XIV HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE
déchire, depuis que la Révolution a rompu les liens qui nous reliaient en une forte unité nationale.
Mais quand tout paraît perdu, il reste encore l'espérance. Tout n'est pas mort, tout n'est pas fini chez nous.
Entre les partis extrêmes, il subsiste une fraction imposante de la nation, fraction éclairée, adonnée à toutes les cultures de l'esprit, laborieuse, créatrice de la richesse, conservatrice par réflexion, quoique encore révolutionnaire par une sorte de libération d'esprit un peu vaine avec quelque forfanterie, flottant entre les deux, gouvernée encore par l'atavisme, mais rebelle au conservatisme intégral, par une sorte de respect humain et de puffisme libéral. Le Non serviam de la Bible a été, depuis la Révolution, la devise des plus belles intelligences : mais la menace de la barbarie, et aussi le noble sentiment du patriotisme les ramènent à la vraie tradition française. Cette fraction notable de la nation se trouve aujourd'hui face à face avec cette autre fraction dont elle n'était pas loin de partager les erreurs, celle qui s'est libérée de tout frein religieux, et qui, livrée désormais au pur instinct, devient la proie des appétits les
AVANT-PROPOS
plus vulgaires et les plus impérieux. Elle recule aujourd'hui, au spectacle de la barbarie toute prête et installée au gouvernement même!
Ainsi la Franc-Maçonnerie, en se dévoilant, fait rentrer en eux-mêmes un nombre de plus en plus grand de bons Français, qui ont gardé au fond de l'âme l'amour de la patrie, ses a raies traditions et le sentiment du devoir qu'elle impose. Ainsi la noble nation se remettra d'elle-même sous la garde de Dieu.
Les réflexions qui font l'objet de cet avantpropos me sont suggérées par des événements bien postérieurs aux faits que j'ai exposés dans ce volume. A l'heure où se termine le récit que j'avais entrepris, on ne connaissait rien ou à peu près rien de l'œuvre maçonnique. Tout au plus les initiés pouvaient-ils la soupçonner; et cette erreur commune donne la clef, mais après coup, de la plupart des événements qui remplissent ce volume. C'est un jet de lumière projeté rétrospectivement sur un passé qui s'éclaire ainsi pour nous de lumières nouvelles. Il éclaire aussi l'avenir, et il justifie les réflexions que je livre aux méditations des hommes qui vont avoir la charge des destinées de la France. Je n'aurais nul regret de m' être montré, au gré de quelques personnes.