‹ Histoire de la république de 1848Chapitre 3 sur 19 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

engagés dans les luttes politiques, ne veulent prêter l'oreille qu'à une vérité de convention : je m'adresse aux lecteurs, chaque jour plus nombreux, qui ont avant tout souci de la vérité, de la vérité sans épithète, et j'ose penser qu'au fur et à mesure que nos passions éphémères s'apaiseront, les jugements que j'exprime tendront à prévaloir dans les esprits calmes et dans les consciences loyales. n

Pour beaucoup de personnes, Thistoire de 1848 est restée une légende. Grâce à l'esprit déclamatoire et emphatique qui régnait alors dans l'école démocratique et qui, du théâtre et du roman, avait tout naturellement passé sur la scène politique, les événements de ce temps ont été grandis à la proportion des époques dites héroïques. En général, les légendes ne se forment que peu à peu et à distance des faits, lorsque, sous la brume des temps écoulés, l'erreur se glisse et chemine. Mais, pour la République de 1848, il en a été autrement : la légende a pris naissance le même jour que la Révolution, et, chose plus rare, elle a eu les mêmes auteurs.

C4ette légende, on la surprend d'abord dans les documents officiels contemporains (décrets, arrêtés, proclamations, circulaires); elle se perpétue et se confirme dans les récits du drame qu'en ont donnés les acteurs. Qui, mieux que les membres du Gouvernement provisoire, avait connu les amertumes de ce pouvoir disputé à l'émeute, les luttes intestines, les menaces impérieuses du dehors, les terreurs et le vacillement continu de cette autorité d aventure? Ce-

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