‹ Histoire de la Religion représentée dans l'Écriture Sainte sous divers symbolesChapitre 36 sur 42 · ntirrkùt symbole · texte numérisé non relu

ntirrkùt symbole

Prophètes Pavaient annoncé et que TÉvângile les re^ sente ; tf est-â-dire quMls étaient très-méchants, et cclta toutes sortes d'états et de condition. On voyait un étralt régner èil la personne d'Hérode. On demandait : Que ë détenues les promesses, et quand viendra le Messie? trône ne sera-t-il donc point rendu à la maison de îiàp Je sais qu'on pouvait donner des réponses vagues à tôtl ces choses; mais poiir en donner de précises, je disque; fallait pas moins qu'un devin. (J'avertis que je prends Ijj vent le terme de devin en bonne part.) ]

Dieu en donna, de ces devins. Je pourrais, en preMI lieu, mettre de ce nombre l'auteur du livre de la Sagm et Jésus fils de Sirach qui vivait environ deux cents 1 avant Jésus-Christ; et il y aurait bien des choses à renl^ quer sur la manière dont la Sagesse les avait instruits ; té je passe â Un temps plus proche du Messie. Je viens tM d'un coup au vieillard Siméon et à Anne la prophétesÉIti saint Jean et à Zacharie son père. Ils annoncèrent la veÉJ du Libérateur, non à tout le peuple, mais d ceux qui à tendaient la rédemption d'Israël {S. Luc ^ II, 38). IlstraH mirent à ceux qui les écoulèrent ce que l'Esprit de Dk leur avait appris.

Siméon fait voir par son Cantique, tout abrégé qu'il es combien était étendue et développée la connaissance ^ avait du mystère du Messie, et il eut le bonheur de le n cevoîr entre ses bras, selon la promesse qui lui avait à antérieurement faite : // lui avait été révélé par le Saiki Esprity etc. [S, LuCy II, 26). Tous les Juifs savaient que I Messie viendrait, et ils connaissaient môme les caradM qu'il devait avoir et les circonstances qui devaient accofl pagner sa venue, selon qu'ils étaient plus ou moins écU rés : mais Siméon connaît individuellement, voit et tond

DIVINAf!(Wf... PRdfrffÈtÉâ, ETC. !59

Mtoj i qiii cefé éàtêclèrés stppartiennent ; et cette connais-

iDdividuelIe est accompagnée, comme elle ne pouvait

de l'être, d'une connaissance plus distincte et plus

iëe dé ces mêmes caractères.

bdukrie sait ^e le peuple de Dieu est environné d'en-

; mais 11 annonce la venue du Libérateur. C'est, dit-il,

h fliaison de David que Dieu le fait naître : Et erexit

mluiiê nohiéj m domoDavid{S. Luc, I, 69). C'est afin

délivrer de nos eiinemia et des mains de tous ceux

i nous haïssent. Mais quels sont ces ennemis? Quel mal

à Israël? Quel sera le terme de la délivrance, et en

élat cette délivMnce mettra^^t-elle le peuple de Dieu?

que Pharaon opprime encore le peuple, et l'asservit

outrà^ de terre et de boue? Les rois voisins, Rasin

icée, assiégent-ils encore Jérusalem? Non ; mais il y a

l'Hiaraon spirittlel, dont l'oppression est sans comparai-

flas faneste ; tt y a de nouveaux Rasins et de nouveaux

1^ et ées Rasins et ces Phacées sont en même temps

Aèhaz: l'ennemi est au dedans et au dehors.

Enfin, dit Zacharie, nous allons être délivrés des mains

nos ennemiSf et nous servirons Dieu sans crainte, mar-

en sa présenté dans la sainteté et la justice tous les

de notre vie. Zacharie emploie encore, à l'exemple

, le symbole des ténèbres et delà lumière pour exprî-

la délivrance qu'il annonce; il se regarde, lui et toute

biîon, comme marchant dans les ténèbres : His qui in

^téris et in umbra mortis sedent; et il voit le Soleil qui

iparaitre. Son fils est l'étoile qui vient l'annoncer ; c'est

■te lémpe ardente et luisante [S. Jean, V, 33) posée de la

lin de Dieu au milieu de son peuple pour l'éclairer, en

[endant qu& la lumière du Messie paraisse. Zacharie ne

inque pas d'observer que ces choses sont l'accomplisse-

ment des promesses faites à David, et Tobjet que tous les Prophètes avaient eu en vue.

Plus on méditera ce Cantique, et mieux on reconnaîtra combien Zacharie était instruit du plan de Dieu^ et quelle était Pintelligence qu^il avait reçue des prophéties. Mais il avait, outre cela, le bonheur d'être conduit jusqu'à la personne même du Messie par une route qui ne souffre plus d'égarement, puisqu'il sait qu'il faudra reconnaître pour le Messie celui-là même que son fils montrera. Toutes les idées de son Cantique sont puisées dans les prophéties, et en particulier dans ces deux chapitres à^IsatCf le YII* et le yni% et dans le commencement du IX**. Il lisait dans le ynp chapitre un nom semblable au sien, parmi ceux des témoins fidèles que choisit Isale : Et je pris des témoins fidèles^ Urie sacrificateur^ et Zacharie fils de Barachie (v. 2). Il fut témoin, de son temps, des merveilles que Dieu opérait, comme le Zacharie du temps d'Isale l'avait été; et il apprit, par la bouche de l'ange et par la révélation du Saint-Esprit, l'application précise de toutes ces grandes choses qu'il apercevait dans les livres des Prophètes.

Voilà donc des devins, et c'étaient ceux qu'il fallait consulter dans ces temps ténébreux, parce qu'ils renvoyaient à la véritable lumière, à la loi et aux prophètes : Ad legem ET AD TESTiMONiuM. Mais la Judéc se trouva remplie d'autres devins, d'un caractère bien différent de ces premiers. La Synagogue était alors une Egypte spirituelle, et celte Egypte eut ses Pharaons et ses enchanteurs. Jésus-Christ, le véritable Moïse, y prit naissance, et il y trouva des contradicteurs et y courut des dangers dès sa naissance : « Uniis tôt inter funeva, « Impunè Christus tollitur.

<k Inter coœvi sanguhiis, etc.

Là Synagogue avait aussi ses devins et ses pythons. Il est certain qu'Isale représente Jésus-Christ/ lorsqu'il dit, ch. Vm, V. 18 : Me voici j moi et les enfants que le Seigneur ma donnés^ etc. Saint Paul, dans Tépltre aux Héhreux, ch. Il, v. 13, applique ces paroles à Jésus-Christ, et les allègue en preuve dans ce sens. Jésus-Christ, avec ses disciples, a été au milieu de la Synagogue comme un prodige exposé aux yeux des hommes : In signlm et in roRTXNTUM, etc. Il a été la pierre contre laquelle les Juifs sont venus se heurter; il a été un objet de contradiction : \% siGNUH GUI CONTRADICETUR [S. Luc, 11, 34) ; et il s'est formé i son sujet deux partis au milieu du peuple de Dieu, qui ressemblaient aux deux partis que l'on avait vus du temps d'IsaXe. n s'ouvrit deux routes parmi les Juifs, et celle qui conduisait à l'égarement fut la plus battue. On traita de secte, d'hérésie, le parti chrétien. On cria à la conspiration : CoNJURATio. Il était question de choisir entre ces deux routes, et il y allait du salut éternel. On entendait la voix du petit nombre qui renvoyait à la loi et aux prophètes, et qui criait, comme Isale avait fait de son temps : Ad legem ma- Gis, ET AD TESTIM0N1UM. Et la voix du grand nombre que laisait-elle entendre, sinon ce que nous lisons au môme endroit d'Isale : Consultez les pythons et les devins, etc. :

QCiERlTE A PYTHONIBUS, ET A DIVINIS, ctc. ?

C'est ce qu'il est bon d'éclaircir de plus en plus. Au temps d'Isale, les pythons auxquels on renvoyait, étaient apparemment de véritables pythons ; c'est-à-dire, qu'il y avait des magiciens qui consultaient par leurs enchantements l'esprit de ténèbres et de mensonge. Au temps du Messie, la multitude donnait sa confiance à ceux qui avaient été figurés par les pythons d'autrefois. Ces anciens pythons promettaient d'instruire les hommes sur les choses secrètes

162 HllITTÈME SYMBOLE.

qu'il leur était important de savoir. Ils se vantaient d'être aidés d'un secours surnaturel pour en faire la découverte. Cependant leurs promesses étaient trompeuses, parce que ce n'était point dans la vraie source qu'ils allaient puiser leurs connaissances. Or, au temps du Messie, la Synagogue était pleine d'hommes qui portaient ces trois caractères. C'étaient des docteurs qui faisaient profession d'être les nudtres des attires, les conducteurs des aveugles, la lumière de ceux qui étaientdans les ténèbres [Rom., II, 19). Ils ne prétendaient pas instruire les hommes comme les philosophes, en ne donnant que des instructions humaines dans leur origine ; mais ayant dans la loi, qui venait de Dieu, la règle de la science et de la vérité, ils faisaient espérer des instructions qui viendraient de cette source; ils se flattaient même, jusqu'à un certain degré, d'une assistance divine. Cependant ils donnaient cours à de fausses maximes ; ils conduisaient ceux qui les écoutaient à la perdition : Vous le rendez digne de V enfer deux fois plus que vous [S. Matth., XXIII, 15) ; c'étaient des serpents qui engendraient d'autres serpents ; et pour se resserrer dans ce qui regarde le discernement du Messie, ils ne le connurent point, et ils apprirent aux autres à le méconnaître.

La grande question, c'était de connaître qui était véritablement le Messie. Du parti que Ton prenait dans une question de cette nature dépendait le salut. C'était là le secret le plus important qu'il y eût au monde. Dans la vérité, ce n'était pas de l'esprit humain que devait venir la découverte de ce secret. Aussi lorsque les chefs de la Synagogue prononcèrent sur la question si Jésus de Nazareth était le Messie, ils le firent en qualité de ministres du Dieu vivant : Adjuro te per Deum vivum[S. Matth,, XXVI, 63), lui dit le grand-prêtre, à la tète de son conseil. Ils condam-

Dèrent Jésus-Christ et le traitèrent de séducteur : Seductor ilIe[S. Matth.f XXYII, 63]. Et par ce malheureux usage de Tautorité qu'ils avaient en main, ils devinrent euxmêmes des séducteurs au premier chef, des ministres de l'esprit de mensonge , des enchanteurs , des pythons , dans xm ordre très-élevé au-dessus de Tordre des pythons du temps d'Isale.

Voilà les pythons auxquels une multitude de voix reavoyait, au temps de Jésus-Christ; pendant que Jésus-Christ lui-même et un petit nombre éclairé d'une lumière surnaturelle rappelaient les hommes à la loi et au témoignage. lésus-Christ disait aux Juifs : Approfondissez les Écritures, cesont elles quirendent témoignage de moi. C'estdemoique Moïse a écrit [S, Jean, V, 39, 46). On voit par les Actes des Apôtres et parleurs ÈpitreSj qu'ils étaient sans cesse occupés à prouver, par les anciennes Écritures, que Jésus était le Messie. Ils s'attachaient spécialement à montrer qu'il était le Prophète par excellence, promis dans le XVIII* ch. du Deutéronome. C'est dans ce môme chapitre, et immédiatement avant la promesse du Messie, qu'il est défendu si expressément de consulter les pythons, de donner s^ confiance aux'devins, etc.

Hais il faut avouer qu'il fallait être devin d'un autre genre, pour reconnaître sous de tels noms la multitude des séducteurs qui détournaient de croire à Jésus-Christ. Cependant, pluson considérera de près l'Écriture: 5crw/ammi Scrtpturas {S, Jean, V, 39) , plus on en comparera les divers endroits les uns avec les autres, et plus il se répandra làdessus de lumière. Voilà déjà dans le Deutéronome la défense de croire les pythons mise à côté de l'ordre de croire le Messie. Et quelle est la raison alléguée au même endroit de croire le Messie? C'est que Dieu mettra ses paroles dans

164 HUITlfeME SYMBOLE.

sa bouche ; Ponam verba mea in orc ejus (Deut.y XVIII, V. 18). C'est donc à la parole de Dieu que Ton croira, en croyant au Messie ; au lieu que l'on ne pouvait croire aux pythons, qu'en croyant à la parole du diable. Or, quel était le maître que suivaient les docteurs de la loi et tous ceux qui détournaient de Jésus-Christ? Apprenons-le de la bouche de Jésus-Christ même. Pourquoi ne connaissez^vous et ne comprenez-vous point mon langage^ disait-il aux Juifis [S, Jean, VIII, 43) ? C'est parce que vous ne pouvez ouïr ma parole. Vous êtes les enfants du diable^ et vous voulez accomplir les désirs de votre père* Voilà donc les docteurs de la loi, les prêtres, les scribes et les pharisiens, et ceux qui les suivaient, tous, à la lettre, disciples et enfants du diable^ selon le témoignage de la Vérité môme. En sorte que, s'il ne leur manquait que de consulter le diable et de parler d'après lui pour être des pythons, les voilà déclarés tels, et avec encore plus de fondement que les anciens pythons qui ne consultaient pas le diable sur des choses d'une si grande importance.

Si la défense d'écouter les pythons se trouve jointe dans le Deutéronomc avec Tordre d'écouter le Messie, ces deux choses sont encore plus clairement liées dans le VHP chapitre à^Isaïe, Il fallait, sous le règne d'Achaz, écouter Isaïe et non les devins, les pythons, etc. Et la raison, c'est qu'en écoutant Isaïe, on écoutait Dieu ; au lieu qu'en écoutant les pythons, on devenait disciple du diable. Or, il est certain qu'Isaïe est là une figure du Messie. L'ordre d'écouter Isaïe, dans un second sens, n'est autre chose que l'ordre d'écouter le Messie. Donc, tout cet endroit, entendu dans son second sens (qui, dans l'intention du Saint-Esprit, est plus réel que le premier), se réduit à ce qui est contenu dans le discours de Jésus-Christ, dans Saint Jean^ que

nous venoDS de citer. On ne dit plus aux hommes : Écoulez Dieu qui parle par Isale, et vous serez délivrés des mains des Syriens, des Assyriens, d'Achaz lui-même et de son peuple; maison leur dit : Écoutez le Fils de Dieu. Si vous demeurez dans sa parole, vous connaîtrez la vérité, et la îérité vous délivrera; vous serez véritablement libres; vous demeurerez pour toujours dans la maison de Dieu [S.Jearij VIII, 31 et suivants). Et Ton ajoute à ce discours, de ne point suivre les faux docteurs qui parlent par l'esprit du démon, ainsi que faisaient les pythons, sous Achaz, et de se donner de garde de se laisser entraîner par la multitude qui courait à ces pythons; soit qu'il faille entendre parle terme de python le malin esprit, ou le magicien qui le consultait et en rapportait les réponses. Nous prenons le plus souvent, dans cet écrit, ce terme dans ce dernier sens pour la facilité de l'expression.

U défense d*écouter les pythons, jointe au précepte d^écoutcr le Messie, pouTait-elle contribuer à prémunir ceux qui avaient Tintelligence des Écritures contre Tesprit de séduction qui détournait d*écouter Jésus- Christ?

Je sens que l'on pourrait former ici une question. A la bonne heure^ dira-t-on, la défense de donner sa confiance aux devins et aux pythons, jointe dans Isaie et dans le Deuiéronome à Tordre d'écouter le Messie, signifiera dans wn sens véritable qu'au temps de Jésus-Christ il ne fallait pas écouter les prôtres et les docteurs qui parlaient par Tesprit du démon. Mais cette défense, étant si mystérieusement exprimée, était-elle de quelque utilité? Avant d'ôtre convaincu que Jésus-Christ fût la Vérité même, pouvait-on

ceux qui lui résisteraient suivraient l'esprit de mensonge.

MoXse, dansée chapitre, réunissait deux choses qui étaient la source d'une grande lumière : 1^ Le Messie, ce Prophète par excellence qui devait naître du milieu de la nation, De medio frairum suorum, devait être semblable à Moïse : Prophetam similem tui; 2* lorsque MoXse défendait aux Israélites d'écouter les devins, les pythons, etc., il leur représentait ce crime, comme la pratique des nations dont ils allaient prendre la place. Or, il est aisé d'apercevoir que cette double instruction réveillait deux idées : l^ celle des contradictions que Moïse avait éprouvées, et 2» celle des méchantes dispositions des nations qu'ils allaient trouver à leur entrée dans la terre promise. C'était leur dire : 1* Le Messie sera contredit, mais il faudra le croire, comme il fallait croire MoXse, malgré les contradictions des enchanteurs d'Egypte, malgré les murmures du peuple dans le désert, malgré la faiblesse d'Aaron dans l'apostasie du veau d'or; et il le faudra croire, parce que la parole de vérité sera dans sa bouche. 2^' Il ne faudra pas croire ceux qui seront animés de l'esprit du démon, parce que ce serait imiter les nations que Dieu va détruire pour vous mettre à leur place, chez qui le mystère d'iniquité est consommé, et qui sont les disciples du démon. Ainsi il y a eu deux écoles du temps de Moïse, et il y en aura deux lorsque le Messie paraîtra. Au temps de Moïse, il y avait l'école de Moïse à qui il fallait prêter la croyance, malgré les contradicteurs; et l'école des Chananéens dont il fallait avoir horreur, parce que c'était l'école du diable. Au temps du Messie, il y aura l'école du Messie, qui sera celle de Dieu ; et l'école de ceux qui ne suivront pas le Messie, qui ne pourra être que celle de l'esprit de mensonge.

DIVmATION... PROPHÈTES, ETC. 469

Ceci acquiert, comme il est aisé de le sentir, un nouveau degré de force et de lumière si on y joint ce qui est dit dans Isaîe, Il y est aussi parlé nettement des deux écoles, eelle de Dieu et celle du diable. Ces deux écoles avaient eu lieu du temps d^Isaïe ; et comme c'était très-cerlainement Qoe figure de ce qui devait arriver au temps du Messie, c'était un avertissement de se tenir sur ses gardes, parce qae, au temps du Messie, le démon devait aussi avoir son école à laquelle la multitude du peuple courrait.

Au temps de Moïse, Técole du démon, dont il est parlé au ch. XVIII du Deutéronome, est dans la terre de Chanaan ; et Moïse, le docteur quMl faut croire, est au milieu du peuple d'Israël. Au temps d'Isale, les deux écoles sont dans la même ville, et dans Tenceinte des mêmes murailles, n en est ainsi au temps du Messie, et par-dessus cela il se trouve que ce sont les chefs mêmes de la Religion qui tiennent recelé du diable. Ce dernier trait sera exprimé par d'autres figures, comme on le verra dans la suite.

Il resterait encore d'autres observations à faire, tant sur Pendroit du Deutéronome que sur celui à^Isaîe. La doctrine du démon n'est pas la doctrine naturelle du peuple de Dieu ; elle ne coule point, comme la fontaine de Siloë, par une succession perpétuelle. La voix du démon est la voix de l'étranger; elle peut, dans de certains temps, attirer l'attention de la multitude et la surprendre, mais elle porte toujours des marques de ce qu'elle est. On dira toujours au peuple de Dieu, ce qu'on lit au même endroit du Deutéronome : Mais pour vous, vous avez été instruits au-trement'par le Seigneur votre Dieu (ch. XVIII, v. 14). Et quoique les interprètes du démon se voient extrêmement autorisés, il y aura toujours dans leur langage quelque chose qui fera voir qu'ils craignent la lumière : Les magi-

ctens et les devins parlent tout bas dans leurs enchante^ ments [Isaïe, VlII, 19).

Nous aurons encore lieu, dans la suite, d^ajouter à ce qui vient d'être dit sur cet endroit du Ùeutéronome et sur celui d'/saïe.

En prenant le ternie de devin en bonne part, les Mages, et ceux qui ont été instruits du mystère de Jésus-Christ, ont été des devins. Les princes des prêtres, etc., ont été des devins d'un caractère différent. Parallèle des uns et des autres. Vérités dont ces derniers ont été les iémoins, comparées à celles qu'ils ont ignorées et qu'ils ont à la fin combattues.

Si Ton prend le terme de devin pour signifier celui q[ui est instruit des choses cachées et importantes, et à la connaissance desqtielles on parvient par un secours surnaturel, il est Visible^ comme nous Tavons déjà remarqué, que tous ceux qui ont reconnii Jésus-Christ et la vérité de sa doctrine, ont été de véritables devins. Mais la voie par laquelle ils sont parvenus à ces connaissances a été plus sensiblement surnaturelle dans les uns que dans les autres. Saint Joseph, par exemple, est instruit parles songes ; Zacharie par l'ange qui lui parle ; les bergers qui viennent à la crèche, par la multitude des anges. Le surnaturel, le merveilleux est marqué en tout cela d'une manière frappante. lien est ainsi des Mages qui viennent adorer Jésus-Christ. Nous avons vUy disent-ils, soi étoile en Orient y et nous sommes venus r adorer {S . Matth,^ II, 2). Tout le monde a remarqué que ce signe d'une étoile que Dieu leur avait accordé avait du rapport à la célèbre prophétie de Balaam : Urie étoile sortira de Jacob {Nomb., XXIV, 17). Mais ce signe seul ne suffisait pas; il fallait, outre cela, que l'esprit des Mages

eût été éclairé d'autres lumières pour conclure de ce signe que le roi des Juifis était né, mais le roi des Juifs par excellence, et pour se déterminer à venir l'adorer.

Les Mages étaient donc des devins d'un ordre très-sublîme. Mais nous allons voir quelque chose de surprenant. Ces devins, instruits de Dieu même intérieurement et extérieurement par l'étoile, ont besoin d'être instruits par d'autres devins, et ces autres devins sont d'un caractère bien étonnant. Les Mages arrivent donc à Jérusalem et demandent : Ouest le roi des Juifs qui est ?ié? Ils savent une chose, c'est que le Messie est né, et ils interrogent pour en savoir une autre, savoir le lieu où il est né. Or, ils trouvent des gens qui satisfont avec netteté et précision à leur question. Le Messie, leur répondent-ils, doit naître dans la petite ville de Bethléem ; donc, s'il est né comme voiis le dites, c'est là où vous le trouverez. Mais ce qu'il y a d'admirable, c'est que ceux qui marquent si précisément le lieu de la naissance du Messie ignorent qu'il est né. Ainsi il y a un partage de lumière ; celui des Mages est le plus avantageux. Ils savent que le Messie est né, ils ont besoin d'apprendre en quel lieu ; et ceux qui les instruisent sur cet article auraient besoin d'apprendre qu'il est né, mais malheureusement pour eux ils ne tirent aucun profit de la lumière que les Mages leur présentent sur ce dernier point.

En suivant la comparaison qui vient d'être touchée, entre ce que les Mages savaient et ce qu'ils désiraient de savoir, on reconnaîtra que ce dernier ne laissait pas d'être trèsconsidérable. Car ce n'était pas peu de chose de savoir, de tous les royaumes du monde et de toutes les villes, quelle était celle où le Messie devait naître. De quelle espèce d'hommes étaient donc ceux qui étaient en possession de ce secret? et par quelle voie ce secret était-il parvenu jusqu'à

eux ? Si un tel secret se connaît par les forces humaines, on pourra se contenter de donner à ceux qui Pont découvert le nom de savants, de philosophes et autres semblables. Mais si la connaissance du lieu où le Messie devait naître ne pouvait tirer son origine que de Dieu seul, agissant dans un ordre supérieur à la raison humaine, on sera obligé de regarder comme des hommes surnaturellement instruits ceux qui savent ce secret.

C'est ce qui se trouve en effet ; et cela répond à ce que nous avons établi, que le sacerdoce lé vi tique était comme un ordre de prophètes subsistant. C'était un corps d'hommes dépositaire, au nom et pour toute la nation des Juifs^ des secrets que Dieu lui avait révélés. C'est pourquoi sur la question que proposent les Mages : Ubi est qui natus est rex Judœoruml Hérode, qui était alors en possession de l'autorité royale, assemble tous les princes des prèti*es et les docteurs du peuple pour avoir une réponse sur la question proposée. Les princes des prêtres, etc., ont entre les mains les livres où sont écrits les secrets de Dieu; ils les consultent et donnent une réponse conforme à la vérité.

On ne saurait considérer avec trop d'attention les caractères qui se trouvent réunis dans ces hommes. J'en découvre de bons et de mauvais : d ^ Ils ont une mission avouée de Dieu ; 2'' une mission ordinaire ; ils sont assis sur la chaire de Moïse ; 3° ce ne sont point quelques particuliers détachés du corps, c'est le corps sacerdotal, au moins ce sont les chefs de ce corps avec les docteurs : Omnes principes sacerdotum et scribaspopuli; 4° ils parlent, non comme d'euxmêmes, mais au nom de Dieu, des oracles de qui ils sont dépositaires. Mais, avec tous ces avantages. S*' ils ne reconnaîtront point le Messie, et ne se mettront pas en peine de le connaître ; 6° il arrivera même, lorsqu'il entrera dans les

fonctions de son ministère, qu'il n'aura point d'adversaires plus opiniâtres ; ils Texcommunieront, lui et ses disciples ; ils le crucifieront, etc. 7** Ce sont des hommes extraordioairement méchants, tels^ en un mot, que les Prophètes, saint Jean et Jésus-Christ nous les dépeignent. Il faut avouer qae voilà un assemblage bien surprenant de qualités contraires.

Quels sont donc ces hommes? Sont-ils de vrais prophètes, ou sont-ils des séducteurs? Sont-ils les interprètes du vrai Dieu, ou les instruments du démon ? Réponse : Dssont Fun et l'autre, et la vraie sagesse consiste à le démêler. Faut- il se garder d'eux, ou les prendre pour ^ides? Réponse : Il faut faire l'un et l'autre; et pour connaître jusqu'à quel point il faut marcher après eux, jusqu'à quel point il faut leur accorder sa croyance, et quand il est temps de leur refuser sa confiance, disons-le, il faut une divination supérieure à la leur ; supérieure, non pas toujours par un degré de juridiction ou d'autorité de commandement plus éminent, mais supérieure en valeur, en utilité réelle pour celui qui la possède. Les Mages firent très-sagement de les croire lorsqu'ils leur indiquèrent Bethléem. Les princes des prêtres connaissaient les caractères généraux du Messie ; on pouvait, on devait même les apprendre d'eux; c'était de la part de Dieu qu'ils les annonçaient aux hommes ; mais il ne fallait ni les imiter dans leur indifférence pour le Messie, ni les croire lorsqu'ils décidèrent que Jésus de Nazareth n'était pas le Messie.

Ce que les Mages apprirent d'eux était très-important ; mais ce que les Mages surent à leur exclusion était tout autrement important et tout autrement décisif pour le salut étemel. Les princes des prêtres savaient que les écrits des Prophètes étaient véritables, que ces écrits contenaient la

174 HUITjfeME SYMBOLE.

parole de Dieu même ; ils savaient même en fixer le sei jusqu'au point de dire : c'est du Messie qu'il est parlé dai cet endroit du propl^ète Michée, où il est parlé du Dominf teur d'Israél qui naîtra à Bethléem {Michée, V, 2). Mais^ est donc individuellement celui à qui ces caractères coi viennent? Voilà ce qu'ils ignorent. Les Mages le savent, i non-seulement les Mages, mais les bergers ; mais Siméoi Anne, Elisabeth, etc., des paysans de Galilée et un gran nombre d'autres le sauront, trente et tant d'années aprè dans le temps que les princes des prêtres décideront solei nellementle contraire. Ce que ces derniers savent de vérit ce n'est pas pour eux qu'ils le savent , mais pour d'autre tels que les Mages, etc. ; d'abord ils en ignorent l'applici tion véritable, et à la fin ils se déclareront contre cette app} cation véritable; mais ils ne font aucune démarche q^ n'entre dans le plan de la sagesse de Dieu. La suite noi fournira sur cela diverses réflexions.

ARTICLE VIII

Assemblage de divers caractères que Tesprit humain aurait crus incom( libles dans les princes des prêtres, etc. ; c*est pourquoi il a fallu dif rentes figures pour les représenter. Us ont été des pythons, des fa prophètes du vrai Dieu, des Bulaams, des Aaroos au milieu de Taposta du veau d'or.

La différence qui se trouve entre les princes des prêtre d'une part, et de l'autre les Mages et ceux qui leur ressec blent, est donc extrême. Les vérités que connaissent les pr miers leur sont inutiles et tournent à leur condamnatioi les Mages, au contraire, sont favorisés de Dieu jusqi) la fin. Ce sont des devins de l'ordre le plus excellent. 1 connaissance que Dieu leur donne du Messie est réserv

pour eux, et il ne leur est pas permis de la communiquer iœox-là mêmes de qui ils avaient tiré des instructions. Ds partent de Jérusalem pour se rendre à Bethléem, et rétoile les conduit jusqu^au lieu où était TEnfant. Après qa'ils l'ont adoré, ils reçoivent en songe un avertissement du Ciel de ii'aller point retrouver Hérode ; ainsi ils retourneqt dans leur pays par un autre chemin, emportant avec eax lepr secret. La mi&me Providence qui les avait conduits i Hérode I pour faire parvenir jusqu^à eux Tinstruction qu'elle voulait leur donner, les écarte ensuite d'Hérode et de ses docteurs.

Les vérités que connaissent les princes des prêtres et les docteurs n'empêchent point qu'ils ne se perdent et ne perdent ceux qui les suivent jusqu'à la fin. Ils sont les prophètes du vrai Dieu, quant aux vérités dont ils rendent témoignage ; mais absolument parlant, ils sont les organes du démon, au moins depuis qu'ils condamnent Jésu3-Christ ; c'est pourquoi l'on reconnaît eï\ eux ces enchanteurs et ces pythons pernicieux au peuple de Dieu, dont on devait se donner de garde au temps du Messie. Cependant on voit en eux des avantages que n'avaient pas les pythons qui étaient du temps d'isale ; car, en premier lieu, ils sont revêtus d'une autorité légitime, ce que n'avaient pas les pythons; et ils parlent au nom du vrai Dieu^ au lieu que les pythons parlaient ouvertement au nom du démon et des faux dieux. n Cstllait donc d'autres figures pour les représenter sous ces nouveaux caractères ; et c'est, en effet, ce qui ne manque pas de se trouver dans TÉcriture.

n n'y a rien de plus commun dans l'Ecriture que de voir des prophètes répandus parmi le peuple de Dieu, qui parlaient au nom du vrai Dieu, mais qui annonçaient les visions de leur cœur. Ils ne disaient point : Adorez les dieux

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