scène par ce discours
« Messieurs, le Roi a jugé à propos de créer l'état et ofiice de garde des sceaux et a bien voulu m'en pourvoir. G est pourquoi Sa Majesté ordonne que par le greffier de son Paiement lecture de l'édit portant création et provision de cet office soit faite, les portes ouvertes. »
Le greffier civil de la cour traversa le parquet et reçu du garde des sceaux, qui les tira de sa poche, les susdites lettres en forme d'édit, en donna lecture et regagna sa place. Après quoi le garde des sceaux ayant invité les gens du Roi à parler en disant : « Les gens du Roi peuvent parler », ceux-ci se mirent à genoux, il les fit relever au nom du Roi et l'avocat général Blancmesnill
dit ces mots : j» j
(( Sire. Les clauses des lettres dont nous venons d entendre la lecture méritent beaucoup d'attention; nous n'avons pu rechercher les exemples de pareilles lettres et de pareilles clauses; mais puisque V. M. nous ordonne de i)rendre des conclusions, le devoir de nos charges nous oblige de re<iuérir que sur le repli des lettres il soit mis qu'elles ont été lues, publiées, V. M. séant en son lit de justice et enregistrées pour être exécutées selon leur forme et teneur. » Alors le Régent s'approcha de l'oreille du Roi et llui parla, ou fit semblant, puis Son Altesse Royale prit la parole et dit que le Roi voulait être obéi et sur-lechamp; d'Argenson alla aux opinions et revint à sa place pro- ^ noncer l'enregistrement de ses propres lettres.
Ce premier acte fini, le second fut annoncé par la même cérémonie du garde des sceaux montant prendre l'ordre du Roi de qui s'approchait le Régent pour entendre et suggérer la réponse. Redescendu, assis et couvert, d'Argenson dit :
« Le Roi tient aujourd'hui son lit de justice pour l'affaire la
témoin oculaire, mais passionné. Ses observations semblent généralement faites à l'aide de ce don de vision suraigiie qu'on ne peut lui disputer, mais ses appréciations se ressentent d'un tempérament et d'une éducation qui l'avaient rendu généralement odieux, antipathique et ridicule à ee* contemporains.
LE UT DE JUSTICE
plus importante qui puisse intéresser sa gloire et le repos de ses peuples, puisqu'il s'agit d'assurer son autorité. Le Roi n'a pu voir sans quelque peine que son Parlement ait paru vouloir s€ faiTe des titres contre l'autorité royale' des grâces qu'il en a reçues, et que cette Compagnie non contente de faire à son souverain des remontrances avant d'enregistrer ses ordonnances et ses édits, se soit arrogé le droit de disposer et d'ordonner contre la disposition précise et littérale de ses volontés. Il semble même qu'elle a porté ses entreprises jusqu'à prétendre que le Roi ne peut rien sans l'aveu de son Parlement et que son Parlement n'a pas besoin de l'ordre ni du consentement de S. M. pour ordonner ce qu'il lui plaît. C'est sur de tels principes que la compagnie a rendu depuis quelque ttmps divers arrêts et nommément ceux du 5!o juin et du 12 de ce mois et qu'elle a ordonné le même jour que ce dernier arrêt seroit lu publié et envoyé aux baillis et sénéchaux, tandis que plusieurs ordonnances de S. M. rendues depuis plus d'un an sont demeurées sans enregistrement et par conséquent sans exécution. Ainsi le Parlement pouvant tout sans le Roi, et le Roi ne pouvant rien sans son Parlement, celui-ci deviendroit bientôt le législateur nécessaire du royaume et ce ne seroit plus que sous son bon ptaisir que S. M. pourroit faire savoir à ses sujets quelles sont ses intentions.
« Le Roi peut-il dispenser de reprendre et de conserver des droits aussi sacrés que ceux-là .^^
« Sa Majesté aurait bien voulu cependant ne pas confondre dans la même loi des magistrats judicieux qui ont résisté avec une fermeté sage et constante à l'esprit de critique, d'entêtement et de présomption qui a fait agir les autres, mais la loi devant être générale, il n'a pas été possible d'y distinguer ceux de son Parlement dont la prudence et la fidélité méritent des éloges d'avec ceux dont les discours et les procédés sont également répréhensibles. Telles sont les considérations qui ont déterminé l'arrêt du conseil et les lettres patentes que le Roi a jugées nécessaires dont S. M. ordonne qu'il soit fait lecture en sa présence par le greffier de son Parlement. »
Une consternation générale s'était, pendant ce discours, répandue sur les visages des magistrats. Presque aucun d'entre eux n'osa rien dire à ses voisins. Bien que le garde des sceaux ménageât le ton de sa voix» pour ne la rendre qu'intelligible, il le fit pourtant en telle sorte qu'on ne perdit pas une* seule de ses paroles. Ce fut bien avec les lettres patentes qu'il remit au greffier qui en donna lecture. Chaque période semblait ajouter à l'affliction et à l'accablement. Quant la parole fut donnée aux
fflSTOIRE DE LA RÉGENCE
gens du Roi, ravocat-général Blancmesnil dit avec une parfaite mesure :
« Sire. Nous sommes également surpris et affligés du courroux que V. M. témoigne à son Parlement, qui ne se départira jamais du respect et de la soumission qui est due à l'autorité royale et qui ne cessera jamais d'administrer la justice à vos sujets comme il l'a fait par le passé. Les lettres patentes dont V. M. vient d'ordonner qu'il soit fait lecture contiennent des matières si importantes qu'elles mériteroient les observations les plus profondes et les plus étendues. Nous osons même réclamer cette bonté et cet amour pour ses peuples si naturel à V. M. et nous ne pouvons trop la supplier de faire encore toutes les réflexions que sa sagesse et sa prudence peuvent lui inspirer dans cette rencontre. Que si néanmoins Elle persiste, comme nous ne pouvons en douter par l'éclat et l'appareil avec lequel Elle déploie son autorité, nous suivrons en cette occasion les exemples de nos prédécesseurs; la présence de V. M., son très exprès commandement et le devoir de nos charges nous obligent de requérir que sur le repli des lettres, il soit mis qu'elles ont été lues, publiées, V. M. séant en son lit de justice, et enregistrées pour être exécutées selon leur forme et teneur. . »
Le grand banc — ainsi nommait-on celui des présidents à mortier — s'était ému. « C'étoit, écrit Saint-Simon dans une page inoubliable, le Premier Président qui vouloit parler et faire la remontrance qui a paru pleine de la malice la plus raffinée, d'impudence à l'égard du Bégent et d'insolence pour le Roi. Le scélérat trembloit toutefois en la prononçant. Sa voix entrecoupée, la contraint(* de ses yeux, le saisissement et le trouble visible de toute sa p<M sonne, démentoient ce reste de venin dont il ne put refuser la libation à lui-même et à sa Compagnie. Ce fut là que je savourai avec toutes les délices qu'on ne peut exprimer, le spectacle de ces fiers légistes prosternés à genoux, et rendre à nos pieds un hommage au trône, tandis qu'assis et couverts, sur les hauts sièges aux cotés du même trône,... mes yeux fichés, collés sur ces bourgeois superbes, parcouroient tout ce grand banc à genoux ou debout, et les amples repilis de ces fourrures ondoyantes à chaque génuflexion longue et redoublée, qui ne finissoit que par le commandement du Roi par la bouche du garde des sceaux. »
Le Premier Président, debout, s exprima en ces termes :
(( Sire. Aussitôt que le maître des cérémonies a remis à votre Parlement la lettre de cachet par laquelle V. M. lui mandoit de se rendre en ce lieu en robes rouges et en corps de cour ayant
LE LIT DE JUSTICE
intention d'y. tenir ce matin son lit de justice, le premier mouve- ' mont de la Compagnie a été de répondre qu'elle obéiroit aux ordres de V. M. et que les ehambres seroient assemblées aussitôt que les officiers qui les composent seroient arrivés; et peu de temps après la Compagnie ayant été assemblée et ayant prévu dans l'ignorance où elle étoit de -ce dont il s'agissoit, qu'il pourroit se présenter quelque occasion de délibérer, elle m'a chargé de représenter en ce cas-là à V. M. avecvle profond i^spect que nous lui devons que si Elle vouloit bien avoir la bonté d'ordonner que l'on nous communiquât les matières sur lesquelles Elle nous ordonneroit d'opiner, nous serions alors en état de lui dire les sentiments de son Parlement.
<( Il seroit bien difficile, Sire, que votre Parlement pût opiner sur l'arrêt du conseil et les lettres patentes, dont lecture vient d'être faite, par l'importance, l'étendue et le nombre des différentes matières qui y sont traitées, de sorte que nous osons supplier V. M. en toute humilité et avec le plus profond respect de vouloir bien nous faire remettre l'arrêt du conseil et les lettres patentes dont il est question. »
La remontrance finie, le garde des sceaux monta au Roi, puis revint à sa place et dit :
« Le Roi veut être obéi et obéi sur-le-champ. » « Ce grand mot fut un coup de foudre qui atterra présidents et conseillers. Tous baissèrent la tête, et la plupart furent longtemps sans la. relever. Le reste des spectateurs, excepté les' maréchaux de France, parurent peu sensibles à cette désolation. »
On passa au troisième acte. Le garde des sceaux ouvrit la bouche et annonça la nouvelle disgrâce qui frappait les légitimés : <( Le Roi ayant jugé à propos de rendre aux ducs et pairs le rang et les prérogatives dont ils avaient' cessé de jouir, a cru devoir conserver à M. le comte de Toulouse tous les honneurs dont il est en possession, honneurs si justement mérités et dont la durée devrait être indéfinie si le courage, les services rendus à l'État, les vertus du cœur et les talents de l'esprit étoient des titres suffisants pour en perpétuer la jouissance. »
(( L'effet de cette période sur les visages fut inexprimable. L'étonnement prévalut aux autres passions. Reaucoup parurent aises, soit équité, soit haine pour le duc du Maine, soit affection pour le comte de Toulouse, plusieurs consternés. Le Premier Président perdit toute contenance; son visage, si suffisant et si audacieux, fut saisi d'un mouvement convulsif ; l'excès seul de sa rage le préserva de l'évanouissement. Ce fut bien pis à la lecture de la déclaration. Chaque mot étoit législatif et portoit une chute nouvelle.
Troisième aclc
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HISTOIRE DE LA Rl^lGENCE
LE LIT DE JUSTICE
L'attention étoit g^n-érale, tenoit chacun immobile pour n'en pas perdre un mot, et les yeux sur le greffier qui lisoit. Vers le tiers , de cette lecture, le premier président, grinçant le peu de dents qui lui restoient, se laissa tomber le front sur son bâton, qu'il tenoit i. deux mains, et, en cette singulière posture et si marquée, acheva d'entendre cette lecture.
« Moi cependant je me mourois de joie. J'en étois à craindre la défaillance; mon cœur dilaté à l'excès, ne trouvoit plus d'espace à s'étendre. La violence que je me faisois pour ne rien laisser échapper étoit infinie, et néanmoins ce tourment étoit délicieux. Je comparois les années et les temps de servitude, les jours funestes où, traîné au Parlement en victime, j'y avois servi de triomphe aux bâtards à plusieurs fois, les degrés divers par lesquels ils étoient montés à ce comble sur nos têtes; je les comparois, dis-je, à ce jour de justice et de règle, à cette chute épouvantable, qui du même coup nous relevait par la force du ressort. Je repassois avec le plus puissant charme, ce que j'avois osé annoncer au duc du Maine le jour du scandale du bonnet, sous le despotisme de son père. Mes yeux voyaient enfin l'effet de l'accomplissement de cette m.enace. Je me devois, je me remerciois de ce que c'étoit par moi qu'elle s'effectuoit. J'en considérois la rayonnante splendeur en présence du Roi et d'une assemblée si auguste. Je triomphois, je me vengeois, je nageois dans ma vengeance; je jouissois du plein accomplissement des désirs les plus véhéments et les plus continus de toute ma vie. J'étois tenté de ne me plus soucier de rien. Toutefois je ne laissois pas d'entendre cette vivifiante lecture dont tous les mots résonnaient sur mon cœur comme l'archet sur un instrument, et d'examiner en même temps les impressions différentes qu'elle faisoit sur chacun.
« Au premier mot que le garde des sceaux dit de cette affaire, les yeux des deux évêques pairs rencontrèrent Iles miens. Jamais je n'ai vu surprise pareille à la leur, ni un transport de joie si marqué. J'avalai par les yeux un délicieux trait de leur joie, et je détournai les miens des leurs, de peur de succomber à ce surcroît, et je n'osai plus les regarder.
(( Cette lecture achevée, l'autre dédlaration en faveur du comte de Toulouse fut commencée tout de suite par le greffier, elle sembla achever de confondre le premier président et les amis du duc du Maine, par le contraste des deux frères... Les importantes choses du consentement des princes du sang et de la réquisition des pairs de France réveillèrent l'application générale et firent lever le nez au Premier Président de dessus son bâton. »
Quelques pairs grommelèrent entre leurs dents, mécontents de n'avoir pas été consultés, disant que leurs collègues du conseil de Régence avaient opiné sans mission. Cet accès d'humeur dura peu de temps; déjà le garde des sceaux ayant pris l'avis du Roi et des princes du sang se dirigeait vers les pairs. Le duc de Sully était en tête, mais Saint-Simon le prévint, avança son chapeau à plumet vers d'Argenson qu'il interpella assez haut : (( Non, monsieur, nous ne pouvons être juges, nous sommes parties, et nous n'avons qu'à rendre grâces au Roi de la justice qu'il veut bien nous faire. » Et il le repoussa avant que le duc de Sully eût eu le loisir d'ouvrir la bouche. Le garde des sceaux tourna court, négligea tous les pairs, fut aux maréchaux de France, de là au grand banc, puis aux bas sièges, remonta au Roi, revint en place et prononça l'arrêt d'enregistrement.
M. le Duc prit la parole et réclama l'éducation du Roi, ce que le Régent approuva auî^sitôt. Cette nouvelle demande ajouta encore, si c'était possible, à l'étonnement de l'assemblée et la consternation des amis de M. du Maine.' Quand le garde des sceaux donna la parole aux gens du Roi, ceux-ci répond frent qu'ils n'avaient rien entendu du discours de M. le Duc, sur quoi, de main en main, on leur envoya son papier. Rlancmesnil ne fît qu'y jeter les yeux et parla. On opina ensuite.
Après cela le garde des sceaux appela le greffier en chef, lui ordonna d'apporter ses papiers et son petit bureau près du sien pour faire de suite, en présence du Roi, tous les enregistrements de ce qui venait d'être lu et ordonné. Ce qui fut long à faire parce qu'il y avait cinq ou six pièces à enregistrer.
Le coup d'État était accompli, aucune opposition ne s'était fait entendre et les Parisiens ébahis se demandaient quel événement pouvait bien provoquer le déploiement de force armée qu'on le>ir offrait en spectacle. Dès l'aurore, le régiment des gardes était sous les armes, occupant trois points de la capitale : dix compagnies aux Tuileries, dix autres à l'extrémité de la rue de Richelieu, près de la rue Grange-Batelière, douze autres dans le préau de la foire Saint-Germain*'. Les gendarmes étaient prêts à marcher, leurs chevaux sellés et bridés dans l'hôtel de M. le prince de Soubise"; les chevaux-légers de même; les mousquetaires gris étoient à cheval dans l'hôtel", et les mousquetaires noirs,
" Aujourd'hui IVmplacoment du marché Saint-Germain.
»» Aujourd'hui l'Hôtol des Archives nationales, * rue des Francs-Bourgeois,
au Marais. ' . i u'
»• Aujourd'hui rue dn Bac, vers le n» i5, sur les lerrams du marche
Boulainvilliers.
Quatrième acte
Enregistrement
fflSTOIRE DE LA RÉGENCE
LE LIT DE JUSTICE
dont rhôtel est trop éloigné" étaient dans la cour de la foire Saint-Germain. Il y avait un mousquetaire à cheval à la porte des Tuileries, du côté du Pont-Rcnal, et un au Carrousel pour ^ recevoir des ordres en cas de besoin. Paris ressemblait à une
ville conquise et le Régent s'informait avec soin pendant la marche du Parlement s'il y avait beaucoup de peuple à la suite, mais [>ersonne ne marqua autre chose que de la curiosité. Impressions Le jeune Roi, fatigué de cette longue contrainte, ne songeait qu'à se dégourdir. Pendant que le garde des sceaux et le greffier enregistraient, il se mit à rire avec ceux qui se trouvèrent à portée de lui, à s'amuser de tout, à faire observer que, par cette chaleur, le duc de Louvigny portait un habit de velours qui l'accablait. L'enfant n'avait peut-être rien compris à tout ce qui s'était passé sous ses yeux; tous attendaient la libération, sauf Saint-Simon à qui les heures no comptaient plus que pour des minutes. <( Pendant l'enregistrement, raconte-t-il, je promenois mes yeux doucement de toutes parts, et, si je les contraignis avec constance, je ne pus résister à la tentation de m'en dédommager sur le Premier Président, je l'accablois donc à cent reprises dans la séance, de mes regards assénés et forlongés avec persévérance. L'insulte, le mépris, le dédain, le triomphe lui furent lancés de mes yeux jusqu'en ses moelles; souvent il baissoit la vue quand il atlrapoit mes regards; une fois ou deux il fixa le sien sur moi, et je me plus à l'outrager par des sourires dérobés, mais noirs, qui achevèrent de le confondre. Je me baignois dans sa rage, et je me délectois à la lui faire sentir. Je me jouois de lui quelquefois avec mes deux voisins, en leur montrant d'un coup d'œil, quand il pouvoit s'en apercevoir". »
Entre une heure et deux heures la cérémonie prit fin et le Parlement s'en alla au milieu d'une foule curieuse. On blâmait généralement la mesure prise contre le duc du Maine, prince sage et estimé du public. Celui-ci donna ordre de démeubler
*" Aujourd'hui Hospice des Quinze-Vingts, me de Charenlon. 2^ On a fait entrer dans le récit de ce chapitre les sources dont voici rénumération : Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, in-8, Paris, i857, t. XVI, p. 296-^70; Dangeau, Journal, in-8, Paris, 1869, t. XVII, p. 370- 372, 26 août 1718; M. de Balleroy à sa femme, 26, 27 août, dans Les correapomiants de la marquise de Balleroy, édit. de Barthélémy, in-8, Paris, i883, t. I, p. 345-3/i6; Gazette de la Régence, in-ia, Paris, 1887, p. 275-281; 29 août 1718; Barbier, Chronique de la Béqence et du règne de Louis XV (1718-1763) ou Journal de Barbier, in-12, Paris, 1867, t. I, p. ii-i4; J. Flammermont, Remontrances du Parlement de Paris au XV///® siècle, în-4, . Paris, 18S8, t. I, p. io7-ii5; IsamlxMt, Recueil des anciennes lois françaises^ t. XXI, p. 169, suiv., contient les différents édits enregistrés le 26 août.
son appartement aux Tuileries dès l'après-midi même. Son frère alla remercier le Régent et lui témoigna que n'étant pas de meilleure maison que son frère et son frère n'étant pas plus criminel que lui, il n'était pas juste qu'il fût au-dessus de lui. Enfin, une rumeur consternait le public : on disait que le maréchal de Villeroy serait remplacé par une créature du Régent eî on prêtait au vieux maréchal l'intention de se faire tuer plutôt que d'abandonner le poste que Louis XIV lui avait confié. Quant à la duchesse du Maine on la savait hors d'elle, elle criait sa fureur et ses projets de vengeance. « Mais, ajoutait-on, autant en emporte le vent. C'est une femme qui parle et qui aboie à la lune". » A Saint-Cloud, Madame percevait l'écho de ce< colères, car la eolère, la rancune, la vengeance d'un Saint-Simon avait rempli la moitié du lit de justice, dont la brutale et aveugla haine de M. le Duc pour sa tante la duchesse du Maine avait rempli l'autre moitié. Cette lilliputienne princesse « s'emportait en menaces horribles et disait publiquement qu'on trouverait bi«*ntôt moyen de donner au Régent une eroquignolle telle. qu'il mordrait la poussière". » On l'avait entendu dire à table : « On dit que je pousse le Parlement à la révolte contre le duc d'Orléans, mais je le méprise trop pour prendre une si noble vengeaace de lui; je saurai bien me venger autrement". »
»* Gazette de la Régence, p. 280.
" Madame à la raugrave Louise, Saint-Cloud, 3o août 1718, dans Correspondance, édit. Brimet, t. II, p. ^53.
" La même à la même, 3i août, op. cit., t. I, p. 454.
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