‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 67 sur 71 · HISTOIRE DE LA BËFDBLIQDE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA BËFDBLIQDE

politique de résistaace contre les entreprises dénoncées de l'Elysée.

On communiqua donc à la Presse une note ainsi conçue :

B Les trois Groupes républicains, adoptant les résolutions votées par le Centre gauche, viennent de décider qu'en présence de la gravité de la situation, toutes les fractions de la Gauche ne devraient plus former qu'une seule réunion plénière. n C'était remettre au Centre gauche la direction de la politique, c'était reconnaître que l'on avait encore besoin de lui.

Tout d'ailleurs était à la guerre; et au milieu de cette effervescence des partis, on apprit que le nouveau Ministère avait résolu de suspendre les séances des Chambres pendant un mois, ainsi que Vj autorisait la Constitution. La résolution était sage. Il était sensible que dans l'état où se trouvaient tous les esprits, aucune délibération n'eût été possible.

Le message de prorogation fut lu au Sénat par M. le duc de Broglie;à la Chambre par M. de Fou^ tou. M. Bérenger au Sénat, Gamhetta à la Chambre essayèrent de parler. Le règlement, sur lequel s'appuyèrent les ministres, s'opposait à ce qu'on leur laissât prendre la parole. Mais le tumulte fut tel que les ministres ne purent qu'à grand'peine donner lecture du message du Président de la République. Toutefois, le décret de prorogation des séances fut lu, et coupa court & tout. Gambetta voulait, à toutes forces, escalader la tribune, mais le président Grévy dit :

a Après la lecture du décret d'ajournement, il ne

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peut plu8 y avoir ni discussioo, ni délibération. Mais ceux qui croient devoir faire des propositions au sujet du message, pourront les présenter à la rentrée de la Chambre, conformément à leur droit et aux précédents. Restez donc dans la légalité ! — ■ Bestez, je tous le répète, dans la légalité ! — Restez-y avec sagesse, avec fermeté et avec confiance ! ■

Grévy, dans les circonstances tragiques, pariait avec une grande dignité, et avec un ton d'autorité imposant. Après qu'il eut parlé, et dans ce milieu, tout rempli d'effluves orageux et de violentes émotioas, on sentit que de gros événements se préparaient.

La séance était levée; nous étions en foule dans les grandes galeries du Palais, et tout aussitôt un mot d'ordre circula qui nous appelait, j'entends tous les membres de la Gauche indistincteroent,dans la grande salle de l'hôtel des Réservoirs, pour délibérer sur ce qu'il convenait de faire.

J'y allai comme les autres; et je fus appelé, en qualité de président du Centre gauche, à présider cette assemblée qui réunit tous les groupes, depuis le Centre gauche jusqu'à l'Extrêuie gauche. C'était indiquer déjà que les Républicains entendaient donner à la politique de lutte à laquelle ils étaient appelés, un caractère de modération et de sage libéralisme qui caractérisait notre groupe. Calcul ou sagesse, cette désignation à la présidence était déjà faite pour faire incliner de notre cûté l'opinion publique, qui, pour une grandepart, aurait été plutôt, à ce moment-là, disposée à se ranger derrière le Maréchal. Les partis politiques enfiévrés n'étaient

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pas alors au diapason de l'opiiûoii publique. Cette opinion ne se rangea plus tard derrière eux qu'à la suite des excès commis par les ministres pendant la période électorale.

. A peine installé au bureau, j'exposai brièvement les motih de notre réunion; et je demandai qu'on rédigeât une adresse à la nation, afin qu'elle ne se méprit pas sur les causes de la crise ouverte, et afin de la fa.ite juge entre l'Elysée et nous. Cette motion adoptée, on désigna quelques membres, au nombre desquels je me trouvais appelé, pour rédiger cette adresse. En fait, elle fut rédigée sur l'heure par Spuller, un des principaux lieutenants de -Gambetta, et rédacteur à la Républitjue française. Proposée ensuite i l'agrément de l'Assemblée, c«tte motion fut adoptée sans discussion, çt signée par tous les membres présents. Quelques députés absents envoyèrent leuradhésion publique, entre autres H. Thiers, qui voulut joindre sa signature aux nôtres. Le nombre de signataires fut de 363.

Ce nombre de 363 devint immédiatement fatidique.comme celui des Sâl de la Chambre des députés de 1830. IlpritfSurl'heure, un sens complexe. Il représenta l'opposition républicaine contre ce que l'on croyait alors une tentative nouvelle de restauration d'un trône. On opposa partout les 363 9t9% divers partis de groupes monarchiques. Ce cbiffre enfin devint un titre et un symbole. Il repré^ sentait le droit parlementaire en face du pouvoir personnel revendiqué, croyait-on, par M. le Maréçb%l..:llj. devint le mot d'ordre des élections qui

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allaient se faire ; et il a désiré, pendant longtemps, comme un titre d'honneur, les membres de la Gauche qui signèrent, ce jour-lft, l'adresse.

De son côté, le Sénat jugea nécessaire de s'associer à notre action. Les bureaux des groupes de Gauche au Sénat rédigèrent et publièrent une déclaration ainsi conçue : • Les trois groupes de la Gauche du Sénat, réunis en assemblée générale... Considérant qu'il importe de rassurer la France, expriment la ferme conviction que le Sénat ne s'associera ft aucune entreprise contre les institutions républichines, et déclarent qu'ils résisteront avec énergie à une politique menaçante pour la paix publique, a

Les termes mêmes de cette adresse indiquentquel était l'état d'esprit du monde politique à cette heure précise. Les hommes les plus sages par tempérament et par situation, interprétaient les faits accomplis par le Maréchal comme une menace pour les institutions, et ils crurent devoir prendre une attitude de résistance décidée.

Ainsi, par un concours de circonstances, dans lesquelles la volonté préconçue de changer le cours des choses n'avaitété pour rien; faiblesse du pouvoir ministériel, coup de tête du Maréchal, absence de sang-froid, résolutions hâtives ; par hasard en quelque sorte, tout semblaitétre remis en question; et, après qu'on avait eu tant de peine à fonder un établissement public constitutionnel, on semblait être à la veille d'un nouveau cataclysme. Et cela' rappelle, quand on y songe, quand on aperçoit, comme un abîme, les événements qui s'accomplissent à l'heure précise où j'écris ces lignes, cela

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rappelle le mot de Talleyrand à qui, au milieu de circonstances tragiques, quelqu'un demaudait ; ■ Gomment cela finira-t-îl ? ■ et qui répondit : a Cela finira par hasard ■ .

Il me reste à expliquer comment finira cette tragique histoire. Nous nous trouvions ramenés presqu'à l'époque de l'Assemblée nationale, où les îns' titutioQS politiques sorties des événements, à peine ébauchées, et sans cesse à la merci d'un vote de l'Assemblée souveraine, paraissaient chaque matin menacées de sombrer pendant la journée. Cette fois encore, comme auparavant, la politique sage et pratique, c'est-à-dire sortant de ta nature des choses, la politique libérale et républicaine du Centre gauche devait avoir raison des tentatives vaines des partisans d'une restauration monarchique, sur laquelle ils ne pouvaient s'accorder. Mais cette fois encore, le parti républicain teinté de jacobinisme, après que les hommes du Centre gauche eurent remis les choses en bon état, crut le moment venu enfin d'écarter l'élément modéré de son chemin, et de substituer à la République libérale ce qu'ils appelèrent la vraie République. Ils y réussirent alors, et l'élévation de M. Jules Grévy à la présidence de la République consacra leur triomphe. C'est ce qui me reste à raconter.

Et toutefois, il convient de mener le présent récit jusqu'à la dissolution de la première Chambre des députés élue au début de la République installée le 1" janvier 1876, sous des auspices qui avaient semblé si favorables I

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Cette Chambre, en effet, avait été élue sous d'heureuses prémices. On ce peut s'empêcher de constater avec tristesse, qu'un établissement fondé, avec l'assentimeot si plein d'élan de la France, à ses premiers jours, ait duré si peu t

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