‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 80 sur 193 · II, p · texte numérisé non relu

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HtSTOÎRK DE LA RÉGENCE

CHOSES ET GENS

La gratuité de l'enseignement

trouve Law u admirable pour les finances'"'; « le mal qu'on dit de lui et de sa banque est l'effet de la jalousie, car on ne saurait lien voir de mieux, il paye les effroyables dettes du feu Roi et diminue les impôts, allégeant ainsi le fardeau qui pesait sur le peuple'"'. » Elle s'extasie devant <( l'immense richesse qu'il y a maintenant en France. On n'entend parler que de millions, le dieu Mammon règne à Paris d'une manière absolue'"*; et six mois plus tard, même étonnement devant « la clameur universelle, il paraît que tout va horriblement mal. Je voudrais que Law fût au diable avec son système'"'. Personne en France n'a plus un sou ni un liard, mais on a des torche-c... de papier à foison'"' » et princesse du sang, fille de France elle a <( chaque jour de nouveaux désagréments : un jour on vient me dire que je n'aurai plus à manger, car mon intendant ne pouvait se procurer d'argent et n'avait que des billets; un autre jour ce sont des marchands qui refusent de livrer des étoffes si on ne les paye en espèce; une autre fois on annonce que les Parisiens

vont se soulever'"' ».

Parmi les innovations qui signalèrent ces deux années, une des plus fécondes en résultats, bien qu'inspirée par des préoccupations confessionnelles, fut la gratuité de l'enseignement. Le 2 février 1719, jour de la Chandeleur, l'Université de Paris, en corps, alla, suivant l'ancienne coutume, présenter un cierge au Roi, avec un mémoire par lequel elle offrait de remettre au Roi les droits que les rois ses prédécesseurs avaient accordés à l'Université, montant à la somme de soixante mille livres par an, à prendre sur les coches et sur les messageries établis à Paris, à condition que Sa Majesté lui accorderait une pareille somme à prendre sur la ferme des postes par augmentation de cette fernie, et qu'en cas que le fermier des postes fit difficulté d'y consentir, l'Université offrait de se charger de ladite ferme, à raison d'un million d'augmentation, sans augmenter les ports de lettres. Le tout à condition que le Roi voulût permettre à l'Université d'établir plusieurs collèges pour l'instruction de la jeunesse, vers la porte Saint-Honoré, un autre au Marais, et un vers la place Royale, en la rue Saint- Antoine; et en même temps permettre

"« Madame à la raugrave Louise, 9 septembre 17 19, op. cit., t. II, p. i54. »" Madame à la raugrave Louise, i" octobre 1719, op. cit., t. II, p. i63. i°* Madame à la raugrave Louise, 7 décembre 17 19, op. cit., t. II, p. i99- »"* Madame à la raugrave Louise, 12 juin 1720, op. cit., t. II, p. 242. "« Madame à la raugrave Louise, 11 juin 1720, op. cit., t. II, p. 242 voir

t. II, p. 175 note. . TT j;

"^ Madame à la raugrave Louise, i4 juillet 1720, op. cit., t. II, p. 252.

à rUniversité de vendre certains vieux collèges de l'ancien quartier de l'Université qui sont peu fréquentés et presque inutiles, dont le prix servirait à acheter des maisons pour y établir les nouveaux collèges qu'elle projetait,* qui seraient beaucoup plus à portée et plus commodes pour la jeunesse des quartiers voisins, que la rue Saint-Jacques, la rue de la Harpe et autres rues voisines dont l'éloignement dégoûtait quantité de familles d'y envoyer leurs enfants en bas-âge et, par cette raison, cela était cause que quantité de bons sujets demeuraient dans l'ignorance'"'. » A cette proposition inspirée par le dévouement, il faut donner son commentaire tel que nous le lisons dans la Gazette de la Régence, le i4 mars : <( Les Jésuites d'ici ont, depuis cinq ou six jours, reçu un grand déboire parce que le Régent a fait accorder par le Roi à l'Université de Paris un quinzième dans le revenu des messageries, moyennant quoi les collèges qui en dépendent ne prendront plus rien des écoliers, ainsi qu'il se pratique aux collèges des Jésuites, ce qui va dépeupler ceux-

Cl . »

Au mois d'avril, le recteur de l'Université fut mandé au Palais- Royal où une conférence élabora un règlement par lequel il fut lésolu que dorénavant l'instruction de la jeunesse se ferait gratis dans tous les collèges de l'Université de Paris; que pour cet effet les professeurs de rhétorique, de philosophie, de physique et de mathématiques auraient chacun douze cents livres par an, et que les régents des autres classes, comme de la seconde, de la . troisième, de la quatrième, de la cinquième et de la sixième, auraient aussi chacun mille francs. Lesquels appointements se payeraient sur la ferme des postes et des messageries de la ville de Paris. On décida on outre de n'admettre aucun maître es arts qu'il n'eût fait ses études dans les collèges de l'Université de Paris. Sur quoi un ancien conseiller au Parlement, octogénaire, dit ces mots : (( C'est à ce coup que les décrotteurs vont avoir de l'occupation pour arracher l'herbe qui ne manquera pas de croître dans les cours du collège des jésuites"". » Mais ceux-ci entendaient parer le coup qu'on leur portait et donner gratuitement l'instruction et même les livres scolaires'".

L'Université affecta une extrême satisfaction. Rollin harangua et de son discours remanié et développé sortit l'excellent Traité

*"• Buvat, Journal, t. I, p. 354; 2 février 1719.

"• Gazette de la Régence, p. 323; i4 mars 1719.

"" Buvat, Journal, t. I, p. 377-378.

*" Gazette de la Régencef p. 829; 23 juin 1719.

CHOSES ET GENS

des études^'''; le collège d'Harcourt tira un feu d'artifîoe"', l'Université organisa une procession où l'imprévu des costumes, Tarchaïsme des symboles, la gravité des figurants donna aux Parisiens l'impression de la plus plaisante des mascarades. On entendait les ris du jeune Roi et des dames de la Cour qui, placés dans le pavillon des Tuileries voisin du Pont-Royal virent déliler pendant plusieurs heures cet immense et bizarre cortège qui comprenait :

Les cordeliers, les augustins, les carmes, les jacobins,

Les maîtres ès-arts en robe noire avec le petit chapeau sans fourrure,

Les bénédictins de Saint-Martin-des-Ghamps et autres ecclésiastiques en aubes et chappes,

Les bacheliers en médecine en robe noire avec un chaperon hermine, précédés du second massier.

Les bacheliers eh la faculté des droits,

Les bacheliers en théologie en robe noire et fourrure, précédés du second appariteur,

Les docteurs régens en la faculté des arts en robe ou chappe rouge, avec l'épi toge ou le chaperon doublé de fourrure,

Les quatre procureurs des nations vêtus d'une robe rouge herminée blanc et gris, précédés chacun du second massier de leur nation,

Les docteurs en médecine aussi en robe et chappe rouge avec l'épitoge ou le chaperon doublé de fourrure, précédés de leur premier massier, vêtu d'une robe bleue fourrée de blanc,

Les docteurs en la faculté des droits en robe rouge, avec leur chapoion hermine, précédés de leur massier habillé de violet.

Les docteurs en théologie, pareillement en fourrure et robe noire ou violette avec un bonnet de même, précédés de leur premier appariteur en robe de drap violet fourrée de blanc,

M. le recteur, en robe violette et mantelet royal, avec la bourse ou escarcelle de velours violet, garnie de glands et de galons d'or et le bonnet noir, accompagné du doyen de théologie aussi en robe violette et fourrure, précédé des quatre premiers massiers des quatre nations de la faculté des arts,

Le syndic, greffier et receveur de l'université en robe rouge et fourrure.

Les libraires-imprimeurs, les papetiers, les parcheminiers, les écrivains, les relieurs, les enlumineurs,

I^s grands messagers, jurés de l'université, précédés de leur clerc, lequel porte une robe de couleur de rose sèche et une tunique sur laquelle sont les armes de l'université, en forme de héraut d'armes ayant un bâton royal d'azur, sçmé de fleurs de lisd'or^'\

»i^ P.-E: Lémonto\, op. cit., t. I, p. 3i5-3i6; Tougard, Les fêtes pour la gratuité de renseignement en 1719, dans Précis analytiqui'iles travaux de VAcadémie des sciences, hellea-lettres et arts de liouen iooB-iqoG, t. CVIII, p. 269-276.

"* P.-E. Lémontey, Histoire de la Uégence, t. I, p. 3i4; Ch. Jourdain, Histoire de VUniversité, p. 333; Opuscules, in-8, Paris 1771, t. I, p. 4oo (Irad. franc.) ; H. Perte, Rollin, sa vie, ses œuvres et VUniversité de son 9emps in-8, Paris 1902, p. 66-67.

*** Buvat, Journal, t. I, p. 395.

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