‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 44 sur 71 · HISTOIRE DB LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DB LA RÉPUBLIQUE

conçue, qui semblait une menace, bien inattendue de ce côté.

a Indépendamment de toute question de personnes, SOD concours ne serait assuré qu'à un cabinet résolu à mettre le personnel administratif et judiciaire en harmonie avec l'esprit de la majorité sortie des élections du âO février, n

Cette sorte d'injonction, émanée du groupe le plus modéré du parti républicain, était presque injurieuse pour le ministère, et grosse de menaces. On nous disait bien, dans les coulijses, qu'elle ne visait que M. Dufaure; mais c'était déjA trop et injustifié. La plupart des magistrats, il est vrai, dataient des anciens Régimes, du septennat du Maréchal ou de l'Empire. Mais quels que fussent leurs sentiments intimes, ils n'avaient pas, surtout dans l'exercice de leurs fonctions, l'occasion de les manifester. Le sentiment du devoir professionnel alors très puissant, et la force de traditions encore respectées les mettaient à l'abri de renvafaissement de la politique, dans la salle de leurs délibérations ; on ne pourrait citer, de cette époque, aucun fait approchant de ceux que l'on a pu signaler, surtout dans ces derniers temps, et depuis l'épuration de la magistrature. L'investiture d'une sorte de sacerdoce d'une certaine manière, un haut sentiment du devoir, et de la noble fonction de juger, des restes de traditions très anciennes, donnaient encore une garantie suffisante aux justiciables. Mais les passions politiques n'acceptent guère les bonnes raisons ; et les partis goûtent médiocrement ]'impar< tialité.

LOTTES CONTRE LE MINISTÈRE DUFADRE 143

M. Dufaure, pour défendre son personnel, se retranchait derrière l'équité. Il en avait encore une raison plus haute. Il avait le sentimentde la dignité de la magistrature et de sa force réelle, qui, dans les temps de régimes constitutionnels, consiste à se tenir au-dessus des partis politiques. Mais il est dans la nature de ces régimes que des poussées, d'ordre politique battent incessamment en brèche toutes les institutions d'un pays, au gré des passions ou des intérêts faméliques du jour, sans ménager même les institutions judiciaires.

C'était cette organisation judiciaire, FCmpart de la société française en bulte depuis cent ans à tant de bouleversements, qui était en jeu. Elle repose en effet sur le double procédé de la cooptation par le corps judiciaire lui-même, et du chois par le Pouvoir central. Les chefs de cour présentent des candidats, et le Garde des sceaus les nomme. Il faudrait, pour être esact, dire ces choses au passé, tant elles ont changé depuis trente années écoulées. Ce système était satisfaisant, mais à une condition : c'est que l'ordre judiciaire et le Pouvoir politique, ayant des chois à faire, chacun d'eus esercât sa part de pouvoir, et eût son rôle dans la désignation des magistrats. Mais si on laisse pénétrer dans cet organisme la politique, cette intrusion le trouble immédiatement, et le change de telle manière, que le corps judiciaire, émané d'un organisme ainsi adultéré, perd tout crédit avec l'honorabilité- La conséquence est terrible autant que fatale. La clef de voûte d'un État démocratique étant la justice, si la justice fait défaut, l'État croule. Sans doute

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