‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute;Chapitre 28 sur 31 · I3SI · texte numérisé non relu

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parti , il invita Charles-Quint à chasser , de CHAP- xv concert avec lui , les Français d'Italie. Un traité secret fut signé entre eux, le 8 mai 1Ô21; il portait que le duché de Milan serait rendu à François Sforza , second fils de Louis le Maure ; que Parme , Plaisance et Ferrare seraient remises au saint siège, et qu'un duché, dans le royaume de Naples, serait assuré au bâtard Alexandre de Médicis. Le pape réunit son année à celle que l'empereur avait dans le royaume de Naples; le commandement en fut donné à Prosper Golonna et au marquis de Pescara; la guerre fut déclarée le ier août, et les troupes impériales et pontificales entrèrent à Milan le 19 novembre : mais au milieu de la joie de ce premier succès y Léon X mourut d'une manière inopinée , le Ier décembre i52i.

La mort avait dérobé Léon X aux dangers et aux anxiétés dans lesquels il s'était étourdiment précipité. L'épuisement de ses finances, causé par ses prodigalités, le laissait sans ressources pour continuer la guerre qu'il avait à peine commencée. Il léguait à ses successeurs un# détresse qui leur fut injustement imputée, et qui les rendit odieux au peuple ; car la guerre dans laquelle il les avait engagés sans motifs raisonnables fut la plus désastreuse de toutes celles qui affligèrent la malheureuse Italie. Il ne restait plus de puissance vraiment italienne qui pût y

chap. xv. prendre part pour la défense de tous. Venise se ,5ai' sentait tellement épuisée par les guerres de la ligue de Cambrai , qu'elle bornait ses efforts à maintenir sa neutralité , et qu'elle avait à peine assez de pouvoir pour la faire respecter. Florence testait asservie au cardinal Jules de Médicis ; tes républiques de Sienne et de Lucques > le marquis de Mantoue et le duc de Ferrure , demeuraient treinblans, prêts à obéir au plus fort ; tout le reste était sous la dépendance des ultramontains , car une élection inattendue avait donné pour successeur à Léon X, le g janvier 1 5^2, un Flamand, le pape Adrien VI, précepteur de Charles-Quint: ce pape n'avait jamais vu l'Italie, où on le regarda bientôt cçmme un barbare. Le royaume de Naples était gouverné et ravagé par les Espagnols. Après que les Français eurent perdu le duché de Milan, François Sforza y avait été ramené par les Impériaux; mais, bien loin d'être indépendant, il n'eut que le nom de souverain ; jamais il ne put protéger ses sujets contre la tyrannie des soldats allemands et espagnols qui le gardaient. Enfin le marquis de Montferrat et le duc de Savoie avaient permis aux Français de se rendre maîtres chez eux , et ils ne pouvaient leur refuser le passage pour ravager de nouveau l'Italie. Le. maréchal de Lautrec , que François If* avait chargé de défendre'le Milanez , et qui en occu-

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pait encore la plus grande partie , fut forcé par qbap. iv. les Suisses, qui formaient le nerf de son armée, tS*** d'attaquer les Impériaux , le 29 avril i5aa , à k Bicoque. C'était une position assez forte , à trois ou quatre milles de Milan, sur la route de Monza; elle était occupée par Prosper Colonna, gAéral dé Charles-Quint , qui mettait sa gloire à WÊK , sans bataille, une guerre défensive. Les Suisses l'attaquèrent de front, se jetant, sans vouloir écouter leurs chefs, dans un chemin creux' qui le couvrait , et où ils périssaient sans pouvoir se venger. Après des prodiges de valeur, ils forent t repoussés avec une perte effroyable. Alors ils repartirent pour leurs montagnes , malgré toutes les représentations de Lautrec , qui , de son côté , revint à la cour pour se justifier. Lescuns , qui commandait les restes de l'armée française , laissa surprendre et piller Lodi par les Impériaux , et fut ensuite forcé de capituler à Crémone le 26 mai, et d'évacuer tout le reste de la Lombardie. Gènes n'était pas comprise dans sa capitulation, et restait aux Français ; mais les Espagnols la surprirent le 3o mai , et la pillèrent avec la férocité qui signalait leur nation. C'était l'un des plus grands dépôts du commerce de tout l'Occident : la ruine de cette ville opulente ébranla la fortune des marchands dans toute l'Europe. Les généraux de Charles-Quint, jugeant alors la Lombardie trop épuiséepour y pouvoirmaintenir leur 11. 14

chap. xv. armée, la conduisirent dans les Etats du pape leur i5aa. allié, et l'y laissèrent vivre à discrétion ; en même temps , ils forcèrent les Etats qui se disaient encore indépendans à leur payer d'énormes subsides, pour acquitter la solde de leurs troupes; car jaoiris Charles-Quint ne leur faisait passer aucuiflgent. La peste , qui se déclara en même temps a Florence et à Rome , ajouta encore aux calamités de l'Italie, d'autant plus qu'Adrien VI abolit , comme des superstitions païennes ou des actes de révolte contre la Providence, toutes les mesures de police sanitaire qui avaient été prises pour arrêter la contagion. Ce pape mourut le i4 i523. septembre i5a3; et les Romains, qui l'avaient en horreur, couronnèrent de lauriers son médecin , comme sauveur de la patrie.

La mort d'Adrien ne sauvait cependant personne ; le cardinal Jules de Médicis lui fut donné pour successeur, le 18 novembre, sous le nom de Clément VIL Cet homme avait passé, sous Léon X, son cousin, pour un ministre habile, parce que la prospérité durait encore , et que les trésors pontificaux n'étaient pas épuisés; mais, . lorsqu'il dut lutter contre une détresse qu'il n'avait point causée, son ignorance en finances et en administration , sa sordide avarice , sa pusillanimité et son imprudence, ses résolutions subites et ses longues indécisions le rendirent également odieux et ridicule. Il n'était point de force à ré^-

sister au torrent de l'adversité ; il se trouvait sans chap. xv. argent , sans soldats , engagé dans une guerre sans l5*3' but : il ne savait point commander, et il ne trouvait nulle part d'obéissance.

Les Français , cependant, ne renonçaient point à la possession de la Lombardie qu'ils venaient de perdre; avant la fin de la campagne, François Ier y renvoya une nouvelle armée, conduite par son favori l'amiral Bonnivet. Celui-ci, étant entré en Italie par le Piémont, passa le Tésin, le i4 septembre i523 , pour marcher sur Milan. Mais Prosper Colonna, quî^ entre les grands hommes de l'antiquité ,. avait, choisi pour înodèle Fabius Cùnctator, sut, avec Un art admirable , l'arrêter, le fatiguer par de petits échecs, et le forcer enfin à se retirer sans aréir livré de bataille. Au mois de mai suivant, Bonnivet, qui «524. s'était maintenu sur les confins de la Lombardie , * fut forcé de s'ouvrir un passage par Ivrée et le Saint-Bernard pour rentrer en France. Le chevalier Bayard fut tué à son arrière-garde , comme il protégeait sa retraite. Les Impériaux avaient été rejoints , dès l'année précédente , par un transfuge d'une haute importante , le connétable de Bourbon , le premier des princes du sang français , que beaucoup de seigneurs avaient suivi. Charles-Quint le mit avec Pescaire à la tête de son armée , et le fit entrer en Provence au mois de juillet ; mais, après avoir assiégé Marseille , ce

ciup. xv. général fut bientôt contraint à la retraite. Fran- ,5a4# çois Ier, qui avait assemblé une puissante armée + entra à son tour en Lombardie, et se rendit maître de Milan ; après quoi il vint , le a8 octobre , mettre le siège devant Pavie. Il fallut longtemps aux Impériaux pour rassembler leur ar- 1525. niée que la campagne de Provence avait ruinée j mais , quand elle s'approcha enfin de Pavie , qui avait résisté tout l'hiver, tous les capitaines français pressèrent le roi de lever le siège, et de marcher à l'ennemi. Il s'y refusa, prétendant que ce serait compromettre la dignité royale $ il s'obstina follement à demeurer dans ses lignes ; il y fut attaqué par Pescaire le fl4 février i5a5 ; et , après une bataille meurtrière , il fut fait prisonnier.

Pendant plusieurs mois, François Ier, assié- * géant Pavie , avait paru le plus fort en Italie ; et le pape et les Vénitiens , effrayés de son voisinage , avaient traité de nouveau avec lui , et s'étaient engagés à observer la neutralité. Les généraux impériaux, après leur victoire, déclarèrent que ces traités avec les Français étaient une offense faite à leur maître , dont ils demandaient réparation. Toujours sans argent, toujours pressés par leurs avides soldats , ils ne songeaient qu'à trouver des coupables pour leur imposer des contributions , et faire vivre à discrétion leurs soldats chez eux. Le pape et 1res

Vénitiens voulurent d'abord se lier par une ligue CHAP- xv pour résister de concert à leurs exactions , et ils l5a5, offrirent leur assistance à Louise de Savoie, mère de François Ie r, et régente de France , pour faire remettre son fils en liberté. Mais Clément VII n'eut pas le courage de signer cette ligue ; il préféra de s'engager, le 1 er avril 1 5a5 , dans l'alliance de l'empereur et du duc de Milan. Il paya, pour cela , une somme considérable ; dès que les généraux impériaux l'eurent reçue , ils ne voulurent plus exécuter le traité qu'ils avaient fait avec lui. Le pape fut alors obligé de revenir aux Vénitiens et à Louise de Savoie. En même temps, Jérôme Morone , chancelier du duc de Milan , vieillard qu'on regardait comme le plus habile politique de son temps, leur fit des ouvertures qqi ranimèrent l'espoir d'armer l'Italie tout entière pour son indépendance. François Sforz^ „ se voyait traiter dans son propre palais , par les Espagnols et les Allemands, avec la dernière ' indignité. Ses sujets étaient exposés à tous les genres d'outrages de la part d'une soldatesque effrénée ; et , lorsqu'il cherchait à les protéger> les officiers se plaisaient à le rendre témoin d'un accroissementd'injusticeçetd'insultes.L'honime, qui faisait peser sur lui le plus durement le joug de l'empereur, était cependant uri Italien, le ipprquis de Pescara; mais, issu de la maison catalane d'Avaloâ, établie, depuis un siècle, dans

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le royaume de Naples , il mettait son amourpropre à s'associer aux Espagnols; il commandait leur infanterie, et il adoptait les mœurs comme l'orgueil de cette nation. Toutefois Moroni ne désespéra pas , en excitant l'ambition de Pescara, de réveiller sonpatriotisme. Le royaume de Naples qui avait fleuri sous la branche bâtarde d'Aragon, lorsque les Àvalos y étaient entrés pour la première fois , était tombé sous l'oppression la plus effroyable > depuis qu'il était réuni à l'Espagne. Moroni résolut d'offrir à Pescara la couronne de Naples, s'il voulait joindre ses efforts à ceux de tous les autres Italiens , pour la délivrance de son pays. Le succès dépendait de lui : il pouvait distribuer les troupes impériales qu'il commandait , de manière qu'elles ne pusseiit opposer aucune résistance. Le duc de Milan était averti que Charles-Quint songeait à lui enlever son duché , pour en gratifier son propre frère Ferdinand 4' Autriche. Pour que le duché dé Milan passât , ainsi que le royaume de Naples, du parti de l'empereur à celui de la France, il s'agissait seulement d'obtenir que celle-ci renonçât à ses prétentions sur l'un et sûr l'autre , qu elle reconnût François Sforza pour duc, Pescara pour roi , et qu'elle se contentât de rendre à l'Italie son indépendance , après avoir ôfcé cette contrée k ses ennemis.

Cette négociation fut d'abord couronnée de

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succès; chacun des gouvernemens auxquels fut chap.xv. adressée la proposition de concourir à l'indé- ,5a5 pendance de l'Italie , parut l'agréer. La France renonçait à toutes ses prétentions sur la Lonibardie et les Deux-Siciles ; la Suisse s'engageait à protéger cette terre de l'antique liberté, et à lui fournir des soldats; Henri VIII d'Angleterre promettait de l'argent ; Pescara convoitait la couronne , et François Sforza était impatient de secouer un joug insupportable ; mais malheureusement la négociation était confiée à trop de cabinets jaloux, perfides et empressés à rechercher pour eux-mêmes de bonnes conditions eu sacrifiant leurs alliés. Clément VII cherchait à obtenir de l'Empereur un traité plus avantageux, en le menaçant de la France; et la régente de France voulait engager Charles-Quint à se relâcher de ses rigueurs envers son fils, en le menaçant de l'Italie, Pescara en même temps, désirant se réserver le choix de trahir ou son maître ou ses alliés , selon qu'il y trouverait le plus' de profit, avait averti Charles-Quint qu'il était entré dans un complot qu'il lui révélerait quand il en tiendrait tous les fils. La duchesse d'Alençon, sœur de François Ier, envoyée par sa mère à Madrid pour négocier, parla beaucoup plus clairement; elle offrit à Çharles-Quint dç lui abandonner l'Italie , en lui laissant connaître les projets qui étaient tramés contre lui, pourvu

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cbap. xv. que Charles, en rendant la liberté à son frère, ,5a$; renonçât à la lui faire acheter par l'abandon d'une province de France. Pescara, s'aperce vant que sa cour en savait plus qu'il ne lui en avait dit , '"' se détermina pour le rôle d'agent provocateur, de préférence à celui de rebelle ; il n'avait plus à choisir qu'entre les deux. Il invita Moroni à une dernière conférence dans le château de Novarre, pour le i4 octobre i5a5. Après lui avoir fait de nouveau exposer ses projets , tandis que des officiers espagnols l'écoutaient cachés derrière la tapisserie , il le fit arrêter, s'empara de toutes les forteresses de l'État de Milan , vint mettre le siège devant le château de cette ville, où le duc François Sforza s'étadt enfermé , et il dénonça à l'Empereur le pape et tous les Italiens ses complices, comme des traîtres. Mais, à l'époque même où il jouait ce rôle odieux, il était atteint d'une maladie lente , et îi mourut le 3o novembre i5a5, à l'âge de trente -six ans, en horreur à toute l'Italie.

i5a6. Charles-Quint. abusa de l'avantage qu'il avait

obtenu, et il imposa à François Ier le traité de Madrid, signé le i4 janvier i5a6, par lequel celui-ci lui abandonnait l'Italie et le duché de Bourgogne; il fut remis en liberté le 18 mars, et presque aussitôt il déclara aux Italiens qu'il ne se croyait pas lié par un traité que la force lui avait arraché. Dès le 22 mai, il signa, avec

Clément VII,. les Vénitiens et François Sforza , chap. xv. une ligue pour la liberté de l'Italie 5 mais il l 2 ' n'abandonnait point la politique de sa mère , et , au lieu de songer de bonne foi à rendre à l'Italie son indépendance , et à garantir ainsi l'équilibre '* de l'Europe , il n'eut qu'un but, celui de faire peur à Charles-Quint des Italiens , prêt à les sacrifier aussitôt que l'Empereur renoncerait à la Bourgogne. En même temps , sa nonchalance et son goût pour les plaisirs , sa défiance de sa for** * tune et sa répugnance à fausser sa parole en violant le traité de Madrid , l'empêchèrent d'ac- * çomplir aucun des engagemens qu'il avait pris envers les Italiens. U ne leur envoya point d'argent, point de gendarmerie française, et point de Suisses. De son côté, Charles-Quint n'envoyait pas non plus d'argent a Antonio de Ley va , au duc de Bourbon et à Hugues de Moncade , qui commandaient sea armées en Italie j en sorte que ceux-ci étant obligés de les laisser vivre à discrétion sur le pays, Foppressioa de toute la contrée était plus efiroyable qu'elle n'avait jamais été.

La défection du duc de Milan donnait surtout un prétexte à Antonio de Ley va , pour traiter ses malheureux sujets avec un redoublement de rigueur, comme s'ils pouvaient être responsables de ce que Leyva appelait la trahison de leur maître. Les soldats espagnols avaient été

a l8 HISTOIRE DE LA LIBERTE

chap. xv. mis en quartier chez les bourgeois de Milan ; mais il n'y en avait pas un qui n'eût fait prisonnier son hôte , et qui ne le tînt garotté , ou au pied de son lit ou dans la cave , afin de le trouver chaque jour sous sa main, lorsqu'il voulait, par des coups et des tourmens nouveaux, le forcer à satisfaire ,de nouveaux caprices. Dès que ce malheureux mourait à la peine, ou dès qu'il rompait ses liens et se précipitait par la fenêtre , ou se noyait dans le puits, l'Espagnol passait dans une autre maison dont il liait également le r propriétaire , pour le soumettre aux mêmes tourmens. Les Vénitiens et le pape avaient réuni leurs soldats sous les ordres du duc d'Urbin, qui, exagérant la tactique de Prosper Colonna, n'ambitionnait d'autre succès à la guerre que celui d'éviter le combat. Il annonça au sénat de Venise qu'il ne s'approcherait point de Milan que les Français et Les Suisses , dont on lui avait promis l'appui, ne l'eussent rejoint. Mais son inaction , en présence de tant d'horreurs , réduisait les Italiens au désespoir.

François Sforza, qui avait été bloqué neuf mois dans le château de Milan , et qui , se flattant toujours d'être délivré par le duc d'Urbin , dont il voyait les drapeaux , avait supporté jusqu'aux dernières extrémités de la faim , rendit enfin cette forteresse aux Espagnols , le »4 juillet 1Ô26. Pendant ce temps , le pape Clément VII se croyait

éloigné du danger; mais le cardinal Pompée chap- xv Colpnna, son ennemi personnel, se servit du l5* ' nom du parti impérial pour ameuter, dans l'État de l'Église , huit mille paysans armés avec lesquels il surprit le^Vatican , le 20 septembre , pilla ce palais ainsi que le l^emple de Saint-Pierre, et contraignit le pape à abjurer l'alliance de la France et celle des Vénitiens. Vers le même tempSjOeorge ïrundsberg, condottiere allemand, entrait en Lombardie* avec treize mille aventuriers, qu'il avait engagés à venir, sans solde, servir l'Empereur en Italie , se contentant , pour * récompense, du pillage de cette malheureuse contrée.

Le connétable de Bourbon, à qui. Charles- Quint avait donné le commandement supérieur de ses forces é^ Italie , voulut mettre à profit ôette nouvelle armée, et Punir à celle qu'il n'avait, plus occasion d'employer à Milan ; mais il eut beaucoup de peine à faire sortir de cette ville les Espagnols qui se complaisaient à tourmenter leurs Tbô tes. Il réussit enfin à les conduire

à Pavie, après quoi il rejoignit Frundsberg, le 3o janvier 1627, et, celui-ci étant mort d'apoplexie peu de semaines après, Bourbon l5a7demeura seul chargé de la conduite de cette armée formidable, qui passait déjà vingt- cinq mille hommes, et qui se grossit en route de tous les soldats débandés , de tous les brigands qui

:*ap. xv. voulaient pressurer le pays. Toutefois, Bour- ,5a7# bon n'avait point d'argent ,. point d'équipages , point d'artillerie, et fort peu de cavalerie, en sorte que toutes les villes lui fermant leurs portes , il était souvent sur le point de manquer de vivres. Il se dirigea vers l'Italie méridionale ; il entra en Toscane encore incertain s'il tenterait de ciller Florence ou Rome ; le marquis de Saluces , avec un petit corps d'armée, reculait devant lui; le duc d'Urbin le suivait , mais en se tenant toujours hors de portée du combat. Enfin Bourbon prit, * par la vallée du Tibre , la route de Rome , et il arriva, le 5 mai 1627, devant la capitale de la chrétienté. Clément VII , alarmé depuis longtemps de sa marche, avait signé, le i5 mars, pne trêve de huit mois av<ec le vice- roi de Naples. Alors il avait congédié ses troupes , ne prévoyant point qu'un des lieutenans de rjîmpereur pourrait ne pas observeries engagemens de l'autre. Toutefçis, à l'approche deJBourbon, Içs murs de Rome avaient été de nouveau garnis de machines de guerre. D£s le lendemain* 6 mai, le prince transfuge conduisit ses troupes à l'assaut, et fut tué , en montant une échelle , auprès du Janicule. Sa chute n'arrêta point la bande terrible de brigands qu'il conduisait; l'année victorieuse franchit les, murs mal défendus, et se répandit dans les quartier^ du Borgo , du Vatican et du Trastevere. Comme Clément VII

n'avait point pris la précaution de faire couper, chap. xv. les ponts sur le Tibre, en peu d'heures elle se l5a7* rendit également maîtresse de tout le reste de la ville.

La capitale de la chrétienté fut alors abandonnée à un pillage tel, que, dans les temps les plus calamiteux, lors du premier triomphe de la barbarie sur la civilisation , ni le Goth Alaric , ni le Vandale Genséric, ne l'avaient point traitée avec une férocité si horrible : noû seulement dans toutes les maisons, dans toutes lés5 boutiques, tout ce qui pouvait être saisi était enlevé , les paysans des fiefi des Colonnes s'appropriant les meubles les plus lourds , qui ne tentaient pas la cupidité du soldat; non seulement dans les premiers jours toute protection fut retirée aux personnes , en sorte que toutes les femmes furent abandonnées aux outrages des vainqueurs, mais les sanctuaires que la vénération de la chrétienté avait enrichis depuis douze siècles, furent tous dépouillés; toutes les places devant les temples furent jonchées des ornemens d'autel , des reliques et de toutes les choses sacrées , que les soldats jetaient dans la rue après en avoir arraché l'or et l'argent; puis les hommes , les femmes, les enfans étaient arrêtés , dès que leur capteur pouvait se flatter ou qu'ils recelaient quelque richesse, oif que quelqu'un qui avait encore quelque chose s'intéressait k eux ; dans toutes les maisons on enten-

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