CHAP. IX
chah. ix. trahir, ils abusaient des liens sacrés de parenté , de domesticité , de voisinage , pour en faire autant de pièges; ils enseignaient que la prudence d'un sujet c'est de se défier de tous , et de ne pas se mêler des affaires d' autrui. L'assassinat, l'empoisonnement, étaient des moyens communs %de gouvernement : chacun des tyrans italiens était souillé du sang de quelqu'un de ses proches; chacun avait à ses gages des meurtriers pour le défaire de ceux qui lui portaient ombrage ; chacun ne comptant plus sur une vertu publique qu'il outrageait, maintenait l'ordre par la terreur, et, s'apercevant que la mort n'inspirait plus de crainte , joignait au supplice capital des agonies prolongées dont le spectacle rendait les hommes plus farouches encore.
Mais le champ de la vertu se rétrécissait de siècle en siècle en Italie , et le champ du crime s'élargissait. Le royaume de Naples, dès sa fondation, au douzième siècle, dès l'asservissement des trois républiques de Naples, Gaè'te et Amalfi, s'était montré étranger aux sentimens d'association et de sympathie entre ses habitans , comme au patriotisme des citoyens; il avait été dès-lors gouverné par une cour et une noblesse corrompues , qui ne lui présentaient à imiter que des exemples vicieux. Au. treizième siècle, la Lonibardie avait été à son tour détachée du domaine 4^1a liberté , pendant les convulsions qu'y entre-
tinrent , soit la violence des factions guelfe et gi- chap. «. beline, soit le mépris de la noblesse pour toutes les lois. Chaque république tomba à son tour, à plus d'une reprise, sous le joug d'un tyran, et quelque court que fut son règne , il suffisait pour familiariser les sujets avec l'idée de la violence mise à la place du droit , et avec le succès du crime ; en même temps le dévouement des factieux à leur chef, le patriotisme se rapportant aux partis et non à la chose publique, pervertissaient la morale et confondaient les règles du juste et de l'injuste. Ce fut bien pis au quatorzième siècle : le pouvoir avait passé en Lombardie à ceux qui devaient en faire l'usage le plus destructif des vertus publiques. C'était le crime qui y élevait Jes princes. La perfidie .envers les voisins , ou la trahison domestique, marquaient le commencement et la durée de chaque règne. Les tyrans étaient si nombreux, , si rapprochés des yeux de to.us les citoyens, que leur exemple était toujours présent pouf corrompre et pervertir les âmes. Aucun père de famille ne pouvait cacher à ses enfans que le prince auquel ils devaient obéir n'était parvenu au pouvoir qu'en trahissant ses amis ou ses concitoyens, en empoisonnant, en poignardant son oncle ou ses frères.
Les exemples des succès du crime n'étaient pas moins fréquens.dans tous les États de l'Église. Chaque ville delà Romagne, de la Marché ^u
cg»r. 1*. patrimoine de saint Pierre , avait son tyran ; et . chaque tyran ne régnait qu'en foulant aux pieds tou? les devoirs moraux. Bien plus , Bernabos et Jean-Galéaz Visconti avaient, en quelque sorte, tenu écple de trahison pour les États de l'Église et la /Toscane , Ils étaient sans cesse occupés à favoriser toutes les usurpations , et ils promettaient d'avance leur alliance à quiconque 9 par uû. forfait , pourrait étouffer la voix d'un peuple „ libre, et le faire passer du gouvernement de la morale à celui du crime.
i4o9-i4i3* Auqoinmencepientdu quinzième siècle, toutes ces causes d'iimnpralité, qui conspiraient en Italie contre les vertus publiques, agirent avec un redoublement de force» lorsque Jean Galéaz fut frappé inopinément par la, peste, au milieu de sa carrière de succès , il partagea ses États entre ces deux fils , Jean-Marie , alors âgé de treize ans , qu'il déclara duc de Milan * et Philippe-Marie , âgé de douze ans, qui fut comte de Pavie. Mais comme ces princes étaient trop jeunes pour gouverner, il les recommanda aux condottieri qu'il avait à aou service , et qu'il fit entrer dans le conseil de régence, C'étaient les capitaines de cette nouvelle milice italienne qui l'avaient si bien servi dans l'accomplissement de ses projets, et auxquçU il accordait une grande confiance. L'école , il est vrai., d'Aigrie de Barbiano , qui ayait fon#ô de braves soldats et de bons gêné-
EN ITAUE. 7
raux , n'avait pu former de méine de bons ci- chap. u. toyens ou des hommes vertueux; et Jean Gaèéaz i^0»-1*1*aurait eu besoin , pour protéger ses enfans , de retrouver dans les conseillers qu'il leur laissait les principes qui l'auraient gêné , tandis que ces hommes n'étaient que des serviteurs. Jacob de! Verme , Pandolfe Malatesti , Facino Cane , Otfp Bon Terzo , et les autres capitaines auxquels il se confia , étaient des soldats d'aventure qui faisaient de la valeur une marchandise , du carnage un métier, du pillage un moyen de fortune; qui, indifférens dans leur choix entre le juste et l'injuste, étaient prêts à combattre pour quiconque voudrait les payer, et à trahir ensuite pour celui qui les paierait le plus. Ils ne se montrèrent pas long-temps gardiens fidèles du dépôt que leur maître leur avait confié. Ils le partageaient av«c Catherine , veuve de Jean Galéaz , et avec François Barbavara , qu'on croyait être son amant , et qu'on avait vu commencer sa carrière comme valet de chambre du duc.
Les hommes de guerre dédaignèrent d'obéir à une femme et à un valet. En même temps, les chefs des anciens partis , dans les villes souini&es aux Visconti, se soulevèrent avec leurs partisans pour recouvrer la souveraineté qu'avaient exercée leurs pères ; les condottieri les combattirent j mais ce fut pour leur propre compte; Facino Cane s'empara de la tyrannie à Alexandrie, Ojto
8 HISTOIBë DJfi IiA LIBERTÉ
ghap. u. Bon Xerzo à Parme, Pandolfe Malatesti à Bresi4oa-z4xa. ç^ ^u jjjjiiea je cette anarchie , la duchesse
crut faire preuve d'énergie en se montrant violente et cruelle ; elle fit tomber sur l'échafaud , sans jugement, la tête de plusieurs nobles milanais j elle abandonna plusieurs cités aux soldats pour les livrer au pillage ; elle ne fit ainsi que rçdoubler la haine qu'elle inspirait : François Barbavara fut obligé de s'enfuir, elle-même fut jetée en prison, et elle y mourut empoisonnée le 16 octobre i4°4* En même temps, tout le reste du duché de Milan fut divisé en autant de souverainetés indépendantes qu'il comptait de villes. Dans les unes , c'étaient les anciens chefs des partis guelfe ou gibelin qui recouvraient le pouvoir ; dans d'autres , les capitaines d'aventure qui s'y trouvaient eu garnison; dans plusieurs , d'audacieux scélérats , tels que Jean de Vignate à Lodi, ou Gabrino Fondolo à Crémone , qui profitaient de l'amitié et (Je la confiance d'un autre usurpateur pour l'assassiner et s'asseoir à sa place. Jamais encore, d#ns cette Lombardie si fertile en tyrans, le pouvoir ne s'était souillé par plus de crimes. Jean-Marie Visconti , qui avait vu se détacher de ses États presque toutes les villes soumises à son père , portait cependant toujours le titre de duc de Milan , tandis que son pouvoir, dans cette ville même , passait d'un ambitieux à l'autre , et fut enfin recueilli par Facmo'Cane, un des
meilleurs généraux de son père, Jean-Marie ne CH*'« lxse réservait du pouvoir souverain qu'une indul- 1*OM*11* gence sans bornes pour ses vices. Son libertinage aurait été à peine remarqué ; ce qui le signala , ce fut le plaisir affreux qu'il cherchait dans la cruauté. Passionné pour la chasse, il trouva qu'il ne jouissait point assez des triomphes qu'il remportait sur des animaux muets , parce qu'ils ne se plaignaient pas, et qu'on ne sentait pas assez qu'ils souffraient II imagina de chasser aux chiens courans des hommes, au lieu de bétes fauves, et il se fit livrer tous les criminels que condamnaient les tribunaux, pour prendre contre eux ce barbare plaisir : il fit nourrir ses dogues de chair humaine, afin qu'ils fussent plus, ardens à les déchirer; et, lorsque les victimes lui manquer rent , il dénonça aux tribunaux jusqu'aux crimes auxquels il avait participé , pour faire condamner ses complices; après quoi ils étaient livrés à son piqueur Squarcia Giramo , chargé de pourvoir aux chasses ducales. Il fut enfin assassiné par des gentilshommes milanais , le 16 mai i4ia« Les sentimens élevés et les vertus qui avaient fait honneur à la nation italienne étaient obscurcis même dans les républiques de Gênes, de Lucques , de Pise , de Sienne , de Pérouse et de Bologne; ces républiques, dans le cours du quatorzième siècle , , avaient toutes succombé plus d'une fois à la tyrannie; aussi l'exemple des
c**f. a» cruautés, des perfidies, et du succès des usur- <4p*.i4i* patfcurs auxquels elles avaient dû obéir , avait eu sur tous leurs citoyens une influence corruptrice. Venise ne conservait point non plus la vraie vertu italienne : souvent ses citoyens donnpitiut des exemples d'un dévouement sans bornes à la patrie, d'une soumission sans réserve à ses ordonnances les plus sévères ; mais Venise était une aristocratie étroite et jalouse , qui, selon l'esprit de ce gouvernement, n'avait encouragé comme patriotisme que l'égoïsme national. Les autres peuples n'étaient comptés pour rien par les Vénitiens , qui croyaient faire preuve d'héroïsme en supprimant tous les sentimens humains , en faisant taire tous les devoirs moraux quand il s'agissait de l'avantage de leur république. Venise était administrée par des conseils secrets où la voix du peuple n'était point entendue : sa politique extérieure était dirigée par le conseil des Dix, qui dans ses assemblées mys- , térieuses ne prenait pour guide que l'intérêt.
Les décemvirs osaient sans rougir proposer à des collègues , rassemblés sous serment et animés du même esprit qu'eux, le sacrifice de l'honnête et du juste à l'utile. La vertu italienne s'était donc tout entière réfugiée à Florence. C'était là seulement que tout le peuple délibérait, que tout le peuplé s'associait à la paix , à la guerre j ou aux négociations , comme à l'ad-
nrinistration, et que rien n'était proposé au pu- cha*. ix. blic et ne pouvait obtenir l'assentiment de tous, t*b^I*,aque ce que tous sentaient être juste, honorable et généreux. La république de Florence était toujours, pré te à exposer son repqs et sa fortuné pour l'équilibre et l'indépendance de l'Italie , pour la liberté de tous, pour les progrès des lumières et de la civilisation : pendant deux siècles on la vit toujours empressée à se présenter comme le champion de tout ce qu'il y avait de bon et de noble. L'Italie peut à bon droit se glorifier de ce que là où elle était libre elle se montrait constante dans la route de la vertu , tandis qu elle n'a point à rougir des crimes de ses tyrans. Plusieurs milliers de citoyens avaient toujours contribué par leurs votes à tout ce qtre Florence avait fait de grand, tandis que cinquante princes , distribués dans cinquante palais, avec le petit nombre de scélérats que le propre du gouvernement tyrannique est de inettre en évidence , suffisaient pour cdmmettre , en dépit de toute la population , tous les crimes qui épouvantaient l'Italie.
Au moment où la mort de Jean Galéaz anéantit , du moins pour un temps , le pouvoir si menaçant des ducs de Milan , les deux républiques qui , seules en Italie , avaient survécu à ses intrigues ? et qu'il avait en vain menacées, profitèrent de l'anarchie ou la Lo m bar die était tom-
12 HISTOIRE DE IiA LIBERTÉ
]hap. ix. bée , pour recouvrer leurs forces et s'agrandir 4oa-x4i». pgr d^ conquêtes. Venise qui s'était enfermée dans ses lagunes en ressortit pour étendre ses frontières jusqu'au lac de Garda ; et Florence , à qui Jean Galéaz avait pendant un temps interdit l'approche de la mer , fit la conquête de Pise , dont les ports lui étaient nécessaires pour sauver son commerce et son existence même.
François II de Carrara, rétabli en i3()o dans la souveraineté de Padoue , était demeuré dèslors fidèle au parti guelfe et à l'alliance des Florentins. Il se flatta de pouvoir profiter du bouleversement que la. mort de Jean Galéaz causait dans toute la Lombardie , et il invita Guillaume de la Scala à venir le joindre pour recouvrer de concert avec lui les seigneuries de Vérone et de licence. Guillaume était fils de cet Antonio , qui, par son alliance avec les Vénitiens , avait causé , quinze ans auparavant , la ruine des Carrara et la sienne propre ; mais un malheur commun les réconcilia. Le 7 avril i4°4> ils s'emparèrent ensemble de Vérone ; le 21 avril suivant délia Scala mourut , et l'on répandit le bruit que Carrara l'avait empoisonné. En effet , le 17 mai il fit arrêter les deux fils de ce seigneur, et il s'empara de la ville et de la forteresse de Vérone. Dans cet intervalle celle de Vicence s'était déjà donnée d'elle-même aux . Vénitiens. Ceux-ci jusqu'alors n'avaient cher-
EN ITALIE, l3
ché leur grandeur que dans le commerce , la cbap. k. marine et les possessions d'outre-mer; mais le ,4°a-,*,abouleversement auquel toute la Lombardie était livrée fit naître en eux une ambition nouvelle : ils résolurent d'étendre leur domination dans une contrée qui semblait appeler leurs armes. Us traitèrent avec la duchesse Catherine Visconti, qui renonça à tous les droits que son fils pouvait avoir sur Vérone et Padoue , et ils mirent sur pied une armée de neuf mille gendarmes. Leur immense richesse leur permit de choisir les capitaines les plus distingués et les meilleurs soldats de l'Italie. La république , en les appelant à sa solde , se fit une règle de ne jamais confier à un de ses citoyens le commandement de ses armées , pour n'avoir point à redouter sa puissance et sa gloire, et de ne jamais laisser introduire des soldats dans la ville même de Venise , qui n'avait besoin pour sa défense que de ses lagunes , de ses galères et de ses matelots. Deux sénateurs, désignés par le nom de procurateurs de Saint-Marc, furent chargés de suivre dans les camps le général étranger que la Seigneurie choisissait , et de le surveiller.
La guerre entre Venise et le seigneur de Padoue fut déclarée le a3 juin i4o4- François de Carrara la soutint avec une grande bravoure ; mais abandonné , sans alliés , à des forces infiniment supérieures aux siennes, il vit forcer suc-
l4 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
cftAP. ». cessiveuient le passage des divers canaux qui 4o*-uia. oaupaieat son territoire, et derrière lesquels il s'était fortifié. Avant la fin de la campagne de i4&4 , tout le Padouan fut ravagé par l'année vénitienne, et presque tous ses châteaux forts furent pris. Le la juin i4o5, cette armée vint aaééger François de Garrara dans sa capitale , eu même temps qu'une autre division assiégeait dans Vérone son second fils Jacob de Carrara , et le forçait à capituler le &3 juin, La population des campagnes s'était réfugiée dans Padoue ; mais- les privations et les . souffrances qu'elle y éprouvait firent éclater dans cette ville une ma* ladie contagieuse qui emporta quarante mille victimes. A la tête des survivans, Carrara et son fils aîné continuèrent à combattre avec une valeur obstinée jusqu'à ce que les Vénitiens eussent pénétré dans un de leurs retranchemens. Alors, le 19 novembre l4o5, il fallut bien capituler. Carrara se flattait cependant toujours que la république lui accorderait quelque dédommagement pour la principauté qu'elle lui enlevait. Il se rendit à Venise avec son fils aîné , sous la foi du général etatre les mains duquel il avait capitulé : à leur arrivée, ils furent jetés dans une prison où ils trouvèrent Jacob de Carrara qui avait été fait prisonnier à Vérone. Le conseil des Dix , mettant en pratique la maxime donnée plus tard par Machiavel , d'anéantir la
race des tyrans détrônés , pour détruire avœ c«ap. ix. ejle le zèle de leurs partisans, leurs espérances I*aM*,aet leurs complots, fit étrangler dans leur prison, le 16 janvier ifo6, François de Carrara et 869 deux fils; il mit à prix en même temps la tête des plus jeunes princes de cette maison qui lui avaient échappé , et celle de tous les survivons de la maison délia Scala. Aucun d'eux cependant ne tomba sous le poignard des assassins , auxquels Venise promettait une honteuse récompense ; mais ils ne recouvrèrent jamais les États de leurs pères.
Les Florentins regardaient François de Carrara comme un des plus fermes champions du parti guelfe en Lombardie j ils faisaient cas de son alliance , mais ils ne se croyaient- pas obligés de se jeter pour lui dans une guerre qu'ils l'accusaient d'avoir provoquée par son attaque sur Vérone. D'ailleurs tous leurs efforts étaient alors dirigés contre Pise; ils regardaient la conquête de cette ville comme une condition nécessaire de leur existence , depuis que Jean Galéaz, en asservissant tous les États qui le& entouraient, leur avait fait éprouver, par son blocus, le besoin d'assurer leur communication avec la mer. Jean Galéaz avait laissé la seigneurie de Pise à son fils naturel , nommé Gabriel-Marie , qui était venu avec sa mère prendre possession de cette ville. Celle de Sienne
l6 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
chap. ». s'étant remise d'elle-même en liberté au mois de i4o*-z4t3. mars i4°4? était rentrée dans l'alliance des Florentins. Pérouse et Bologne avaient aussi , dès le mois de septembre précédent, secoué le joug des Visconti; mais elles s'étaient soumises volontairement à l'Église , qui leur avait laissé Iggir administration républicaine. Les Cancellieri, les comtes Guidi, les Ubertini* et les autres nobles feudataires des Apennins , qui s'étaient mis sous la protection de Jean Galéaz , en avaient été punis par la république, qui les avait ramenés sous son obéissance. Lucques demeurait soumise à Paul Guinigi , qui gouvernait avec modération cette ancienne république, et qui cherchait à se faire oublier de ses voisins. Bise seule en Toscane demeurait ennemie des Florentins ; mais comme Gabriel-Marie sentait bien que les Visconti ses frères n'étaient pas alors en état de le défendre , il acheta la protection du maréchal Boucicault , qui représentait le roi de France à Gènes. Boucicault y exerçait seulement les droits limités que la constitution accordait au doge ; mais les Génois étaient plus zélés encore que ce maréchal pour le maintien de l'indépendance de Pise : ils redoutaient la concurrence des Florentins dans , leur commerce maritime , s'ils étaient une fois maîtres dé Pise, de Livourne et du port Pisan. Boucicault au contraire , après avoir reçu Ga-
briel-Marie Viaconti sous sa protection , songea cbap. 1*. bientôt à se faire payer pouf l'abandon de$ de- I4°a-,4^ voirs qu'il contractait : il offrit aux Florentins , au mois de juin 140k, de leur vendre Pise pour le prix de quatre cent mille florins, qujl partagerait avec Gabriel-Marie. Les Pilons, instruits de cette négociation, se soulevèrent le ai jniHet j ils désarmèrent la garnison de leur tyran , et se rendirent maîtres des portes de là ville ; mais fis échouèrent dans leur attaque contre la citadelle. Boucicault cependant, averti du danger que courait l'État ^qu'il voulait vendre, réduisit ses prétentions; il ne demanda plus aux Florentins que deux cent six mille florins pour la citadelle de Pise et les châteaux qu'il possédait encore dans le territoire pisan. Les Florentins lealui payèrent. Il s'était engagé à partager cette somme avec Gabriel-Marie ; mais , pour se dispenser de lui rien donner , il l'accusa d'être entré dans un complot.contre le roi de France, ert il lui fit couper la tête.
Les Florentins crurent qu'ils détermineraient par une négociation les Pisans à se soumettre à eux, et ils leur proposèrent des conditions avantageuses; les Pisans, au contraire, "qui se regardaient encore avec orgueil comme la plus ancienne et la plus illustre république de Tôscan,e, et qui avaient conservé mieux que toutes les autres leur valeur guerrière , assiégèrent avec vigueur , 11, 2
l8 JIISTOIRE DE LA UBERTé
c^ap. h. leur citadelle, et la reprirent Le 6 septembre» 1401-1411. Afop jjg firent derAander la paix aux Florentins,
eij leur offrant le remboursement de l'argent que cfeuX-ci avaitept payé : en même temps , pour faciliter la négociation , ils rappelèrent de J l'exil Jean Qarobaéorta , dont la faipilfë avait toujours été layorisée par les Florentins , et ils 1$ nommèrent capitaine dp peuple : mais» toutes leur? offres furent tejetées ; il fallut recourir aux armes , et les Pisans , non. contens de combattre euxrmêmes , * sacrifierait avec empressement leur richesse pour appeler h leur service dft* condottieri» de toutes les parties dç l'Italie. L3 guerre" continua plus d'une muée. L&a Pisans perdirent successivement les, châteaux forts dç loug territoire ; ils furent ensuite bloqués dans la ville pendant la campagne de >4o6 , et ils sup<r portèrent avec courge les privations , les roa^ ladies, et enfin la famine. Mais le chef qu'ils s'étaient donné , Jean Gambaqorta , n'avait point le même hérqïsme. Il traita secrètement avçc lea Florentins, par lesquels il se fif; donner cinquante mille florins et le comté de Bagne j à ce prix il leur ouvrit les portes de Pise , dans la nuit du 3 ait 9 Novembre 1^06. Les Florentins firent ce qu'ils purent pour réconcilier les Pisans au joug qu/iMear apportaient. Leur armée^éfcait précédée dans cette ville affamée par des convois de pain que ]fy soldats distribuait eux-
mêmes à tous ceux qui, leur en: demandaient. c*ap. w- Le commissaire de la république, Gino papponi,, «4©m*i»promit non seulement que les vainquetue observeraient une stricte justice ^naais qi>ils accorderaient des priviléges*au peuple conquis. Toutes ces avances furent inutiles*; les Pisans éjaielh trop fiers pour obéir kdes rivaux qu'ils .avaient si long -temps combattus : presque toutes les familles les plus anciennes ou les plus riches passèrent à Lucques/en Sardaigne*çt eu Sicile* Les jeunes gens s'engagèrent- presque tous dans les compagnies d'aventure, pour retrouver dans les camps une indépendance qu'ils nç pouvaient plus espérer dans leur patçie j et Pi§e, en perdait ' sa liberté , perdit son commerce , sa population et tous les restes dé sa prospérité. *
Les Florentins" 8e proposèrent de soulager la misère de Pise, et d'y appeler un grand cohccrtrrs d'étrangers , en offrant cette ville h l'Église pour y assembler le concile qui avait pour objet de terminer le grand schisme d'Occident. Ce sehisme durait depuis 1378. Pierre de Lun^, Aragonais, un des cardinaux qui l'avaient fait a^tre, avait remplacé à Avignon Clérpent VJI, mort en 1394* Dans l'autre division de l'Eglise, la*suo» cession des papes avait été plus rapide. Boniface IX, qui succéda er^i3$g du turbulent Urbain YI , se montra beaucoup pins homme de guerre qu'homme d'église ; il reconquit succoqsh
20 HJSTOlflE DE LA LIBERTE
(hiâp. 1%. veinent les Etats que vson prédécesseur avait i 401-141». perdus; il rentra dans Rome, et il y affermit son âétorité^par des supplices. Innocent VII, qui luî'succéda 'en i4<>4"> était, un homme doux et modéré; cependant, bommreil abandonna l'autofr té*à son frère , et que celui-ci voulut aussi ré- - g^cl par lp terreur, il révdltales Romains par ses . Cruauté*; le ^ape fut de nouveau chassé de sa Capitale; il mourut en 1406, peu de temps après f être rentré , et le Vénitien Grégoire XII , lui fut donné pour successeur, ; ' Dans l'une et l'autre section de l'Église la prolongation du schisme était considérée comme une Tïfaite et un malheur pour la chrétienté :' d'une et <f autre p&rt les souverain mettaient un grand zèle pour le supprimer , mais des deux côtés les papes leur opposaient une résistance opiniâtre : élu? par les deux collèges de cardinaux sous la condition expresse' qu'ils seraient prêts à faire là tfepsion de leurs droits , à abdiquer en même temps^que leur compétiteur, ils s'y étaient refusés , ou en avaient retardé le moment par mille artifices. Benoit XIII avait été assiégé dans son palais d'Avignon par les troupes du roi de France *jpour le contraindre à la cession; mais depuis qu'il s'était déclaré prêt à la faire, son adversaire , Grégoire XII , fi£y était refusé. Celui-ci s'était cependant avancé jusqu'à la Spezia, et • Grégoire jusqu'à Lucques, pour se réunir en
conférence avec les deux collège^ ; mais l'un et chap. i& l'autre s'obstinaient à ne pas faire le dernier pré. «I»*1*»* Enfin leurs cardinaux impatientés les abandonnèrent à la fin de l'année 1 4o8 ; ils se réunirez à Livourne, et.ee furent eux 'qui convoquèrent a Pise un concile œcuménique pour le mois de mars i4°9- Ce concile, qui réunit des prélats de la plus grande partie de la chrétienté , après d'assez longues discussions, condamna et déposa, les deux papes le 5 juin 1^09 ; et le 7 juïlletie^cardinaux réunis des deux obédi#ncçs en nommèrent à leur, place un Jroisiètne ,. Alexandre V : mais les papes déposés n'obéirent point à la sen* * * tence du concile; tous deux conservèrent «n petit troupeau de fidèles , l'un en Âragoh , l'autre à Rimini r où Grégoire s'gtait retiré , -et à Naples : en sorte qu'au lieu de deux papetf l'Occident en compta trois. Il fallut , pbur achever de terminer le schisme, assembler, le Ier novembre i4*4? k Constance, un second concile général , qui força deux des papeafa abdiquer, et qui déposa le troisième. En rçiéme temps l'Eglise, réclamait avec instance une réforme : pour l'accomplir, un troisième concile fut assemblé à Bàle le a3 juillet i43 1 r et celui-là commença un nouveau schisme.
. Pendant que le siège pontifical 'était disputé par deux ou trois prétendant x obligés de se défendre,,non seulement les uns contre les autjcc^
chap. i*. tuais contre lf tirs propres cardinaux etr contre uot-uti toute Wchrétietrté, le*<pi dé Napîes profita de levtt embarras pour s'emparer de presque tout l'État de l'Église, Ce toi était Ladislas/ fils de Charles III dé Durad, auquel il avait succédé ëti i386, étant alors âgé de-difc ans. Un prince mineur comme Ladtslas , Louis II d'Anjou , lui disputait la couronne. La reine Jeanue, lorsquelle étpit pressée par les Hongrois , avait adojfté^iouis I, duc d'Anjou, (bèx/b de Charles V, quittait entré, eiM 38a dans le royaume dé Napîes^ et qui y était iftort et\ 1 964; ^ avait laissé \m
1 • fils, Louis II, £ncore en basâger auquel sa mère et secr partisans donnaient le nom de roi de Sicile. La guerre entre ces deux enfaîis , que dirigeaient leurs* mères, ruinajç. royaume de Naplès pendant lea dernières années du quatorzième siècle , et, lui fit 'perdre toute influencç sur lé reste de l'Italie. Ce ne fut qu'en 1399 que Ladislas réussit à chasser • les princes d'Anjtm du royaume de Naples, et à* le, soumettre tout entier. Il avait 'grandi au- ifiilieu nias guerres civiles , rece vaut la dure éducation des privations et des dangers i tour à tour compromis c/U secondé par les itftrigues et la trahison. Il était brave; il avait bien appris l'art de la guerre, et mieux encore celui de' la dissimulation et de la perfidie. Soii ambition était sans bprhes i et aucune règle morale ne gênait ses passions. Après de courtes tentatives
JAH ITALIE. „ % *3
pour conserver la Prt}V4nce ou acquérir )a pou- caàp. i*. ronne de Hongrie, auxquelles sa naissance lui 15oèiI^tl donnait des droits., il juge* plus avantageux jdri tourner tous ses efforts cqntre les JÉtats lirais trophes de l'Italie. Il s'emparç de Rome au moië d'avril j 4o8, et bientôt après de Pérquse j^il s^h* mit la plupart dès villes de la Marche et cbi'du-< ehé de Spolèto; de là il entra eif Toscane, ra* vagfca les campagnes d'Àreeaa^t celles â^ietinè* *et s'etrij>ara de Cortone. ' * *a
Les Florentins $ lorsqu'ils se firent attaqués par ce prince ambitieux eLsatâ tpi , £vyec*leqnél ils n aVaient aucun sujet de cyuerelle *résolùretft de lui opposer Louis II d'Anjou qu'ils rappe^ ièrent de France ett l4°9> ^t qjiquel ils offrirfetit des subsides pour l'aider à tegagùçt'jptputetiW de Nàpleë. En ftièuiatfctaps ils s'attachèrent , par une alliance plus iritfyne , à l'un des deux généraux qui attiraient alors sur eui l'attgmiioii dé toute 'l'Italie. Parmi les nombreux - capitaines qui s'étaient formés à l'école d'Albério de Ëitfbiano , il y en avait deux qu'on regardât comme l'emportant beaucoup sùf totales autres par les progrès*qu'jl6 avaient fait fajre à Pari de la guerre : d'une pfrt, Brafccia de Mc^tane, gentilhomme de Perugia , s'^tarbattaché , pour rendre son armée maniable , à augmentait nombre deè officiers , et à les accoutumer k combattre en corps détachés qui se di$per$#jent*et se ralliaient
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chip. u. à sa. volonté j Sforza Àttpndolo d'autre partT i4oa-x4ia. paysan de Cottignola, dans la Roinagne, qui s'étaii distingué1 d'abord par sa prodigieuse force de corps et^parsa bçavoure, avait bientôt montré des talens égaux pour la tactique ; mais au lieu d'adopter le «nouveau système de Braccio, il s'étailappliqué à perfectionner l'ancien : il continuait araire; mouvoir par grandes niasses son armée ^ue* personne ne conduisait avec plus ^ensemble et d'aplomb j en même teinps,Braccio s« signalait par^ une valeur impétueuse , par une stratégie piympte> décisive pt quelquefois hasardeuse ; Sfqpza, au contraire^ se faisait remarquer par la prudence, la constance et le sang -froid. Bientôt tous les soldats aventuxiers de l'Italie se partygèrenl^entre ces deux capitaines qui , à peu près du tnême âge et ayant fait leurs premières armes ensemble , $ê trouvaient opposés par une rivalité de gloire et d'intérêt. On donna le nom d'écoles des Bracceschi et des Sforzeschi à leurs deux bandes;, et lorsqu'un Etat appelait l'un des deux à sa solde , il était presque toujours sûr d'avoir l'autre pour eonemi.
. Les Florentins formèrent avec Braccio- une alliance intime, et Je mirent è la tête de leur armée. Us lui assurément une pension considérable , même ppur le tejpps où il jifc serait pas à leur solde, sou$ cogjlitioft qu'il reviendrait toujours ai eux d&§ qujjk appelleraient. Louis d'An-
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jou ne leur rendit que très peu de service; comme chap. «. il faisait la guerre pour eux dans l'État de Rome, 1*»-,4,a* il apprit que les Génois s'étaient soulevés contre les Français , le 6 septembre i4°9> et les avaient chassés de leurs murs : il craignit alors que ses communications avec la France ne fussent interrompues , et il retourna en Provence. Mais aprè* son départ, Braccio de Montone continua la guerre avec succès contre les Napolitains ; et, le a janvier i4io, il se rendit maître de Rome avec l'armée florentine. La république cependant n'avait pas plus tôt remporté un avantage signalé ' sur Ladislas , qu'elle lui offrait la paix» Celui-ci s'empressait de l'accepter j il se liait par les traités les plus précis, les strmens les plus solennels, mais à peine les avait-il prêtés qu'il les violait avec effronterie. La guerre ne fut réellement interrompue que pendant le temps nécessaire pour reposer les troupes : chaque année il fallait faire une nouvelle campagne. Deux fois Louis II d'Anjou fut rappelé en Italie par les Florentins; il remporta, le 19 mai 141 1, à Rona-Secca, une grande victoire sur Ladislas , dont il ne sut pas tirer parti. Il se retira enfin , et laissa Ladislas achever la conquête de l'Etat ecclésiastique, taûr uia-uai. dis que Jean XXIII, successeur d'Alexandre V, se débattait pour empêcher la convocation du concile de Constance, qui le déposa. Ladislas, qui devait en partie ses succès aux talens et à la
chat. iz. braVoUré de Sforzà, qui s'était mis à sa solde y i4i».i4fti'. fusait chaque aniiéé quelque conquête eii Toscane ; il menaçait de tous les oftés à la fois \û république florentine, qtu, épuisée par des efforts continus , ne se trouvait plus assez de ressources pour lui résister , et cotnménçait à perdre Pe&pérance, lprsque le roi de Naples fut atteint, dan£ Son camp, chine maladie violente et des plus douloureuses , qui fut attribuée à ses débauches ; il se fît reporter à Naples en litière, mais il mourut en y sUrivant, le 6 août i4t4- ^a sœur, k Jeanne II , Veuve d'un fils du duc d'Autriche , lui succéda. Elle était àgéè de Quarante-cinq ans, mais , comme son frère , elle-së livrait sans retenue au libertinage ; elle abandonna le gouvernement de l'Etat à ses jeUties amans , qui se disputaient le pouvoir par les arrties; ils appelèrent à son service , à celui de dott second mari , où des deux princes rivaux qu'elle adopta tour à tout comme ses fils , les deux armées de Sforza et de Braccio ; ils causèrent ainsi là ruine du royaume de Naples , et cessèrent de menacer le reste de l'Italie.
Au moment, il est vrai, où Ladislas disparaissait, un nouvel ennemi commençait à causer de l'inquiétude aux Florentins : c'était Philippe- Marie Visconti, frère de Jean-Marie et troisième duc de Milan. Il fut reçu dans cette capitale le 16 juin i4i2> quatre jours après le
meurtre de son frère. En mêôke. temps il époorfa <***> « la veuve» de- Facino Cane-} l& puissant can<tofc- **,*,t**r tiere qui avait tenu Jeak-Maiie dans là dépendance , et qm ,ét*it mort kr mêtçe jertfr ^ue hfi. Pat: ce mariage si brusqua il s'asàilfeit de Far* mée de Facki& Cane , qai était effectivement maîtresse de la' plus grande "partie du' Mil âne*. Avec sou aide ib entreprit immédiatement dtiktegotivtfe* le reste de cet Etat des inaîap des tyrans qui s'étaient partagé le* domaines de son père. Philipp^îîîàrie réUniséait/c^infe Jwerôaléiés , une ambition démèlurée à une timidité e&teôàie* 11 combattit «nvefc rôeolutioû dans là prefaiièm année dé son règne , apnée qui devait * dérider de, son existence centime grince ou cdi*met*ijftt; maïs dâs4érs , quoiqu'il fît*âans fcesse la guerre , il ne; se montra pluraux atmées : même dans ses palais > dans êtes jardina il* fuyait les regards des hommes; il ne voulut jamais Consentir à une entre vue avec FeUipereaK Sigistnond ^ lorsque celui-ci vint à Mdarvpoui^travaiUer à Te&iinetàoà du schisme* On assuré qu'ayapt le sentirtiént dé son extrême laideur y il ne pouvait suppdtteî* l'humiliation d'attirer le& regards sur luiv Aiutant que son père , il eut Fart de distinguer lefc grands talens et de s'attacher les meilleurs capitaines de l'Italie ; mais il momtra beaucoup moins que lui de confiance dans ceux qui en auraient été dignes j et bietf mokis de constance ou d'élévation
chap. ». dans ses projets. Toujours aussi craintif qu'ara» uu-i4*t. bitieux , il méditait des attaques contre tous ses voisins ; mais il se décourageait au premier rfevers*' Versatile dans sa politique, il n'avait pas plus tôt fait la paix qu'il recommençait la guerre; et il avait à peine contracté une alliance, qu'il recherchait les ennemis de son allié. II semblait ne s'alarmer pas moins des succès de ses généraux que de ceux de ses ennemis » il était toujours le premier kles arrêter et aies empêcher d'en recueiljiç les fruits; en sorte que sa conduite tortueuse amenait fchaque jour des résultats inattendus. En même temps, sans pitié pour ses sujets, qu'il exposait .tour à tour aux vexations de sea soldats e£de<ceux des ennemis , il eût ruiné la Lombardie , si la fertilité de cette riche province ne s'était pa* trouvée plus puissante encore que ses efforts pour depuis er.
Dans le combat de Monza, qui lui assura la succession de son frère et qui fuj le seul auquel M assista, Philippe-Marie remarqua la valeur brillstnte de François Carmagnola, soldat de forttme piétàontais, auquel il donna un commandement. Celui-ci justifia le choix du duc par les talens les plus distingués pour la guerre, les exploits les plus éclatans et le caractère le plus noble. François Carmagnola fut, au bout de peu d'années , mis à la téta des armées de Fhilippe-o Marie j et *de liajmée 1 4* a à Tannée 1 4 2 * >
EN tTAÎÀÉi 2$
il attaqua successivement les tyrans qui s'étaient c*ap. i*« partagé l'héritage de Jean Galéaz, et il réduisit ,*IM*aitous letfrs petits Etats sous la domination du duc de Milan. Là république de Gênes elle-même se soumit à lui en î^1? aux mêmes conditions sous lesquelles elle s'était soumise auparavant au rôi de France : elle se n&serva ses libertés , et elle n'accorda au lieutenant du duc , qui fut le même François Carmagnola, que les prérogatives qui, par la constitution, étaient réservée^ au doge.
Dès que Philippe-Marie eut achevé la cori- 14*1-1433. quête de la Lbmbardie x û reprit les projets die son père , pour subjuguer également la Rorriagne et la Toscane. Il renoua les alliances que Jean Galéaz avait contractées avSc les tyrans gibelins delà première province ; il recommença ses intrigues contre la république de Florence , et il les combina avec celles qu'il entretenait en même temps dans le royaume de Naples. Jeanne qui avait renvoyé en France son seconS mari , Jacques, comte de la Marche,, et qui n'avait point d'enfans, avait adopté ep 1420, à la persuasion d'un de ses amans ,* Alphonse le Magnanime , roi d'Aragon et de Sicile,, auquel elle consigna quelques uns des châteaux de Naples; puis en ifa'i elle révoqua cette adoption pour y substituer celle de Louis III d'Anjou, file de Louis II. Le premier se mit à la tête de l'ancien parti de Duràz, le second fut secondé par le parti angevin, et
3o HISTOIRE DJB I*A LIBERTÉ
€iup. ii. (]ang leurs guerres civiles les deux grands çapit49i-u3». ^^oeB^ gfo Wa et Braccio , opposés l'un h l'autre, acquirent de nouvaùx titres de gloire. Le duc de Milan fit alliages avec Jeanne IJiçt Louis III d'Anjou, et Sftwz», npmmé connétable du royaume, fut leur général f Lgs Floroptips demeurèrent attachés à Bp^cçio/qu'Alpi^pn^e avÂt nommé gouverneur des Abrites, et qui &i même tertips s'était emnaré de la seigneurie de Pérouse sa patrie : il avait trouvé daiis les Pérousios des dispositions belliqueuses ; eo le* associant h sa glaire, il les faisait profite** de» richesses qi|e lui valait le métier des armes; déjà il avait subjugué plusieurs petits Etats Voisins, et il paraissait s'occuper d'étaBlir dans cette province une principauté militaire , que Jet Florentins acceptaient comme alliée pour défendre de concert l'indépendance de là Toscane. Mais Sforza et Brpccio périrent, lorsque l'Italie attendait avec anxiété les résultats de la lutte qui allait recommenqer entre eyx. Sforza se noya le 4 janvier i4a4* au passage du {jleuvç Pescara; Braccio fut blessé mortellement à la bataille de l' Aquila, le a juin de la même année, François, fils du premier , recueillit l'armée de son père , et soutint le nom de Sforza auquel il devait ajouter une nouvelle illustration* Le fils de Braccio perdit au contraire la souveraineté de Pérouse, qui se remit en liberté le ag juillet; et les débris de
EN ITALIE. 3l
l'armée, formée par ce grand capitaine, se réu- c^ap.jx. nirent sous le commandement de Nicolas Piccij- ,4ai r,*3a' nino , ^on plus habile lieutenant*
Ce fut le moment que choisit le duc Philippe Marie, pour pousser ses armées en Romagne, et attaquer avec vigueur lés Florentins auxquels il a*^it reconnu le droit de protéger cette pro^ vinçe. Ceux-ci pris $u dépourvu, et n'ayant point à la tête de leurs troupes des généraux exi périmentés, éprouvèrent, du 6 septembre i4^3 au 17 octobre \^5y six défaites successives 9 on combattant, daps la Romagne ou la Iagurie les troupes du duc de Milan. Ils rassemblèrent, sans se laisser décourager, leur armée pour la septième fois ; et le patriotisme de leurs riches marchands put suppléer à la pénurie de leur trésor. Mais en même temps ils envoyèrent leurs hommes les plus distingués en ambassade à Venise , pour représenter à cette république , que si elle ne se joignait pas à eux pendant qu'ils étaient encore debout, c'en serait fait de la liberté italienne. Loren^o Ridolfi , l'un des dix de la guerre , qui avait été député à la seigneurie de Venise , en voyant conjbieu ellç avait peine à se résoudre , s'écria : « Nous reconnaissons a que nous avons eu tort de #e p^s nous opcc poser quand il était, temps à Phi|ippe-Marie , ce car par nos lenteurs nous l'avons fait duc dp
3 il HISTOIRE DÉ LA LIBERTÉ
chap. ix. <( Milan et maître de Gênes ; mais vous , en nous ï4*«-i43*. tt sacrifiant, vous allez le faire roi d'Italie; et à <c notre tour, s'il faut nous soumettre à lui , nous «•■le ferons empereur, » Un illustre fugitif, qui arriva vers le même temps à Venise , François Carmagnola , acheva de décider cette république en lui faisant connaître les projets que le duc de Milan avait formés pour la subjuguer. François parmagnola excitait la jalousie du duc de Milan par la gloire que lui avaient acquise les victoires remportées à son service , et par le crédit qu'il exerçait sur ses soldats. Il avait été disgracié sans que le duc assignât aucune cause pour le priver de ses emplois j il était revenu à la cour, mais jamais il n'avait pu obtenir la permission de voir son maître ; il était alors passé en Piémont sa patrie; aussitôt sa femme et ses filles avaient été arrêtées et ses biens séquestrés ; enfin , s'étant rendu par l'Allemagne à Venise , on y avait surpris des émissaires du duc qui cherchaient à l'empoisonner. Le doge, François Foscari, qui ' désirait illustrer son règne par des conquêtes , engagea le sénat de Venise à s'opposer à l'ambition du duc de Milan. Une alliance fut formée entre Florence et Venise ; le marquis de Ferrare, te seigneur de Mantoue , les Siennois , le duc Àmédée VIII de Savoie, et le roi Alphonse de Naples, s'y associèrent successivement. Cette
ligue déclara la guerre, le 27 janvier 1426, chap.i*; au duc de Milan , et Carmagnola fut chargé ,4aw43ad'assembler une année de seize mille cuirassiers et huit mille fantassins , dans l'État de Mantouc
La fortune de la guerre , dans la campagne de 1426, suivit Carmagnola; il fut aussi heureux contre le duc de Milan qu'il l'avait été à son service, et il lui enleva la ville et toute la province de Brescia. Le duc , par un traité du 3o décembre , .abandonna cette conquête aux Vénitiens : mais il employa l'hiver à rassembler ses forces , et dès le commencement du printemps il recommença la guerre. Il avait fait équiper sur le Pô une puissante flotte, avec laquelle il croyait pouvoir se rendre maître des deux États de Mantoue et de Ferrare , alliés des deux républiques. Cette flotte , attaquée près de Crémone par les Vénitiens, le 21 mai i427> fu* brûlée après un combat acharné. Le duc de Milan avait mis à la tête àe ses armées Nicolas Piccinino , l'élève de Braccio , qui lui avait amené l'élite des soldats Bracceschi : celui-ci attaqua, le la juillet, Carmagnola, à Casai - Sec co; mais la chaleur était excessive , et la poudre du terrain desséché s'élevait si fort sous les pieds des chevaux , que les deux armées 7 perdues clans une obscurité aussi épaisse que celle de la nuit , ne pouvant plus se reconnaître ni donner ou rece- 11. 3
chap. ix. voir des signaux , furent obligées de se séparer, 1421-143». gans qUe }'une ou l'autre pût s'attribuer l'avantage. Une troisième bataille fut livrée le 11 octobre 1427 à Macalô, au milieu d'un marais. Carmagnola y défit complètement l'armée Milanaise, que commandait Charles Malatesti, et où l'on voyait réunis, François Sforza, Nicolas Piccinino , et les capitaines les plus illustres de l'Italie. Mais par une générosité imprudente, Carmagnola rendit la liberté à tous ses prisonniers, et il provoqua ainsi le ressentiment des procurateurs de Saint - Marc qui l'accompagnaient. Une nouvelle paix, signée le 18 août 1428 , suspendit encore les hostilités , sans réconcilier les parties, ou leur inspirer aucune confiance.«Les Florentins voulurent profiter de cet intervalle de repos pour attaquer Paul Guinigi , le seigneur de Lucques , dont l'alliance avec le duc de Milan les avait irrités, et qui avait ensuite été abandonné par le "duc. Les Lucquois saisirent cette circonstance pour se révolter contre leur seigneur, au mois de septembre i43p , le déposer , et l'envoyer prisonnier à Milan. Les Florentins furent ensuite chassés de l'État de Lucques par Nicolas Piccinino, qui les défit sur les tords du Serchio, le 2 décembre suivant ; et la guerre générale recommença.
Dans cette dçrnière campagne la fortune aban-
donna Carmagnola. Il se laissa surprendre à chap. w. Soncino, où il* était avec son avant-garde, le immi&*' 17 niai i43i, par François Sforza* et seize cents de ses cavaliers furent faits prisonniers. Il rejoignit cependant son armée qui était encore brillante, et le 23 mai il s'approcha du Pô , pour seconder une ' flotte vénitienne qui voulait tenter l'attaque de Crémone ; mais cette flotte , acculée par celle des Milanais contre. la rive opposée, fut brûlée en sa présence , sans qu'il fûtà portée de la secourir. Quelque désir qu'il eût de réparer ces échecs, il ne put pendant le reste de l'été rejoindre son ennemi ; une épizootie terrible s'é* ♦tait répandue parmi les chevaux dans toute l'Italie, sa cavalerie en fut démontée,* et comme le sort des batailles dépendait alors uniquement de la gendarmerie, cette calamité le réduisit à une complète inaction. §
Le sénat de Venise, qui s'était fait la règle de ne défendre la république qu'avec des armes étrangères, de ne jamais appeler ses citoyens sous les drapeaux , soit comme généraux , spit comme soldats , y avait joint celle de contenir, par une rigueur extrême , ces aventuriers étrangers dont il formait ses armées , et de ne supposer aucune vertu à des hommes qui trafiquaient de leur sang. Il se défiait d'eux , il les croyait toujours enclins à la trahison*; et s'ils étaient malheureux , ne fussent-ils coupables que d'impra-
36 HISTOIRE DE IiA XJBERTÉ
chap. ix. dence, il les en rendait responsables; il voulait i4«-i43*. que ses condottieri fussent bieg avertis qu'ib ne perdraient, pas les armées de la république , sans perdre aussi la vie. Il joignait cependant à cette ri&ueur la perfidie et le mystère propres aux aristocraties. Décidé à punir Carmagnola de ses derniers revers , il commença par le tromper en le comblant de marques de déférence et de confiance. Il ^'invita , au mois d'avril 1 43a , à venir k Venise , pour arrêter, avec la seigneurie , le plan deJa campagne qui allait commencer. Les sénateurs les plus distingués allèrent au-devant de lui, et le conduisirent en pompe au palais du doge. Carmagnola , introduit dans le sénat , fut assis à la place d'honneur ; on l'invita à parler, et on ap plaudit à ses discours. Le jour baissait cependant, on n'avait, point encore apporté les flambeaux, et le général ne distinguait déjà plus les physionomies de ceux qui l'entouraient , lorsque tout à coup les sbirri s'élancèrent sûr lui , le chargèrent de fers , et l'entraînèrent dans la prison du palais. Le lendemain , il y fut appliqué à une torture cruelle , rendue plus douloureuse encore par les blessures qu'il avait reçues au service de la république. Les accusations formées contre lui, et ses réponses aux interrogatoires, furent ensevelies dans le profond secret dont le sénat de Venise couvrait tçus ses actes ^ mais, le S mail 432 , François Carmagnola, vingt jours après son ar-
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restation, fut conduit entre les deux colonnes chap. ix. de la place de Saint-Marc, avec un bâillon dans >4ai-i43a. la bouche , pour l'empêcher de protester de son innocence ; et il y eut la tête tranchée en présence d'un peuple frémissant que le sénat de Venise ne voulait gouverner que par la terreur. .