‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 36 sur 71 · HISTOIRE SE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE SE LA RÉPUBLIQUE

beauté. Mais au iond de ma mémoire, et comme dans un miroir intérieur, j'en avaîscoDservél'image intacte, telle que je l'avais vue dans mon enfance, vestige exquis, dans sa vétusté, des temps héroïques, que mon imagination nourrie des récits domestiques faisait revivre. Nons la revîmes parée de fleurs et de feuillages, tout en fièvre d'une joie de patriotisme local et d'une fête enchantée, et pleins que nous étions d'une émotion violente. Ce fut l'occasion de grandes manifestations. Christophle, dans son ferme et lucide langage, y développa les projets qu'il se proposait de réaliser dans le domaine des adirés, et particulièrement dans le développement des voies publiques. De mon côté, i'exposai tout le programme politique que j'entendais suivre. J'insistai notamment sur les projets de décentralisation, qui avaient fait le sujet principal du livre que j'avais publié à la fin de l'Empire, et qui est resté l'idée dominante de mes conceptions politiques de l'avenir.

Le journal le Temps (1) écrivait à ce propos : » M. de Marcère qui, sans être officiellement le ministre dirigeant, n'en a pas moins la chaîne effective et la responsabilité principale de la politique courante, a pris à tâche de foire en quelque sorte la philosophie de la nouvelle République. M. le ministre de l'Intérieur considère que la France, ayant essayé successivement et sans succès durable de tous les modus vivendi possibles, s'est arrêtée au régime républicain avec le ferme propos de s'y tenir

(i) t« Temps, numéro ia 23 aoûl 1B7S.

définitivement... Les peuples animés du sentiment de la liberté, dit éloquemment l'orateur, ne descendront jamais au rang des nations en décadence. Voilà le langage viril qui 'convient au gouvernement delà République constitutionnelle; et nous ne voyons pas quels hommes, quels partis pourraient aujourd'hui le désavouer. M. de Marcère n'a pas été moins heureux dans les quelques roots qu'il a consacrés à la question religieuse... » Et voici ce que je disais à ce propos :

« Les intérêts religieux sont-ils vraiment menacés? On le dirait, à entendre certaines lamentations des hommes de parti. Messieurs, je ne nie pas la grandeur dés questions religieuses. Elles mettent en jeu ce qu'il y a de plus profond dans l'Ame humaine, et, en même temps, ce qu'il y a de plus redoutable pour la paix publique, quand les consciences sont troublées. Mais ce n'est pas la première fois que la société politique s'est trouvée en présence de ces grands problèmes. Pour mon compte, je suis convaincu que le mal n'est pas si grand qu'on le dit, et qu'en tout cas il n'est pas irrémédiable. Je voudrais d'abord que, dans l'élude de ces questions, les hommes politiques voulussent bien écarter les éléments qui ne sont point du domaine de la politique. Je voudrais qu'on n'y mélAt pas des thèses de théologie, ni des disputes sur des matières réservées à un autre domaine. Je voudrais qu'on ne se crût pas le droit de faire rendre compte A chacun de ce qu'il prend pour la loi de sa conscience. Je me permets aussi.de penser qu'il serait fort utile qu'on ne tint pas un compte

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excessif des prétentions de ceux qui se donaent comme les défenseurs prÎTilégiés, patentés des intérêts de la religion, surtout lorsqu'ils n'en pratiquent guère lesTertus, et qu'ils n'en ont pas les mérites.

a Je pense que si la question était débarrassée de ces deux éléments, les entêtés de controverse et ceux qui se montrent plus royalistes que le roi, les difficultés s'aplaniraient aisément. Déjà j'aperçois avec bonheur certains symptâmes de solution. On se lasse vite des excès de langage, des excès de ferveur et des prétentions injustifiées, dans ce pays de France, où l'on a l'esprit libre après tout, même sans être libre penseur. Il arrive un moment où tout le monde veut se rendre compte de ce qu'il y a au fond des choses. C'est te moment des compromis et des arrangements. Et ce qu'il y a au fond des choses, messieurs, vous le savez. Il y a un peuple roligieux, respectueux envers ses prêtres, pénétré des besoins auxquels ta religion seule peut répondre; et à côté, ou plutôt tout ensemble, un peuple attaché fortement à sa liberté civile, et jaloux de maintenir les droits qui lui sont nécessaires pour satisfeire cette double aspiration.

a C'est cet édit de Nantes qui se signe à l'heure où je parle; it s'écrit dans les esprits, dans tes consciences, dans les faits. Il se formule, il s'impose, et la République, que personne ne pourra soupçonner d'intolérance, puisque la tolérance est l'un de ses principes fondamentaux, sauvegardera les droits de la conscience, tout en maintenant intacts les droits de l'État ». '

J'exprimais un vœu bien sincère, et je donnais

SOUS forme d'affirmation un conseil détourné, bien que je ne soupçoDuasse pas alors la réalité des desseins d'une fraction importante du parti républicain contre la religion catholique. Je nourrissais, au fond de mon àme, l'espoir d'une forte alliance de la République avec l'Ëglisc : mon langage avait, pour moi, la valeur d'une profession de foi patriotique. Je conformais d'ailleurs ouvertement mes actes & mon langage, dans un dessein très prémédité et correctement suivi. C'est ainsi que, avec une certaine affectation, j'accomplis un acte qui avait, à mes yeux, l'importance d'un acte politique, bien qu'il fût d'un ordre essentiellement religieux. Le calendrier de la paroisse de Saint^Augustin désignait, pour un dimanche déterminé, te ministre de l'Intérieur pour la distribution du pain bénit. C'est un usage de l'Église catholique auquel les paroissiens qui se respectent ne manquent pas de se conformer. Il était de tradition que le ministre de l'Intérieur assistât en personne, avec un cérémonial d'apparat, à la messe où se distribuait te pain qu'il offrait. Il m'eût paru malséant de rompre avec cette tradition en accord d'ailleurs avec mes sentiments personnels. Mais aussi, j'aimais, dans cette circonstance, à conformer ma conduite à l'idée que je me fais du gouvernement. Son premier devoir est de témoigner hautement de son respect pour la Religion, et, en France, pour le culte national; et de sa déférence pour l'Église catholique. Ce souvenir, à l'heure où je le rappelle, alors que l'Église de France est proscrite, ne semble-t-il pas évoquer, non seulement des temps éloignés, mais un peuple

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