‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute;Chapitre 19 sur 31 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Anarchie dans le duché de Milan. — Les Vénitiens font la conquête de Padoue et de Vérone; les Florentins celle de Pise. — Florence, tour à tour menacée par Ladislas y roi de Naples, et par Philippe-Marie Visconti, maintient contre eux la balance de V Italie. — i4o3 — i43a.

La renaissance de la liberté, en Italie, avait chap. «. été signalée par le développement du caractère moral des Italiens , plus encore , s'il est possible , que par celui de leur intelligence. La sympathie qui existe entre les concitoyens , l'habitude dé vivre les uns avec les autres, les uns par les h. i

chap. ix. autres, de rapporter tout au bien de tous, fait fleurir dans les républiques des vertus dont les pays despotiques ne sauraient présenter même l'image. Celui qui a une patrie conçoit seul le devoir de se sacrifier pour elle ; les artifices cachés de l'intrigue et de la flatterie sont des recommandations auprès d'un maître , on acquiert son amitié en favorisant ses vices , et il récompense à son tour ceux qui lé servent aux dépens de la morale , en partageant avec eux son pouvoir; mai* pour plaire au peuple, pour s'élever par le peuple , il faut montrer des vertus et non des vices; on n'obtient la sympathie de tous que par ce que Ton a en soi de plus honorable ; on ne persuade , on n'entraîne une assemblée populaire que par un appel à ses vertus : même dans ses égâremens il se retrouve toujours quelque chose de la franchise > de la loyauté , de la générosité par lesquelles les hommes sympathisent entre eux; tandis que s'ils conçoivent la pensée d'une noirceur, c'est un secret qu'ils dérobent avec honte aux regards : il leur serait plus facile de l'exécuter que de l'annoncer et de la recommander au public. Le tyran agit sur les hommes par la terreur , par la corruption , la vénalité , l'espionnage, l'envie; un gouvernement libre ne saurait les conduire qu'en s'adressant à leurs passions les plus honorables ; l'éloquence , pour remuer les masses, doit se faire entendre par

l'honneur, la pitié, la justice, le courage de tous. Aussi, lorsque au douzième siècle l'Italie était couverte de républiques, lorsque toutes ses villes combattaient en même temps pour la liberté, elle fut aussi riche en vertus. Cette richesse, la plus précieuse de toutes , alla en diminuant avec le progrès des siècles ; elle diminua précisément dans la même proportion que les États libres diminuèrent en nombre. Dès qu'on entrait dans un État libre , on pouvait compter d'y trouver la loyauté dans les négociations et les traités , le zèle pour le bien de tous dans les alliances, le courage et la constance dans l'adversité; une libéralité sans bornes des riches envers les pauvres, dans les grandes calamités; l'empressement de tous ceux qui avaient quelque chose , à consacrer leur fortune au salut de tous; l'énergie enfin du peuple pour réprimer par une force commune toutes les injustices, toutes les violences ; et s'il tombait alors dans quelque excès , c'était presque toujours une indignation vertueuse qui l'avait égaré. Au contraire , dès qu'on passait dans les États de quelqu'un dés tyrans Lombards ou Romagnols , on trouvait # n gouvernement qui, se sentant hostile à l'opinion publique, ne se soutenait que par le crime et par la perfidie : des espions surveillaient et dénonçaient toute expression de sentimens généreux , ils s'insinuaient dans les familles pour M&

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