ORGANISATION DU GOUVKBNEHENT ST
politique, ne doit se prêter à aucune équivoque nî à aucune complaisance.
«Le Régime constitutionnel a ses règles propres auxquelles, dans un autre ordre d'idées, vous devrez conformer votre conduite. L'harmonie des Pouvoirs organisés, si nécessaire à leur œuvre commune, exige dans leurs rapports respectifs une déférence et des égards mutuels. Vous ne mëconnaitrez pas cette obligation, dans vos relations avec les conseils électifs qui fonctionnent près de vous. Même dans les régions où vous êtes placé, on s'est cru parfois autorisé, pour des divergences d'opinions politiques, à manquer à ces devoirs envers des élus du pays. C'est un tort; et ce tort s'aggrave en raison de votre responsabilité, parce qu'il occasionne presque toujours des difficultés dans la conduite des affaires.
■ Sans insister davantage sur ces devoirs de courtoisie que nos mœurs démocratiques seules rendraient si naturels, le moyen d'entretenir avec les corps délibérants les relations qui conviennent est de respecter scrupuleusement les attributions de chacun. Ce devoir est et deviendra pour nous, à mesure que nous avancerons dans la voie libérale, à la fois plus impérieux et plus difficile : car il exige de la part du Gouvernement et de l'administration une sorte de désintéressement, et en même temps une vigilance attentive. Les libertés rendues aux conseils locaux sont en quelque sorte détachées de l'ensemble des attributions qui avaient été concentrées entre les mains de l'administration. Nous devons faciliter au pays la reprise de possession de
ses propres af^ires, et en même temps veiller à mainteoirau pouvoir central la part qu'il importe au bien de l'État de lui réserver.
>> La disposition aux empiétements est naturelle dans les corps constitués qui ne sont émancipés que d'hier. Votre devoir est d'y résister, mais en vOus défendant de celte préoccupation jalouse qui fait naître les conflits et les envenime.
<i Ainsi, l'administration, déposant une charge excessive, contribuera à transformer l'État sans l'aEFaihlir. Elle a été, depuis des siècles, et elle restera une des grandes forces du pays; mais il faut que cette force, se pliant à un usage nouveau, hahilue la nation à se servir, sans péril pour sa prospérité et pour sa puissance, des libertés qu'elle a conquises.
H Vous êtes l'intermédiaire naturel entre les citoyens et le Pouvoir central. Le devoir de bienveillance et d'impartialité que ce rôle impose vous sera facile, si vous considérez que la République exclut, dans le Gouvernement, toute idée de parti.
n Vous, monsieur le Préfet, vous représentez un Gouvernement qui n'est ni celui d'une classe particulière, ni celui d'une secte; aussi n'est-îl pas à craindre que l'esprit de parti guide votre conduite envers tes hommes ou dicte vos décisions dans les affaires. De même, dans l'exercice des pouvoirs qui vous appartiennent, pour remplir votre mission d'ordre et de sécurité sociale, vous ne chercherez pas des prétextes pour sacrifier légèrement les droits individuels, d'autant plus sacrés qu'ils sont les droits des faibles.
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> La République ne méritera la reconnaissance du pays qu'à la condition de mettre fin à nos divisions, de satisfaire les grands intérêts créés chaque jour au aein d'une société industrieuse; de foire enfin que la France apaisée, rassurée, protégée sans contrainte, jouisse du bonheur réservé aux nations libres, bonheur qui consiste à se sentir vivre et à concevoir d'elles-mêmes une légitime fierté.
■ Vous êtes, monsieur le Préfet, un des instruments de cette grande œuvre. Le Gouvernement compte sur vous pour faire sentir, dans votre département, les bienfaits de notre Régime politique, si noble en sa simplicité. Vous êtes aussi, pour une grande part, responsable du sort des populations que vous administrez; et, lorsque j'évoque par la pensée, le résultat que j'attends de vos efforts et de ceux de vos collègues, je crois pouvoir affirmer que telle sera votre action, tel sera aussi le jugement que porteront sur la République les nations qui nous observent. »
u Recevez, monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération très distinguée.
■ Le ministre de l'Intérieur, » A. Ricard, h
Le H mai, Ricard mourait à la suite d'une attaque soudaine du mal dont il souffrait. Sa mort
40 HISTOIRE DE LA HÉPtJBLIQUE
fut un grand deuil pour ses amis et fit un vide dans DOS rangs. Il était admirablement doué pour la parole publique. Orateur politique, il aurait rendu de grands services au parti conservateur libéral ; et peut-être eût-il tenu tëtè, dans les assemblées, aux orateurs des partis plus avancés, et notamment à Gambetta avec qui il était de taille à se mesurer. Les régimes parlementaires exigent des qualités d'entregent et de négociateur qu'il avait à un haut degré. Il était de façons commodes et aimables; il avait du trait dans l'esprit, et la repartie facile; de la bonne humeur, de la gaieté même, et de la rondeur, toutes qualités qui servent grandement dans les négociations perpétuelles dont se compose la vie politique des assemblées.
L'exercice du Pouvoir lui eût fait acquérir ce qui lui manquait en fait d'expérience des choses, de connaissance des hommes, et des hautes notions nécessaires pour achever un esprit supérieur. Dans les luttes suprêmes de la République libérale, il a manqué à son parti.
Par qui allait-on le remplacer? — Dès le premier moment, ma résolution était prise de ne pas rester sous-secrétaire d'État avec un autre ministre que lui. J'avais accepté le poste pour des raisons toutes personnelles et par amitié pour Ricard. Je voulais imprimer à la politique intérieure la direction qui me convenait; j'aurais mal servi celle d'un autre. Le parti dans lequel j'étais classé ne se souciait guère, alors, de me voir garder la place, qui fût devenue la première; et je savais que M. Thiers ne s'en souciait pas non plus. Il était plein de bonne-
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grAce pour moi : mais il me conoaissait bien. Je reçus de nombreux émissaires qui avaient mission de me sonder, et de me persuader surtout de rester sous-secrétaire d'État où, me disait-on, je faisais merveille; et on me citait les noms de ceux avec qui je pourrais faire bon ménage. Mon attitude était la plus commode du monde : je ne disais rien. Après plusieurs jours, et de guerre lasse, on se décida à donner un remplaçant ï mon ami, et ce fut moi. Je désignai pour prendre ma place de sous-secrétaire d'État, M. Faye, député du Lot-et-Garonne. Il était qualifié de nuance ^d'opinion plus foncée que la mienne. Mais il était plein d'esprit, et de cette bumeur commode des Gascons qui se plient fort bien aux circonstances. Je n'ai eu qu'à me louer — et c'est un mérite — de M. Faye pendant que nous avons été ensemble attacbés à la même besogne. Les louches abandons et les petites lâchetés sont fréquents dans ces parages : je n'eus pas le chagrin de constater rien de pareil dans mon entourage. M. de Bouville, que je conservai comme chef de cabinet, aujourd'hui conseiller d'État, élait l'honneur même, et le devoir fait homme. Il était seul et suffisait à tout. Dans ce temps-là, le cabinet du ministre se composait d'un chef de cabinet, de six ou huit attachés non payés, et d'un secrétaire. J'ai ouï dire que les titres et les grades et aussi les émoluments se sont multipliés depuis. Il y eut alors un bel entrain de bonne humeur, de vaillance, de bonne volonté, chez tous mes collaborateurs; et ce fut gaiement que fut inaugurée cette République, à laquelle nous donnions tout ce que de bons citoyens