VI INTRODUCTION
traces pour conduire au vrai sens, plus il est difficile de cacher le vrai sens ; et plus le vrai sens est caché, moins il est aisé de laisser des traces qui y conduisent sûrement et qui no soient pas équivoques. L*adresse de celui qui compose Ténigme est donc de combiner ces deux choses le plus parraitement quMl est possible.
Or, l'Écriture sainte est une grande énigme et un recueil d'énigmes ; c'fs^ Ici témoignage qu'elle rend d'ellemême : Le sage entrera dans les mystères des paraboles {Ecclésiastique, XXXIX, 2) : Le sage pénétrera les paraboles et leurs sens mystérieux ^ les paroles des sages et leurs énigmes {ProveibeSj I, 6).
II y a plus, rÈcrilure a été composée par l'Esprit de Dieu même qui a pris plaisir à confondre la sagesse des hommes, à prendre les sages dans leur propre sagesse et les uns dans leur finesse. Il Faut donc que de toutes les énigmes celtes de l'Écriture soient les plus cachées avant l'interprétation, et les plus certaines et les plus clairesaprès que l'interprétation auraété donnée. Il en est ainsi du LIIP chapitre d'/^te. Avant que saint Philippe Teût expliqué à l'eunuque, il lui paraissait inintelligible; après, il lui parut de la dernière clarté ; et en général, avant Jésus-Christ, ce chapitre était couvert d'un nuage impénétrable ; depuis, la lumière cachée dans te nuage a paru, et la lumière brille aux yeux de tout le monde.
Rien n'est plus propre à préparer une interprétation certaine à une énigme que de la rendre longue, et de faire que toutes les parties s'accordent lorsqu'elles seront qapprochées les unes des autres et lorsqu'elles seront remises dans leur ordre naturel ; et rien n'est plus propre
INTBODUCnOlf. vif
à rendre Vintcrprétation difficile à trouver, que de déranger ces divers morceaux p\ de les séparer par de longs intenralles, parce que rien ne contribue davantage à empêcher que ceux qui ne sont pas avertis ne s'aperçoivent du rapport que ces divers morceaux ont les uns avec les autres.
L'Ecriture est une grande énigme. Elle a été laissée pendant quiiixe siècles, du moins qi^aot à ses premières parties, entre les mains de tout le peuple juif qui Ta continuellement méditée. Tout ce peuple ne Ta point entendue ; il fallait donc que cette énigme fût bien enveloppée. Après qu'elle a été expliquée dans toutes ses parties essentielles et dans tout ce qui a rapport au salut, les Chrétiens en ont admiré la clarté ; il fallait donc que les traits qui devaient servir à l'expliquer fussent bien multipliés et bien décisifs.
L'Écriture dans tous les endroits prophétiques que l'on n entend pas encore, par exemple dans V Apocalypse^ a été lue par tous les Chrétiens depuis Jésus-Christ, il faut donc que le sens renfermé sous ces endroits mystérieux soit bien caché. Mais si l'énigme a la seconde condition, il ûtudra que ce sens devienne au jour de l'interprétation bien clair et bien certain; car, puisque Ténigme est (aile par le plus habile ouvrier, on doit juger que la clarté, lorsqu'elle sera expliquée, sera proportionnée à Tobscurité qui règtie avant l'explication.
Voici un des principes des plus féconds et des plus utiles pour avancer dans T intelligence de l'Ëcrilure, parce qu'il a tout à la fois deux caractères : le premier,
VIII IXTBODLXTIO!!.
d*ètre applicable à une ioBnité d'cDdroits ; le second, de donner lieu à une application précise; de sorte qu'il est très-général, sans èlre vague et indéterminé. Il n'y a point d'objet dansk nature que Ton ne puisse faire servir de symbole pour représenter les mystères de la Religion. Supposons donc que l'on ait des paraboles tontes faites pour représenter» sous toutes sortes d'objets, les mystères de la Religion , soit les mystères permanents, soit la suite des desseins de Dieu sur les hommes, c'està-dire l'histoire de la Religion ; que la sagesse et la justice qui sont les biens de Tàrae se trouvent comparées à tous les objets qui font les biens du corps ; que Dieu soit comparé à une nourriture, à un pain, a une eau qui désaltère ; que les délices que la jouissance de sa beauté est capable decauser à l'homme soient comparées à toutes sortes de parfums, k la douceur du miel le plus excellent, aux fruits les plus exquis, aux spectacles les plus ravissants de la nature ; que la vérité soit comparée à la lumière la plus vive ; que la vie et la santé du corps soient employées en comparaisons ; que les noces et les festins, la beauté des jardins et des palais, la symétrie des bàtiments» les ornements de l'architecture , que l'éclat et la gloire des princes et des royaumes entrent à leur tour dans ces comparaisons; que tous ces objets servent chacun à nous représenter quelque attribut de Dieu ; que les divers degrés par où viennent k nous les divers biens naturels auxquels nous participons, servent a faire entendre la manière dont les biens spirituels nous sont communiqués ; que l'or, l'argent, les pierres précieuses soient employés pour nous représenter les richesses de
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h sagesse ; que les liaisons les plus étroites que nous aTonsavec les hommes, celles de concitoyen, de frère, d'ami, de père et de fils, d'époux et d'épouse servent à représenter la bonté de Dieu pour cetfk qu'il aime, et la conOance et la reconnaissance qu'il leur inspire; que la multitude des sujets d'un puissant roi, le nombre de ses combattants, les plus braves de ses généraux, l'ordre qui r^e dans sa cour et dans son royaume nous servent (Timages^ soit pour nous représenter le règne de Dieu au mtliea des anges, soit la manière dont il gouverne son ^lise ; que la hauteur des montagnes, la profondeur des abtmes, le nombre innombrable des grains de sable de la mer, la vaste étendue des mers, Téloiguement des cieux Dous représentent la profondeur des jugements de Dieu, l'élévation de ses desseins et sa science inépuisable.
Supposons que, d*un autre côté> ces symboles soient arrangés de manière qu'ils nous représentent l'histoire du peuple de Dieu; qu'un grain de blé, par exemple, ou un seul astre nous représente Abraham; que douze épis ou douze étoiles nous représentent les douze enfants de Jacob ; que la multiplication de ces grains qui deviennent une grande moisson, et de ces étoiles qui remplissent un ciel, nous représente la multiplication des Israélites; que les divers événements de l'histoire de ce peuple soient représentés sous les mêmes symboles; que leur réprobation soit décrite de la mèpie sorte par une moisson maudite, par un ciel qui se couvre de ténèbres et dont les astres s'éteignent ; que Ton voie en même temps nattre l'Église comme un nouveau ciel qui commence par saint Jean-Baptiste semblable h une lumière
f INTRODUCTIOK.
qui commence à paraître; que Jésus^brist aononcé et montré par saint Jean soit d'abord comme une étoile, ensuite comme un soleil, les douze Apôtres comme douze astres, les évèque^qui leur succèdent comme des étoiles, les simples fidèles même comme des astres; que Ton suive toute l'bistoirede TËglise, ses progrès, ses affaiblis^ sements, ses victoires, ses malheurs^ son renouvellement, sa consommation sous le même symbole. Supposons que toutes ces choses soient représentées dans un grand détail et dans un grand ordre ^ que le mélange d'autres images ne vienqe point causer de coufusion, pi (aire perdre de vue la suite de celle-ci ; que, d'un autre côté, l'image tirée des grains de blé, des épis et des moissons, de la bonne et mauvaise terre, de la différente qualité des semences bonnes ou mauvaises, excellentes ou médiocres, que celte image, dis-je, soit suivie avec le même soin, le même détail, le même ordre, la même exactitude ; qu'à ces deux premières images ou paraboles que j'ai prises pour exemple, on en ajoute une infinité d'autres où l'on observe la même justesse ; telles seront, par exemple, celles des vases d'ar^i^ile, des épouse3 fidèles et iufidèles, des troupeaux, des bêtes de toute espèce, des mers et des vaisseaux, des poissons et des oiseaux, de la chasse et de la pêche, des villes et des royaumes, des pierres, des maisons, des palais et des temples, de tous les métaux depuis les plus précieux jusqu'ami plus vils, de tous les arbres plantés ou mis en œuvre, de toutes les plantes depuis le cèdre jusqu'à Tbysope ; que l'huile, le vin, le lait et les liqueurs, l'air, les vents et les tempêtes trouvent aussi leur place parmi ce
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|nod nombre de paraboles ; mais surtout que toutes ces pinboles soient démêlées les unes des'autres.
Arrélons-Dous un moment après celte supposition. Il oleeriain qu'il n-y aurait rien de plus Tacile à entendre foe toutes ces paraboles dont chacune se trouverait phcèe dans Tordre qui lui convient : elles s*éclaircinieot toutes, parce quelles se ressembleraient toutes ; (4 à forée de voir représenter Pessence de la Religion qui est toujours la mémct et l'histoire de la Religiqn qui est au» la même, sous une iuBnité de symboles différents^ ■ais uniformément arrangés, on entendrait la suite de chaque parabole dés qu'elle serait montrée.
Or, je dis que toute la Religion et l'histoire des desseios de Dieu étaient dépeintes de la sorte devant les jeux des auteurs sacrés, ou plutôt devant les yeux du Saint-Esprit qui se servait de leur plume pour faire écrire dans les Livres divins ce qu'il voulait et a la manière qu il le voulait.
Voici donc la manière dont ces divins Livres ont été écriL«. Le Saint-Esprit qui en est l'auteur, ayant présente cette multitude de paraboles, choisissait tantôt un trait de Tune et tantôt un Irait de l'autre. Après avoir commencé à représenter la suite de ses desseins sous un certain symbole, il Tacbève sous un autre. Ce qu*il a commencé dans un endroit sous l'image des animaux, il le continue sous l'image d'un ou de plusieurs arbres; il y mêlera en même temps des traits de diverses autres paraboles. Uû trait sera exprimé, par exemple, sous la figure d'une pierre, un autre sous celle d'une montagne. 11 n'y a rien en cela qui se contredis^, parce que la mèmesuitç
XII INTRODUCTIOX.
d'évéDements étant représentée par ces divers genres de symboles, on peuf prendre les différents traits soit de l'un soit de l'autre de ces symboles. Après avoir regardé Jésus-Christ comme un grain de blé, et les Apôtres comme des épis et des moissonneurs, on peut continuer par des traits tirés de la parabole des astres et comparer tout d'un coup les fidèles à des astres brillants.
Ce changement imprévu de symboles cache à ceux qui ne sont pas extrêmement attentifs la justesse de TÊcriture, l'enchatnement et la liaison de toutes ses parties. On se persuade faussement que toute l'Ëcriture n'est composée que de lambeaux détachés; quoiqu'il soit vrai qu'il n'y a point de livre dans le monde qui soit plus suivi et dont les parties soient plus unies. Le secret est de reconnaître celles qui doivent â(re rapprochées les unes des autres. Car on comprend aisément que si rÉcriture sainte a été formée de la manière dont nous venons de la décrire, il n'y a qu'une chose à faire pour l'entendre, c'est de remettre les divers traits de chaque parabole dans leur place naturelle ; remettre, par exemple, dans la grande parabole des semences, des moissons et des grains de blé, chaque trait qui lui appartient, en quelque livre et en quelque endroit de l'Écriture qu'il se trouve. Celui qui réussira le mieux à rétablir cet ordre, que l'on peut appeler l'ordre primitif, sera celui qui fera le plus de progrès dans l'intelligence de l'Ëcriture.
Or, l'Écrilure a laissé des avertissements et des marques pour reconnaître les parties, et pour ainsi dire les morceaux qui ont rapport les uns aux autres. Car puisqu'il arrive souvent qu'ayant commencé à exprimer cer-
INTROllUCTIOIf. Xlll
iaiiism3fslères ou certains traits prophétiques de l'histoire ilu peuple de Dieu sous un symbole^ elle poursuit, dans le même endroit, en exprimant les traits qu'elle y ajoute par d'autres symboles ; elle nous apprend à chercher dans les autres livres de l'Écriture la suite de ce qu'elle nous dit sous ces autres symboles. C'est ainsi qu'un endroit d'un Prophète qui prédira certains événements qui regardent l'établissement de TÉglisc sous l'image de la semence et de la moisson, et qui continuera en ajoutant si Ton veut la comparaison des astres à celle des grains (le blé, nous donnera lieu de reconnaître, eu premier lieu, que toute la prophétie commencée sous l'image des grains de blc aurait pu l'être sous celle des astres; secon^ dément, qu'il faut chercher la continuation de la para^ bille dans les autres eudroiis de rÉcriture où la comparaison tirée des astres étant poussée plus loin ajoute de Donveaux traits et de nouvelles circonstances à ce qui Doos est dit sous l'image des moissons. C'est ainsi qu'il suflBt que dans un seul endroit la même nation soit repré-* sentée sous la figure d'un vase et en même temps sous celle d'une épouse fidèle ou infidèle, pour nous apprendre que ces deux symboles nous représentent les mêmes objets, et pour aller chercher dans la parabole prise des vases le supplément de celle qui est prise des épouses; pour nous faire comprendre que tous les endroits de l'Écriture qui parlent de l'une ou de l'autre figure sont dépendants les uns des autres, et pour nous portera rassembler les traits épars en divers livres, à les remettre dans leur ordre, afin de rétablir l'une et l'autre parabole dans sa suite naturelle.
xnr mTRODtrcTioN.
Il faut faire en cela à peu près ce que font cêui que rod appelle des compositeurs en termes d'im«primerie. Avant de composer la forme qui doit ser* tir à imprimer une feuille, ils ont chacune des lettres de Tâlphabet, ou plutôt une multitude de chaque lettré rassemblée dans la case qui lui convient séparément de toutes les autres. C'est ainsi que Ton trouve tous les a^ tous les 6, tous les c, et ainsi des autres. En composant cette forme ils dérangent cet ordre , mêlant les unes avec les autres toutes ces lettres qui étaient séparées. G*est un pareil mélange qui est &it en composant chaque livre de TÉcriture, qui se trouve entremêlé d*une multitude de différents symboles. Or, il est question de prendre de nouveau chacun de ces symboles et de le remettre dans sa place naturelle, en imitant ce que font ces compositeurs lorsqu'ils rompent leur forme ; car alors ils reprennent toutes, les unes après les autres, ces lettres qu'ils avaient mêlées et confondues entre elles, pour remettre chaque lettre dans la case qui lui est propre avec toutes les autres du même nom et de la même forme.
Que Ton rencontre un endroit de l'Écriture, par exemple les chapitres III^ lY et V de la //* Éptire auœ Corinthiens^ où TApûtre emploie et entremêle divers syinboles, tels que sont ceux de la lumière, des vases d'argile, des odeurs, des tentes que l'on ne dresse que pour y habiter en passant; il faut, à l'imitation de ces compositeurs, reprendre le trait exprimé par chacun de ces symboles et le ranger dans la grande parabole formée de tous les endroits de rÉcritureoii elle s'est expri-
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née 90US le mémo symbole ; avoir une table de tout ce tpe rÉcriture dit sous la figure des odeurs, une autre aoos celle des vases dargiie et ainsi du reste, et placer le tnit de saint Paul où il compare son corps au vase d*argile, et rÉvangile qu'il précbe à un parfum, l'un dans la table des parfums, l'autre dans celle des vases d'argile.
A mesure que l'on formera de ces sortes de tables, rÉeriture s'éclaircira, chacune de ces tables deviendra pins distincte, et Ton reconnaîtra mieux l'ordre dans lequel elle doit être dressée et la place que chaque trait doit occuper. Si Ton joint à cela le principe de la multiplicité des sens de rÉcriture» qui fait que la même figure a rapport à plusieurs accomplissements, il est impossible que Ton ne fasse un grand progrés dans l'intelligence de rÉcriture.
L'Écriture a laissé encore dautres avertissements de la liaison qu'elle a mise entre ses diverses parties, mais qui ne se font remarquer que par ceux qui sont extrêmement attentifs à la suivre ; car, abrégeant souvent ses figureâ^ 00 ne s'aperçoit pas qu'un endroit est une continuation de Fautre. Par exemple, un seul arbre représente souvent un peuple entier : il est clair que ce qui est dit dé ce même peuple représenté ailleurs sous l'image d'une forêtt a rapport avec ce qui en est dit sous le symbole d'un seul arbre; cependant cette variété empêche qu'on n'aperçoive la liaison des deux endroits qui sont faits l'un pour l'autre. Ce qui serareprésentésous une multitude de coupes dans Daniel sera la suite de ce qui est représenté sous l'image d'une seule coupe dans l'histoire de losepb.