‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute; (volume 2)Chapitre 10 sur 13 · CI1AF, XVI · texte numérisé non relu

CI1AF, XVI

26/f. HISTOIRE DE EA LIBERTE

chap. xvi. tricolore. Les négociations pour la paix continuaient cependant; l'Autriche, commençant à se remettre de son effroi , disputait sur les cortcessions qu'elle devait faire, demandait à en être compensée sur les Etats de Venise son alliée , et était sur le point de recommencer les hostilités. La France ne se sentait pas encore assez forte pour assurer l'affranchissement de toute l'Italie. Le 17 octobre 1797, Napoléon signa le traité de Campo Formio, par lequel il assura la liberté d'une moitié du territoire vénitien jusqu'à l'Adige, qui fut réunie à la république cisalpine, tandis que les îles Ioniennes furent en même temps réunies à la France. L'Autriche se mit de son côté en possession de Venise et du reste des Etats vénitiens. La servitude de cette partie de la république ne fut pas longue, il est vrai; au bout de dix-huit mois , la guerre recommença ; et , après que les Français se furent rendus maîtres de Vienne , ils forcèrent l'Autriche à restituer, par le traité de Presbourg , du 26 décembre i8o5 , Venise et tout son territoire au royaume d'Italie.

C'est ainsi que l'invasion des Français , à la fin du dix-huitième siècle , rendit à l'Italie tous les avantages que leur invasion, à la fin du quinzième , lui avait fait perdre. Quand Charles VIII , en entrant à Naples avec son armée victorieuse1, le 22 février i49^ , bouleversa l'ancienne poli-

tique italienne, et donna le signal aux calamités chap. xvi. qui précipitèrent enfin toute la péninsule sous le joug des ultramontains , la nation italienne se regardait toujours comme la première de l'Europe; elle avait cependant perdu presque partout sa liberté , et des cinq républiques qu'elle comptait encore , quatre étaient d'étroites aristocraties. Lorsque, le 23 février 1796, Napoléon Bonaparte fut nommé au commandement de l'armée française en Italie , il commença une régénération qui rendit à la nation italienne plus de liberté qu'elle n'en avait perdu. C'est la participation du grand nombre au gouvernement , et non la dénomination de république plutôt que de monarchie , qui constitue cette liberté ; c'est surtout le règne des lois , la publicité dans l'administration comme dans les tribunaux , l'égalité des droits , la suppression des entraves à la pensée, à l'instruction, à la religion. Cinq millions et demi d'habitans dans îe royaume d'Italie furent mis en possession d'une constitution qui leur assurait tous ces avantages, avec une participation à la législation et au vote des impôts. Ils avaient recouvré le nom glorieux d'Italiens ; ils avaient une armée nationale dont la bravoure l'illustrait chaque jour davantage. Six millions et demi d'habitans dans le royaume de Naples 'étaient doués d'institutions moins avancées, il est vrai; cependant la loi avait

i. été mise à la place de l'arbitraire , l'instruction orale et publique avait remplacé dans les tribunaux l'instruction secrète et la torture , l'égalité civile avait pris la place du système féodal ; l'éducation , au lieu d'être rétrograde , avait été rendue progressive , et la pensée , de même que la conscience religieuse, avaient recouvré leur liberté. Enfin deux millions de Piémontais , cinq cent mille Génois , cinq cent mille Parmesans , et deux millions et demi de Toscans et de Romains , en tout cinq millions et demi d'Italiens étaient associés temporairement à la France ; ils partageaient tous les privilèges des vainqueurs , ils s'accoutumaient avec eux au règne égal des lois , à la liberté de penser , a la vertu militaire , assurés qu'à un terme rapproché , quand leur éducation politique serait accomplie , ils seraient réunis de nouveau à cette Italie , vers la gloire future et la liberté de laquelle ils tournaient toutes leurs pensées.

Telle fut l'œuvre qu'accomplirent les Français par vingt ans de victoires; elle était incomplète sans doute, et laissait beaucoup à désirer, mais elle avait en soi le principe d'un nouveau développement ; elle promettait à l'Italie renaissante la liberté , la vertu et la gloire. L'œuvre de la coalition a été de tout détruire , de remettre l'Italie entière sous le joug de l'Autriche, de lui ôter, avec la liberté politique, la liberté civile

et religieuse , et jusqu'à celle de la pensée, de chap. xvi. corrompre ses mœurs , et de faire peser sur elle la dernière humiliation. L'Italie est unanime pour abhorrer ce joug infâme ; l'Italie a fait , pour le briser , tout ce qu'on pouvait attendre d'elle. Dans la lutte entre un gouvernement établi et une nation , le premier a tous les avantages ; il a pour lui la rapidité des communications, la certitude des informations, les soldats, les arsenaux, les places fortes et les finances. Le peuple n'a que ses bras désarmés , et ses masses qui ne sont point accoutumées à agir ensemble. Cependant, toutes les fois que, durant ces quinze années , il y a eu lutte en Italie entre la nation et ses oppresseurs , la victoire est demeurée temporairement au peuple. ANaples, en Sicile , en Piémont , dans l'État de l'Eglise , à Modène, à Parme, les masses désarmées ont enlevé leurs armes aux soldats , les élus du peuple ont pris au palais la place des despotes. Les Italiens , partout vainqueurs de leurs propres tyrans , ont , il est vrai , partout été refoulés sous le joug , avec un redoublement de cruauté , par la ligue des tyrans étrangers. Attaqués avant qu'ils se fussent donné un gouvernement, un trésor, des arsenaux, et une armée, par le souverain d'une autre nation, qui compte trente millions de sujets, ils n'ont pas tenté une résistance sans espoir qui les aurait privés des

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