HISTOIRE DE LA BÉPUBLIQUE
lions était républicain, et en ce sens, exclusif d'une autorité intangible attribuée à une famille formant dynastie, et se transmettantindéfinimentun pouvoir qui serait inviolable, comme l'auraieiit été les personnes royales elles-mêmes. Cette idée avait peu à peu pénétré toutes les coucbes sociales, même celles qui, par intérêt ou par gentiment, auraient été prédisposées à préférer un régime politique placé sous la sauvegarde d'une royauté héréditaire, dans lequel elles avaient eu une place de faveur et assurée. Ce détachement d'un passé, qili pourtant avait duré tant de siècles, s'était opéré dans une heure de désintéressement et de vertu civique, après tant de maux que la royauté n'avait pu conjurer; et sous l'empire des douleurs patriotiques de l'année terrible. La politique seasce, féconde en résultats et rassurante de M. Tbiers, celle de l'Assemblée nationale tout entière, y avait grandement contribué.
La nation, dans ses groupements divers, avait donc accepté avec satisfaction, avec même l'entrain de l'espérance ou, si l'on veut, d'illusions généreuses, les institutions nouvelles. Et cette bonne volonté très générale, l'impression fortiSante de la réalité d'un gouvernement déSnitif et fondé sur la volonté du pays entier, expliquent un fait qui parut alors très naturel et normal, bien qu'il fût très extraordinaire et nouveau.
Ce fait fut une dictature transitoire dont se trouva investi un "homme, un soldat, un Maréchal de France, sans que personne s'en soit ému, et ait songé, le dictateur moins que personne, que l'on
OBCANISATION DU GOOVESNBUENT «
pourrait en mésuser. Celte dictature était celle du Maréchal de Mac-Mahon, qui s'en trouva investi par la force des choses.
L'Assemblée nationale, en qui résidait l'autorité souveraine, était dissoute ; les Pouvoirs nouvellement créés par la Constitution n'existaient pas encore. Le Maréchal avait été chargé d'un mandat d'une durée de sept ans, exercé sous l'autorité de l'Assemblée. Mais, celle-ci étant dissoute, il ne restait plus que le mandat demeuré en quelque sorte en l'air, et n'ayant pour soutien que les pouvoirs mal définis du Président et sa loyauté. 11 y avait bien une commission permanente, élue par l'Assemblée nationale et qui devait en quelque sorte la continuer jusqu'à l'organisation des Pouvoirs nouveau!^. L'autorité de cette commission n'avait en réalité aucun fondement ni aucune valeur.
Mais il régnait alors, en France, un sentiment de loyalisme général; et ce sentiment donnait une impression de sécurité complète dans un état de chose qui, en réalité, ne s'étayait sur rien. On avait confiance dans un gouvernement encore inesistant, mpis qui allait surgir des élections auxquelles le pays était appeléy^et ^ijj i;i 'avilit pour représentant qu'un Maréchal de France, mais un soldat sur la foi de qui la confiance publique se reposait. Ce progrés dans les mœurs publiques était fait pour donner confiance dans les institutions nouvelles.
La France allait donc mettre en œuvre la constitution qui venait d'être votée, et organiser la République. C'était la première fois, depuis 1789, que la nation accomplissait une telle œuvre politique, sans
4 HISTOIRE DK LA RËPUBLIQDE
révolution violente, dans l'ordre et dans la paix. Il semblait que ce fût un prélude heureux de cette vie nouvelle qu'elle avait envisagée, et qui serait la suite naturelle d'une esietence quinze fois séculaire.
Les élections du Sénat et de la Chambre des députés avaient été fixées, les premières au 30 janvier, les secondes au 20 février. Mais il fallait, tout d'ahord, former le collège électoral du Sénat qui se composait des délégués des communes (un parcommune). Les autres électeurs, conseillers généraux etconseillersd'arrondissement, étaient déjà désignés par leur fonction même.
Ce premier acte de la vie nationale fut accompli dans le pays entier dans un esprit de pondération et de sagesse conforme à Tespritméme de l'institution sénatoriale. Il sembla alors que la France était pénétrée de la pensée qui avait sans cesse inspiré et guidé le Centre gauche de l'Assemblée nationale; et qu'elle envisageait avec résolution et avec confiance l'avenir du Régime nouvellement fondé.
Et pourtant on put constater dans le gouvernement lui-même, investi par la force des choses d'une dictature momentanée, des divergences de vues, qui firent pressentir, dès ce moment même, certaines résistances à cet entraînement général. Jugées à distance, ces résistances expliquent les difficultés que la République naissante rencontra dans la volonté des hommes qui avaient mission de la fonder; et elles permettent, à longue distance, de discerner les causes de son échec final.
obgahisâtiom do goutebhehext &
Le ministère constitué !e 6 mars i875 était resté le même : il se composait de :
H. Buffet, président du conseil, ministre de l'Intérieur;
M. Dufaure, Garde des Sceaux;
M. le duc Decases, ministre des Affaires étrangères;
H. LéOD Say, ministre des Finances;
M. le général de Cissey, ministre de la Guerre;
M. Caillaux, ministre des Travaux publics;
M. le marquis de Montaignac, ministre de la Marine ;
M. Wallon, ministre de l'Instruction publique et des Beaùx-Art»;
M. le vicomte de Meaux, ministre de l'Agriculture et du Commerce,
Sous-Secrétaires d'Etat :
M. Louis Passy, aux Finances ;
M. Bardoux à la Justice;
M. Desjardins à l'Intérieur.
Le ministre des Finances, M. Léon Say, avait posé sa candidature dans le département de Seine-et- Oise, sur une liste où se trouvaient les noms de M. Ferey, grand industriel, ami de M. Tbiers, ancien président du premier Centre gaucbe, et de M. Gilbert Boucher, magistrat très considéré et conseiller général, tous les deux d'opinions extrêmement modérées. Mais le président du conseU, M. Buffet, aperçut dans cette liste comme une intrusion de je ne sais quel radicalisme dans le gouvernement; et il manifesta l'idée que M. Léon Say ne pourrait, étant candidat sur cette liste, continuer à faire partie