‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 66 sur 71 · S6 HISTOIBE DB LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

S6 HISTOIBE DB LA RÉPUBLIQUE

M. le duc Decazes, aux Afhires étrangères;

H. le général Berlhaud, à la Guerre, chaîné de rintériffl de la Marine, par suite de la démission de M. Tamiral Fouricbon ;

H. le baron Reîlle était sous-secrétaire d'État à l'Intérieur.

Les noms seuls des nouveaux inÎDistres étaient tout un programme. Du moins, dans l'état d'esprit où se trouvait la Chambre des députés, on considéra le nouveau gouvernement comme une sorte de réédition du 2i mai 1873, lorsqu'on avait renvereé H. Tbiers dans le dessein de substituer la Monarchie à la République. Les ministres, sans s'expliquer sur ce point, jugèrent utile d'annoncer leurs intentions, sans en ^ire connaître le fond, sous une forme quasi brutale. Ils firent paraître, dans l'agence Havas, une note ainsi conçue : u La politique de M. le Président de la République se résume en deux mots : à l'intérieur, l'ordre public rigoureu> sèment maintenu; au dehors, la paix scrupuleusement sauvegardée. Le Gouvernement dirigera tous ses efforts vers ce double but, que lui commandent à la fois les intérêts et les vœux de la nation. M. le Maréchal de Mac-Mabon compte, pour le seconder dans cette tâcbe patriotique, sur le patriotisme de tous les bons citoyens. ■

Il y avait dans ce communiqué officiel une affectation visible à placer en vedette, et comme Pouvoir dominant, le Président de la République seul, en face du pays, sans tenir aucun compte du Pouvoir parlementaire. On accentuait ainsi l'acte du Seize Haï, en lui donnant une signification propre h

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réveiller les inquiétudes du parti républicain, si susceptible à l'endroit des menées monarchistes. De là une agitation violente à Versailles et à Paris.

Pendant la durée de l'Assemblée nationale, les partis politiques, à Droite comme à Gauche, en dehors des séances, et sous forme de groupes aux dénominations diverses, avaient joué un rôle actif et même prépondérant dans la politique. Leur action collective ou individuelle était toutepuissante. Ceux de leurs membres qui étaient en Vue avaient une in&uence considérable. On était plein alors de l'esprit de représentation nationale; on avait foi dans le régime constitutionnel; on avait foi en soi-même; on était sincère et croyant, s'il est permis d'appliquer à la politique cette expression faite pour la foi religieuse.

Chaque parti travaillait avec ardeur, età part soi, au succès de sa poli tique particulière, et poursuivait son oeuvre, dans des réunions qui avaient chacune leur désignation propre et leurs sièges distiuctifs. Cette oi^anisationinlérieure des partis avait survécu -à l'Assemblée nationale, et s'était continuée sous le nouveau Régime, avec cette seule diffiérence que les partis s'étaient réorganisés, sous la même appellation, maisen groupes séparés appartenant, les uns au Sénat, les autres à la Chambre des députés. Chaque parti jouait donc, en dehors des Chambres et dan» les chambres mêmes, un rôle actif et particulier : ils constituaient des sortes de personnalités remuantes et bruyantes, dont les faits et gestes étaient aussitôt et partout connus et interprétés.

Après la journée du Seize Mai toutes les passions-

9SB BISTOIBE DE LA BÉPDBLIQDE

d'antan se réveillèrent frémissantes. La Presse redevint passionnée et retentissante. Ce ne furent que réunions, convocations, discours à la cantonade et résolutions, le tout aussitôt répandu par mille publications diverses.

Nous nous étions, au Centre gauche, abstenus de nous associer aux premières manifestations fiévreuses et trop hâtives des Groupes de l'Union répur blicaine et de la Gauche, qui avaientcédéàl'impulsion de Gambetta et de ses amis. Mais la composition du Ministère et ses premiers actes avaient une signification telle, qu'il nous parut que la question en jeu cessait d'être une question de conduite intérieure des partis, et qu'elle avait pris le caractère d'une agression d'ordre constitutionnel contre la République. Dès lors, notre attitude devait changer, et nous crûmes qu'il était conforme à notre politique et atxf^ faits du jour de nous ranger parmi tous les défenseurs des institutions.

Aussitôt après l'apparition, au Journal officiel, de ta composition du Ministère, je convoquai, dans la journée du 18 mai, le Centre gauche ; et les journeaux du soir publièrent le compte rendu de notre séance, dans les termes suivants :

" Le Centre gauche vient de se réunir sous la présidence de M. de Marcère. À l'unanimité, l'importante déclaratioa suivante a été adoptée : « le Centre gauche a toujours suivi une ligne politique très modérée, très réservée. Il n'entend pas se départir de cette attitude. Bien qu'il n'ait pas été d'avis de s'associer à la réunion plénière, il a voté à l'unanimité l'ordre du jour proposé. Aujourd'hui,

sans abandonner cette ligne politique, il croît qu'en prëgeDce de la situation nouvelle créée par l'apparition du nouveau Ministère, en tête duquel se trouve un homme qui, au 24 mai, avait tenté la restauration monarchique, il croit qu'il est prudent de s'associer étroitement A toutes les nuances républicaines pour défendre nos institutions. »

Gambetta et ses amis avaient pu croire au premier moment, que les circonstances étant devenues pour eux favorables, ils pourraient prendre la direction de la République. Mais déjà, ils avaient compris que leur heure n'était pas encore venue. Ils se rendaient compte, à de certains indices, que l'opinion publique, très portée à soutenir un Gouvernement républicain, était très éloignée de tout Régime qui eût eu un caractère révolutionnaire. D'auti^ part, l'accession au Pouvoir de chefs de parti notoirement hostiles au Régime républicain, et soupçonnés de travailler à la restauration d'un trône, était pour les faire réfléchir sur la révélation prématurée et sur la témérité de leurs espérances , et de leur attitude. De nouveau , la République allait courir de réels dangers. Avec l'habileté cauteleuse qu'ils mirent dans leur conduite, aussi longtemps que les partisans de la monarchie avaient pu Jouer du spectre jacobin aux yeux de la populatioa, ils comprirent que leur intérêt voulait qu'ils s'eSaçassent, encore une fois, derrière le Centre gauche. Il s'agissait de rassurer l'opinion sur les suites de l'aventure du 16 mai, et de donner l'impression que ce seraient les républicains modérés qui resteraient à la tète du mouvement

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