un gentilhomme. M. Chasse du

Si on cherche dans un domaine plus vaste la traœ d une innovation plus féconde due à la Régence, on ne peut hésiter a designer la création des Conseils. Réservés à la plus haute noblesse' du royaume, ils succombèrent par rincapacilc transoendanlale d. leurs titulaires, mais leur établissement avait éveillé des ambitions e* ouvert des perspectives parmi la bourgeoisie qui ne cessa d y songer et d'en préparer le retour en y marquant sa place LasoenLn de Dubois et de Pàris-Duverney furent d'autres leçons dont la signification ne fut pas perdue. Le Système de Law fut, en outre, un levain d'émancipation. Il habitua les esprits a combiner de vastes opérations commerciales et des entreprises industrielles qui associaient la finanee de TÉtat au commerce des particuliers. Les plus habiles négociants de Marseille de Lyon, Nantes, et surtout du Havre se trouvèrent ayertis des affaires i u^ bliques et associés à leur progrès. Le commerce entrait dans 1^.

1^ M. Marais, op. cit., t. H, p. 9O' février 1721. »« P.-E. Lémontcy, op. cit., t. II, p. 322, 478-479.

LES AKÏS, LES SCIENCES, LES LETTRES

Conseils non seulement pour s'y faire écouter, mais parfois pour s y faire obéir. La qualité de ces hommes les élevaient fort au-dessus de la légion de traitants, d'usuriers et d'anciens laquais dont la Chambre de Justice de 17 16 organisa le défilé pitoyable. L'inlelligenoe élevée, la générosité ostentatoire de beaucoup de liiianciers devaient réhabiliter une catégorie d'hommes qui n'en était encore qu'à des précurseurs avec Samuel Bernard et Crozat. La nécessité besoigneuse du trésor obligeait à compter avec eux et la richesse commença ainsi de prendre dans l'État la place que la force y avait jusqu'alors occupée presque seule. Le banquier tenant le ressort du crédit, le négociant levant les tributs du commerce sont, à bien des égards, des produits de la liégence, l'industriel exploitant les" richesses naturelles va les suivre de près.

Moins heureuse ou moins féconde à d'autres points de vue, la Régence ne posséda dans les sciences mathématiques ni dans les sciences exactes aucun homme qui rappelât, même de loin, l'œuvre de Descartes et celle de Pascal. Cependant des noms honorables et d'utiles carrières enrichissaient la patrimoine national. La médecine avait Sénac et Helvétius, l'anatomie Winslow et Morand, la botanique les Jussieu, la mécanique Truchet et Réaumur, la chimie devait quelques progrès à Humbert, mais c'étaient là de brillantes promesses plus encore que de précieuses réalités. Une prévention encore générale voulait que les sciences naturelles relevassent de la médecine qui n'avait guère amélioré ses méthodes depuis le temps de Molière. Ce piétinement détournait lies médecins français de prêter attention et de prendre au sérieux une innovation que la conscience eut dû leur interdire de dédaigner. On ne peut lire le Journal de Dangeau sans être frappé des ravages accomplis par la petite vérole, principalement au début de la Régence; ce fut une véritable épidémie qui emporta de nombreuses victimes. Précisément à cette époque un remède s'offrait. En 1716, lady Montagne accompagnait son mari, nommé ambassadeur à Constantinople; elle ne tarda pas ii constater l'existence d'une pratique ancienne en Orient pour combattre la variole par le moyen de l'inoculation. Le marquis df Bonnac, ambassadeur de France remarquait aussi que les Turcs (( prennent la petite vérolle par partie de plaisir, comme ailleurs on va prendre les eaux ». Il ne s'agissait que d'introduire sous l'épiderme le virus variolique recueilli avec une lancette sur une pustule arrivée à l'état de maturité. Lady Montagne décrivait, dans une lettre du i"' avril 1717, l'insertion du venin variolique et, le 18 mars 1718, faisait inoculer son fils âgé de trois

Sciences naturelles

L'inoculation

Les sciences

el If s lettres.

Fontenclle

ans. Cinq jours plus tard, elk écrivait : « En ce moment l'enfant chante et joue, réclame son souper"; » et revenue en Angleterre elle se livra à une sorte d'a])oslolat. Le gouvernement britannique autorisa l'inoculation sur les prisonniers de Ncwgate, ensuite sur les orphelins de l'Hôpital, le aa avril 179.2, la princesse de Galles lit inoculer ses enfants.

Le voisinage et lalliance entre les deux états auraient dû promptoment faire passer l'inoculation d'Angleterre en France. L'année 1723 fut particulièrement funeste à Paris, Nollaire assure que la petite vérole y emporta vingt mille personnes". Pivsque en même temps la mortalité à Londres diminuait et une gazette française en attribuait totil le mérite à linoculation^'; mais rien ne put émouvoir l'apathie du public et l'hostilité des médecins. Un praticien revint de Londres et raconta ce qu'il avait vu", on n.^n lit aucun cas et l'école de médecine de Paris soutint passionnément l'inutilité et le danger de l'inoculation.

L'académie des sciences devait à la protection du Régent une sorte d'éclat qui, au jugement, de beaucoup est néc<-ssa„e, même au mérite. Le petit Henau, Louville, Var.gnon, Cass.n. poursuivaient leurs travaux de longue haleine sans se soucier beaucoup de savoir s'ils vivaient sous le feu Roi ou sous sou successeur; Polignac exposait la divisibilité de la -l-e *=!^fourvoyait avec Malézieu dans la politique qui mena 1 un fa.u pétntence dans une abbaye, lauti. rélléchir dans une prison d'État. Plus sages ou plus heureux Mairan et tontenelle .as raient l'amitié et la protection du Régent, tontenelle non pli . ne boudait pas la politique, mais il y apportait une g-'""^'^ ;^^^^ succès, il n'y croyait pas trop pour s'y compromettre ass z o en tir^r profit. En 1718, il a rédigé pour le compte de l abl - Dubois le manifeste contre l'Espagne; en 1722 pour le coup |' du cardinal Dub.>is, il compose la lettre demandant un ie O qui scelle la réconciliation avec l'Espagne, et Mathieu Maiai>

» Ladv MonU<mc à son mari, ^3 mars .718 : The boy...is al Ihis time sin- «.,^ÏÏ ptS, -ry impatient /or ,ù. .u,.,er, P.-E. U.mo„U=„ op. ....

'• "'^'n ÎS, la morUlitc ^r.U- peur farîs fu, d. ,o.o.4 p-.sor.n<.: o-ost c"cmtv<~ que VolU.irc a dû li.v, ,vp-o.lune .t .kiialuivr, M. Ma.-., cosl ce «"f "^ scDtcmto ,728 : « la petite v<^role lue tout le momie. »

"".^tL' ' rvi.:' m"ar. .7^5; voir U. .o.n.po..u. .e la a-^.'

de Balleroy, t. H, p. 34i, IcHre <1» .^ if M .7... ,„, eîfe se

' " De Lacoste, Lettre sur l'inocvMt.on .le la P«""=/f™.'* ^^"irji, ,,,3.

pratique e„ Turquie el en Angleterre, avec an appen.hce, m-.., l-u.s, 7

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LES ARTS, LES SCIENCES, LES LETTRES

bougonne : « On fait de lui et de son esprit tout ce que l'on

veut". »

On fait de lui surtout un des initiateurs du goût et un des parrains de la société du xvni' siècle. Quelques-uns de ses Eloges, (t qui sont au nombre des meilleurs, datent de la Régence. Clarté, lucidité, finesse, élégance s'y trouvent dosées, mesurées, relevées d esprit et de profondeur autant qu'on en doit mettre pour façonner un chef-d'œuvre. Ce sont, de préférence, des savants que ce lettré fait revivre, parce qu'il a le pressentiment dt l'avenir promis à la science et qu'il sait à merveille son métier d'intermédiaire aimable, souriant et spirituel. Il ne compte pas comme savant, et son œuvre littéraire ne vaut guère, mais il est intelligent, curieux, contempteur de la tradition et épris de progrès, dédaigneux de l'autorité et respectueux de la raison. Sans être incrédule il a cessé d'être croyant, il lui suffit d'être sceptique, et toute sa malice ne va qu'à poser ironiquement des questions embanassantes, sauf à esquiver respectueusement les réfutations péremptoires. Fontenelle est un informateur admirablement averti, l'esprit le plus cultivé de la fin du grand règne el, grâce à cela, l'introducteur désigné de la jeunesse impatiente de se produire. ^ ^

Ce be! esprit tant décrié eut le goût et le talent d intéresser, d'amuser, d'instruire. Son langage correct et poli devint l'annoncintiHir des découvertes les plus imprévues, parce qu'elles étaient confinées dans le domaine exclusif d'une corporation et d'un lancrage rébarbatifs. Charmé de ces récits qui semblaient autant do révélations, le public s'aperçut qu'il pouvait prendre intérêt et plaisir à des matières abstraites; de leur côté, les savants furent Haltes de n'être plais réduits à une petite coterie et ils ambition, nèrent le succès et les applaudissements, moins peut-être pour eux-mêmes que pour l'honneur de la science qu'ils avaient cultivée. La langue s'enrichit et s'assouplit afin d'exprimer ce qu il fallait, à tout prix, lui faire dire; la discipline de l'esprit gagna quelque chose à cette obligation d'exposer avec concision et clarté des notions qui n'excluaieni pas les ressources du style et

la simplicité de l'art.

Parmi ceux qui se dispensèrent des bons offices de Fontenelle, S', trouvait un tout jeune homme de vingt ans. Fils d'une notaire au Châtelet, nommé Arouet, le temps lui avait manqué pour entasser les folies, mais il entassait les vers sur les vers et faisait alterner l'étude de la chicane avec les impromptus et la poésie.

Voltaire

M. Marais, op. cit., t. II, p. 265; mars 17^2,

(JEdipe

3g2 HISTOIBE DE LA RÉGENCE

Ses peccadilks étaient en train de gâter tout n fait sa réputation auand le notaire, lassé de tant de frasques, accorda pour quelnue temps son fils à un ami qui l'emn.ena près de Fontainebleau et l'entretint sur tous les tons de la gloire d'Henri IV et de h, tandeur de Louis XIV. Dès que ce dernier fut mort Arouel vint à Paris et s'y glissa dans la ^oc^é^-^^^;^l réunie au Temple. « J'eus l'honneur, d'^»'»": ' f. ^.^"^ ^g P ,\ ses orgies. » Après quelques voyages imposes a TulU, a bul > I Tla Bastille, Arouet pensa faire peau^ neuve en changeant .le nom il se nomma lui-même Voltaire .

Dan sa chambre de la Bastille, le jeune homme avait repr.s une tragïdie ébauchée dans l'étude de procureur; à peme libre Hn fif iu-e le petit aréopage de Sceaux, d'où la pièce ne f.l àu'un bond chez les comédiens. Elle fut représentée le .8 noqu un t>ona en ^^. ^ ^e nom de Voltaire

vembre 1710, et, ae ce joui, v^" / v upr„,>i||it

dans la g oire Voltaire s'y trouva comme chez lu . dccuci lii avec avidUé les éloges et se précautionna de son mieux contre leT retours de fortune. Le succès d'Œdipe avait tout le ragoût d un triomphe sur la religion, les spectateurs étaient trop eve,l- Térpour ne pas faii^ l'application de vers tels que ceux-ci . Nos prêtres ne sont point ce qu'un vain peup'e pense Notre crédulUé fait toute leur science. ■ Interprété avec talent par Dufresne et par Mlle Desmares. Œdteconnut un succès inouï puisqu'il compta jusqu a quaïntecinq représentations. Brochures, critiques, défense m rantecinq lep .^...^nf ipurs cris discordants au bruit d<>

l:r irs^n brillant esprit; on le soupçonna un moment d avou

'"'^ ]Te méSr'et symptôme de la défiance .,u'il inspirai.: «ef^- aprt rarSt^n de son ami le duc de Richelieu", compromis

» Ce sont ks lett«=s d<« mots ABOVET Le Jeune.

« CEdipe, act. IV, se. I; voir ael. Il, se. V; f,™'^^ 'J «^ J „

" Qué^d. Bibliographie .oUoirienne .n-S, ^«7' '«f ' Pjg'^'f ,3* ^86 ,i.. Les correspondants rfe Mrne ,1e ^/'^^^èL lelrsreMons avant le ma-

.- Ch Révillout, Vo««ire f^^'^^^^l^^^^^^^^^ et Uttér^r.

riage da duc avec Mlle ''''.'^'^''^^'^'77^^ par Voltaire à Richelieu, dans à propos de la première '«f ^ /""'^^'^ ^''^i \ xXXIII de la collection), Reuue des tangues romanes, V série, l. m, (.<••

LES AHTS, LES SCIENCES, LES LETTRES

dans le complot de Gellamare, la police l'invita à s'absenter de Paris pendant quelque temps, et Voltaire se rendit à Sull\-sur- I.oire, où « plus hardi en paroles qu'au combat », il s'attira une fâcheuse affaire". De retour à Paris, il fait jouer Artemise qui tombe à plat" et (( si prodigieusement que lui-même dit qu'il la liouvoit plus mauvaise que personne... Un auteur, ajoutait-on, ne peut mieux se rendre justice'" ». Mais l'affaire qui préoccupe alors Voltaire pi-us que tout le reste, c'est son poème épique qu'il promène de salon en villégiature, qu'il retouche et retravaille, et qui sera intitulé Henri IV ou bien In Liqae. « On en parle, des 1720, comme d'une merveille^'. » Il ne paraîtra que trois ans plus'tard, mais pondant cet intervalle. Voltaire ne connaît pas [0 repos. Non content des succès mondains que lui attirent les |)oésies légères qu'il produit sans effort, il ressent l'aiguillon d'une carrière plus relevée, celle d'un philosophe, réformateur et guide de l'esprit humain. Il avait peut-être lu quelques articles du Dictionnaire de Pierre Bayle, vers i7i3; sept ans plus tard, en 1721, il fréquente lord Bolingbroke au château de la Source, dans l'Anjou; et la philosophie déiste et sensualiste de ce personnage l'a certainement impressionné. Entre temps, il compose des vers pour la fête donnée à Saint-Gloud par le Régent à Mme d'Averne", sollicite la protection de Dubois, se fait bâtonner sur le pont de Sèvres par Tespion Beauregard à qui le secrétaire d'État Le Blanc, instruit du guet-apens, a seulement recommandé : (( Fais donc en sorte qu'on n'en voye rien". » A son tour, il s'offre à Dubois pour une mission d'espionnage'* et prend congé du ministre par une flagornerie"; consulte Jean-Baptiste r»ousseau sur son poème en gestation et se brouille avec lui. A la fin de l'année 1722, il se flattait encore de publier son poème en France, ayant, à force d'en donner lecture, fini par en tirer cinq cent écus de pension'*. Mais averti que le privilège lui seia

" M. de Caamartln à Mnu de Balleroy, 3 et 18 mai 1719, dans op. cit.,

[. II, p. 5i-52, 57.

" M. de Caumariin à Mme de Balleroy, 17 février 1720, dans op. cit., l. II,

'" M. de Caumartin à Mme de Balleroy, 21, 26 février, dans op. cit., t. II, p. 127-128, i3i.

" M. Marais, op. cit., t. I, p. 269, janvier 1720.

" Barbier, Journal, t. I, p. iM, juillet 1721.

" M. Marais, op. cit., t. II, p. 3ii, juillet 1722.

** Voltaire à Dubois, 28 mai 1722.

" M. Marais, op. cit., t. II, p. 538, septembre 1722.

*• X d Mme de Balleroy, 9 janvier 1722, dans op. cit., t. II, p. 4ii ; Le Mercure dit : 2000 livres.

?Ji'-'^::

refusé, aussitôt il piviul sos mesuies pour faire imprimer l'ouvrp^c à Kouen, en secret, avec la connivence de quelques magis- Iratl du Parlement, d'où il le fait introduire à Paris (juin 171^^. La Henriadc lit événement, [)lulot à raison de l'auteur que du sujet; on ne s'entendit pas sur son compte. Le cardinal Dubois la fit examiner par son neveu pour savoir si rien ne pouvait choquer la Cour de Rome^', les docteurs de Sorbonne y sentirent quelque venin semi-péla^^ien'\ les Jésuites y llairerent un relent de jansénisme^', les courtisans furent peu satisfaits'" Théologiens, Jésuites et courtisans en furent pour leurs critiques, le succès de la Henriadc dépassa toute prévision. Ci» fut de l'ivresse : la France avait donc enfin son poème épiquel son Homèi^î son Virgile! Voilà ce qu'on disait partout, en lisant ce poème presque interdit; et l'on ne se doutait pas que cette épopée, loin de devenir jamais un vrai poème national, tomberait dans le discrédit, presque dans l'oubli, moins de cent ans après avoir été saluée comme \me merveille de l'esprit humain'*. De quoi était fait le succès qui accueillit son apparition? De l'éloge de la tolérance, de la réprobation de la guerre civile, de l'apo théose de Henri IV? Il n'y t)araît pas, l'engouement était fait de rien, de la longue attente, du nom de l'auteur, de quelqur> nobles tirades et d'une multitude de mauvais vers; au-dessnde tout cela il planait une séduction à laquelle le Français n'e>t jamais insensible : la divinisation d'Henri IV c'était la satire d( Louis XIV. Le feu Roi avait certes regagné dans l'opinion pu blique une assez belle place après les mésaventures du Système. mais on prenait quand même plaisir à lui retirer son auréole' et à le faire descendre du rang des dieux, sauf à y faire montei son aïeul à sa place. La malice était plaisante et ce fut la malien qui amusa, séduisit, enchanta. Dans la Henriade, le pape et les évêques, l'armée et la noblesse, le feu Roi et les princes du sanof recevaient coups de plume et coups de griffe, coups d'encens <l coups d'épingles. Le public fut déridé et, comme ces lardons s'alignaient avec des majuscules, il crut y voir des vers et, ihi [voème, fit une épopée.

" Voltaire à Thieriot, For-€-s, juillet 17M, dans Œuvres complètes, ôdil.

B^iicliot, t. Il, p. III. , ^,

3« Dlsoours préllmimire de la tnujédle dWlzire (i736), dans Œuvres complètes, t. IV, p. 1 09- . „ „ " P. LémonW, op. cit., t. II, p. 216; Le "Nouvelliste du Parnasse, Fan-

1731, t. II, p. 355-357, XXXP lettre. . ofi ^

*^ G. Desnoirost<^rro.s, La jeunesse de Voltaire, in-S, Pans, 1867, p. ^"o. ^' L. Crouslé, Voltaire, dans Pf'tit d€ Jullovillc, Histoire de la langue et <lc

la litiératiire française, 1898, t. VI, p. 97.

LES ARTS, LES SCIENCES, LES LETTRÉS 3^5

Voltaire venait d'être précédé par M<mtesquieu et le triomphe (le la Uennade faisait écho à celui des Lettres persanes Une i.iahcc plus sournoise, une imagination plus libidineuse un scepticisme plus railleur avaient valu à ce livre, inquiiné à llouen sous la rubrique d'Amsterdam, un « débit prodigieux » et, en moms d'une année, quatre éditions et quatre contrefa- Vons^^ En 17:^, quand il parut, on ne s'étonnait plus que de très peu de choses. Le Régent avait bouleversé l'État. Dubois avait bouleversé les alliances, Law avait bouleversé les finances il (levait être permis aux littérateurs de bouleverser les idées. Montesquieu s'y employa. Son livre fut une œuvre de jeunesse, exactiinent de l'époque où il parut, c'est pourquoi il est spirituel licencieux et impertinent, par dessus tout malin d'une malice recherchée et cruelle. La génération à laquelle il offre son ou- Nrage s'amuse au récit des voyages de Rernier, de Chardin et «le Tavernier. Montesquieu lui fera entrevoir un Orient truqué, dont la transparence permet d'apercevoir les moeurs et les coutumes de. l'Occident qu'il s'agit de critiquer; il saura être impit(^> cible pour se faire pardonner d'être superficiel.

Le don d'observation est médiocre, la critique des mœurs est dordiv inférieur, mais l'observation est juste, le croquis rapide, I;. silhouette fixée d'un trait net et sec; cela ressemble plus à du journalisme qu'à de la littérature, seulement c'est un journalisme d'une qualité rare et d'une essence particulière. La satire polit i(pie y est mélangée avec le personnel, les pi^atiques et les ustensiles du sérail; le livre semble destiné au barbons et aux n>ll(''giens, il sera lu par tout ce que la Régence compte de future admirateurs de Grébillon, divertis par les détails scabreux, l«s sous-entendus obscènes et une gynécologie de mauvais lieu! 0 sérail, plus gascon que persan, parut une trouvaille; mais 'i'iiind on apprit que l'auteur était président à mortier du parlejueut de Bordeaux, le contraste entre la grivoiserie du sujet et !• [)rofession de l'auteur emporta tout et décida le succès.

la forme épistolaire prêtait sa facilité à un ouvrage où toutes 1" (piestions agitées alors étaient effleurées en courant. U décousu d'une correspondance, ses redites, ses retouches, expriment '•merveille le mouvement de l'entretien d'une société qui passe |i une épigramme à une historiette et discute tour à tour les ''''•mces, la morale et le fibre arbitre. Les institutions et les ^»^S les coutumes et les individus, les croyances et les privilèges

M Tn!!'' ^'"'*'' ^'''^'^''^ <'^«»- ^î<^« Ribliopliilcs, 1886, Préface, par

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