CHAPITRE PREMIER
PREHIEHS DÉBATS SUR LA POLITIODE RELIGIEUSE
Dès cette époque commencèrent leg travaux d'approche de ta guerre qui allait se poursuivre contre le Catholicisme. On peut, à l'heure où j'écris ces lignes, se rendre compte des causes et des mobiles réels de l'agitation qui allait commencer ; mais, dans ce temps^là, les vrais desseins des ennemis de l'Eglise étaient dissimulés sous d'autres apparences. On se défendait de vouloir attenter & la foi religieuse, et changer les mœurs des familles françaises ; mais ne fallait-il pas s'opposer à des empiétements inquiétants pour la société civile! Ces fausses apparences de sagesse impartiale trompaient beaucoup de membres du Parlement, libéraux et de sens rassis ; la plupart, il est vrai, d'opinions très taises enfaitde religion, mais respectueux à l'égard des croyances générales : c'étaient des recrues sans le savoir enrégimentées dans l'armée qui se formait
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et s'oi^anisait formidablement contre la société chrétienne. Le budget fut alors le terrain d'attaque ; et ce terrain était admirablement choisi, parce qu'il permettait de couvrir les vrais desseins des conjurés sous des prétextes plausibles d'économie et de régularité administrative.
Gambetta avait très habilement fixé son poste de combat, en se faisant nommer président de la Commission du budget. Il pouvait exercer de là, sans trop le paraître, une pression réelle sur le gouvernement, par l'étude et par la discussion des crédits. Il pouvait prendre, aux yeux du public, le rôle apparent de protecteur du ministère, tout en s'attribuant le mérite de défendre les intérêts des contribuables; c'était un rôle commode et profitable à la fois. Ce fut de cette commission du budget, comm? d'un réduit, que furent portés contre l'Eglise catholique tes premiers coups. La lutte déjà ouverte, et dissimulée avec soin n'était, disait-on, dirigée que contre les faux dévots, ces cléricaux — te mot avait fait fortune — qui se servaient de la religion pour faire brèche à ta République, et pour atteindre la société civile.
M. Dufaure, en sa qualité de ministre des Cultes, eut à supporter le premier choc. Ce fut dans la discussion générale du budget qu'apparut, pour la première fois, je pense, dans une assemblée poHtique, l'idée de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais alors, ni dans les termes de la proposition, ni dans la discussion, on ne laissa percer l'idée d'une rupture complète avec le catholicisme, encore moins d'une persécution. Les auteurs de la proposition et
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les orateur* qui la soutenaient se plaçaient uniquement sur le terrain budgétaire. Ils se bornaient à invoquer la raison vulgaire des dissidents, qui prétendaient ne pas devoir pa^r les frais d'un culte qu'ils ne pratiquaient pas.
Dans le cours de la discussion, H. Granier de Cassagnac trouva l'occasion de faire une citation assez piquante, d'un passage d'un discours de -Robespierre dans la séance du I" juin 1793 au Club des Jacobins. Il glorifiait les bienfaits de la Religion : ■ Quel est le génie, disait-il, qui puisse, en un instant, remplacer par ses inventions cette grande idée protectrice de l'ordre social et de toutes sortes de vertus privées ? ■
Ce débat fut aussi l'occasion, la première, pour le prince Jérôme Bonaparte, de se produire & la tribune. Son intervention n'était point naturellement appelée dans une question de ce genre; el toutefois, il eut sans doute l'idée de faire connaître quelle serait, à l'occasion, sa ligne de conduite dans ces afFnires religieuses, de si haute portée politique. Il se tint à la tribune avec aisance, et aussi avec le dédain un peu affecté des formes oratoires, comme un homme qui n'a pas coutume de plier sa pensée ni sa parole aux convenances de ceux qui l'écoutent; et toutefois avec le désir marqué d'être apprécié comme orateur. Il avait le masque napoléonien, la taille robuste, le verbe haut et bien accentué, le geste libre et une parole abondante, sans aucune recherche ni d'expressions, ni de développement rhétoricien dans l'ai^umentation. Il fut sensible qu'il profitait d'une occasion cherchée pour mon-
trer son indépendance à l'égard des partis, même du parti Bonapartiste, et ses opinions très démocratiques, n affecta, dans la thèse spéciale de la discussion, de marquer un détachement complet au sujet des croyances religieuses; il se plaçait uniquement sur le terrain politique.
<i La séparation de l'Église et de l'Élat, disait-il, ae me parait pas possible. Ea parlant ainsi que je fais, je ne suis pas opposé au sentiment religieux. Je crois même, au point de vue politique — ne parlons pas au point de vue intime qui ne regarde personne — qu'une religion est une nécessité sociale. ■
Dans le cours de son discours, il avait été amené à parler des désastres de la guerre de 1870, qu'il attribuait à la politique religieuse de Napoléon III, lequelle aurait été la cause de la défection de l'Italie. M. Relier, le cbevaleresque chef de légion qui avait si vaillament tenu campagne pendant la guerre, le champion admirable de l'Eglise, avait bondi en l'entendant, et dit : a Moins que personne l'orateur devait réveiller ces douloureux souvenirs, car il porte un nom qui sera écrit en lettres de sang dans la chair palpitante de l'Algace-Lorraine... n
Le tumulte soulevé par cet incident fut indicible. On sentit alors que toutes les passions que renfermait en germe ce débat, d'ordre religieux, agitaient violemment les âmes. On aurait pu pressentir que c'était là le levain des discordes qui allaient désormais déchirer notre pays. On sentait aussi la blessure toujours vive de notre Alsace-Lorraine.
Pour la première fois, la pensée secrète de la fraction avancée du parti républicain se Et joui'