‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 84 sur 193 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Le Chapeau de Pabbé Dubois

(Avril-Décembre 1 7 1 9)

Dubois vise le cardinalat. — Ses motifs. — Hostilité au cardinalat. — Dubois s'associe Lafitau. — Initiative de Saint-Sapborin. — Accueil fait à lord Slair par le Régent. — Zèle excessif de Saint-Sapborin. — Lettre ostensible {]c lord Stanhopc. — Dubois s'abouche avec Lafitau. — Son choix est fait, mais il ne vtnit pas froii^ser les appelants. — Il repousse un projet trop hardi. — Inshuclions données à Lafilau. — Aecuoil et projet du Pape. — Proposition de nomination in petto. — Torey évenlxi la correspondanie. — Rep*rise de rinl:'rvenlion anglaise. — Lettre de Georges I" à l'Empereur. — Commentctire de Saint-Sapborin. — Lt^trc- du roi d'Angîetwre. — Lettre du Régent. — Échec de Dubois.

Depuis le succès de sa mission diplomatique à Hanovre, Dubois Dubois v»^e avait senti jaillir letincelle de la grande ambition sous cette for- *«ca'*i«n^'«l me que Saint-Simon a joliment nommé le « poison très dangereux du cardinalat' ». De la Haye, en 1716, il écrivait à son confident Ncx^é : h 11 n'y a pas im ministre étranger qui ne croie que je vais avoir le chapeau de cardinal pour récompense, et vous seriez étonné par quelles têtes une si grande ridiculité passe". » Un mois plus lard, s'adressant au Régent : « Je vous suis plus redevable, écrit-il, de m'avoir donné cette marque d'honneur de votre confiance, que si vous m'aviez fait cardinaP. » Madame, que sa haine pour « le plus méchant et le plus avide personnage qu on puisse voir'* » rend clairvoyante, interroge son fils qui la rassure et proteste « que l'abbé ne songe pas à être cardinal* ». D'autres lui épargnent oe soini « J'ai recherché sur vos ordres, lui écrit Ghavigny, par quelles faveurs dans les siècles passés les

* Saint-Simon, Mémoires, t. XVI, p. 222.

' Dubois à Noce, la Haye, 11 décembre 1716, dans P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. II, p. 2, note i.

» Dubois au Uégent, la Haye, 4 janvier 1717, ibid., t. Il, p. 2, note i.

* Madame à la raugrave Louise, 6 mars 1721, dans Correspondance, édit, G. Brunel, t. II, p. 3o4.

* Madame à la rauyrave Louise, 17 août, 1717, ibid., t. I, p. 3i2.

minces témoignent leur satisfaction à ceux qui s'étaient employés ^u ^e^ ice de leur patrie; les premiers mouvements de quelques ;ens insés à qui j'ai donné occasion dVn parler ne leur on fl inTpTrT'aut.' chL, sinon quun chapeau ^e Çard.nal devo. ïire la récompense de vos travaux et de vos succès . » Dubois est ^éfà onTson désir quasi honteux du début, à peme en conient-n encore l'expression prête à devenir une vér.table freneie S grandeur ministérielle est trop fragile pour 1 .1 us.onner sur les ^rils qui le menacent. Il sait à merveille que la Ir.ple- ÏÏiance' honnie du public, ne tient qu'à un fil. la volonté du Régent, dont l'inconstance d'esprit lui est connue. Que le Régent change de politique et l'instrum(:nt de l'alliance sera écarte, rejeté disgracié aux applaudissements de tous. Contre cette perspective redoutable. Dubois ne connaît qu'une garantie sure : le cardinalat Celait tout ensemble un éclat qui effaçait 1 obscurité de . sa naissance: un degré qui l'élevait à tout; une protection contre les retoui's de fortune; un état quand tout viendrait à manquer. s«a.«iifs L'alliance anglaise était la raison d'exister de Dubois, il le, savait, le sentait et s'y attachait dans une sorte de crispation Celte alliance lui imposait la rupture avec l'Espagne qui achevait de le perdre dans l'esprit des partisans de l'ancienne politique et de soulever contre lui des rancunes impitoyables. Pour l'acheminer vers cette rupture, les ministres anglais. Stanhope et Sunderland, avaient compris que Dubois exigerait une garantie exceptionnelle et ils disaient à Chavigny : « Il faut songer ■. le faire cardinal'; il le mérite au jugement de tous les plus sa-'es'. .1 Chavignv, à qui la leçon était faite, en convenait volontitus et s'employait à convaincre l'abbé' qu'il n'avait, à l'en croire, «jamais trouvé susceptible de cette ambition ». Or, depuis l'été de 1718. Dubois ne détournait plus sa pensée de l'obtention du cardinalat et son rival Alberoni exprimait avec justesse la conséquence de cette passion : « 11 ne fera désormais plus rien qui ne soit dirigé vers ce but". » Moins pénétrant, lord Stair s'était étonné des « frivoles finesses » de Dubois pendant

• Arch. des AjJ. Etrang., Angleterre, t. 3i8. fol. 112 : Chavigny à Dubois,

Londres. 18 mai 1718. „, . . r.

' Archiv. des Afj. Élrang., Angleterre, t. Sm. fol. 208 : Chavigny a Dubois, Londres, 17 juillet 1718. , , j .

• Archiv. des Afj. Êlmng., Angleterre, t. 327, fol. 168 : Sunderland a Dubois, Londres, 18 décembiv 1718. , r. i •

• Arch. des Alj. Élrang., Angleterre, t. 3ao, fol. 208 : Chavigny a Dubois,

17 juillet 1718.

"> .4i6eroni à Cellamare, 10 octobre 1718, dans P.-E. Lémontey, op. cit.,

f. II. p. 2. note 3. .

Ie chapeau de L'ABBÉ DUBOIS A

la négociation de Londres; rien ne lui avait alors expliqué les calculs mystérieux et les tortueuses démarches dont s'envelopp^ïi la diplomatie de l'abbé. Stanhope lui-même s'était étonné cl pix^sque ému de l'insistance apportée par Dubois à soutenir les prétentions du Saint-Siège sur les duchés de Parme et de Plaisance revendiqués par l'Empereur à titre de fiefs masculins". Cette insistance ne visait à rien d'autre qu'à se créer un titre à la bienveillance pontificale. Ainsi fallul-il peu d'éloquence pour persuader Dubois de la convenance d'une si éclatante illustration. Sunderland faisait valoir l'intérêt général, le service du roi Georges et du Régent, également chers au candidat, l'affermissement de l'ôlliance, Dubois savait assez son intérêt personricl pour n'y mêler l'intérêt général que comme une excuse ou un prétexte. L Angleterre pouva^it le servir dans la conquête du chapeau, mais il lui fallait d'autres alliés pour réussir et lord Stair s'ea étonnait : « Mylord, écrivait-il à Stanhope, le chapeau de cardinal » tout à fait touiné la tête à, notre pauvre ami l'abbé, il paraît entièn^ment livré aux gens qu^'il croit en état de lui faire avoir le plus promptement'^ »

Dubois ne .nouvait îgnorer que la dignité cardinalice soulevait en France, parmi les grands seigneurs, une antipathie qui ne demandait qu'à se manifester sous forme d'opposition. Saint- Simon était intraitable à l'égard de ces pei^onnages qui, passant sur le corps des ducs, prenaient rang a la suite des princes du sang. Le duc d'Antin, plus courtisan et plus modéré, s'exprimait ainsi : « Je ne comprends pas comment on souffre des cardiriaux dans un état bien policé. Ils sont à charge à tout le monde soit par le rang ridicule qu'ils ont, soit par la quantité de bénélices (|u'ils absorbent, soit par la dévotion que la plupart ont pour le pape. Et ce n'est pas encore le plus grand mal; mais le voici : comme beaucouj) dé prélats y aspirent, ils ont une complaisance aveugle pour la Cour de Rome et oublient fort souvent ce qu'ils doivent au Roi et à leur patrie, pour tout sacrifier à leur ambition''. » Le maréchal de Tessé allait répétant : « J'ai entendu dire au feu Roi que la chose principale que le cardinal Mazarin lui a voit recommandée, c'étoit de ne jamais mettre dans son conseil, ni prince du sang, ni princes étrangers, ni

" Public Record Ojfice, France, vol. 352 : lord Sta^ir à Craggs, Paris, i8 juillet 1718.

»= Public Becord Ojfice, France, vol. 352 : lord Stair à lord Stanhope, Fn-

ris, 4 déc<»mbrc 1718.

» D'Antin, Mémoires manuscrits, t. VIII, dans P.-E. Lémontey, Histoire J^

la Régencct t. II, p. 3.*

Hostilité

au cardinalat

Dubois

s'associe

Ltfitau

cardinaux"*. » Dubois ne s'attarda pas à réfuter ces apophtegmes ni à contredire qui ne voulait se laisser convaincre; il laissa les uns maudire et les autres branler la tête, ayant rencontré l'homme de cette besogne il l'employa.

C'était un jésuite gascon nommé Pierre Lafitau". Ayant à peine dépassé la trentaine, il avgiit su s'évader d'une classe de rhétorique et se faufiler dans la diplomatie. La querelle soulevée à l'occasion de la BulUe lui ouvrait une carrière où lès intrigues conduiraient aux honneurs, il s'y jeta et la remplit brillamment, ^ous l'avons rencontré déjà courant la poste de Rome à Paris, chargé d'une mission secrète par le cardinal de la Trémoille. 11 s'agissait d'entraîner Dubois, à peine nommé secrétaire d'État, du camp des appelants dans celui des constitationnaires; en outre d'obtenir la décardinalisation d'Alberoni que ce coup inattendu précipiterait du pouvoir^'. Le pape ne promettait rieii, laissait tout espérer et subordonnait son intervention en Espagne à la réception préalable de la bulle Unigenitus en France. Avant de s'être rencontré avec Dubois, Lafitau était éclairé par la correspondance de l'abbé sur les hautes visées qu'il poursuivait, il jugea j'affaire profitable à poursuivre et s'insinua comme intermédiaire officieux entre la cour de Rome et le Palais-Royal. L'agenî était adapté parfaitement à l'opération; portant la subtilité jusqu'à la fourberie, la gaieté jusqu'à l'indécence, l'avidité jusqu'à la friponnerie, Lafitau vivait parmi une soci/U' int'^lcpe et ne comptait plus le nombre de ses dupes". Dès le mois de décembre 1718, Lafitau se mit à l'œuvre : « Je suis jour et nuit, écrit-il, à pied sur le pavé sans pouvoir certainement suffire à tout; un autre en trouvera encore plus à faire qu'il ne pourroit s'imaginer. Nous nous partagerions de manière qu'il seroit content de son ouvrage et qu'il ne seroit pas mécontent de nu)i". »

Parti incognito pour Paris, à la fin de décembre, Dubois le retint près de lui une partie de l'année 1719, l'employant à batailler avec Rome par correspondance et à préparer le terrain à

^* Le maréchal de Tessé au duc de Bourbon, 2^ ja.nvicr 1726, ihid., l. II, p. 3.

** Né à Bordeaux en if)85, entré au noviciat en 1708, évêquo de Sistcron en 1719; il aura quitté la Compa^znic à cette époque ou peu auparavant.

^^ Dubois à Lafitau, 27 décembre 1718, dans C. de Sévclinges, Mémoires secrets du cardinal Duboi.% in-8, Paris, i8i5, t. I, p. 268 suiv.

*' Arch. des Afj. Êtrang., Rome, t. 63i, fol. 280 : cardinnl de Uohan à Dubois.

'* Arch. des Aff. Élrang., Rome, t. 589, fol. 176 : Lafitau à Dubois, 6 détv'inbre 17 18.

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LE CHAPEAU DE L'ABBÉ DUBOIS . 5-

Paris afin d'obtenir à moindres frais les plus larges concessions*'. Lafitau ne manquait pas de déplorer l'attitude hostile au Régent prise par les constitutionnaires, relevait l'imprudence avec laquelle ses confrères étaient entrés dans la conspiration de Gellamare, se plaignait du peu de mesure gardé à Rome par certains contre le duc d'Orléans et demandait qu'on le laissât faire : « Les circonstances présentes sont très mauvaises pour la Cour de Rome; jnais attendez-moi, et je vous montrerai un temps qui

n'est pas éloigné où tout changera . )>

Tandis que Lafitau s'emploie avec zèle, d'autres amis de Dubois ne demeurent pas inactifs. Georges P' et lord Stanhope, tous deux protestants, n'avaient pas qualité pour adresser une requête a Rome, mais ils savaient que l'Empereur n'avait rien à leur refuser ni le Pape rien à refuser à l'Empereur. Ce formidable voisin pouvait à tout moment faire isentir sa lourde épée aux Ëtats pontificaux, mais lui-même devait compter avec la flotte britannique sans laquelle il pouvait considérer la Sicile comme perdue. L'Angleterre restait définitivement maîtresse de la situation, et savait le faire souvenir. Déjà elle avait exigé l'arrestation de la fiancée du Prétendant, aujourd'hui elle demandait un

chapeau de cardinal.

L'initiative de cette démarche fut prise spontanément par l'ambassadeur britannique à Vienne, Saint-Saphorin. Un certain abbé Strickland négociait à Vienne au nom de Georges P'; au Pape qui demandait que l'on se relâchât en Angleterre sur l'exécution des lois contre les catholiques, le Roi répliquait qu'on cessât de donner un chapeau à la nomination du Prétendant, « mais que si on le juge nécessaire dans la suite il en donnera un, comme motii proprio, à quelque personne non suspecte à ia Cour d'Angleterre, et qui sera recommandée par l'Empereur''. » En même temps, l'Empereur entend mettre son concours au plus haut prix. Son ministre Sinzendorf demande que la France s'engage à ne point conclrre la paix avec l'Espagne si celle-ci ne donne juste satisfaction aux griefs du pape. A cette condition, Clément XI pourra consentir à travailler contre Albe-

!• C. de Sévelinges, op. cit., t. I, p. 268-273; V. de Seilhac, Vabbé Dubois, premier ministre de Louis XV, in-8, Paris, 1862, t. II, ch. IX.

-« P. Lafitau à J.-F. Lafitau (son frère), Paris, 11 février 1719, dans C. de Sévelinges, op. cit., t. 1, p. 271-272.

2^ Public Record Office, Germany, vol. 212 : Saint-Saphorin à lord Stanhope, Vienne, 26 janvier 1719; mémoire sur VËtat présent de la religiori catholique en Angleterre et sur les moyens d'en prévenir Vextirpation par l'abbé Strickland (en français).

Initiative de Saint- SapliorÏQ

Accueil fail àlordStair

par 'le hégent

roni et à favoriser Dubois". Saiiit-Saphorin voudrait faire croire à Stanhope que l'iniliative qu'il a prise -est tout à fait spontanée, il y voit une eoinbina'son politique « di^s plus salutaires aux intérêts de toutes les pailies (jui composent la Grande Alliance" ;>.

Il est malaisé d'admettre que Dub<^is n'ait connu ces démarches que par l'avertissement de lord Stair dès les premiers jours du mois d'avril. L'Écossais cons<"nt à jouer sa partie dans la comédie qui sf» prépan^ : il sugo"èiera au Régent cette idée du chripeau et J'abbé continuera à tout ignorer. Stair, toujours pllus soucieux de son pays que de tout le reste, ne voit en tout ceci qa€ rintérél de l'Angleterre. « C'est la plus heureuse pensée du monde, écrit-il à Craggs, que vous avez eue de luy faire avoir ce chap-eau. C'est le seul moyen d'être sûr de luy, de le luy mettre sur la tête, car tant qu'il ne l'a pas on ne peut pas compter sur luy^"*. » Dès le lendemain, 9 avril, Stair eut audience du l^égent et aborda la question. A sa stupéfaction, le prince coupa court déclarant que jamais il ne consentirait que l'abbé fut cardinal, à cause qu'alors il dépendrait moins de lui et ferait dans l'État un personnage qui n-^ lui convenait pas". Ce n'était pas la première fois que cette idée lui était lancée et, dans l'intimité orageuse de leurs tête-à-tête le duc d(^ Saint-Simon, tout comme ïa vieille Madame, agitait le spectre d'un Dubois cardinal. Soudain le prince l'interrompait ' « Voilà comme vous êtes, disait-jl, î^uivanl toujours vos idées aussi loin qu'elles peuvent aller : Dubois est un pl.iisant petit drôle pour imaginer de se* faire cardinal; il n'est pas assez fou pour que cette chimère lui entre dans la tête, ni lui, si elle y entroit jamais, pour la souffrir". » Et encore (( qu'il le feroit mettre dans un cachot, s'il osoit jamais faire un pas vers la pourpre"^ ».

Lorsqu'il venait d'arracher quelque protestation dans ce style, Saint-Simon ne se contenait plus et le Régent devait se résign<!r A entendre tous les maximes de cette tête échauffée « sur l'aveu-

" Public liecord Office, Gormany ,vol. 212 : Saint-Sapfwrin à lord Stûnhope, Vienne, 7 mai 1719.

^^ Public Record Office, Germany, vol. 212 : Saint-Saphorin à lord Stanhope, Vienne, 7 mai 1719.

'* Public Record Office, France, voL 353 : lord Stair à J. Craggs, Paris, 8 avril 1719.

" Public Record Office, France, voL 354 : lord Stair à lord Stanhope, Paris, i«' juillet 1719.

2* Saint-Simon, Additions au Journal de Dangeau, t. XVII, p. 45o-453 ; Mémoires, édit. Chéruel, i858, t. XVII, p. 66; Dorsanne, Journal, t. Il'l, p.

*' Saint-Simon, Mémoires, t. XVII, p. 70. .

LE CHAPEAU DE L'ABBÉ DUBOIS 7

glcmcHt de souffrir des ecclésiastiques dans les affaires, surtout des cardinaux, dont le privilège le plus spécial est T impunité de tout ce qui est de plus infamant et de plus criminel en tout genre. Ingratitude, infidélité, révolte, félonie, indépendance!... Tout ecclésiastique qui arrive, de quelque bassesse que oe puisse être à mettre le pied dans les affaires, a pour but d être cardmal et d'Y sacrifier tout sans réserve". » Le duc d'Orléans laissait dire et Saint-Simon croyait qu'il l'écoutait; W l'écoutait sans doute mais pour répéter à Dubois ce qu'il venait d'entendre. Dubois «avait le caractère do celui qui n'avait jamais cessé tout a fait d'être son élève et prenait patience. L'issue de la tentative de lord Stair lui montra la nécessité de mener l'affaire avec plus d'alliés afin de peser sur le duc d'Orléans et de le rassurer en môme temps. U prince craignait que l'élévation de Dubois ne dcphit aux appelants, il no s'agissait que de le rassurer et de disposer le cardinal de Noailles et 1.- duc d'Antin, au moyen du maréchal d'Estrccs et de LaAV, à parler en faveur de 1 abbe .

Stâir avait dû faire l'aveu à son gouvernement du peu de succès de sa tentative, le ministère britannique pendant ce temps poussait sa pointe; il continua d'agir sur Vienne et, par Vienne, sur le pape. Celui-ci faisait des réponses dilatoires et Saint- Saphorin se dépitait, s'inquiétait à l'idée que Dubois ne cherchât dans un autre camp des patrons plus influents, plus habiles ou, en tout cas, plus heureux". Pour éviter cette extrémitc il proposait le recours à la force : « Les ministres de l'Empereur qui étaient les plus disposés à juger bien [du Pape] sont obliges de convenir qu'il n'y a eu dans toute sa conduite qu'un tissu d obliquités et que l'on échouera toujours vers lui par la voie de la négociation, si elle n'est soutenue par la force et si Ion ne lui inspire de la crainte... Je ne désespère pas tout à fait que, si 1 on >ousse bien la chose, l'on ne dispose cette Cour à prendre un parti rigoureux contre le pape pour l'obliger à donner maigre L'il en ait, le chapeau de cardinal à M. l'abbé Dubois . » Lord Stanhope n'en était pas là! Il n'eut songé à recourir a 1 hostilité

» Sainl-Simon, Mémoire?, t. XVII, p. 357-358.

=• Public Record Oljke. France, vol. 35/i : lord Slair « lord Star^hope, Pa-

"'3o^;i;irRecôrd Office, Germany, vol. 212 : Saint-Saphorin à lord S^un-

^^'pir^i^Jo^/Lr^;^^ vol. 2,2 : So.n.-Sap.o.n a .0.. Stan-

'Tplr^^fo;;:^; Cennany, vol. 2,2 : Saint-SapHorin a lord Sta.hope, Vienne, i4 juin 1719; The Stair Annals, vol. II, p. Bqi, 392.

Zèle excessif de

Saint- Saphr>riD

LE CHAPEAU DE L'ABBÉ DUBOIS

Lettre o<(tfnsihle

de lonl Stanh(>pe

ouverte contre le Pape que si Cl€ment XI s'était laissé entraîner à quelque manifestation en faveur du Pi^tendant; cependant il attendait de la Cour de Vienne le service d'insinuer à Rome qu'une telle concession serait payée de retour par la restitution des revenus pontificaux en Espagne dont Alberoni s'était emparé. Stanhope ne paraît pas douter que cet argument n'obtienne à Rome, gain de cause, et il termine sa lettre par ces mots : « La Clour impériale est plus intéressée que personne à procurer le chapeau de cardinal à M. l'abbé Dubois, et je ne doute point qne quand nous en ferons l'ouverture au Régent, il ne concoure volontiers à mettre par là M. l'abbé à couvert, et en liberté de suivre ses vrays intérêts et ceux de ses alliez avec moins de circonspection". » (i5 juin).

Le lendemain, Stanhope écrit à Stair cette dépêche en français, destinée A être mise sous les yeux du Régent^* :

« A Hanovre, ce i6 juin 17 19, My Lprd, il y a déjà quelque tems que j'ay mandé confidemment à votre Excellence qu'il me sembloit qu'il seroit du service de Monseigneur le Régent que M. l'abbé du Rois fût fait cardinal, laissant à votre discrétion d'en faire l'ouverture à S.A.R., laquelle, à oe qu'il me paroit, devroit lâcher de mettre par là Si-.lidemenl à couvert un Minisire qu'elle honore de sa principale confiance.

<( J'ay en même temps écrit à M. de Saphorin pour qu'il sondai la Cour Impériale, si elle voudioit concourir par des offices à Rome à faire le chapeau de cardinal à M. l'abbé du Rois, si M. le Régent le JésMoit. Il m'a répondu qu'elle y étoit ..•ss^*z disposé, et il tâche de l'entretenir dans ces dispositions comme vous le verrez par les copies cy-incluses de ses lettres. Mais comme présentement je crois la conjoncture favorable pour pousser cette affaire, et que vous ne m'avez jamais appris que vous vous en fussiez ouvert à S.A.R., je vous réitère ma prière de prendre votre tems pour l'en entretenir; et je vous répète pareillement d'empêcher avec soin que M. l'abbé du Rois n'en ait connoissance jusqu'à ce que la chose soit bien emmanchée. Car j'appréhenderois de sa délicatesse qu'à moins que S. A. R. ne le luy ordonnât bien expressément, il n'eût une répugnance

3^ Public Record Office, Gcrmany, vol. 212 : Lord Stanhope à Saint-Saphorin, Hanovre, i5 juin 1719.

'* Public Record Office, Franc<», voL 353 : lord Stanlope à lord Stair, Hanovre, 16 juin 1719; C. Sévelinges, op. cit., t. I, p. 275-, Wio«ener, Le Régent, rabbé Dubois et les Anglais, 1899, t.' III, p. i84-i86, rétablit contre Sévclinges et Lémontey la date du 16 et non du 27.

invincible à permettre que l'on fît agir la maison d'Autriche pour ses intérests.

(( Depuis que cette idée m'est venue, il est arrivé diverses choses qui m'y ont confirmé. Surtout, les bruits qui se répandent comme s'il y avoit quelque accommodement particulier sur pied entre l'Empereur et le Roy d'Espagne, et auxquels l'évasion de la princesse Sobiesky semble donner une nouvelle vogue, me font croire que M. le Régent dans le même tems qu'il doit être fort attentif et en garde sur la conduite de la Cour de Vienne, devroit aussi tâcher de faire paroître en public une plus grande harmonie que jamais entre tous les Alliez. Or rien ne seroit plus propre à faire éclater cette union et à donner de la réputation à notre Alliance que si l'Empereur et S. A. R. agissoient de concert pour élever au cardinalat celuy qui en a été le [îrincipal instrument, tandis qu'ils s'attacheroient à perdre Alberoni, à le chasser de l'Espagne et à le dégrader. Aussi me paroît-il naturel que l'époque de l'abaissement de l'un et de l'élévation de l'autre doive être la même. Si Mgr. le Régent agréoit que nous tirassions là-dessus une parole positive de la Cour Impériale, j'espère qu'elle ne nous le refuseroit p':':ni à l'heure qu'il est, si nous le demandions comme une compensation des griefs dont nous pourrions nous plaindre; au lieu que si l'on tardoit un peu à se prévaloir de cette circonstance, je ne sais si nos instances conserveroient le même poids à Vienne, où notre crédit diminue de jour en jour avec celuy des ministres allemands. C'est pourquoy je crois qu'il faut tirer parti d'eux le plutôt qu'on pourra ».

La ruse était si grossière qu'elle fait peu d'honneur à Stanhope qui, à la réflexion, le lendemain écrivait à Stair que la lettre était (( couchée exprès pour pouvoir être montrée au Régent, si vous le trouviez à propos, et que M. l'abbé l'approuvât; sinon vous la supprimerez". » On ne la supprima pas, mais Dubois jugea inopportun de la faire lire au Régent dans la crainte de provoquer de sa part un refus dont il serait difficile de le faire revenir*^; Stair, encore sous le coup de la rebuffade du mois d'avril précédent augurait que le caractère du Régent était tel

** Public Record Office, France, vol. 354 : lord Stair à lord Stanhope, Paris, i**" juillet 1720; Stair n'avoua qu'alors son échec du mois d'avril.

*• Public Record Office, France, vol. 353 : lord Stanhope à lord Stair, Hanovre, 17 juin 1719.

•' Pablic Record Office, France, vol. 354 : lord Stair à lord Stanhope, Paris, i*' juillet 1720.

LE CHAPEAU DE L'ABBÉ DUBOIS

Dubois

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qu'on ne ramènerait jamais à consentir". Stanhope lui-même €tait pris de doutes, faisait des vœux pour le succès et se retournait vers le concours, de Vienne. « Il faut présentement, écrivait-il à Stair, vous laisser agir suivant vos lumières et les siennes, et tout ce que nous pouvons faire de notre côté, c'esl d'entretenir cependant la Cour impériale dans la disposition 011 nous l'avons mise^* » (i5 juillet).

Dubois suivait cette négociation avec cette ardeur passionnée qu'il savait mettre chaque fois que son intérêt était en jeu, mais son impatience ne s'arrangeait pas de ces lenteurs et Lafitau, initié à la conduite des affaires romaines, lui découvrait d'autres perspectives et lui révélait de sûrs raccourcis. Sa fonction de secrétaire d'État le mettait en mesure de traiter directement avec la Cour romaine les affaires ecclésiastiques. La bulle Pastoralis officii, du 8 septembre 1718, par laquelle le pape « séparait de la charité de la Sainte Église romaine tous les prélats de France qui ne se soumettaient pas à la bulle Vnigenitus » donnait à la querelle une vivacité extrême et mettait la Régence à deux doigts d'un schisme officiellement déclaré. Entré au ministère à l'iieure où cette gucï;e religieuse était menaçante, Dubois trouvait un vestige des conseils dans la commission laïque instituée pour lemédier au refus d'institution canonique des évêques; son premier soin fut de l'embarrasser dans des ruses et de lempêtrer dans des délais, il la réduisit à l'inaction, le Pape lui en sut bon gré. En même temps, Dubois songea à s'épargner les services du cardinal de la Trémoille, qui, dans une maison au pillage et le cerveau ébranlé des suites d'une apoplexie, subsistait réellement des aumônes du Pape. Lafitau, actif, effronté, ambitieux, se glissa dans l'ambassade et offrit ses services à Dubois qui, dès la première ouverture, fit accorder au jésuite une gratification de deux mille livres, simple obole! L'archevêque de Bordeaux, Bezons, frère du maréchal, et qui s*était fait une réputation de canoniste éminent, loua fort Lafitau et conseilla à Dubois de recourir à ce séduisant aventurier. Lafitau tenait prêt un projet de pacification de l'Église, projet inspiré par Clément XI et dont le succès était peut-être réservé au glorieux ministère de Dubois^". Il tenait prête aussi une tentation plus

'* Hardwicke Papers, t. Il, p. 58o : lord Stair à Cracjgs, Paris, 8 juilVt

" Public Uecord Office, France, voL 354 : lord Stanhope à lord Siair,

Hanovre i5 juillet 1717.

^" Arch. des Aff. Êtrang., Rome, l. 589 : Lafitau à Duboît, i5 novembre

mft

Son cboix est fait

Mibtik • « A l'occasion d<? la future promotion de cardinaux i^crivait-il j'ai parlé de votre Excellence. Sur quoi le cardina [Albaui, neveu du pape] m'a dit deux choses, la première, qu il la servirait tôt ou tard, mais que si Votre Excellence portait Son Altesse Royale à finir promptement ce qu'on lui propose, il ne désesF>érait pas d'y réussir en peu de jours. Il a fini par me dire ces propres paroles : Que l'un et l'autre finissent notre affan;e. et sûrement je finirai la leur-. » Ix^ projet de pacification consistait dans la présentation par le Saint-Siège au cardinal de Noailles, chef des « appelants » d'explications de la Bulle dressée^ sous U s veux du Pape". Si Noailles acceptait, le parti n'avait plus de chef et s'émiettait; s'il refusait, le schisme était notoire. Peutêtre envisageait-on de préférence la deuxième alternative. Latitau écrivait : « Si l'archevêque de Paris persiste dans son refus Votre Exeellence peut regarder son chapeau comme assure ..; et Dubois lui écrivait à ce moment même : « Je n ai besoin d aucun autre attrait... que de pouvoir contribuer aux avantages de la religion et à la paix dans les Églises de France . »

Mieux instruit probablement de l'inutilité de semblables protestations adressées à un Lafitau. Dubois ne lui cacha pas longtemps que son choix était fait; c'était Clément XI et non pas Noailles qui détenait les chapeaux, il se tournait sans hésitation vers Clément XI; dispos<> à voguer « à pleine* voiles à ce que le Pape peut souhaiter de plus éclatant pour sa satisfaction », mais aussitôt il calme les espérances trop vives qu'il aurait pu faire naître : « Le seul moyen de préparer une fin a ces contest.'ions. honorable à Sa Sainteté, et sans danger pour la religion et le Saint-Siège, c'est d'avoir recours à la sagesse, a la dissimulation et au silence". » „ . , , „.,»

Désormais l'affaire de la Bulle et l'affaire du chapeau sont ^^^^ ^^ inséparables, et suivant la tactique de Dubois, elles seront condui- fie,., tes en silence. Ix; .8 octobre 171S, le Régent a requis les eve- «PPe"»"»»

" Arch. des AU- Etrang., Rome, t. 589 : Lafitau à Duboi... 16 et 2a no-

'^*« Urnlu, Histoire de la Constitutioi Vmgenitus, in-4, Avignon. 1737. " Arch des Aff. Étmng., Rome, t. 689, Lafitau à Dubois. 6 décembre

'''*4rch. des Alf. Etrang., Rome, t. SSg. Daboîs à làfitan, 6 décembre

'''^'Arch. des Aff. Êtrang., Rome. t. 58»; Dubois à Wλa«./7 décembre ,7.8; C. de Sévetages, op. cit., t. I, p. 270 (n'a donné que la dernière partie

de cette dépèche). , ,.. j'^^«,u^

" Arch des Aff. Etrang., Rome, t. SSq : Dubois à Lafitau, 27 décembre

mais il ne

LE CHAPEAU DE L'ABBE DUBOIS

<;ues €t les Parlements de faire trêve aux discussions dont on ne pouvait plus attendre éclaircissement ni apaisement. Trois mois plus tard, Lafitau arrive à Paris ('.^o janvier) et aussitôt entame les négociations. Du premier coup, Dubois écarte le projet romain, il ne veut pas obliger Noailles à un refus qui donnerait le chapeau sans doute, mais brouillerait pour toujours le secrétaire d'État avec le parti janséniste. Celui-ci était en pleine effervescence, à laquelle la publication de Vlnstnicn4>n pnstaralc de Noailles n'était pas étrangère. Pendant que les appelants reprochaient aux Jésuites leur complicité dans l'affaire de Gellamare, 'les constitutionaires s'alarmaient à la nouvelle de conférences tenues à Paris entre lord Stair et le docteur en Sorbdnne Ellies du Pin en vue d'arriver a l'union du schisme janséniste avec le schisme anglican sous l'égide du primat de Gantorbéry^'. La situation était à ce point compromise qu'on n'y voyait plus d'issue. '« L'affaire de la Constitution, écrivait de Rome le cardinal de la Trémoille, est réduite à un point qu'il faut une protection particulière de Dieu pour la terminer heureusement. Depuis le mois de septembre jusqu'à aujourd'hui on a bien fait du chemin... Il y aura bientôt rupture entière et schisme ouvert sous toutes les formes''. » Excitée par tout ce que lui écrivait de Paris le nonce Bentivoglio, la Cour de Rome semblait prête aux dernières rigueurs : « On est menacé, écrivait-on, de quelque pièce sanglante avant la fin du Carême'' » et le public en savait quelque chose : (( La Cour de l\ome, disait-on, est plus mal avec la nôtre que jamais^". »

Clément XI cependant ménageait Dubois. Celui-ci ajoutait à st» riche couronne de bénéfices l'abbaye de Bourgueil et le Pape lui accordait l'induit gratuit. Ces petits présents font naître les bons procédés et Clément XI souhaitait par-dessus tout que le Régent se déclarât pour la Constitution, a Que, sans s'embarrasser des événements, S. A. R. se déclare pour Dieu et Dieu se déclarera pour elle'^ »; or, comme S. A. R. ne croyait pas en Dieu, le cardinal neveu parlait en clair : « Que le duc d'Orléans

"' P.-E. L«mont?y, Histoire de In Bégence, in-8, Paris, 1882, . t. I, p i65. note i; Lafitau, op. cit., t. H, p. 86; Gazette de la Régence, p. Soi ; 26 décembre 17 18.

" Arch. des Aff. Etrang., Rome, l. 695 : La Trémoille au Roi, 28 février

" Arch. des Aff. Etrang., Rome, t. 596 : La Chausse à Dubois, i/» mars 1719; Lafitau (l'aîné) à son frère, Rome i^ mars 1719.

*" Gazette de la Régence, p. 3i/, ; 3o janvier 1719.

'^ Arch. des Aff. Etrang., Rome, t. 696 : Lafitau n'aîné) à son frère rapporte deux entretiens qu'il a eus avec Clément XI, 10 et i3 janvier 1719

se déclare pour le Pape; le Pape se déclarera pour lui, il y est tenu par sa conscience, par sa politique^\ » C'était affaire à Dubois de l'y décider. Or Dubois avait mis son espoir dans les délais et dans le silence et ces délais aigrissaient le soupçon et soulevaient des tempêtes. Clément s'étonnait de ne pas voir revenir Lafitau et soupçonnait de sa part quelque louche manigance", mais le Jésuite avait à Rome un frère aîné qui prenait sa défense, veillait sur ses intérêts, distribuait ses largesses. « H faut foncer de l'argent, avait écrit le cadet à Dubois; je manquerais à mon devoir, si je ne tenais à Votre Excellence un tel langage. C'est le seul qui soit éloquent et efficace en un temps et en un lieu où on ne rougit pas de toujours demander'\ » De Paris, il avait tarifé les consciences de l'entourage pontifical, le seul qui exerçât une influence durable sur l'esprit du pape : domestiques, infirmiers, médecin, maître de chambre, maître du Sacré- Palais, commissaires du Saint-Office. Avec deux mille écus, répartis avec discernement, on pouvait se les attacher jusqu'au moment où le tentateur ébranlerait leur fidélité".

Tiraillé, indécis, le Pape finit par prêter l'oreille à ceux qui exploitaient contre Lafitau sa trop longue absence, vers le mois de juin sa patience était à bout et sa santé déclinait assez rapidem<mt pour lui faire envisager une mort prochaine. Il souhaitait finir cette longue querelle qui avait troublé son pontificat et à ce moment, toujours pour gagner du temps, une Déclaration du roi, du 3 juin, prescrivait aux Parlements, aux Facultés, aux docleurs et théologiens une nouvelle période de silence complet sur la Constitution. Le cardinal-neveu qui sentait le pouvoir prêt à lui échapper fit répondre à cette invite par trop platonique par l'avertissement que -si le Régent consentait à la décardinalisation de Noailles, le chapeau devcmu vacant serait attribué à Dubois. 1^ coup était hardi, désespéré et Dubois ne voulait pas, même au prix du cardinalat, s'exposer à des haines, peut-être' à des attentats. Les appelants avaient l'oreille fine et guettaient les moindres bruits. Précisément à cette époque, Dubois était averti que « l'alarme est dans le parti opposé aux Jésuites. On dit que Votre

" Arch. des Aff. Etrang., Rome, t. 596 : Le cardinal Albani à Lafitau,

17 janvier 1719.

*^ Arch. des Aff. Etrang., Rome, t. bgb : Lafitau (l'amé) à son frère, Ro-

me, 25 février 17 19.

^* Arch. des Aff. Etrang., Rome, t. 689 : Lafitau à Dubois, Rome, 6 décembre 171S.

. " Arch. dee Aff. Etrang., Rome, t. 695 : Mémoire de Lafitau à Dubois, février 17 19 (officiers qui sont dans la confidence du pape).

Il repousse

un projet

Irop bardi

LE CHAPEAU DE L'ABBÉ DUBOIS

InstructioQs

données à

Lafilau

Exeellenc€ prendrait des engagements avec le Pape contraires aux intérêts du Roi et de S. A. R., et que la pourpre vous avoit fait changer". » Même sans cet avertissement, Dubois eut trouvé 1 appât trop grossier; il refusa l'offre à lui faite sur un ton magnanime" sauf à confier le fond de sa pensée à Lalitau : Sa Sainteté a dit hautement que si l'abbé Dubois contribuait à faire dépouiller le cardinal de NoaiUes de sa dignité, il pourrait en profiter. Voilà un panneau dans lequel vous devez être bien persuadé qu'il ne donnera point". »

Lafitau quitta Paris le 12 juillet 1719. muni des instructions de Dubois et emportant la promesse de sa prochaine nomination à un évèché. Lafitau devait se plaindre hautement de l'attitude et des manœuvres du nonce Bontivoglio, surtout il devait faire valoir l'intention pacificatrice dont s'inspirait la Déclaration du Roi du 3 juin précédent et solliciter le rappel d'un nonce qui ne craignait pas d'écrire contre le Régent et de le traiter d'empoisonneur. Une fois cet encombrant personnage éliminé Lahtau presserait l'octroi des bulles aux évoques de Bayeux et de Tours, la cessation de la procédure contre le cardinal de NoaiJles, en un mot s'efforcerait de faire prévaloir la modération et de faire triompher la patience. L'accommodement se ferait alors eu gre du Pape .< par une acceptation solide de la Bulle ». Le Régent sengagea.t à faire inscrire dans cet acte l'obligation du respect du au Saint-Siege, à déterminer la soumission de tous les évoques, a faire reconnaître enfin l'autorité de la Bulle. Il promettait d employer jusque-là tous les moyens efficaces contre la témérité des personnes ou des corps qui entreprendraient d'entretenir le rouble dans l'Église. C'était la victoire définitive, absolue de 1 ultramontanisme, la défaite édlatante, irrémédiable du Jansénisme que le duc d'Orléans offrait au Pa,je sans faux détour et a brève échéance .

Comment s'y prendrait-il pour obtenir l'adhésion et la soumission du clergé? Dubois y avait songé avec Lafitau pendant que, de son coté, la TrémoiUe découvrait une solution à peine différente et qui lui ferait grand honneur". Il se ressouvenait

Se

Arch des Aff. Etrang Romo, t. 097 : Cro.at à Dubois, .6 juin 1719. C. de Scveîmgcs, op. cit., t. I, p. 2^3, 3^4. •* ''^•

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