‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 100 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ches pour pendre ceux qui auraient volé, car ils voulaient que les maisons brdiassent avec tout ce qui était dedans.

Les seigneurs, à la vue de cette chevalerie, crurent qoe le peuple était apaisé. Quand la basse plèbe se retira le soir, elle se trouvait au nombre de six mille hommes, dont beaucoup suivaient par crainte. Ils restèrent toute la nuit au palais de messireStefano, où iisposèrentle gonfalon de la justice ; comme ils délibérèrent d’aller sur les trois heures du jour à Santa-Croce enlever la caisse des Prieurs pour la brûler, les Prieurs la firent enlever de Santa-Croce et conduire dans leur palais, ce qui courrouça fort le peuple. Les seigneurs se fortifient dans le palais, font porter du pain, du vin, du vinaigre, de la viande salée, résolus de mourir plutôt que de sortir, résolution bien nouvelle chez les Prieurs florentins. Le mercredi 21, quoique lapluie tombât avec fureur et remplit les rues par torrens, la basse plèbe fait dire aux arts qui lui envoient leurs gonfalons. Les arts effrayés se réunissent à leurs boutiques et craignent d’être brûlés quoiqu’on ne l’eût jamais fait; ils envoient leurs gonfalons, et les artisans sont conduits parla populace dans l’église deSan-Bernabo, oûonleurfaitfaire serment d’être avec le peuple et de l'imiter. Ils jurent, et aussitôt on les entraîne avec les gonfalons des arts et celui de la justice à s’emparer du palais du podesta, qui le rend aux arts. Aussitôt que le palais est à eux, un grand nombre des arts et du bas peuple se met à dresser des pétitions. Les seigneurs avaient ordonné le matin aux huit de la guerre de défendre le palais du podesta, mais les huit avaient répondu que les troupes de la commune faisaient la guerre en Romagne, car ils protégeaient le tumule.

La plèbe, maîtresse du palais, fait dire aux seigneurs qu’ils lui députent deux gonfaloniers et deux des douze parce qu’elle voulait demander certaines choses justes par pétition. Les Prieurs députent aussitôt; quand les pétitions sont faites, une par le bas peuple, une par les arts, laplèbe les envoie en disant que quelques-uns des huit de laguerre lesavaient vues et qu’elles étaient justes et raisonnables. Ces pétitions demandaient :

Que l’art de la laine n’eût plus d’officier étranger; que les cardeurs , teinturiers , laveurs de laines et autres ouvriers en laine eussent des consuls et ne fussent plussoumi'i à l’art de la laine, et que les teinturiers, barbiers, pourpointiers, tailleurs, tondeurs de draps, pcigneurs, chapeliers, etc., eussent deux consuls et deux Prieurs.- — Que la coninuine achetât une boutique où elle réunit ces ouvriers de la laine et dépensât par an cinq cents florins au moins.

— Que les bannis fussent rappelés ; qu’on ôtât la peine de couper les membres en la remplaçant par une amende. —

— Qu'aucun du bas peuple ne pût être condamné pour aucune dette au-dessous de cinquante florins par aucun ofGcier ou par aucun recteur durant deux ans. — Qu’on ne posât pas de nouveaux impôts avant six mois, et qu'on bais.sât ceux qui existaient. — Que messire Guido Bandiera, cardeur, un des nou reaux chevaliers, eùtdeux mille florins d’or des Biens des exilés, parce qu’il avait été des premiers à l’émeute et s'était bien montré pour brûler et voler,

— Et d’autres récompenses pour d’autres révoltés. — Qu’on nerechercliât ni ne punit aucun des excès passés. — Que messire Alexandre de B'^rdi, qui était des huit de la guerre, fût fait du peuple (par récompense) — Que les adroonétés graciés fussent dispensés de trois ans. II y avait encore bien d’autres demandes moins importantes. Ces pétitions présentées au milieu de cris qui s’élevaient jusqu'au ciel sont bien accueillies; le bas peuple paraissait alors devoir se calmer ; il exige que les seigneurs renvoient quelques troupes d’infanterie qui devaient arriver, et il menace de les brûler tous s’ils résistaient : on renvoiè les troupes.

Le lendemain matin, les pétitions sont discutées au conseil de la commune; tandis que les seigneurs, les collèges et les huit de la guerre lisaient ces pétitions, iis entendaient les cris du peuple, réuni sur la place avec les gonfa- Ions des arts et le gonfalon de justice. Les pétitions admi.ses, le conseil est congédié. Un des seigneurs sort le premier, et le peuple qui le voit passer s’écrie : Qu’ils descendent tous! nous ne voulons plus de seigneurs! Les cris allaient au ciel; le peuple et les arts s’emparent de la

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