HISTOIBB DE LA K&PUBLIQUE
peuvent avoir de cœuret de courage consacrés à la chose publique.
C'est avec un entier détachement de toute préoccupation personnelle que je m'appliquai à organiser le nouveau Régime, ù lui imprimer l'impulsion que je crus la plus favorable à l'intérêt public; et je ne soupçonnais pas assez, je veux dire au point où cela était vrai, que des partis politiques pussent avoir d'autres vues et d'autres raisons d'agir.
Les divei^ences d'ordre purement politique finiraient bien, faute de tout espoir, par cesser quelque jour. Je le pensais du moins; et nos anciens adversaires se 'résoudraient à rendre les armes, en les sentant impuissantes. Je ne soupçonnais pas assez que derrière les opinions politiques, lesquelles peuvent se modifier et s'atténuer avec le temps, il y a presque toujours des intérêts qui, eux, ne désarment jamais.
Ma confiance dans le boo sens, dans la compréhension du véritable intérêt public devait être soumise à bien des épreuves. Et dès le premier jour en quelque sorte de mon entrée en fonctions, j'eus la surprise de rencontrer une hostilité violente chez les conservateurs. Il s'agissait de la circulaire que l'on m'attribuait, avec raison d'ailleurs, et où on relevait de toutes parts, dans le Parlement et dans la Presse, le passage où j'avais dit : u II est donc nécessaire de faire cesser des doutes injurieux pour le Gouvernement, de faire tomber des défiances que le passé peut justifier, et de ruiner dans l'esprit des partis des espérances factieuses. ■
Des espérances ^factieuses ! l'épithète fut relevée
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dans le camp conservateur comme un abus de pouvoir intolérable, voire comme une atteinte à la Constitution I
En saisissant une occasion aussi inopportune de manifester leur mauvais vouloir, les conservateurs ne se rendaient pas compte qu'ils montraîeot ainsi, dès le début du Régime, une hostilité et un esprit de résistance qui seraient jugés sévèrement par le grand public, lequel s'attachait de plus en plus à la République. Par contre, ils rejetaient cette fraction de la nation du côté des républicains attitrés, dont ils grossissaient ainsi l'armée. C'est cette faute, toujours répétée, qui a fini par livrer la République, et le pays avec elle, à la faction jacobine et francmaçonnique. Jacobins et francs-maçons n'ont plus eu d'autre peine que de laisser fonctionner cette admirable manœuvre des conservateurs attitrés, pour mettre la main sur les rouages essentiels de la vie nationale, et pour s'emparer du pays.
Précisément parce que j'avais cru qu'il serait possible de fonder enfin un Régime politique vraiment libre, avec tous les éléments vitaux de la nation, je devins, de la part des conservateurs, le principal objet de ce que je puis appeler une véritable haine, à en juger par la nature des attaques qui furent dirigées contre moi. En relisant les journaux de ce temps-là, je suis confondu de toutes les sottises, des dispositions haineuses, mêlées à de grossières erreurs sur ma personnalité, que peuvent se permettre des hommes que !a passion politique aveugle. C'est grande pitié, quand on songe que derrière ce beau zèle pour de prétendus principes, se cachent en
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réalité, le plus souveat, de très vulgaires intérêts!
De quoi s'agissait-il? J'avais qualifié d'espérances factieuses les manifestatious que se permettaient des hommes de parti contre la GoDStitutioo de 1875. Sans doute, cette Constitution avait autorisé les congrès à changer lesdisposilions constitutionnelles, voire à changer la forme du gouvernement, si à la fin du septennat, tes deux Assemblées réunies croyaient devoir le faire. Mais cela ne pouvait pas signifier que la Constitution eût été faite dans ce but : puisque c'eût été associerdeus idées contradictoires. Jusqu'à cette date, donc, les espérances des partis hostiles, si elles se manifestaient par des actes, étaient en réalité factieuses. Le Maréchal, dans sa proclamation du 13 janvier, avait déclaré que, lui seul, jusqu'en 18B0, avait le droit de réclamer la revision de la Constitution. C'est ce que M. Dufaure affirma devant le Sénat; et, en fin de compte, tout le monde tomba d'accord que, par méchante humeur, nos adversaires avaient fait beaucoup de bruit pour rien.
L'Assemblée nationale avait légué au nouveau Régime une affaire demeurée irrésolue : c'était celle de l'Enseignement supérieur. Elle avait proclamé la liberté de l'enseignement, mais en laissant la question de la collation des grades incertaine. Nous avions annoncé, dans la déclaration ministérielle, qu'une loi serait présentée aux Chambres à ce sujet. Le ministre de l'Jnstructioa publique, M. Wad-
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dingtoD, réalisa dès le commencement de juin cette promesse, en apportant à la Chambre un projet par lequel on supprimait les jurys mixtes précédemment établis, pour remettre les choses dans leur ancien état. On se rappelle que la loi de 1S75 avait organisé des jurys mixtes composés de professeurs de l'Université et de professeurs des Facultés libres, qui feraient passer les examens des élèves de ces Facultés, et leur conféreraient des grades.
Immédiatement, sans discuter la question en elle-même, la passion politique s'en empara, et on en Bt une affaire de religion, car tout prenait aisément cette couleur. Même aveuglement des deux côtés. Les uns nuisaient à la République naissante en la faisant en quelque sorte complice et solidaire de leur hostilité religieuse; les autres a&iblissaient la politique conservatrice en l'associant à une lutte religieuse sous couleur de Constitution. Ainsi, dès le début, apparaît le vice essenliel qui a dénaturé, corrompu et finalement anéanti le Régime politique, issu des événements, tel du moins que nous avions eu la pensée de le fonder.
Sans doute, les défenseurs de la loi de 1875 avaient raison de dénoncer, parmi les soutiens du projet de loi de M. Waddington, des ennemis décidés de l'Église : mais ils avaient tort de dénoncer tous les dé^nseurs du projet comme étant animés du même esprit. Parmi ces partisans de la nouvelle loi, il y avait beaucoup d'hommes politiques aussi bons ca- Uioliques qu'eux-mêmes. Le résultat de leur intransigeance fut de désarmer les libéraux dans la lutte qu'ils auraient à soutenir contre la Gauche, lorsque
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celle-ci plus tard, levant le masque, se déclara en effet l'ennemie sans rémission de l'idée religieuse et de l'Église de France en particulier. C'est cette déplorable faute de conduite qui a pesé sur notre temps, et qui a faussé toute la politique.
Au fond, la question posée par le ministère était fort simple. On avait, en 1875, institué des jurys mixtes pour rester fidèle & la théorie de la Liberté de l'Enseignement. En fait, on n'avait pas eu le temps de reconnaitre la valeur de cette institution des jurys mixtes. D'autre part, les Facultés de l'État avaient montré un esprit d'équité non contesté à l'égard des jeunes gens sortis des écoles des Facultés libres. Aussi fut-il sensible que, dans les débais soulevés à ce sujet, tout le monde s'échauffoit & froid. Ce n'était pas la liberté qui, en réalité, était en cause. On ne manqua pas, à Gauche, de dénoncer l'intolérance des catholiques, et d'évoquer le spectre du Syllabus : c'est ainsi que Jules Ferry, découvrant la passion qui était au fond de son âme, invoqua « U spectre du Césarisme clérical, dont le Concile de 18T0 avait, en décrétant tinfailUbilité pontificale, donné la formule définitive, n
D'autre part, la Droite dans les deux Assemblées se montrait injuste, en confondant les auteurs du projet, c'est-à-dire le ministère de M. Dufaure et lui-même, avec les ennemis de l'Église. Et toutefois, devant le Sénat, la passion n'alla pas jusqu'à envelopper le ministère dans la résolution dernière, par laquelle les adversaires du projet le repoussèrent. Le ministère ne fut point renversé; et le système
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du jury mixte contiDua à être appliqué pendant l'année courante.
Mais dès ce temps-là, $i l'attention publique n'avait été, comme toujours, distraite et attirée sur mille objet» divers, on aurait pu pressentir que les luttes politiques intérieures prendraient désormais couleur de religion. Pour reprendre l'expression de Jutes Ferry, le Gésarisme jacobin devait se revêtir d'apparences conservatrices, et, une fois dans la place, bannir la Liberté de ce Régime, que nous avions voulu fonder pour elle et par elle.
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