CHAPITRE ni
porte du palais des Prieurs pour empêcher la sortie du conseil qui reste dans la cour. Les sei<;:iieiirs retournent dans la salle d'audience, et on vient leur apprendre que le peuple veut que tous les Prieurs se regardent les uns les autres sans savoir que faire. On rappelle le conseil, on se consulte, on pleure; les uns se tordaient les mains, les autres se frappaient le visage, et tous agités ne savaient quel parli prendre. Les huit étaient tristes et affligés, les Prieurs hors d’eux-mémes, le brtiit de la place effroyable ; on demandait à hauts cris le départ des seigneurs, on menaçait de brûler leurs maisons, leurs femmes et leurs enfans ; les Seigneurs couraient épouvantés en haut, en bas, abandonnés de tout le monde , des huit de la guerre , des troupos, el pressés du peuple qui entre enfin armé dans le palais. Le gonfalonier éperdu, pleurant sa femme el ses enTans, s’enfuit le premier, et les autres suivent.
Alors la porte s'ouvre, le peuple entre à grands flots, un nommé Michel ciLando (22 juillet 1378), cardenr de laine, portait en main le gonfalon du bas peuple; il était en mauvais souliers et sans bas. Il marche avec son gonTalon jusque dans la salle d'audience des seigneurs oû il s’arrête debout; la voix du peuple lui donne la seigneurie el le nomme gonfalopier de justice. Il fait aussitôt certains réglemens qu’il ordonne de publierai! peuple; il nomme qui lui platt syndics des arts pour réformer la terre. Tout ce jour, jusqu’à la pioitié de l'autre jour, on peut dire que Micbe^ di Lando, cardenr, fut seigneur de Florence. <c O bon Dieu ! s'écrie Gino Capponi, quel grand miracle tu as montré et comment I » Michel avait été d’abord peigneur de laine, sa mère el sa femme tenaient une boutique de choux, d’herbe et de poterie (1).
Il fait élever les fourches sur la place du palais pour montrer au peuple qu'il ferait une justice sévère; le seul qui périt fut le Bergello, que la plèbe déchira avec tant de fureur, qu’il ne resta que son pied par où il avait été attaché aux fourches,
Les huit do la guerre étaient les plus étonnés, eux qui pleins d’espoir de devenir maîtres de la commune, voyaient
(i) Sleftni, rub. 796
le bas peuple s’emparer liii-méme de la seigneurie (juil* let 1378). On ajoule trois arts aux quatorze arts mineurs, l’art des Ciompi, l’art des teinturiers, laveurs, tondeurs, l’art des pourpointiers, barbiers, etc. (août). Michel di Lando que les Prieurs sortant accusaient de s’étre fait donner la podestaria de Barberius pour un an, cent florins pour un cheval , et des honneurs publics (t), Michel di Lando réunit tous les syndics des arts et ceux du bas peuple et ordonne de les tirer au sort ; on nomme ceux qui obtiennent le plus de fèves noires: trois Prieurs des arts majeurs et des oisifs, trois des arts mineurs, et trois du bas peuple. On vit nommer ainsi un lainier, un cardeur, un boulanger, un teinturier, etc. Michel di Lando futgonfalonier de justice. On nomma aussi les gonfaloniers des compagnies et des douze bons hommes (2).
Figurons-nous à pré.sent une ville si mêlée :1e boulanger est seigneur et le cordonnier; nous avons vu deux cents ans avant comment l’anziano Spedilo répondait à Teghiaio des Adimari; nos Prieurs d’aujourd’hui ne devaient pas parler mieux; on mêlait aussi les professions dans les ambassades, car l’ambassade qu’on envoya bientêt à Charles Durazzo, fut composée de trois ambassadeurs dont un fabricant de laine et un cabaretier.
Si c'était le commerce qui permettait de refaire à tout moment des fortunes considérables, trop souvent renversées par l’exil et la confiscation, c’était le commerce aussi qui donnait cette plèbe nombreuse, ardente et civile : des quartiers encombrés d’artisans , des ateliers nombreux , des ouvriers intelligens, attentifs et ligués, mêlaient avec ardeur l’intérêt des questions publiques à leurs travaux pénibles, et devenaient forts et redoutables (2). La petitesse de l’Etat était favorable à cette grande étendue de la vie
(1) Stéfani, rub. 796.
(2) Id rnb. 803.
(3) Taraulto de Ciompi di Gino Gapponi. Muratori. — Slefano. — Leonard Areiino, lib. ix. — .Ammirato, lib. xiT. — Machiavelli, lib. iii. — La chronique anonume de Piae (Muratori tome xv) prétend que chaque four plus de cinq ernta Ciompi mangeaient au palais.