‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 6 sur 71 · HISTOIBE DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIBE DE LA RÉPUBLIQUE

du miDistère. M. Léon Say dut même s'en expliquer devant M. le Maréchal de Mac-Mahon ; et sa démission de ministre allait lui être imposée, lorsque M. Dufaure et M. Wallon firent connaître qu'ils se retireraient en même temps que lui. M. Léon Renault, préfet de police, déclara qu'il se retirerait avec eux. L'affaire prenait une telle tournure et allait devenir, dans la situation hétéroclite du gouvernement tout entier, tellement embarrassante, que M. Buffet dut renoncer à son étrange prétention. M. Léon Say demeura candidat sur la liste telle qu'elle avait été formée, et garda en même temps son portefeuille.

Si je cite ce fait peu important en lui-même, c'est qu'on y voit le germe du mal qui a, dès le début, travaillé le nouveau Régime^ Ce virus mortel fut la résistance invétérée, le refus de concours sincère opposé à son établissement, par une fraction considérable de la nation, celle qui, par sa situation acquise, par ses traditions, par les qualités d'ordre et de lumière qu'elle a, aurait pu avec avantagé contre-balancer et même annihiler l'élément turbulent et révolutionnaire auquel les institutions nouvelles permettraient sans doute de se produire. C'était une sorte d'entêtement aveugle, obstiné, contre une fatalité inéluctable; sans autre justification qu'une volonté opiniâtre comme celle d'un enfant gâté. Et de fait, un grand nombre de ceux qui tenaient, la veille, la tête de la société française, étaient, depuis cent ans, gâtés par une Fortune que leurs mérites n'ont pas toujours justifiée.

OBGAMISATION DU GODVBKMBHKMT 1

Sans doute les aocienoes classes gouveroantM pouvaient concevoir quelques appréhensions; mais leur tort fut de prendre ces appréhensions pour de bonnes raisons. Sous prétexte que cette société, dont pourtant elles ne pouvaient s'abstraire, conte* nait des germes d'anarchie et de dissolution, ellet se sont refusées à lui venir en aide, s'îmaginant sans doute que, par une protection spéciale du Giel, elles échapperaient, pour leur compte, aux dangers qu'elles prévoyaient. Leur prévoyance était bien courte; et elle ne les justifie pas d'avoir refusé leur concours à ceux qui allaient assumer la charge d'asseoir le Régime nouveau*

Le Maréchal de Mac-Mahon eut le sentiment qu« sa haute dignité de Président, investi d'une sorte de dictature, lui imposait des devoirs particuliers; qu'il lui appartenait d'inaugurer l'ère nouvelle par un acte personnel; qu'il ne pouvait mieux faire que de s'adresser directement à la France.

II fît publier dans le Journal officiel un manifeste ainsi couçu ;

Il Français,

a Pour la première fois depuis cinq ans, vous êtes appelés à des élections générales. 11 y a cinq ans, vous avez voulu l'ordre et la paix. Au prix de cruels sacrifices, à travers les plus redoutables épreuves, vous les avez obtenus.

« Aujourd'hui, vous voulez encore l'ordre et la paix. Les sénateurs et les députés que vous élirez

s HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE

devront, avec le Président de la Képublîque, trayailler à les maintenir.

n Nous devrons appliquer ensemble, avec sincérité, les lois constitutionnelles, dont j'ai seul le droit, jusqu'en 1880, de provoquer la revision. Après tant d'agitations, de déchirements et de malheurs, le repos est nécessaire à notre pays, et je pense que nos institutions ne doivent pas être révisées avant d'avoir été loyalement pratiquées.

H Mais pour les pratiquer comme l'exige le salut de la France, la politique conservatrice et vraiment libérale, que je me suis constamment proposé de faire prévaloir, est indi^spensable,

u Pour la soutenir, je fais appel à l'union des hommes qui placent la défense de l'ordre social, le respect des lois, le dévouement à la patrie, audessus des souvenirs, des aspirations et des engagements de parti. Je les convie à se rallier autour de mon gouvernement.

« Il faut que, à l'abri d'une autorité forte et respectée, les droits sacrés qui survivent à tous les changements de gouvernement et les intérêts légitimes que tout gouvernement doit proléger, se trouvent en pleine sécurité.

u II faut non seulement désarmer ceux qui pourraient troubler cette sécurité dans le présent, mais décourager ceux qui la menacent dans l'avenir, par la propagation de doctrines anti-sociales et de programmes révolutionnaires.

a La France sait que je n'ai ni recherché, ni désiré le pouvoir dont je suis investi; mais elle peut compter que je l'exercerai sans faiblesse, et pour

OIlGiNt3ATI0S DD COTJVEBNElf BKT

remplir jusqu'au bout la mission qui m'est confiée) j'espère que Dieu m'aidera, et que le concours de la Nation ne me fera pas défaut, n

Le Président de la Ré'publiifue française : Maréchal de Mac Mahon, duc DE Ma&bnta.

Par le Président de ta République ;

Le «ice-pNiid«iit du Cooieil, miniiire de l'InUrieur,

Bdffet.

■ Ce langage était politique et correct. Il était d'ailleurs en accord avec les opinions très générales de la nation. II y eut alors, sauf dans les rangs des bonapartistes et des Légitimistes irréductibles, un mouvement général d'accord et d'espoir dans le pays; ralliement chez les uns, joies sincères chez les autres. Parmi les premiers, M. Bocher, qui avait une situation à part et en vue, en raison de sa valeur propre, et aussi de son attachement connu pour les princes de la maison d'Orléans, donna la note vraie des partis disposés à rendre les armes. Il dit aux électeurs du Calvados : << J'ai voté la Constitution parce que je l'ai crue nécessaire, parce qu'elle était une œuvre de transaction et de rapprochement, provoquée par le chef de l'État, et à laquelle il pressait de concourir les hommes modérés de tous les partis... Vous avez à choisir entre les partisans et les adversaires avoués ou cachés du Régime actuel, entre ceux qui, conservateurs vérîlables, l'acceptent de bonne foi et sans arrièrepensée, qui peuvent en prévoir le changement, mais

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