‹ Histoire de la république de 1848Chapitre 4 sur 19 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

pendant, lorsqu'ils écrivent, il n'en reste plus trace; les journées qu'ils ont le plus redoutées, contre lesquelles ils ont armé gardes nationaux et généraux disponibles, ils les glorifient derechef, comme ils l'avaient fait dans leurs menteuses proclamations du lendemain ; ils semblent porter un défi au témoignage d& leurs collègues , au sentiment public de leurs contemporainj et au cri de leur propre conscience ' . Au lieu de révéler le caractère réel des événements, ils se sont appliqués à le fausser. Non-seulement cette sorte de Mémoires n'offre aucun profit à l'historien, mais son premier devoir, s'il a quelque souci du bon sens et de la vraisemblance, est de se tenir en garde contre ces monuments d'une ivanité impénitente.

Pour la période de la Présidence, les documents personnels manquent presque absolument. On n'appellera pas sans doute de ce nom la compilation de discours parlementaires récemment éditée sous' le titre de Mémoires de M. Odilon Barrot. Les publications que le coup d'État du 2 décembre a suscitées à rétranger, de l'aveu même des écrivains démocratiques, n'offrent que des renseignements peu précis et peu sûi*s. Meurtris dans leurs affections les plus chères, légitimement irrités et du coup d'État qui les frappait et de la résignation avec laquelle la France

^ Comparer les proclamations de mars, d*avril et de mai 1848 avec les dépositions des membres du Gouvernement provisoire devant la Commission d*enquête et la liaute cour de Bour{;es : le ton est tout différent*

vin PRÉFACE.

le supportait, ils ont poussé un cri de douleur et de haine.

Xavier Durrieu, qui parait avoir été mêlé de sa personne aux luttes des barricades, n'en ^ donné qu'une narration insig^nifiante ou qui fourmille d'inexactitudes. M. Victor Schœlcher, si précieux à consulter et si digne de foi sur ce qu'il a vu, n'a guère vu que l'épisode de Baudin ; pour le reste;^ il affiime sur ouï-dire ou sur des récits de journaux. En 1852, M. Victor Hugo a prononcé un double anathème, l'un en prose, l'autre en vers, contre Louis Bonapaile et ses complices ; il a dramatisé les faits, il ne les a pas racontés. Vingt-cinq ans plus tard, il a repris et amplifié sa première œuvre, mais sans lui donner plus de poids, et, si l'on retranchait de ce qu'il appelle u Déposition d'un témoin » tout ce que ce témoin n'a ni vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, à peine de ces deux volumes resterait-il quelques pages. Déclamations qui, chez M. Victor Hugo, sont passées en habitude ; anecdotes insignifiantes ou controuvées; chroniques scandaleuses qu'il emprunte, sans en indiquer la source, à des opuscules anonymes publiés à Bruxelles ou à Amsterdam ; discours classiques lancés par l'auteur en plein boulevard à la face des généraux et des soldats, à un moment où l'auteur lui-même les représente comme assez peu endurants : sont-ce là les marques d'un document grave^ réfléchi, et qui puisse intéresser l'histoire ?

On pourrait croire que les journaux sont un trésor de renseignements, et que, les fournissant jour à jour.

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