ELECTION DE JULES GREYY
mandat qui m'avait été contîé parl'AssemLlée nationale. Je donne ma démission de président de la République.
" En quittant le pouvoir, j'ai la consolation de penser que, durant les cinquante-trois ans que j'ai consacrés au service de mon pays, comme soldat et comme citoyen, je n'ai jamais été guidé par d'autres sentiments que ceux de l'honneur et du devoir et par un dévouement absolu à la patrie.
<t Je vous invite, monsieur le président, à communiquer ma décision à la Chambre des députés.
« Veuillez agréer l'expression de ma haute considération.
« Maréchal de Mac-Mahon,
duc de Magenta. »
Aussitôt après fut formée l'Assemblée nationale, dont la séance s'ouvrit à quatre heures et demie. Sur 713 votants, il y eut 43 bulletins blancs ou nuls. M. Grévy obtint 563 suffrages, le général Ghanzy 97, Gambetta 5, le général de Ladmirault 1, le duc d'Aumale 1, le général de Galliffet 1. M. Grévy fut proclamé président de la République pour sept ans.
A sept heures cinquante minutes, la Chambre des députés reprit sa séance. M. Paul Bethmont, viceprésident, lut la lettre suivante :
« Monsieur le Vice-Président,
« C'est avec un profond regret que je vous adresse ma démission de 'la présidence de la Chambre des députés.
u Je remercie encore une fois mes collègues de la sympathie dont ils n'ont cessé de m'honorer et qui me suivra, je l'espère, dans mes nouvelles fonctions.
« Je vous prie, monsieur le vice-président, d'agréer l'assurance de ma haute considération.
« Jules Grévy. I»
On fixa au lendemain la séance dans laquelle devait être élu le nouveau président de la Chambre. Ce fut Gambelta qui remplaça M. Grévyau fauteuil.
Aussitôt après la levée de la séance de la Chambre des députés, le Conseil des ministres s'était rendu dans un des salons du palais de Versailles, où se tenait le nouvel élu. M. Dufaure lut d'abord le procès-verbal de l'élection, puis il adressa au nouveau président une allocution très digne, sur un ton visiblement ému :
(i Le Conseil est heureux, dit-il, d avoir l'honneur de saluer le premier Président élu de la République. L'Assemblée ne pouvait choisir un citoyen plus digne de cette haute magistrature par l'intégrité de sa vie, par la fermeté de ses convictions et par les services rendus à la République. JNous venons vous féliciter, monsieur le Président, vous offrir l'hommage de nos respects et vous donner l'assurance de notre dévouement. En même temps, nous remettons entre vos mains nos démissions. î^ous resterons en charge jusqu'au jour où vous aurez composé votre ministère. "
Tout cela dit avec émotion, la voix tremblante, et dans un état où j'ai très rarement vu M. Dufaure,