CONSTITUTION DES DEOX CHAMBRES
Les nouveaux élus soit au Sénat, soit à la Chambre des députés, étaient arrivés de Province, mais ne purent guère se rencontrer et encore moins se concerter, les uns s'étant rendus à Versailles, où ils comptaient se fixer, les autres s'étant établis & Paris. Les deux Assemblées devaient continuer à siégera Versailles, en vertu de la décision prise par l'Assemblée nationale de Bordeaux en mars 1871. Au Sénat était réservée l'ancienne salle du Palais où avait siégé l'Assemblée nationale. On avait construit, en annexe, pour la Chambre des députés une nouvelle salle, la même qui sert aujourd'hui pour les réunions du Congrès. Mais tout ce nouveau monde politique se retrouvait au hasard des circonstances, sans se connaître, et sans avoir l'occasioQ de s'entretenir entre eux, et d'échanger leurs vues sur l'attitude à prendre. Au surplus, la situation était un peu complexe, à la fois neuve, et engagée encore dans un passé récent. Les nouveaux venus et les anciens membres de l'Assemblée réélus étaient étrangers les uns aux autres. Mais sous l'influence de l'esprit général de pacification et d'adhésion au nouvel état de choses qui avait manifeste-
ORGANISATION DD GOUVERNEHBKT 11
meot présidé aux élections récentes, ce nouveau personnel politique était, ea général, disposé à se prêter à l'organisation du nouveau Régime dans des vues de bien public.
Les premiers actes de cette période préliminaire s'accomplirent sans apparat el sans tapage, avec une simplicité qui contrastait avec l'importance de l'événement. Il sembla que ce fût tout simple, et que l'établissement de la République coostitutionnelle fût la suite naturelle, et comme un lendemain paciSé d'un temps orageux déjà oublié.
Cependant, la transmission des pouvoirs de l'Assemblée nationale aux Assemblées nouvellement élues se fit avec un certain cérémonial, qui n'eutpas d'ailleurs un grand retentissement, tant le régime de la veille paraissait déjà relégué dans un lointain désormais ignoré.
L'Assemblée nationale, en prévision de rinterrègne qui devait suivre sa dissolution, avait formé une commission sur le modèle des Commissions permanentes qui l'avaient représentée pendant les vacances qu'elle se donnait ; de sorte que l'autorité souveraine subsistât même en son absence.
La Commission nommée cette fois, en fin de règne, était en réalité une véritable fiction, puisque l'Assemblée nationale avait prononcé sa dissolutioQ au 31 décembre. Mais cette fiction suffisait aux circonstances : et, de fait, n'y a-t-il pas toujours une part de fiction dans ces affaires d'Étatl
Le tout, et cela suffit, est que la fiction s'impose,