livres
Empresse- Comme l'hôtel de Mesme, rue Sainte-Avoye, ne suffisait plus aTelet's à la banque royale, elle avait été, dès le mois d'avril, transférée en l'hôtel de Nevers, .rue de Richelieu. Law fît même l'acquisition de six maisons de la rue Vivienne depuis le jardin du palais Mazarin jusqu'à la rue Colbert afin de construire sur cet eniplacement, un grand bâtiment qui servirait de bourse publiquo. C'est vers cette installation à peine terminée que la foule accourait, pressée, haletante, chacun tenant son trésor serré contre sa poitrine, mesurant la distance qui le séparait du guichet. « La phalange s'avançait durant plusieurs jours et plusieurs nuits ve-s le bureau d'échange, comme une colonne compacte que ni le sommeil, ni la faim', ni la soif ne pouvaient démolir". » On mangeait quelques provisions, on épiait l'instant où on avancerait d'un pas. Dans cette cohue que contenait à grand'peine une garde de douze soldats et trois officiers", on remarquait les livrées du duc de Bourbon, du prince de Conti, « et les étrangers qui enviaient notre bonheur, dit Saint-Simon, n'oubliaient rien pour y avoir part. Les Anglais eux-mêmes, si habiles, si consommés en banques, en compagnies, en commerce, s'y laissèrent prendre ». La livrée des laquais du financier devint un déguisement à la faveur duquel d'honnêtes gens surent pénétrer dans les bureaux. Law était relancé jusque dans son hôtel et dans ses appartements. Son antichambre était remplie de femmes ' du plus haut rang, prêtes à ces platitudes dont les grands se transmettent le secret. Des duchesses lui baisaient la main.
1» P.-E. ly-niontoy, Histoire de la Béqepce et de Ja minorité de Louis XV jusqu'au ministère du cardinal de Fleury, in-S, Paris, iS32, rb. î\. p. 307. *" Onioniiancn du 26 oclobrvî 1719.
L'APOGÉE DU SYSTÈME
Mme de Poncha n'ayant pu l'aborder fit passer son carrosse devant la maison où dînait Law, et fit crier au feu par son cocher et ses laquais. Soudain tout le monde quitte la table et Law aussi. Dès qu'elle l'aperçut, Mme de Poncha sauta de son carrosse et l'aborda. « 11 n'y a rien de si curieux, écrit la mère du Régent, que de voir les gens se coudoyer, se presser, s'écraser pour être seulement aperçu de Law ou du fils de Law, comme si 4in de leurs regards pouvait enrichir ceux sur qui il tombe. » . La fille de Law, qui n'a que six ans, offre un bal d'enfants et le nonce du pape s'empresse d'y assister^'. La dignité ne compte guère lorsque la pudeur même est bannie. (( Dernièrement, raconte le 9.C) novembre la princesse Palatine, plusieurs dames étaient en conférence avec Law quand celui-ci voulut les quitter, ces dames le retinrent, et il fut obligé de leur faire sa confidence : Oh! si ce n'est que cela, dirent-elles, cela ne fait rien; pissez-là
il •22
et écoutez-nous. Et elles restèrent tout le temps avec lui . »
En peu de jours les actions émises le 18 septembre étaient sous- . crites et commençaient à circuler de main en main sous le nom de cinq cents. L'aveuglement des agioteurs était. si inconcevable que beaucoup d'actionnaires vendirent wères, filles et petitesfilles qui tombèrent im instant à 4. 000 livix^s, pour acheter des cinq cents qui s'élevaient au-dessus de 8.000 livres". L'émission du 28 septembre paraissait n'être consentie que pour satisfaire 0 l'avidité du public. L'agiotage s'en empara et comme on ne devait recevoir que les récépissés de remboursement, on s'arracha tous les contrats' de l'État et on donna it.ooo livres en or pour avoir en papier 10.000 livres'^ Les deux émissions du 2 et du 4 octobre soulevèrent quelques inquiétudes parmi le public, les actions fléchirent mais remontèrent presque aussitôt. Une ordonnance du 20 octobre ayant décidé que les payements au lieu d'être mensuels seraient trimestriels, on se livra à la confiance que donnait ce répit et la hausse continua*\
« Pendant les derniers jours du mois, les négociations furent plus vives, la lutte plus animée et plus variée que jamais. Les actions, les billets de banque, les contrats de rente, circulaient pêle-mêle, courant de main en main, toujours offerts et toujours .achetés; présentant à l'insatiable activité des agioteurs une va-
= ' Cochiit. Law, son Système et son époq'ie, in-io Paris, tS53, p. io3.
" Madame à In rauqrave Louise, 29 nov<^mbro 1719, d^ns, Correspondnnce,
♦'(lil. Bninot, t. IT, p. 192.
" F. Véron du Vor^ror de Forbonnais op. cit., t. VI, p. 3oo. " F. Véron du Worf^er dv Forbonnais op. cit., \. VI, p. 3oo. ** F. Véron du Vorp^or de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 3o4.
Commerce de la rue
Quincampoix
yr
riété infinie de fructueuses opérations. Tous ces papiers de nature diverse créés ou relevés en moins d<? trois ans par rhabilelé d'un seul homme, formaient une somme de près de dix milliards, parmi lesquels les actions seules représentaient G milliards 333 millions"*. Le centre de ces spéculations se trouvait entre les rues Saint-Denis et Saint-Mîirtin dans la rue Quincampoix, qui d'un côté touchait presque à la rue des Lombards et, de l'autre, venait aboutir à l'enceinte de Philip|)e-Auguste. Dos banquiers, des préteurs habitaient là et traitaient avec les marchands du quartier. Pendant les dernières années du règne de Louis XIV tous ceux qui voulaient se défaire d'un papier à peu près invendable venaient ru(^ Quincampoix le vendre à tout prix. Le mouvement était donné et lorsque la Compagnie eut émis ses actions, la foule vint rue Quincampoix pour acheter et revendre et la seule variation du cours des actions dans l'es- I)ace d'une journée, qu'occasionnait la diversité des spéculations, était capable de procurer des gains considérables à ceux qui connaissaient les manèges de la place. Pour abréger les lenteurs du contrat, on cessa de s'adresser au banquier ou au changeur, on s'aborda en pleine rue, offrant ou demandant des billets ou des actions; des groupes se formèrent et la foule devint si compacte qu'il fallut, pour prévenir les rixes et les désordres, placer un poste chargé de veiller tout le jour et, au besoin, la nuit à la sûreté des négociants. Les deux extrémités de la rue furent gainies d'un corps de garde et d'une grille dont l'ouverture à six heures du matin, et la fermeture à sept heures du soir étaient annoncées par le son d'ime cloche. « Les personnes distinguées de Tun et l'autre sexe entraient par la rue aux Ours et le vulgaire ()ar la rue Aubry-le-Boucher". » Dans la rue Quincampoix, en pleine Viewe d'agiotage les rangs étaient confondus. Jean Buvat, l'honnête calligraphe, s'était aventuré rue Vivienne et avait failli être étouffé; incorrigible, il alla voir la rue Quincampoix et y aperçut <( des docteurs de Sorbonne, des prêtres et des religieux qui se mêlaient à ce commerce aussi bien que toutes sortes do personnes )>. Le i^"" xlécembre Buvat apprenait que, depuis six semaines, plus de lo.ooo étrangers étaient arrivés dans la capitale et à Lyon, à Aix, à Bordeaux, à Strasbourg, à BruxelV-s les carrosses et voitures publiques étaient retenues deux mois d'avance pour Paris^
^' E. Lt^vassenr, Becherches historiques sur le système de Lait), i85^, p.
" P.-E. Lémonley, op. cit., ch. IX, p. 3o8. '* Ruvat, Journal, t. I, p. 469, h'jo.
L'APOGÉE DU SYSTÈME
Pendant que les provinciaux retenaient les places du coche, ; es folies les Parisiens se disputaient les moindres logis de la rue Quincani- <'era<;ioiage poix et des ruelles avoisinantes à des prix exorbitants. Chaque immeuble se rc^mplissait, de la cave au gi^nier, de bureaux de changeurs; ceux-ci s'insinuaient partout, mansardes, soupentes, réduits exigus, obscurs, infects étaient loués deux trois et quatre cents livres par mois. Une maison de six à huit cents livrais de loyer annuel abritait jusqu'à trente ou même quarante changeurs. Un procureur au Châtelet louait une salle basse de sa maison à laison de cinquante livres par jour, tels locataires construisaient des cabines sur les toits. Un savetier dont Téchopi^e était adossée au mur du jardin du banquier Tourton, la transfoi'iua en bureau et gagna deux cents livres par jour en la mettant à la disposition des spéculateurs, en leur fournissant des plumes et du papier, en offrant des escabeaux aux dames venues regarder ce curieux spectacle"'. Ceux qui disposent d'une échoppe ou d'un taudis sont privilégiés, d'autres ne possèdent que leur ingéniosité et l'exploitent. Un gentilhomme, M. de Nanthia, offre ses épaules en guise de pupitre et un bossu jovial fait remplir à sa difformité l'office d'une table dont la location lui rapporte cent cinquante mille livres. Les chiffres déconcertent et cependant les agiot(Mirs énoncent sans sourciller des nombres fabuleux, ils comptent leurs gains par vingtaine de millions, . dépensent cinquante mille livres comme autrefois un écu, se pas- >('nt les fantaisies les plus extravagantes.
L'abondance inespérée qui arrive à des gens qui n'y étaient pas destinés produit tous les jours des histoires nouvelles. On raconte qu'en sortant de la Comédie, un seigneur de la rue Quincampoix, tout brodé, se mit derrière son carrosse, oubliant de monter dedans.
Un enrichi entre chez un orfèvre et demande de la vaisselle d'argent. Mais quoi, demande l'orfèvre, plats, assiettes.î^ Le nouveau riche qui n'en sait rien achète toute la boutique et moyennant le prix total emporte croix, soleils, calices, réchauds, bassins à barbe, etc., qu'il paye sur le champ, radieux de son emplette.
On ne tarirait pas. La Miche, orfèvre innommé, expédiait une conmiande de vaisselle d'argent pour quarante-cinq mille livres lorsqu'un homme assez mal bâti et très mal vêtu entre dans la boutique, admire chaque pièce et questionne jusqu'à l'impor-
-^ R. Marmont du Haulchamp, Histoire du système des finances sous la minorité de Louis XV, in-ia, La Haye, 1789, t. IV, p. igS.
HISTOIRE t)E LA RÉGENCE
tunité. S'apercevant qu'on le supportait à peine, il demanda combien pareille vaisselle coûteroit en or et jeta quelques louis sur la table pour payer le calculateur. Le compte fait, il fut répondu que, sans la façon, il faudrait un million cinquante mille livres de matière. L'homme fit la commande et offrit pour, cent mille écus de papier pour servir d'arrhes'".
L'exaltation des esprits dépasse tout ce qui s'est vu : un abbé gagne dix-huit millions; un garçon de cabaret, trente; un ramoneur, quarante; un laquais, cinquante; un mendiant, soixantedix; et la célèbre mercière venue de Namur, cent millions. « Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant » dit joliment le président de Montesquieu'\ Il s'en fallait de beaucoup que tout le monde fut ébloui. Certains s'alarmaient de l'engouement du Régent pour un aventurier et chuchotaient entre eux : u Peut-être ne peut-il se passer des secours qu'il tire de là pour ses affaires présentes''. » Les autres réservaient toute leur attention aux extravagances des parvenus. Tel hasardait sur une partie de cartes des billets de dix mille livres, tel donnait pendant une semaine entière, dans son château de Monlfermeil, des fêtes plus magnifiques que celles du feu Roi, tel achetait des pierreries pour la somme de quatre millions. Le luxe de la table dépassait l'invraisemblance la plus outrée. Duhautchamp 'a enregistré les exploits d'un « Mississipien » demeuré anonyme. « Rien n'y manquait, dit-il, de tout ce que le gourmet, et le plus voluptueux, pouvait imaginer. Les desserts qu'on y servait étaient de nature à surprendre les plus experts machinistes. De gros fruits qui auraient trompé les yeux les plus clairvoyants, étaient si artistement travaillés que, quand quelqu'un, étonné de voir un • beau melon en hivor, s'avisait de le toucher, il en rejaillissait sur le champ plusieurs petites fontaines de différentes sortes de liqueurs spiritueuses qui charmaient l'odorat; pendant que le <. Mississipien », appuyant le pied sur un ressort imperceptible faisait faire à une figure artificielle le tour de la table, pour y verser du nectar aux dames, devant qui il la faisait arrêter". » Pour approcher les nouveaux riches et prendre sa part de leur opulence, la noblesse de France était prête à toutes les plati-
30 M. Caumartin de Boissy ot Mmo de Balleroy, la novembre 1719, dans Les Correspondants, t. II, p. 85-86. •
«1 Moniesquieu,- Lettres persanes, 1721, lettre CXXXVIII ; A. Vuitry, op. cit., p. 3oi, d'après un manuscrit (détruit en 1871) du ministère des Fmances.
« Gazette de la Bégence, p. 812; 23 janvier 1719.
" Villars, Mémoires, édit. Petitot, 1828, t. I, p. 46, oe « Mississipien » serait un peintre nommé Saint-Germain.
\4Mrj
L'APOGÉE DU SYSTÈME
tuiles; le marquis de la Vrillière maria une de ses parentes à un sieur Panier, on vit un Villars-Brancas, le marquis d'Oise, se fiancer à une fillette de deux ans moyennant vingt mille livres de rente à lui servir par le père de ce bébé jusqu'à l'époque du mariage^*. Il semble (juc la révolution soudaine qui a boulevei^é les fortunes n.'a pas moins gravenit^nt ébranlé les cerveaux. Le déluge de papier, la facilité singulière d'être riche ont transformé Paris en une sorte de foire dont le spectacle se renouvelle sans cesse. A certains moments, dit-on, la ville compte quatorze cent mille âmes dont trois cent cinquante mille étrangers. Parmi ces derniers se distinguent surtout : Lorrains, Flamands, Suisses et llaliens, tandis que les contingents nationaux étaient principalement fournis par la Normandie, Lyon, la Guyenne et le Dauphiné, « si bien que l'on ne trouve rien à Paris pour se loger tl que Paris est méconnaissable puisque le foin vaut cent livres le cent et un carrosse se lojie, pour la journée, quatre-vingt livres ". »
On suit, dans le Journal de Jean Buvat, l'effervescence et le malaise grandissants pendant celte singulière année 1719. Au mois de mars, il se plaint de la rareté de l'argent^*, quoique onze balanciers travaillent sans relâche à fabriquer des louis d'or de trente-six livres, des écus de six livres, des pièces de vingt francs et de dix francs. Chaque balancier marque environ vingt mille pièces par jour'^ et le bruit se répand que la Banque royale détient pour trente-deux millions d'or et d'argent^*. Bientôt il n'est plus question que de cinq balanciers frappant de modestes pièces de vingt sols et de dix sols^^ (avril). Le mois suivant les louis d'or commencent à perdre leur valeur et la foule se précipite à la Banque pour remettre son or et son argent en échange de papier^". La Banque remplit le rôle que lui destinait Lavv, elle fait siphon, attire à elie l'or et répand le papier. Au mois de mai, elle occupa (|uatre imprimeurs le jour et autant la nuit à imprimer des billets de banque de cent livres chacun, un relieur pour relier ces billets en registres, et un graveur*^
'* E. de Barthélémy, Les correspondants de la marquise de Balleroy, t. II, p. i63, notxi I. M. Marais, Journal et Mémoires, t. I, p. 266, juin 1720.
'* M. de Girardin à Mme de Balleroy, Paris, i'^^ janvier 1720, dans Lei Correspondants, t. II, p. 96; J. Buvat, op. cit., t. I, p. 4o3. .1. Buvat, op. cit., t. I, p. S60.
'' Ibid., t. I, p. 364.
Ibid., t. I, p. 365.
Buvat, Journal, t. I, p. 382 ; avril.
Ibid., t. I, p. 386; mai.
Ibid. y t. I, p. 387; mai.
ti
Prodigalités
Les achats
de Law
On ne manque pas de brûler ostensiblement à rHôlel-dc-ViUe de Paris quelques billets d'État atin de rassurer l'opinion , mais la frappe monétaire n'est plus que de biUon, deniers et liards . Au mois de septembre, la Banque occui)« douze imprimeurs qui travaillent jour et nuit à limpression des .billets de banque . C'est le moment où la mère du Uégent trouve Law « admirable pour les finances" » el met « le mal qu'on dit de lui et de sa banque [au compte] de la jalousie, car on ne saurait rien voir de mieux; il paye les dettes effroyables du feu Roi et diminue les impôts, allégeant ainsi le fardeau qui pesait sur le peuple; le bois ne coûte que la moitié de ce qu'il coûtait; les droits d entrée sur le vin, la viande et tout ce qui se consomme à Pans, ont ete supprimés, cela inspire une grande joie". .. On en doutera néanmoins en lisant quo le pi.in se vend d.ux sous *ix dîners et trois sous la livre, peu de temps après, trois sous et quatre sous la livre". Le peuple se récrie et apprend avec stupeur qu on parle de supprimer tous les impôts pour les réduire à un seul qui produira' dit-on, autant quo tous les autres ensemble. Cest de levei quatre deniers par livre de pain".
l^s gens sages disent u bien heureux qui a des terres, bien malheureux qui n'en a point". .. Ceux qui en ont témoignent une extrême méfiance de Law et de toutes ses combinaisons. « Je dirai écrit un gentilhomme normand, que je ne connais pas de père de famille sage qui s'y soit fourré^. .. Les derniers mois de l'année sont signalés par un agiotage encore plus f >';ne. Law donne l'exemple des acquisitions nnmobilieres^ Apres avoi acquis la terre de Tancarville, il achète encore 1 hôtel de Neve.s uour V loger sa Banque et l'hôtel de Mazarin pour sa Compagnie", ensuite c'est le duché de Mercoeur", Thôtel de Soissons". deux maisons rue Neuve-des-Petits-Champs", six maisons rue
" Ibid., l. I, !>• '117. 4i8. ''■■"• ''^'^• " Ibid., l. I, P- 4i8; 5 août.
" m!^:! \ l 'X^oe LouUe, 9 -pt-^re dans Corre.,on.iancc, édil.
G. Brunct, t. H, p. i54. -k- i , lî r. tfi^
^« Madame à la même, i«' octobre, ibuL, L \U p. iW-
- J. Buvat, JoarnaL t. I, p. Aoo, Aïo juin-juilkt . „ ^ -3
- M. de Balleroy à sa femme, 6 septembre, dans op. cit., t. II, p. 7^-
- M. Caamariinde Boissy à Mme de Balleroy i^^ sept ibui . II, p. V •■'» M. de Balleroy à sa femme, 20 sept^«mbive ibid., t-.**: P- 7^.
- M. Caamariinde Boissy à Mme de Balleroy, 9 mai, i6id., l. II, p. 35,
Buvat, Journal, i. I, p- A62.
" Ibid., t. I, p. 368.
" Ibid., t. I, p- 375.
" Ibid., t. I, p. 424.
L'APOGÉE DU SYSTÈME
Vivieniie", une aulrc à La Mal•ch.e'^ le jardin de lliôtel de Soissons'', la leni' de Saini-Geiniain sur le chemin de Rouen'', la seigneurie de Domfronl en Normandie'', la seigneurie de Roissy en Brie^^ la tour d'Ancenis'^ et jusqu'à la bibliothèque de l'abbé Bignon*'; mais il faudrait ajouter bien d'autres acquisitions : l'hôtel de Tessé , l'hôtel de Rambouillet, de vastes terrains marécageux près de la porte Montmartre, la terre de Guermande en Brie, le marquisat d'Effiat, la baronie d'Hallebosc, etc. Une autre céléi)rité, l'ancienne mercière de Namur, achète la terre et seigneurie d'Ivry-sur-Seine et l'hôtel de Pomponne, place des Victoires". Pour orner Ivry, elle fait exécuter des Gobclins et pour les leur faire admirer elle tient table ouverte d'agioteurs. La chère qui *fe fait là défraie les Parisiens, on y amène chaque jour un bœuf, deux veaux, six moutons, sans parler de la volaille et du gibier à profusion, des vins de Champagne, de Bourgogne et des liqueurs". On dit et on répète que le duc de Bourbon a profité de vingt millions le prince de Conti de quatre millions et demi, le duc d'Antin, douze millions"', un sieur Guesche, anglais, quatre millions*". Quant au Régent, ses mains ouvertes laissent tomber une pluie de millions : à l'Hôtel-Dieu un million, à l'Hôpital- Général un million, aux Enfants-Trouvés un million, aux prisonniers pour dettes un million et demi; ceux-ei du moins sont avoués et ont une destination utile, d'autres sont la proie des maîtresses, des roués, des complaisants et le chiffre n'en saurait être estimé.
Law n'était pas moins magnifique. Le 26 novembre, il emmena Renchérisdans son carrosse le duc d'Antin, le marquis de Lassay et un ^^^0,^1^^" autre à la rue Quincampoix, chez le sieur de La Bergerie banquier, afin de donner le spectacle d'une bagarre aux dames qui étaient de leur compagnie, Law se mit à la fenêtre et jeta plusieurs poignées de guinées (sic) et d'autres espèces d'or au coin du feu roi Guillaume 111, comme à la gribouillette, et pendant que les agio-
*' Ibid., t. I, p. 447.
'« Ibul., t. I, p .449.
" Ibid., t. I, p. 454.
*" Ibid., t. I, p. 457.
*• Ibid., t. I, p. 46i.
•" Ibid., t. I, p. 472.
*' M. de Balleroy à sa femme, 11 septembre, op. cit., t. II, p. 74.
•" Buvat, Journal, t. I, p. 467. *
'' Ibid., t. I, p. 449.
•* Ibid., t .1, p. 456.
" Ibid., t. I, p. 45o.
" Ibid., t. I, p. 458.
TOHg II 26
la vie
Conversion de Law
t€urs et les courtiers se culbutaient les uns sur les autres dans la boue pour les ramasser, on jeta d'une fenêtre voisine plusieurs seaux d'eau sur ces barboteùrs, qui étaient dans un état qu on peut imaginer^\ En même temps, il faisait abaisser le prix de la viande", diminuer le suif et la chandelle^', distribuer gratuitement de grandes quantités de fromage sans autre résultat que d'amener un renchérissement excessif des denrées nécessaires a la vie" A la fin de cette année 17 19, le drap de Varobès valait 3o livres l'aune; celui d'Elbcuf, 20 livres; le velours, 42 livres; lecarlate, 4i livres l'aune; le galon d'or, 21 livres l'once; es loueurs de carrosse de remise voulaient 4o livres par jour; les fiacres, 3 livres par heure; les charretiers, 6, 7, 8 et 10 livres pour voiturer une voie de bois dans Paris, laquelle ne valait alors que 12 livres I sol 6 deniers; une botte de foin se vendait 17 sols; une botte de paille i5 sols; l'avoine, 45 livres le septier; le pain de Gouesse et d'ailleurs, 3 sols 6 deniers et 4 sols la livre; le pam mollet, 5 sols la livre; la viande de boucherie, 10 et 12 sols la livre; une poularde, 5o sols, etc.''.
Cette fermentation entraîna des effets imprévus et soudains. Le commerce usuraire périclita quelque temps, la misère sembla disparue le nombre des manufactures s'accrut, des industries se développèrent à tel point qu'il devint nécessaire d'établir des règlements sompluaires, perles et diamants furent bannis, une ordonnance interdit aux gens de livrée de porter aucun velours sur les manches, aucune dorure, aucun bouton d'argent massif ou sur bois ou d'argent iilé sur soie, aucune veste de soie m d étoffe d'or ou d'argent. 1^ damas, le velours n'étaient pas seulement hors de prix, mais introuvables, môme à Gènes. Un commerce nouveau naquit, le transport à Paris de la neige des montagnes d'Auvergne! Et les gens de sens rassis se demandaient ce que
Law ne leur ferait pas voir. ,.,,.. ., ,1
En effet rien ne l'arrêtait plus. Depuis qu il dirigeait seul les finances il' supportait impatiemment le voisinage de d'Argenson avec qui il s'était brouillé. Mais pour le supplanter Law se heurtait à un obstacle, sérieux pour tout autre que lui. Déjà la naturalisation avait aplani plusieurs difficultés la conversion pouvait seule lui ouvrir l'accès du contrôle-général, car il fallait être catholique pour devenir ministre. L'abbé Dubois fut charge de découvrir un complaisant catéchiste; il en rencontra deux : le jésuite Lafitauet l'abbé de Tencin. Ce dernier fut préféré; sa sœur,
*' Ihid., l.'I, p. A67.
" [hid., t. I, p. A47-
<^» Ibid., t. I, p. 46i.
■"^ Ibid., t. I, p. 475.
" Ibid., t. I, p. 475-476.
L*APOGÊE DU SYSTÈME
alors maîtresise de Dubois pouvait être intéressée à cette affaire. Un mémoire du temps décrit en ces termes l'opération : « [Tencin] trouva le secret de s'insinuer chez [Law]. Comme il est né souple courtisan et ce qu'on appelle patelin cela ne lui fut pas difficile... Il sut donc se rendre agréable, puis utile, puis nécessaire dans la maison de Law, et si nécessaire que celui-ci n'aurait peut-être jamais été contrôleur-général sans lui... On profita du temps des vacances où les opérations du Système étaient moins vives. On fit la partie d'aller à Melun et après avoir parlé primes et actions, on se rendit dans la principale église de cette ville où Jean Law abjura je ne sais quelle religion, le 17 septembre 1719, entre les mains de Pierre Guérin [de Tencin]'^ » qui reçut pour son salaire des actions de la Banque pour la valeur de deux cent mille h vies'". Deux mois plus tard, pour mettre lin aux doutes persistants, Law rendit le pain béni à l'église Saint-Roch, sa paroisse, y communia et le même soir donna un grand ban- . quet suivi d'un bal (10 novembre)''. C'était peut-être après avoir ouï ces choses qu'un curé écrivait à propos de l'affaire Law : <( C'est sans doute de cette histoire que le prophète Habacuc a voulu parler lorsqu'il a dit : Opus fadum esl in diebus vestris, qaod ncmo credet cum narrabitur'\ »
Au banquet de Law répondait, le même soir, le banquet offert Hostilité de par ilord Stair à ses compatriotes. Le puritain fougueux qu'était j,^^^';/,^ rainbassadeur ne pouvait approuver ni tolérer la conversion du Law financier, il devait lui plaire de le faire comprendre à tous ceux qui savaient réfléchir. Après une période d'amitié entre les deux ' licossais, la discussion les avait séparés. Lord Stanhope, moins irascible que Stair, favorisait Ha Banque et son influence ne fut pas étrangère à sa transformation d'établissement privé en Banque royale, l'ambassadeur au contraire considérait la prosliérité de la France comme un préjudice causé à l'Angleterre et travaillait à perdre Law dans l'esprit du duc d'Orléans. La situation des finances anglaises était alarmante et, pour y porter remède le gouvernement s'engageait dans la voie des grandes combinaisons financières : la Compagnie de la mer du Sud et la Banque d'Angleterre. Le litre de Compagnie du Sud n'était que le plus décevant des appâts, elle ne possédait rien, ni territoire,
" Mémoire pour servir à \^hidoire de M. le cardinal de Tencin jusqa^à
Vannée i743, s. 1. n. d.
" J. Buvat, Journal, t. I, p. 467; t. II, p. 10.
'* J. Buvat, Journaly t. I, p. 465.
•• Revue des Questions historiques^ l. XXV, p. i44-i45.
l.i* If
ni comptoir dans Ha mer du Sud, mais seulement la popularité des Londoniens. Dès le mois de juin 17 17, le Roi en prenait le titre de Directeur, précédant en cela l'opinion française, mais en réalité ni TAngUterre ni la France ne possédaient alors un empire colonial et leur rivalité est encore pacilique et d'ordre strictement commercial en. 1718 et même encore pendant la première partie de l'année 1719. A partir de l'été Stair prend Law à partie, il s'extasie sur l'agiotage, prédit la chute du Système et voit déjà Law associé à Torcy restaurant l'ancienne politique de Louis XIV. Ce vieil épouvantait lui a longtemps réussi à se représenter comme nécessaire et seul capable de déjouer cette intrigue, il s'y rattache avec passion maintenant qu'il sent son rappel menaçant. Il écrit à Craggs : <( Considérez dorénavant Law comme premier ministre, lui, dont le langage de chaque jour est qu'il élèvera la France plus haut qu'elle ne fut jamais, sur les ruines de l'Angleterre et de la Hollande »; et il exalte bien haut son propre désintéressement''. Puis craignant de n'être pas écouté, il revient à la charge et annonce tout le mal que Law. fera à l'Angleterre : « Vous pouvez imaginer ce que nous avons à craindre d'un pareil homme qui ne se fait pas scrupuik' de manifester de telles dispositions et qui aura tout pouvoir et tout crédit à cette Cour''. Dubois n'était pas beaucoup plus rassuré sur sa destinée personnelle si Law triomphait avec son inséparable Torcy.
Stanhope, à qui Stair adressait ses objurgations en faisait peu de cas ou point du tout. De bonne foi, semble-t-il, il écrivait à Dubois la satisfaction qu'il éprouvait <( de l'heureux état où se trouvent vos finances. Leur rétablissement si prompt et si surprenant fait l'admiration de toute l'Europe; et il m'affecte d'autant plus que l'on n'y pouvoit parvenir que par l'union de nos deux maîtres dont vous êtes l'auteur et le soutien. Tant qu'elle duixîra, rien n'ébranlera la prospérité de leurs peuples" ». Stair, indifférent aux belles paroles, voulait renverser Law et celui-ci, bien servi par sa clairvoyance ou par ses espions, l'accusa auprès du Régent d'avoir été l'instigateur d'une pernicieuse attaque dirigée contre la Banque dans les premiers jours de décembre.
'^ Hardwicke Papers, vol. II, p. 689 : lord Stair à J. Craggs, i" septembre 17 19.
" Hardwicke Papers, t. II, p. 693, 594 : lord Stair à J. Craggs, 9 septembre 17 19.
" Public Record Office, France, vol. 354 : lord Stanhope à Dubois, Gôhre,
8 octobre iTi'g.
L'APOGÉE DU SYSTÈME
Lord Stair l'apprit, s'en défendit avec véhémence'*; à son tour, il accusait Law de devenir le point de ralliement des jacobitts écossais. Stanhope en était visiblement agacé; il écrivait à Dubois : « Rien ne pouvait nous arriver de plus affligeant que la malheureuse animosité qui s'est élevée entre Milord Stair et M. Law; nous en sommes d'autant plus en peine que Milord Stair nous l'apprend lui-même et s'en fait un mérite. » Le premier ministre ne croyait rien des imputations de l'ambassadeur et se I appelait les vœux formés par Law en faveur de l'alliance francoijnglaise. Il priait Dubois de servir d'arbitre et de faire savoir •i Georges P"" s'il fallait retirer lord Stair, « si le mal ne vient que de ses défauts personnels, comme nous n'avons que trop sujet de le supposer. Que Votre Excellence examine donc ce démêlé et ses sources; qu'elle songe aux moyens de le composer, ou de prévenir, du moins qu'il n'ait de fâcheuses suites pour nos deux maîtres. Qu'elle en consulte S.A.R. Et si vous trouvez que le seul rappel de Milord Stair puisse y mettre fin, dites -le nous franchement; et je vous promets que le Roi le lui fera expédier aussitôt que cette séance [session] de notre Parlement sera
finie". »
Ainsi cette fin d'année valait encore à Law le triomphe de ruiner la carrière de son détracteur. Pendant ce temps, il poursuivait son plan de dépréciation du numéraire. De mai 1719 à no- métairiquc vembre 1720, il y a eu dix-huit fixations de la monnaie d'or et dix-huit de la monnaie d'argent. Un des articles de l'arrêt du Conseil, du 22 avril 1719 portait que « comme la circulation des billets de banque est plus utile aux sujets de Sa Majesté que celle des espèces d'or et d'argent, et qu'ils méritent une protection singulière par préférence aux monnaies qui sont faites des matières qui sont apportées des pays étrangers : entend Sa Majesté que les dits billets stipulés en livres tournois ne puissent être sujets aux diminutions qui pourront subvenir sur les espèces et qu'ils soient toujours payés en leur entier. » Ce sophisme couvrait le dessein de dégoûter le public de la monnaie métallique; cependant toute l'année 1719 la Banque échangea à vue les billets en espèces. Le i*' décembre 1719, un arrêt du Conseil déclara même que la Banque ne recevrait plus les espèces d'or et d'argent pour les convertir en billets, que les créanciers pourraient exiger la totalité du paiement de leurs créances en billets, et que
'* Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. III, B : lord Stair à J. Craggs, Paris, II décembre 1719; L. Wiesener, op. cit., t. III, p. 247-249-
" Lord Stanhope à Dubois, 18 ( = 29) décembre 1719 <ian8 Mahon, op. cit., t. II, p. 38o; L. Wiesener, op. cit., t. III, p. 25i-252.
l'roscriplion
de la
monoaie
HISTOIRE DE LA RfîGENCE
Assemblée
générale
du 30
décembre
les offres judiciaires seraient dorénavant nulles si elles n'étaient faites en billets.
On n'était pas au tern^<î de cette persécution dirigée contre la monnaie métallique. I.aw imagina de frapper des pièces d'or et d'argent d'un litre très élevé, mais très faible de poids : des qiiinzains d'or fin et des livres d'argent fin dont le volume et le poids minimes garantissaient le peu de succès; il fallut, en eff' I en abandonner bientôt la fabrication. « Ces diminutions et augmentations d'espèces, dt l'auteur anonyme d'un Abrégé historique des papiers royaux depuis 1701, se faisaient coup sur coup et souvent jusqu'à deux fois en un seul jour, à mesure que la Banque avait été forcée de payer ce qu'il lui était rentré de fonds... Ce n'étoit qu'un jeu continuel de c(»s sortes d'arrêts, et ils réduisoient le [)ublic en tel état qu'il ne savoit s'il devoit recevoir ou payer, par l'incertitude continuelle du gain ou de la perte d'un moment à l'autre". » Pour couronner cette perturbation à l'état chronique, un arrêt du ^i décembre décida que pour le bien du royaume et des sujets et pour augmenter le crédit et « éviter au peuple les pertes que causent ordinairement les variations sur le cours des monnaies, les billets de banque demeureraient fixés à cinq pour cent au-dessus de la valeur de l'argent courant... sauf aux portinns des dits billets à les négocier à tel pli us haut prix qu'ils jugeront à propos. » Le même arrêt portait que les espèces d'or et d'argent (même eelles que proscrivait l'arrêt du ?. décembre 1719 et dont l'émission n'était pas commencée) ne pourraient plus être reçues en paiement au-dessus de dix livres pour les monnaies d'argent et de trois cents livres pour les monnaies d'or. Cette grossière amorce ne fit que peu de dupes". Enfin, le !>9 décembre, la Banque était autorisée à émettre encore trois cent soixante millions, de sorte que sa circulation s'élevât à un milliard, et la hâte des preneurs était si grande que pour éviter les délais indispensables à la gravure des nouveaux billets il fut décidé que « l'impression, la marque du papier et le sceau de la Compagnie offraient une garantie suffisante. Sur ces trois cent soixante millions de billets, on imprima pour une somme de deux cent trente et un millions.
La journée du 3o décembre marqua l'apothéose du Système"*. Le règlement de la Compagnie prescrivait une assemblée géné-
*^ Écrit en 1725; conserve à la Bibliothèque de la Chambre de commerce de Bordeaux.
.'^ E. Levassrcur, Law et son système jugés par un contemporain [Nicolas- Robert Pichon, maître des comptes], dans Compte-rendu des séances et travaux de V Académie des sciences morales et politiques, 1909, t. CLXXI, p. 48i.
L'APOGÉE DU SYSTEME
raie annuelle dans laquelle trente directeurs et les principaux actionnaires devaient arrêter les comptes, régler îe dividende et décider des futures opérations. Les directeurs étaient presque tous d'anciens fermiers généraux ou de riches financiers. Un certain chevalier de la Motte, enrôlé dans l'agiotage, rapporta à ses associés que, comme porteur d'un certificat de cinquante actions, il avait eu entrée et séance à l'assemblée où se trouvèrent le duc d'Orléans, le duc de Chartres, le duc de Bourbon, le prince de Conti, plusieurs maréchaux, des ducs et pairs tous suivanî leurs rangs assis autour d'une table de soixante-dix personnes. M. Law, à l'opposite de M. le Bégent, à un des bouts de la tab)e et tous les actionnaires assis au nombre de douze cents. M. Corman, avocat, assis auprès de Law fit un beau discours auquel M. le Bégent répondit, accordant à chacun des assistants le droit de proposer des difficultés. On répondit comme à la comédie par un battement de mains; peut-être que, si le parterre y eût été, il y aurait eu des siflleurs'\ Law expliqua ce qu'il voulut à des gens qui l'écoutaient à peine et croyaient tout sur parole; l'assemblée décida qu'à partir du i*'' janvier 1720, la Compagnie donnerait un dividende de quarante pour cent, soit deux cents livres fiar action et, au total, 84. 800. 000 livres. En réalité, les actionnaires toucheraient une livre treize sols par cent livres. L'improbité du calcul était manifeste et la faiblesse du dividende réel aurait dû, &emblait-il, renverser la banque : il n'en fut rien, dans la soirée du jour où s'était tenue l'assemblée générale des actionnaires, l'agiotage de la rue Quincampoix porta les actions de onze mille à quinze mille cent quatre-vingt livres.
*3 Forbonnais, op. cit., t. Vî, p. 3ii : Danoroan, Journal, t. XVÏII, p. 192-193;
Riivat, Journal, t. î, p. Av^-
" \f. de Fnliqny à Mme de Bnllerny, Caon, 3 janvier 1720, dans Les corres^
pondants, t. II, p. 98-99.