‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 38 sur 193 · CHAPITRE XXII jL 'appel au concile général · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII jL 'appel au concile général

{20 novembre 17 16 — 8 septembre 17 18)

L'appel. Rofus du Bref. Lettres violentes pour et contre la bullp Le cardmal de Noailles mollit. - Conf^^oe au pflai, Roy"- En^oîmem secret pns par les Appelants. - Inutilité des conférences - Mort fu chan ceher Voysm - Daguesseau reçoit les sceaux. Satisfaction pubUque- Fin des conférences - Appel des évêques. Adhésion de la faculté 1 û

b^Cs^'oni^iot'r.'H-";"""'"^ -"'- •- appelants. Adhélns no^! AnlT . ~ ^P'"°"/ contradictoires. - L'exploit de l'huiseier Le Grand - Appe du cardmal de Noailles. Nombreuses adhésions. Allées et venues - Réponse du cardinal au Pape. Humeur du Pape. - Nou^aux proWs

llfiHu 't'a- fd'^""T t.'"l"<" '°''^- - '^"S"- clandestine?! Laiitau. — L appel du cardinal de iNoailles publié furtivement T 'nr.i«,-^«

b':i 7'^- "Bistâf d'^n- "^^ ^"" '" '''''^ saint^^rr-T'ak-rr

Duiles. — Disgrâce de Daguesseau. — Le décret du lo février T^ }^»r^

dr'crSre^''^" '" ' -^""-''^ ■"«• - ^''''ph du ^oS;™i errShSi:

I ^ ^ .^**n.^'' '''^ ^""'^ plénipotentiaires signaient, à la Hâve la Tnple-Al hance; le même jour, quatre évêques signaient, à Pans, 1 appt ! au futur concUe. Ces deux événements allaient engager les destinées politiques et religieuses de la France pour une longue suite d'années. ^

.■Pn^!LÏp''-"T"'^' '7i6,"les évêques négociateurs étaient lentres^à P. ris afin de poursuivre le^ conférences d'accommodement. Beau«>up de prélats, il est vrai, faisaient défaut", mais si le cardinal de Rohan se montrait plein de confiance', le public demeurait sceptique». Le nonce faisait de son mieux, à chaque courrier, pour alarmer et irriter le Saint^Père, réclamant des mesures rigoureuses contre Noailles. Il représentait les Parlements à la tête de l'opposition aux évêques qui ne comptaient plus que très peu de fidèles dans les villes de Toulon, Marseille,

» DangHîau, Journal t. XVÎ, p. /,c)4 ; 20 novembre 1716. ^ Dangeau, Journal, t. XVI, p. 494; 21 novembre 1716. Dangeau, Journal, t. XVI, p. .^,06 ; 2/, novembre 1716. ^

L'appel

Refus da bref

Lettres

violantes

pour

et contre 1» Bulle

nra.se. N.vers, Reims, Beavivais, Na.ttes cl I^o"^";^^^^^,"'^"^^' le parti de Noailles gagnait chaque sema.ne dou e ^ «jdh^ rents et la France s'acheminait rapidement vers le P'^^byter a nisme^ Bientôt arriva un courrier de Romo l>-^^r^^JlTZ attendue du Sacré-Collège au cardinal de Noa.Uo • <1 "J-" * «^ Régent, un autre aux évè^ues -cop'.n..^ot ttn^ 1^^^^^^ Sorbonne pour suspendre sos privilecres . Ces pièces m pas que d'Lbarrasser. Un jour ou deux après, ^^ P-";;;^^^. les agents du clergé décrire à tous es -^-a^^/^^^^; \^ ^,^ voir le bref circulaire^ Cet avis fut le prélude de ^^^^^^^^^^^ rendus par les Parlements pour la suppression des Brets Le cardinalVulucci n'avait pas manqué d'adresser par la poste le bref circulaire à chaque éveque; la plupart le renvoyèrent au Eent, eomme il l'ordonnait. Dès que les Parlements eurent pro ^ no^cé ;ur cette pièce, le prince, qui la tenait pour non^avenue. la remit entre les mains du cardinal de Noailles . .,,.,.

Cependant les conférences allaient leur train parmi 11 inattenlion générale; chacun suivant son idée et travaillant a la faire triompher. Le 17 décembre, les curés du diocèse de Pans s assemblèrent et écrivirent à leur archevêque qu'ils ne recevraient pas la bulle san. explications, c, ni même avec des explica ions quand même le Pape en donnerait » et ne pourraient que lui <lesobeir si leur Ordinaire prescrivait autre chose-. Le lendemain^ il net^it bruit que de l'admonestation du Régent au cardinal de Bissy qui, avec onze autres évêque^, avait écrit au V'^^ de tenir ferme .^u suîet de la Bulle". Le surlendemain c'était l'archevêque de Reims, Mailly, qui adressait une lettre publique à l'épiscopat assemblé à Paris, pour jeter la suspicion sur les évèques non-acceptants^'. « On ne sauroit s'empêcher de craindre, écrit Dangeau, que ces lettres n'aigrissent encore les esprits" ». Mais les

* Vilkforo, Anecdotes, t. IT. p. 165.

* Dan^oaii, Journal t. XVT, p. 5oi, 5o^ : ', cl fi d^Vombre i7ifi: Dorsanno, Journal, t. L p. 3o/4-3o5.

* Le 6 décembre; Buvat, Journal, t. L p. 2^5. ' Dorsnnne, Journal, t. T, p. 3o6 ; Villefore, Anerdoies, t. H, p. i(>5; Dan-

rrean, t. XVI, p. 5o3 ; 0 décembre 1716.

*" « Dorsanne, Journal t. T, p. 3n7-3o() ; Villefore, Anecdotes, t. TI, p. 167-173.

* Villefore, Anecdotes, t. TI, p. i7i 1» Biivat, Journal t. L p. 336, a/ii : Dangeau, Journal t. XVI, p. 5io;

21 décembre 1716; Dorsanne, Journal, t. I, p. 3i:>; Villefore, op. cit., t. IL

11 Buvat, Journal, t. I, p. 237.

12 DoTsanne, Journal t. I, p. 5o() ; Villefore. Anecdotes, t. II. p. 178. ï=* Danj?eau, Journal, t. XVI, p. 5io; 21 décembre 1716.

L'APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

de Noailles mollit

deux camps renfermaient des combattants visiblement lassés. L'IIôtel de Soubise en face de l'Archevêché, Rohan en face de Noailles, les conversations çomençaient à désagréger les partis et à ébranler les chefs^\ Noailles surtout mollissait.

Le 28 décembre les évêques de Mirepoix, la Broue, de Mont- le cardinal peillier, Coibert, et de Senez, Soanen, dînaient à l'archevêché. Sur la fin du repas Daguesseau et le duc de Noailles survinrent et toute la compagnie se rangea auprès du feu. Le duc de Noailles, de ce ton J un homme qui pense tout haut, dit : « Pendant que voilà messivurs les principaux chefs de Iq Constitution, il faut ici la brusquer. » — « On ne brusque pas ainsi ce qui regarde l'Église », riposta Coibert; et comme il aimait à rendre les coups, il ajouta « ...comme on a ci-devant brusqué la campagne de Catalogne ». Daguesseau s'embarqua dans un long discours, la Broue prit ensuite la parole, puis Coibert, toujours agressif : (v En vérité, dit-il, je ne reconnais plus monsieur Daguesseau de 1714 dans celui de 1716. » Et se tournant vers l'amphitryon : « Esl-il possible que Votre Éminence veuille changer de sentiment et abandonner le parti de la vérité, vous que nous avons regardé jusqu'à présent comme notre chef, sur qui nous pouvions compter comme une colonne inébranlable? — Que voulez-vous que je fasse, répliqua le cardinal; M. le duc d'Orléans me presse de me déclare-' et d'accommoder cette affaire qui l'inquiète; plusieurs évêques me pressent, ma famille me presse : voilà ce qui m'embarrasse. » 11 se fit un silence. Coibert, Soanen et la Broue saluèrent et disparurent'". Toute illusion s'évanouit et ils sentirent venue l'heure de la confession, peut-être du martyre. A deux jours de là, Coibert eut une longue audience du Régent, et lui dit : (( Votre Altesse Royale peut compter en sûreté sur ma personne, sur tout ce que je possède au monde; ma vie même vous est dévouée en cas de besoin; mais, pour ma conscience, c'est à Dieu seul que je la réserve comme le maître de mon âme; ainsi je ne puis changer de sentiment à l'égard de la Constitution*^. »

N'ayant rien à attendre de ce côté, le Régent, aidé par le duc de Noailles, entreprit de venir à bout d'une affaire qu'il croyait gâtée par la seule obstination de quelques-uns. Il convoqua une

'* Buvat, Journal t. I, p. 180, 23o ; Dan^eau, Journal, t. XVI, p. 5ii; 26 décembre: Villefore, Amcdotef, t. I, p. 179.

" Buvat, Journal, t. I, p. 238-239; janvier 1717.

'^ Buvat, Journal t. I, p. 2^0. Tout ceci a été ignore par V. Durand. Le jansénisme au xvtti* siècle et Joachim Coibert, évêque de Montpellier, in-8. Toulouse, 1907; Gazelle de la Régence, p. i4n; 26 janvier 1717.

Conférence Palais-Roy»l

Engagement

secret

des

Appelants

2g HISTOIBE DE LA RÉGENCE

conférence au Palais-Royal le dimanche ^Janvier Le^^^^^^^^^^^^ , de NoaiUes, les évêques de Châlons-sur-Mame, d Am^ ^ ^ ,^ ne, de Boulogne et de Mirepoix s'y '^'"d.renl et rencon

^^îÏ;é,ue ae Mirepoix n'avait, ^^^ ;:^;^^i:;^^Z part à cette conférence que pour nstiu.re ^es Jro.s 8

Lnez, de Montpellier et de B-logne d" «^^^^ ,^

l'affaire Ces quatre évêques, reunis chez celui ae ™ J^ • l;ntmain 4 jlvier , trouvèrent toutes les ^;^;;^^ ^^l^^^^';:; toutes les précautions --^«-/f ^J^f^i"';;"' Te Jrendre les un engagement réciproque f J^^^;" i^%,p,Ltion« de seules mesures efficaces a leurs yeux, i^ f

îrsi"e::^nt^=^^:^^^^^

.... Ta?r:nt - con-n.s se s^^^^^^^^^^^^

^.n plu plusieurs écrits fort libr^ de différents ecclcs.as- «qûls qui sont' tous contre la Cour romaine », éc"t Dangeau è gjanvier' et, le i., c'est Buvat qui mentionne la deinarche ' de la Sorbonne allant en corp« à l'archevêché, au nombre de cent trente-deux docteurs, où ils protestèrent que, monobstan fes bruits qui se i^pandaient alo,^ d'un prochain accommodement de M. le cardinal, la Faculté étoit résolue de persister a soutenir le parti de la vérité". » Cette démarche fit grand bruit et tandis aue se succèdent les entrevues et les conférences, que lé duc d'Orléans « se donne tout entier à cette affaire ,., on commence à dire « qu'il «era mal-aisé de la finir que par un concile natio-

" Dorsanne, Journal, t. 1, p. Su; VilWore, Anecdotes, t. Il, p. 180-181 ; Dangeau, Journal, t. XVII, p. 2-3; î janvier 1717-

>• VilWore, Anecdotes, t. I. p. 181. „ . , .

'• Dangeau, Journal, t. XVII, p. 6; 5 et 6 janvier 1717; Buvat, Journal,

t. I, p. 240, 2kl. .

" Dangeau, Journai, t. XVII, p. 7 ; 0 janvier 1717.

" Buvat, Journal, t. I. p. 24i ; 12 janvier 1717; Viliefore, Anecdotes, t. 11.

p. ao3, 206.

•• Dangeau, Journal, t. XVII. p. O". " janvier 1717.

i aK-l -.

L'APPEL .\L' CONCILE GÉNÉRAL

nal". ,, Chaque jour c'est une nouvelle assemblée" et le Régent qui ne s y ménage pas est surpris de l'ardeur des adveSeJ

attendant et, après les avoir congédiés, il rit de tout cœur • „ Je m'e^mbait:!" -;: ' '°"* '' '^ ™"^^"'^' '^■^'' ™- '^ P'^™ . Le malheureux n'avait rien vu encorel Tandis qu'il essayait vainement de mettre les évêques d'accord, la Sorbonne sS ébranlée Maintenant les cinquante-deux curés de Paris répa^. daient a foison leur lettre imprimée, les tr«is cents curé^ du diocèse écrivaient trois lettres signées, d'eux tous, et voici que s'élançaient les moines et les mendiants : Bénédictins de Saint-cîr main-des-Prés de Saint-Denis-de-la-Chartre, de Saint«n-d : Champs, des Blancs-Manteaux et de Saint-Denis en France- Au gus tins, Prémontrés Jacobins, Corddiers, tous écrivaient à Noait les eur resolution de vivre et de mourir dans la défense de la

ment'' S"' mT'°° ^""'"T^ ''''^'''' "^^anger de sentiment . tnfm 1 Oratoire se mit de la fête "

Les gens avertis se demandaient de bonne foi comment sortir

de [ont' ir^'^^H "";' '' P'"' ^''"'* °^^*«<^'* ^t^'t 1« résistance de out le «econd ordre qui augmentoit tous les jours en partisans ,, lorsque survint un événement considérable et fort inatendu : Le lundi ," février, le chancelier Voysin, régalant sa / U amille à souper, voulut au dessert prendre une poir; en œr^L e ' ' avec sa fourchette, manqua de forces de la main droite c7au! I obligea de prendre sa fourchette de la main gauche qui ne^ïe ervit pas mieux. Il dit là-dessus : ,, Je me trouve mal^» e1 se ' laissant aller sur le dossier de son fauteuil, tomba en apopflexie On courut chercher prêtre et médecin, mais le chancelier mourui vers deux heures du matin, sans avoir repris connais^nrun

aul TT "* '"',' '"^'""' ^' ''' P^'^"»^' d* ««« don^esti-

que, et des Jésuites. Vu l'heure avancée, la nouvelle s'ébruita

son".e^. ' '''*.'''/'' '^'''' '" ^•'" '"''"«' P"'^ '!'»"« •« """, ne vZJpT- 'l ,""*' '"'•^ ' ^" successeur. Avant le jour u fut au Palais-Royal, trouva le Régent sur sa chaise percée, sor-

'' Dangeau, Jourml, t. XVII, p. 8 ; „ janvier ,-i,.

Dangeau, Journal, t. XVII, n. o 10 n- ,^ ,i .s • .

" Gazette de la Rénence n f^fi^ ,' • • ' ' '° •'''""*'' '"'•

passe le 18. ^ ' ^' ' '' •"""""='■ '"'• ^"PPorte ce qui s'est

" Buvat, JournaJ, t. I, p. ,4, ; ,8 janvier 17,7. ^^^ Buvat, Journal, t. I, p. .4.-242; Picot, op. cit., 3- édit., t. II, p. „.

Mort du

chancelier

Vov>in

" Gazette de la Régence, p. i38 ; aS janvier 1717.

Dajiuesseau

re(;oit les sceau:;

HISTOIRE DE LA RÉGENCE ^ •-,,;. ms terminée. « Votre

rontest était venu, a son i«y«"' fi ^^ toilette et se rendit

vacance Sans s'émouvoir D''g"*-^'?f " * \"^^, de la Chandeleur. Ta palisse entendre la ---^^Ç etort e ,o.

jRégenl n'ava.t ^^^^l^'\,^SJ un gentilhomme chez le sceaux ch.z le défunt Çt d ex^ ^^^ ^^ ,o.sse en 1 e-

procureur-général qu • «J^^^f ^, .^^.^i d,,angé par cet .mporglisedeSaint-Ândre-dcs-Aic>. txm „ „,onsieur, que j en-

L se contenta de -ponch. • « ^ «^ ^°>, , „, .nanquerai pas

tends la "«^«^^^/^^^^'^yrllte se Royale. » Le gentilhomme d'obéir auv ordres de Son AUessc y ^ ^^^^ ^^^ ^ a-

ayant tait ce rapport, le <» ^ ""^%^ j ant paru, le pnnce.

n^ner M. Daguesseau ^"/^.S .^^„'; «"ii.nt d'apporter les sceaux, à qui les proches parents V^;nv__ ^ ^^^^^^ .uonsieur Dagues-

Salisfaclioî»

publique

U dit d'uu air riant et -f |^2\,, .-.: ^squ'à ce que je vous

seau, garde, les clefs ^^^^ J,Jre en compliments les redemande. .. Le mag.sl.avou ^^^^ ,^^.^ ^^^^^^^^,^.^ ,t

le prince lui réphqua • -< ^J-"";^^ ^^,„„,„,, ce que vous savez ne faites pas le bene . U suffit que je c ^^ ^^^. ^^ ,^^

faire. .- Peu après i' /•-"'^^ / Vw , aicat-général, le prince faiie pièler serment. A M. o y "^ "^ ,,n.cureur-général. je

-ï:;;uvelle se >t-^%t;v::u" '> ^fei^^^^^^^^^^^^ C•az.m^f.duniversellement pp. me, Constitution et les

n.o.inistes dont e eun eu t 1 c^^^^ un appui considérable

Jésuites, qm ne font <1 ' ^"'; J^ personne terme, habile et

. .tandis 4- >-'^-.,;^!',;''^'rJ' Suites sont dans la dernière

Smi;: rt::rdrr::r;s'= *^^^^^^^^^^ - --

a. G«ze«(.. p. -« ^ ^'?■x•i,'^„ 'l. y>,Mi.ion,, do Saint-Simon, t. XVI , ' ;f;\r:rrnt';rUiem'nt l- ^..^^^^r.. Bon.<.aa, .our,.,. .. XVH.

p. 17; Gazette, p. iA6.

L^APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

paroît autant <3loigii^ que jamais". » On ne sait si le choix du nouveau chancelier inclina le cardinal de Kohan vers la paix ou si sa disposition nouvelle s'expliquait mieux par deux grâces obtenues en ces jours-là pour son neveu, mais il parut entrer dans les vues du cardinal de Noailles et on se crut, un instant, sur la voie de la conciliation''. Illusion bientôt dissipée.

Toute conciliation échoue avant même d'être ébauchée par Fin des l effet des précautions prises pour la rendre irréprochable. Noailles *^«"'"é''eDces lient toujours en réserve quelque mémoire tout bourré de principes intangibles et d'exemples décisifs'\ Les pages succèdent aux pages et les cahiers aux cahiers; le Régent, résigné, subit ce déluge non sans laisser échapper « quelques mouvements d'impatience » teous celte profusion de « vérités si solidement détaillées )>. Alors il se rejette vers l'espoir de diviser les évèques partisans de Noailles, ayant ouï qu'ils étaient divisés en trois classes dont une intraitable et composée naturellement des quatre prélats : Mirepoix, Montiiellier, Senez et Boulogne. Mais les six autres n'étaient poui' l'instant, guère plus faciles à entamer, on décida en conséquence de dresser une Déclaration imposant un silence absolu sur toute cette affaire'\ Le Régent dégoûté de tout le reste, comptait que ce moyen rendrait, enhn, la paix. Noailles sentait son diocèse lui échapper. Le jour où se tenaient au Palais Royal des assemblées, les hdèltrs s'entassaient dans les églises pour demander à Dieu que le cardinal ne les trahit pas''. Le 26 février une assemblée plus nombreuse n'aboutit pas à de meilleurs résultats, u Voilà, disail-<m à la Cour, toutes les conférences liniL-s sans nul es[K>ir d'accommodement'' » et dans le public ^ on assurait que M. le Régcuit voyant les prélats si peu d'accord entre eux sur ce point, leur avoit dit de n'y plus penser et de s'en retourner chacun dans son diocèse''. »

Après l'assemblée de prima mensis on avait remarqué chez Appel tous les docteurs une surexcitation extrême sur la manière dont "^"^ '''^^'''' ils étaient traités. Le jour même de l'assemblée à sept heures du matin, le secrétaire d'Ét.it La Vrillière envoyait au syndic Ravechet, qui ne put se dispenser d'en donner lecture publiquement,

^' Gazette, p. i46 ; 5 février 1717.

'' Villefore, AnecMlules, t. II, p. 18^; 5 février; Dangcau, Journal, t. XVII, p. 17 ; 5 février 1717.

Vilk'fore, Aueahtes, t. II, p. iH^-igG.

Villi'fore, Anecdot^-s, t. II, p. 196; -j.o février.

Villrfore, Anecdotes, t. II, p. 197.

Dangcau, Journal, t. XVII, p. 32; 26 février 1717.

Buvat, Journal, t. II, p. 253; 26 février 1717.

Adhésion de la Faculté

une kttre de cachet ordonnant à la Faculté de Théologie de biffer la conclusion inscrite dans ses registres sous la délibération du j5 janvier précédent. Cette lettre avait été sollicitée par le cardinal de Rohan; voyant l'émotion produite par cette mesure, les évêques de Mirepoix, de iMontpellier, de Senez et de Boulogne, crurent la conjoncture favorable pour publier leur appel, qu'ils signèrent ce jour là, i"' mars, et y associer la Faculté. Ces quatre évêques passèrent donc un acte authentique devant deux notaires du Châtelet de Paris, par lequel ils appelaient comme d'abus au futur concile général prochain de la constitution Unigenitus et de tout ce qui s'en était suivi jusqu'alors, soit de la part du pape, soit de la part des évêques de France qui l'avaient acceptée. Ensuite ils résolurent de porter cet acte en Sorbonne, le vendredi suivant, à l'assemblée qu'on devait tenir. Leur dessein fut conduit avec un profond secret. A leur arrivée, la délibération venait de s'ouvrir sur les affaires courantes. Un docteur vint avertir le doyen que quelques évêques demandaient l'entrée de la salle de l'assemblée et une députation de six docteurs les alla recevoir. Tous se levèrent pour leur faire honneur et on garda le silence jusqu'à ce qu'ils eussent pris place sur le banc du doyen. L'évêque de Mirepoix prit la parole, exposa la nature et les raisons de cet appel; il les tira du fond de la Constitution, par laquelle, dit-il, les vérités étaient renversées, la morale et la discipline de l'Égiise mortellement blessées, l'autorité des souverains violée, et les droits de l'épiscopat attaqués. Il ajouta, que n'ayant [«u trouver de remède à ces maux, ils avaient eu recours à celui qu'on avait employé dans tous les temps et qu'ils appelaient de la Constitution au futur concile général; il pria la Faculté d'entendre lire leur appel, oé qui fut fait par l'évêque de Senez. L'évêde Mirepoix prit ensuite la parole et dit qu'ils mettaient entre les mains de la Faculté une copie authentique de leur acte d'appel, par préférence à toute autre Compagnie.

Le syndic Ravechet complimenta les quatre, les remercia de l'horneur rendu et de la préférence accordée à la Faculté et con dut par ces paroles prononcées d'un ton plus ferme et plus grave

dant acte. Quelques docteurs voulurent adhérer par voie d'acclamation: mais la matière parut trop importante pour être ainsi décidée et la délibération s'engagea selon les formes ordinain^s. L'évêque de Senez, qui n'était pas de la Faculté voulut sortir, on l'obligea de rester, puis chacun opina paisiblement. Sur cent

L^APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

aTerti

dix docteurs présents, quatre-vingt-dix-sept adhérèrent à l'appel dou/e se partagèrent en divers avis, un seul fut opposant, mais ..ans demander acte de son opposition. Les deux notaires du Châle.et, qui avaient suivi leurs quatre clients, réclamèrent une copie de la délibération qui leur fut aocoidée"'* (5 mars)

Pc^ndant que les quatre évêques s'attardaient en Sorbonne, le Le Régent cure de baint-Merry^% seul docteur opposant, s'esquiva et courut aveilir de ce qui se passait le cardinal de Rohan qui ne fit qu'un ^^aul jusqu'au Palais-Royal où le Régent dit tout haut « qu'il n'avoit jamais été si en colère'" ». Quand le cardinal de Noailles arriva à onze heures à l'audience ordinaire, la première chose que lui dit le duc d'Orléans fut ce qui se passait en Sorbonne. Noailles joua le mécontentement et mit l'esclandre au compte de la letlie de cachet; il s'abusait. Un des quatre, l'évêque Jean Soanen, de Senez, a raconté depuis les motifs de la conduite tenue par ses collègues et par lui-même : <( Après la mort de Louis XIV, nous retournâmes à Paris, pour l'affaire de la Constitution. On ne cessait, dit-il, de négocier, de tenir des conférences, de proposer divers projets qui tous, supposant pour condition essentielle que les évêques opposants accepteraient la Bulle, ne roulaient que sur la manière de l'accepter. Pour nous, nous ne prenions aucune part à ces mouvements, persuadés que la Bulle •n'élojt pas une affaire à mettre en négociation, et qu'avec quelque correctif <iue la Constitution pût être proposée, nous ne pourrions jamais l'accepter. Mais nous comprîmes bientôt que ce n'esl point assez pour un évêque de ne prendre aucune part aux plaies qu'on fait à la vérité et qu'il doit employer les derniers remèdes que Jésus-Christ a laissés à son Église. Ces réflexions nous déterminèrent à former notre appel au futur concile*'. »

A [>eine eut-il instruit le Régent de ce qui se passait, le cardinal de P.ohan concerta avec le prince une conférence qui se tiendrait au Palais-Royal l'après-dînée; il s'y trouva les cardinaux de Rohan et de Bissy, le chancelier Daguesseau, le duc de Noailles, le maréchal d'Huxelles, M. Amclot et le marquis d'Effiat, on envoya

" Vilk>fore, Anecdotes, t. II, p. 208-210; Dorsanne, Joarnal, t. I, p. 323- Buvat, Joarnal, t. I, p. 356-257 ; Dangoaii, Journal, t. XVII, p. 37 ; 5 mar^ 1717*

" C Baloche, Eglise Saint-Merry de Paris. Histoire de la paroisse et de la inrlS ^'''^■'^^^)' ^"'^^ P^"^' «• ^' ['OU], t. I, p. 432-449, a ignoré cet

^° Dan;?<.aii, Journal, t. XVII, p. 37; 5 mars.

• Instruction pastorale de Vévêque de Senez, dans laquelle il rend son clergé

LT.Z ^v7v ^^P""''^^''^' d^ ««« ^^rrtiers sentiments sur les contestations qui agitent l Eglise, 1727.

Mesures

de rijîueurs

contre les

appelants

•11 i ri.. Il \ rillicre pour libeller les che.cher MM d-Avmenouv.Ie ^^ ^^ "^^^ •^' ;,,.,C général apiettics de cachet. Pendant la ^^ance le r ^^

porta racte dappcl <1- j-^^Î^ ^^ ' -'^ -Çu sans leur bonne, étaient venus lu ""' ";^ ^^ ^ -^ Q^^nd ce magis-

ea donner acte, T^^'i^!^'^^^ , 1 icitèn-nt des mesure. Irai se fut relire, les deux <='"^" ''"^ j .^tre évoques

de rigueur, auxquelles répugnait le «^8';"' . '^. » ,.^ g,^.

eurent ordre de sortir de l'ans ''^^ '« J""-^^ ' >, 7^ Bastille", chet tut exilé à Lyon le "f ''- T-^jf^^^: J, avait monté Ravechet tut introuvable. Au or de 1 as^-n b ^^^^ ^^. ^^^^

"^'^'iZrZ l":"n^ ou t'tSre'arlache'r quelques teuil- . S'Te/^éla'i r:;n.ent -pec-u^emerU .^. en eveques. l'orare transmis par dArn.enonv.lle M- ^e M epo.X en

S;rJi:"éS=r.t"d:r:utiîr;;A^^^

joyeux uavvi troupe darciieis

Adhésions Des qut m i rv i'„„aipnre tenante, et demandèrent les

nombreuses „„ rendirent à lOflicialite, 1 auaicnw icn.iiin- , '-

MhTs "nostoios qui leur turent délivrées par 1 officiai qm ne nouvait sTrcïuser". Cela tait Us se retirèrent aux environs de PaHs' et M de Mirepoix v tut relancé avec ordre de gagner surfeainp 'on diocèse pour n'en pas sortir. A peine appel fut-. lonnuians la foule qu'on vit les appelants se multiplier. Fresque Z Is urés de Paris et du diocèse, plusieurs communautés tous les, cures ,i,é„lo"ie de Reims, les chapitres de

reliaieuses, la lacune ae lucuiuj,'^ , , .• - j„ !}„„„,, ,.» Chartres e d'Orléans, beaucoup de curés du diocèse de Rouen t ^ne île multitude d'autres qu'on n'y faisait plus attention. Le relur de l'Université prenait ses mesures pour taire adhérer le

«Dorsannc, Journal, t. I, ,.. 3..',; Vilktoro. Anecdotes, t. Il, P- ^lî;

^"X;arn::..™ar"l,''p.'^S -3 ; Sac par fa.t. Quinaut, Pan..au.

'i t \vn D Al II mars 1717, l'abbé Ravechet mourut k a.'i avril, a

tnnt heï'"'B^nidi;ùns en alJnt' .^ Saint-BH^uc ,ui lui était désigné po«r

lieu d'ôxil ; Buvat, Journal, t. I. p. =63; voir Dangeau. op. et., t. XVII. p. 38.

3q; Dorsanne, p. 33i. , . . n /

- Dorsanne, Jourml, t. I, p. 324; Villefore, Anecdotes iH V. 2ik « Il y resta près d'un mois, Dorsanne, JournaU t. I, p. SaA : Gazette de la

Régencey p. i6o; 5 avril 1717-

*• Dorsanne, Journal, t. I, p. 32^.

*' Dorsanne, JournaU t. I, p. 32^: Danereau, Journal i. XVTT, p. 39; 7 mars; Gazette de la Régence, p. i56 ; 26 mars. • V

t*APPEL AU CONCILE GËNÊRAL

corps entier des quatre Facultés de Paris, mais le Premier Président en informa le duc d'Orléans qui fit défense de rien statuer. Le maréchal d'Huxelles se mêlait de plus en plus, à ces disputes et le Régent semblait heureux de l'y laisser agir, bien persuadé qu'il s'y userait vite.

Le coup de surprise dos quatre avait nui à Noailles, qui passait au second plan, éclipsé par ces évéques de province. Rohan, n'agissait pas, mais parlait haut et s'imposait au nom d'une trentaine d'évêques qu'il tenait en main et traitait a sa table. Dans ce nombre on choisit huit prélats qui se tiendraient à la disposition du Régent pour répondre à ses interrogations^*, sorte de synode de cour, permanent et domestique, tel qu'on l'avait vu jadis à Byzance : Synodos endémousa*\ Celui-ci compterait les inévitables cardinaux de Rohan et de Bissy, les archevêques de Bordeaux, de Bourges et d'Aix, les évéques dé Bazas, d'Uzès et de Viviers. Cependant; môme dans l'entourage de Rohan, les quatre lie manquaient pas de défenseurs^", aussi Noailles ne se décourageait pas, il écrivait^', il parlait. A la tête de quatorze évoques, il alla demander au Régent le rappel des quatre". Le prince admit que leur appel était canonique, mais leur reprocha de l'avoir émis sans lui çn parler dans un temps où il travaillait à tout pacilier". Noailles lui-même ne se cachait plus maintenant de dire « qu'il ne voyoit plus rien de meilleur à faire qu'un appel au Concile œcuménique »; il s'y résoudrait le plus tard possible, avertirait le prince au préalable et servirait tous les adversaires autant que l'intérêt de l'Église le demanderait''. IjG Régent laissait tout dire en sa présence, cela comme le reste; quand Noailles invoquait les droits de sa conscience il se taisait, quand Rohan ou Bissy disaient la même chose il souriait. Comme tout le monde, il riait de tout ce qu'un conllit si grave suscitait de petitesses et détrangetés. A Rome on avait brûlé par ordre du Pape les lettres des curés du diocèse de Paris à leur archevêque; le bourreau, homme ingénieux, imagina d'enduire de graisse ces paperasses gallicanes qui dégagèrent une fumée aveuglante, ce que

Opinions contradictoires

** Dangeau, Journal^ t. XVII, p. ho; 8 mars 1717.

*• .1. Pargoire, L'Église byzantine de 827 à &47, in-12, Paris 1906, p. 55-56. *• Dangeau, Journal^ t. XVII, p. Ao; 8 mars 1717. ** Villefore, Anecdotes^ t. II, p. 216. • " Dangeau, Journal, t. XVII, p. Ai ; 10 mars 1717. " Villefore, Anecdotes^ t. II, p. 221.

•* Villefore, Anecdotes, t. II, p. 221; Dangeau, Journal, t. XVII, p. A2 ; 12 mars 1717.

L'exploit de l'huissier Le Grand

Appel (lu

cardinal

de Noailles

36 HISTOIRE t)E LA RÉGENCE

le peuple romain tint p(.ur vrai miracle". Mais il y eut mieux, Idlement que, d'abord, les Parisiens n'y voulurent croire . Cependant l'histoire était véritable et Jean Buvat ne manqua pas

de la recueillir" : , , . • /^um i«»

« Le i^' d'avril 171 7, le sieur I^ Grand, huissier au Chatelet de Paris, arriva du voyage qu'il avait fait à Rome par ordre des évêques de Mirepoix, de Montpellier, de Senez et de Boulogne. Pour dérober sa marche, il partit de Paris le 6 mars, sous prétexte d'aller, à son ordinaire, à la campagne faire quelques exploits d'assignation ou de saisie. Il prit la poste à douze lieues de Paris, et continua sa course en diligence jusqu'à vingt milles ou fiix ou sept lieues de Rome, où ayant quitté la poste, il acheva son voyage à pied jusqu'à Rome, comme un pèlerin. Le lendemain de son arrivée il fut au Palais du Vatican, après-dîner, fi se glissa parmi ceux qui eurent audience du Pape, où après avoir à son tour baisé la pantoufle du Saint-Père, il lui présenta un papier que Sa Sainteté remit entre les mains du cardinal Pauiucci, son premier ministre d'État, pour lui en rendre compte une autre fois et pour y faire réponse, croyant que c'étoit un placd ou mémorial; puis l'huissier se retira, et la nuit suivante, à minuit, il afficha deux copies de l'acte d'appel des quatre évêques à côté de la principale porte de l'église de Saint-Pierre et une autre copie au Campo di fiore, au bas desquelles copies il se dit huissier au Châtelet de Paris et avoir signifié ledit acte d'appel de ces quatre éveques au prochain concile général oecuménique à notre Saint-Père le pape Clément XI, en parlant à la personne de Sa Sainteté; la nuit même il sortit de Rome et reprit

la poste. »

Pendant qu'on attendait en France de savoir l'accueil que ie Pape ferait à l'appel, le cardinal de Noailles jugea opportun de faire appel au futur concile avant que les censures n'eussent été prononcées. Le 3 avril il fit inscrire son appel sur les registres de son secrétariat, mais il ne le rendit public que dix-huit mois plus tard. Cependant il fit enregistrer loriginal au greffe de rOflicialité. Le 6 avril devait se tenir un synode diocésain, Noailles y fit donner connaissance aux curés de son Corps de Doctrine^*. Ce n'était pas seulement à Paris que l'appel mettait les esprits on mouvement; les provinces participaient à ce beau zèle. Reims était

^^ Villofore, Anecdotes, t. II, p. ?.23 ; Guzctley p. i5G; jG mars 1717. *• Gazette, p. i6o; 5 avril 1717.

*^ J. Buvat, Journnl, l. I, p. 207.

*" Dorfiannc, Journal, t. I, p. 828; Villcfore, Anecdotes, t. II, p. 226; Buvat, Journal, t. I, p. 269.

L*APPEL .\U CONCILE GÉNÉRAL

particulièrement agitée, mais Bourges n'était pas plus tranquille, ni Grenoble, ni l'inflammable Provence. L'archevêque d'Arles, les éveques de Marseille et dé Toulon écrivaient au Régent de (( ne pas davantage se laisser flatter par les espérances frauduleuses de pouvoir surmonter les difficultés; tandis que les nonacceptants apprivoisent le public au scandale de leur appel au concile général" ». L'archevêque de Lyon laissait entendre que les appelants pourraient bien faire le voyage de Pierre-en-Scize; l'intendant du Languedoc, Bas ville, se disait nanti de quatre ordres d'exil destinés aux quatre premiers appelants. Nonobstant ces procédés de persuasion, l'appel gagnait des partisans.

Deux universités, celle de Reims et celle de Nantes, se pro- ^^^^^^^^^ noncèrent avec des circonstances qui retinrent l'attention. L'archevcque de Reims, Mailly, avait imposé à ses diocésains l'acceptation de la Bulle sous peine d'excommunication et prononcé la suspense contre les ecclésiastiques récalcitrants. Son ordonnance fut cassée^ par arrêt du Parlement de Paris {?.8 mai 1716) et la guerre durait depuis ce temps lorsqu'à la suite de lappel des quatre, la Faculté de théologie de Reims y donna son adhésion, puis le chapitre, puis l'université de Reims en corps, plus^ de cent curés et différents monastères firent des actes du même genre*". A la même époque, la Faculté de théologie de Nantes fit 4ippel et le notifia au parlement de Bretagne. A cette nouvelle on vit des curés, des religieux affluer au Parlement ou chez ks notaires royaux pour y faire recevoir leur adhésion. Un prêtre vénéré de toute la ville" M. de la Noé-Ménard , se fit porter à l'audience de la Faculté pour y déposer son apper\ Le diocèse de Rouen fut un de ceux où l'appel se propagea le plus rapidement; ceux de Troyes, de Metz, de Toulon, de Tours suivirent de près. les éveques' d'Agen et de Condom, de Châlons-sur-Marne et de Saint-Malo adhérèrent, le 23 avril, à l'appel du cardinal de. Noailles. Afin que cas actes ne fussent vus de qui que ce fût, le car-

" VilMorc, Anecdotes, t. II, p. 229.

•» Belation des délibérations de la Faculté de théologie de Reims au mjet de Vacceptation de la bulle Unigenitus, in-12, I7i5; Lettre d'un théologien catholique aux docteurs de Beims sur le mémoire que ces messieurs ont présente à Mgr le duc Bégent au sujet de la signature du Formulaire, in-12, I1716J ; * Actes principaux, faits dans Varchevesché de Beime- au sujet de la Constitution Unigenitus. — Acte d'appel de la Faculté de théologie. — Lettre de ladite Faculté aux quatre évêques appelnns. — Décret de VUniversité. — Ordonnance de... Varchevêque du 20 rmirs 1717- — Protestation de U Faculté de théologie contre ladite ordonnance, \n-ii, 1717; Buvat, Journal, t. I, p. 268.

•' Vie de \L de la yoé-Ménard, prêtre du diocèse de Nantes, avec Vexposé de $on culte et les relations des miracles opérés à son tombeau, Bruxelles 1784.

Allées et venues

Réponse

3g HISTOIRE DE LA RÉGENCE

dinil garda le registre dans son cabinet ce qui fit que personne n'ayant vu l'acte, chacun en parla différemment.

La conscience en repos depuis qu'il avait fait appel Noailles se prêtait complaisamment à toutes les propositions d accommodement. Elles renaissaient l'une après l'.utre. Le maréchal d'Huxelles, qui venait de faire sourire toute la Cour en demandant à se retirer-, conçut un projet qui lui parut admirable. Les évoques et cardinaux acceptants écriraient au Pape d accepter le Corps de Doctrine et les évoques et le cardinal non-acceptants recevraient sur-l(-champ la Constitution. En réalité on ne se faisait guère d'illusions sur les chances de succès de cett- combinaison A Rome, on ne se montrait pas moms ingénieux, le P Lafitau s'était fait une siK^cialité d'aller d'un camp à 1 autre parler sur la BuUe et sept cardinaux s'engageaient à réduire le Pape à l'inaction et au silence. C'était, trop visiblement, un marché de dupes, et le clergé du second ordre ainsi que le Tiers- État éprouvaient une si grande défiance à l'égard de Rome qu on n'eut pu faire accepter rien d<' semblal)lr"\ Clément XI ne doutait pas cepc^ndant du prestige attaché à sa personne et, pour mieux faire passer cette proposition, écrivit de sa main au cardinal de Noailles une l«^llre toute débordante de tendresse et d'exhortations, à la manière italienne^\ Cette lettre, arrivée le 22, fut lue le 25 avril, au Conseil d(^ régence", qui décida que le cardinal répondrait sans prendre aucun engagement".

Cette réponse ne s'écartait pas des plus excellents modèles de

Réponse v^-^t-i^v. i».(^v...>^ ..^ ~ ^^^ , . ^ ^

du cardinal j^ corresTK)ndance officielle : assurances de soumission, protes-

au uape . , . •. •• j :* ^•>» r»^.f:i/^r»c. Ao mcm'thT^ ^

tations de respect, citations adroitement enfilées de manière à devenir embarrassantes, on cnteiulail p nier tout à tour les Molinistes et leurs contradicteurs, la Sorbonne et le cWgé de Paris défilaient en bel ordre, on rappelait que l'appel est de droit, qu'il est suspensif et nullement schismatique. Tout cela étiit présenlé avec beaucoup de dignité, de modération, de justesse, tellement que !e maréchal d'Huxelles disait de cette lettre qu'« elle éloit épiscopale en diable*' » (i"' juillet).

Ainsi donc après les projets, les conférences, les entrevues, les correspondances, on se retrouvait dans le même inextricable

*2 Dangeau, Journal, t. XVII, p. 44; i5 mars 1718; Gazette de la Bégence, p. i58 ; 25 mars 1718.

" Gazette, p. ï63; 12 avril 1718.

*'* Dor^annc, Joumnl, t. I, p. 336; Vill^fore, Anecdotes, t. II, p. •>/i3. ••* Buvat, Joiirnul, t. I, p. 26'i-265 ; Gazette, p. 169-170. ** Dorsannc, Journal, t. I, p. 337.

•^ ViMefore, Anecdotes, t. II, p. 261.

L'APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

connit Le 8 juillet, une assemblée de Sorbonne autorisée par le Régent, sans que les vingt-deux Docteurs exclus eussent permisnon d'y rentrer, s'attendrissait sur les derniers moments du «nilic Ravechet dont l'administration était approuvée par lettres ïestimonialcs équivalant à une confirmation de 1 appel du o mars" BissY et Rohan, qui sentaient le coup, se hâtaient de demander dans une réunion tenue au Palais-Royal que dans les diocèses où les évêques avaient reçu la Bulle le cierge eut oblfgalion de s'en arranger. Le Régent et d'Huxelles approuvaien . lorsque Daguesseau demanda si la foi différait du diocèse d Orléans au diocèse de Paris? (lo juillet). Les deux cardinaux se dé^istèrenr. Le lendemain, changeant de batteries, ils se bornèrent à réclamer seulement une lettre du Régent, et 1 obtinreiit, de guerixî lasse, après quatre heures de discussion (ii juillet). Noailles survenait de Conflans et récriminait contre la lettre dans laquelle, tout de suite, le Régent proposait de « mettre une tempérament », qu'il imposa au grand déplaisir des deux cardinaux constitulionnaires (i.'^ juillet)".

T a 1-ltre de Noailles au Pape n'obtenait pas meilleur accueil. Le '?-\ iuillet, Clément XI se trouvait de méchante humeur lorsaue le cardinal de la T,-émouillc lui présenti celte réponse a tendue Le Pape souffrait de son asthme, avait mal dormi et ne voulait ni causer avec l'ambassadeur de Frahce n. lire la ettre aue celui-ci présentait. La Trémauille insista, le Pape lu, di que l paquet était fort gros et qu'il ne fallait pas un s. gros volume pour dire que l'on acceptait la Constitution A oé coup le cardinal perdit patience, dit au Pape que s'il n était pas satisfait, il devait l'être, que sa bulle avait bouleversé le royaume entier que Noailles vint-il à manquer l'opposition tiendrait «rme. le eu Roi avait compromis son autorité pour cette bulle, qu il était temps que le Pape mit du sien pour rendre la paix aux consciences" Sorti de l'audience, la Trémouille se rendit chez le cardinal Paulucci qui ix^çut la bordée sans riposter "" f "1 "ot

Pour le sortir de l'embarras où la lettre de Noailles plaçait Cle- . ment XL celui-ci recourut une fois encore à un PeT^^n^gf.^"; jouissait auprès de lui d'une haute faveur, le P. Lafitau. C était un de ces courtiers qu'on emploie en les méprisant et qu on désavoue tout en les récompensant. On ignore l'époque précise a

" Villefore, Anecdotes, t. II, p. 26ç)-.7«4 Buv.-.t, Journal l. h P- ^^4.

•• ViUetore, Anecdotes, t. II, p. 269-275; Buvat, Journal, t. I, p. 297 > Mam,s,

Journal, t. I, p. 217. . , . x tt ««a

'» Dorsannc, Journal, t. I, p. 347 ; ViUefore, anecdotes, t. II, p. î?»»-

Humeur du pape

Nouveaux projets

laaucUc cet agent cessa d'appartenir nominalement à la Compngn'ide Jésus mais, avec ou sans le lien ^^^^-^^^'^^Z^ foute son activité au service des J^^"'»^^;. ^•^"^,^' '^f X.lro de persuader le Saint-PèMv m'W «« '>'Jï«^"'' "* '"'"''" .^Z Fexîcalion d'une bulle pontificale dressée par les -equ^s ^e France S'v rési-ner c'était recevoir une leçon alors qui avait. ! urdroVdc LAaire. En même temps. I-Htau exposait ad 1„ xelles un nouveau projet d'accommodement : 1; .^^f "^^ ^«^^^^ pondrait à NoaiUcs en termes généraux que les ^;'''^^;*17^^^^^^^ Sans sa lettre n'avaient souffert aucune »"o.n o dans la B^^^^^ au'il condamnait tous les abus qu'on en avait fait. La lumou Ue, Suit par l'artificieux I.afitau, adopta et ^r<^r..nù^'-!^^^Z qui parut trop vaine pour être prise en '^'^^''^^f'^'^-^^^'^'J^ ichec en vint un autre : la conférence assemblée chez le cardinal deTaTrémouiUe f7 août)'-; et pendant ces vaines tentatives îapoel gagnait des adhérents. A l'Offieialité de Pans la journée enSre se passait h enregistrer les actes d'appel l.ant du diCK.^se de Paris que de celui .le IVauvais et d'ailleurs. Il en allait de même dans toutes les i)rovinces". .,.,•,•

Nouveaux j e chancelier Daff.i. sseau poussait le T.é-ent a agir d autorité date, en donnant une Déclaration royale imposant silence »'>\P«';'^; mais il voulait auparavant qu'on envoyât .à Rome un projet f< it vif. assurant le Pape qu'on le publierait s'il n'acceptait pas les explication.. \fin deviter de nouveaux délais, il fut arrête qu on ferait une Déclaration qui ne durerait que pendant le temps de la négociation. Le chancelier la rédigea et elle obtint l'ai.probation de Noailles, d'Huxelles, du Premier Président et des Gens du Roi Un conseiller fit observer que cette Déclaration ne pourrail empêcher les assemblées d'évêques dans le royaume, qu'on signalait à GaiUon, à Dijon, à Soissons. Ces conciliabules de trois, quatre ou cinq évêques rédigeaient et expédiaient des mandements auxquels on ne pouvait reprocher la dissimulation. Un de ces projets de mandement adressé aux évoques du Languedoc proclamait la bulle UnUjcmtiix règle d.' foi obligeant en conscience, l'Appel frivole, illégitime et nul, les Appelants et leure adhérents excommuniées devant Dieu, les ecclésiastiques appelants frappés d'irrégularité majeure, les sacrements administrés par eux iliicites et sacrilèges, et sacrilèges ceux qui les reçoivent". Déciaraiion Gc n'était pas ainsi qu'on pouvait espérer l'apaisement des

de silence

forcé „ Villefore, Anecdoies. t. II, p. 583.

" Buvat, Joiirnaly l. ï, p. 295.

" Dorsanne, JourmiJ, t. I, p. 356; VUlefore, Anecdotes, t. II, p. 290-293.

L»APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

rsprils, aussi le chancelier n'en était que plus persuadé de leffieacilé du silonce, et, le 18 octobre, il écrivait à tous les Premiers Présidents et IcMir annonçait l'envoi d'une « Déclaration pacifique par laquelle le Uoi a jugé à propos de suspendre toutes les dis- I)utes, contestations et différends qui se sont élevés dans le royaume au sujet de la dernière Constitution du Pape, jusqu'à ce que Si Sainteté ait trouvé les moyens de rétablir une paix solide et durable dans l'Église... Ce seroit avoir peu fait d'imposer un silence général et absolu... si les premiers magistrats ne veilloient à faire observer religieusement et inviolablement un silence si nécessaire... Vous ne devez donc souffrir dans votre ressort nul acte, nulle déclaration, nuls procès, nuls différends et contestations sur le sujet de la Constitution... J'ajouterai seulement sur ce qui regarde les lilx^iiles toujours réprouvés par euxmêmes selon les règles de la police, mais qui porteraient un nouveau caractère de malignité... que votre Compagnie n'en sçauroit faire une justice trop rigoureuse'* ».

Pendant que Daguesseau exposait ces raisons, D'Huxelles en- intrigue voyjiit, par ordre du Régent, deux courriers à Rome avec ordre de Lafiiau au cardinal de la Trémouiille de déclarer au Pape que si Sa Sainteté n'expédiait pas les bulles des évéqucs nomuié.*^, avant le t" janvier 17 18, on prendrait en France les 'mesures convenables. Et comme on avait peu de confiance dans le résultat de ces démarches, on mettait en mouvement les ressorts les plus vils de la diplomatie secrète : le P. Lafîtau, il va sans dire, et le traitant Pleneuf, fugitif et sous le coup d'un mandat de prise de corps. La fille de Pléneuf, alors la maîtresse du duc de Bourbon, aboucha le pégent avec ces aigrefins. T.afitau tenait les fils des deux négociations, l'officielle et la clandestine, jouait la confiance de la Trémouille, de qui la candeur retournait vers l'enfance, et troublait la sérénité de Clément XI en lui laissant entrevoir quelque ehose de sa négociation secrète. Mot après mot, et comme goutte à goutte, il parlait d'une lettre de d'Huxelles remplie de menaces pour la Cour de Rome en cas qu'elle voulût recourir à des censures contres les Parlements. Mais, ajouta-t-il, la Déclaration de silence obligatoire offrait un préliminaire favorable vers un accommodement. Intrigué, le Pape réclama plus de clarté. Alors Lafîtau insinua la possibilité d'une approbation donnée aux explications concertées en France; approbation suivie d'une acceptation relative de Noailles. A ce mot de relative le

''^ Vilk'forc, Anecdotes, t. II, p. 3o'|-3o6; Isambcrt, Becueil des anciennes lois Jrançaises, t. XXI, p. i56.

L'appel

de Noailles

publié

Pape dressa l'ordlle, mais LaHiau a.Jait toujou- ■^^;^^Z sans qu'on k dit et tenant pour «"îf'*«"' ^""^ serait pas ingrat

que solide de reconnaissance et une somme qu. ne sera.t pas .n

di^ne de considération. . , p«t»^

l^ mot était lâché! Curieux, peut-être un peu "arquo. .je P»!^

ne .avaient rien et n'en auraient aucun ^^^P^^"; ^ ^,^^^^^^^^ mia au'il ne s'en fierait qu'au Régent en personne €t le tentateur Jepnrqle Français av.c qui il avait engagé Taffa^re navaU pï de^^on chef, îormer une telle entreprise en ^orte qu ^ y avait lieu de croire que le Régent et a. t le rnob.le de tout. Ceei rassura le Pape et ne parut pas lui dt>plaire •

P ndant que se poursuivait cette obscure négociation un eve-

-. ;.^- nem'nt ^^^^^^^^ jotaU le cardinal do Noailles dans un grand embar-

furetot Tun des évêques qui avaient adhéré à son appel et en avait îecu copie l'évèque de Lectoure venait de mourir; la copu' trouvée drnrs;s paliers fut imprimée sur le champ. Averti, Noailles Tvoya chez le Lieutenant de Police réclamer des perquisitions immédiates (i6 novembre) qui n'aboutirent pas. Trois jours plus tard l'appel fut répandu dans le public^. On apprit bientôt que des gens en carrosse et d'autres à pied l'avoient distribue dans tout Paris et avec tant de hardiesse que celui qui le porta a la princesse de Conti interrogé de quelle part il apportait ce paquet, répondit • « De la part de Dieu". » H fallait maintenant supprimer l'écrit sans qu'on put induire que l'appel était supprime, et les Gens du Roi rédigèrent l'arref * sans consulter le cardinal qui, de dépit s'alla cacher à Conflans^', d'où il se mit à écrire au Régent, au chancelier, à l'avocat général et l'affaire se termina péniblement. Au reste, le chancelier n'était pas moins mortifié

» Dorsanne, Journal t. I, p. 364-365; Vilkfore, Anecdotes, t. II, p. 3iA-3i5. '• M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 27 décembre 1717, dans Les Correspondants de la M»« de Balleroy. l. 1, p. 233. Acte d'appel de S. E. Mqr. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, du 3 avril 1717, au Pape mieux conseillé et au futur Concile général de la Constitution de N. S. P.... du 8 septembre 1713, et de tout ce qui s'en est suivi et pourra s'en suivre. " Villefore, Anecdotes, t. 11, p. 3 1 8-3 19. »• Buvat, Journal, t. I, p. 309.

" Buvat, Journal t. I, p. 309; Villefore, Anecdotes, t. II, p. 319.

L*APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

depuis qu'il avait pu lire la Déclaration royale du 7 octobre sur le silence imposé — son œuvre — publiée en parallèle avec une ancienne ordonnance de l'empi-ecur Constance, le Type, où ce prince hérétique faisait défense aux catholiques d'écrire et de parler de la secte monothélite". Et pour qu'aucune déconvenue ne manquât, le coche débarqua un matin d'octobre l'abbé Chevalier et le P. de la Borde qui, pendant dix mois de séjour à Rome, n'avaient pu obtenir d'approcher du Pape'\ Ce fut l'évêque de Nîmes qui paya pour tout le monde. Le 512 novembre, d'Armenonville vint lui conseiller de regagner sbn diocèse, l'évêque résista, son visiteur tira une lettre de cachet et M. de la Parisière ramassa six cents francs d'argent et se mit en route". Ce fut tout le fruit retiré de sa propagande à l'étranger en faveur de la Bulle. Les évéques appelants ne formaient qu'une escouade en face du bataillon compact dc« constitutionnaires; quinze, à peine, contre cent. Le bataillon était manœuvré par les Jésuites; l'escouade entraînait après elle toute la nation. Tous s'en mêlaient; non seulement docteurs en Sorbonne, curés ou vicaires, religieux, parlementaires, mais encore chanoines et abbés, moniales et « bonnes sœurs », et jusqu'au menu fretin des sacristies, suisses et huissiers, bedeaux et chaisières, toute la gent sordide et rapace qui vit des rognures du sîinctuaire. Les laïques prenaient parti, s'iffichaient, portaient à Tépée des nœuds de rubans — blanc, rouge et jaune, à la Bécjcnce — , noir et rouge à la Constitution; ou bien dégainaient dans le lieu saint et défendaient la buflle l'épée à la main". La conviction y était chez un grand nombre pour quelque chose, chez beaucoup d'autres, la mode, l'engouement suffisaient à tout et justi'fiaient tout; ceux enfin qui voyaient de près tout ce qui s'agitait, tout ce qui grouillait derrière ces grands mots jet ces -phrases pompeuses qu'on se jetait à la tête d'un parti à l'autre parti pour s'étourdir plus que pour se convaincre, ceux-là étaient sceptiques sur les principes comme sur les individus. En opposant sa signature au bas d'une liste de bénéfices le Régent disait : <( J'ai tout donné à la grâce et rien au mérite"! »

L^opinion publique

Buvat, Journal, t. I, p. 309. Arrêt du Parlement de Paris, du 2 décembre 1717 condn.mnant au feu un imprimé à deux colonnes contenant, Vune : la Déclaration du 7 octobre 1717; Vautre une traduction en français- du Type de l empereur Constant.

•^» Buvat, Journal, t. I, p. 3o8 ; Dorsanne, Journal, t. I, p. 36o. ^^ Buvat, Journ4il, t. I, p. 307; Villefore, Anec<îotes, t. II, p. 299.

Gazettes à la main, année 171 7.

" Mouffîo d'Angerville, Vie privée de Louis XV, in-12, Londres 1784, t. I,

Les libellés

Et il ne manquait pas de gens pour penser et parler conin.e lin. Un esprit malicieux adressait au Conseil de consci€nc« requête en forme tendant h la roconslnidion du monastère de Port-Royal-des- Ghamps aux dépens des Jésuites".

Le Régent se plaignait « de la licence des écrits sans nombre » répandus dans le royaume, rappelait les lois relatives à la librairie et l'obligation de soumettre tout écrit à la censure, de plus il enjoignait aux Parlements de poursuivre et punir tous auteurs de « livres, libelles ou mémoires » ayant trait aux controverses religieuses. Or sa lettre du i3 juillet aux évoques avait été publiée avec une « petite histoire au bas » qui en dénaturait- la signification''. Deux jours plus tard paraissait un mémoire de igS pages, sans nom d'imprimeur, réfutant le mémoire des quatre évêques appelants''. On y annonçait un Examen de Vappel, pendant que l'Université faisait imprimer un mémoire en réponse au mémoire de vingt-huit prélats; <( excellent ouvrage, nous dit Mathieu Marais, où on a recueilli tout ce qui est à la gloire de TUniversité et ce qu'elle a fait pour l'épiscopat et contre les jésuites et les ordres religieux'%). A quelques jours de là paraît «un gros recueil in-4° de toutes les lettres écrites par les curés de la ville et du diocèse de Paris au sujet de la Constitution" ». C'était comme un feu croisé eontinuel et qui ne laissait pas que d'alarmer eeux qui se trouvaient vi&és et atteints. L'écrit qui mettait en parallèle la Déclaration du 7 octobre et le Type sur l'affaire du Monothélisme fut revendiqué par les deux partis, non pas réconciliés mais tombant d'accord pour nuire au gouvernement**. Brûlé par la main du bourre?iu, cet écrit n'inclina pas les auteurs vers la modération et les magistrats n'en eurent pas moins d'occasions de requérir". Ils arguaient de la Déclaration du 7 octobre et nonobstant la Déclaration, on parlait, on écrivait, on protestait. L'évéque d'Apt lançait un Appel du Roi mineur au Roi majeur de la Déclaration du 7 octohre^^.

" I^ennrlet-Dufrefinoy, Mémoires sur la Régence, 17.37, t. I, p. 2.3 1.

•• M. Marais, Journal et Mémoires, i863, t. I, p. 217 ; Mémoires de la Régence, t. I, p. Sgo.

*' Dissertation sur Vappel interjeté de la constitution UnigenituJt au concile général, par l'abbé Leroy, in-if>, Paris, 1717.

'* M. Marais, Journal, t. I, p. 218.

•• Le témoignage de MM. les Curés, etc., et membres du clergé séculier et régulier, in-/i, Paris, 1717.

•° Villefore, Anecdotes, t. II, p. 335; Le nouveau Mercure, décembre 1717, p. 195-197.

•» Villoforc, Anecdotes, t. Il, p. 336.

" Arrêt du Parlement de Provence, du 20 décembre 17 18 condamnant

L*APPËL AU CONCILE GÉNÉRAL

C'était à ce résultat qu'on avait abouti. Dédaigneux de ces contestations, le Régent avait pensé d'abord les voir s'éteindre faute d'aliment; son indulgence et son indifférence n'avaient pas produit ce résultat. La Sorbonne, les Appelants et Noailles avaient soufflé sur la braise, mais le prince ne s'était pas moins laissé convaincre « que le très grand nombre était pour la bulle et qu'il n'y avoit qu'une poignée du parti opposé ». Décidé de tirer l'affaire au clair, il emmena un soir dans sa loge, à l'Opéra, le duc de Saint-Simon et le mit sur ce sujet. Saint-Simon vida son fiel sans ménagement pour personne, fit voir que « le gros de la Cour, du clergé, du monde, du public par tout le royaume » était appelant; bien plus, oe parti avait pour lui, avec le nombre, l'illustration. Dans ce camp on rencontrait les évêques les plus savants et les plus pieux, Mes abbés « de ce second ordre qui ne prétondoit à rien et qui ne vendoit point sa doctrine et sa foi », les magistrats, les docteurs, les maîtres de la jeunesse, en un mot tout ce qui comptait et tout ce avec quoi il fallait compter. Catholique pratiquant, Saint-^Simon mit le prince en garde contre l'esprit de domination de la Cour romaine avec la même âpreté qu'il eut dénoncé l'esprit d'envahissement de la bourgeoisie française. D'abord cette Cour n'avait fait qu'insinuer la poursuite d'un livre dangereux, on l'avait laissée le condamner; maintenant, le livre était oublié et il ne s'agissait de rien moins que de « faire recevoir, signer, croire et juger comme article de foi » tout ce que contenait la Bulle. Si on cédait une fois de plus, il en serait désormais de la France comme il en était du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, asservis au Saint-Siège. Si on résistait il fallait encourager les appels, intimider le nonce, avertir les Jésuites d'un mot eec, prélude de la menace qui les ferait rentrer sous terre''.

Saint-Simon avait eu son mot à ^iire dans une autre affaire qui occupa longtemps les esprits.

Le second jansénisme, sorti de la condamnation du livre des Réflexions morales fut bien loin d'égaler celui auquel donna naissance la condamnation de ÏAugustinus; les lutteurs n'étaient plus des athjètes de la taille et de la vigueur d'Arnauld, les hommes avaient dégénéré, les idées étaient rapetissées, l'opiniâtreté sans talent tenait lieu de la conviction sans faiblesse. La Sorbonne et les jansénistes d'une part, Rome et les Jésuites, d'autre part ne

VActe d^appel interjeté du Roi mineur au Roi majeur de la Déclaration du 7 octobre 1717.

" Saint-Simon, Mémoires, édit Chéruel et Régnier, t. XIII, p. 346-35q, Dang^au, Journal, t. XVII, p. 389-892, AddUions de Saint-Simon

Les vues du duc de Saint- Simon

l/affairc deh bulies

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L'APfEL AU CONCILE GÉNÉRAL

ménageaient plus rien ni personne. Inspire par le nonœ à Paris, Bcntivoglio, prélat licencieux marqué du doigt par les honnêtes gens, le pape Clément XI crut découvrir le moyen de triompher des adversaires de la Bulle; en conséquence il ordonna de suspendre les expéditions de la Daterie. Au mois d'avril 1716, le nonce reçut plusieurs bulles pour les évêques et autres bénéficiaires nommés, avec ordre de ne les point délivrer qu'après avoir signé une espèce de formulaire ou d'engagement à recevoir la Constitution. Le Régent l'invita à persuader le Pape de prendre une voie plus pacifique"'. Douze sièges se trouvaient vacants et seraient privés de pasteurs aussi longtemps que ceuxci ne consentiraient à passer un examen doctrinal par devant Bentivoglio. *

Cette prétention surprit les uns, indigna les autres. Le procureur général et le Régent lui-même avertirent le nonce que si le Pape maintenait son exigence, le gouvernement prendrait ses mesures pour faire sacrer les évêques et les introniser"*. Cette menace ne fut pas prise au sérieux, alors le Régent envoya un courrier à Rome, avec ordre au cardinal de La Trémouille de déclarer au Pape que si, par le retour du même courrier, on apprenait que Clément XI ne se relâchait pas de son refus d'accorder les bulles, on s'en passerait et le eoncile national y pourvoirait'\ Les canonistes et les historiens se mirent en campagne; ils rappelèrent la consultation adressée dans une eirconstance analogue par le roi Jean IV aux' universités du Portugal et à rAssemblée du clergé de France qui opinèrent que les bulles refusées sans bon motif cessaient dêtre nécessaires, ils citèrent le réquisitoire donné en 1688 par Tavocat-général Talon qui soutient que le métropolitain possède les pouvoirs suffisants pour l'institution de ses suffragants. Efens un assaut de eitations, la Cour romaine avait peu de chose à i^^douter, elle soutint le parti qu elle avait pris; il y eut dès lors une « affaire des bulles » qui ajouta une difficulté à toutes celles que tirait avec elle l'affaire de la •Bulle.

Cela dura environ deux années jusqu a ce que au mois de mai 17 18 le Régent déclarât au Conseil « qu'il falloit pourvoir à la dureté de la Cour de Rome; que, puisqu'elle s'opiniâtroit depuis si longtemps contre la loi réciproque du Concordat, il falloit eher-

•* Buvat, Journal, t. I, p. 187.

•* Gazette de la Régence, p. 79-80; 18 mai 1716; Buvat, Journal, t. I, p. iii5. '

•« Buvat, Journal, t. I, p. 196; Dangeau, Journal, t. XVII, p. 8; 11 janvier

cher et trouver le moyen de se passer d'elle là-dessus; qu'il étoi\ d'avis d'établir un bureau de personnes capables de faire le& recherches nécessaires à cet effet, d'en rendre compte au Conseil de Régence le plus tôt qu'il seroit possible, et aussitôt après st servir de la voie qui auroit été reconnue pour faire sacrer toui. les évêques nommés". » Le Conseil applaudit d'une voix, saui l'ancien évêque de Troyes qui approuva d'un coup de tête. Tout de suite le Régent proposa le-s noms de cinq commissaires : h maréchal d'Huxelles, inspirateur de la démarche", le maréchal de Villeroy, le duc d'Antin, le marquis de Torcy et le duc de, Saint-Simon, président et qui serait rapporteur au Conseil de Régence. Pour étoffer la compétence de ces personnages on leur donnait Ellies du Pin et Petitpied, théologiens de Sorbonne, l'abbé. Pucelle et Mainguy conseillers de Grand'Chambre, Arrault et Nouet avocats au Parlement''. Saint-Simon, complètement dépaysé, pensa s'instruire à fond en consultant Petitpied et l'abbé llennequin; mais je n'eus pas ]v temps, dit-il, de me rendre bien habile ni de tenir un seul bureau. Rome en prit une telle frayeur que sans balancer, le Pape manda le cardinal de La Trémouille, à qui le Régent avait défendu de prendre les bulles de Cambrai, sans que les autres nommés eussent les leurs en même temps. Le Pape sans perdre de temps en plaintes superflues, déclara qu'il accordait toutes les bulles et de le faire savoir à Paris par^ un courrier spécial. Les bulles furent expédiées incontinent après et pendant quelques jours, on n'entendit parler à Paris que de sacres d évêques. Il y avait trois arcnevécnes, une douzaine d'évôchés à pourvoir et une coadjutorerie'"".

Cette capitulation réjouit et affermit tous ceux que les exigences ultramontaines rendaient partisans des libertés gallicanes. La commission avait été instituée le 5 mai et, le 28, les bulles étaient à Paris; les appelants pensèrent découvrir dans l'inspiration de cet empressement quelque chose de cette condescendance italienne qu'on nomme, en France, la peur.

Saint-Simon ne doutait pas que à défaut d'une compétence uni- Disgrâce de verselle, à laquelle il ne prétendait pas, son dévouement, ses ser- "*al""seau vices, sa franchise et ses lumières ne donnassent grand poids à son opinion sur l'esprit du Régent. Le chancelier Daguesseau avait eu la même illusion dans ses rapports avec le prince qui ne

" Saint-Sdmon, Mémoires, t. XV, p. 334 ; Dangeau, Journal, t. XVII, p. 3o2 ; 5 mai 1717.

•" Gazette de la Régence, p. 254.

•• Buvat, Journal, t. I, p. 819; Galette de la Régence,' p. 255.

»^" Dangeau, Journal, t. XVII, p. 3i6; 28 mai 1718.

L'APPEL AU CONCILE GÉNÉRAL

Le décret

du 19fc»rier

tenait aucun compte de ce que les plus honnêtes gens lui pouvaient dire. Un an à peine après avoir reçu les sceaux, le 28 janvier 1718, Daguesseau était exilé à Fresne et remplacé par d'Argenson. Dans la matinée, le cardinal vint au Palais-Royal pour son audience du vendredi et s'entendit dire que, désormais, le prince lui-même serait son défenseur dans l'affaire de la Constitution. Saint-Simon crut devoir, lui aussi, rassurer le cardinal, mais le public n'ignorait pas ce que la disgrâce de Daguesseau signifiait; s'il avait pu s'y méprendre, un tout petit fait l'eut instruit : à l'occasion de cet événement les Jésuites donnèrent à leurs écoliers un jour de congé^".

Ce ne fut pas en France seulement que les Constitutionnaires se réjouii-ent, à Rome ils pensèrent avoir gain de cause et ne gardèrent plus aucun ménagement. Rohan et Bissy représentaient la disgrâce de Daguesseau comme un sujet de triomphe pour eux. Le 8 mars sans que personne s'y allendît, on vit paraître un déci-et de l'Inquisition daté du 19 février, condamnant l'appel des quatre tvéques, celui de Noailles et tous les appels éinis en France par les Facultés et par les individus. Quand ce décret arriva en France, le maréchal d'IIuxelles comprit enfin que le cardinal de La Trémouille avait été dupé par le pape et lui, Huxelles, dupé par Lafitau. Il s'indigna, trouva un écho dans le Régent qui promit à Noailles de faire rendre un arrêt contre le décret dès le lundi suivant et ensuite par tous les Parlements du royaume. Noailles consentit à n'agir qu'après tous les Parlements. Le Conseil de P/^rf^n^e ne fut pas moins irrité et, finalement, le Régent ixîtourna le décret à la Cour romaine sans s'être donné la peine d'ouvrir le paquet"'\ Tous les Parlements, chacun dans son ressort, rendirent des arrêts qui supprimaient le décret^"\ La lettre du Six mois se passèrent en chicanes, si mesquines que l'histoire 8septembre j^'^ lencontre rien qui vaille d'être retenu. Le 8 septembre, Clément XI publia une lettre adressée à tous les fidèles (( de quelque état, degré, ordre ou condition qu'ils fussent », exigeant de chacun, sous peine d'excommunication, une obéissance entière et

*°^ Villeforc, Anecdotes, t. II, p. 362.

"' Arrêt du Parlement de Paris, du 28 mars 17 18 supprimant un décret de l'Inquisition de Rome du i5 février 17 18 portant condamnation 1° de récrit intitulé Acte d'appel interjeté le i" mars 1717 par les évêques de MirepoiXy de Seriez, de Montpellier et de Boulogne au futur concile général... et 2» de l'écrit intitulé : Acte d'appel de S. E. le Cardinal de Noailles, archevêque de Pari&, du 3 avril 171 7 au pape mieux conseillé et au futur concile général...

1" Villcfnro, Anecdotes, t. II, p. 38Ç.

sans réserve à la Constitution Unlgenitus; cette nouvelle pièce fut désigné<- sous le nom de Pastoralis officii. I^s Parlements la condamnèrent'"' l'accusant de tendre à introduire en France la doctrine de rinfifllibilité.

Le 16 septembre, le duc d'Orléans accorda dans la matinée au cardinal de Noailles son audience hebdomadaire. Déjà courait dans l'aris lii copie de la lettre Pastoralis officii qui^ « met, dit Dangeau, un grand mouvement dans les deux partis du clergé'"'. » Dans la conversation, le cardinal dit au Régent qu'il ne pouvait s'empêcher de rendre public son appel au pape mieux informé ou au futur concile générar"', ce que le Régent ne parut pas désapprouver; il dit seulement qu'il ne croyoit pas devoir entrer dans cet appel. Alors le cardinal tira sa commission de président du Conseil de Conscience et le pria de vouloir bien la iL'prendre, ce qu'il refusa gracieusement; mais le cardinal insista, représentant que cela le détournerait des fonctions de son archevêehé et que cela d'ailleurs lui paroissoit fort inutile, et enfin le persuada de la ix^prendre, ce qui fut fait'"'. »

Le 21, l'abbé de Gontaut, doyen de l'Église métropolitaine de Paris, proposa au sortir du chœur, aux chanoines présents la convocation d'un chapitre extraordinaire pour le vendredi ^3, à dix heures du matin. \jCs invitations portaient qu'on délibérerait sur une affaire de la dernière importance. Le 23, le chapitre rassemblé comptait vingt-neuf chanoines. L'abbé de Montmort, chambrier, ix^ndit compte du motif de la convocation, qui était l'appel du eaidinal dont il donna lecture, à la suite de laquelle on ouvrit la délibération. L'abbé Dorsanne, chantre, auquel en cette qualité il appartenait d'opiner en premier lieu, fi4 un beau discours et adhéra à l'appi^l. H fut suivi par vingt-sept capitulants, un seul, M. de Mondebise'" se déroba derrière la Déclaration du 7 octobre. le Chapitre opina sur son opposition — car il s'opposait à la délibération — et décida à la pluralité de n'y avoir aucun égard. Sur le champ, une députation de douze chanoines dont dix prêtres, trois diacres et trois sous-diacres fut envoyée rendre compte au

*"* Arrôt du Parlement de Paris du 3 octobre 1718 appelant d'abus un dé- CTsiV (la lettre Pastoralis officii). Arrêts des Parlements de Rouen (i3 octobre), d'Aix (21 octobre), de Metz (25 octobre), de Grenoble (26 octobre), de Rennes (4 novembre), de Bordeaux (i5 novembre), de Toulouse (3 'décembre).

*°* Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 384; i6 septembre 1718.

"•• Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 388; 23 septembre 1718.

*°^ M. à Mme de Balleroy, 2^ septembre 1718, op. cit., t. I, p. 367.

'"* Ihid., p. 359 : « un seul moliniste s'y trouva qui s'appelle Judas de Mont-Biz<\ »

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