‹ Histoire de la Religion représentée dans l'Écriture Sainte sous divers symbolesChapitre 35 sur 42 · POISSONS, PÊCHE, PÊCHEURS. GS · texte numérisé non relu

POISSONS, PÊCHE, PÊCHEURS. GS

mai la terre de votre sang noir et pourri le long des montagnes, et les vallées seront remplies de ce qui sera sorti de vous; c'est-à-dire qu'il coulera des ruisseaux de sang, et qa'il s'en formera comme des lacs et des étangs. Tel avait été l'état de FÉgypte au temps de Moïse. Ézéchiel ajoute ;a'à la mort de ce grand poisson^ le soleil^ la lune et les étoiles seront obscurcis.

On ne peut douter que, dans un premier sens, le Lévia^ thon du XXVII* ch. A^Isaîe ne soit un des rois ennemis du peaple de Dieu, soit Sennachérib, soit Nabuchodonosor. Dieu devait s'armer de sa grande épée, pénétrante et invincible pour percer Léviathan, ce serpent immense y ce serpent à divers plis et replis^ et pour faire mourir la baleine qui Ht dans la mer.

Babacuc emploie le symbole des poissons [Bab.j I, IS]; Nabuchodonosor est le pècbeur; les Israélites et les autres nations sont les poissons quMl prend dans son filet. Mais cet endroit s'entend avec plus de justesse du diable : nous nous réservons d'en rapporter les propres termes dans l'Article mivant.

La captivité de Sédécias est représentée sous l'image d'un poisson sur qui le pêcheur étend son filet [Ézéchiel, ch. XII, T. 13, et ch. XVII, V. 20).

Les hommes représentée par des poissons. Le diable est un poisson, il est aussi un pêcheur.

Si les rois, leurs armées et leurs sujets sont tantôt des poissons^ tan lot des pécheurs^ si leurs combats^ leurs victoires et leurs défaites sont exprimés sous l'image de la ptehe, on comprend aisément que la conversion et Tendur-

T. It« 6

cissement des peuples pourront être exprimés sous les mômes images. C'est en effet la méthode que suit rÉcriture. Le monde est une mer ; les hommes des poissons. Il y a deux pécheurs qui se disputent l'empire du monde. Le démon voudrait faire entrer tous les hommes dans son filet ; Dieu permet souvent qu'il réussisse. Mais Dieu a aussi des temps où il fait la pèche de ses élus; cette dernière est avantageuse pour ceux qui entrent dans le filet. Dieu fait, outre cette première pêche, la pêche de colère, lorsqu'il exerce ses châtiments sur les hommes.

En général, le diable est un grand poisson, et en un sens le roi des poissons ; Pharaon et Nabuchodonosor n'étaient que sa figure. C'est du diable dont il est parlé dans Job, eh. XL, sous le nom de Léviathan, Nous ne transcrirons point ici ce qui en est dit dans cet endroit; mais il faut l'avoir présent à l'esprit pour se convaincre du langage mystérieux de l'Écriture. Cet endroit donne un juste fondement d'appliquer au démon le verset 28 du Psaume CIII : C'est dans la mer qu'on voit ce mo7îs(rc que vous avez formée Seigneur y jwur se jouer dans ses eaux.

Cette idée se réunit avec tous les endroits de l'Ecriture, où le démon est appelé le drarjon. Mais souvent ce dragon est représenté comme un animal monstrueux qui vit sur la terre, et alors ce qui en est dit rentre dans un autre symbole.

Le diable est un poisson ; il est aussi un pêcheur. C'est ainsi qullabacuc le considère, lorsqu'il adresse ces plaintes à Dieu (ch. I, v. 14) : Pourquoi traitez-vous les hommes comme des poissons de la mer^ et comme des reptiles qui n'ont point de roi pour les défendre/! L'ennemi va les enlever tous; il tire les uns hors de l'eau avec lliameçon; il en entraine une partie dans son filet, et il amasse les autres

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ions êon rets : il triomphera ensuite, et il sera ravi de joie. C'est pour cela qu'il offrira des hosties à son filet, et qiCil sacrifieradses rets, parce qu'ils lui auront servi à accroître son empire, et à se préparer une viande choisie et délicieme. Cesi pourquoi il tient encore son filet étendu, et il ne cesse point de répandre le sang des peuples, llabacuc, par ces paroles, décrit les temps où il semble que Dieu avait abaii-f donné tous les hommes au démon, comme des poissons au pécheur.

On lit dans VEcclésiaste, ch. IX, un verset qui a beaucoup de rapport à cette idée : Comme les poissons sont pris à thameçon et les oiseaux au filet; ainsi les hommes se trou^ vent surpris par l'adversité^ lorsque tout d'un coup elle fond sur eux (v. 12).

Wehe de Jésus-Chrîst malgré Topposilion des Juifs. OEavre de Jésus- Cbnn, daDS la conversion des Gentils et dans la conversion des Juifs, représentée par deux pêcbes.

Le diable péchait avec une grande liberté avant la venue de Jésus-Christ ; toutes les nations de la terre lui étaiient livrées, et il n'y avait point d'efforts qu'il ne fit pour faire entrer dans son filet la nation des Juifs que Dieu s'était rélervée.

Dans saint jJf^/MîVz^ch. XIII, v. 47, le royainne des cieux Ht semblable à un filet jeté dans la mer, qui prend toutes sortes de poissons. Or, il faut prendre garde qu'en suivant ce langage figuré, il y a deux mers à distinguer, où la pèche de Jésus-Christ s'est faite : la première est la nation des Juifs; la seconde, les Gentils, c'est-à-dire l'empire

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romain et les nations voisines, autant qu'il y en a eu où rÉvangile s'est étendu.

La pèche de Jésus-Christ a commencé parmi les Juifs, et Ton sait combien il s'y est trouvé d'opposition. La Judée était comme une mer de poissons rebelles, qui avaient leurs chefs qui les empêchaient d'entrer dans les filets de Jésus* Christ. Cette mer avait son Léviathan, et les autres poissons s'attachaient à ses écailles. Jésus-Christ pécha, malgré toute cette opposition, ceux qu'il lui plut, et il exerça ses juge* ments sur les autres. Ces derniers furent enveloppés dans les filets du démon, et il est clair que l'on pouvait employer ce que ditÉzéchiel de Pharaon et de son peuple, considérés comme des poissons, pour exprimer en langage paraboliqae le châtiment des Juifs. Il n'est pas moins clair que, si l'on considère la Judée comme un fleuve, on peut dire que les eaux furent changées en sang et que les poissons mouru-* rent.

Mais, selon saint Paul, la réprobation des Juifs a donné lieu à la vocation des Gentils. Donc on peut dire, pour suivre toujours le même langage^ que Dieu a changé les eaux en sang et frappé de mort les poissons, et que ces malheurs ont donné lieu à la délivrance des élus qui devaient être tirés des Gentils.

En eiFet, Dieu emploie des images de cette nature pour exprimer la désolation de son peuple. Osée y ch. IV, v. 3, dit : Les poissom mêmes de la mer seront enveloppés dans cette ruine. La même chose est dite dans Sophonie, ch. I, V. 3 : y^ rassemblerai les hommes et les bêtes, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer.

Jésus-Christ, en proposant la parabole de la pèche^ et en nous apprenant qu'elle représente le royaume de Dieu, c'est-à-dire en abrégé l'histoire de la Religion, nous a

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«zpliqné les deujc pèches de TËvangile. Nous ne les rapporterons pas ici en détail. Plusieurs interprètes ont dit que rone représentait la formation de TËglise de la terre, l'antre de celle du ciel. Mais on peut regarder aussi ces deux pèches comme la figure de la conversion des Gentils^ et des Juifs: Pane, comme représentant ce que saint Paul appelle rinaertioû des branches étrangères; etPautre, ce qu'il appelle l'insertion des branches naturelles.

Dans les deux multiplications des pains, on voit qu'il se lait en même temps une multiplication de poissons. Gela sert à lier les deux figures. Ge qui est figuré par des pains, daosime suite de symboles, est figuré par des poissons dans une autre. Deux multiplications de pains figurent la même chose que deux multiplications de poissons, que deux lies.

HAê da QiUéricorde, pèche de colère parmi les Juifs, Les Apôtres sont des pêcheurs, succès de leur pêche.

Revenons à la première pèche. Pendant que Jésus-Ghrist laisait une pèche de miséricorde parmi les Juifs, le démon frisait la sienne, et Dieu en faisait une autre qu'on peut appeler une pèche de colère. On peut avec justesse regarder comme une figure de cette dernière pèche ce qui est dit, Ézéchiel, ch. XU, v. 13, et ch. XVII, v. 20, de celui qai était alors le chef du peuple de Dieu : Je jetterai mon rets sur lui, et il sera pris dans mon filet; je remmènerai àBabylone dans la terre des Chaldéens : cependant il ne la verra point, et il y mourra. Les chefs du peuple de Dieu, dans le temps de la venue de Jésus-Ghrist, sont tombés

dc^ns une captivité spirituelle ; ils ne l'ont pas connue et ils sont morts dans le péché.

La pèche de miséricorde, qui se faisait alors parmi les Juifs, n'était que les prémices d'une pèche inflbiment plus abondante qui était près de se faire parmi les Gentils. Le poisson rôti qui se trouva sur le rivage, lorsque Jésus-Christ apparutà ses disciples, en pouvait être par quelque endroit la figure [S. Jean, XXI, 9).

Lorsque Jésus-Christ appela plusieurs de ses Apôtres^ il les trouva occupés à la pèche ; et après leur avoir fait faire une pèche miraculeuse (5. Luc, V, 10), il leut dit ; Suives* moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes {S. Mntth^y

IV, 19). Cette parole répond à la prophétie de Jérémie qui eacprtme, soys l'idée de la pèche et de la chasse^ le miaifl^ tère apostolique [Jérémie, XVI, 16).

Le poisson miraculeux que prit saint Pierre par ordre de Jésus-Christ, et où il trouva de quoi payer le tribut pour son maître et pour lui [S, Matth,, XVII, 26), marque le secours que les Apôtres trouveraient dans la pèche spirr-^ tuelle qu'ils feraient, c'est-à-dire dans les peuples qu'ils convertiraient à l'Evangile.

On voit, dans la parabole de la pèche, une image des scandales qui devaient arriver dans la suite des siècles [S. Luc,

V, 6). Le filet se rompait, et il y avait de bons et de mauvais poissons; le vaisseau était en danger de couler à fond. Jésus-Christ, en interprétant cette parabole, nous apprend que c'est à Dieu à faire la grande séparation des bons et des méchants , mais que les bons doivent tolérer les méchants.

POISSONS, PÊCUE, PÊCHEURS. 7i

CborersioD des Juifs. Malheurs qui y préparent, ou qui, oprès cet événe* meot, tomberont sur ceux qui seront l*objet de la colère de Dieu.

Saint Paul réunit dans un môme point de vue Tinsertion qui sera faite des branches naturelles, avec le retranchement des branches étrangères. En employant la figure du poisson^ cela doit s'exprimer en réunissant avec la pèche de la Dation des Juifs la désolation d'une autre pèche ; on doit iaire envisager, d'une part, des poissons ressuscites, et d% Fâutre, des poissons livrés à la mort. Que Ton soit attentif pour voir si ces images se trouveront dans l'Écriture.

Au chapitre L d'haïe, où il est parlé en propres termes du rappel des Juifs après leur répudiation. Dieu s'exprime ainsi : Ma main s* est-elle raccourcie? Est -elle devenue plus petite ? N'ai'je plus le pouvoir de vous racheter y ni la force de vous délivrer ? Si je veux, au seul bruit de mes menaces, je tarirai les eaux de la mer, je mettrai les fleuves à sec; les poissons, n ayant plus d eau^ pourriront et mourront de soif (verset 2). Les poissons qui sont ainsi traités ne représentent pas assurément la nation qui doit être convertie.

Voici Ézéchiel qui va nous présenter une image toute contraire; c'est lorsqu'il voit sortir du temple ces eaux mystérieuses dont il fait la description au ch. XLYII; elles Tont se jeter dans la mer de Sodome, ou la mer Morte : Les eaux de la mer, dit l'ange, e?i seront adou^ieSy et tout ani-mal vivant qui rampe^ vivra partout où viendra le torrent; etiiy aura une grande quantité de poissons où ces eaux vietidront se rendre; et tout ce qui sera abreuvé de teau de ce torrent sera guéri et vicra. Les pêcheurs se tiendront sur ces eaux; et depuis Engaddi jusqu'à Engallim^ ou

séchera des filets. Ce sont deux lieux situés sur le bord de la mer Morte. Pour entendre ce que le Prophète veut marquer par ce langage figuré, il n'y a qu'à se souvenir de la parole de l'Évangile : Le royaume des cieux est semblable d un filet, etc. // y aura, poursuit le Prophète, beaucoup d^espè^ ces différentes de poissons, et en très-grande abondance^ comme il y en a dans la grande mer [Ézéchiely XLVII, 8 et suiv.).

La menace du chapitre L à^Isate, de faire mourir les poissons, tant des fleuves que de la mer, est exprimée plus en détail dans V Apocalypse, ch. YIII, v. 8 ; au son de la seconde trompette, il arrive un malheur, ensuite duquel la troisième partie de la mer est changée en sang, et la troisième partie des poissons meurt. Au ch. XYI, v. 3, le second ange répand sa coupe sur la mer, et elle est changée en un sang semblable à celui d'un corps mort, et tous les animaux qui vivaient dans la mer meurent. Le troisième ange répand aussi sa coupe sur les fleuves et les fontaines, et elles sont changées en sang ; c'est-à-dire que ce qui a été figuré par les plaies d'Egypte se renouvellera.

Saint Jean parle, dans le XI' chapitre, d'une ville qui sera appelée spirituellement Sodome et Egypte : Quœ vocatur spiritualiter Sodoma et jEgyptus ( v. 8). C'est cette Egypte sur qui tomberont ces malheurs. C'est pourquoi il faut rapporter ici ce que nous avons transcrit ci-dessus. Article P', des chapitres XXIX et XXXII îTEzéchiely où ce prophète représente le roi d'Egypte comme un grand dragon, sur qui Dieu exercerait sa vengeance, et dont il découlerait des ruisseaux de sang qui rempliraient les vallées. Les malheurs temporels dont l'Egypte de ce temps-là fut affligée ne remplissant point la grandeur de la prophétie, il en faut chercher le parfait accomplissement dans le sens spirituel.

POISSOXS, PÈCHE, PÉCHEURS. 73

Isale réunit aussi la figure de TÉgypte avec celle des poissons, au chapitre XIX qui commence par ces mots : Prophétie contre F Egypte... La mer y est-il dit, verset 5, se trouvera sans eaux y et le fleuve deviendra sec et aride. ^. Jjss pécheurs pleureront; tous ceux qui jettent F hameçon ^lans le fleuve seront dans les larmes; et ceux qui étendent deurs filets sur la surface de ses eaux tomberont dans la dé- /aillance. Les versets suivants mettent les derniers traits à cette peinture.

La description que nous venons de voir est bien différente de cette pèche abondante qui se fera, selon qu'Ezé* chiel Ta annoncé, dans la mer Morte. Ce que dit Jérémie, di. XVI, parait avoir un rapport particulier à cette heuleuse pèche d'Ézéchiel, puisque après avoir prédit Fendurdflsemeot du peuple d'Israôl et leur dispersion, Jérémie annonce leur délivrance^ et il dit qu'elle sera si heureuse, ^'elle fera oublier la délivrance de l'Egypte : renverrai beaucoup de pêcheurs, dit le Seigneur, et ils pécheront les enfants cTIsraël; je leur enverrai ensuite beaucoup de chasseurs, et ils les iront chercher pour les prendre dans toutes les montagnes, dans toutes les collines, et dans les cavernes des rochers (v. 16).

Tnit de Thistoire de Tobie. Psaume VIII. Jugement dernier.

Pour expliquer en détail ce qui est figuré par le poisson de Tobie, il faudrait expliquer le livre de Tobie. Il suffit de marquer ici que le jeune Tobie, assisté de l'ange qui le conduisait et soutenu de ses conseils, pécha le poisson qui Tavait effrayé d^abord, et qu'il trouva dans cette pèche :

1* de quoi se nourrir et conserver sa vie pendant un certain temps; 2* un moyen pour lever les obstacles qui s'opposaient à la fécondité de son épouse; 3* un remède pour rendre la vue à son père. Il y a une pèche qui est les prémices d'une autre ; et en fait de figures, une suite d'événements qui sont présentés d^abord sous l'image de la pèche^ peuvent l'être ensuite sous le symbole du mariage, ou sous un autre.

Dans le YIIP Psaume, où la gloire du Messie est dépeinte, selon saint Paul, on voit les poissons parmi les autres créatures qui lui sont soumises. Les divers endroits de l'Écriture que l'on vient de rapporter font voir avec combien de justesse on peut entendre ces poissons dans un sens figuré, puisque Jésus-Christ a représenté à diverses reprises les progrès de son règne parmi les hommes, sous l'image de la pèche.

Outre ce que nous avons dit, on voit, par la fin de la parabole de TÉvangile, que le jugement dernier est représenté sous l'image d'une pèche : les anges feront l'office des pécheurs, en séparant les mauvais poissons d'avec les bons.

L'fiaiMirD tainle emploie le symbole de la vigne pour représenler les érénetteoU temporels du peuple d'Israël jusqu'à la venue du Messie.

Nous n'entrerons pas dans le détail de l'histoire de la Synagogue ; il suffit de faire observer que l'Ecriture exprime souvent les événements de cette histoire sous le symbole de la vigne.

C'est une vigne que Dieu a tirée de l'Egypte; il Ta plantée^ il Ta cultivée : Nabuchodonosor, comme une béte furieuse, l'a ravagée : Dieu l'a plantée de nouveau dans le même champ. Et pour donner des exemples d'événements plus particuliers, dans les chapitres XVII et XIX (TÉzéc/nelj la maison de David, ou du roi Josias, est une vigne, ses enfants en sont les branches. Scdécias, en particulier, est uie vigne plantée de la main du roi de Babylone représenté sons le symbole d'un aigle : cette vigne porte ses neines et étend ses branches vers un autre aigle, c'est-à-

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dire vers le roi d'Egypte ; le roi de Babylone, pour se venger de cette vigne, la déracine, etc. Au ch. XTKf la maison de Josias, ou bien toute la nation, est une vigne transplantée dans une terre déserte et sans eau, et elle ne pousse plus de bois fort qui devienne le sceptre des princes. C'est ainsi qu'est représenté l'état de la maison royale dans la captivité de Babylone; Ézécbiel entre dans le détail de ces événements.

On voit, dans le livre des Juges, que Gédéon représente sa famille et la tribu d'Éphralm sous l'image de la vigne. C'est ainsi que voulant parler modestement de sa propre maison et relever l'idée de la tribu d'Éphralm, il s'exprime en ces termes : Une grappe de raisin cPÉphratm ne vatU^ elle pas mieux que toutes les vendanges cPAbiezer? [Jtiges,

vm, 2.)

Enfin, il n'y a rien de plus commun dans le Pentateuqae et dans les Prophètes, que d'exprimer la prospérité ou l'adversité du peuple d'Israël par la fertilité de la vigne ou par sa désolation.

Les événements qui appartiennent à l'histoire du peuple juif sont eux-mêmes des figures de ce qui regarde les Chrétiens; c'est pourquoi ce qui est dit de ces événements sous l'image de la vigne a rapport à un sens plus relevé que nous allons suivre.

Le prophète Isaïe, la parabole de TÉvangile, le Psaume LXXIX et Jérémîe, s*accordent pour prédire la désolation et la réprobation des Juifs soos rimage d'une vigne.

La parabole de l'Évangile des vignerons qui tuent l'héritier de la vigne a un rapport si sensible avec celle du ch. Y

SlsaSe^ et avec quelques endroits de Jérémie, quMl est à

jxopos de les considérer d^une seule vue et d'en faire une

e^ièoe de concorde. La maison d Israël, dit haïe (V, 7),

e$i la vigne du Seigneur des armées, et les hommes de Juda

éiaieni le plant auquel il prenait ses délices. Ainsi le

xoyanme de Juda et le royaume d'Israël étaient deux vignes

qui n'en faisaient qu'une. Dieu Pavait transportée de PÉ^

gypte, selon l'expression du Psaume LXXIX, 9. // fenvi^

tonna dune haie, il en ôta les pierres, et la planta d*un

plani rare et excellent; il bâtit une tour au milieu^ et il y

fit un pressoir: il s' attendait qu^ elle porterait de bons fruits,

et elle tCen a porté que de sauvages {Isaîe, V, 2).

Ce que le Prophète ajoute développe la conduite de Dieu nr la Synagogue qui, étant sous l'ancienne alliance, n'avait point porté de bons fruits. Elle ne laissait pas d'avoir tort, et elle ne pouvait avec fondement accuser Dieu. Voici la eondiusion de ce discours : fai attendu^ dit le Seigneur, gu^ils fissent des actions justes et je ne vois qu'iniquité; et pfils portassent des fruits de justice, et je nentetuis que les cris de ceux qui sont dans l'oppression.

L'Évangile entre dans un plus grand détail (5. Matth., XXI, 33; S. Luc y XX, 9). Le père de famille après avoir planté sa vigne et l'avoir munie^ comme il est marqué dans Isale, la loua àdes vignerons, et se retira pour un long temps. Ces vignerons sont les conducteurs du peuple, les juges, lesprincesi mais surtout les prêtres selon l'ordre d'Aaron. Le père de famille envoya des serviteurs à diverses reprises ponr redemander du fruit de sa vigne. Ces serviteurs sont les Prophètes animés de TEsprit de Dieu. La parabole distingue jusqu'à quatre différents envois. Ces serviteurs fu- Mit battus, lapidés^ blessés ; quelques-uns furent tués, et tous forent renvoyés sans rapporter aucun fruit.

Isaïe ajoute (ch. V, v. 10) à sa parabole cette roenaœ, qu'il viendra un temps que dix arpents de vignes rempli-^ vont à peine un petit vase de vin y et trente boisseaux de blé qu'on aura semés rCen rendront que trois.

Enfin l'Évangile dit que le père de famille, las de ne point recueillir de fruit de sa vigne, envoya son fils ; mais les vi* gnerons le voyant, formèrent une conspiration contre Iqi et le chassèrent hors de la vigne; ce qui marque qu'ils excommunièrent Jésus- Christ et le tuèrent, sMmaginant qu'après avoir tué Théritier de la vigne, ils en demeure* raient les maîtres.

La punition de ces désordres est différemment exprimée dans l'Évangile et dans Isaïe ; car, dans ce Prophète, Dieu détruit lui-même sa vigne; et dans l'Évangile, il extermine les vignerons et met sa vigne entre les mains d'autres vigne* rons qui lui en rendront le fruit dans la saison. La différence vient de ce que, dans Isaïe, la vigne est la race charnelle d'Abraham, et dans TEvangile, c'est la Religion, c'est le peuple de Dieu en général, qu'il soit composé de Juifs, ou qu'il soit composé de Gentils. Nous reviendrons à cette manière d'envisager les choses, qui a lieu dans la parabole de l'Evangile, après avoir suivi celle d'Isaïe.

En suivant l'idée d'Isaïe, la première vigne a été ravagée, et Dieu en a planté une autre. Cette autre vigne, ce sont les Gentils convertis. Selon la parabole de l'Évangile, la vigne a changé de vignerons ; c'est-à-dire que Dieu qui avait confié sa Religion et la conduite de son peuple à la famille d'Aaron et à la tribu de Lévi, a rejeté ceux-ci, et a mis à leur place les Apôtres et les prêtres chrétiens tirés des Gentils.

Je vous ynontrerai maintenant ce que je m'en vais faire à ma vigne, dit Dieu dans Isaïe ; j'en arracherai la hai$^

îtelle sera exposée au pillage ; je détruirai tous les murs qui la défendent, et elle sera foulée aux pieds. Je la rendrai tmte déserte, et elle ne sera ni taillée y ni labourée; les ronces et les épines la couvrironty et je coinmanderai aux nuées ie ne pleuvoir plus sur elle. Yoilà Tétat où sont tombés les loifs depuis qu'ils ont rejeté le Messie. C'est ce qui est aprimé dans le Ps. LXXIX. Après avoir représenté le soin que Dieu avait pris de sa vigne, et la manière dont elle frétait multipliée et étendue sous sa protection, le Prophète lai adresse ses plaintes sur l'état où elle était réduite : Pourquoi^ Seigneur, avez-vous détruit la muraille qui (environnait y et pourquoi est-elle exposée aux insultes de tous ceux qui passent dans le chemin ? Le sanglier de la forêt la toute ruinée, et la bête sauvage Va dévorée... elle a été kûléepar le feu et renversée.

On sait qu'il n'y a point d'animal qui fasse plus de ravage dans la vigne que le pourceau, et d'ailleurs il n'y a point d'animal qui fût plus en horreur aux Juifs ; c'est donc un ennemi terrible et dangereux entre tous les autres que le huime désigne ici : Le sang lier de la forêt Ta toute ruinée, et lahèie sauvage Fa dévorée. Ce n'est pas même un pourceau ordinaire, c'est un sanglier de la forêt. Pour remplir cette idée, il faut un ennemi qui ne fasse pas seulement un mal passager et remédiable, mais qui opère une destruction entière, qui arrache par la racine la nation entière, comme le sanglier fait à la vigne. Dans le sens charnel, cet ennemi att Salmanasar à Tégard du royaume des dix Tribus, et Nabochodonosor à l'égard de celui de Juda. Mais nous suivons maintenant un sens plus spirituel, plus grand, plus étendu. Cette bête furieuse, ce Nabuchodonosor, ce Salmanasar dans Fcfdre spirituel, c'est celui qui a présidé à la conspiration daa Jailis contre Jésus-Christ^ ce sont les chefs de ce peuple

qui se sont élevés contre Jésus-Christ et sa doctrine, et qui ont entraîné toute la nation dans l'apostasie. Ils ont fait ce que Nabuchodonosor et Salmanasar, Tite et Yespasien ne pouvaient faire ; ils ont persuadé la nation, et, en la persuadant, ils ont détruit la vigne par la racine et l'ont laissée dans la désolation spirituelle où nous la voyons encore aujourd'hui. Les généraux des Romains sont survenus pour punir Tapostasie de la nation ; c'est-à-dire que les bêtes furieuses, qui avaient ravagé la vigne par rapport à l'ordre spirituel^ ont été suivies d'autres bétes furieuses qui, à leur tour, l'ont ravagée même dans l'ordre des choses sensibles. Après avoir été invisiblement déracinée par l'apostasie, elle l'a été visiblement par la guerre des Romains contre les Juifs : Elle a été brûlée par le feu et toute renversée.

Jérémie décrit aussi l'apostasie des Juifs et la désolation qui en est la suite, ch. II, v. 21 : Je vous avais plantée, dit le Seigneur^ comme une vigne choisie où je n'avais mis que de bon plant : comment donc êtes-vous devenue pour moi un plant bâtard j ô vigne étrangère!

Jérémie appelle le peuple d'Israël une vigne étrangère. Moïse enchérit dans son Cantique sur cette expression. Leurs vignes^ dit-il [Deut., XXXII, 32), sont des vignes de Sodome, des vignes des faubourgs de Gomorrhe; leurs rai-sins sont des raisins de fiel y et leurs grappes sont dune extrême amertume. Leur vin est un fiel de dragon, c'est un venin d^ aspic qui est incurable.

Il faut remarquer que Moïse joint ici le symbole des dragons et des aspics avec celui de la mauvaise vigne, pour représenter l'apostasie du peuple d'Israël. Celui qui, au milieu de cette nation, méritait d'être représenté par un sanglier, pouvait bien aussi l'être par un dragon; il était l'instrument du démon, il lui ressemblait, il pouvait être

représente par les mêmes symboles. Et non-seulement un homme distingué entre tous les autres pouvait être représenté de la sorte, mais encore tous ceux qui participaient à sa méchanceté et qui concouraient avec lui à séduire et à perdre la nation, en employant leur crédit, leur éloquence, leurs artifices, leur autorité, pour empêcher que Théritier de la vigne ne fût écouté et ne fût reçu. L'Écriture, en employant des images si affreuses pour les représenter, nous apprend à juger et à concevoir de chaque chose le degré d'horreur qu'elle mérite.

Ceux qui dans le Ps. LXXIX sont comparés à des bétes féroces sont appelés du nom de pasteurs dans Jérémiey XII, 10: Un grand nombre de pasteurs, dit le Seigneur, a déiruù ma vigne; ils ont foulé aux pieds le lieu que f avais pris pour mon partage ; ils ont changé en une affreuse solittide t héritage que f avais choisi, et que j'avais rendu si beau. Il semble que ces mauvais pasteurs soient les mêmes qui, dans le verset précédent, sont nommés des bétes farou-^ ches : Bétes de la terre, assembiez-vous toutes; hdtez-vous de dévorer ma vigne. Un grand nombre de pasteurs, etc. Et celte vigne est elle-même appelée un lion, deux versets plus haut. La terre que f avais choisie pour mon héritage est devenue à mon égard comme un lion de la forêt. Cela vient de la méthode qui règne dans toute l'Ecriture, d'entremêler une suite de symboles l'une avec l'autre. En effet, ces pasteurs qui sont tout à la fois pasteurs, bëtes fauves et vignerons de la vigne, sont eux-mêmes des ceps de cette ▼igné. C'est pourquoi Jérémie, dans le même chapitre, demande justice contre eux en ces termes : Vous les avezplan^ iéi, et ils jettent de profondes racines; ils croissent et ils portent du fruit; vous êtes près de leur bouche, et loin de leurs reinsy c*est-à-dire que leurs fruits n'ont qu'une t/iu 6

8S S^TIÈMB STMBOU.

apparence^ mais point de réalité, semblables à cei qai portent des fruits qui ne mûrissent point.

XiO même Prophète exprime la yengeanoe qi devait exercer contre la nation, sans sortir du mi gage figuré, ch. YI, v. 9 : Voici ce que dit le Seig\ armées : On prendra tout ce gui sera resté dUsraily on coupe dans une vigne jusqu'à la dernière gr raisin. Retournez, s^entre^iront les vendangeurs^ e dans votre panier ce que vous trouverez de resti expliquerons dans la suite de quelle manière cette pi s'accorde avec quelques autres qui y paraissent coi Dans les Lamentations, ch. I, v. 12, Jérémie fiai ainsi Jérusalem : Le Seigneur m'a traitée selon si au jour de sa fureur comme une vigne qu^on a ven Il a envoyé d^en haut un feu dans mes os, et il m^a Il a tendu un rets à mes pieds, et il nCa fait io\ arrière. Au chapitre suivant, verset 12, Jérémie sente les enfants qui expiraient dans les rues de Jâ entre les bras de leur mère, en demandant ce qu'éts venus le blé et le vin : Vbi est trificum etvinum ?

Il était prédit, comme nous Favons vu, que cett produirait du fiel au lieu de vin : Leurs raisins . raisins de fiel, et leurs grappes ne sont qu^amen était CDcore prédit dans le Psaume LXVIII, que le d'Israël présenterait à boire au Messie dans sa soif ( du vinaigre ; et Jérémie fait dire à Jérusalem qu'el été abreuvée d'absinthe et de fiel : Souvenez-vot pauvreté où je suis, de P excès de mes maux, de ti et du fiel où je suis plongée [Ibid., III, 19). Il éh que Dieu la traitât comme il en avait été tra même.

Isaïe se réunit encore avec Jérémie pour se plain

LA VIGÎfl! ET SON FRUIT. 83

eècfe du peaple qui avaient ravagé la vi^e: /> 5^ gneur entrera en jugement avec les anciens et les princes de son peuple^ parce que vous avez ravagé la vigne^ et que tùs maisons sont pleines de la dépouille du pauvre [Isaïe, m, 14). Voilà manifestement le jugement qui est marqué dans la parabole de l'Évangile : Que pensez-vous que fera k Seigneur de la vigne ? etc.

Les aotres Prophèles se réuaîiseot avec ceux de TÂrticle précédent pour prédire les mêmes choses sous les mêmes symboles

Joël (ch. I, V. 7) parle d'un fléau qui réduira la vigne du Seignenr en un désert; Técorce des figuiers sera arradiée, etc., il n^y aura plus de vin pour fournir aux sacriiœs du Seigneur : Pcriit sacrificium et libatio de domo Demini; les vignerons pousseront de grands cris, paroe que la vigne sera dans la désolation : Vinea confusa est; les prêtres seront aussi dans les pleurs, parce qu'il ne se trouvera plus de vin pour les sacrifices.

Toute» les vignes retentiront de voix lamentables^ est-il (lit dans Amos, V, il, ce qui marque un fléau universel, parce que je passerai comme une tempête au milieu de vous^ dit le Seigneur; ce qui marque à peu près la même chose que la vendange dont il est parlé dans les Lamentations: Ls Seigneur nCa vendangée, etc.; et l'un et l'autre répond à ce qui est dit dans le Ps. LXXIX, 17 : La vigne,., elle a Mtùute brûlée par le feu et tonte renversée j et ses habitants Boni sur le point de périr par la sévérité rnenaçante de votre visage.

Otéei II| 11 : /e ferai cesser tous ses eantiçueê de foi»^

blable à celle que nous venons de toucher. Les Prophètes envoyés de siècle en siècle pour cultiver la vigne, avaient attendu cette récolte abondante gui ne devait se faire qu^à la fondation de TÉglise ; et les Apôtres, qui ne vinrent qu'à la fin, eurent le bonheur d'être les témoins et les niinistres d^un événement qui fait Tobjet de la plus solide Joie que les vrais serviteurs de Dieu puissent avoir sur la terre. Us avaient travaillé après tous les autres, et ne consumèrent pas comme eux toute leur vie dans Tattente, et cependant il leur fut spécialement dit [S, M atiL,XiXy 28) : Vous serez assis sur douze trônes, etc. La vigne leur fut confiée dans le temps qu^elle rapporta du fruit ; et le ministère des premiers envoyés n'avait servi qu'à convaincre de sa stérilité, comme on le voit par l'autre parabole de rËvangile.

Un petit notobre réservé parmi les Juifs pour être les prômioes de TÉglise.

Lorsque nous avons vu les endroits des Prophètes où il est dit que la vigne sera vendangée de manière qu'il n'y restera absolument rien, il est évident que cela doit s'entendre du peuple réprouvé, et cela seulement après que la séparation de ceux que Dieu veut se réserver en a été faite. Car avant que Dieu exerce ses jugements sur son peuple^ il s'y trouve toujours un certain nombre d'hommes qu'il regarde dans sa miséricorde, qui, comme Loth, sont discernés de l'ancien peuple avant l'embrasement universel. C'est ce qui est clairement marqué dans les Prophètes.

Ce qui restera d Israël, est-il dit dans haïe, ch. XVII, v. 6, sera comme une grappe de raisin qui aura été laissée par les vendangeurs, etc. Et au ch. XXIV, v. 13 : Ce qui res^ tera au milieu de la terre, au milieu de tant de peuples,

sera comme quelques olives qui demeurent sur un arbre après qu^on Fa dépouillé de tous ses fruits^ ou comme quel^ ques raisins après que la vendange est achevée. On voit bien qae G^est ici une vendaDge de colère à laquelle la totalité de la yigae est abandonnée , et que ces grappes épar* gnées appartiennent à une vendange de gr&ce et de misérîDorde.

L'Égalise de Jérusalem était cette grappe unique, ou ce pea de grappes que Dieu s'était réservé dans sa miséricorde. Cela peut faire ressouvenir de la parole de Gédéon qui disait qa't^ne Ç^c^pp^ d'Éphratm valait mieux que toutes les vendanges d'Abiézer, Lorsque Gédéon parlait ainû, il le faisait par modestie et ayant égard aux apparences extérieures, car, dans le fond, la famille d^Abiézer, dont était Gédéon, cette famille qui avait été la première à s'iMembler autour de Gédéon, avait délivré Israël ; ainsi on pouvait dire avec vérité qu'une grappe d*Abiézer valait mieux que toutes les vendanges d'Éphralm. C'est ainsi que cette grappe réservée^ selon la prophétie d'Isale, c'est-à«dîie rÉglise de Jérusalem, l'emportait sur tout le reste de la nation qui ne reconnut poini le Messie.

INeu se servit, comme on le sait^ de cette Église pour la conversion des Gentils, c'est-à-dire qu'il prit du plant de l'ancienne vigne pour contribuer à former la nouvelle. L'Église chrétienne, dans son commencement, fut toute composée du plant qui venait d'Abraham, et les Gentils y forent réunis par leur conversion. La sève de l'Église de Jéfosalem passa dans les Gentils qui embrassèrent le Christiaaisiiie.

88 SEPTIÈHE 8YMB0I«E.

ARTICLE YIl-

Jésus-Christ est une vigne : il est le cep de la vigne, les GhrétîeDS en i les branches. Branches coupées ne sont bonnes qu'à être jetées an k

Jésus-Gbrist a suivi cette figure de la vigne dans un I grand détail. C^est lui-même qui, faisant entendre sa dans le XXIV' eh. de V Ecclésiastique, v. 23, se comj une vigne : J'ai poussé des /leurs, dit-il, dune agi\ odeur comme la vigne ^ et mes fleurs sont des fruiki gloire et d abondance. Ces fruits sont les vertus les | excellentes, selon Texplication qui en est donnée au C'est pourquoi il ajoute : Venez à moi vous tous gui i désirez avec ardeur, et remplissez-vous des fruits < porte. Or, que recueille-t-on de la vigne, si ce n'est le^ Aussi est-il dit dans ZacAane^ ch. IX, v. 17, en parlante Messie : Qiiest^e que le Seigneur a de bon et dexcelh sinon le froment des élus^ et le vin qui fait germer: vierges? Et au ch. IX, v. 5, des Proverbes^ la Saj voie ses servantes pour appeler au repas qu'elle a prép et elle fait dire aux conviés : VeneZy mangez le pain quel vous donfie, et buvez le vin que je vous ai préparé. Ce | et ce vin, c'est tout à la fois et TEucharistie et la gr&ce i rËucbaristie. C'est afin de suivre l'analogie de lafigurei la vigne et de son fruit, que Jésus-Christ a choisi le pour en faire la matière de l'Eucharistie.

Dans l'institution de la Cène, Jésus-Christ a donc rajp sensiblement le IX* ch. des Proverbes; et dans le ser après la Cène, il rappelle le XXIV' ch. deVEcclésiastipUêt Je suis, dit-il à ses disciples [S. Jean^ XV, 1), la vrak\ vigne y et mon Père est le vigneron... Je suis le cep de k\ vigncy et vous en êtes les branches. Jésus-Christ représenU ^

FËglise, et même rÉglise en tant qu^elle est mêlée de bons et de méchants, comme un plant de vigne dont il est le cep, et dont les Chrétiens senties branches. C'est ainsi que saint Paul a représenté tout le peuple de Dieu sous Timage d'un olivier, et il est entré, en suivant ce symbole, dans un grand détail. Ce que Jésus-Christ enseigne en cet endroit sous le symbole de la vigne est plus général. Les branches de la vigne sont tous les Chrétiens. C'est ainsi que Ton comprend que ce qui est dit du peuple juif, dans le Psaume LXXIX, convient au peuple chrétien : Seigneur^ vous avez affermi les racines de votre vigne, et elle a rempli la terre. Son ambre a couvert les montagnes^ et ses branches les plus hauts cèdres. Elle a étendu ses branches Jusqu'à la mer, et ses rejetons jusqu^au fleuve.

Or, Jésus-Christ nous déclare que comme la branche de la vigne ne saurait porter du fruit d'elle-même, et qu'il iaat qu'elle demeure unie au cep , ainsi ses disciples n'en peuvent porter aucun s'ils ne demeurent en lui ; ce qui renferme deux vérités : l'une, qui regarde la nécessité de conserver la communion extérieure avec l'Lglise, sans quoi on serait extérieurement séparé de la vigne ; l'autre^ la nécessité de demeurer intérieurement uni à Jésus-Christ par la foi et la confiance en sa vertu divine, sans quoi on ne reçoit point la sève qui vient de lui. Ov^ celui qui demeure en Jésus-Christ porte beaucoup de fruit, et celui qui ne demeure pas en Jésus-Christ sera jeté dehors comme un sarment inutile; il séchera y et on le ramassera pour le jeter au feu et le brûler.

Ceux qui après avoir tenu à Jésus-Christ ont le malheur de s'en séparer, sont dans un état plus funeste que ceux qui n'ont jamais eu de liaison avec lui ; et cela est vrai, en général, de tous ceux qui ont été du peuple de Dieu.

C'est une vérité enseignée dans Ézéehiel, chap. XV : Fils de rkommey que fera-t^n du bois de la vignCy si on le compare à tous les autres arbres qui sont dans les forêts? Peut'On s* en servir pour quelque ouvraqe^ ou en faire seulement une cheville pour y pendre quelque chose dans une maison? On le met dans le feu pour en être la pâture; la flamme en consume Pun et F autre bout y et le milieu est réduit en cendres : après cela sera-t-il bon à quel^ quechose? Lorsméme quHl était entier ^ il n^était bon à rien ; combien plus sera-t4l inutile à toutes sortes d^ouvraqeSy après que le feu l'aura dévoré? Le Prophète fait ensuite l'application de cette vérité aux habitants de Jérusalem.

ARTICLE VIIÎ.

Passion de Jésas*GhrÎ8t. Juifs réprouvés foulés du» le pressoir 4a b

colère de Dieu.

Jésus-Christ ayant fait usage de la figure de la vigne pour se représenter lui-même, il n'est pas surprenant que le symbole du vin serve à représenter son sang, et que sa Passion soit dépeinte sous l'image d'une vendange où le fruit de la vigne est mis sous le pressoir; et comme il y a une vendange de colère, Tœuvre de Jésus-Christ se trouve aussi représentée sous l'image du vendangeur qui foule les raisins dans ia cuve. Ces idées sont môme assez souvent réunies dans l'Ecriture. Nous avons déjà cité le IX* ch. de ZachariCy où le vin est Tune des choses excellentes que le Messie donnera. Il est parlé dans le môme chapitre du sang de son alliance (v. 11), et il est dit que ceux qui combattront sous les étendards du Messie sero7\t enivrés comme de vin; ils seront remplis comme les coupes des sacrifices que

I on remplissait, soit de vin, soit de saogi et comme les cornes de t autel (v. IS).

CeUL"" cb. de Zacharie^ où il est parlé de Tànoa et de riDesse qui devaient servir à Tcntrée du Messie dans Jéru* salem^ a un rapport sensible avec la célèbre propbéiie de Jacob touchant le Messie [Gen., XLIX, II) : Il sera fat-^ tmte des nations. Il liera son ânon à la vigne; il liera son Amsse à la vigne. Il lavera sa robe dans le vin, et son nian* teau dans le sang des raisins. Ses yeux $07it plus beaux que kvin, etc.

II semble que le LXIU" cb. d'haïe ne fasse autre chose qu^étendre quelques-uns des traits de cette ancienne pro** phélie. Le Prophète aperçoit le Messie qui vient deBosra; c'était le nom de la capitale de Tldumée , et le nom de cette ville signifie vendange; et il demande avec étonnement, qui est celui qu'il voit venir avec une robe teinte de rouge, qui éclate dans la beauté de ses vêtements, et qui marche avec une force toute-puissante ? Jésus-Christ luimême répond : Cest moi qui prononce des arrêts de justice, et qui viens pour défendre et pour sauver. Pourquoi donc votre robe est-elle rougcy et pourquoi vos vêtements sont'ils comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir^ Jésus-Christ répond : f ai été seul à fouler le vin, sans qu'aucun homme d entre tous les peuples fût avec moi. Je les ai foulés dans ma colère, je les ai foulés aux pieds dans ma fureur ^ et leur sang a rejailli sur ma robe, et tous mes vêtements en sont tachés.

IsaXe distingue nettement le peuple qui est délivré, d'avec celui que le Messie foule ainsi dans sa fureur. Quel est donc en premier lieu le peuple qui est l'objet de la colère du Messie, si ce n'est les Juifs rebelles et incrédules, les Juifs réprouvés? Ce peuple est le fruit de la vigne maudite. On

a vuy dans TArticle II, son châtiment exprimé sous le symbole d'une vendange ; c'est pourquoi le Messie, en les foulant dans la cuve de la colère de Dieu, foule le vin dans le pressoir. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer chaque terme de ces prophéties^ et de faire voir en détail comment les souffrances du Messie ont été réunies devant les yeux da Prophète avec la vengeance qu'il a tirée de ses ennemis. Nous remarquerons seulement ici, que si les châtiments sans bornes des réprouvés sont exprimés sous le symbole des raisins mis sous le pressoir, les élus, qui sont les fruits de bénédiction, sont mis aussi sous le pressoir par les tribulations passagères auxquelles ils sont exposés après Jésus- Christ leur chef.

GoDtinualion de ce qui est traité dans rÂrlicle VI. Église de Jérastlem. Gentils et Juifs réunis les uns après les autres à TÉglise.

Jésus-Christ est le cep de la vigne ; son Église est une vigne. C'estàlui, plus qu'atout autre, que convient la bénédiction du Psaume CXXVII : Votre femnie sera dans le secret de votre maison comme une vigne qui porte beaucoup de fruits. Il Ta d'abord formée de ceux des Juifs qu'il s'est réservés. Il était ordonné dans le Deutéronome (XXIV, 19), lorsqu'on recueillait les fruits des champs, de laisser de quoi glaner. On lit, au même endroit, un précepte semblable par rapport à la récolte des oliviers et de la vigne : Quand vous aurez vendangé votre vigne, vous yCirez point cueillir les raisins qui y seront demeurés; mais ils seront pour rétranger, pour V orphelin et pour la veuve. Le peuple juif fut premièrement vendangé par l'iniquité et l'incré-

dalJië; mais au milieu de ce malheur il resta, selon la prophétie d^Isale, quelques grappes et quelques olives, comme il en reste après le passage de ceux qui font la récolte. Ces grappes épargnées furent la première richesse dç Jésus- Christ et des Apôtres. On sait combien il est ordinaire dans les Paumes que Jésus-Christ prenne le nom de pauvre, d'étranger, d'orphelin, etc. Or il était dit de ces raisins qui demeuraient après la vendange, qu'ils appartiendraient à l'étranger, au pupille et à la veuve.

Si l'Église de Jérusalem était comme un amas de quelques grappes épargnées, elle était aussi une vigne composée de quelques ceps sauvés de la désolation universelle de la vigne, c'est-à-dire de laSynagogue. Cette Église toute composée de Juifs aurait désiré de pouvoir convertir à Jésus- Christ toute la nation ; mais Dieu permit qu'elle ne le fit pas. Ces Jui£B qu'elle ne convertit point étaient ses frères, les enfants de sa mère, et Ton voit que, par la même raison, on pourrait dire aussi qu'ils étaient sa vigne. C'est donc l'Église de Jérusalem qui parle dans le P' ch. du Cantiqiie des Cantiques, et qui dit : Les enfants de ma mère se sont élevés contre moi; ils m'ont mise dans les vignes pour les garder, et je n'ai pas gardé ma propre vigne.

Jésus-Christ, pour consoler l'Eglise de Jérusalem de la perte qu'elle avait faite de sa propre vigne en perdant ceux de sa nation, lui donna les Gentils, et un jour il réunira les JoiCs à l'Église. C'est ce qui est prédit, si l'on s'en tient à one interprétation très-commune de la prophétie de la Genèse que nous avons déjà rapportée. Le Messie devait attadier son ànon à la vigne, c'est-à-dire qu'il devait réunir les Gentils aux Juifs fidèles ; et il devait aussi attacher son ànesse à la vigne, c'est-à-dire qu'il devait un jour réunir les Juifs à son Église, alors composée de Gentils. On trour

fera cette interprétation, à peu de chose près, dans les notes abrégées de la Bible de Sacy.

Injustice commise à Tégard de Jésus-Christ : sa Passion figurée cUds rhîstoire de Naboth et de Noé.

Lorsque nous avons rapporté ci-dessus. Article II, la parabole de FÉvangile des vignerons meurtriers, nous Tavons considérée principalement par rapport aux Juifs qui méritèrent que la vigne leur fût 6tée. Mais cette parabole renferme aussi une image sensible de Tinjustice que Jésus^ Christ, l'héritier de la vigne, éprouva de la part de ces mêmes Juifs; car, autant qu'il était en eux, ils le dépouillèrent de son héritage; et en effet jusqu'aujourd'hui il est dépossédé de la nation des Juifs. L'image de cette injustice est tracée dans l'histoire de Naboth, elle y est soutenue de traits sensibles. Naboth n'aurait point été misa mort, s'il avait consenti à abandonner sa vigne; mais il ne put jamais consentir à abandonner l'héritage de ses pères : Dieu me garde de vous donner r héritage de inespères [III. Rois, XXI, 3).

Jésus-Christ était l'héritier de la vigne, et s'il en avait voulu abandonnerle soin, les princes des prêtres l'auraient laissé vivre en paix. On trouve dans les deux premiers chapitres d^Osée des allusions expresses à l'histoire d'Achab et de Naboth. Ces chapitres se terminent par la promesse de grandes prospérités après de grands malheurs ; et ces prospérités sont exprimées sous l'idée de la fertilité des campagnes, et entre autres par rabondance de la récolte de la vigne [Osée, II, 21,22) : En ce temps-là, dit le Seigneur ^ j'exaucerai les deux; je les exaucerai, et ils exauceront la

Urre.La terre exaucera le bléy le vin et rhuile; et le blé, le tin et rhuile exauceront Jezrahel. Il y a dans ce nom de hxrahel une allusion manifeste à Tbistoire de Naboth, comme on le voit au eh. I, v. 4. La malice des bommes a réussi. Dieu le permettant ainsi, à enlever à Jésus*Cbrist la ▼igné des Israélites selon la cbair, pour un temps très-long ; mais ils n'ont pu et ne pourront empêcber que Jésus-Cbrist 06 possède sa vigne qu'il s'est acquise par son sang.

Noé est la figure de Jésus-Cbrist. La vigne qu'il avait plantée peut représenter deux cboses : premièrement , les hommes pour qui Jésus-Christ est mort, et principalement les élus de l'amour desquels Jésus-Christ a été comme enivré. U les a tellement aimés^ qu'il s'est réduit en leur laveur à un état qui a paru une folie. Jamais les bommes n'auraient cru qu'il dût s'abaisser jusqu'à ce point, et ce ne pouvait être que l'effet d'un excès d'amour. La seconde chose que cette vigne signifie, c'est la Synagogue. Le Fils de Dieu l'avait plantée, et il est venu sur la terre pour en recueillir le fruit. Il se plaint^ dans les Prophètes, de n'y avoir trouvé que des fruits sauvages : Comment étes-vous devenue pour moi un plant bâtard y ô vigne étrangère ? [Jér., n, 21.) Jésus-Christ a bu le vinaigre de sa main ; elle l'a rassasié de douleur et d'ignominie, elle l'a réduit à la nudité de la croix sur laquelle il s'est endormi du sommeil de la mort. Cham, c'est-à-dire les Juifs l'ont vu dans cet état et lui ont insulté. Mais les Gentils ont reconnu leur père dans œt état d'abaissement; ils ont adoré ses humiliations, et ils ont honoré Jésus-Christ à proportion qu'il s'était abaissé. Noé se réveille, et apprenant ce qui s'était passé, il maudit Gham et Ghanaan son fiis, et il bénit Sem et Japhet. C'est la bénédiction que Jésus-Christ a donnée aux Gentils, en temps que la malédiction est tombée sur les Juifs,

La parabole, qui dans cette histoire commence par une vigne, est ainsi continuée sous le symbole des enfants.

Les mêmes objets qui peuvent être représentés par une vigne, peuvent Têtre par des enfants. On le voit dans le Psaume CXXVII : Votre femme sera dans le secret de votre maison comme une vigne qui porte beaucoup de fruits; vos enfants seront autour de votre table comme déjeunes oliviers. Dans les deux premiers chapitres ôiOsée que nous venons de citer, le symbole de Tépouse et des enfants y est employé, et celui de la récolte du vin accordée par grAce, ou ôtée par justice, y est entremêlé.

Diverses inslruciions et divers évéDements parliculiers apparlensnl lo gouvernemcnl du peuple de Dieu, exprimés sous les symboles tirés de la vigne.

Lorsque le peuple de Dieu est établi dans un certain état, il s'y passe grand nombre d'événements particuliers qui sont exprimés dans l'Écriture sous des images prises de la vigne. Il y a même bien des choses qui appartiennent uniquement à la piété et au sens moral qui sont exprimées de la sorte. Ainsi l'Epouse du Ca7itique des Cantiques dit, au ch. I, V. 13, que son bieii-aimé est pour elle comme une grappe de raisin de Chypre dam les vignes d^Engaddi; et au ch. II, V. k : Il 7n\i fait entrer dans le cellier où il met son vin. Ce qui a un rapport manifeste avec l'endroit de ZachariCy IX, i^ : Ils boiront ^ ils seront enivrés comme de vin. Le temps de l'approche des miséricordes du Seigneur est ainsi exprimé, ch. II, v. 13 : Les vignes sontenfleur^ et l'on sent la bo7ine odeur qui en sort. ' S'il se glisse des abus parmi le peuple de Dieu, l'Épouse

eo demande le retranchement en ces termes, v. 1 5 : Preneznous les petits renards qui détruisent les vignes^ car notre vigne est en fleur.

Dans les Proverbes^ la Sagesse éternelle propose son vin iboire {Prov.^ IX, 5). Auch. V, v, 1, du Catitique desCanfigues, l'Épouse parle ainsi : J'ai bu mon vin avec mon lait : mangez, mes amisy et buvez; enivrez-vous, vom qui êtes mes très^Iters amis. Les richesses du règne du Messie sont exprimées de la sorte [Isaie^ LV, 1) : Venez^ achetez sans argent et sans aucun échange le vin et le lait. Salomon dans sa magnificence était une des plus sensibles images du Messie ; il a soin de compter ses plants de vigne au nombre de ses richesses : J^ ai planté des vignes^ j'ai fait des jar-dinSy etc. [Ecclésiaste, 11,4). L'expression qui se lit dans l'Écriture pour exprimer Tabondance du règne de Salomon (///. Roisy IV, 23), que tout Israël, d'une extrémité de k terre promise jusqu'à l'autre, depuis Dan jusqu'à Bersabée, demeurait sans aucune crainte, chacun sous sa vigne et BOUS son figuier, n'est pas moins propre à exprimer les temps heureux de l'Eglise.

Hais ces temps heureux sont sujets à des interruptions. Dans le même endroit où Jésus-Christ dit qu'il est le cep de la vigne et que les chrétiens en sont les branches, il déelare qu'il se fera deux sortes de retranchements ; il y aura des branches entièrement coupées, il y en aura d'autres qui seront seulement taillées : Mo7i Père retranchera toutes les branches qui ne portent point de fruit en moi; et il tail^ kra toutes celles qui portent du fruit, afin q\i elles en portent davantage (S. Jean, XV, 2). On peut dire que ce verset renferme en abrégé toute l'histoire de l'Église. Chaque fidèle est taillé lorsqu'il est éprouvé par les afflictions; des peuples et des Églises entières le sont par des retranche-

ments, soit par ceux qui sont Feffet d*une juste excomma- Dicaiion, soit par l'apostasie volontaire de plusieurs. Il y s temps de recueillir le fruit de lavigne, et temps de la tailler : il est parlé de ce dernier temps au Cantique des CantiqtieSy 1I| i2 : Xe temps de tailler la vigne est venu.

Non-seulement la vigne représente les hommes qui seul en possession de la Religion, mais elle représente aussi Icfl richesses de la Religion dont ils sont en possession. Naboth aima mieux mourir que de céder sa vigne ; il jugea que nul dédommagement ne pouvait être équivalent : cela est vrai des biens essentiels. Mais les avantages extérieurs de la Religion sont aussi quelquefois représentés par la même image. Giézi forma son plan sur ce qu'il pourrait acheter avec l'argent que lui donna Naaman, des vignes, des plants d'oliviers, etc. {IV. Rois, Y, 26). Saûl demandait à ses gens, si ce serait David qui leur donnerait des champs et des vignes (/. RoiSj XXII^ 7). Rabsacès proposa aux habitants de Jérusalem de se rendre à Sennachérib ; et pour les y engager, il leur promettait que la terre où il les transporterait vaudrait la leur, qu'il y aurait des vignes, des oliviers, etc., une terre fertile, abondante en vin et en pain, une terre de vignes et d'oliviers y une terre d'huile et de miel; et en attendant cette translation, de les laisser jouir de leurs vignes et de leurs figuiers [IV. RoiSy XVIII, 31), Mais les habitants de Jérusalem, ayant à leur tète le roi Ëzéchias, ne voulurent point écouter de telles propositions. Us cru* rent, ainsi que Naboth, qu'il n'y avait point d'équivalent qui pût être mis en comparaison avec la terre qu'ils possédaient, et ils ne voulurent point changer le domaine de cette terre que Dieu leur avait accordée, en une possession passagère et dépendante de la volonté de Sennachérib.

Pho de Dieu dans Talteniatlve de la vocation des deux peuples, représenté dans lei chapitres XVII et XIX d^Ézéchiel , conformément au chapitre XI de TEpitre aux Romains*

Noos avons parlé, Article I«% des événements temporels eiprimés dans les chapitres XYII et XIX d^Ézéchiel^ soùs lesyoïbole de la vigne; mais ces événements temporels lODt eux-mêmes des figures, et la parabole qui les représente 96 rapporte par conséquent à des objets d^un autre ordre. Appliquons donc à la Synagogue ce discours du XIX* ch., V. iO et suivants : Votre mère est comme une vigne qui a été plantée dans votre sang sur le bord des eaux ; elle a crû sur les grandes eaux y et elle a poussé son bois et joit fruit. Les branches solides qui en sont sorties sont cfevenues les sceptres des princes ; sa tige s'est élevée au milieu ie ses branches, et elle s'est vue dans une grande hauteur parmi la multitude de ses branches. Dans le sens que nous loivoDS maintenant, cette élévation s'est étendue jusqu'au temps de la venue du Messie ; et ces branches distinguées dans Farbre ne sont autres que les chefs et les conducteurs du peuple. Elle a été arrachée, poursuit le Prophète, d jetée contre terre; un vent brûlant a séché son fruit; ses tranches si vigoureuses ont perdu leur force et elles sont devenues toutes sèches, et le feu Pa dévorée. Cela répond à te qui est dit dans le Ps. LXXIX, 17 : Elle a été toute brûlée par le feu et toute renversée. Mais elle n'a pas été tellement consumée par le feu qu'il n'en demeurât plus de traces; c'est pourquoi le Prophète ajoute : Elle a été maintenant transplantée dans le désert, dans une terre tans eau et sans route. Il est sorti une flamme du bois

lÔO SEPTIÈME SYMBOLE.

de ses branches qui a dévoré son fruit; et elle rCa plus poussé de bois fort qui devint le sceptre des princes. Ceci est digne de larmes, et il deviendra un grand sujet de larmes.

Dans le sens que nous suivons, cette même Synagogue, qui est la vigne dont le malheureux sort vient d'être an- Doncéy est, dans le eh. XYII, un grand cèdre; et cela est d'autant moins surprenant que de ce cèdre on va voir sortir une vigne. Voici donc ce que dit le Seigneur [Ézéch., XYlIy 3) i Un aigle puissa^it qui avait de grandes ailes et un corps très-long^ plein de plumes de diverses couleurs, vint sur le mont Liban, et emporta la cime d*un cèdre. Ce cèdre, disons-nous, est le peuple juif; Faigle c'est Dieu même, ou ceux dont il a employé le ministère pour Taccomplissement de cet événement. V aigle emporta la dme du cèdre; il arracha laplus haute de ses branches^ et la transporta au pays de Chanaan (ou des marchands)^ il la mit dans une ville de gens de trafic. Voilà les premiers Chrétiens tirés des Juifs, transplantés dans l'empire romain. Et ayant pris de la graîjie, il la mit en terre comme une semence, afin quelle prît racine et qu'elle s affermît sur les grandes eaux, et il la planta sur la surface de la terre. Lorsqu'elle eut poussé^ elle crût et devint une vigne assez étenduCy mais basse, dont les branches regardaieiit cet aigle^ et dont les racines étaient sous lui. S'en étant do7ic formé une vignCy elle porta du bois et du fruit, et elle produisit des rejetons. Voilà les Gentils^ ceux que saint Paul désigne par les branches étrangères, qui se tiennent attachés à Dieu, qui accomplissent le précepte de l'Apôtre : Preriez garde de ne vous pas élever, mais tetiez-vous dans la crainte [Rom., XI, 20) ; ils n'ont de confiance qu'en celui qui les a plantés : Respicientibus ramis ejus ad eam [aquilam).

LA VIGNE ET SON FRLIT. lOi

Mais voici ce qui va arriver, et c'est le malheur que saint Paul fait appréhender aux branches étrangères. Un autre aigle parut ensuite j qui était grand, à longues ailes et chargé de plumes. Et alors cette vigne sembla porter ses racines et étendre ses braîiches vers ce second aigkj afin (pi il r arrosât des eaux fécondes qu'il pouvait lui procu-^ ter. Cette vigne était déjà plantée dans une bonne terre sur le bord des grandes eaux, afin qu^elle poussât du bois et qu^elle portât du fruits et quelle devînt une grande vigne. Ainsi elle quitta celui qui Tavait plantée^ pour porter ses racines et ses branches, c'est-à-dire pour mettre sa confiance en celui qui ne Tavait pas plantée.

Le Prophète poursuit : Après cela dites-leur : Voici ce gue dit le Seigneur notre Dieu : Cette vigne donc réus^ ùra-t^lle ? Et au contraire^ le premier aigle n'en arra^ ehera-^t'Upas les racines y rien abattra-t^il pas le fruits rien ferort-il pas mourir tous les rejetons y afin qu'elle sèche et qu'elle soit déracinée entièrement y sans qii il soit besoin pour cela dtemployer toute la force de son bras, ni beaucoup de peup/e? On reconnaît ici la menace de saint Paul : AHo" gum et tu excideris : Branches étrangères, vous avez à eraindre d'être traitées comme l'ont été les branches naturelles. Vigne, qui figurez la même chose que les branches étrangères^ vous avez à craindre d'être traitée comme l'a été la première vigne qui ne signifiait autre chose que ce qui est signifié par les branches naturelles. Le Prophète insiste sur cette menace : Voilày poursuit-il, cette vigne plantée y espère- t-e lie donc de se pouvoir affermir? LorS" gu'un vent brûlant l'aura frappée, ne inourra-t-^lle pas, et ne se sèchera-t-elle pas avec toutes les eaux dont elle avait été arrosée ? On voit en passant que le symbole du souffle et celui des eaux sont entremêlés ici avec celui de la vigne.

102 SEPTIÈME STMBOLE.

\t Mais lorsque ce malheur arrivera. Dieu cessera-t-il donc d'avoir aoe vigne sur la terre ; FÉglise périra-t-elle? Si les branches élrangères viennent à être coupées, Tolivier périra-t-il ? Écoutons encore le Prophète, et passons au v. 22 du même chapitre : Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu : Je prendrai de la cime du plus grand cèdre. Vatable rapporte ceci à ce mdme cèdre dont il a été dit déjà une fois que l'aigle avait pris de sa cime, etc. ; c'est-à-dire que comme Ton avait déjà pris une fois de la race d'Abraham pour servir à fonder TÉglise, Dieu en prendra une seconde fois, conformément à la prophétie expresse de saint Paul, du rétablissement des branches naturelles. Je prendrai, dit k Seigneur^ de la cime du plus grand cèdre et la placerai; je couperai du haut de ses branches une greffe tendre, et Je la planterai sur une montagne haute et élevée. Je la planteraisttr la haute montagne d* Israël; elle poussera un reje* ton, et elle portera du fruit et deviendra un grand cèdrté Tous les oiseaux habiteront sous ce cèdre j et tout ce qui voh fera son nid sous P ombre de ses branches.

Or, quelle est rinstrucllon que saint Paul tire de ces diffë* rents traits de la conduite de Dieu ? C'est que tous les hommet doivent s'abattre devant Dieu ; tousdoivent reconnaître le besoin qu'ils ont d'une miséricorde gratuite, soit pour entrer, soit pour persévérer dans la justice. Les branches naturelles et les branches étrangères doivent également s'abaisser devant Dieu. Telle est aussi la conclusion qui est exprimée avec une force admirable dans les paroles d'Ézéchiel qui terminent ce chapitre : Et tous les arbres de la contrée sou-* ront que c*est moi qui suis le Seigneur qui ai humilié le grand arbre, et qui ai élevé V arbre bas et faible; qui ai séché r arbre vert, et qui ai fut reverdir V arbre sec. Cest moi qui uisie Seigneur qui ai parlé, et qui ai fait ce que f avais dit.

ARTICLE XÏII.

Piophélies tûachani la conyersioD des Juifs.

Nous ayons vu plus haut. Article YII, ce queditËzéchiel mr rinuiilité du bois de la vigne lorsqu^il a été coupé, et mcore plus lorsquMl a été réduit en cendres. La première ipplicatioD qu'il en fait regarde le peuple d'Israël. Il sem-blerait donc que ces malheurs seraient irréparables ; et ils le seraient à tout autre qu'à Dieu. C'est ce qui est marqué bien clairement dauBJérémie^ ch. XYIII, v. 6, etch.XXX, V. 15 et suivants ; et dans Ézéchiel^ sous la figure des ossements, cb. XXXYII. Mais il s'agit ici de retrouver la même vérité exprimée sous des symboles tirés de la vigne. C'est eeqoe nous trouvons dans Èzéchiel, immédiatement après ks dernières paroles que nous venons de rapporter de ce prophète. Il est vrai que la figure y est prise sous une autre fM»« Dans le cb. XYII, les hommes sont une vigne, un eèdre, des branches, etc. Mais on peut représenter aussi l'état des hommes par l'état de ceux qui mangent le fruit de la vigne. Nous en avons déjà vu des exemples en grand nombre dans les Prophètes. Pour dire que des hommes participent à la justice, on dit qu'ils boivent le vin que Dieo, que la Sagesse leur présente, etc. ; au contraire, ils boivent le vin que leur présente la prostituée lorsqu'ils participent à l'iniquité. Ainsi trouve-t-on l'iniquité des anciens Juifs exprimée en disant qu'ils ont mangé des raisins verts, ii9am acerbam. Or, les malheurs de leurs descendants sont «ne suite des péchés de ces anciens Juifs, et c'est ce qui Inexprimé en disant que les pères ont mangé des raisins nriêf ei que les enfants en ont eu les dents ofoeées. Dmo,

pour dire que les Juifs se convertiront| il faut dire qu'il viendra uu temps où ce proverbe n^aura plus lieu. Je jure par moi-même, dit le Seigneur notre Dieu (Ézéch., XVIII, V. 3), que cette parabole ne passera plus parmi vous enpro^ verbe dans Israël.

Nous allons bientôt voir la même chose dans Jérimie. Mais avant que de quitter Ézéchiel, comme Ton pourrait dire, en considérant la suite de ce chapitre, que cette promesse n'est que conditionnelle, ou du moins qu'elle n'est pas assez formelle, nous renvoyons aux ch. XXXYI et XXXYII, et spécialement au commencement du ch. XXXYI où Ton verra le commentaire de la promesse du ch. XYII, V. 23 : Je planterai cette greffe sur la haute montagne (TIs^ raël. Vous, montagnes d'Israël y est-il dit, ch. XXXYI, v. 8, poussez vos branches, et portez votre fruit pour mon peuple d Israël. . . (v. 13) : Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu : Parce qu'on a dit de vous que vous étiez tme terre qui dévorait les hommes, qui étouffait son propre peuple; vous ne dévorerez plus les hommes à t avenir, et vous ne ferez plus mourir votre peuple... (v. 29) : J* appellerai le froment et je le multiplierai, et je ne vous frapperai plus de la plaie de la famine. Je multiplierai le fruit des arbres et les productions des champs, afin qu^à l'avenir vous m portiez plus l'opprobre de la famine devant les nations.

Écoutons maintenant Jérémie, XXXI, 28 : Comme jt me suis appliqué à l'égard de la maison d'Israël et de la maison de Juda à les arracher, à les détruire^ à les dissiper y à les perdre et à les affliger ; ainsi je m' appliquerai c les édifier et à les planter j dit le Seigneur. En ce temps-là on ne dira plus : Les pères ont mangé des raisins verts, ei les. dents des enfants en ont été agacées. Au verset 4 etsui< vants ! Je vous édifierai encorcy et vous serez édifiée de nou-

lA VIGNE ET SON FRUIT. 103

veau, vierge d* Israël... Vous planterez encore des vignes sur les montagnes de Samarie...{y. 12) : Ils viendront et ils loueront Dieu sur la montagne de S ion; ils accourront en foule pour jouir des biens du Seigneur, du froment, du vin, de Phuile... (v. 14) : T enivrerai et f engraisserai Tâme des prêtres, et mon peuple sera tout rempli de mes biens. Et plasbas (v. 25) : Car f ai enivré Pâme qui était toute lan^ guissante de soif y etc.

Conlinualion de 1* Article précédent.

Amos emploie les mêmes images, eh. IX, v. 14 : Je ferai revenir les captifs de mon peuple d Israël. Ils rebâtiront les villes désertes, et ils les habiteront. Ils planteront des vignes, et ils en boiront le vin. Et au verset précédent : // viendra un temps que les ouvrages du laboureur et du moissonfieury de celui qui foule les raisins et de celui qui sème la terre, s'enti^e-suivront. Dans Joëly II, 24 ; Vos granges seront pleines de blé y et vos pressoirs regorgeront de vin et d huile.

Les deux passages que nous allons rapporter sont tirés d'endroits qui paraissent avoir un rapport particulier à la conversion des Juifs. Zacharie, VIII, M -. Je ne traiterai point maintenant ce qui sera resté de ce peuple comme je les ai traités autre fois, dit le Seigneur des armées; mais il y aura parmi eux une semence de paix. La vigne portera son fruit, la terre produira ses grains, les deux verseront leur rosée, et je ferai posséder toits ces biens à ceux qui 5eront restés de ce peuple. Et alors, ô maison deJuda et mai-son d^ Israël, comme vous avez été un objet de malédiction

106 SEPTIÈME BTBfBOLE.

parmi les peuples j ainsi je vous sauverai^ et vous serez on exemple de bénédiction.

Osée, XrV, 7 : Les branches d^ Israël it étendront , $a gloire sera semblable à celle de t olivier... Ils germeront comme la vigne; son nom répandra ane bonne odeur, comme les vins du Liban. Et dans le chapitre II, où la nation est représentée d'abord comme une épouse infidèle, et où l'un des symboles de sa réprobation est que Dieu lui ôtera son vin : Après cela iiéanmoinSy est-il dit, au v. 14, je r attirerai doucement à moiy je la mènerai dans la soli^ tude, et je lui parlerai au cceur ; je lui donnerai des vignerons du même lieu. 11 serait difficile d'exprimer plus précisément que parces dernières paroles unévénementopposé à celui qui est marqué dans la parabole de l'Évangile, que la vigne serait donnée à d'autres vignerons.

La réprobation des Juifs a été souvent marquée en disant que d'autres recueilleraient le fruit des vignes qu'ils atiraient plantées. Or voici ce qu'on lit dans Isale^ ch. LXV, V. 19 : /e prendrai mes délices dans Jérusalem... Ils bâtiront des maisons^ et ils les habiteront; ils planteront des vif/iies, et ils en mangeront le fruit. Il 7ie leur arrivera point de bâtir des maisons et qxCun autre les habite, ni de planter des vignes et qiCun autre en mange le fruit.

C'est à un caractère à peu près semblable que Joseph reconnut, dans les songes des deux officiers de Pharaon, celui des deux qui devait périr, et celui qui devait être élevé en gloire : les oiseaux venaient becqueter les pains que le premier portait, et Tautre recueillait le vin qui venait de la vigne, il le recevait dans la coupe du roi sans que rien se perdit.

Conjoraison de quelques endroits d'Isaîe, de TApocalypse et de Joél. La grande Babylooe considérée comme une vigne opposée à la vigne que Diea Avorîse.

Isaîe, ch. XXVII, réunit la guerre que Dien fera à Léviaihan, avec la protection qu'il accordera en même temps à sa Ti^e. Il faut 86 souvenir ici de la parabole et du cantique lar la vigne du bien-aimé, ch. V ; c'est ce qu'on a vu ci-desrasy Article II *. Le ch. XXVII semble être une continuation de la parabole ; et en ce cas la vigne dont Dieu fait des plaiotes si amères, au ch. Y, est devenue par un change-* meut favorable une vigne de bénédiction. Le chapitre commence par des menaces contre Léviathan : En ce temps-là, le Seigneur viendra avec sa grande épée, son épée péné^ Iranie et invincible, pour punir Léviathan^ ce serpent im* mense... Léviathan est le dragon de l'Apocalypse. En ce temps-'ldy dit le Prophète, la vigne qui portera le vin pur cfumtera les louanges de Dieu. Je suis le Seigneur qui la conserve; je l'arroserai à tout moment; je la garde nuit et jour, de peur qu'elle ne soit gâtée... Un jour les racines de Jacob pousseront avec vigueur: Israël fleurira etgermerayCt toute la face du monde sera remplie de fruits. On peut voir les deux derniers versets de ce chapitre.

On voit, par ce qui est dit de Léviathan dans cechapitre, qu'il y aura, au temps de Taccomplissement de cette prcH phétie, des obstacles à surmonter. Il y aura un combat, puisque Dieu tirera son épée. On peut se souvenir ici de ce que Ton a vu dans le symbole des Poissons. Outre ce qui

* Vojei page 77.

108 SEPTIÈME SYMBOLB.

est dit, dans V Apocalypse, du grand dragon^ elle rappel! encore la prophétie du vainqueur qui foule la vendange, < fait voir par là que le eh. LXIII d'haïe doit avoir un secon accomplissement. On voit dans Isaîe que ce vainqueur qt vient de Bosra et de l'Idumée sort d^un grand combat, c il parait aussi dans V Apocalypse, ch. XIX, sous l'imag d'un combattant.

Ce n'est pas seulement la prophétie d'Isale, mais au88 une autre qui se trouve dans Joël, que l'Apocalypse rap pelle en deux endroits. On voit dans Joël une multitud prodigieuse de peuples qui se rassemblent pour faire 1 guerre contre Dieu même ; mais tous ces peuples, tous le braves qui se trouvent parmi eux ne sont autre chose qu'ui champ que l'on va moissonner et les raisins d'une vigne qo* l'on va vendanger. C'est pourquoi, afin d'exprimer qu'il seront vaincus, le Prophète fait entendre une voix qui cri {Joël, III, 13) : Mettez la faucille dans le blé parce qiCiles miir; venez et descendez, le pressoir est plein, les cuves re gorgent; parce que leur malice est montée à son comble Ainsi l'on voit que dans le temps que le Seigneur garde si vigne : Ego Dominus qui servo eam [Isaïe, XXVII, 3), il j a une autre vigne qu'il vendange dans sa colère.

Il est vrai qu'il parait que les deux endroits de l'Apocalypse ont rapport à deux événements distingués. Le premiei regarde la condamnation de la grande Babylone; c'est ai ch. XJV, V. 44 : // parut une nuée blanche, et sur cetti nuée quelqu^un assis qui ressemblait au Fils de F homme; i avait sur sa tête une couronne d*or, et en sa main une fauL tranchante. Saint Jean rapporte d'abord ce qui appartien au symbole de la moisson. Il voit ensuite un autre ange qu sort du temple qui est dans le ciel, tenant aussi une fau: tranchante. Alors un autre ange cria à celui-là : Jetez votri

fatix tranchante y et coupez les grappes de la vigne de la terre, parce que les raisins en sont miirs. Vange jeta donc sa faux sur la terrCy et coupa tous les raisins de la vigne de la terre, et les jeta dans la grande cuve de la colère de Dieu; et la cuve fut foulée hors de la ville; et le sang sor* tit de ta cuve en si grande abondance, que les chevaux en avaient jusqu^aux mors, dans rétendue de mille six cents stades.

L'autre événement se trouve au ch. XIX, et est postérieur i la raine de la grande Babylone, comme on le peut voir. Cest là que Jésus-Christ parait au milieu des armées du dcl; il sort de sa bouche une épée tranchante, et il est dit de lui c^VL il foule la cuve du vin de la fureur de la colère du Dieu tout-puissant.

Cette épée tranchante, qui sort de la bouche de Jésus-* Christ, n'est pas différente de cette grande épée pénétrante et invincible dont Isaïe dit que Dieu est armé pour com* battre Léviathan, c'est-à-dire le dragon et ceux que le dragon anime. Jésus-Christ défendra donc sa vigne contre le dragon et ses armées, et il foulera ces derniers dans la cuve de la colère de Dieu. Or l'on comprend qu'il y aura diverses attaques. Mais l'événement dont il est parlé au ch. XIV regarde la grande Babylone, et apparemment il regarde aussi la béte à sept tôtes sur laquelle la grande Babylone est assise. Or, de la manière dont cet événement est repré- Knté^ c'est une vigne qui est vendangée ; la grande Babylone est donc une vigne. Voilà donc encore vigne contre Tigne ; la vigne que Dieu garde, et celle contre laquelle il combat, dont les grappes sont jetées dans la cuve de sa eolère.

La vigne dont Dieu se déclare le protecteur produit de bon fruit; celle contre hiquelle il combat est une de ces

vignes maudites qui produisent un vin empoisonné. Cette méchante vigne est la grande Babylone, ou du moins la grande Babylone en fait partie. Cette vigne est donc la grande prostituée ; aussi cette grande prostituée enivret-elle de son vin ceux qui habitent sur la terre, et elle tieot en sa main une coupe d^or pleine d^un vin empoisonné. Oi| comprend que Ton peut dire d'elle à son tour ce qu'on lit dans le Cantique de Moïse : Leurs vignes sont des vignes de Sodome, des vignes des faubourgs de Gomorrhe; leurs rai'sins sont des raisins de fiel, et leurs grappes ne sont qylofmertume.

Or y Dieu rend aux méchants selon leurs œuvres. C'est pourquoi nous avons vu, dans Jérémie, quUl avait abreuvé de fiel et d'absinthe le peuple juif rebelle ; et dans VAjkh' calypse, il enivre cette grande prostituée du vin de sa colère. Il est souvent parlé dans TÉcriture de la coupe de la colère de Dieu, dont il fait boire le vin alternativement à différentes nations [Ps. LXXIV) ; mais le détail en conviendra mieux à un symbole séparé qu'à celui dont il s'agit maintenant. Le symbole des coupes tient, par un côté, à celui du vin et de la vigne, et, de l'autre, à celui des vases d'argile. Ce serait ici le lieu de réunir ce que l'Ecriture a représenté en différents endroits sous l'image de l'ivresse ; mais avant d'en parler nous allons rapporter quelques autres traits.

ARTICLE XVL

Récolte de la TÎgne dans sa plénitude différée longtemps après que les prémices en ont paru. Ëtat de fertilité de la vigne entièrement opposé I Tétat de stérilité.

Si l'on regarde la terre promise comme l'image du ciel.

LA VIGNE ET SON FRriT. Hl

k grappe de raifiin que les espions en rapportèrent [Nomb.^ HVLj 24) et qu'ils firent voir aux Israélites qui étaient dans le déserty est Jésus-Christ ressuscité qui s'est fait voir aux hommes pour leur servir de gage de la résurrection : Jésus- Christ est ressuscité d'entre les morts, et il est devetm les frémices de ceux qui dorment (/. Cor., XW, 20). Mais si Ton regarde la terre promise comme Timage, non pas préeûément du ciel, mais de la justice que Ton peut acquérir sur la terre, et que Ton fasse attention à toutes les circonstances de cette histoire, on reconnaîtra que l'interprétation la plus naturelle que Ton en puisse donner est celle-ci : La terre de Cbanaan est promise à la race d'Abraham, c'est-àdire qu'il est promis à cette race qu'elle entrera en possession de la justice. La grappe de raisin et les autres fruits (pie Ton en rapporta, ce sont les prémices des richesses de eette terre ; c'est l'Lglise de Jérusalem composée des prémices des Juifs; c'est ce que saint Paul appelle [Rom., XI, 16) Delibatio.

Il nous apprend que le corps de la nation, ce qu'il appelle Hassa, aura un jour le môme sort que les prémices. Alors les Juifs seront mis en possession de cette terre dont ils n'ont ea que des prémices ; alors viendra en entier la vendange dont il n'a paru qu'une grappe. Ou a vu plus haut, selon l'interprétation que nous avons donnée à un endroit d'IsàXe, ^e ce prophète a annoncé l'Eglise de Jérusalem sous l'image d'une grappe. Or, saint Paul nous dit que si l'on a vu des prémices, la totalité suivra en son temps ; si l'on a vu une grappe, la vendange viendra un jour : Que si les prémices sont saintes f la masse F est aussi. En attendant, ce que les Juils ont reçu et conservent encore de la Religion et de la vérité est pour eux une terre qui dévore ses habitants. Mais nous avons entendu la promesse de Dieu, àdusÉzéchiel, qui

H2 SEPTI^.ME SYMBOLE.

déclare qu'il arrivera un grand changement, et qu'au liei que l'on a dit longtemps de cette terre qu'elle dévore se: habitants : Devoratrix hominum es et suffbcans genten tuam [Ézéch., XXXVI, 13), il viendra un temps où elle m dévorera plus les hommes et ne fera plus mourir son propn peuple : Homines non comedes ampliùs, et gentem iuan non necabis ultra, ait Dominus Deus.

Il y a un long intervalle^ et Ton en reconnaît de joui en jour la longueur par l'événement^ entre le temps de ces prémices et le temps de la vendange, entre le temps de l'Église de Jérusalem et la conversion de la nation. Cet intervalle est figuré parles quarante années du désert ; d'au« très jouissaient^ en attendant, des richesses de la terre pro* mise, et les Israélites étaient dans le désert où il n'y avai ni vigne ni récolte ; dans un lieu où ton ne peut semer; oi ni les figuiers, nt les vignes y ni les grenadiers ne peuveni venir [Nomb.j XX, S). La terre promise, au contraire, est caractérisée par l'abondance de toutes ces choses [Deut..

vni,8).

Après avoir rappelé le souvenir de ce qui se trouve at commencement du Cantique des Cantiques, où l'Épouse se plaint de n'avoir pu conserver sa propre vigne, et de la prophétie du VIP cii. à'Isa'ie, qiCil viendrait un tempt auquel dans tous les lieux où ton avait vendu mille pied^ de vigne mille pièces d* argent, il ne croîtrait que dei ronces et des épines, nous ferons remarquer ce qui se trouve au dernier chapitre du Cantique^ v. 14 : Le Pacifique a et une vigne dans Baal'liamon (la Vulgate traduit ce mot : dans celle où il y a une multitude de peuples) ; il ta donnée à des gens pour la garder; chaque homme doit rendn mille pièces d'argent pour le fruit qui en provient. Me vigne est devant moi. 0 Pacifique ^ vous retirerez milh

pièces dargent de votre vigne y et ceux qui en gardent les fruits en retireront deux cents.

Voilà, comme on le voit, un événement contraire à celui (piiest prédit au ch. VII à^Isaîe; et Pétat de cette vigne n'est pas moins contraire à celui qui est représenté dans la parabole de TÉvangile^ lorsque les vignerons ne rendaient jamais au père de famille aucun fruit de sa vigne.

ARTICLE XVII

Lespnbole du vin et de Tiyresse employé en diyeraes manières. Jugement dernier représenté sous Timage de la vendange de la terre.

Le vin, qui est le produit ordinaire de la vigne^ opère différents effets; on en peut voir quelques-uns, Ecclésiastique ^ XXXI, et Prov^y XXXI. L'Écriture se sert du symbole du vin, ainsi qu'il lui est ordinaire à l'égard des autres symboles, pour représenter des objets odieux ou favorables. Il y a une bonne et une mauvaise ivresse. Il est aisé de comprendre que lorsqu'un peuple est tombé dans l'état dont il est parlé dans le Cantique de Moïse, et qu'il ressemble aux vignes de Sodome et de Gomorrhe, l'on ne peut boire de son vin sans courir le danger de s'empoisonner : Leur vin est un fiel de dragons ^ c'est un venin d'aspics qui est incu^ table. Le vin de la sagesse, au contraire, est un vin salutaire; et bien loin que l'ivresse en soit à craindre, elle est le comble du bonheur. C'est à cette ivresse que l'àme est souvent invitée dans le Cantique des Cantiques.

C'était de ce vin dont l'auteur de V Ecclésiastique cherdiait à s'enrichir. Je suis venUy dit-il (XXXIII, 16), leder* nier de tousj comme me réveillant après un sommeil, et comme ceux qui ramassent les grains de raisin après ceux qui ont fait vendange, fai espéré aussi moi-même en la

114 SEPTIÈME STMBOLft.

bénédiction de DieUy et fat rempli la cuve comme celui qui vendange.

Outre les deux sortes d'ivresse directement contraires, Tune du vin de la sagesse, Tautre de la coupe empoisonnée de sa rivale, rÉcritur^ fait encore usage du symbole de Fivres^ pour représenter les amertumes par lesquelles Dieu éprouve les homiued- Il y a aussi uue ivresse qui re^ présente Foubli, et Ton voit que le Psaume LXXVIIse sert de ce symbole pour représenter la patience avec laquelle Dieu supporte ses ennemis; il se réveille ensuite, dit le Psaume, comme un homme fort qui crie en s^ éveillant après avoir bu. C'est à peu près sous cette idée que Noé, dans son ivresse, représente Jésus-Christ; et alors on ne considère pi^danaTivresse ce qu'il peut y avoir de déréglé et de mauvais : au coutraire, on reconnaît çii^éinent, quelque analogie qu'il y ait autre l'histoire de Loth et celle de Noé, que hoih dans son ivresse ne peut nullement représenter Jésus-Christ dans sa personne.

L'idée des vignes qui produisent des fruits dangereux ou tout à fait mauvais ouvre l'explication de la loi imposée aux Nazaréens, de s'abstenir avec une exactitude parfaite de tout ce qui venait de la vigne. C'est la loi qui fut imposée à Samson pour toute sa vie, aussi bien qu'à saint Jean-Baptiste.

11 parait qu'il faut raisonner autrement de la défense, faite aux enfants d'Aaron, de boire du vin pendant le temps qu'ils servaient à l'autel. Cette loi ne fut imposée qu'après la faute de Nadab et d'Abiu. Cette défense faisait sentir l'insuffisance de l'ancien sacerdoce : il était réservé à Jésus-Christ de donner le vin véritable. Nous avons rapporté ce qui était prédit sur cela dans le ch. IX de Zacharie : Ils boiront leur sang, ils en seront enivrés comme de

LA Vir.îŒ ET SON FROT. US

rin, etc. Jésus-Christ a donné son sang à boire dans TEucharistie, et il Ta donné sous Tespèce ou apparence du vin.

Si Ton applique le dernier chapitre de Joël au jugement dernier, comme il parait que c^est un des sens de ce cha» pitre, CD aura un exemple que le jugement dernier est représenté sous Timage d'une vendange, ce quMl est trèsaisé d'entendre. Et il n'est pas moins facile, en conséquence de tout ce que l'on a vu, de tracer de suite Thistoire du peuple de Dieu, au moins depuis Moïse jusqu'à la fin du monde, sous l'image de la vigne et de son fruit.

OimATIOH BOKHE OU MAUVAISE. PROPHÈTES YRAIS ov box, tant du nai Dieu qme du démon ou des fknx dieux. Mages, Magiciens, Enchanteurs, Voyants, Interprètes des songes et des énigmes. Serpents employa peur figurer en bonne et en mauraise part.

leoMibal eaire l*Espriiile férité et Tesprit d*errev a eoBawMé dès le pmdis terrestre et ne fioin qa*ae jogeaient derner. Serpeatde pendis terrestre ; dragon enfemé pour tooioors dans Fabise à la in de BMNide.

L'histoire de la Religion n'est antre chose que Thistoire des combats de l'Esprit de vérité et de l'eqprit d'erreur; c'est la guerre de la Sagesse et de sa rivale. Adam et Eve dans le paradis terrestre étaient instruits et gouvernés par l'Esprit de vérité. Le diable, le père du mensonge, s'y glissa sous la figure du serpent ; il entreprit de les séduire et y réussit, n leur promit une science divine ; que, dès qu'ils aor^ent obéi à sa voix, leurs yeux s'ouvriraient, pour voir ce que Dieu leur avait caché ; qu'ils deviendraient indé*

pendants de Dieu, et, contre Tordre qu'il avait établi, aussi éclairés que Dieu môme : Vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieuxy connaissant le bien et le mal [Genèse, III, 5). C'était leur promettre qu'ils deviendraient des sages, des devins de l'ordre le plus élevé que l'on pût jamais imaginer ; et un effet si merveilleux, disait le serpent, était attaché ab fruil défendu t il y avait dans ce fruit une espèce d'enchantement^ il suffisait d'en manger pour entrer dans ta connaissance des secrets que Dieu leur avait oai[^é». Une bffioace d'éi^rteùr accoM^agM les pii'crfês du serpent. Adam et Eve, suceessivemont, oublièlreilt la voix dé la vérité, pour se laisser aller à t^He du memonge. On sait quelles furent les suites de cette fuiie«te chute.

Le père du mensonge remporta ainsi la première victoire contre l'homme, et, en un certain sens, contre l'Esprit de sagesse et de vérité à qui l'homme fit injure en se livrant à l'esprit d'erreur. Mais l'Esprit de vérité ne put être vaincu pour toujours; il vaincra à son tour. Le Messie viendra, et la ^vérité descendra sur la terre. La Sagesse habitera avec les hommes, elle se fera des amis parmi eux, elle vaincra par eux le mensonge, et le diable qui en est le père. Celui qui naîtra de la postérité d'Eve, écrasera la tête du serpent. Cependant ce grand ouvrage ne s'exécutera pas sans de longs et de pénibles combats; ce sera le sujet d'une longue guerre : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienrie [Genèse, III, 15). La têle du serpent sera écrasée; mais avant qu'elle le soit pour toujours, il tendra des embûches, il emploiera toutes sortes de ruses, il attaquera en secret et viendra piquer par le talon ceux qui se défendraient de sa malignité s'il les attaquait lètc levée et à visage découvert.

Toute la suite des siècles est le temps destiné à cette

DIVINATION... PROPHÈTES, ETC. llÔ

g-aeire. La multitude des événements qui intéressent la Religion, une longue suite de bons et de mauvais succès qui se lisent dans l'histoire du peuple de Dieu, avant Jesns-Christ et depuis sa venue; tant d'alternatives entre les peuples appelés et rejetés, séduits et éclairés, sauvés et perdus; toutes ces choses, disons-nous, sont autant d'événements particuliers de la guerre déclarée entre le serpent et sa race, d'une part, et de l'autre, Eve et sa race : Inter te et muliererriy et semen tuiim et semeîi illius.

La victoire demeurera à la fin à l'Esprit de vérité : la Sagesse triomphera avec tous ses enfants. C'est ce qui arrivera à la fin du monde, lorsque s'accomplira ce qui est prédit à la fin du XX' chapitre de VApocalypse^ où le jugement dernier est clairement annoncé. Alors (verset 9) le dragon, le diable, l'ancien serpent qui séduisait les nationSy qui accusait les serviteurs de Dieu, sera jeté dans rétang de feu et de souffre ; non plus, comme il l'avait été autrefois, pour être délié après un certain temps, mais pour n^en plussortir jamais; dans ce même étangs où se trouveront la bête et le faux prophète, où ils seront tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles. Alors régnera, sans aucun trouble, celui qui est appelé le Saint, le Véritable, le Té^ main fidèle, Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, l'Agneau qni étant la vérité même et le soleil de justice éclairera la ville sainte, sans que jamais la lumière en soit interrompue, ni que le jour cède la place à la nuit et aux ténèbres. La séduction sera pleinement détruite, les séducteurs confondus et condamnés à d'éternelles ténèbres, et la vérité brillera dans le ciel sans ombre et sans nuage.

Entrons dans le détail des combats qui précèdent cette grande victoire.

iâO HUITIÈME SYMBOLE.

Divers traits concernaDt Thistoire da peaple juif, depuis Abraham jusqi temps de la venue du Messie.

( Depuis Âbrabam jusqu*au temps du Deutéronome.

Il ne sera pas inutile de jeter les yeux sur Thistoiie d peuple dlsraâl avant la venue du Messie, mais nous ! ferons d^une manière très-abrégée| et plutôt en indiquai ce que dit TÉcriture^ qu^en nous y arrêtant comme si noi voulions le rapporter au long et y joindre les réflexions qq l'on aurait lieu de faire par rapport & l'histoire de ce pe^l et à ce qui regarde son gouvernement temporel.

Dieu parla à Abraham et lui apprit ce que les autif hommes ne savaient point. Non-seulement il rinstmifll mais il régla ses démarches ; il en fit un prophète et un pcQ phète du premier ordre. Il a été dit de Noé (Ecclésiastiqm XLÏW, 19) : // a été le dépositaire de r alliance faite au le monde. Cela s'est renouvelé à l'égard d'Abraham : K« êtes parmi nous comme un grand prince, lui dirent leseï fanls de Heth [Genèse, XXIU, 6) ; et Dieu déclara à AbinM lechy qu'Abraham était un prophète dont l'intercession éta puissante auprès de lui : Parce que c'est un prophète^ priera pour vous, et vous vivrez [Genèse, XX, 7).

Dieu lui révéla, non-seulement ce qui regardait sa ra chamelle et spirituelle, l'avènement du Messie, etc., nv encore la ruine de Sodome. La manière même dont Di s'exprime sur cela est singulièrement remarquable; car semble que Dieu ne puisse lui cacher son secret [Gem

ch. XVIII, V. 17) : Pourrais"] e cacher à Abraham ce que je dois faire?

Dieu parla pareillement à Isaac, à Jacob, à Joseph, et les éleva aussi à la dignité de Prophètes. La race d'Abraham, le peuple qui sortit de lui par Jacob, fut un peuple miraculeux qui continua d'être en commerce avec Dieu, et Dieu continua à lui faire entendre sa voix. Dieu veillait à leur défense et à leur conservation. Ce peuple fut parmi les autres peuples ce qu'un prophète est parmi les autres hommes : Ne touchez point à mes oints, disait le Seigneur, et ne faites point de mal à mes prophètes [Ps. CIV, 15).

Nous n'entrerons ici dans aucun détail par rapport à Joseph, dont Dieu a voulu que toute la grandeur tirât son origine du don qu'il avait de connaître les choses cachées, de prophétiser l'avenir, et de se servir de ce don pour prendre de justes mesures pour se conduire sagement dans le temps présent, et se prémunir contre les dangers à venir.

Moïse a été prophète, et prophète dans un ordre singulier. Dieu lui a révélé sa loi, il en a fait le dépositaire de ses secrets. Mais sans parler maintenant des connaissances qu'il lui a données touchant le Messie et la nouvelle alliance, il l'a établi l'entremetteur de l'ancienne^ le fondateur du sacerdoce lévitique, le père de la Synagogue, le libérateur de son peuple pour le tirer de la servitude sensible de l'Egypte.

Lorsque Dieu envoya Moïse, il lui donna, à lui et à son frère Aaron, le pouvoir de faire des signes et des prodiges, de changer les eaux en sang, de frapper la terre de plaies ; et l'Écriture nous apprend que ce fut la Sagesse qui se saisit de Moïse, qui^ pour ainsi dire, s'empara de sa personne, pour opérer par lui toutes ces merveilles. C'est elle qui a délivré le peuple juste et la race irrépréhensible^ de la

122 HUITIÈBCE SYMBOLE.

nation qui T opprimait [Sagesse^ X, IS). La Sagesse^ poursuit l'auteur sacré, est eiitrée dans rame du serviteur de Dieu, et elle s^est élevée avec des sigties et des prodiges contre les rois redoutables, c'est-à-dire contre Pharaon. L'auteur sacré attribue ensuite à la Sagesse la délivrance du peuple d'Israël du milieu de TÉgypte, et les merveilles qui accompagnèrent ce grand événement, ne regardant Moïse et Aaron que comme des instruments dont elle se servait pour exécuter ses œuvres.

Moïse trouva des contradicteurs dans la personne des magiciens de Pharaon, appelés aussi des sages et des enchanteurs. Saint Paul nous apprend le nom de deux d'entre eux, Jannès et Matnbrès {If. Tim., III, 8). Ils décla^ rèrent la guerre à Moïse; ils animèrent contre lui Pharaon et toute sa cour : c'est-à-dire qu'ils déclarèrent la guerre à la Sagesse dont Moïse n'était que l'instrument; ou bien, pour tout dire, c'était le diable, l'ancien serpent, qui séduisait Pharaon par l'organe des magiciens, qui faisait de Pharaon un dragon visible (pour parler un langage entièrement semblable à celui d'Ezéchiel, XXIX, 3) ; c'était le diable qui remuait avec un certain ordre ceux qui lui étaient assujettis, et qui les animait contre la Sagesse, contre ses ministres et contre son peuple.

Alors on vit signe contre signe, prodiges contre prodiges ; de part et d'autre l'eau changée en sang, des grenouilles, des créatures vivantes produites; la verge, de part et d'autre, changée en serpent, en sorte que l'on vit verge contre verge, serpent contre serpent. Mais les choses ne demeurèrent pas égales ; la verge de Moïse, changée en serpent, dévora celle des enchanteurs. C'est ainsi que l'on vit dans le désert le serpent d'airain (sous lequel l'auteur du livre de la Sagesse aperçoit le Verbe de Dieu, la Sagesse

incamée), le serpent d'airain, dis-je, devenir victorieux des serpents brûlants dont la morsure faisait périr les enfants d'Israël.

Les magiciens de TÉgypte et la guerre qu'ils déclarèrent i Moïse furent tout à la fois le symbole et le principe de la gnorreque Pharaon et toute TÉgypte déclarèrentau peuple d'Israël. Auxquels fallait-il croire, de Moïse et Aaron, ou de Jannès et Mambrès? Auquel des deux peuples fallait-il s'attacher, du peuple d'Israël opprimé, ou du peuple d'É* gypte qui opprimait et avait la force en main? Mais les magiciens qui imitèrent les premiers prodiges succombèrent i la troisième plaie et ne purent Timiter; et Moïse allant toajours de merveilles en merveilles, ou plutôt la Sagesse, par lui, remporta une pleine victoire sur l'Egypte et sur son roi.

Les magiciens de l'Egypte ne furent pas les seuls ennemis qae le peuple d'Israël eût à craindre. Sans parler de ceuï i)oi vinrent les attaquer à force ouverte, ils trouvèrent des séducteurs dont la rencontre fut plus terrible pour eux que celle des serpents brûlants. Balaam fait un personnage si distingué parmi ces séducteurs, qu'il faudrait Une dissertation séparée pour recueillir tous les traits dignes de remarque dans son histoire. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est ce qui arriva quarante ans auparavant. Aaron lui-même, cet Aaron qui vehait de combattre contre les faux sages de l'Egypte, se mit, dans le temps de la prévarication du veau d'or, à la tète du mystère d'iniquité. De chef du peuple de Dieu qu'il était, il se fit volontairement chef de l'apostasie. Nouvel Adam, il se laissa entraîner par Eve; à la sollicitation du peuple, il écouta la voix du serpent. Il fit dresser l'image de la bète, il la fit adorer. Il transporta le nom incommunicable de Jéuovaji à l'image

d'un animal brut, et, comme le lui reprocha Moïse, il mit ce peuple, dont il devait être le protecteur et le père, tout nu au milieu de ses ennemis [Exode, XXXII, 2S). Chef du sacerdoce du vrai Dieu, il devint, pour ces jours-là, chef de la séduction ; il mérita, à son tour, d'être comparé au serpent et au dragon, ainsi que Pharaon et les magiciens de l'Egypte qu'il avait vaincus.

Cependant il n'y avait que peu de jours que Dieu venait, en dictant ses lois à Moïse sur la montagne, de défendre l'idolâtrie, et en même temps il avait défendu de souffrir des enchanteurs au milieu du peuple d'Israël : Vous fie souffrirez point ceux qui usent de sortilèges et d enchantementSf et vous leur ôterez la vie [Exode, XXII, 18). On voit des défenses semblables, Lévitique, XIX, 26 : Vous n'userez point cTaugureSy et vous n^observerez point les songes. Et au verset 31 : Ne vous détournez point de votre Dieu pour aller chercher des magiciens, et lie consultez point les devins^ de peur de vous souiller en vous adressant à eux. Je suis le Seigneur votre Dieu. Et au ch. XX, v. 6 : Si un homme se détourne de moi pour aller chercher les magiciens et les devins, et s'abandonne à eux par un esprit de fornication, il attirera sur lui rœil de ma colère^ et je r exterminerai du milieu de son peuple. Verset 27 : Si un homme ou une femme a un esprit de python^ ou un es^ prit de divination, qu'ils soient punis de mort; ils seront lapidés, et leur sang retombera sur leurs têtes.

Dans les Nombres, ch. XXIII, Balaam, inspiré de Dieu, après avoir observé qu'il n'y avait ni idole, ni statue dans Israël, se récrie avec la même admiration (verset 23) : // n'y a point d'augures dans Jacoby ni de devins dans Israël. Et comme s'il avait voulu prévenir Tobjection de ceux qui auraient pu demander comment donc ce peuple pourrait

être instruit des choses cachées, il ajoute tout de suite : Dans le temps convenable on annonce à Jacob et à Israël ce que Dieu a résolu de faire. Ainsi Ton voit que Balaam impie, mais inspiré par le vrai Dieu, loue Israël parce quMl n'y a point parmi ce peuple de devins et quUl ne reçoit d'instruction que du Dieu véritable.

Défenses conteDiies dans le Deutéronome de consulter les pythoDs, les

enchaiiteurs, etc. Observations sur le lieu qu'elles occupent.

Les défenses contenues dans V Exode et le Lévitique sont renouvelées dans le Deutéronome. Il est bon de remarquer l'endroit où elles se trouvent placées^ ce qui suit et ce qui précède.

Au chapitre XVII du Deutéronome^ Dieu renouvelle les lois pour la punition de ceux qui tomberont dans Tidolàtrie, snrlout en adorant le soleil, la lune et les étoiles. Ensuite, il r^le Tordre qui doitêtre observé dans les jugements, et particolièrement dans les questions difficiles où les opinions seront partagées. Moïse pose les règles qui regardent l'élection d'un roi, et la conduite qu'il doit tenir. Après cela vient le chapitre XVIII, où on lit ces paroles^ v. 9 : Lorsque vous serez entrés dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donnera, prenez bien garde de ne pas vouloir imiter les abominations de ces peuples; et quHlne se trouve personne parmi vous qui prétende purifier son fils ou sa fille en les faisant passer par le feUy ou qui consulte les de-vins, ou qui observe les songes et les augures, ou qui use de maléfices^ de sortilèges et d enchantements, ou qui consulte ceux qui ont t esprit de python et qui se mêlent de dev iner, ou qui interroge les morts pour apprendre d'eux la vérité. Car

126 HUITIÈME SYMBOUE.

le Seigneur a en abomination toutes ces choses, et il exterminera tous ces peuples à votre entrée à cause de ces sortes de animes qu'ils ont commis. Vous serez parfaits et sans tache en la présence du Seigneur votre Dieu. Ces nations^ dont vous allez posséder le pays, écoutent les augures et les devins ; mais pour vouSj vous avez été instruits autrement par le Seigneur votre Dieu.

Aussitôt après ces paroles suit la promesse du Messie. Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi, etc. Il est dît de ce Prophète par excellence, que Dieu mettra ses paroles dans sa bouche. Cela donne lieu de remarquer dans ce chapitre du Deutéronome une liaison que l'on n'aperçoit pas d'abord.

Les nations dont le peuple d'Israël allait prendre la place adoraient les faux dieux, consultaient les devins, les esprits de python, etc. Pourquoi cela? Pour découvrir les choses cachées qu'il leur importait de savoir pour se régler dans leur conduite, s'assurer du succès de leurs entreprises, etc. Mais vous, 6 Israël, vous n'aurez pas besoin, pour toutes ces choses, de recourir à des dieux étrangers, puisque Dieu vous suscitera du milieu de vous un Prophète, dans la bouche duquel il mettra ses paroles. Ainsi vous recevrez de Dieu même, par ce Prophète, Tinstruction qui vous sera nécessaire; et vous aurez cet avantage inestimable pardessus les nations étrangères, que, lorsque vous recevrez les instructions qui viendront de votre Dieu, elles seront pleines de vérité.

C'est ce qui ne devait pas seulement se vérifier du Messie, mais encore de ce grand nombre de Prophètes pris, dans les divers âges, du milieu du peuple d'Israël. Aussi Dieu donne-t-il, à la fin du même chapitre, une règle pour discerner les prophètes qui parleront véritablement de sa part;

ea florte que Dieu ne prémunit pas seulement les Israélites contre la séduotion des prophètes des faux dieux, mais enoore contre celle des prophètes qui, se vantant faussement de parler en son nom, se serviraient de ce nom respeetable pour tromper le peuple (verset 2i) : Que si vous diêts tecrètement en vous-mêmes : Comment puis-Je discerner une parole que le Seigneur n'a point dite^ de celle qu'il a vraiment dite? Voici le signe que vous aurez pour le temuAtrt : Si ce que ce prophète a prédit au nom du Sei-^ gneur n'arrive points c'est une marque que ce n était point le Seigneur qui Pavait dit, mais que ce prophète Favaii inventé par f orgueil et Penflure de son esprit; cest pourquoi vohs n'aurez aucun respect pour ce pro^ phite.

Que Ton remarque donc Tesprit qui règne dans PÉcritore, et surtout dans ces deux chapitres XVII et XVIII du Deutéronome. Dieu veut que son peuple, en toutes choses, n'ait point d'autre conducteur que lui, point d'autre lumière que sa lumière, point d'autre règle de ses actions et de ses jugements que sa loi, point d'autre espérance de connaître lavenir qu'autant qu'il lui plaira de le révéler. On n'interrogera jamais ni les devins ni les faux dieux ; mais s'il y a des questions difficiles à décider, on ira au prêtre qui représente le Seigneur et au juge qu'il aura établi. Lorsqu'il y aura un roi, il puisera toute sa sagesse dans le livre de la loi de Dieu qu'il recevra de la main des prêtres [Deutéronome, XVII, 18) : Après qu^ il sera assis sur son trône y il fera transcrire pour soi ilans tin livre ce Deutéronome et cette loi du Seigneur, dont il recevra une copie des mains des prêtres de la tribu de Lévi. Enfin, on écoutera les prophètes qui répéteront ce que le Seigneur leur aura dit, et on aura soin de se donner de garde des prophètes qui usur-

peront le nom du vrai Dieu pour autoriser des mensonges. Nous placerons ici en passant deux réflexions : Tune, que le Messie a tout à la fois réuni trois caractères, il a été le Prêtre, le Roi et le Prophète par excellence ; tous les rois, les prêtres et les prophètes qui l'ont précédé n'ont été que sers ombres : secondement, lorsqu'il est venu, il y avait dans le peuple de Dieu des prêtres et des hommes qui avaient en main l'autorité royale» et peut-être aussi des honunes qui tenaient quelque chose de la prophétie ; et il est arrivé qu'au lieu de lui rendre gloire, ils l'ont rejeté. Les hommes qui vivaient alors ont plus respecté les serviteurs que le Maître ; les vignerons que le fils du maître de la vigne ; le soleil et les astres placés de la main de Dieu dans la Synagogue^ que la lumière increée ; Hérode et Tibère César, que le Roi des rois; Galphe et les prêtres, que le Messie et ses disciples.

Depuis le temps du Deuléronome jusqu'à la captUité de Babylooe, et au temps delà venue du Messie.

Reprenons la suite de notre discours. Si le peuple d'Israël nous est montré, en plusieurs endroits de l'Écriture, comme un peuple gouverné par la Sagesse, à plus forte raison celte idée doit-elle être appliquée à l'ordre des lévites et des prêtres, et surtout au grand-prêtre qui était comme un Prophète subsistant et par état au milieu du peuple d'Israël. 11 faudrait un long discours pour mettre cette vérité dans son jour ; nous la supposons comme un principe qui nous est nécessaire. Le grand-prêtre consultait Dieu par l'Éphod, par l'Urim, etc., et Dieu lui répondait et lui manifestait sa volonté, soit par rapport à la nation en corps, soit par rap-

port aa roi lorsquMl y en eut, soit par rapport aux particuliers. De plus, il était le dépositaire de toutes les vérités de la Religion dont Tabrégé était écrit sur les tables de la loi reofermées dans Tarche d'alliance. C'était de là que Dieu rendait ses oracles ; et l'on sait sur cela les droits et les prérogatives du grand-prètre. Le peuple d'Israël était au milieu des autres peuples comme un peuple de sages et d'hommes quittaient dans un commerce étroit avec leDieu véritable, et les prêtres étaient ses entremetteurs auprès de Dieu [Deutér., IV, 6) : Cest en cela que vous ferez paraître votre sagesse et voire intelligence devant les peuples, afin qu'entendant par^ 1er de toutes ces lois ils disent : Voilà un peuple vraiment sage et intelligent^ voilà une nation grande et illustre.

n iaut se souvenir ici du rapport qu'avait le Tabernacle avec les images sensibles sous lesquelles Dieu avait coutume de représenter sa gloire aux Prophètes ; et alors on sentira plus vivement la vérité de ce que nous venons de dire, en comparant les prêtres selon l'ordre d'Aaron, et surtout le grand-prétre, à des prophètes consacrés par un ministère subsistant; ils portaient à Dieu les vœux des hommes, et rapportaient aux hommes les volontés de Dieu.

On voit que l'on avait soin de consulter Dieu du temps des Juges; mais il arrivait souvent aussi que le peuple se tournait du côté des dieux étrangers. Nous avons un étrange exemple de la facilité avec laquelle Israël se laissait entraîner à un culte illégitime, dans l'histoire de rÉphod que fit Gédéon, comme le fruit et la marque de la victoire que Dieu lui avait accordée [Juges, VIII, 27). Il plaça cet Éphod dans la ville d'Éphra, et cet Éphod devint un piège pour tout le peuple, et la ruine de la maison de Gédéon : Fornicatusque est omnis Israël in eo^ et factum est Gedeoni et omiii domui ejus in ruinam.

Satil fut choisi de Dieu pour être le premier roi d^Israêl. Il fut d'abord agréable à Dieu et fit plusieurs choses qui lui plurent. Il se souvint sans doute de ce qui était ordgpné dans le Deutéronome au sujet des devins; il les extermina des terres de son obéissance. Mais la veille de sa mort, voyant que Dieu ne lui répondait point, il alla consulter la pythonisse, commettant im crime qu'il avait lui-même défendu, et mérita ainsi de nouveau la mort funeste qui lui fut annoncée, comme on le sait : Parce qu'il avait consulté une femme qui avait un esprit de divinationy et qu'il n* avait point mis son espérance au Seigneur ; c'est pour cela que Dieu le tua (/. Paralip.y X, 13).

Nous lisons d'autres circonstances de la vie de Saûl, qui n'ont pas moins de rapport à notre dessein. Le malin esprit se saisit de lui par une possession sensible, et cette possession sensible était la punition et l'image de la possession que le démon prenait de son cœur par le péché. Au contraire, l'Esprit de Dieu s'empara de David, et on le reconnaissait de jour en jour par des effets sensibles (/. Rois, XVI, V. 13) : Depuis ce temps-là f Esprit du Seigneur fut toujours en David.,, Or l Esprit du Seigneur se retira de Saûl, et il était agité du malin esprit envoyé par le Seigneur.

On avait vu avec étonnement Saiil parmi les prophètes, dès le temps que Samuel le sacra roi (/. Rois, X, 10) : LEsprit du Seigneur se saisit de lui, et il prophétisa au milieu deux. Cette impression sensible de TEsprit de Dieu était un signe et une figure des faveurs que Dieu répandait sur lui, et spécialement de l'esprit qu'il lui communiquait pour gouverner son peuple. On vit la même merveille se renouveler après la réprobation de ce prince, lorsqu'il alla lui-même à Ramatlia dans le dessein de se défaire de David. Les gens qu'il avait envoyés deux fois pour le prendre avaient

été saisis de Fesprit de prophétie, et il en fut saisi lui-même de telle sorte qu^on renouvela le proverbe : Saûl est-il donc aussi devenu prophète? (/. BoiSy XIX, 24.)

On avait lieu, sans doute, de considérer avec étonnement que TEsprit de Dieu se fût saisi de Saûl dans le temps que son cœur était rempli d'iniquité et qu'il venait pour accomplir ses mauvais desseins. Plusieurs années auparavant, David avait été choisi pour adoucir, par le son de sa harpe, les impressions du malin esprit sur ce prince. Ainsi Ton voit dans Saûl un homme en qui les impressions de l'esprit malin sont réglées selon une certaine mesure, soit dans leurs effets, soit dans leur accroissement ; et plus on considérera attentivement son histoire^ plus on reconnaîtra que cela n'est pas moins vrai de la malice qui corrompait son cœur, que de la possession qui l'agitait extérieurement. Il y avait deux esprits qui agissaient sur lui ; mais le mauvais esprit se fortifiait de plus en plus et gagnait du terrain de jour en jour, jusqu'à ce qu'il l'eût conduit à une ruine totale.

Lorsque la couronne eût passé de la tète de Saûl sur celle de David, on vit dans ce dernier un roi rempli de l'esprit de prophétie d'une manière extraordinaire ; mais ce qui était plus excellent, la piété et la sainteté répondaient au^ dons miraculeux qu'il avait reçus de Dieu. La sagesse parut dans Salomon avec un nouvel éclat^ et elle y parut comme un don ipiraculeux. On peut lire tout ce qui est dit dans l'Écriture, soit par rapport à l'étendue de ses connaissances, soit par rapport à sa capacité pour gouverner. On voit dans le célèbre jugement par lequel il termina le procès entre les deux mères Taccomplissement de ce que nous lisons dans le ch. XVI des Provcrbesy v. 10 i Le don de deviner est sur les lèvres du roiy sa bouche ne s égarera point dam le jugement pour prononcer une sentence injuste.

132 HUITIÈME SYÎtfBOLE.

Ce prince sut lui-même proposer des énigmes (voyez Proverbes j XXX, 4), et il sut expliquer celles qui lui furent proposées. La reine de Saba en voulut faire l'épreuve : Elle vint le tenter en lui proposant des énigmes {III . RoiSj ch. X). Mais de toutes les énigmes qu'elle lui proposa, il n'y en eut aucune dont il ne lui donnât la solution. Un peuple qui avait un tel roi n'avait pas besoin d'aller consulter les devins. Votre sagesse^ lui dit cette reine, et votre conduite passent ce que la renommée nCen avait appris. Heureux ceux qui sont à vous; heureux vos serviteurs qui sont sans cesse en votre présence, et qui écoutent votre sagesse. Cet heureux temps ne dura pas toujours. La folie trouva sa place dans un cœur que la Sagesse avait d'abord rempli. On sait les égarements de Salomon et les malheurs qui en furent la punition. Le royaume d'Israël fut partagé pour n'être jamais réuni, au moins pendant toute la durée de la Synagogue. Cependant l'esprit de prophétie ne se retira ni du royaume de Juda, ni du royaume d'Israël. On en voit un exemple, par rapport au dernier, dans la personne du prophète Ahias qui reconnut, par l'Esprit de Dieu, la femme de Jéroboam qui venait à lui déguisée ; il lui annonça les malheurs qui devaient fondre sur sa maison, et en même temps, le funeste sort du royaume des dix Tribus (///. Mois, XIV, 6).

S'il y avait de vrais prophètes dans Juda et dans Israël, il y en avait aussi de faux ; et ces faux prophètes étaient de deux sortes : les uns parlaient au nom des faux dieux, les autres parlaient faussement au nom du vrai Dieu. Les véritables Prophètes donnaient des preuves de la vérité de leur mission. Notre dessein n'est pas de transcrire tout ce qui est rapporté sur ce sujet dans les Livres saints : nous nous contenterons de faire remarquer un trait singulier que nous lisons dans l'histoire du prophète Elisée {IV. Mois,\ll, 13).

Lorsque Josaphat, tant en son nom qu'en celui du roi d'Israël et du roi d'Édom, s'adressa à ce prophète, pour lui demander du secours dans la disette d'eau qui était près de faire périr toute Tannée, Elisée demanda qu'on lui fit venir un joueur de harpe ; et, au son de sa harpe, il commença à prophétiser : Cumque caneretpsalteSy fada est super eum manus Domini^ et ait : etc. En sorte que l'on voit dans cette histoire un trait qui a du rapport à ce que nous avons vu dans celle de Saûl. De part et d'autre, le son de la harpe est un signe extérieur qui a une certaine force par rapport à des effets invisibles. Le son de la harpe réprime l'esprit malin dans Saûl, et il attire l'impression de l'Esprit de Dieu sur Elisée.

Nousvoyonsdansl'histoired'Âchabetdu prophète Michée, que ce prince était environné de faux prophètes. Les prô* très que Jézabel entretenait au nombre de quatre cents, et les quatre cent cinquante prêtres de Baal sont aussi appelés du nom de prophètes {III . Rois^ XVIII, 19). Et au livre suivant, Jéhu parle des enchantements de Jézabel : Quelle peut être cette paix, dii-ïlf peîidant que les fornications de Jézabel votre mèrCy et ses enchantements régnent encore en tant de manières? {IV. Bois, IX, 22.) Au ch. XVII, v. 14, dans la récapitulation des crimes qui avaient causé la ruine du royaume d'Israël, il est dit, qu'ils n'avaient point écouté la voix des Prophètes que Dieu leur avait envoyés, qu'ils avaient suivi l'exemple des nations qui les environnaient, qu'ils avaient adoré les armées du ciel, c'est-àdire les astres, qu'ils avaient fait passer leurs enfants par le feu 9 et enfin, qu'ils s'étaient adonnés aux divinations et aux augures.

A l'égard du royaume de Juda, voici ce qui est dit de Manassé (7 V. Roisy XXI, 5) : Il dressa des autels à tous les astres du ciel dans les deux parvis du temple du Seigmw^

Il fit passer son fils par le feu ^ il s attacha aux divinations, il observa les atigiires^il établit des pythons , et il multiplia les enchanteurs; en sorte qu'il surpassa en abominations les Amorrhécns qui avaient été les habitants de cette terre. Au contj^alre, nous lisons de Josias, petit-fils de IHanassé [IV. Roisj XXIII, 24), qu'^7 extermina lespythonSy les devins et les figures des idoles, pour accomplir ce qui étaîf ordonné dans le livre (du Deutéronomé) que le grand-prètre Helcias avait retrouvé.

On sait tout ce qui est dit des devins de Babylone dans l'histoire de Daniel; ce prophète les surpassa tous ; et, semblable au patriarche Joseph, son élévation fût fondée sur Tart qu'il avait de deviner les songes et de prédire les choses à venir.

Les Prophètes parlent souvent des devins et des enchanteurs, ils y joignent aussi les sages des nations (souvent il parait à la lettre, que ces sages sont des adorateurs des idoles), et ils opposent à leurs égarements la véritable sagesse qui consiste à connaître le seul Dieu véritable. Ù n'est pas moins ordinaire d'entendre les Prophètes invectiver contre ceux qui, parlant au nom du vrai Dieu, n'annonçaient que les visions de leur cœur. Mais ce qui peut causer de Tétonnement, ce sont certains traits comme ceux que nous allons rapporter. Telle est la réponse de Michée, véritable prophète, à Achab, qui dit d'abord à ce prince contre la vérité : Allez, attaquez la ville de Ramoth-Galaad selon votre dessein, et vous réussirez [III. RoiSy XXII, V. 13). Il est vrai que sur les instances que lui fit le roi, il lui déclara ensuite la vérité. Ce que Miellée avait vu dans le conseil de Dieu, de cet esprit de mensonge qui s'était offert pour aller tromper Achab, et à qui Dieu avait dit : A liez et vous prcvaudreZy est encore plus sui*prcnant.

AafV* livre des ItoiSj VIII, 10, Benadad ayant envoyé Euaël poar consulter Elisée sur sa maladie, ce prophète ditiHazael : Al fez dire à Benadad : Vous serez guéri. Et il ajouta en même temps : Mais le Seigneur ma fait conndtrequil mourra assurément.

Il ne nous reste plus qu^à joindre ici ce que nous lisons dans Ézéchiely ch. XIV, v. 3, où Dieu déclare, qu'il ne répondra point à ceux qui viendront l'interroger avec un cœur rempli de leurs impuretés. Et verset 9 : Lorsqu^un prophète tombera dans terreur^ et répondra faussement, test moi qui suis le Seigneur qui aurai trompé ce prophète; mais f étendrai ma main sur lui, et je F exterminerai du milieu de mon peuple d Israël, Ils porteront tous deux la peine de leur iniquiléy et le j)eup/e qui a désiré d'être sedtùtj et le prophète qui en a été le séducteur; afin que la maison d'Israël ne s'égare plus à Favenir en se retirant de mai, etc. Sans entrer ici dans la difficulté tbéologique que font naître ces paroles, on voit que la menace qu'elles renferment ressemble à divers autres endroits des Prophètes, par exemple, à ce qui est dit, Michée, III, 6 : C'est pourquoi vous rCaurez pour vision qu'une nuit sombre^ et pour révilation que des ténèbres. Le soleil sera sans lumière à t égard de ces prophètes ^ et le jour deviendra pour eux une obscurité profonde.

Ce serait ici le lieu de parler de la rareté des Prophètes depuis le temps d'Aggée, Z jcliarie et Malachie, jusqu'au temps de la venue du Messie, et de rapporter ce que les Prophètes eux-mêmes ont dit sur ce sujet; mais nous réservons ces choses pour d'autres endroits de cet écrit où nous aurons occasion d'en traiter. Nous n'avons point parlé non plus de plusieurs histoires particulières qui font voir que Dieu instruisait ses serviteui-s par la voie de la pro-

phétie et des songes ; on le voit, par exemple, dans le soDg de Mardochée. D'autres fois, les hommes étaient en bat= aux opérations du démon, comme la jeune Sara dans temps qui précéda son mariage avec le jeune Tobie. CL choses, ayant des significations mystérieuses, retrouverai leur place dans la suite.

ARTICLE m.

Diverses observations prélimiDaires.

Observations par rapport aux prophètes, devins, etc.

Afin de procéder avec plus de netteté, il nous est néeai saire de placer ici quelques observations, dont plusieu auront rapport à ce que nous venons de voir, et toutes sa virent à ce qui sera dit dans la suite.

Il faut considérer séparément : l"" ce qui regarde laper sonne des prophètes, devins, interprètes, etc. ; 2"* Tobje de leur prophétie, de leur divination, etc. ; 3** les preuvai de leur mission.

Il y a de vrais et de faux prophètes. Nous appelons vraii prophètes ceux qui sont envoyés de Dieu et qui disent 11 vérité. Les faux prophètes sont de plusieurs sortes : l^ceui qui parlent au nom du démon et des faux dieux ; 2^ ceoi qui parlent au nom du vrai Dieu, mais qui disent ce (pi Dieu ne dit pas. Ces derniers sont encore de deux sortes: les uns parlent absolument d'eux-mêmes ; les autres oui une mission, un ministère légitime, et ils en abusent en mêlant des choses fausses, dont Dieu n'est pas garant, avec des vérités que Dieu les a chargés de publier. Ainsi il y a des envoyés du Dieu de vérité, qui publient quelque*

loisIeménsoDge; comme, au contraire, il y a des projphèles du démoD qui disent quelquefois la vérité.

Ynis prophètes cnojés de Dieu, qui OKigneot de sa part hiérilé.

qui parlent du démon ou des faux dieux.

Faux prophètes

au nom qui parlent au nom du vrai Dieu :

40 sans mission; 2^ avec mission et revêtus d*un ministère légitime dont ils abusent.

Ce qu'il y a de commun entre des hommes si différents c^est qu ils fout tous profession d'apprendre aux hommes fa choses cachées, sublimes et qui viennent d'une source amaturelle. Les uns le prétendent faussement, les autres itec fondement. Les uns annoncent la vérité, les autres le ■ensoDge ; et parmi ces derniers, il y en a qui entreprenient de rendre Dieu responsable de leurs mensonges. Les Us tiennent du vrai Dieu les connaissances qu'ils commuât, les autres introduisent un principe différent et >tme contraire au vrai Dieu, d'où ils prétendent que Ton lût attendre la découverte des choses secrètes. A regard des choses qui font l'objet de la prophétie^ lOQs en parlerons au paragraphe suivant. Parmi ces hommes si différents qui viennent d'être dis- BBÇués, il n'y en a aucun qui n'ait intérêt de se faire croire ; tkican tÀche donc de s'appuyer par des preuves. Or ces Iteuves peuvent être de deux sortes : IMa vérification de Il chose prédite, lorsqu'elle arrive comme elle avait été Jrédite; ou qu'étant cachée, elle se trouve, lorsqu'elle ^t à être manifestée, telle qu'elle avait été déclarée par ledevin avant la manifestation ; 2° des signes, des prodiges, ies effets miraculeux.

Tenons maintenant à une nouvelle observation. Parmi toutes les choses dont on vient de parler, il n'y en a point qui ne puisse être figure d'une autre chose ; un prophète peut être figure d'un autre prophète, un interprète d'un autre interprète, une prédiction d'une autre prédiction; la découverte d'un secret, de la découverte d'un autre secret; un prodige, d'un autre prodige; un effet merveilleux, d'ua atxite effet merveilleux dont le premier portera la ressemblance.

Nous en avons déjà vu des exemples. Les prodiges de Moïse étaient là figure d'autres effets. Lorsqu'il changea, par exemple, les eaux en sang, c'était une image de la mort qui allait envelopper une si grande partie du peuple d'Egypte. Les enchantements des magiciens et la croyance qu'on leur donnait étaient l'image de l'esprit d'égarement et de vertige qui s'était emparé de toute l'Egypte. Le malin esprit qui agitait Saûl était au naturel l'image de la malice qui s'élit emparée de son àme et qui était devenue le principe de ses démarches; et ainsi du reste. Mais ce qu'il est temps de remarquer, c'est que ces mêmes choses figurées qui viennent d'être alléguées en exemple, et autres semblables, étaient elles-mêmes figures d'autres événements plus grands, d'un ordre plus sublime, et qui ne devaient arriver que dans des temps plus reculés. C'est ce qui se présentera à développer dans les Articles suivants.

L'interprétation d'un songe, d'une énigme, se trouvera la figure de l'interprétation d'une autre énigme, de quelque chose qui répondra à ce songe. Ou bien, le songe et l'énigme se trouveront avoir deux ou plusieurs interprétations : l'une plus prochaine, les autres plus éloignées ; l'une par rapport à des événements bornés, les autres par rapport à des objets tout autrement grands : l'une plus littérale, les

antres plus mystérieuses, ou plutôt, toutes égalemeni littérales, mais Tune immédiate, etPautre, pour ainsi dire, dans un plus grand enfoncement.

Il arrivera qu'un vrai prophète en figurera un autre, comme Moïse, Elie et tant d'autres ont figuré Jésus-Christ. Il arrivera aussi qu'un faux prophète figurera un autre iaux prophète. Et cela pourra arriver en plus d'une manière; car il pourra se faire qu'un homme revêtu d'une autorité légitime, mais qui en abusera, comme Caïphe, pour séduire le peuple de Dieu, se trouve avoir été figuré, non-seulement par des séducteurs de même genre, mais encore par des prophètes des faux dieux. Le ministre revêtu de l'autorité légitime qui annonce le mensonge ne ressemble pas seulement à ceux qui, avant lui, ont fait le même abus de l'autorité légitime; il ressemble encore, par d'autres traits, aux faux prophètes du vrai Dieu qui parlaient sans mission, et même aux prophètes du démon. Il y a un rapport frappant entre ces trois choses : i^ un vrai ministre du Dieu de vérité^ qui annonce le mensonge ; 2"" un faux prophète du vrai Dieu ; 3"" un prophète dies faux dieux. C'est parla même analogie qu'il arrive souvent dansTÉcriture que le faux culte du vrai Dieu est figuré par le culte des faux dieux.

ïl est bon d'observer qu'il y a dans l'Écriture plusieurs noms communs entre les bons et les mauvais prophètes. Quelques-uns de ces noms se trouvent appliqués indifféremment aux uns et aux autres ; d'autres le sont plus communément aux uns, et plus rarement aux autres. Il y a de bons et de mauvais devins, de vrais et de faux prophètes, des interprètes plus ou moins pénétrants ; de vraies et de fausses visions, de bons et de mauvais songes ; de vrais et de faux sages^ une sagesse terrestre et une sagesse divine.

une sagesse qui découvre les mystères de Dieu et une sagesse qui y succombe : c'est ce qui se remarquera de plus en plus par les exemples qui seront rapportés.

ObsenralioDs par rapport à la diversité des objets de la prophétie vraie ou fausse, et des iuslruclioDs reçues de Dieu, ou faussement prétendues telles.

Par rapport à l'objet de la prophétie ou divination^ on peut considérer deux choses : 1^ ce que l'objet est en luimême ; 2^ la manière de le connaître.

Les termes de prophétie, divination, interprétation, solution d'énigme et autres semblables, entraînent avec eux l'idée d'une chose cachée, révélée à peu de personnes, ou du moins ignorée de plusieurs, qu'il n'est pas facile de savoir et à la connaissance de laquelle on ne parvient que par une voie élevée au-dessus des forces ordinaires des hommes. De là vient que rien ne porte plus parfaitement le caractère de la divination, que les choses que l'on apprend par l'entremise de quelque intelligence invisible. Or, on conçoit que ces caractères généraux qui viennent d'être proposés peuvent convenir à chaque chose qu'il est question de savoir, dans'une infinité de degrés différents. Ainsi les termes de divination et de prophétie peuvent être pris dans des sens plus étendus ou plus resserrés, avec beaucoup de diversité.

Par rapport à l'objet de la prophétie en lui-même, il peut être plus ou moins important. En premier lieu, il peut regarder : 1° un événement particulier qui n'a rapport qu'à un seul homme, une seule famille, lui seul peuple; 2** avoir rapport au sort universel du genre humain ou du peuple

DIVINATION... PROPHÈTES, ETC. 14i

de Dieu ; et de plus, da peuple de Dieu dans Tétendue de sa durée, de ses divers états, des diverses races des Juifs et des Gentils, Grecs, Romains, etc., dont il doit être composé.

En second lieu, Tobjet de la prophétie peut regarder : 1* les événements futurs, grands ou petits, et en général les secrets que l'on peut savoir sans être saint. Il y a même encore une distinction à faire ici ; on peut découvrir des secrets qui n'ont point de rapport au salut; on en peut découvrir qui y ont un rapport plus éloigné, et d'autres qui y ont un rapport plus prochain. 2* L'objet de la prophétie (si néanmoins on use en ce cas du terme de prophétie), ou si l'on veut, l'objet révélé peut être la science des saints ; cette connaissance intime de la vérité, qui sanctifie encore plus qu'elle n'éclaire ; cette lumière que David demande à Dieu lorsqu'il dit : Éclairez mes yeuXy afin que je ne m^en-dorme jamais dans la mort [Ps. XII, 4).

En vertu de cette distinction, on voit que Ton peut remarquer bien des termes différents de l'instruction que Dieu communique aux hommes. Par exemple : I°les véritéspropres au Judaïsme ; 2'' celles qui sont propres au Christianisme en général; 3** les vérités inconnues aux Pélagiens; 4^* enfin, l'instruction qui est toujours accompagnée de la piété dont parle saint Jean (/'• Épître, ch. II, v. 27) : Vous n'avez pas besoin que personne vous enseigne, mais Fonction que vous avez reçue du Fils de Dieu vous enseigne toutes choses. Saint Jean ajoute, touchant cette onction, que ce qu'elle enseigne est véritable et que le mensonge ne s'y trouve point. Mais tous n'ont pas cette précieuse onction; et autant il y a de différents degrés d'instruction, autant il en faut distinguer aussi d'égarement et de séduction ; autcfnt on peut se représenter de docteurs de classes différentes par rapport à

chaque genre de vérité, autant on conçoit aussi de dififérentes sortes de séducteurs qui sont aussi appelés faux prophètes, enchanteurs, faux sages, ennemis de la vérité.

Or, ce que nous avons dit dans le paragraphe précédent, il faut l'appliquer ici. Il est manifeste que la révélation vraie ou fausse des choses peu importantes peut être la figure de la révélation vraie ou fausse des choses qui regardent le salut. La révélation d'un événementparticulier peut êtire une image de la révélation de quelque événement qui intéresse le genre humain. La confiance mal fondée qu'avaient les faux prophètes du temps de Jérémie que Jérusalem ne serait pas prise représente fort bien la fausse confiance des chefs de la Synagogue, qui avaient une opposition invincible à croire les prophéties de Jésus-Christ et de ses Apôtres sur le renversement du temple et la décadence de la nation. Jjbl prédiction que fait Joseph aux deux officiers de Pharaon, annonçant à l'un son rétablissement dans sa charge et à l'autre sa perte totale, peut fort bien représenter le sort de deux peuples, dont l'un est élu en même temps que l'autre est réprouvé. Et il faut prendre garde qu'il se trouve là deux choses ; car Tévénemcnt prédit figure un autre événement ; et il peut se faire aussi que la découverte anticipée de l'événement figure aussi la découverte anticipée de l'événement figuré ; en sorte qu'un événement répondra à l'autre, et une interprétation à une autre interprétation. Pareillement, il pourra se faire que la découverte de certaines vérités figurera la découverte d'autres vérités plus sublimes ; le don des miracles pourra quelquefois figurer le don de la piété; et des connaissances qui ne sont point sanctifiantes par elles-mêmes pourront figurer les lumières qui sanctifient; comme il se peut faire qu'une action d'un certain ordre en figure une autre d'un autre ordre, que la lu-

mière corporelle figure la lumière qui éclaire l'esprit, et la lumière qui éclaire l'esprit et rintelligence figure aussi celle qui échauffe le cœur et le convertit.

II était nécessaire de faire envisager sous un certain ordre tant d'idées différentes, avant que de les voir mettre en œuvre par les écrivains sacrés; elles s'étendront et se développeront à me3ure que nous avancerons.

ARTICLE ÎV.

Eut delà Sjnagogae, particulièrement vers le temps de la venue du Messie. La Judée, originairement un paradis terrestre, se changeait en un désert plein de bêles venimeuses ; serpents, race de vipères qui l'habitaient. Le diable auteur de tous ces maux.

Cest une chose que nous ne prouvons pas ici, mais que nons supposons, qu'il y avait au milieu de la Synagogue[un mystère d'iniquité qui se formait de longue main, qui tendait à sa consommation vers le temps auquel Jésus-Christ vint dans le monde, qui monta à son comble dans le temps de la prédication de l'Évangile, et qui reçut sa consommation par l'endurcissement des Juifs, par leur réprobation, par la ruine de leur temple^ de leur ville et de toute la nation. Ce mystère d'iniquité était l'ouvrage du diable; et c'est, en partie, par rapport à cela qu'il est dit de Jésus-Christ qu'iV est venu dans le monde pour détruire les œuvres du diable (/. Jean, ch. III, v. 8).

L'Écriture n'a négligé aucun genre d'instruction pour mettre cette vérité dans son jour ; elle a employé toutes sortes de figures et de symboles pour l'exprimer, et souvent elle en a parlé à découvert et sans figure. Vous résistez toujours au Saint-Esprit ^ et vous êtes tels que vos pères ont éiéf disait saint Etienne aux Juifs de son temps [Actes,

Ii4 HUITIÈME SYMBOLE.

ch. Vn, V. 81). Il y avait donc depuis longtemps une guerre entre l'Esprit saint et l'esprit malin, et le peuple juif était le champ de bataille. Il y aplns^ tous ceux qui se laissaient aller aux impressions du démon étaient eux-mêmes les armes dont il se servait pour combattre l'Esprit de Dieu qui parlait par les Prophètes. Il travaillait sans relâche à étendre et à affermir son règne au milieu du peuple de Dieu, et son dessein était, selon qu'il est marqué en plus d'un endroit de l'Écriture , de s'assujettir , s'il eût été possible, tout ce peuple sans que rien fût excepté, comme il s'était assujetti les autres nations.

Il employa, pour avancer son ouvrage, toutes sortes de ruses et d'artifices, faisant voir qu'il était cet ancien serpent connu dès le commencement du monde. La Synagogue était, en un sens, le paradis terrestre que la Sagesse avait placé sur la terre, comme on peut le reconnaître par le XXFV* chapitre de V Ecclésiastique, et par le commencement de Joël (en expliquant Joël dans le premier des sens spirituels dont il est susceptible). Mais il y a longtemps qu'il travaillait à ravager ce jardin de délices, par lui-môme et par ses émissaires : La catnpagne, qiHl a trouvée comme un jardin de délices y nest après lui quun désert affreux {Joël y II, 3). Il l'avait rempli d'insectes de toutes les sortes, et ensuite de serpents et de vipères. C'est ainsi que la Judée parut aux yeux de saint Jean-Baptiste lorsqu'il commença sa prédication; c'était un jardin dont tous les arbres étaient stériles; la cognée était à la racine, ils étaient près d'être coupés et jetés au feu; outre cela, ce jardin était plein de vipères qui se perpétuaient et se transmettaient leur venin : Progénies viperarum {S. Mat th., III, 7).

Cet ancien ennemi du peuple de Dieu, voyant que le temps était passé de persuader aux Juifs d'adorer les idoles.

so.scita parmi eux la secte des sadducéens; mais voyant qu'iuie illusion si grossière ne faisait pas assez de progrès, il inspira aux pharisiens cet esprit d'intérêt, d'orgueil et d'hypocrisie, si souvent dépeint dans le Nouveau Testament. U leur apprit à corrompre et à altérer la loi de Dieu par de fausses interprétations ; à suivre et autoriser une multi^ tttde de maximes qui venaient, non de Dieu, mais de l'inven« tîon des hommes ; à négliger ce qu'il y avait de plus im* portant dans la loi, la justice et la miséricorde. A la place de la véritable justice, il leur présenta une fausse justice, et leur apprit à y chercher leur propre gloire. Il leur apprit à dévorer les maisons des veuves sous prétexte de leurs longues prières, et à parcourir les terres et les mers pour faire des prosélytes à qui ils transmettaient leur malice à double mesure. Il les trompa, et leur apprit à tromper les autres. Il était serpent et il en fit des serpents.

On peut remarquer que ce ne sont ni les publicains, ni les soldats que saint Jean appelle race de vipères^ mais plus particulièrement les pharisiens et les sadducéens, comme on le reconnaît en comparant sur cela Saint Matthieu avec Saint Luc (III, 7). Jésus-Christ appelle aussi les pharisiens race de vipères [S. Matth., XII, 34). Et au ch. XXIII, où il fait une allusion manifeste à la consommation du mystère d'iniquité, il parle ainsi aux docteurs de la loi et aux pharisiens (v. 32) : A chevez de combler la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères^ comment pourriez-vous éviter d*étre condamnés au feu de P enfer ? Ils avaient le venin et les artifices du serpent^ et voilà pourquoi ils étaient des serpents ; et le diable, l'ancien serpent, se servait d'eux pour séduire et perdre les âmes; il était au milieu d'eux, comme parmi ses enfants et les ministres de son règne.

Si la Synagogue était originairement un paradis terrestre,

T. Il 40

81 le serpent trouva le moyenl dd s'y glisser, il y avait on Adam et une Eve qu'il lui fallait tromper ; il fallait les faire tomber dans la prévaricaiion, et les rendre dignes d'être dégradés et chassés honteusement. C'est ee qui s'avançait de jour en jour, et ce qui reçut son parfait acoomplissement par la chute du grand -prêtre, du sacerdoce, lévitique, delà Synagogue en corps; chute qui fut suivie en peu d'années d'une dégradation totale par rapport aux uns et aux autres. Nous verrons comment la Synagogue fut livrée par degrés à Satan.

Tant de possédés que l'on voyait en Judée dans le temps de la prédieation de Jésus-Christ et des Apêtres étaient la figure de la natioti dont le démon s'emparait de jour en jour^ entralbant les Juifs et les attachant de plus en plus au péché. Oii voyait se renouvelei' dans la nation entière ce que l'on avait vu dans Saûl ; le liialid espfit y établir sa demeure, lui inspirer la haine et la jalousie contre les justes, contre le véritable David, contre Jésus-Christ et ses disciples ; porter les chefs de ce peuple à poursuivre sans relâche les disciples du Messie, à les haïr sans sujet, à leur rendre le mal pour le bien, à chercher à les exterminer; et cela malgré leur innocence et l'intégrité de leur conduite qui se faisait reconnaître par leurs ennemis mêmes. Que l'on observe donc qu'il se trouve ici les deux choses que nous avons remarquées dans Saûl : une possession intérieure du malin esprit par le péché, et une possession extérieure qui était l'image de la première. Ainsi reconnait-on parmi les Juifs une possession intérieure qui se manifestait par toutes sortes de vices, et surtout par la haine implacable contre les justes ; et cette possession intérieure était accompagnée de la possession extérieure et sensible qui était alors si ordinaire en Judée. Nous nous écarterions de notre plan

DIVINATION... PROPHfttBSy ETC. 147

si nous entrions dans retplication détaillée de chaque pos*setskm partieolièM dont il est parlé dans FÉrangile ^ oti dans le livre des Actes. Nous en remarquerons seulement quelques ciroonstanceSy lorsqu'elles auront un rapport pluf particulier à ce symbole.

La Sjnagogae devenait une Egypte remplie d'enchanteurs. On y Tofait s'accomplir ce qui avait été figuré lorsque Jérusalem fut assiégée da temps d'Achaz. Esprit d*incrédulilé qui fait que Ton quitte Dieu pour MostltMr let pytIiODs. Quels étaient les pythons au temps d« Messie. Dsiflas d'une autre espèee que Dieu oppose ^ ces mauvais dévias «

Il serait temps de représenter Tintroduction du Messie, et la fafrtDation de son œuvre au milieu de la Synago^e ;

is afin de nous mettre en état de suivre ce que TÉcriture apprend sur ee sujet, nous montrerons encore deuï figures de la Synagogue ; Tune est celle de TÉgypte, Vautre celle du siège de Jérusalem sous AchaXy dont il est parlé aueh.YIIetYUIdV^aie.

La Judée était devenue une Egypte spirituelle, où leê serviteurs de Dieu gémissaient ; ils attendaient la donsola lion dlsrael. Le Messie qui fut envoyé pour les délivrer était le yéritable Moïse. (Personne n'ignore par combien de traits Moïse a représenté Jésus-Christ.) Cette Egypte spirituelle avait son Phai*aon, ses premiers-nés, ses enchanteurs. Le peuple de Dieu souffrait, au milieu de cette Egypte, une dore servitude ; soit en général par la pratique de la kn eérémoniale, dont le joug était aggravé par l'esprit pharî* salque; soit en particulier, par la persécution que le peu de bons qu'il y avait alors avaient à souffrir des méchants. On sait que la tribu de Lévi, parmi les Juifs, représentait les

148 HUlTlfeME SYMBOLE.

premiers-nés de toute la nation et en tenait la place. Si Pharaon^ conformément au langage d'Ëzécfaiiely pouvait 6tre regardé comme le dragon qui habitait au milieu des fleuves y il y avait en Judée un Hérode et d'autres chefs du peuple qui pouvaient remplir la même idée. Il arriva même qu'Hérode fit mourir les enfants de Bethléem , action où tout le monde a aperçu de la ressemblance avec celle de Pharaon qui fit noyer les enfants des Israélites dans le Nil.

A regard des enchanteurs de TÉgypte, il n'est pas difficile de trouver ceux qui leur répondent parmi les Juifs. Les docteurs de la loi, les scribes, les pharisiens qui résistèrent au Messie, qui disputaient contre lui, qui lui tendaient sans cesse des pièges, qui séduisaient le peuple, qui flattaient les princes et les entretenaient dans leur opposition à Jésus- Christ et à sa doctrine, sont les véritables enchanteurs et les magiciens de la Judée, dont les magiciens de TÉgypte n'avaient été que Tombre.

Quant au siège de Jérusalem sous Achaz, pour mettre dans tout son jour le rapport qu'il a avec l'état du peuple de Dieu au temps du Messie, il faudrait expliquer ces deux admirables chapitres d^IsaïCj le VIP et le VIII'. Mais supposant ici cette explication, et supposant aussi que l'on ait présent à l'esprit ces deux chapitres, nous nous contenterons de dire que, vers le temps du Messie, la Religion se trouvait dans un état violent ; elle était attaquée de toutes parts par des ennemis formidables, elle souffrait une espèce de siège ; les promesses paraissaient en danger, et, à des yeux éclairés, le danger était extrême ; l'esprit de religion se perdait, la foi s'anéantissait, elle était ébranlée dans ceux en qui il en restait, ils ne savaient de quel côté se tourner pour y trouver du secours. 11 était temps de demander à Dieu

des prodiges; et la plupart des hommes^ semblables à Acbaz, n'avaient pas assez de foi pour en demander. Ce prince, au lieu de s'appuyer sur le Seigneur, chercha des ressources humaines. Il fit une alliance avec le roi d^ Assyrie qui lui coûta cher dans le temps qu'il la fit, et qui attira, dans la suite, des malheurs épouvantables sur la Judée. Telle fut la disposition d'une infinité de Juife au temps du Messie. Au lieu de vivre de la foi, et de tenir les yeux attachés sm* les promesses, ils se forgèrent sur la Religion les idées que leur suggéra leur propre esprit, et placèrent leurs espérances dans des ressources frivoles.

Cependant, lors du siège de Jérusalem sous Achaz, Dieu suscita Isale comme un signal pour réveiller la foi. Il le plaça au milieu de Jérusalem avec ses enfants et un petit nombre de disciples, comme un prodige exposé aux yeux de tout Israël : Me voici, moi et les enfants que le Seigneur m'a donnés, pour être y par r ordre du Seigneur des armées qui habite sur la montagne de Sion, un prodige et un signe dans Israël [Isaïe^ VIII, 18). Mais les habitants de Jérusalem refusèrent de croire aux paroles d'Isaïe, en sorte que Dieu, dans sa conduite, devint pour eux une pierre d'achop^ pement (Ibid., v. 14). Cependant les dangers qui les environnaient étaient pressants, et la crainte s'empsura de leur cœur. Ils vivaient dans des alarmes continuelles. On savait que les deux rois, Phacée et Rasin, qui assiégeaient Jérusalem, avaient résolu de détrôner Achaz çt de mettre à sa place le fils de Tabéel. Chacun pouvait alors demander s'il arriverait donc que la race de David, nonobstant les promesses de Dieu, serait détrônée ; et chacun avait lieu de craindre un renversement universel, où il se trouverait enveloppé lui-même. Or, les choses étaient dans un si fâcheux état que Ton n'apercevait aucune ressource; d'autant plus que l'ai-

180 HUITIBMK SYMBOLE.

liaoee avec Théglathpbalafiar^ roi d'Aesyrie, B^éUit pas QDCore faite.

Que firent donc les habitants de Jérusalem dans cette 0|[tréa)ité? Us eurent recours aux pythons et aux enchanteurs. Ils s'exhortaient réciproquement à les aller trouver : Consultez les pyihons^les devins qui parlent tout bas\flans leurs enchantements, afin dVpprendre quel sera votre sort et s'il n'y a point quelque chose à faire pour détourner de dessus vos tôtes les maux qui vous menacent. On vmt^ par les paroles que le Prophète ajoute, qu'ils se portaient aussi à interroger les morts : Va-t^on parler aux morts de ee qui regarde les vivants? {Isaïe, YIII, 19.) C'est-àrdire qu'ils faisaient tout ce qui est défendu dans le XVIII* diapitre du Deutéronome,

Isaïe défendait sévèrement à ses disciples de les suivre. LorsquHls vous diront : Consultez les pythons, etc... vous leur répondrez : Chaque peuple ne consultertM pas son Dieu dans eea besoins ? Est-ce des morts que les vivant^ apprendront ce qui les regarde ? Est-ce des morts que les vivants tireront leur secours? Cependant Isaïe ne laissait pas ses disciples sans consolation ; il les renvoyait à la loi et au témoignage : C'est à la loi et au témoignage de Dieu, c'est à sa parole, qu'il faut recourir ; à cette loi qui défendait de consulter les dieux étrangers, mais qui promettait toutes sortes de secours et de consolations i ceux qui mettraient leur espérance dans le Dieu vivant. Il les renvoyait aux Livres saints qui renfermaient des trésors cachés, qui ne contenaient pas seulement des promesses vagues et générales, mais des consolations applicables à tous les besoins particuliers des serviteurs de Dieu, et surtout aux grands ébranlements et aux périls extraordinaires qui menaçaient tout à la fois et la nation entière et la Religion.

Mais quelque véritable quMl fût que les Livres saints conteDaient des choses de cette nature^ elles ne se présentaient pas à tous indifféremment; très-peu les apercevaient dans un temps d'obscurcissement comme celui où Ton était alors. En efEet, le Prophète nous fait entendre que l'on était dans une nuit profonde, et tous soupiraient après la lumière. Cela était commun aux bons et aux méchants, à ceux qui conservaient la foi, et à ceux dont la foi était ou ébranlée, ou renversée. La différence qu'il y avait, c'est qu'il'égard des derniers, il ne leur était préparé ^tre ch^^se, sinon une augmentation de ténèbres : La lumière du maiin ne luira point pour eux.,, et ils ne verront partout qt^tuf'^ flieiian^ que ténèbres^ qu^ abattement, que serrement de cœur et qu^une nuit sombre qui les persécutera [leaie , VIU, 20, S2). Mais pour ceux qui vivaient de la foi, la la* miàre du matin leur était préparée, et, au milieu même de Tobscurité de la nuit, les Livres saints leur servaient de lumière : Parce que le commandement est une lampe j et la Un est une lumière^ est*il dit [Proverbes, VI, 23). Les promesses auxquelles les rappelait Isaïe étaient une lampe qui éclairait leurs pas. Les paroles des Prophètes produisaient i leur égard l'effet marqué par saint Pierre, en sorte que l'on pouvait leur dire, selon le langage de cet Apôtrt (//• Pierre, 1, 19) : Outre les merveilles que nous avonp vues de nos yeux, nous avons les oracles des Prophètes (que nous lisons dans les écrits qu'ils nous ont laissés), dont k^ certitude est plus affermie, auxquels vous faites bien de vous arrêter, comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur^ jusqu^à ce que le jour commence à paraître et que rétoile du matin se lève dans vos cœurs.

Mais au temps d'Isale, comme au temps de saint Pierre, peu de personnes avaient part à ce bonheur, peu tournaient

les yeux vers cette lampe et en apercevaient la lumière. La loi de Dieu , les Livres saints étaient entre les mains de tous ; mais peu les méditaient, peu les entendaient et y apercevaient des ressources pour les malheurs présents. Ce privilège n'était que pour un petit nombre que Dieu s'était réservé. Les Livres saints étaient une source publique, mais il était donné à peu d'y puiser. La fontaine de Siloé coulait au milieu de Jérusalem ; mais comme il est dit dans le même endroit [IsaiSy YIII, 6), le peuple méprisait ses eaux : Ce peuple a rejeté les eaux de Siloë qui coulent paisiblement et en silence. Il n'y avait qu'Isale et un très-petit nombre de disciples qui eussent part à ces solides consolations. Le Seigneufy dit ce Prophète (ch. L, v. 4), m'a donné une langue savante y afin que je puisse soutenir par la parole celui qui est abattu. Il me prend et me touche f oreille tous les matins^ afin que je f écoute comme un maître. Le Sei* gneur mon Dieu rrCa ouvert f oreille... Et pour revenir au ch. VIII : Le Seigneur j dit ce même Isaïe (v. ll)y me tetiait • de sa main puissante, et m^ instruisait afin que je ne marclie point dans la voie de ce peuple. Que Ton n'oublie pas que ce peuple néanmoins n'élait autre que le peuple de Dieu.

Il rapporte ensuite les instructions que Dieu lui avait données. Il lui avait découvert le terrible discernement qu'il allait faire, et qu^il faisait déjà parmi ce peuple, -ftendez gloirCy lui dit-il, à la sahiteté du Seigneur des armées ; quil soit lui-même votre crainte et votre tendeur y et il deviendra votre sanctification : et il sera une pierre d'achoppement, wie pierre de scandale (pour qui? sera-ce pour les étrangers, pour les Syriens, pour les Philistins? Voici la réponse) pour les deux maisons dlsraël^ un piège et un sujet de ruine à ceux qui habitent dans Jérusalem^ etc. Ainsi Ton voit que Dieu découvre à son serviteur les secrets

les plus cachés de sa conduite et les plus intéressants pour les hommes. Dieu sera, à Tégard de la multitude, une pierre qui les écrasera ; à Tégard du petitnombre, il sera son asile, son libérateur. Voilà ce qulsale apprend de Dieu, et ce qu'il est chargé de communiquer à un petit nombre de disciples choisis do Dieu ; mais de le leur communiquer comme un secret de la dernière importance, secret qui n'est que pour eux, et auquel les autres n'auront point de part : Que ce que ie vous déclare demeure secret; tenez ma loi scellée et comme cachetée parmi mes disciples (v. 16). C'est un secret qui leur est donné cacheté, car telle est la force du mot hélNreu, Gathom thora.

Et ce qui ne peut être trop remarqué, c'est que, dans le fond, ce secret était renfermé dans la loi et dans les anciens Prophètes. (C'est ce qui paraîtra bien plus clairement, lorsque nous en serons à l'accomplissement spirituel de tout cet endroit d'Isale.) Le Prophète renvoyait tous les habitants de Jérusalem à la loi et au témoignage : Ad legem magis, et AD TESTmoNiUM (v. 20), ct il Connaissait en même temps l'ordre de Dieu, qui voulait que le témoignage demeur&t renfermé et la loi scellée parmi le petit nombre : Liga tes- TiMOMnii, SIGNA LEGEM (v. 16). L'iustructiou nécessaire était dans les livres de la loi, qui étaient entre les mains de tous ; et il ne fallait pas moins que la main puissante de Dieu pour faire apercevoir cette instruction : Sicut in manu forti erudivitme (v. 11). Isale, frappé d'étonnement à la vue d'une conduite si surprenante de la part de Dieu, se récrie : f ai tendrai donc le Seigneur qui cache son visage à la maison de Jacob, et je demeurerai dans cette attente. Me voici, mai et les enfants que le Seigneur m^a donnés (ceux parmi lesquels rintelligence de la loi et du témoignage était renfermée). Me voici avec mes enfants (que je ne tiens pas

1S4 Hurri^)^ ;3TMB0i4.

de moi, m^is de Dieu), pour être, par tordre et de la part du Seigneur des armées qui habite sur la montagne déJSion, tin prodige et un signe dans Israël : In signuh bt in poetsn-

TUM ISAAEL À DoMINO EXEACITUUM (v^ 18).

Que l'oQ considère doDc avec une extrême attentîoa ces deux partis qui étaient au milieu de Jérusalem, partis ai différents en toutes manières. L'un, »i peu nombreux, il n^^ ta^t composé que d'Isale et de quelques disciples ; Tautrè, qui renfermait la multitude du peuple qui avait à sa tète 4.chaz et la maison de David^ Vw est livré à ses ténèbres, l'autre est éclairé par une protection de Dieu que ron peut regarder comme miraculeuse. La loi de Dieu et s^s pcon^isssas ^ont développées pour les uns, ils y s^rçoivent un 3alut certain, il^ trouvent en Dieu leur asile, et, selon le Ieat gage de TÉcriture, une pierre de refuge. Pour les autres, Dieu est une pierre contre laquelle ils vont se briser; ils sont renvoyés à la loi et au témoignage, et ils n'y aperçoivent rien qui puisse les rassurer et les consoler, parce que la loi et le témoignage sont scellés pour eux.

£t pour revenir à ce qui regarde expressément notre symbole^ le parti nombreux va, contre la défense de la loi, chercher parmi les devins et les pytliops la ressource qu'il n'aperçoit point dans la loi. Le petit parti, au contraire, voit ce que tous les autres ne voient point; il le voit dans la loi et le témoignage ; mais il le voit par un secours surnaturel ; c'est la main de Dieu qui l'a éclairé, par le ministère d'Isaïe : Sicut in manu fobti erudivit bie. Ainsi Isale devient un devin, mais un devin éclairé par le vrai Dieu ; lui et ses disciples deviennent des hommes mystérieux, des hommes incompréhensibles à tous les autres : In signum et IN FORTENTUM IsHAEL. Et voilà ccux quc Dicu oppose aux devins et aux enchanteurs que son peuple va consulter. Ce

sont devins contre devins^ signe contre signe , mystère eontre mystère. De part et d^autre, on s'ouvre une route opposée, et plus on marche plus on s'éloigne les uns 4^ autres. Dieu empêche Isale de marcher par la voie du peuple, c'est-à-dire par la route qui devient la route batr tne : Erdmvit me, ne irem in via popuu hu^us (verset If). Mais en suivant avec ses disciples une autre route, il devient odîeax ; on entend crier de toutes parts : Au parti, à la conspiration : Conjuratio ; mais dans la vérité, c'est la mulr titode qui forme elle-même une conspiration contre Dieu : Taui ce que dit ce peuple n^est qu^une compiratiaii (v. i2). Le parti nombreux forme des desseins contre le petit parti ; aiais Dieu rassure ces derniers et les console en leur appre-> Bant à ne craindre que lui seul : Ne craignez point leurs menaces^ et ne vous épouvanicz point. Mais rendez gloire à la sainteté du Seigneur des armées ; qu'il soit lui-même votre crainte et votre terreur (v. 13).

Dest hoa de comparer ici la situation des habitants de Jérosalem avec celle de SaUl lorsqu'il alla consulter la phythonisse. Il est dit de ce prince qu'il fut saisi de frayeur i la vue de l'armée des Philistins, et c'est ce qui le déterminii, voyant qu'il ne recevait point de réponse de la pa^ t de Dieu, d'aller trouver la pytbonisse. 11 faut se souvenir ^*à peu près dans le même temps, et presque le même jour, David consultait Dieu qui lui répondait. Dieu lui annonça la TÎetoire sur les Amalécites, et la délivrance de tous ceux que ces mêmes Amalécites avaient enlevés dans le pillage de Siceleg, c'est-à-dire la délivrance de la famille de David et celle de tous les gens qui étaient avec lui. Ainsi d'une part, David était instruit de Dieu surnaturellement et apprenait de lui sa délivrance ; et de l'autre, Satll était instruit par le moyen de la pytbonisse et apprenait, par cette voie,

156 HUITIÈME SYMBOl.E.

sa ruine totale. Le roi d'Israël, en possession de toute Tautorité royale, consultait les pythons qu'il avait lui-même proscrits ; et David^ qui n'avait encore pour lui que des promesses et une onction séparée de la jouissance actuelle de la royauté, apprenait de Dieu ce qu'il désirait de savoir.

Il faut avouer que le spectacle que présente Isale est bien différent, puisque c'est le fils et l'héritier de David, le roi Achaz, chef de la maison de David, qui est à la tôle du parti qui a recours aux pythons et met en eux sa confiance. C'està-dire qu' Achaz fait, de son temps, à peu près le personnage de SaUl ; pendant que les solides espérances de la maison de David étaient concentrées dans le cœur d'Isale et de ses disciples; c'est-à-dire dans un descendant de David d'une branche collatérale , s'il est vrai qu'Isaïe fut petit-fils du roi Joas et proche parent du roi Achaz.

Achaz et son peuple furent saisis de frayeur lorsque Rasin et Phacée vinrent mettre le siège devant Jérusalem. {IsaiCy VII, 2) : Et la maison de David ayant appris que la Syrie s'était jointe avec Éphraïm pour la combattre^ le cœur d' Achaz et le cœur de son peuple fut saisi et trembla de crainte y comme les arbres des forêts tremblent lorsqu'ils sont agités par le vent. C'est ainsi que Saûl avait été effrayé à la vue des Philistins (/. Rois y XXVIII, 5) : Il s'étonna y et la crainte le saisit jusqu'au fond du cœur. La frayeur produisit, comme nous l'avons vu, le môme effet sur Saûl, et sur Achaz et son peuple. On se porta, de part et d'autre, à consulter les pythons. Sattl arriva la nuit chez la pythonisse; on sait à quoi se termina la consultation. Ce prince, api*ès avoir entendu la terrible réponse qui lui lut faite, tomlm par terre et y demeura étendu dans la frayeur et dans la défaillance. Il est rapporté après cela qu'il se mit en chemin, et qu'il marcha toute la nuit avec set» geus. Quelle

marche, et de quel serrement de cœur ne fut-elle pas accompagnée, après ce qu'il venait d'entendre ! Voyons, dans IsaîCy quelle fut la suite de la confiance du peuple dans les pythons : La lumière du matin, est-il dit, cU. YIII, v. 20, ne luira point pour eux. . . Ils souffriront la faim.. . ils jetteront les yeux taritôt au ciel et tantôt sur la terre, et ils m verront partout qu* affliction, que ténèbres^ qu^ abattement, que serrement de cceur^ et qu'une nuit sombre qui les persécutera, sans qu'ils puissent s^ échapper de cet abîme de maux.

Tel devait être le sort des habitants de Jérusalem , tel était celui de Saûl ; pendant que la lumière de la prospérité se levait pour David et pour Isaïe qui s'étaient attachés au Seigneur, qui avaient entendu sa voix et qui se livraient à sa conduite.

Nous remarquerons, pour plus de netteté, que les malheurs dont Achaz et son peuple étaient menacés n'étaient pas si prochains que ceux qui étaient réservés à Saûl. La ruine totale de Saill arriva le lendemain de sa consultation i la pythonisse. Il n'en est pas tout à fait de même d' Achaz et des habitants de Jérusalem. C'est pourquoi, dans l'application de ces deux histoires aux événements figurés, il faudra avoir égard à cette dilTërence et avoir soin d'observer la même analogie.

n est aisé maintenant de transporter au temps du Messie tout ce qui vient d'être remarqué par rapport à la situation d'Isale et à ces deux partis qui, de son temps, partageaient Jérusalem. Nous avons déjà représenté que la Religion avait comme un siège à soutenir, et que les attaques devenaient plus pressantes à mesure que l'on approchait de plus près des temps du Messie. L'esprit d'impiété et d'hypocrisie gagnait de toutes parts. Les hommes devenaient tels que les

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