‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 5 sur 59 · X HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

X HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE

çaise, cette conspiration, demeurée pendant si longtemps secrète, a pris dans ces derniers temps son vrai nom et sa vraie figure. C'est la Franc-Maçonnerie. Edouard Drumont l'a dénoncée comme étant l'arme et l'instrument de la Juiverie, l'ennemie de la chrétienté. Copin Albancelli s'est fait l'apôtre de cette doctrine qui a fait la lumière sur les événements du passé et sur les périls d'un avenir peut-être prochain. Mais il n'est pas inutile sans doute de montrer de quels procédés l'ennemi s'est servi pour accomplir cette sorte de miracle : la transformation en quelques années, c'est-à-dire quasi subitement, d'une nation vieille de quatorze siècles en un autre peuple si dissemblable de celui d'hier, qu'on dirait une race nouvelle substituée subitement et par une sorte de miracle à une autre race avec laquelle elle n'a presque plus de traits communs. Le procédé employé fut simple, autant que merveilleux dans ses effets. Il consistait à rendre le peuple lui-même le complice et l'opérateur de sa propre transformation. La nation française, formée par la fusion de tant de races diverses, comme serait un résidu de métaux précieux fondus dans un creuset, est surtout idéaliste. En offrant à son imagination, surchauf-

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fée par des agitations entretenues habilement dans le pays tout entier, la formule : Liberté, Egalité, Fraternité, on suscitait dans les esprits les idées les plus propres à enflammer des âmes naïves et passionnées pour des nouveautés qui leur apparurent comme un Eldorado moderne. En même temps que cette formule flattait la vanité qui est proprement le mal français, elle satisfaisait l'idéal de cette nation, éprise de liberté, et naturellement bonne et généreuse. On l'affolait à ce point, de lui fermer les yeux sur les atrocités commises, qu'on lui présentait comme des fatalités attachées à tous les progrès de l'humanité. En même temps, le bruit des batailles affolait ce peuple affamé de gloire militaire. Et c'est ainsi que s'accompht ce prodige d'un peuple, transformé et transfiguré dans l'espace de cinq à six ans.

Mais attendez : le but que se proposaient les fauteurs véritables de la Révolution aurait été manqué, si la nation était demeurée dans la voie de l'idéal qu'on lui avait tout d'abord montré, pour la faire sortir de sa voie traditionnelle, et s'engager dans des sentiers nouveaux, où elle s'enlise. La formule Liberté, Égalité, Fraternité n'était qu'un leurre, propre à favoriser les ins-

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tincts les plus bas, aussi bien qu'à satisfaire l'idéal d'un peuple fait pour le comprendre. Mais c'est à la première manière que s'attachèrent les fauteurs véritables de la Révolution. Et dès lors, et peu à peu, le signe distinctif de cette race privilégiée, c'est-à-dire le sentiment de l'honneur, le goût de la probité, la délicatesse des mœurs, ces dons exquis de cette nation délicate et vaine, selon les termes de Napoléon en la comparant aux autres nations de l'Europe, qui, disait il, sont orgueilleuses et grossières; en un mot cette supériorité de l'âme, la France dévoyée dans des sentiers, nouveaux pour elle, est en voie de laperdre. Et en même temps que la France perd le goût de sa beauté morale et de ses vraies grandeurs, elle passe, peu à peu, et sans s'en douter, sous la direction de gens qui ne sont pas de chez elle. Si on s'amusait à rechercher la caractéristique, c'est-à-dire la nationalité et le culte de la majorité des conducteurs de ce peuple dans tous les ordres de la hiérarchie gouvernementale, on constaterait que la France catholique est aujourd'hui dirigée et conduite par une majorité d'hommes qui lui sont hostiles, dans le sens antique du mot liostis; et qu'elle passe ainsi insensiblement sous une domination étrangère.

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Il semble la France en est arrivée à l'extrémité des maux que peut endurer un peuple après plus d'un siècle de révolutions intérieures^ et des misères de toutes sortes qu'elles amènent avec elles. Ne peut-on pas dire que cette terre des Francs a servi de champ clos au duel éternel entre le mal et le bien? Depuis 1789 ce duel s'est continué avec des fortunes diverses. Les champions, c'est-à-dire nos partis politiques, ont été tour à tour victorieux et terrassés. En 1792, en 1815, en 1830, en 1848, en 1851 et en 1870, aujourd'hui encore, les deux puissances morales, les mêmes champions sont aux prises : catholiques, chrétiens, philosophes, libres penseurs, jacobins, d'origine républicaine ou simplement barbare, les uns répudiant Dieu, et d'autres se substituant à lui. Quelle mêlée! Et n'est-ce pas pitié de voir cette pauvre France en proie à de telles sottises! Et depuis cent cinquante ans cette crise intérieure dure, se reproduisant avec des phases diverses, sans qu'aucune des parties parvienne à établir sa domination sur les autres. On dirait qu'au bout de deux mille ans la même fatalité se reproduit, qui livra à Jules César la Gaule, terre vouée, semble-t-il, à la division. C'est la même division qui nous

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