‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 43 sur 71 · LOTTES CONTRE LB MINISTERE DUFAURE · texte numérisé non relu

LOTTES CONTRE LB MINISTERE DUFAURE

orages étaient déjà près de creTcr, dans un ciel qui paraissait serein.

Dans cette même ville de Lyon, un autre incident survint qui allaitéveiUer la susceptibilité de l'armée, très chatouilleuse alors, et dont les chefs suprêmes témoignaient d'un sentiment, tout au moins, de réserve, à l'égard du ministère. Le grand compositeur Félicien David était mort, et, d'après sa volonté expresse, ses obsèques avaientété purement civiles. Officier de la Légion d'honneur, ses dépouilles mortelles devaient, aux termes du décret de messidor an XII, être escortées d'un piquet d'honneur. Hais te général commandant A Lyon, interprétant une circulaire ministérielle explicative du décret, défendit à la troupe d'escorter le cortège funèbre. Il se fondait sur les termes de cette circulaire, qui prescrivait aux soldats de se rendre de l'église au cimetière. En conséquence, lorsqu'on apprit que le cortège funèbre irait directement au cimetière sans passer par l'église, le piquet d'honneur se retira. De là un gros émoi dans le monde républicain, qui fit grand tapage à propos de la liberté de conscience. Cette afhire, assez peu grave en elle-même, allait avoir sa répercussion dans le dénouement du petit drame machiné contre M. Dufaure et contre moi, sans que rien nous l'eût fait soupçonner.

Dans le même ordre d'idées, la Commission du budget à la Chambre, dominée par son président Gambetta, harcelait M. Dufaure, en sa qualité de ministre des Cultes, tandis qu'en sa qualité de Garde

143 HISTOIRE DE LA H1ÈI>I:)BLIQUB

des sceaux, il était, d'autre part, harcelé par les diverses fractions du parti républicain, au sujet de son personnel de magistrats. M. Dufaure tenta d'abord de faire tête à l'orage. Il avait déjà réprimé des abus qui s'étaient introduits dans le clergé, au sujet des résidences ecclésiastiques. On avait signalé ces abus provenant de crédits ouverts pour rétribuer des fonctions ecclésiastiques qui, en fait, n'é" taientpas remplies. Mais, d'autre part, il eut à subir des échecs successifs dans la discussion du budget ; et l'on peut, rétrospectivement, et a raison de la nature des crédits supprimés contre son gré, se rendre compte de l'esprit qui présidait dès ce lemps-là à ta gestion, par Gambetia et par ses amis, des affaires religieuses.

C'est ainsi que l'on supprima, malgré ses efforts, le crédit relatif aux aumôneries militaires, et que l'on refusa une augmentation de crédits qu'il demandait pour améliorer la situation des desserrants dont le traitement était inférieur à mille francs. La Chambre supprima la subvention qui avait été accordée à l'École des hautes études ecclésiastiques, et la subvention d'un treizième canonicat dans le chapitre des chanoines de Saint- Denis. Elle refusa les crédits demandés en faveur des séminaires, des séminaires algériens et des édifices diocésains, et, enfin, elle ordonna une enquête administrative sur les desservants fictifs.

Mais ce n'était pas assez, semble-t-il. que la Chambre des Députés, sous l'inspiration de Gambetta et de ses amis, manifestât ses dispositions hostiles et presque haineuses au sujet des affaires

ttITTES CONTBE LE UINISTÉRB DUFAURB Ul

ecclésiastiques. Toutes les fractions de la Gauche étaient à l'état de fermenlatioa incessante, au sujet des questions de personnel dans les fonctions publiques.

Ce personnel, il est vrai, avait été, en grande partie du moins, introduit dans les administrations par les gouvernements suspectés de visées monarchistes; et il pouvait, à cet égard, inspirer quelque méfiance au parti républicain. Mais il eût suffi de

.signaler des velléités de trahison aux ministres d'alors, pour qu'ils en fissent justice. Quelques députés avaient pu se plaindre légitimement des procédés de certains fonctionoaires, dans les temps antérieurs à rétablissement du nouveau Régime : il suffisait que ces abus fussent connus, pour qu'on y pourvût par des déplacements. En fait, les fonctionnaires de ce temps-là, comme de tous les temps, ne demandaient qu'à conserver leurs fonctions, et à y accomplir simplement leurs devoirs, tout prêts d'ailleurs à mériter de l'avancement par leur zèle.

Mais, en réalité, ce qu'auraient voulu le plus grand nombre des députés, c'était que les fonctionnaires fussent mis à la disposition de leur fortune politique. Le Centre gauche lui-même, quoiqu'il fût, de toutes les fractions de la Gauche, le groupe le plus désintéressé, celui peut-être qui avait le moins besoin d'un appui officiel, subissait, lui aussi, le mal qui sévit dans les gouvernements où l'intérêt personnel est trop en jeu, comme le senties régimes

. reposant uniquement sur l'élection populaire. Il avait pris, avec un certain éclat, une résolution ainsi

Page 1