‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 106 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu’il avait voulu troubler l'Ètat, et mourut avec l'audace et la fermeté que montraient ces citoyens vaincus. En signe de la grandeur de Pierre, on racontait qu’un jour, dans un festin donné à ses amis, il reçut une tasse d'argent pleine de bonbons sous lesquels était caché un clou pour lui rappeler qu’il fixât la roue de la fortune. Conseil oublié dans la joie du repas comme dans l’entrainement de sa vie !

Après l’exécution de Pierre Albizzi ce ne fut plus que confusion dans Florence ; la crainte s’empara des vaincus et des vainqueurs. Celle des chefs du gouvernement produisit des effets plus funestes qu’aucune autre ; car, sur le moindre soupçon, iis se portaient à de nouvelles rigueurs, condamnaient à mort, admonélaient ou exilaient leurs concitoyens. Ajoutez-y les lois et les institutions nouvelles auxquelles on avait recours pour soutenir l'Etat. Une nouvelle balia admonéta trente-neuf citoyens; plusieurs autres furent faits grands (1380), et vingt citoyens grands furent faits du peuple, auxquels, selon l’usage , il fallut changer de nom, selon la loi de 1361; les Adimari se changèrent en Franceschi, en Boccaccini et en Riiberti ; las Bardi en de la Collina, dal Palagio, dal Piccone, en Angiolotti, etc. ; les Buondelmonti en da Monlebuoni ; les Cavalcanti en Cavalleschi, Malatesti et Popoiani; les Donati en Bellincione et en Amerighi ; bien d’autres grands npms de Florence qu’il est trop long de donner ici furent changés de même.

Comme on craignait la guerre avec CharWsDurazzo, on se ligua avec la Toscane et on créa deux magistratures : une de la guerre, une de la paix, composées chacune de biiil membres tirés également des arts majeurs et mineurs (1380), et chargées, l’une de préparer la guerre, l’autre de chercher la paix, qui fut conclue enfin avec le Prince.

Nous trouvons une loi singulière, d'une tyrannie trop fréquente dans les républiques : comme les principaux citoyens qui gouvernaient la conunune étaient ordinaire ment à la campagne et qu’on était las de voir le palais dans les mains des cardeurs , boulangers , teinturiers . etc. , on fit une loi que chacun vint habiter à Florence (1).

(1) St«rani, lit. Oor., rub. SCS.

Un autre fait peindra ces temps de triomphe des arts mineurs : on défendit que personne mangeât avec la seigneurie qui n’eût pas obtenu six fèves ou six voix, tant le peuple, attiré par l’amitié de ses pareils admis au gouvernement (décembre 1380) , accourait chaque jour, en foule , dit l'historien , affamé et vorace , à la table des seigneurs (i). Mais rien n'offensa tant les arts majeurs qu’iiiie lui faite par l'un des arts mineurs nouveaux (les teinturiers, laveurs, cardeurs, etc.), par laquelle ils élevaient â un prix exorbitant leurs objets manufacturés avec une peine pour ceux qui les vendraient moins cher ; et ces arts mineurs qui gouvernaient l’Ètat, Prieurs, gonfaloniers, ambassadeurs, ne cessaient de s’agiter pour obtenir davantage, tandis que ceux qui étaient exilés conspiraient sans cesse pour rentrer.

Le gouvernement de la ville était alors un mélange de toute espèce de citoyens, admonestés, exilés rentrés, arts majeurs, arts mineurs et oisifs, de façon que chacun doutant de conserver sa position, faisait tout pour la garder ; ainsi les uns et les autres s'attachaient aux citoyens puissans pour en obtenir l’appui. Giorgio Scali, Tommaso Strozzi, Penedetto Alberti, avaient l’autorité ; les deux premiers ne cherchaient que des vengeances : rendus cruels, l’un pour avoir été admonesté, l’autre pour avoir été calomnié dans la magistrature d^huit ; on leur attribuait toutes les exécutions et tous les exils, et Benedelto Alberti, d’un naturel plus doux et mécontent de leur tyrannie, s'était retiré d’eux. Ils avaient des espions, surveillaient les événemens et calomniaient et éloignaient tout citoyen dont le mérite ou le caractère leur semblait à redouter. Ils venaient d’en accuser un, Giovanni Cambi, d’une grande réputation, dévoué à la république, lorsque les seigneurs instruits de leurs menées et d’accord avec le capitaine du peuple, font arrêter la Scatizza, un des calomniateurs ; la Scatizza con- ^ fesse sans torture que ce qu’il avait dit contre Cambi était ' faux, et il avoue d’autres calomnies contre d'autres puissans citoyens. Les seigneurs jugent qn’il mérite la mort;

(1) Sterani, lit. Sor., rub. SSS el 887,

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