‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 50 sur 59 · ELECTION DE JULES GREVY · texte numérisé non relu

ELECTION DE JULES GREVY

que Ton aurait cru réfractaire à tout entraînement. Je vis alors, encore une fois, que ce vieux cœur renfermé dans une écorcc si rude était accessible aux émotions les plus variées de l'âme.

M. Grévy fut guindé et froid. Était-ce l'embarras de sa récente grandeur? Était-ce prémédité? Était-ce crainte de se livrer dans le premier moment? Je ne sais, mais je fus choqué du contraste de l'attitude et du langage de ces deux hommes. On aurait aimé à voir en lui un peu d'effusion, en présence d'un vieillard dont la vie avait été aussi belle que la sienne, qui avait plus longtemps que lui subi l'épreuve, et qui, alors qu'il pouvait se comparer, avait témoigné d'une sorte d'humilité non sans grandeur. M. Gré^^' ajouta, il est vrai, qu'il espérait que M. Dufaure voudrait bien garder la présidence du Conseil, en lui conservant son concours; mais froidement, et comme un homme qui débite une formule de politesse. Dans les jours qui suivirent, il réitéra une seule fois devant moi son offre. Peutêtre l'a-t-il fait avec plus d'insistance dans ses entretiens privés avec M. Dufaure; mais je pense qu'il ne désirait pas le retenir. Gelait aussi l'idée de M. Dufaure, qui, dans une conversation que j'eus avec lui beaucoup plus tard, me dit qu'il avait répondu à M. Grévy : "Je ne pourrais conserver la présidence du Conseil qu'à la condition d'être très sûr que vous me soutiendrez dans trois ou quatre questions, que je lui énumérai, telle que l'amnistie. — J'ai insisté à plusieurs reprises, mais je n'ai pu obtenir de lui ni engagement, ni promesse d'aucune sorte. J'ai compris que je ne serais pas

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