CHAPITRE XXXVIIl
La décadence du Système
(5 janvier-i8 juillet 1720)
l^iw est nommé contrôleur général. — Rétabliss^-ment des pensions. — Law protège le commerce', entreprend des travaux publics. — Enlbousiasme d'un contemponiin. — Défiance du public. — Nouvelle émission. — Proscription du numéraire, qu'on attira dans les caisses de la Banque. — Confiscations. — Assemblée générale du 22 février. — Arrêt du 5 mars. — Ses dispositions. — Arrêt du 11 mars. — Proscription de l'or. — Fermeture de la rue Quincampoix. — Nouvelles émissions de bilU't^^. — L'arrêt du 21 mai réduit la valeur (K>s billets. — L'arrêt du 27 retire l'arrêt du 21 ; il n'en suspend pas les ^.ff^.ts. — Sentiment public. — Retour de Law. — Ua foule assiège la Banque. — L'agiotage se tronsporti^ à la place Vendôme et à l'bôtel de Soissons. — Renibouisement des bilk'ts en juillet. — S<Hlition du 17 juillet.
Au début de l'assemblée générale des actionnaires, Law fut averti que les réalisenrs commençaient à vendre leur papier. Four réagir, il fit décider sur le champ que la Compagnie achèterait, à bureau ouvert, et au. prix de 9.600 livres\ les actions qu'elle venait d'émettre à 5.ooo livres, et avant même qu'elles fussent libérées. Celte décision paraissait devoir fixer le cours, il n'en fut rien puisqu'il s'éleva à 18.000 livres le 5 janvier. Dans la soirée de ce jour, Law fut déclaré contrôleur général des finances. <( 11 ne lui manquait qu'un titre, toute l'administration étant depuis quatre mois entre ses mains, et il ne manquait a D'Argenson que de se démettre d'un titre qui n'avait presque i.lus de fonctions\ 11 sut faire une profitable retraite, ayant . senti en homme de beaucoup d'esprit qu'il étoit, temps de céder à un homme qu'il ne faisoit plus sûr de contrarier' ». Le murmure fut grand, au dire de Saint-Simon, de voir
» A. Vuitry, Le désordre des finances et les excès de la spéculation, in-12,
Paris i885, p. 317. . ■, r n^^^.^^
' Comte d\4rgenton à Mme de Balleroy, 3 janvier 17^.0, dans Les Correspondants, t. II, p. 99- VTTTTT r.. R îon
' Sainl-Simon, Additiom au Journal <k Donîroan, t. XVIII, p. 200, 5 janvier 1720,
Law est
Dommé
contrôleur
géoéral
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LA DÉCADENCE DU SYSTÈME
Rétablissements des pensions
un étranger contrôleur général et tout livré ^n France à un système dont on commençoit à se défier; mais Iles Français s'accoutument à tout.
Ils s'accoutumaient plus qu'à tout \e reste à une opulence qui semblait inépuisable. La nomination de Law aurait, disait-on, cet heureux résultat de « ranimer les actions langui-ssanles* )>, elle ne produisait pas celui d'inspirer confiance au président de Novion. Celui-ci avait une terre à vendre et l'estimait ioo.ooo livres, Law se portait acquéreur et s'étonnait d'un prix si minime. « Cela est vrai, répilique Novion, mais autrefois elle n'aurait valu que cela, et d'ailleurs je ne veux pas profiter de tout ce remuement-ci; mais j'y mets une clause : e'est que vous me payerez tout en or et point en billets ». Le marché fut fait et l'or donné; mais deux ou trois jours après, M. de Novion le fils retira la terre et remboursa Law... en billets*. La plupart des courtisans ne montraient pas cette prévoyance. On lit dans le Journal de Dangeau : « M. le duc d'Orléans a donné pour cent mille écus d'actions à la maréchale de Rochefort, il a donné cent mille francs d'actions à Blanzac, gendre de la maréchale*; cent mille écus d'actions au duc de Tresmes, cent mille écus à M. de ila Châtre. Deux cent mille livres à Rouillé du Condray, cent cinquante mille livres au chevalier de Marcieu, cent mille à M°*® de Tonnerre\ deux cent mille à Courtenay le fils, cent dix mille au marquis de Varennes, cinquante mille à Marthon et « à beaucoup d'autres que je ne sais pas tous' )>.
Chaque jour, <( entre onze heures et midi », Law passait quelques moments dans le cabinet de Saint-Simon, et revenait souvent sur le même sujet; il le pressait de prendre des actions sans qu'il lui en coûtât rien et de leur faire produire, sans qu'il s'en mêlât plusieurs millions; « mais je ne voulus jamais m'y prêter » dit Saint-Simon, dont la femme fut tout aussi inflexible. *' Enrichir pour enrichir, il eut mieux aimé m'enrichir que tant d'autres, et m'attacher nécessairement à lui par cet intérêt dans la situation où il me voyait auprès du Régent. Il lui (*n parhi donc pour essayer de me vaincre par cette autorité. Le Régent
* M. de Falîgny à Mme de Balleroy, ii janvier 1720, dans Les Correrpondants, t. II, p. loi.
* Chev. de Balleroy ç Mme de Balleroy, ?.6 janvier 1720, dans op. cit., t. Il,
. * Dan«?paii, JournaU t. XVIII, p. 189; 28 décembre 1719. ^ Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 191 ; 27 déeembi-e 1719.
* Dangeau, Joiirrml, t. XVIII, p. 193 ; 3i décembre 1719.
m'en parla plus d'une fois, j'éludai toujours' ». Puis il se ravisa se fit rembourser des dépenses avancées par son père, réclama les intérêts depuis soixante ans, accepta la conservation des appointements de la duchesse comme dame d'honneur de Mme de Berry décédée, sollicita un relèvement de i.ooo écus du gouvernement de Sentis à la somme de douze mille livres. Beaucoup d'autres mettaient moins de façon, et embusqué derrière son écritoire le petit duc tenait registre de cette grande dilapidation. La noblesse de France soutenait magnifiquement son rôle le parasite social, loin de se sentir flattée par la suppi-ession des pensions, elle se réjouissait sans vergogne de leur rétablissement par Law (20 août 1719) avec l'arriéré depuis 1710. Pendant le cours de l'année 1720, le contrôleur général prodigue les pensions nouvelles dont la monotone énumération est trop instructive'pour être négligée :
Mlle d'Espinoy, 6.000 livres; Mlle de Melun, 6.000; M. de Meuse, 4. 000; M. de Béthune, 4. 000; le marquis de la Vère, 10.000; le dftc de Tresmes, i>o.ooo; M. de Méliant, 6.000; M. de Vertamont, 8.000; le vicomte de Beaune, 10.000; le grand-prieur, 70.000; le manpiis de Prie, i:>..ooo; M. de Marthon, 3. 000; l'abbe^se de Chelles, i:>.ooo; M. de Bettenfao, 6.000; M. de Fonville, '!..ooo; M. de Ruffey, 6.000; M. de Savine, 6.000; M. de Béthune, 3.000; M. de la Billarderie, 6.000; la princesse de Gonti, r^o.ooo; M de Charolais, 4o.ooo; l'abbé Atari, '^.opo; le comte de Geresle, i.ooo; M. de Matignon, 6.000; le chevalier de Nangis, 4. 000; M. de Saint-Abre, 5. 000; M. de Nangis, 6.000; M. de Béthune, (>.ooo; le prince de Talmont, 20.000; M. de Châteauneuf, 9.000; Bontemps, 6.000; M. de Foucault, 3. 000; la duchesse d'Albemarle, 9.000; Madame la Duchesse, 4o.ooo; le marquis de Bellefonds, 6.000; le comte de la Marche, 60.000; la duchesse de Brissac, 6.000; Mme de Montauban, 20.000; M. de Montauban, ('».ooo; La Maréchale de Lorges, 8.000; la marquise de Chamilly, Ti.ooo; M. de Saint-Geniès, i.ooo; Mme de Goëtquen, 4. 000; M. du Puy-Vauban, 4.000; M. de Polastron, 4. 000; Mme de Blanchefort, 4. 000; La Peyronnie, 8.000; le marquis de Ghalillon, 6.000; la duchesse d'Albret, 10.000; M. Trudaine, 8.000.
Des gratifications étaient accordées au marquis de Prie, 90.000 L; au duc de Bouillon, 3o.ooo; à M. de Lautrec, 100.000; à M. de La Feuillade, 85o.ooo; au marquis de Dangeau, 4oo.ooo; à M. de M(Mise, 3o.ooo; à M. de Ghateauthiers, 800.000; au président de Mesmes, 4oo.ooo; ù M. de la Ghâtre, 500.000; au duc de Tresmes,
• Saint-Simon, Mémoires (igoS), t. XI, p. 121.
Ooo.ooo; à M. de Maicieu, lôo.ooo; à M. de Caslries, loo.ooo; au prince de Soubise, 200.000; au duc de Noailles, 200.000; à la maréchale de Kochefort, 4oo.ooo; à M. de Blansac, 100.000; a la comlesse de Tonnerre, 100.000; à M. Rouillé du Coudray, i-iicien directeur des finances, 200.000; à M. de la Fare, 600.000; au prince de Courtenay, 200.000.
« Enlin, ajoute Saint-Simon, à tant d'autres que j'oublie ou que j'ignore que cela ne peut se nombrer, sans ce que les petitsmaître^ et les roués (du Kégent) lui en arrachaient, et, de plus, lui en prenaient tous les soirs dans ses poches, car tous ces présents étaient en billets qui valaient tout courant leur montant en or, mais qu'on leur préférait^". Law encourageait ce pillage, « il tenait par son papier un robinet de linanoes qu'il laissait couler à propos sur qui le pouvoit soutenir. M. le Duc, Mme la Duchesse, Lassay, Mme de Venie (maîtresse de Victor-Amédee de Savoiej, y avaient puisé force millions et en tiraient encore. 1 'abbé Dubois y en puisait à discrétion; et il en serait ainsi pendant soixante-dix années encore : la noblesse se laissa domestiquer avec des pensions et des gratifications. Au catalogue du duc de Saint-Simon fera écho à la lin du siècle, la pubhcalion du