CHAPITRE YIIT
Les Plorentins appellent les villes des Etats de l'Église à recouvrer leur liberté, — Grand schisme d^ Occident. — Guerre de Chiozza. — Insurrections de la populace contre la bourgeoisie. — Conquêtes de J. Galéaz Visconti, duc de Milan ; ses usurpations et sa mort. — i365 — i4o2.
CHAP. vin. Les chefs de la république florentine ne se i365-i377. clissimulaient pas le danger que courait la liberté en Italie. Ils se voyaient resserrés, bloqués en quelque sorte par des tyrans qui, chaque jour, faisaient des progrès nouveaux. Les deux frères Visconti , maîtres de la Lombardie j disposaient d'immenses richesses , de nombreuses armées : leur ambition était insatiable. Ils s'étaient alliés par des mariages aux deux maisons de France et d'Angleterre ; ils étendaient leurs intrigues dans toute l'Italie , et ils y avaient pris tous les tyrans sous leur protection ; en même temps ils faisaient trembler leurs sujets par d'effroyables cruautés. Ils n'avaient pas eu honte de publier un édit pour faire durer quarante jours le supplice des criminels d'Etat, édit dans lequel ils détaillaient, jour par jour, le tourment à infliger^
^e membre à mutiler, avant d'arriver à la peine chap. vm, de mort. D'autre part, ils avaient su mettre de '3^^*'^77' l'ordre dans leurs finances, ils récornpensaient richement leurs partisans, ils gageaient des traîtres dans les Etats ennemis , et faisaient une pension au chef de chaque compagnie d'aventure, sous condition qu'il s'engageât à retourner à leur service au moment où ils le rappelleraient; tandis que pendant la paix les capitaines de ces compagnies se promenaient avec leurs soldats dans toute l'Italie, qu'ils ravageaient, épuisaient, et mettaient hors d'état de résister à de nouvelles attaques. Tous les Gibelins, tous les gentilshommes qui , dans les Apennins , avaient conservé leur indépendance , étaient alliés aux Visconti. La marche de ces usurpateurs était lente, mais elle paraissait sûre, et l'on pressentait le moment prochain où la Toscane leur appartiendrait comme la Lombardie , d'autant que Florence n'espérait aucun secours de Venise ou de Gènes. Ces deux républiques maritimes semblaient prendre à tâche de s'isoler de l'Italie, et de placer leur existence toute entière dans les régions éloignées qu'exploitait leur commerce. Un moment les Italiens libres purent croire que les secours qui leur étaient si nécessaires pour résister aux Visconti , leur arriveraient de France et d'Allemagne. Le pape et l'empereur annonçaient qu'ils voulaient briser le joug d'une
CHAP. vin. contrée sur laquelle ils prétendaient avoir seuTs- ^" '^ '^' des droits. Urbain V, ému des plaintes de la chrétienté , déclara que son devoir, comme évêquc de Rome , était de retourner vivre à Rome- En même temps Charles IV protesta qu'il voulait soustraire son empire romain aux dévastations des compagnies d'aventures, et aux usurpations des tyrans lombards. Urbain V revint en effet en Italie en 1367; la même année une ligue fut conclue entre lui , l'empereur, le roi de Hongrie, les seigneurs dç Padoue, Ferrare, Mantoue , et la reine de Naples , contre les Visconli. Mais lorsque Charles IV entra en Italie, le 5 mai i368, il n'eut rien de plus pressé que de profiter de la crainte qu'il leur avait inspirée, pour se faire donner par eux de grosses sommes d'argent, moyennant lesquelles il leur accorda la paix. Il continua ensuite son voyage au travers de l'Italie , sans autre but ^uo d'y recueillir de l'argent : sa présence y causa cependant quelques changeinens favorables à la liberté. Le 7 septembre il lui fut préparé à Lucques une fête , dans laquelle il comptait confirmer, par son investiture , la souveraineté du nouveau doge Jean Agnello, sur Pise et sur Lucques; mais l'estrade sur laquelle celui-ci était monté ayant croulé parterre, il se cassa la cuisse. Les Pisans profitèrent de cet accident pour se remettre en liberté, et l'empereur garda Lucques pour lui»
EN ITALIE o 277
 son passage à Sienne il favorisa une révolu- chap. vm. tion dans le gouvernement qui renversa l'aristo- ^^^^-'^v:cratie dominante; mais lorsqu'à son retour dans cette ville, après une visite de dévotion à Rome, il voulut profiter des troubles pour se faire déférer la seigneurie , une sédition éclata contre lui, le 18 janvier i36g. Des barricades s'élevèrent de toutes parts ; sa garde, séparée de lui, fut désarmée, son palais fut forcé : on n'attenta point à sa personne, mais on le laissa plusieurs heures, seul sur la place publique, s'adressant tour à tour aux troupes armées qui fermaient toutes les rues, et qui n'opposaient à ses instances que le silence et l'immobilité. Il commençait à souffrir de la faim , quand on lui rendit ses équipages, et on le laissa sortir. Il revint à Lucques, ville où il avait déjà vécu , du temps de son père, comme prince royal de Bohême. Les Lucquois • lui étaient attachés, et mettaient toute leur espérance en lui , afin de se soustraire , par son secours, au joug étranger, qui depuis i3 1 4 pesait sur eux. Ils se déclarèrent prêts aux plus énormes sacrifices pour recouvrer leur liberté, et en même temps ils lui prodiguèrent tant de témoignages d'amour et de confiance, qu'ils touclièrent son cœur. Par un diplôme du 6 avril iSGg, Charles IV déclara qu'il leur rendait la liberté, et qu'il leur concédait divers privilèges. Toutefois, en les quittant , il laissa dans leur ville une
CKAP, viih garnison allemande, qui ne devait l'évacuer qu'a>i3S5-i377. pj,^g qjjg jgg Lucquois auraient racheté leur liberté. Ce ne fut qu'au mois d'avril 1370 que ceux-ci , à l'aide des Florentins et de leurs autres alliés , réussirent à acquitter la somme prodigieuse de 3oo,ooo florins , que leur coûta le rétablissement de leur république. En même temps ils rappelèrent tous les Guelfes exilés, ils contractèrent alliance avec Florence, et ils constituèrent leur seigneurie, composée d'un gonfalonier et de dix anziani, qu'on changeait tous les deux mois.
De son côté Urbain V, arrivé en Italie, essaya d'abord de s'opposer aux usurpations des Yisconti, qui venaient de s'emparer de San-Miniato en Toscane, et qui se rendaient également plus puissans que lui dans les Etats de l'Eglise. Bernabos Visconti était celui des deux frères qui le tourmentait le plus par ses intrigues; Urbain fulmina contre lui une bulle d'excommunication , et lui envoya deux légats pour la lui porter; mais Bernabos força ces légats à manger en sa présence le parchemin sur lequel ces bulles étaient écrites , ainsi que leurs sceaux de plomb et leurs lacets de soie. Urbain, elï'rayé de la lutte contre des hommes qu'aucun respect religieux ne paraissait contenir, et fatigué de ses revers, voulut retrouver le repos d'Avignon. Il y î:etouma au mois de septembre iSyo, et il y
moui'ut deux mois après. Grégoire Xï , qui lui chap. viu. fut donné pour successeur, était un prélat ambi- 1365-1377. tieux , avide, et de mauvaise foi; il se joignit bien aux Florentins pour faire la guerre aux Visconti, mais les légats qu'il avait chargés de gouverner les Etats de l'Eglise, et qui s'y étaient rendus odieux par leur rapacité et leurs mauvaises mœurs, formèrent le projet de s'emparer eux-mêmes de la Toscane , qu'ils avaient promis de défendre. Les Florentins avaient mis à leur
, disposition toutes leurs troupes , pour porter la guerre en Lombardie. Le cardinal légat qui dirigeait l'armée combinée résidait à Bologne , que l'Eglise avait rachetée , le 3 1 mars i36o, des mains de Visconti d'Oleggio. Il signa , au mois de juin iSyô , une trêve avec Bernabos Visconti; et avant que les Florentins eussent pu rappeler leurs soldats, il poussa Jean HaAvkwood en Toscane , avec une armée formidable , pour surprendre Florence. Les Florentins, indignés d'une telle déloyauté du parti de l'Eglise , dont ils avaient toujours été de fidèles alliés , jurèrent de s'en venger sur le siège même de Rome, de réveiller l'ancien esprit de liberté dans toutes les
■ villes qui lui étaient soumises , et d'en chasser les légats français, tyrans plus odieux et plus ])erfides que n'avaient été même les plus abhorrés d'entre les tyrans italiens. Sans prendre aucune confiance dans Bernabos Visconti, ils s'ul-
28o HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
CHAP. VIII. lièrent avec lui, au mois de juillet 1376, contre i365-i377. |gg prêtres qui venaient de les tromper sous la foi des sermens. Ils admirent dans la même alliance les républiques de Sienne , de Lucques et de Pise. Ayant formé une commission, qu'on nomma les huit de la guerre y pour diriger les affaires militaires, ils rassemblèrent une armée considérable , et ils lui donnèrent un drapeau, sur lequel était écrit en lettres d'or le mot de liberté. Cette armée entra dans les Etats de l'Eglise , en déclarant que les Florentins ne demandaient rien pour eux - mêmes , que non seulement ils ne feraient pas de conquêtes, mais qu'ils n'accepteraient pas même les peuples qui voudraient se donner à eux ; qu'ils voulaient la liberté pour tous , et qu'ils assisteraient tous les opprimés dans leurs efforts pour la recouvrer. Avec une rapidité prodigieuse l'armée de la liberté porta la révolution dans tous les Etats de l'Eglise ; quatre-vingts villes ou bourgades secouèrent en dix jours le joug des légats. La plupart se constituèrent en républiques; d'autres rappelèrent les familles des anciens princes, auxquelles elles étaient attachées par une affection héréditaire, et qu'Egidio Albornoz avait exilées. Bologne accomplit sa révolution seulement le 20 mars 1876, et cette ancienne république, en recouvrant sa liberté , promit de demeurer fidèle aux Florentins qui la lui avaient rendue. Les
légats du pape , hors d'eux-mêmes , dans leiu: chap. vm. colère, essayèrent de contenir les peuples par la ^^ ^'^ ''" terreur. Par leur ordre , J. Ha^vvkw^ood livra Faenza, le 29 mars iSyô, à une effroyable exécution militaire : quatre raille personnes furent massacrées dans cette malheureuse ville , toutes les propriétés furent pillées, et presque toutes les femmes violées. Le pape voulant néanmoins, s'il était possible , redoubler de rigueur, fit choix d'un nouveau cardinal légat , Robert de Genève, qu'il envoya en Italie avec la compagnie d'aventure des Bretons , qu'on regardait comme la plus cruelle entre celles qui s'étaient formées au brigandage dans les guerres de France. Celle-ci traita Césène, le 1" février 1377, avec plus de férocité encore : pendant le massacre on entendait le cardinal crier : « Je veux du sang ! du c( sang ! tuez-les tous. » Grégoire XI sentit enfin la nécessité de revenir en Italie pour apaiser la révolte universelle. Il entra dans Rome le 17 janvier i377, encore que les Florentins, qui avaient envoyé l'étendard de la liberté au sénateur et aux bannerets de Rome, avec lesquels ils avaient fait alliance , s'efforçassent de leur faire sentir le danger que courrait leur liberté s'ils recevaient le pontife dans leurs nmrs.
Les deux partis étaient cependant fatigués au même degré de la guerre : déjà quelques uns des peuples affranchis par les Florentins s'étaient
cHAr. VIII. détachés de leur ligue. Les Bolonais firent, le ï365-i327, 21 août 1377, une paix séparée avec le pape, qui avait reconnu leur république. Bernabos Visconti entretenait auprès de Grégoire de secrets négociateurs, par l'intermédiaire desquels il offrait de sacrifier à l'Eglise la république de Florence son alliée. Celle-ci fut alors pressée de consentir à ouvrir à Sarzane , dans les premiers jours de l'année 1878 , un congrès, dont la présidence serait laissée à Bernabos Visconti, et qui rendrait la paix à l'Italie. Dès que les conférences eurent commencé, les Florentins virent avec plus de colère que de surprise que le tyran lombard , qui avait combattu de concert avec eux , entendait qu'ils payassent , et au pape et à lui, tous les frais de la guerre. La négociation prenait la tournure la plus inquiétante , lorsque tout à coup on reçut la nouvelle que Grégoire XI était mort le 27 mars 1878, et le congrès se sépara sans rien conclure. L'année qui commençait devait amener dans toute l'Italie les révolutions les plus importantes; et au milieu de ces convulsions la paix de Florence avec la cour de Rome, qui s'était affaiblie par le grand schisme d'Occident , ne fut pas difficile à négocier.
En l'année i3o5 le saint siège avait été transporté en France : son exil hors d'Italie durait depuis soixante-treize ans. Le reste de la chrétienté l'avait considéré comme un scandale , mais
les rois de France croyaient tenir ainsi les papes chap. \m.. dans leur dépendance; et les cardinaux français, ^^^ï^-^^^^*qui formaient seuls plus des trois quarts du sacré collège, semblaient déterminés à conserver le souverain pontificat dans leur nation. Ils furent contrariés par la- mort de Grégoire XI à Rome, car le conclave devait s'assembler dans le lieu où le dernier pontife venait de mourir. Les clameurs des Romains , la manifestation de l'opinion de la chrétienté tout entière, ne furent pas sans influence sur le conclave; il élut le 8 avril iSyS, non un Romain , comme le peuple le demandait, mais pourtant un Italien, qui, ayant long-temps vécu en France , semblait fait pour concilier les préventions des deux partis; c'était Barthélémy Prignani , archevêque de Bari , qu'on disait fort savant et fort religieux. Les cardinaux n'avaient pas calculé le développement qu'une exaltation inattendue donne à toutes les passions, le degré d'impatience , d'arrogance , d'irritabilité , auquel peut arriver tout à coup, quand il se sent le maître, un homme qui avait toujours paru doux et modeste dans un rang inférieur. Le nouveau pape, qui se fit nommer Urbain VI, se montra en effet, dès les premiers jours, si violent, si despotique , si confiant en lui-même et si méprisant pour les autres, qu'il se brouilla avec ses cardinaux. Ceux-ci l'ayant tous quitté, se réu^ nircnt à Fondi, où ils déclarèrent, le 9 août,
CHAP. viii. le saint siège vacant , prétendant que leur choix, I 78-1382. yiolenté par la terreur que leur avaient inspirée ies Romains, était nul. En conséquence, le 20 septembre ils élurent un nouveau pape : ce fut ce Robert , cardinal de Genève , qui avait commandé le massacre de Césène , et qui prit le nom de Clément VII. Il était protégé par la reine Jeanne de Naples , avec laquelle Urbain VI s'étaij; déjà brouillé, et il vint établir sa cour à Naples j yiais une émeute du peuple l'en fit sortir 1^ l'année suivante, et le décida de retourner avec ses cardinaux à Avignon . D'au tre par t Urbain VI , ayant déposé comme schismatiques tous les cardinaux qui l'avaient élu, les remplaça par un nouveau collège plus nombreux. Mais il ne sut pas mieux s'accorder avec eux qu'avec leurs prédécesseurs. Il les accusa de conspirer contre lui, et il en fit mettre plusieurs à la torture, sous ses propres yeux , pendant qu'il disait son bréviaire ; d'autres, par son ordre, furent jetés à la mer dans des sacs. S'étant brouillé avec les Romains et avec le nouveau souverain qu'il avait appelé lui-même à Naples, il promena dans l'Italie son incapacité et ses fureurs. Il se réfugia enfin à Gênes , où il mourut le g novembre 1389. Les cardinaux de son obédience lui donnèrent un successeur, de même que les cardinaux français en donnèrent un à Clément VII , mort le 16 septembre 1394. L'Eglise se trouva
ainsi divisée entre deux papes et deux collèges chap. vm. de cardinaux, qui s'anathématisaient récipro- ^378-1382. quement. En même temps qu'ils ébranlaient la foi catholique, ils renversaient cette souveraineté temporelle de l'Eglise que les conquêtes du cardinal Albornoz avaient fondée. Plusieurs des villes affranchies par les Florentins , dans la guerre de la liberté, conservèrent leur administration républicaine; mais le plus grand nombre , surtout dans la Romagne , retomba sous le joug de petits tyrans.
La part que la reine Jeanne de Naples avait prise dans le schisme, en appuyant ce que les orthodoxes nommaient la révolte de Robert de Genève et des cardinaux , réveilla le ressentiment que le roi Louis de Hongrie conservait contre elle, pour le meurtre de son premier mari. Elle en avait depuis épousé successivement trois autres , sans avoir jamais eu d'enfans ; et son héritier naturel, le dernier prince de la race du conquérant Charles d'Anjou , était Charles de Durazzo , petit-fils d'un frère de Robert , et cousin du roi de Hongrie, à la cour duquel il était élevé. Le vieux Louis apprenant qu'Urbain VI avait excommunié et déposé Jeanne , chargea Charles de Durazzo de mettre cette sentence à exécution. Il lui confia une armée, avec laquelle le jeune prince traversal'Ilalie sans trouver nulle part de résistance. Il entra dans Naples le 16 juil-
CHAP. Yiii. let 1 38i , et s'y fit proclamer roi sous le nom de i3;8 i3i^2. ciiarles III. La reine Jeanne, qui n'avait pu armer personne pour sa défense, fut contrainte de se rendre à lui cinq semaines plus tard. Après l'avoir retenue neuf mois en prison , il la fit étouffer sous un lit de plume. Le vieux Louis | de Hongrie survécut peu à cette révolution j il mourut le 11 septembre 1882 , laissant pour héritière une fille , à qui Charles de Durazzo disputa bientôt la couronne de Hongrie. L'empereur Charles IV était mort avant lui, à Prague, le 29 novembre 1378, et avait été remplacé par le crapuleux Wenceslas son fils. Yers le même temps, en i38o, la couronne de France avait passé à un enfant , Charles YI , qui depuis devint fou. L'Italie avait peu à craindre de l'étranger; ses dangers naissaient dans son propre sein.
Les deux républiques de Yenise et de Gênes se regardaient comme rivales, et en toute occasion elles se trouvaient en opposition l'une à l'autre. Les Génois, qui faisaient un grand commerce en Chypre , y avaient excité le ressentiment du peuple, qui, en 1372, se souleva dans une fête publique , et massacra tous les Génois qu'il put atteindre. La république vengea l'injure faite à ses citoyens : elle conquit, en i373, l'île de Chypre ; et usant avec modération de sa victoire , elle la rendit en fief à la maison de Lusignan. Les Yénitiens cependant offrirent leur
alliance aux Chypriotes- et, en 1378, ils s'uni- chap. vni. rent à eux pour assiéger les Génois à Fama- ^^'^^'^ ^• gosta. De leur côté, les Vénitiens ayant eu plusieurs querelles avec le roi Louis de Hongrie , et avec François de Carrare , seigneur de Padoue, avaient toujours trouvé les Génois alliés avec l'un et avec l'autre. Les deux républiques enfin s'étaient attachées aux deux factions opposées qui se disputaient les restes de l'empire de Constantinople arrivé à son dernier déclin. Comme l'animosité mutuelle allait croissant , la flotte génoise et la flotte vénitienne se rencontrèrent, au mois de juillet 1378, devant Antium^ elles s'attaquèrent au milieu de la tempête , et les Génois furent battus. Ce fut le premier combat d'une guerre terrible. Les Génois chargèrent Lucien Doria de les venger. Etant entré dans l'Adriatique au mois de mai 1379 , il rencontra , le 29 , devant Pola , Vettor Pisani qui commandait la flotte vénitienne. Lucien fut tué dès le commencement du combat 5 mais l'acharnement des Génois en redoubla, et la flotte vénitienne fut presque détruite. Le sénat fit jeter en prison Vettor Pisani , le plus grand amiral de la république, pour le punir d'un désastre qu'on eût évité en suivant ses conseils 3 car il avait combattu malgré lui, par. l'ordre exprès du sénat* Pierre Doria , qui remplaça Lucien dans le commandement des Génois, vint, le 6 août, atta-^
CHAP. vm. quer le canal ou port de Chiozza, à vingt-cinq 1 378-1382. jjjiUes au midi de Venise. C'est une des nombreuses ouvertures qui coupent Vaggere, ou la longue digue formée par la nature entre la lagune et la mer. En même temps, François de Carrare envoya une flottille de barques padouanes attaquer par derrière les Vénitiens qui défendaient cette ouverture. Le port de Chiozza fut forcé , et le 16 août les Génois s'emparèrent aussi de la ville de Chiozza , bâtie comme Venise dans l'enceinte de la lagune. La flotte génoise ayant pénétré dans cette enceinte , pouvait arriver jusque dans les canaux de Venise. Jamais la république ne s'était vue dans un plus grand danger, jamais elle n'offrit d'acheter la paix par plus d'humiliations , par de plus grands sacrifices. Mais les Génois , le roi de Hongrie et le seigneur de Padoue repoussèrent toutes ses avances. Pierre Doria déclara qu'avant de faire la paix , il voulait brider de sa main les chevaux de bronze de la place de Saint -Marc , les mêmes qu'on a vus sur la place du Carrousel à Paris. Les Vénitiens, poussés à bout, redoublèrent d'efforts et de patriotisme; ils tirèrent Vettor Pisani de son cachot , pour lui confier le commandement d'une nouvelle flotte ; ils fermèrent leurs canaux par des estacades ; et rappelant tous leurs vaisseaux dispersés dans les mers du Levant , ils les mirent sous les ordres d'un
autre de leurs grands citoyens, Carlo Zeno. La chap. vm. défense de Venise était toutefois tellement dou- ^"^i^-^^^""teuse , que la seigneurie se préparait à se retirer à Candie au premier revers. Mais le 1^' janvier i38o , Carlo Zeno parut avec la flotte qu'il avait rassemblée dans le Levant ; et les Vénitiens , au lieu de se laisser assiéger, se proposèrent d'enfermer eux-mêmes, dans la lagune de Chiozza, la flotte génoise qui y était entrée victorieuse. Ils réussirent en effet à fermer d'abord le canal de Chiozza , ensuite tous les autres ports ou canaux qui coupent l'aggère. Chacun de ces succès fut cependant acheté par un combat acharné. Quarante-huit galères, et quatorze mille marins ou soldats génois, se trouvaient enfermés dans Chiozza. Leur patrie ne les y abandonnait pas ; elle envoya dans l'Adriatique une nouvelle flotte pour leur délivrance , en même temps que le seigneur de Padoue fit des efforts inouis pour ouvrir avec eux une communication. Mais les Vénitiens, tout en resserrant toujours davantage les assiégés , réussirent à éviter la bataille qui leur était sans cesse offerte. Les Génois, reconnaissant enfin qu'ils ne pouvaient sauver leurs galères , construisirent des bateaux avec lesquels ils se flattaient de pouvoir au moins rejoindre la flotte de leurs compatriotes qui les attendait dans la haute mer. Au moment où ces bateaux étaient transportés I. 19
cîTAP. viii. au rivage , ils furent brûlés par les Vénitiens, J378-1J82. Xoute autre ressource étant alors enlevée aux Génois , et la faim commençant à les presser, ils furent enfin réduits, le 21 juin i38o , à se rendre à discrétion. Malgré cet immense revers , les Génois ne furent pas abattus. Les Vénitiens , pressés du côté de terre , se virent même obligés d'abandonner Trévise , et de se renfermer de nouveau dans leurs lagunes. Cependant les deux républiques se sentaient également épuisées, et elles finirent par signer, le 8 août i38i, un traité de paix qui les rétablit à peu près dans les rapports où elles se trouvaient avant la guerre. Le traité des Vénitiens avec le roi de Hongrie leur fut plus désavantageux ; ils lui cédèrent toute la Dalmatie; mais comme ce roi mourut un an après, ils profitèrent des embarras où se trouva sa fille, pour recouvrer leurs possessions dans cette province.
La même année 1878 fut, pour l'Italie, des plus fécondes en événemens. La discorde , fermentant depuis long-temps à Florence entre la haute bourgeoisie qui administrait la république, et la dernière classe du peuple qui réclamait une égalité plus complète , éclata tout à coup. Les formes de la constitution florentine étaient entièrement démocratiques : le peuple était seul souverain : la noblesse et la faction gibeline étaient exclues de toute participation aux ma-
gistratures ; mais une grande égalité semblait chap, vm. régner dans tout le reste de la nation , et l'appel '37*^-^^8*des citoyens par le sort , aux premières dignités de l'Etat, devait la rendre encore plus complète. Cependant, si le gouvernement est institué pour le bien de tous , il s'en faut de beaucoup que tous, en étant investis du pouvoir, puissent indifféremment lui faire atteindre ce bien, objet des efforts communs. L'éducation et le loisir qui permet la réflexion sont deux conditions également nécessaires, pour que le citoyen arrive au complet développement de sa raison , et connaisse ce qui constitue l'avantage de tous , s'il arrive à l'administration de la chose publique. Ceux qui n'ont pas appris à penser, ceux à qui leurs travaux manuels ne laissent pas le temps de réfléchir, ne sauraient entreprendre de conduire leurs compatriotes dans la carrière si difficile du gouvernement. Il y avait à Florence, comme partout, une distinction à faire entre les familles que leur fortune avait mises à portée de développer leurs facultés intellectuelles, et les familles qui devaient, pour vivre, se livrer à un travail mécanique qui rend ces facultés plus obtuses. Cette distinction se prononçait dans la répartition des citoyens entre les corps d'arts et métiers. Il y avait vingt-une de ces corporations. On désignait les sept supérieures par le nom de sept arts majeurs. Dans
cHAP. viu, celles - ià seules, on choisissait les magistrats. 1373-13S2, Lgg gj,,|g majeurs comprenaient des familles qui s'étaient tellement enrichies par le commerce , qu'elles rivalisaient en magnificence avec les princes : on les désignait par le nom nouveau de nobles populaires , nobili popolani. C'était parmi eux que s'étaient signalés des hommes qui avaient montré pour l'administration de la république autant de talent que de vertus.
Mais ces grandes familles n'étaient pas demeurées unies; on les avait vues se partager en deux divisions que dirigèrent d'abord les Albizzi et les Ricci. Les premiers étaient au. nombre de ces familles que la révolution, qui chassa les Gibelins , avait mises , depuis plus d'un siècle , à la tête de la république. Ils se faisaient une religion de maintenir le parti guelfe dans sa pureté, et ils faisaient exécuter à la rigueur la loi di admonition , qui écartait des magistratures tous les descendans d'anciens Gibelins , et , sous ce prétexte, tous les hommes nouveaux : leur faction était donc essentiellement aristocratique. Les Ricci, au contraire, et, avec eux, les Scali, les Strozzi, les Alberti et les Medici étaient parvenus plus tard à une grande opulence : le nom des Medici n'avait point été prononcé avant le milieu du siècle, et leurs adversaires profitaient de l'obscurité de leur origine pour prétendre que leurs ancêtres étaient Gi-
belins. L'iiilérêt des hommes nouveaux les por- chap. vm. tait à soutenir les opinions démocratiques, et '-78-1382. à demander en même temps qu'on mît en oubli la distinction de Guelfes et de Gibelins qui ne se rapportait plus à rien de réel. Les Huit de la guerre , qui avaient dirigé avec tant d'habileté et de courage l'attaque des Florentins contre le saint siège , et qui avaient été conservés trois ans en charge , étaient tous de la faction des Ricci. En armant la république contre l'Église , ils semblaient lui avoir fait adopter tous les principes des Gibelins. Mais lorsque les citoyens , fatigués du poids des impôts, commencèrent à soupirer après la paix , les Albizzi profitèrent de leur dégoût pour faire revivre contre leurs adversaires les accusations de gibelinisme. Ils songèrent même , sous ce prétexte , à les exclure de leur patrie. L'aigreur croissante entre les deux factions fit pressentir qu'elles ne tarderaient pas à en venir aux mains, lorsque Salvestro de Medici fut appelé par le sort à être gonfalonier au mois de juin iSyS. Il proposa une loi pour suspendre les procédures de Vadmonition, que les Albizzi dirigeaient contre tout son parti. Le collège ou conseil étroit de la seigneurie la rejeta comme trop favorable aux Gibelins. Salvestro de Medici en appela alors, le 18 juin, au conseil du peuple, et au peuple lui-même. Une indignation violente se mani-
tHAP. vm. festa aussitôt contre cette étroite oligarchie , 1878-1382. q^- ^ gQ^g prétexte de maintenir dans sa pureté l'ancien parti guelfe, avait frappé d'exclusion tant de noms honorables, avait entretenu des divisions dans une république qui demandait à être unie , et mis en question les droits civiques d'une moitié des Florentins. La loi proposée par Salvestro de Medici passa dès-lors à une grande majorité.
Mais cette première victoire réveilla une discussion plus vive sur les droits et l'égalité des citoyens , sur les privilèges des nobles populaires, sur les artifices par lesquels ils s'étaient attribué exclusivement les magistratures , sur • la prérogative des arts majeurs en opposition avec les arts mineurs, sur la condition servile enfin des nombreux artisans qui devaient marcher sous la bannière des arts majeurs, sans être admis à former eux-mêmes une corporation , ou k jouir d'aucun des avantages attachés à ces associations. Par la loi qu'avait portée Medici, il pourvoyait seulement à ce qu'on n'exclût plus de nouvelles familles de la magistrature , par le motif que leurs ancêtres étaient Gibelins. Bientôt le peuple demanda que ceux qui avaient été précédemment exclus par V admonition fussent restitués dans tous leurs droits 5 puis il demanda que les arts mineurs fussent admis à fournir des membres de la magistrature , dans
la même proportion que les arts majeurs ; enfin chap. vm que trois nouvelles corporations fussent établies '^'^^'-^^^ pour admettre les ouvriers teinturiers , tisserands, foulons, et autres employés par les fabricans de lainage : car ces hommes soumis à 1 art de la laine , sans avoir aucune part à son administration , se regardaient comme privés de tous droits politiques. Ils formaient à Florence une partie très nombreuse de la popula- ^ tion qu'on désignait par le sobriquet de Ciompi. La seigneurie était loin de vouloir céder à ces demandes : elle se flatta de contenir le peuple par la terreur; et le 20 juillet elle fit mettre un des chefs des Ciompi à la torture , comme prévenu de complot contre l'État. Ce fut le signal de l'explosion. Les Ciompi et toutes les classes plus pauvres d'artisans prirent les armes. La seigneurie voulut appeler à son secours la milice urbaine ; mais celle-ci n'osa pas s'assembler. Le 22 juillet , les Ciompi firent le siège du palais du podestat, et s'en emparèrent ; le 23 , ils attaquèrent le palais de la seigneurie , et ils s'en rendirent également maîtres. Dans ce moment , un cardeur de laine , nommé Michel de Lando ^ marchait pieds nus , en veste courte , à la tête du peuple , portant à la main le gonfalon de l'État , qu'il avait enlevé du palais du podestat. Une acclamation partie de la foule qui le suivait le proclama gonfalonier. Dans les trois jours
CHAP. vui. précédens , la populace , maîtresse de la ville , 1 378-1383. y avait commis beaucoup de désordre et de crimes ; mais elle n'eut pas plus tôt donné un nouveau chef à l'Etat, que celui-ci, avec un courage et une capacité admirables , s'occupa de rétablir l'ordre et la paix. ïl régla qu'à l'avenir la magistrature suprême serait composée de trois membres des arts majeurs , trois des arts mineurs , et trois des Ciompi, En même temps, il fit cesser le désordre, le pillage et l'incendie ; il rendit aux tribunaux leur autorité , à tous les ordres leur sécurité , et il fit voir ainsi combien un gouvernement libre avait répandu d'idées saines et de sentimens élevés , même dans la dernière classe du peuple. Les Ciompi, à la vérité , ne surent pas se soumettre au gouvernement qu'ils avaient eux-mêmes institué ; ils s'insurgèrent de nouveau ; mais Michel de Lando les attaqua vigoureusement , les vainquit, et en chassa un grand nombre de la ville. Toutefois le parti populaire est bien près de sa défaite , quand ses chefs les plus modérés se retournent contre les plus ardens pour les comprimer; effrayés des excès condamnables commis par quelques uns de leurs fauteurs , ils se privent ainsi eux-mêmes de toute vigueur , ils désarment les combattans qui les ont fait vaincre, ils se défient de leurs amis et se livrent à leurs ennemis. Un homme du peuple avail
vaincu les partisans de l'anarchie qu'un autre cuap. vm. que lui n'aurait pu vaincre : mais aussitôt Flo- '^'Ç-^s^, rence rougit d'avoir confié tant de pouvoir à un homme du peuple , et dès le prochain tirage de la magistrature , on ne permit point aux trois Ciompi , qui avaient été désignés comme prieurs, de siéger dans la seigneurie 5 Georgio Scali, Salvestro de Medici, Benedetto Alberti, furent mis à la tête de la république. C'étaient des adversaires de l'aristocratie , aristocrates eux-mêmes ; ils découvrirent un complot des Albizzi leurs anciens rivaux pour opérer une révolution , à l'aide des troupes de Charles III , roi de Naples , qui traversaient alors la Toscane , et ils firent périr sur l'échafaud ces hommes qui avaient long-temps administré la république avec gloire. Malgré la confession des prévenus , le public ne fut point convaincu qu'ils fussent réellement coupables. Bientôt les chefs de la nouvelle administration se divisèrent de nouveau ; quelques uns d'entre eux , se croyant désormais sans rivaux, voulurent abuser du pouvoir avec insolence. Georgio Scali , apprenant qu'une de ses créatures , accusée de faux témoignage, était dans les prisons du capitaine du peuple , qui lui faisait son procès , força le palais de ce juge le i3 janvier i382 , à la tête d'une troupe de gens armés , le livra au pillage 5 el remit en liberté son prisonnier. Be-
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ciiAp. vni. nedetto Alberti , qui avait toujours agi de bonne 13:8 i382. foi^ et (]ans les principes d'un austère républicanisme , fut indigné de la conduite de ses anciens associés ; il appela le peuple à venger l'honneur des tribunaux ; il se rapprocha pour cela des arts majeurs et du parti des Albizzi. Georgio Scali fut mis en jugement et puni du dernier supplice. Mais en même temps l'aristocratie sentit, lorsqu'un de ses adversaires avait péri et que l'autre s'était décrédité en le sacrifiant , qu'elle avait recouvré le pouvoir; la ville se souleva le 21 janvier, au cri de vive le parti guelfe ! Les nobles , les riches marchands , les Albizzi, et toute la haute bourgeoisie comprise dans les arts majeurs , s'emparèrent de la place publique, et créèrent une balie^ou commission suprême , pour réformer l'État. Celle-ci abolit toutes les lois qui avaient été la conséquence de la révolution , ou du tumulte des Ciompi ; elle exila Michel de Lando , Benedetto Alberti, et tous ceux qui s'étaient signalés pendant toute la durée du soulèvement; enfin elle reconstitua plus solidement qu'elle n'eût encore existé l'aristocratie des nobili popolani.
Des révolutions analogues éclataient en même temps dans les autres républiques itahennes. On pouvait démêler le même progrès dans toutes; dans toutes on voyait le parti qui s'était élevé comme démocratique au pouvoir, tourner vers
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Faristocratie dès qu'il en était en possession 5 chap. vm. la génération nouvelle qui arrivait à l'admi- '^js i382. nistration prétendait se faire un droit héréditaire des attaques de ses pères contre l'hérédité ; dans toutes surgissaient en même temps, des classes tout-à-fait inférieures , de nouveaux tribuns qui disputaient à la haute bourgeoisie une place que celle-ci avait conquise sur la noblesse. A Gênes, les hommes nouveaux écartèrent du gouvernement les anciennes familles des Doria , des Spinola , des Grimaldi , des Fieschi, et ils se rangèrent, peu après le milieu du siècle , sous les étendards de deux familles plébéiennes , les Adorni qui étaient Guelfes , les Frégosi qui étaient Gibelins. En même temps qu'ils protestaient de leur haine pour l'aristocratie, de leur détermination de ne jamais permettre que le doge fût tiré d'une famille noble , ils se battaient pour les Adorni ou les Frégosi avec le même enthousiasme , avec le même zèle de clientelle que leurs ancêtres l'avaient fait pour les Doria ou les Fieschi. Les guerres civiles ruineuses dans lesquelles la rivalité entre ces familles précipita la république de Gênes , et la crainte que les Visconti ne profitassent de ces troubles pour l'asservir, déterminèrent enfin Antoniotto Adorno, qui était doge en 1896, à faire déférer , le 26 octobre , la seigneurie à Charles VI , roi de France , dans l'espoir que ce
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tnAP. viu. monarque éloigné prêterait au gouvernement 1378-1382. 1^ force de son nom , sans avoir ni la puissance , ni le désir d'altérer réellement les libertés de la république.
A Sienne , on avait vu se succéder plusieurs aristocraties roturières. Après que la noblesse eut été exclue de toutes les magistratures publiques , la seigneurie , qui était composée de neuf membres , et renouvelée tous les deux mois , avait trouvé moyen de se réserver à ellemême l'élection de celle qui devait la remplacer : dès-lors cette élection n'avait plus roulé qu'entre quatre-vingt-dix familles de riches marchands, qui demeurèrent, de 1283 à i355, les vrais dominateurs de la république. On appela cette première aristocratie bourgeoise , l'ordre , ou le mont des neuf, La jalousie qu'elle excita dans le rang immédiatement inférieur au sien , causa la révolution que l'empereur Charles lY favorisa , lors de son premier passage à Sienne , dans l'espoir de demeurer maître de cette ville. Les neufïwceni^ comme les nobles , exclus de toute participation au gouvernement. On convint de les remplacer par une magistrature populaire de douze membres choisis dans la bourgeoisie. Mais celle-ci ne fut pas plus tôt arrivée au pouvoir qu'elle prétendit garder un juste milieu entre l'aristocratie qu'elle venait d'exclure , et la démagogie dont elle
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redoutait l'invasion. Un ordre, ou mont des chap. vm. douze, fut formé de ces familles bourgeoises, 1378-1382. qui prétendaient n'aspirer qu'à une honnête médiocrité ; et cet ordre une fois en possession de la magistrature, ne devint pas moins exclusif que ne l'avait été le précédent. Il devint aussi également odieux; et lorsque Charles IV revint à Sienne pour la seconde fois , en 1 368 , les douze furent dépouillés du pouvoir, tandis qu'un troisième ordre, qu'on nomma des réformateurs, fut formé dans les classes inférieures en richesse et en éducation au mont des neuf et au mont des douze. Cet ordre ne prétendit pas d'abord usurper tout le gouvernement à lui seul 3 il ne demanda qu'un partage égal avec les deux autres ; mais bientôt il montra de l'impatience de ce qu'étant de beaucoup plus nombreux que les ordres supérieurs , il n'avait pas plus d'influence. Ses prétentions occasionnèrent souvent des émeutes et des changemens dans la constitution. Dans le temps où les Ciompi s'étaient emparés du pouvoir à Florence, les réformateurs , qui se regardaient comme à peu près de même condition , firent alliance avec eux ; mais, se livrant en aveugles à des passions soudaines , on les accusa souvent de mauvaise foi aussi-bien que d'imprudence ; ils furent enfin chassés de Sienne le 24 mars i385, après un combat acharné contre les autres sections de la
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cHAP. vni, bourgeoisie. Quatre mille d'entre eux furent 1378-1382. gjiYQyés en exil , et Sienne demeura dès-lors affaiblie et ébranlée dans ses principes de liberté. La terreur dans laquelle la maison Visconti avait tenu Florence et les autres républiques , s'était un peu calmée j Bernabos , qui commençait à devenir vieux , avait partagé les villes de sa domination entre ses nombreux enfans. Son frère Galéaz était mort le 4 août iSyS, et il avait été remplacé par son fils Jean Galéaz , qu'on nommait le comte de Vertus , parce que * ce comté , en Champagne , lui fut donné par Charles V, dont il avait épousé une sœur. Bernabos aurait volontiers dépouillé son neveu de l'héritage paternel pour l'attribuer à ses propres enfans ; et Jean Galéaz, qui avait découvert plusieurs complots dirigés contre lui , ne proférait aucune plainte ; mais il s'enfermait dans le château de Pavie, où était fixée sa résidence; il en avait doublé les gardes , et il feignait de se croire entouré d'assassins. En même temps, il s'était jeté dans la haute dévotion , et toujours en prières , un rosaire à la main , entouré de religieux , il ne parlait que de cérémonies expiatoires et de pèlerinages. Son oncle le regardait comme un homme pusillanime et indigne de régner. Au commencement de mai i385 , Jean Galéaz lit dire à Bernabos qu'il avait fait vœu de se rendre en pèlerinage à Notre-Dame
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de Varèse, près du lac Majeur, et qu'il serait chap. vni. chaniié de le voir à son passage. En effet , Ber- ' "^ *^^' nabos vint l'attendre avec ses deux fils à peu de distance de Milan. Jearj Galéaz arriva, escorté, suivant sa coutume , d'une garde nombreuse ; il paraissait se troubler au moindre bruit qui se faisait autour de lui. En rencontrant son oncle, le 6 mai, il se hâta cependant de descendre de cheval , et vint l'embrasser respectueusement. Mais tandis qu'il le tenait dans ses bras , il dit en allemand à ses gardes , streike , frappez ; et ceux-ci, se jetant sur Bernabos , le désarmèrent , et l'entraînèrent avec ses deux fils loin de son neveu. Jean Galéaz fit, à plusieurs reprises , empoisonner son oncle dans la prison où on le jeta; mais celui-ci, qui se défiait de tous les alimens qa'on lui offrait , ne succomba à ces tentatives répétées que le 18 décembre i385. Toute la Lombardie se soumit sans difficulté à Jean Galéaz. Son oncle n'avait inspiré à personne ni affection ni estime. Le neveu n'avait pas néanmoins plus de droits à de tels sentimens. Sans pitié , sans foi , il joignait à une ambition dévorante, au génie des grandes entreprises, et à une constance inébranlable , une timidité personnelle qu'il ne songeait point à cacher. Le moindre mouvement qui excitait sa surprise ^ lui causait des accès nerveux de terreur : aucun prince n'employait tant de soldats à garder
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CHAP. viii. son palais , ou ne multipliait autant que lui les i385-i4o2. pY-écautions de la défiance ; il semblait reconnaître qu'il était l'ennemi de tout le monde. Mais les vices de la tyrannie n'avaient pas détruit en lui l'habileté. Il savait faire usage de ses immenses richesses sans les prodiguer; ses finances étaient toujours florissantes , ses villes bien gardées et bien approvisionnées; ses armées bien payées , et tous les capitaines d'aventure répandus dans toute l'Italie recevaient des pensions de lui , prêts à retourner à son service dès qu'il les appelait. Il encourageait les guerriers de la nouvelle école italienne ; il savait les distinguer, les récompenser et se les attacher. Depuis le milieu du siècle , beaucoup de jeunes Italiens s'étaient engagés, pour se former aux armes , dans les troupes allemandes , anglaises et françaises , qui inondaient l'Italie , et bientôt ils avaient montré que la vaillance itaHenne avait l'avantage sur la bravoure brutale des barbares , parce qu'elle était dirigée par la réflexion et l'intelligence d'une nation civilisée , qui savait perfectionner également et ses armes et sa tactique. Un gentilhomme romagnol, Albéric, comte de Barbiano, ancêtre des princes Belgioioso de Milan , forma , sous l'invocation de saint George , une compagnie où il ne voulut admettre que des Italiens , et il la mit, en 1378, au service d'Urbain VI. Cette
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compagnie défit au PontemoUe celle des Bre- chap. vm. tons attachée à Clément VII , qu'on regardait "85-1402. comme la plus formidable d'entre les troupes étrangères. Dès-lors la compagnie de Saint- George fut la vraie école de la science militaire en Italie 5 tous les jeunes gens qui se sentaient du courage , du talent et de l'ambition , y accouraient de toutes parts , et tous les capitaines , qui vingt ans plus tard arrivèrent à une si haute réputation, se firent gloire d'y avoir servi.
Jean Galéaz ne se fut pas plus tôt affermi sur le trône de Milan, qu'il reprit le projet de subjuguer le reste de l'Italie. Les deux principautés des délia Scala de Vérone , et des Carrara de Padoue, tentèrent les premières son ambition. La maison delîa Scala avait produit , au commencement du siècle, de grands capitaines et d'habiles politiques ; mais leurs successeurs avaient été de jeunes princes efféminés , vicieux, cruels, qui n'arrivaient presque jamais au pouvoir qu'en se défaisant de leurs frères par le fer ou le poison : la maison de Carrara, au contraire , qui se glorifiait d'être attachée au parti guelfe , pouvait passer pour vertueuse , quand on la comparait à celle des autres tyrans italiens. François de Carrara , qui régnait alors , ses fils et son petit-fils , étaient des hommes de cœur, doués d'une grande capacité , et ils avaient su gagner l'affection de leurs sujets. La répu- I. 20
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cHAP. viii. blique de Venise ne pardonnait point à Carrara i385-r4o2. ^^ g'^trc allié contre elle aux Génois et au roi de Hongrie. Après la mort de celui-ci , elle engagea Antonio délia Scala à marcher sur PadouCj en lui offrant des subsides pour l'aider à faire la conquête de cet Etat. Carrara fit ce qu'il put pour se réconcilier avec le prince son voisin , qu'il vainquit à plusieurs reprises en i386, ou pour traiter avec la république, toujours prête à réparer les pertes du seigneur de Vérone. Ne pouvant obtenir la paix , il fut enfin réduit à accepter l'alliance que lui offrait Jean Galéaz Visconti. Celai-ci prit Vérone le 18 octobre 1387 ; alors, au lieu de remettre à Carrara. la ville de Vicence, comme il s'y était engagé, il offrit immédiatement son alliance aux Vénitiens contre Padoue. La république fut assez imprudente pour l'agréer : Padoue, longtemps assiégée , fut livrée à Visconti le 23 novembre i388 , et Trévise peu de jours après; en sorte que les frontières du seigneur de Milan s'étendirent jusqu'au bord des lagunes. Il n'y eut pas plus tôt planté ses drapeaux qu'il menaça Venise , qui lui avait facilité ces conquêtes. Tout le reste de la Lombardie dépendait du seigneur de Milan. Le marquis de Montferrat était élevé à la cour de Jean Galéaz , qui gouvernait ses Etats comme tuteur de ce jeune prince. Albert, marquis d'Esté, qui succéda,
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le 26 mars i388, à son frère dans la souverai- chap. vm. neté de Ferrare , au préjudice de son neveu i385-r4o2. Obizzo , fit trancher la tête à celui-ci, ainsi qu'à sa mère , et livra presque tous ses parens à d'affreux supplices , à la suggestion de Jean Galéaz, qui voulait le rendre odieux au peuple, pour que le seigneur de Ferrare sentît bien qu'il n'avait que lui pour appui. Par une politique non moins horrible, Jean Galéaz dénonça au seigneur de Mantoue sa femme, qui était fille de Bernabos, cousine et belle-sœur de Jean Galéaz : il fabriqua de fausses lettres qui devaient la faire paraître coupable aux yeux de François de Gonzaga son mari. Il les fit cacher dans son appartement , et il indiqua ensuite à Gonzaga le lieu 011 il les trouverait. Celui-ci, dans un accès de fureur, fit, en iSgo, couper la tête à sa femme , et torturer et pendre son secrétaire. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs années qu'il découvrit la vérité. Ainsi tous les princes lombards étaient ou asservis, ou décriés pour les forfaits que Visconti leur avait fait commettre , et par lesquels il les tenait dans sa dépendance. Alors il commença à tourner ses regards vers la Toscane, et dans les années i388 et iSSg , les Florentins furent alarmés , à plusieurs reprises , par ses tentatives pour s'emparer de Sienne, de Pise, de Bologne, de San Miniato , de Cortone et de Pérouse. Aucun de ces pro-
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CHAP. viih jets n'avait encore réussi ; mais les Florentins 1 385-1 402. voyaient leur danger s'accroître, et ils savaient bien que si le tyran ne les attaquait pas encore , c'est qu'il les réservait pour être les derniers.
L'arrivée à Florence de François II de Carrara, qui venait offrir à la république ses sei*vices et sa haine contre Jean Galéaz , détermina celle-ci à en appeler aux armes. Le seigneur de Milan , en recevant la capitulation de Padoue , avait promis de donner , comme compensation , une autre seigneurie à la maison de Carrara ; mais il avait laissé mourir de misère ou empoisonné François I*"" en prison , et il avait tenté de faire assassiner François II dans l'Astésan , où il l'avait relégué 5 ce ne fut qu'au travers de mille dangers que celui-ci put s'enfuir et conduire sa femme malade en Toscane. François l'y laissa pour passer en Allemagne , où il voulait susciter des ennemis à Jean Galéaz , tandis que les Florentins s'allièrent aux Bolonais contre le seigneur de Milan , et mirent à la tête de leur armée Jean Ha^vk^^ood , qui dès-lors demeura toujours à leur service. Carrara, secondé par le duc de Bavière , gendre de Bernabos, qu'il voulait venger, rentra dans Padoue le 19 juin i3go par le lit de la Brenta ; il fut accueilli avec enthousiasme par les habitans, qui voyaient en lui moins un maître qu'un concitoyen , et il se remit en possession de l'héritage de ses pères.
Le commerce étendu des Florentins les avait chap. vm. accoutumés à embrasser l'Europe dans leurs '385- 1402. négociations ; et comme ils consacraient leurs richesses à la défense de leur liberté , ils trouvaient aisément au loin des alliés. Après avoir appelé d'Allemagne, à leur solde, en iSgo, le diic de Bavière, qu'ils opposèrent à Jean Galéaz, ils firent venir de France, l'année suivante, le comte d'Armagnac avec une formidable armée; mais les Allemands , comme les Français , éprouvèrent , avec étonnement , qu'ils n'étaient plus de force à se mesurer avec la nouvelle milice italienne, depuis que celle-ci avait créé la science militaire , pour remplacer la routine ordinaire des ultramontains. Armagnac fut battu et fait prisonnier le 26 juillet i3gi, près d'Alexandrie, par Jacques del Verme, et il mourut peu de jours après. Jean Hawkwood , qui , dans l'espoir de se joindre à lui, avait pénétré fort avant dans la Lombardie avec les Florentins , eut bien de la peine à mettre son armée en sûreté , en lui faisant traverser des plaines inondées par l'Adige. Après cette campagne, la république , qui sentait le besoin de se reposer de ses efforts , fit la paix le 28 janvier 1392 avec Jean Galéaz, quoiqu'elle ne pût prendre aucune confiance en lui , et qu'elle sût bien que ce traité ne la mettrait à l'abri ni de ses intrigues , ni de ses trahisons.
CIIAP. VIII.
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En effet , les complots se succédèrent rapii385-i4o2. (^gjj^gnt. Les Florentins comptaient alors sur l'amitié des Pisans, parce que ceux-ci avaient mis à la tête de leur république Pierre Gambacorta , riche marchand , autrefois émigré à Florence , et attaché à la paix et à la liberté. Celui-ci était vieux , et avait pour secrétaire un ami d'enfance , Jacob d'Appiano , aussi âgé que lui. Jean Galéaz trouva pourtant le moyen de séduire ce dernier, et de l'engager à se défaire , le 21 octobre 1892 , de Pierre Gambacorta, et de ses enfans. Appiano , secondé par les satellites que lui fournit le duc de Milan , se rendit maître de Pise ; mais , après sa mort , son fils ayant peine à s'y maintenir, vendit cette ville à Jean Galéaz en février iSgg, en se réservant seulement la principauté de Piombino , qo'il transmit à ses descendans. A Pérouse , Pandolfe Baglioni , chef du parti de la noblesse et des Gibelins, s'était mis, en iSgo, sous la protection de Jean Galéaz , qui l'aidait à changer en tyrannie l'autorité limitée qui lui avait été , déférée. Il fut assassiné trois ans plus tard; et la république de Pérouse , livrée aux convulsions de factions opposées , fut enfin obligée de se donner à Jean Galéaz le 21 janvier i/po.
Les Allemands voyaient avec jalousie la grandeur croissante de Jean Galéaz, qui leur paraissait anéantir les droits de l'ejiipire sur l'Italie, et
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faire tarir la source des tributs qu'ils espéraient ^hap. vm. toujours se partager. Ils pressèrent l'empereur ^ '^^°^' Wenceslas de déclarer la guerre à Yisconti ; mais ce monarque , paresseux et débauché , après quelques menaces, fit entendre que, pour de l'argent, il légitimerait volontiers les usurpations de Jean Galéaz; en effet, le i^"" mai iSgô, il lui accorda , pour le prix de cent mille florins , un diplôme qui l'instituait duc de Milan et comte de Pavie, en comprenant dans son investiture vingt-six villes et leur territoire, jusqu'aux lagunes de y enise . C'étaient les mêmes qui , plus de deux siècles auparavant, avaient signé la glorieuse ligue lombarde. D'après la nouvelle bulle impériale , le duché de Milan devait passer à la seule postérité masculine et légitime de Jean Galéaz. Cette concession de Wenceslas causa un grand mécontentement en Allemagne; ce fut un des griefs de la diète de l'Empire, qui, le 20 août 1 4oo , déposa Wenceslas, et lui donna pour successeur Robert, électeur palatin . Robert conclut un traité de subsides avec la république florentine, ou, 'pour mieux dire, il se mit à sa solde pour combattre Jean Galéaz : mais, lorsqu'il rencontra, le 21 octobre 1401 5 ^on loin deBrescia , les troupes milanaises conduites par Jacob del Vernie, il éprouva, avec surprise, combien la gendarmerie allemande était inférieure à la gendarmerie italienne j il ne fut sauvé d'une entière défaite que
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CHAP. VIII. par Jacob de Carrara , qui lui avait amené un i385-r4o2. corps de cavaliers italiens. Il dut se retirer avec honte en Allemagne, après avoir coûté des sommes prodigieuses aux Florentins. Jean Galéaz poursuivait cependant le cours de ses usurpations ; en 1 397 , il attaqua en même temps , sans déclaration de guerre , François de Gonzaga à Mantoue et les Florentins. Après avoir ravagé le Mantouan et la Toscane , il consentit à signer, le 1 1 mai 1 898 , sous la garantie des Vénitiens , une trêve de dix ans, pendant laquelle il ne devait rien tenter contre la Toscane; ce qui ne 1 empêcha pas de prendre sous sa protection , en 1399, les comtes de Poppi et les Ubertini dans les Apennins, et d'engager, le 11 novembre de la même année, la république de Sienne à se donner à lui.
La peste s'était déclarée de nouveau en Toscane, et elle ôtait aux États libres toute leur vigueur. Les magistrats, sur la prudence ou le courage desquels ils avaient compté, succom- - baient tous en peu de jours à la contagion, et laissaient le champ libre aux plus misérables intrigans. C'est ce qui arriva à Lucques , où la maison guelfe des Guinigi comptait un grand nombre d'excellens citoyens qui exerçaient les premières magistratures : ils périrent tous presque en même temps j et un jeune homme de leur famille , Paul Guinigi, qui n'était distingué ni par le talent ni
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par le caractère, profita de cette calamité pour chap. vm. s'emparer de la tyrannie, le i4 octobre i4oo. Il ^^^■^-^^°'^abjura aussitôt le parti guelfe, dans lequel il avait été élevé, et il se mit sous la protection de Jean Galéaz. A Bologne, les chefs de la république furent également moissonnés par la peste; et Jean Bentivoglio, qui prétendait descendre d'un fils naturel de ce roi Hensius , si long-temps prisonnier des Bolonais, profita de l'état de langueur où la république était tombée, pour se faire proclamer seigneur, le 27 février i4oi. Il voulut d'abord se ranger sous la protection de Jean Galéaz ; mais celui-ci, qui ambitionnait pour lui-même la possession de Bologne, ne voulut pas l'y recevoir; il le fit attaquer l'année suivante. Bentivoglio fut défait à Casalecchio , le 26 juin 1402. Sa capitale fut prise le lendemain par le général milanais; lui-même fut fait prisonnier et massacré deux jours après. Un autre général de Jean Galéaz s'était rendu maître d'Assise, au mois de mai i4oo. Gênes, Pérouse, Sienne, Pise, Lucques et Bologne, avaient coup sur coup perdu leur liberté. Les Cancellieri dans les montagnes de Pistoia, les Ubaldini dans celles de Mugello, s'étaient donnés au duc de Milan. Les Florentins, ne pouvant plus communiquer avec la mer au travers des territoires de Sienne, Pise, Lucques ou Bologne , voyaient se dessécher les sources de leur com-
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CHAP. viii. inerce et de leurs richesses ; jamais la république -i4o2. j^^ s'était trouvée dans un péril plus imminent, lorsque la peste , qui avait si cruellement ajouté à ses calamités, vint à son aide. Elle atteignit Jean Galéaz, à Marignano, où il s'était cru à l'abri de toute communication avec les hommes, dans une solitude qu'il croyait complète , et elle l'emporta le 3 septembre i4o2.