‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute;Chapitre 27 sur 31 · CHAP. XV · texte numérisé non relu

CHAP. XV

Les trais guerres cruelles dont nous avons pressé les événemens dans le dernier chapitre, des. Français et des Suisses dans le Milanez , des Français et des Espagnols dans le royaume de Hfïaples, des Français, des Espagnols, des Allemands et des Suisses dans la Vénétie , avaient r$vi à l'Italie son indépendance. La contrée à laquelle l'Europe devait ses diverses connaissances, la science médicale de Salerne et la science légale de Bologne , la théologie de Rome , la phi- !T losophie, la poésie et les beaux-arts de Florence,

la tactique et la stratégie des Bracceschi et des Sforzeschi, le commerce et la banque des Lombards , la théorie de l'irrigation et toute l'agriculture scientifique des plaines comme des collines; cette contrée n'appartenait plus à ses propres habitans : elle voyait continuer chez elle la lutte des ultramontains se disputant à qui l'occii^erait; et la guerre ne lui laissait que les souffrances d'une

longue agonie sans espoir. En vain, Jules II se chap. xv. félicitait d'avoir expulsé les Français , qui , les premiers, avaient imposé à l'Italie un joug étranger ; en vain , il s'écriait qu'il ne se reposerait plus jusqu'à ce qu'il eût chassé également de l'Italie tous les barbares ; il se trompait sur les résultats de sa politique , il n'avait point chassé les barbares, mais il les avait remplacés par d'autres barbares , et les derniers venus étaient de plus cruels oppresseurs que les premiers. D'ailleurs, ce projet d'affranchissement national, que le pape seul pouvait encore suivre en Italie avec quelque espoir de succès , fut bientôt abandonné : huit mois après l'expulsion des Français du Milanez , cinq mois après le rétablissemeijt des Médicis à Florence, Jules II succomba, le ai février i5i3, à une maladie violente. Jean de Médicis lui succéda le 3 1 mars , sous le nom de Léon X, onze mois après avoir été fait prisonnier par les Français à la bataille de Rarvenne , et six mois après que les armes des Espagnols lui eurent donné la souveraineté de Florence sa patrie.

LéonX a eu lé singulier bonheur que son nom soit demeuré attaché à la plus brillante époque des lettres et des arts depuis leur renaissance. On l'a fait participer à la gloire des poètes et des philosophes, des savans, des érudits et des artistes ses contemporains; on a paru croire qu'il avait fornjé des htfmmes , pour la. plupart ses il. i3

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chap. xv. aines, et déjà célèbres ayant lui,, tandis qu'il i5i3. n'eut à leur "égard d'autre mérite que d'avoir répandu sur eux ses largesses. D'ailleurs, son règne , qui dura moins de neuf ans , fut marqué par d'horribles calamités qui précipitèrent vers leur ruine ces arts et ces sciences auxquels dut son éclat le siècle de Léon X; et les malheurs qu'il attira sur son successeur furent plus effroyables encore. Ce pape était lui-même un homme de plaisir, facile, insouciant, prodigue, qui dépensa en fêtes somptueuses les immenses trésors accumulés par son prédécesseur. II eut assez de goût pour orner ses palais des chefs-d'œuvre de l'antiquité et de ceux de ses contemporains; assez d'eaprit pour se plaire dans la société des philosophes et des poètes; mais il n'eut jamais assez d'élévation d'âme pour comprendre ses devoirs, pour consulter sa conscience. Sa conversation indécente , sa conduite déréglée , scandalisèrent l'Église : il encouragea par ses prodigalités le trafic honteux des indulgences , qui fit éclater le schisme de Luther. Son inconséquence, son indifférence pour les souffrances des peuples, lui suscitèrent ïeê guerres les plus ruineuses qu'il n'était nullement en état de soutenir. Il ne songea jamais à assurer l'indépendance de l'Italie, ou à en écarter les barbares , et ce fut seulement pour agrandir sa famille qu'il contracta ou qu'il rompit des alliances avec lés ultramçmtains. Il

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réussit, en effet, à faire nommer son frère Julien, chap. xv. duc de Nemours, et son neveu Laurent, duc d'Urbin; mais il avait voulu former un état nouveau des districts de Parme, Plaisance, Reggio et Modène pour son frère; et un autre des fiefs de plusieurs petits princes qui se maintenaient encore dans les États de l'Église , pour son neveu ; sa. politique tortueuse pour arriver au premier résultat y ses perfidies et ses cruautés pour atteindre le second , auraient dû être jugées plus sévèrement qu'elles ne l'ont été par l'histc^ire.

Le souverain pontife et la république de Venise étaient les seules puissances de l'Italie qui conservassent encore quelque ombre d'indépendance. Jules II avait réussi à ramener sous la souveraineté directe du saint-siége, la Romagne , la Marche, le Patrimoine et la campagne de Rome, Il n'avait épargné parmi les vassaux de * l'Église que le seul duc d'Urbin, Jean -Marie de la Rovère, son neveu. Au moment de la déroute des Français» il s'était encore emparé de Parme et de Plaisance , qu'il avait détachées du Milanez , sans qu'il eût le moindre titre à leur possession; il avait de même çnlevé Modène au duc de Ferrai'e qu'il haïssait. Léon X avait trouvé le saint-siége en possession de tous ces États, et en même temps il était lui-même tout-puissant à Florence ; le moment de son élévation au pontificat fut même signalé par un événement qui

chaf. zt. montra que cette république ne conservait plus ,s'3- l'ombre de sa liberté. Les partisans des Médicis prétendirent avoir découvert à Florence une conspiration dont ils ne donnaient d'autres preuves que quelques propos , quelques vœux proférés pour la liberté. Cependant, les citoyens les plus illustres furent arrêtés; Macchiavelli, avec plusieurs autres, fut soumis à la torture; Pierre Boscoli et Agostino Capponi eurent la tête tranchée , et ceux qu'on nommait leurs complices furent exilés. Les deux républiques de Sienne et de Lacques obéissaient en tremblant au pontife , en sorte que toute l'Italie centrale , peuplée d'environ quatre millions d'habitans , dépendait du pape. Mais la cour de Rome , depuis qu'elle avait cessé de respecter les anciennes libertés municipales, n'étendait jamais son pouvoir sur une province nouvelle sans ruiner sa population et ses ressources. La légalité et l'ordre semblaient incompatibles avec le gouvernement des prêtres; l'intrigue et la faveur prenaient la place des lois; les monopoles détruisaient le commerce; la justice s'enfuyait des tribunaux, la prévoyance, des conseils , et fa valeur, des armées. On ^lisait proverbialement que les armes de l'Église n'avaient point de tranchant. Le grand nom du pape remuait encore au loin l'Europe ; mais il n'apportait plus de forces réelles aux alliés qu'il adoptait. .

La république de Venise , avec un territoire ciup. xv. moins étendu et une population moins nom- l5t3, breuse , était en réalité beaucoup plus puissante que l'Église , parce que ses sujets, s'ils ne Jouissaient pas de la liberté, avaient du moins un gouvernement qui maintenait la justice , l'ordro et la légalité. Leur prospérité matérielle était entretenue avec intelligence , et en retour ils se montraient contens et dévoués. Mais les guerres suscitées par la ligue de Cantbrai avaient accablé cette république d'affreuses calamités. La ville de Venise , en sûreté au milieu des eaux , avait seule échappé aux invasions des barbares j encore ses quartiers les plus riches avaient-ils été désolés par des incendies : quant aux campagnes ou aux villes des provinces , toutes avaient éprouvé tour à tour la férocité des Français:, des Suisses , des Allemands et des Espagnols. Trois siècles et 'demi s'étaient écoulés tlepuis que cette même marche véronaise , berceau de la ligue lombarde 9 avait repoussé les invasions de Frédéric Barberousse. Mais tandis quelle monde se vantait d'avoir manche dès-lors vers la civilisation, que la- philosophie et la justice avaient mieux défini les* droits*de chacun, que les arts , les lettres et la poésie avaient augmenté la sensibilité et rendu les hommes plus accessibles à la douleur et à la pitiè> la guerre se fai* sait néanmoins avec une férocité dont on au«*

chap. xx. rait rougi dans les âges de la plus grande bar- *5s3- barie. Lé massacre de tous les habitans dans les rilles prises d'assaut , le supplice de toute la garnison dans celles qui se rendaient à discrétion , l'abandon dans les autres de tous les captifs aux soldats vainqueurs , pour qu'ils extorquassent d'eux y par la torture , l'aveu de leurs richesses cachées , étaient devenus les usages communs de la guerre pour les soldats de Louis XII , de Ferdinand et de TVf aximilien. A mesure que les rois devenaient plus puissans, ils se montraient aussi plus orgueilleux ; ils se croyaient à une plus grande distance de la nature humaine ; ils étaient plus offensés de toute* résistance, plus incapables de compassion pour des souffrances qu'ils ne voyaient point ou qu'ils ne comprenaient pis ; les misères* qu'ils causaient se présentaient à eux jsous une forme plus abstraite; leur pensée s'arrêtait aux nombres et nori aux individus ; leurs cruautés se justifiaient au nom de la majesté royale offensée , et ils apaisaient leurs remords ed se considérant non comme des hommes , mais" comme des fléaux dans la main de Dieu. TroisKsièclës 3e sont encore écoulés depuis , et la civilisation n'a cessé de riiarçher; l'humanité a fi^it entendre une Voix toujours plus puissante, et personne n'ose se croire assei gfànd pour se dispenser d'être sensible. Toutefois ceux qui auraient horreur d'assister au supplice des

individus n'hésitent pas à condamner les- na- chap. xv. tions au supplice. Les crimes qui nous restent l5r3 à raconter ne méritent pas plus d'horreur jjuc ceux dont nous sommes aujourd'hui les témoins: les rois, en haine de la liberté, lancèrent, au seizième siècle, sur la malheureuse • Italie , la famine, la guerre et la peste, comme ils lancent aujourd'hui , el pour la même cause , sur l'héroïque Pologne, la faminey la ggefxe et le choléra-morbus. K

Lçuis XII , après avoir perdu le Milanez par la folle' ambition de reconquérir la .petite province du Crémonais , qu'il avait ^édée lui-même à la république de Venise, éprouvait de nouveau le désir de faire sa paix avec, cette république, sa première alliée en, Italie. De lp«r côté, les Vénitiens qui savaient que^ san^gurs tuésors , leur artillerie, leur .gendarmerie, les Suisses n'auraient pu sa mesurer avec les lançais et les chasser d'Italie, s'apercevaient jjpie leurs alliés ne voulaient leur tenir aucun cojnpte de leurs efforts et de leurs sacrifices. Maxjimilien y qui , en se joignant à eux , ne leur avait point .accordé la paix , m$is seulemeut une trêve, recommençait à ledr demander l'abandon de Vérone et de Vicence , et ne consentait à leur laisser quelques-Jïtats en terre- ferme , qu'autant qu'ils les rachèteraient de lui à un prix exorbitant. Le pape, pour les forcer a

chap. xv> cofasentir à de telles demandes , les menaçait l5l3*r d<* Pëxcommunicatiou ; et leur danger, après leur victoire , semblait aussi grand qu'il l'avait été après leurs défaites. André Gritti , Pun de leurs sénateurs, fait prisonnier à la bataille d'Ai- ' gnadel, et le même qui, durant sa captivité à Constantinople , avait signé la paix de sa patrie ay.ec les Turcs , profita aussi de sa captivité en France pour «i^gocier avec Louis XII. Il réconcilia la république avec ce monarque qui l'avait attaquée le premier , et leur alliance fut signée à Blois, teja4 mars i5i3. Ce traité fut cependant pqurVenige une source de calamités nouvelles. Une armée française, commandée par la^Trémoille , rentra bien dans le Milanez, et à soq. apjjrocne les Allemands et les Espagnols se retirèrent ; rpajs les Suisses, qui se glorifiaient d'aVoir rétabli Maxiiriilien Sforza sur le trône de ses ancêtres , étaient résolus à ne point l'abandonner \ ils descendirent en foule de leurs montagnes ; ils attaquèrent ^ le 6 juin i5i3, la Trémoille à la Riotta , près de Novarre ; ils le battirent , et le cechassèrent avec tous les Français au-delà des Alpes. Les Espagnols et les soldats de Léon X attaquèrent alors les Vénitiens sans aucune provocation ; ils étaient en paix avec.la république; mais ils envahirent son territoire au nom de Maximilien leur allié. Ils occupèrent le Padouan , le Véronais et le Vicen-

lin , depuis le i3 juin jusqu'à la fin de l'automne. c*ap. *v Ce fut durant cette invasion que les Espagnols lSl3' développèrent surtout cette cruauté froide , qui les rendit l'horreur de l'Italie ; cette cupidité qui multipliait les tortures, qui inventait des supplices toujours plus atroces pour arracher de l'or aux prisonniers. Les Allemands se ré- i5m. pandirçnt à leur tour dans les provinces vénitiennes durant la campagne suivante , et , après tant de barbarie , Christophe Frangipani , qui les commandait, trouva encore.^noyen de s'y faire remarquer par 'sa férocité.

Franfcois I" avait succédé à Louiç Xïl le ?5i5. ier janvier i5i5. Il renouvela, le 27 juin,; Je traité d'alliance de son prédécesseur avec Venise , et il entra , le 1 5 août , avec une puissante armée , par le marquisat de Saluces , dans les plaines de Lombardie. Il rencontra peu de. résistance dans les provinces situées au midi du Pô ; mais , pendant ce temps , les Suisses arrivèrent en force pour défendre MaximilieaSforza , qu'ils regardaient comme leur vassal depuis qu'ils l'avaient mis sur le trône. En vain le roi français voulut négocier ; ils n'écoutaient^>oint la voix de leurs chefs, la démocratie avait passé de leurs landsgemeinde dans leurs armées , des orateurs populaires réveillaient leur courroux ; et , le 1 3 septembre , ils sortirent impétueusement de Milan pour attaquer François Ier à Ma-

chap. iv. rignaii ; des fossés profonds bordaient la chaussée par laquelle ils avançaient ; leurs chefs au* raient voulu, par quelque manœuvre, écarter les landsknechts qui les bordaient , ou faire changer de position à l'ennemi ; mais les Suisses méprisaient tout art à la guerre , ils croyaient suppléer à tout par la force du corps et l'intrépidité. Ils marchaient de front sur les batteries; ils repoussaient avec leurs hallebardes les charges des cavaliers, et se jetaient avec fureur dans les fossés qui* leur barraient le chemin. Plusieurs arrivèrent jusqu'aux canons qui entouraient le rpi , et sur lesquels ils furent thés. La nuit survint cependant , et les deux armées demeurèrent entremêlées ; pendant quatre heures, elles combattirent encore au clair de la lune; unç obscurité complète les contraignit enfin à se reposer sur leurs armes ; mais Fon entendait toujours , d'un côté , la trompette du roi , qui indiquait à tous les bivouacs l'endroit où il se trouvait ; et de l'autre , les deux cornets fameux d'Uxy et d'Undervald , qui rendaient un service analogue aux 3uisses. La bataille recommença le 14 avec le jour ; l'acharnement était le même ; mais les Français avaient mis à profit la nuit pour se réunir et se fortifier. Le maréchal Trivukio , qui avait assisté à dix-huit batailles rangées , disait que toutes les autres ne lui paraissaient que des jeux d'enfans auprès de celle-

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là , qu'il appelait un combat de géans. Vingt chap. xv. mille morts couvraient déjà le terrain , dont les f 5l5deux tiers étaient des Suisses , lorsque ceux-ci , désespérant de vaincre , mais toujours menaçans , toujours terribles , se retirèrent sans que les Français osassent ]es poursuivre.

Cette effroyable boucherie hâta néanmoins le terme des guerres qui étaient nées de la ligue de Cambrai. Les Suisses ne se sentirent plud assez forts pour maintenir leur domination sur la Lombardie; huit de leurs cantons signèrent à Genève ^ le 7 novembre, un triai té de paix avec François Ier, qui les dédommageait, par des sommes d'argent considérable^ de toutes les prétentions, dont ils se désistaient. Le 12g novembre i5i6, tous les cantons accédèrent à cette pacification , qui prit le nom de paix perpétuelle ; et la France recouvra le droit de lever chez les Suisses toute l'infanterie dont elle avait besoin. Après la retraite des Suisses , Raymond de Cardone effrayé évacua la Lombardie avec les troupes espagnoles; les Français reprirent possession de tout le duché de Milan ; Maximilien Sforza en abdiqua la souveraineté , moyennant un revenu de 3o,ooo écus, qui lui fut assuré en France. Léon X se rangea du côté des vainqueurs ; il signa à Viterhe , le 1 3 octobre , un traité par lequel il rendait Parme et Plaisance aux Français; puis, dans une conférence

chap. xv. quHl eut à Bologne avec François Ier, du 10 au l5x5* i5 décembre, il engagea celui-ci à lui sacrifier les libertés de l'Eglise gallicane par le concordat, à abandonner la protection des patriotes florentins, qui étaient toujours demeurés fidèles à la France , et celle du duc d'Urbin. Léon X dépouilla celui-ci pour donner la souveraineté qu'il lui ôtait à son propre neveu , Laurent II de Médicis. Sur ces entrefaites , Ferdinand-le-Cai5i6. tholique mourut , le i5 janvier i5i6, et son petit-fils Charles lui succéda dans ses royaumes d'Espagne. Ce dernier signa, le i3 août suivant, à Noyon, un traité par lequel François Ier lui cédait tous ses droits sur le royaume de Naples, comme dot d'une fille nouvellement née qu'il lui promettait en mariage. Dès-lors Maximilien restait seul en guerre contre la république de Venise et la France* Pendant la campagne de i5t6, ses armées allemandes commirent encore d'horribles cruautés dans la marche Véronaise ; niais jamais il n'aurait eu assez d'argent portr faire la guerre sans les subsides de ses alliés. Demeuré seul , il ne pouvait- plus attendre de succès; il consentit donc enfin à accéder,- le 4 décembre, au traité de Noyon; il évacua Vérone , qu'il occupait encore , et les Vénitiens furent remis par les Français en possession de tous les Etats, ou à peu près, que la ligue de Cambrai s'était proposé de partager. Toutefois

leur opulence était anéantie, leur population chap. xv. réduite de moitié , leur constitution elle-même x5- 6" ébranlée , et ils ne furent plus désormais eu état de faire , pour la défense de l'indépendance de l'Italie , lçs efforts qu'avant cette guerre dévastatrice on aurait dû attendre d'eux.

Encore si l'Italie avait eu le temps de se reposer après tant de désastres, elle aurait recouvré ses forces et sa population , et lorsque la lutte aurait recommencé avec les ultramontains , elle se serait trouvée prête au combat ; mais la léger reté cruelle et l'ambition de Léon X ne lui en laissèrent pas le temps. Pendant que la famille de Médicis s'éteignait autour de lui, il rêvait pour elle des grandeurs nouvelles j il refusait aux Florentins de leur permettre de rétablir leur république, et il offrait son alliance à celui des souverains étrangers qui fonderait une principauté en faveur des bâtards de Médicis. Son troisième frère, Julien duc de Nemours, qu'il avait d'abord chargé de gouverner Florence, était mort le 17 mars i5i6. Le fils de Pierre, son frère aîné, Laurent II , qu'il fit duc d'Urbin , et qu'il envoya commander à Florence après Julien, s'y était rendu odieux par son orgueil pt ridicule par son incapacité j il mourut aussi le 28 avril 1539. LéonX, pour le remplacer, envoya à Florence le cardinal Jules île Médicis, qui iut depuis Clément VJI. IJ était fijs n^tuuel du pre-

chap. xv. inier Julien , tué en 1 478 dans la conspiration ,5lf>- des Pazzi : on le croyait alors le plus habile ministre du pape, et le plus modéré entre ses lieutenans. Julien II avait aussi laissé un fils naturel, Hippolyte, depuis cardinal, et Laurent II une fille légitime, Catherine, qui fut reine de France; enfin il avait un bâtard, Alexandre, le tyran futur des Florentins. Soit que Léon X se proposât de faire la fortune de ces enfàns, soit qu'il iût entraîné seulement par l'inquiétude et la légèreté de son esprit, il ne soupirait plus qu'après la guerre.

i5ig. L'empereur Maximilien était mort le 19 jan-r viër i5ig, laissant ses États héréditaires d'Autriche à son petit-fils Charles, déjà souveraip de toutes les Espagnes, des Deux-Siciles , des Pays-Bas et du comté de Bourgogne. Celui-ci, aussi -bien que le roi François, se présenta comme candidat à la couronne impériale» Les électeurs la lui décernèrent, le 28 juin i5ig; il fut dès-lors nommé Charles-Quint. L'Italie, l'Europe entière était menacée par l'accroissement démesuré du pouvoir de ce jeune jhonarque. L'Eglise, qu'il dominait par les Deux- Siciles, ne pouvait espérer de conserver quelque indépendance qu'en s'appuyant sur l'alliance des Français. Léon X en eut d'abord la pensée, et il signa les articles préliminaires d'une ligue avec François ; jnais changeant tout à coup de

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